Skip to main content

Full text of "Comptes rendus des séances"

See other formats


ACADEMIE 


DES 


INSCRIPTIONS    &    BELLES-LETTRES 

ANNÉE    1903 


MACO.N,     PIIOTAT    1UI:KI:S.     IMI-UIMIMUS 


ACADEMIE 


DES 


INSCRIPTIONS  &  BELLES-LETTRES 


COMPTES   RENDUS 


DES 


SÉANCES     DE     L^ANNÉE 

1903 


PARIS 

ALPHONSE    PICARD    ET   FILS,    ÉDITEURS 

MimAIRKS  DES  ARCHIVES  XATIOXALES  ET  DE  LA  SOCIÉtÛ   OE   i/ÉCOI.E  DES  CHAKTES 
82,      RUE     BONAPARTE,     8 '2 

M    D   CCCC   III 


ACADEMIE 


DES 


INSCRIPTIONS    &    BELLES-LETTRES 

ANNÉE    1903 
TOME     I 


MACOX,    PROTAT    l-UKHKS.    IMPHIMiailS 


^  ACADEMIE 


DES 


INSCRIPTIONS  &  BELLES-LETTRES 


COMPTES   RENDUS 


DES 


SÉANCES     DE     L'ANNÉE 

1903 


TOME     I 


PARIS 
ALPHONSE   PICARD   ET   FR.S,   ÉDITEURS 

UBRAIRES  DES  ARCHIVES  NATIONALES  ET  DE  LA  SOCIÉTÉ   DE   LÉCOLE  KES  CHARTES 
82,      RUE     BONAPARTE,     8  "2 

M    D   CGCC   III 


\c^r 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 


DE 


L'ACADEMIE   DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1903 

PRÉSIDENCE    DE    M.    G.    PERROT 


SÉANCE   DU   2   JANVIER 


Le  Priîsidknt  sortant,  AL  Philippe  Berger,  prononce  rallo- 
cution  suivante  : 

«  Messieurs, 

«  Me  voici  arrivé  au  terme  du  mandat  que  vous  m'avez  confié. 
11  n'a  pas  dépendu  de  moi  de  vous  épargner  les  deuils  auxquels 
rien  de  ce  qui  est  humain  n'échappe,  pas  plus  que  je  ne  puis 
m'attribuer  le  mérite  des  événements  heureux  qui  ont  marqué 
cette  année.  Nous  gardons  des  uns  comme  des  autres  un  souve- 
nir ému,  car  nous  formons  une  compagnie  dont  tous  les  membres 
sont  solidaires,  et  l'élévation  du  but  que  nous  poursuivons  ne 
nous  rend  que  plus  sensible  la  perte  de  l'un  de  nos  compagnons 
de  travail,  comme  aussi  la  joie  de  voir  se  prolonger  des  exis- 
tences qui  honorent  la  science  et  l'humanité. 

«  Telle  est,  Messieurs,  la  haute  signification  de  notre  confra- 
ternité. Nous  élevant  au-dessus  des  barrières  qui  sépai'ent  les 
1903-.  1 


2  SÉANCE    DU    2    JANVIER    1903 

hommes,  nous  Iravaillons  à  rédifice  de  la  science,  el  par  ce 
culte,  doul  nous  entretenons  la  flamme,  nous  glorifions  la  France 
(jwi  a  tonjours  été  le  pays  des  idées  généreuses  et  de  la  recherche 
libre  et  désintéressée.  l'^lle  comprend  d'ailleurs  quels  services 
vous  lui  rende/,  cl  elle  le  prouve  par  la  libéralité  avec  laquelle 
elle  dote  cette  _t;'ran(le  iiisliluliou  qui  est  une  de  nos  g-loires 
nationales. 

«  Pour  nous  en  rendre  dii;nes,  nous  devons  laisser  à  la  porte 
de  cette  enceinte  tout  esprit  de  parti,  et  le  bannir  soigneusement, 
non  seulement  de  nos  travaux  et  de  nos  discussions,  mais  de  nos 
choix,  et  de  toutes  les  manifestations  de  notre  vie  académique, 
pour  n'avoir  en  vue  que  l'intérêt  de  la  science. 

«  Quand  on  a  eu  l'honneur  doccuper  ce  fauteuil.  Messieurs, 
quand  on  a  été  initié  à  la  vie  de  cette  Académie  et  qu'on  en  a 
pénétré  les  ressorts,  on  comprend  mieux  l'unité  de  vos  travaux 
et  la  grandeur  de  votre  rôle.  Un  se  rend  mieux  compte  aussi  de 
l'importance  du  rôle  de  votre  président  et  de  ses  diflicullés. 
Votre  président  doit  régler  l'ordre  de  vos  travaux,  diriger  vos 
discussions,  éclairer  l'Académie  sans  rii'u  (')ter  à  sa  liberté,  être 
le  gardien  du  règlement  et  des  traditions  rpii  l'ont  la  force  de  ce 
grand  corps  dont  plus  de  deux  siècles  ont  éprouvé  la  solidité. 

«  Je  ne  me  Halte  pas  d'avoir  rempli  de  point  en  point  ce  pro- 
gramme; mais  je  me  suis  appliqué  constamment,  d'une  pari  à 
me  pénétrer  du  sentiment  de  l'Académie  et  à  y  conformer  mes 
paroles  et  mes  actes,  d'autre  part  à  maintenir  intactes  les  préro- 
gatives de  votre  présidenl.  (pii  sont  la  garantie  do  \otr(>  indé- 
pendance, en  les  conciliant,  dans  la  mesure  du  possible,  avec  les 
égards  qu'il  doit  à  des  confrères.  Si  je  n'y  ai  pas  toujours  réussi,  et 
si  l'un  ou  l'autre  d'entre  vous  trouvait  que  je  n'ai  pas  toujours 
suflisamment  défondu  ses  droits  ou  respecté  sa  liberté,  je  le  j^rie 
de  l'oublier  pour  ne  considérer  que  ma  bonne  volonté. 

«  Pour  moi,  en  tous  cas  ,  je  garderai  le  souvenir  le  plus  pré- 
cieux de  celle  année,  tpii  m'a  mis  on  contact  plus  direct  et  plus 
in  lime  avec  tous  les  membres  de  noire  Compagnie,  et  m'a 
permis  de  mieux  apprécier  l'élévation  de  vues  et  les  hautes 
capacités  d'hommes  dont  beaucoup  sont  poui-  moi  des  maîtres, 
el  à  côlé  descpiels  je  suis  lier  de  revenir  masseoir.  Je  vous 
remercie  tous  de  la  bienveillance  pleine  de  courtoisie  que  vous 


SÉANCE    DC    2    JA.WIEIl     1!I03  3 

avez  mise  à  me  faciliter  ma  tâche,  et  je  remercie  en  particulier 
réminent  Secrétaire  perpétuel  qui  m"a  constamment  assisté  de 
ses  conseils,  ^'ous  m'avez  fait  en  me  nommant  président  le  plus 
grand  honneur  que  je  pusse  recevoir;  je  ne  l'oublierai  jamais  et 
je  vous  en  exprime  encore  une  fois  ma  profonde  reconnaissance. 
«  Je  transmets  à  mon  successeur  la  présidence  de  l'Académie, 
et  j'invite  nos  confrères  que  vous  avez  appelés  à  faire  partie  du 
bureau  pour  1903,  M.  (leorj^es  Perrot  comme  président,  M.  Louis 
Havet  comme  vice-président,  à  venir  y  prendre  place.  » 

M.  Perrot,  avant  de  s'asseoir  au  fauteuil,  remercie  la  Compa- 
gnie de  la  marque  de  sympathie  qu'elle  lui  a  donnée  en  l'appelant 
à  présider  une  seconde  fois  ses  séances,  il  exprime  le  regret  de 
devoir  ce  rare  honneur  à  la  mort  prématurée  d'un  confrère 
duquel  l'Académie  attendait  encore  un  précieux  concours  et 
nombre  de  savants  travaux.  Par  un  scrupule  de  modestie  exa- 
géré, M.  Havet  a  désiré  ne  point  brûler  l'étape  de  la  vice-prési- 
dence et  s'initier,  comme  voisin  et  collaborateur  d'un  confrère 
plus  ancien,  aux  devoirs  de  la  fonction  qu'il  aura  à  remplir  l'an 
prochain.  M.  Perrot  s'efTorcera  donc  de  l'aider  à  se  mettre  au 
courant  des  usages  et  des  règlements  de  la  Compagnie,  et  si 
parfois  dans  la  recherche  des  précédents  sa  mémoire  le  trahit,  «  il 
fera  appel  à  celle  de  notre  cher  Seci'étaire  perpétuel,  qui  a  gardé 
toute  sa  fraîcheur  et  toute  sa  sûreté  », 

M.  Perrot  est  heureux  d'inaugurer  sa  fonction  nouvelle  en 
proposant  à  l'Académie  de  voter  des  remerciements  au  président 
sortant,  M.  Philippe  Berger.  La  proposition  est  adoptée  à  l'una- 
nimité, ♦ 

Le  Secrétaire  perpétuel  fait  connaître,  ainsi  qu'il  suit,  la 
situation  des  concours  de  l'Académie  pour  l'année  1903  : 

Prix  ordinaire  de  l'Académie  [Étudier  une  période  de  Vhisioire 
de  llndo-Chine)  :  1  mémoire. 

Antiquités  de  la  France  :  33  concurrents. 

Prix  Allier  de  ILa.uterociie  (numismatique  ancienne)  :  un 
concurrent. 


4  SÉANCE    DL     2    JANVIER    1903 

Prix  Gobert  :  4  concurrents. 

Prix  Bordin. 

I.  Etudier  l'aulhenlicilè  el  le  caraclère  des  monoçjrnphies  r/iii 
compose  ni  /"  «  Histoire  Auguste  »  :  '2  mémoires. 

II.  Quels  ont  été  les  sentiments  des  Romains  el  leurs  principes 
de  (jouvernement  à  Vv(j;ird  des  Grecs  :  1  mémoire. 

Prix  jc.vtraordinairi-;  Boruin  i^au  meilleur  ouvrage  d'érudition 
orientale)  :  7  concurrents. 

Prix  Brinet  :  6  concurrents. 

Prix  Stanislas  Julien  :  3  concurrents. 

Prix  Sai.ntolr  lau  meilleur  ouvrage  relatif  à  1  Orient)  :  9  concur- 
rents. 

Prix  .Iean-Jacqies  Berger  :  4  concurrents. 

Prix  Aiuîuste  Prost  :  .'<  concurrents. 

Prix  IIonoké  Giiavée  (linguistique)  :  3  concurrents. 

L'Académie  procède  à  lélection  des  commissions  annuelles  qui 
restent  à  nommer. 

Sont  élus  : 

Commission  des  écoles  françaises  d'Athènes  et  de  Home  : 
MM.  Ileuzey,  G.  Paris,  Foucart,  W'eil,  Meyer,  Boissier,  Colli- 
gnon,  Gagnât. 

Commission  de  l"1m:ole  française  dKxtuème-Orient  :  MM.  Bréal, 
Barbier  de  Meynard,  Senart,  Glcrmont-Ganneau,  Ilaniy,  Barth. 

L'Académie  procède  ensuite  à  Télection  des  commissions  de 
prix. 


SÉANCE    DU    2    JANVIER    1903  5 

Sont  élus  : 

Prix  oiîdinaire  [Élude  d'une  période  de  Vhisloire  de  Vlndo- 
Chine)  :  MM.  Bréal,  Oppert,  Senart,  Barlh. 

Prix  Allier  de  Hauteroché  :  MM.  de  Vogué,  Schlum berger, 
de  Bartliélemy,  Babelon. 

Prix  Bordin  {Histoire  Auguste)  :  MM.  Héron  de  Villefosse, 
G.  Boissier,  Gagnât,  Bouché-Leclercq. 

Prix  Bordin  [Sentiments  des  Romains)  :  MM.  G.  Boissier, 
Groiset,  Gagnât,  Bouché-Leclercq. 

Prix  extraordinaire  Bordin  (au  meilleur  ouvrage  d'érudition 
orientale)  :  MM.  Barbier  de  Meynard,  Oppert,  Senart,  Glermont- 
Ganneau,  Berger,  Barth. 

Prix  Brunet  :  MM.  Delisle,  de  Lasteyrie,  ]']mile  Picot,  Omont. 

M.  Berger  donne  communication  d'une  lettre  de  M.  Gauckler 
relative  au  beau  sarcophage  anthropoïde  peint,  récemment  décou- 
vert par  le  R.  P.  Delattre,  et  qui  représente  une  jeune  femme 
(une  prêtresse)  qui  repose  calme  et  grave,  mais  bien  vivante,  et 
les  yeux  grands  ouverts ,  sur  le  couvercle  de  son  tombeau , 
revêtue  d'attributs  sacerdotaux  et  d'un  grand  voile,  lamé  de  noir 
et  d'or,  qui  la  recouvre  tout  entière  et  se  replie  sur  ses  jambes 
en  forme  d'ailes.  M.  Grauckler  en  rapproche  deux  autres  sta- 
tuettes dont  l'une  a  été  découverte  par  lui  dans  une  officine  de 
potier  du  Géramique  de  Garthage,  et  qui  présentent  un  costume 
analogue.  M.  Berger  fait  passer  les  photographies  sous  les  yeux 
de  l'Académie  *. 

M.  Héron  de  Villefosse  communique  à  l'Académie  deux  rap- 
ports du  R.  P.  Delattre  sur  la  découverte  de  plusieurs  sarcophages 
en  marbre  blanc  dans  les  fouilles  de  la  nécropole  punique  voisine 
de  Sainte-Monique.  Ces  rapports,  dont  le  premier  remonte 
déjà  à  plusieurs  semaines,  renferment  de  très  intéressants  détails 
sur  les  dernières  trouvailles  faites  à  Garthage  et,  en  particulier, 

1 .   ^^^il•  ci-après. 


6  DÉCOUVE KTES    A    CARTHAGE 

sur  le  merveilleux  sarcophage  représentant  la  statue  couchée 
dune  prêtresse,  qui  est  orné  de  peintures  et  rehaussé  d'or.  Les 
sarcophages  ont  été  transportés  au  musée  Lavigerie  où  ils 
l'ont  ladmiration  de  tous  les  visiteurs.  Cette  découverte,  tout  à 
fait  capitale  et  de  la  ])lus  haute  importance  pour  l'histoire  de 
l'art,  fait  le  plus  grand  honneur  au  zèle  et  à  la  perspicacité  du 
P.  Delattre'. 


COMMUNICATIONS 


LETTRE    DK    M.    (lAlCKLER    SLR    LES    DECOUVERTES    FAITES 
A    CARTHAGE     PAR    LE    R.     I'.     DELATTRÉ. 

Vous  connaissez  certainement  déjà  les  superbes  décou- 
vertes faites  depuis  quelques  jours  par  le  \\.  P.  Delattre.  Je 
viens  d'aller  les  admirer  au  musée  de  Carthage,  et  je  rentre 
émerveillé  de  ma  visite.  Le  sarcophage  de  prêtresse  à  la 
colombe  m'a  surtout  enthousiasmé  :  c'est  un  chef-d'œuvre  ! 
On  ne  saurait  rien  imaginer  de  plus  étrangement  savou- 
reux que  ce  portrait  de  jeune  femme  qui  repose  calme  et 
grave,  mais  bien  vivante  et  les  yeux  grands  ouverts,  sur  le 
couvercle  du  tombeau  où  la  défunte  dort  son  dernier  som- 
meil. Le  visage  aux  traits  délicats  est  mis  en  valeur  par  les 
lignes  soutenues  et  rigides  des  attributs  sacerdotaux  ({ui 
l'encadrent  :  d'abord  le  voile,  surmonté  de  lépervier  solaire 
accouvé.  qui  dissimule  en  partie  la  chevelure  aux  boucles 
.symétriques  et  renforce  le  cou  de  ses  deux  larges  bandes 
verticales:  jiuis  lecrv/a/Aos  tronconique  (jui  couronne  la  tète. 
L'expression  est  douce  et  n"a  rien  de  funèbre.    Les  lèvres 

1 .    Vk'w  ci-iiprès. 


DECOUVERTES    A    CARTHAGE  7 

esquissent  encore  comme  un  vague  sourire,  dernier  reflet 
(lu  rictus  ég-inétique  interprété  par  un  artiste  de  g-énie  du 
iv*"  siècle.  L'élégance  hellénique  a  aussi  réussi  à  modifier  en 
l'assouplissant  la  raideur  hiératique  du  costume,  qui  rap- 
pelle encore  l'antique  Egypte.  Mais  ce  qui  fait  la  rare  origi- 
nalité du  sarcophage  de  Garthage,  c'est  ce  zaïmph  — je  ne 
puis  m'empêcher  d'employer  le  terme  de  Flaubert,  puisque 
tout  dans  cette  sculpture,  la  date,  le  sujet,  la  jeunesse  et 
la  beauté,  conviendrait  si  bien  à  son  héroïne  —  ce  grand 
voile,  d'une  sombre  magnificence,  qui  couvre  chastement  le 
cou  d'une  pèlerine  à  trois  zones  annulaires,  dégage  le  torse 
drapé  de  laine  line,  et  dont  les  pans,  lamés  de  noir  et  d'or, 
reviennent  se  croiser  sur  les  jambes  et  les  enveloppent 
d'une  gaine  protectrice,  comme  les  ailes  repliées  du  vautour 
divin  qui  caractérise  le  costume  d'Isis  et  de  Nephtvs,  et 
des  reines  d'Egypte  figurées  sous  l'apparence  de  ces  déesses. 
C'est,  du  moins,  ainsi  que  je  comprends  l'arrangement  des 
draperies  accessoires  qui  complètent  le  costume,  dont  l'élé- 
ment essentiel  reste  l'ample  tunique  grecque  relevée  à  la 
taille  par  une  ceinture  et  tombant  ensuite  jusqu'aux  pieds. 
Peut-être  cependant  les  ailes  et  la  pèlerine  n'ont-elles  aucun 
lien  entre  elles  ;  car  je  connais  —  et  cette  lettre  n'a  d'autre 
but  que  de  vous  les  signaler  —  deux  autres  exemples  de  la 
même  pèlerine,  oh  elle  apparaît  seule.  Je  la  retrouve  d'abord 
sur  une  statuette  de  terre  cuite  publiée  par  le  comte 
d'Hérisson  {Mission  à  U tique,  planche  III,  à  droite),  et  à 
laquelle  personne  n'a  prêté  jusqu'ici  l'attention  qu'elle 
mérite.  Je  vous  fais  grâce  de  la  description,  donnée  dans  le 
texte  à  la  page  243  : 

«  Hammon  armé  (le  Goliath  de  l'Ecriture)  ou  le  géant 
«  portant    sur  son  épaule   droite  son   vainqueur etc.  » 

D'après  la  phototypie,  la  figurine  représenterait  un  jeune 
homme  debout  portant  sur  l'épaule  droite  un  quadrupède, 
sans  doute  un  agneau  d'offrande,  lequel  correspondrait 
ainsi  à  la  colombe  de  la  prêtresse.  La  tête  est  coiffée  d'une 


8  DÉCOUVERTES    A    CARTHAGE 

sorte  de  bonnet  phrygien.  Le  costume  se  compose  d'une 
courte  tunique,  ««ccfnc^a  comme  celle  des  camilles,  relevée 
et  froncée  à  la  taille  par  un  cordon  noué  sur  le  nombril,  et 
s'épanouissant,  au-dessous  et  par  devant,  en  un  éventail  de 
plis  très  caractéristiques.  Les  épaules  sont  engainées  dans 
une  pèlerine  à  trois  bandes  annulaires,  absolument  iden- 
tique à  celle  de  la  sculpture  de  Garthage. 

Cette  même  pèlerine  apparaît  aussi  sur  une  fig-urine,  abso- 
lument inédite  celle-lk .  et  dont  je  suis  heureux  de  pouvoir 
vous  réserver  la  primeur,  et  de  vous  adresser  ci-joints  deux 
dessins  exécutés  par  le  marquis  d'Anselme,  et  deux  photo- 
graphies, de  face  et  de  profd.  Je  l'ai  découverte  l'an  der- 
nier dans  l'un  des  établissements  de  potier  du  Céramique 
de  Carthage  que  j'ai  retrouvé,  dans  le  quartier  de  Dermech, 
et  dont  je  ne  suis  pas  encore  parvenu,  faute  de  temps,  à 
donner  une  description  suffisamment  détaillée.  Je  n'ai  pu, 
jusqu'ici ,  que  résumer  très  sommairement  les  résultats 
essentiels  de  mes  recherches  sur  ce  point,  dans  une  courte 
notice  ([ui  a  dû  paraître  ces  jours  derniers  dans  la  Revue 
arch'Jolof/iqiic  ^,  mais  que  je  n'ai  pas  encore  reçue.  J'ai 
ramassé  cette  figurine  dans  un  coin  de  l'atelier  i[m  précédait 
immédiatement  le  four  tubulaire  à  deux  étages  dont  je 
donne  le  plan  à  la  page  381,  figure  l,  de  la  Revue  archéo- 
logique. Elle  avait  été  jetée  avec  d'autres  statuettes  mal 
venues,  notamment  deux  dieux  Bès,  dans  le  tas  où  le  potier 
reléguait  les  ratés  au  moment  du  défournement.  En  etfet,  la 
figurine  avait  été  fort  éprouvée  par  la  cuisson.  La  tête , 
fixée  au  cou  par  une  mince  tige  de  bois  ou  de  métal ,  les 
deux  bras,  le  bout  du  pied  droit  et  la  jambe  gauche,  parties 
saillantes,  qui  avaient  été  collées  au  tronc  massif  au  moyen 
de  la  barbotine,  s'étaient  détachées  dans  le  four,  et  la 
statuette  ainsi  réduite  à  sa  plus  simple  expression,  devenait 
invendable. 

1.  Gauckler,  Les  Ibuilles  de  Tunisie.  Le  Céramique  de  Carthage,  dans  la 
Revue  €irchéolog ici ue,  1902,  II.  p.  379  à  3S3,  et  fig.  1. 


DÉCOUVERTES    A    CARTHAGE  9 

Dans  son  état  actuel,  elle  mesure  encore  0'"  18  de  hau- 
teur. Elle  est  formée  de  deux  pièces  moulées ,  et  rejointes 
ensuite  à  la  barbotine  sur  les  côtés.  Mais  seule,  la  face 
antérieure  est  modelée  avec  soin.  Il  n'y  a  pas  d'autre  trou 
d'évent  que  l'étroit  canal  percé  au  sommet  du  cou.  L'argile 
est  assez  fine  et  bien  cuite  :  elle  provient  des  poches  de 
terre  à  modeler  qui  abondent  dans  la  colline  de  Sidi  hou 
Saïd.  Elle  est  recouverte  d'un  eng-obe  blanc  à  la  chaux  (j'ai 
retrouvé  le  pot  de  couleur  qui  avait  servi  à  cette  opération), 
sur  lequel  des  touches  de  couleur  rouge  vif  et  bleu  azur 
soulignent  les  détails  du  modelé,  et  se  combinent  pour 
donner  des  roses  et  des  bruns  variés. 

La  statuette  représente  un  jeune  homme,  reconnaissable 
plutôt  au  développement  des  épaules,  très  larges  par  rap- 
port à  la  minceur  des  hanches,  qu'aux  détails  du  costume, 
lequel  conviendrait  presque  aussi  bien  à  une  femme.  Il  est 
vêtu  d'une  longue  tunique  à  manches  larges  et  flottantes, 
faite  d'une  étoffe  de  laine  fine  et  souple.  Le  vêtement  est 
retroussé  par  devant  jusqu'aux  genoux,  laissant  les  jambes 
à  nu.  Les  plis  sont  relevés  et  massés  à  la  taille  par  une 
ceinture,  sur  laquelle  ils  retombent,  et  qu'ils  dissimulent  en 
partie,  de  la  même  manière  que  dans  la  sculpture  de  Car- 
thage.  Au-dessous,  ils  sont  massés  sur  le  ventre  en  un 
faisceau  qui  s'étale  en  éventail  ainsi  que  la  pschenti  des 
statues  égyptiennes.  La  disposition  de  ce  vêtement,  comme 
aussi  l'attitude  de  celui  qui  le  porte,  et  qui  se  tient  debout, 
la  jambe  gauche  un  peu  infléchie  et  avancée,  appelle  la 
comparaison  avec  une  statuette  inédite  de  style  alexandrin 
découverte  cette  année  dans  la  nécropole  punique  de  Sousse 
par  M.  le  colonel,  aujourd'hui  général  Goetschy ,  et  C[ue 
j'ai  fait  entrer  au  musée  du  Bardo.  Je  vous  en  adresse  ci- 
jointe  une  photographie.  C'est  le  costume  du  personnage 
indéterminé,  peut-être  un  adorant,  qui  se  dresse  à  droite 
du  dieu  Bès,  sur  lequel  il  semble  s'appuyer.  La  tête  et  le 
bras  droit  manquent  malheureusement. 


10  DÉCOUVERTES    A    CARTHAGE 

Sur  la  figurine  de  Garthage  la  tunique  est  complétée 
par  une  pèlerine,  formée,  elle  aussi,  de  trois  zones  annu- 
laires, séparées  comme  sur  celle  d'Utique  par  des  filets 
en  relief,  et  peintes  de  rouge  sombre  bordé  de  bleu  ciel. 
Mais  ici  il  faut  noter  une  particularité  nouvelle  :  de  cette 
sorte  d'égide,  lourde  et  massive,  qui  couvre  les  épaules, 
descend  une  bande  brodée,  divisée  en  cinq  compartiments 
rectangulaires,  qui  traverse  verticalement  la  poitrine  et  se 
rattache  à  la  ceinture. 

En  résumé,  malgré  quelques  différences  de  détail,  la  prê- 
tresse de  Carthage,  les  deux  jeunes  hommes  de  Carthage  et 
d"Uti({uc  portent  le  même  attribut.  t[ui  paraît  avoir  un 
caractère  religieux  et  sacerdotal,  au  moins  à  partir  du 
iv^  siècle  avant  notre  ère.  C'est  probablement  à  cette 
période  ou  au  début  du  m*'  siècle  que  remonte  le  sarcophage 
découvert  par  le  R.  P.  Delattre,  tandis  que  la  figurine  que  j'ai 
recueillie  dans  un  four  à  potier  du  Céramique  est  datée  avec 
précision  de  l'époque  à  laquelle  l'établissement  fut  incendié, 
au  moment  de  la  prise  de  Carthage  par  les  Romains.  La 
statuette  d'Utique  est  peut-être  un  peu  plus  ancienne  :  elle 
rappelle  beaucoup  pour  le  style  les  terres  cuites  analogues 
que  j'ai  recueillies  en  1001,  dans  la  partie  de  la  nécropole 
de  l'Odéon  qui  parait  remonter  au  commencement  du  second 
siècle  et  à  la  lin  du  m'"  avant  notre  ère. 

Étant  donnée  l'importance  de  la  découverte  faite  par  le 
r».  V.  Delattre,  j'ai  cru  devoir  vous  communiquer  sans  retard 
ces  quehjues  renseignements  inédits  qui  la  concernent.  Si 
vous  jugez  qu'ils  sont  de  nature  à  intéresser  1  Académie, 
au  moment  où  M.  Héron  de  Villefosse  lui  présentera  les 
photographies  des  sarcophages  anthropoïdes  récemment 
exhumés,  je  vous  serai  inliniment  reconnaissant  de  vouloir 
bien  les  lui  communiquer. 


H 


CARTIIAGE.  —  NÉCROPOLE    PUMQLE    VOISINE    DE    SAINTE-MONIQUE. 
LE  SEPTIÈME  ET  LE  HUITIÈME  SARCOPHAGE   DE  MARBRE. 

COLVERCLE    ANTHROPOÏDE. ÉPITAPHES    DE    PRÊTRESSES. 

RAPPORT    DU     R.    P.    DELATTRE  ,     CORRESPONDANT    DE    l'aCADÉMIE, 

Les  fouilles  de  la  nécropole  punique  voisine  de  Sainte- 
Monique  ont  continué  cette  année  à  donner  d'heureux 
résultats. 

Dans  la  partie  de  la  colline  qui  regarde  Bordj-Djedid, 
nous  avons  constaté  à  partir  de  l'arête  du  plateau  supérieur 
neuf  rangées  parallèles  de  puits  funéraires.  Mais  à  mesure 
qu'on  se  rapproche  du  ravin ,  le  rocher  se  cache  sous  une 
couche  de  terre  plus  épaisse  qui  rend  les  fouilles  très 
dispendieuses.  Nous  avons  bien  essayé  d'un  système  ingé- 
nieux consistant  à  pratiquer  un  souterrain  dans  l'épaisse 
couche  de  terre,  en  suivant  la  surface  du  rocher,  et  nous 
avons  ainsi  trouvé  à  coup  sûr  plusieurs  puits.  Mais  nous 
avons  dû  nous  arrêter  à  la  neuvième  rangée,  à  une  trentaine 
de  pas  du  ravin. 

Les  cinq  grands  sarcophages  découverts  cette  année  ^ 
sont  sortis  chacun  d'un  des  puits  de  ces  différentes  rangées. 
Jusqu'à  présent,  il  n'en  a  pas  été  trouvé  deux  dans  la  même 
rangée. 

Le  sarcophage  anthropoïde  qui  fait  l'objet  de  cette  note 
appartient  à  la  troisième  rangée  au-dessous  de  l'arête  du 
plateau  de  la  colline.  Le  puits  qui  le  renfermait  correspond 
à  celui  qui  nous  a  donné  la  belle  statue  de  femme  de  style 
grec.  Une  distance  de  neuf  mètres,  occupée  par  la  seconde 
rangée  non  encore  complètement  explorée,  sépare  les  deux 
puits    l'un   de  l'autre. 

1.  ï"  février,  15  mai,  1"  juillet,  9  août  et  4  novembre.  On  verra  plus  loin 
que  nous  avons  encore  trouve  un  sarcophage  le  11  novembre. 


12  SARCOPHAGES    DE    MARBRE    TROUVÉS    A    CARTHAGE 

Le  4  novembre  au  iiialui,  je  pénétrais  donc  dans  une 
belle  chambre  retirée  au  fond  d'un  puits  de  13  mètres  de 
profondeur,  chambre  et  puits  creusés  dans  le  rocher'.  On 
avait  d'abord  constaté  la  présence  de  plusieurs  morts 
déposés  dans  d^s  cercueils  de  bois.  Ceux-ci  se  reconnais- 
saient, au  nombre  de  cincj,  par  leur  empreinte  demeurée 
sur  le  sable  ([ui  les  entourait  et  surtout  aussi  par  la 
couleur  rouge  dont  ils  étaient  recouverts.  Je  dirai  plus  lias 
quel  était  le  mobilier  renfermé  dans  la  chambre.  Deux  des 
cercueils  avaient  été  placés  à  g-auche  de  la  chambre,  et  c'est 
sous  les  débris  de  ces  deux  cercueils  que  fut  trouvé  intact 
le  sarcophaj^e  anthropoïde. 

Qu'on  se  ligure  une  cuve  de  marbre  blanc,  longue  de 
2  mètres  ',  semblable  à  celle  des  sarcophages  les  plus  simples 
avec  moulures  peintes,  découverts  précédemment.  Sur  le 
couvercle,  taillé  h  double  pente  avec  acrotères  aux  quatre 
angles  et  au  sommet  des  frontons,  se  détache  en  assez 
haut  relief  l'image  d'un  prêtre  carthaginois. 

Le  personnage,  haut  de  I  '"  80,  est  représenté  ;/isan/,  vêtu 
d'une  h)ngue  tunique,  la  tète  fortement  barbue,  la  main 
droite  levée,  le  vase  à  ollVandes  dans  la  main  gauche.  La 
tunique  à  manches  courtes  descend  jusque  sur  les  pieds 
chaussés  de  sandales.  A  travers  les  doigts  des  pieds  finement 
sculptés  se  voit  le  rouge  dont  la  surface  des  sandales  était 
peinte,  tandis  ([ue  l'épaisseur  de  cette  chaussure  porte  un 
simple  lilil  noir  sur  le  blanc  du  maibre.  Les  courroies  sont 
aussi  indicpiées  en  noir. 

Sur  l;i  (unique  tombe,  de  Tépaule  gauche  jusqu'au 
milieu  du  corps,  une  épitoge  terminée  par  ime  frange.  La 
tunique  collée  au  corps  est  traitée  comme  le  voile  tlans  la 
statue  de  femme  provenani  du  même  quartier.  L"épitoge,au 


1.  Le  piiils  inosiire  2"'  29  sur  0""  83.  La  cliaml)re  na  jias  (rau{,'es ;  elle 
mesure  2'"  00  de  hauteui-,  I  '"  00  de  larjïcur  cl  2"'  23  de  pi-nfondciir. 

2.  Lar^'i"ir,  0'"  00,  cl  li.nilcm-.  0">  53. 


SARCOPHAGES  DE  MARUBE  TROUVÉS  A  CARTHAGE 


13 


contraire ,  est  exécutée 
comme  la  tunique  du  la 
femme  j^recque.  La  tête 
est  fort  belle  :  les  traits 
sont  bien  accentués,  la 
barbe  et  la  moustache 
bien  fournies  ;  le  front 
est  légèrement  ridé  ;  les 
arcades  sourcilières  sont 
saillantes;  les  cheveux 
sont  assez  courts  ;  les 
oreilles  sont  petites.  Les 
yeux  étaient  peints ,  et 
la  prunelle  de  chacun  est 
encore  visible,  ce  qui 
donne  au  visage  une  ex- 
pression particulière  de 
vie.  L'avant-bras  droit  est 
nuetdun  modelé  remar- 
quable, dont  les  détails  se 
reconnaissent  surtout  au 
toucher.  11  en  est  de 
même  de  la  main  ouverte. 
Le  pouce  paraît  cepen- 
dant trop  fortement  ar- 
qué. La  main  gauche 
tenant  la  cassolette  révèle 
un  certain  embarras  chez 
l'artiste. Tout  lavant-bras 
est  supprimé.  Cet  effet 
de  raccourci  est  la  partie 
la  moins  heureuse  dans 
cette  belle  sculpture. 

Les  pieds  reposent  sur 
une  sorte  d'escabeau  mas- 


Carlhaj;e.  —  Prêtre  représenté  en  relief 
sur  son  sarcophage. 


li     SARCOPHAGES  DE  MARBRE  TROUVÉS  A  CARTHAGE 

sif,  haut  de  0"'  08,  épais  de  0'"  12,  dont  les  1  lignes  sont 
parallèles  à  celles  du  fronton  antérieur.  Celui-ci  d'ailleurs  se 
profile  avec  son  acrotère  supérieur  en  un  léger  relief.  La 
larireur  totale  de  Tescabeau  est  de  0"'  48,  alors  que  celle 
du  couvercle  est  de  0'"  70. 

Le  marbre  de  la  statue  a  pris  une  teinte  rougeâtre  ressem- 
blant H  de  la  rouille  et  provenant  peut-être  en  partie  de  la 
couleur  des  cercueils  avec  lesquels  il  était  en  contact.  Le 
marbre  lui-même  renferme  des  veines  verdàtres.  Sous  le 
coude  droit  du  prêtre,  le  couvercle  porte  l'empreinte  peu 
visible,  mais  certaine,  d'un  fond  de  corbeille  •. 

A  ses  quatre  angles,  le  couvercle  était  muni  de  poignées 
de  fer  scellées  dans  le  marbre,  ce  qui  donne  sans  doute 
l'explication  des  doubles  trous  constatés  sur  d'autres  cou- 
vercles des  sarcophages  trouvés  précédemment.  Cependant 
ici  les  trous  traversent  complètement  le  marbre,  ce  qui  n'a 
pas  lieu  pour  les  autres.  De  plus,  dans  un  de  ces  derniers, 
les  trous  sont  à  0"'  15  du  bord,  alors  que  dans  le  présent 
couvercle  ils  n'en  sont  qu'à  0'"  O.j.'i.  En  tous  cas,  ces  poi- 
gnées ne  pouvaient  être  prises  à  pleine  main  comme  je  l'ai 
déjà  constaté  plusieurs  fois  pour  les  poignées  de  bronze  des 
cercueils  de  bois.  Tout  au  plus  pouvait-on  y  passer  des  cordes. 
Le  fer  des  poignées  en  s'oxydant  a  fait  éclater  le  marbre. 
Aussi,  en  soulevant  le  couvercle,  avons-nous  vu  les  quatre 
parties  correspondant  aux  poignées  s'en  détacher  complè- 
tement. Mais  il  sera  facile  de  reconstituer  le  couvercle  en 
entier.  La  chose  d'ailleurs  la  j)lus  importante  est  la  belle 
conservation  de  la  statue. 

Voici  maintenant,  d'après  mon  carnet  de  fouilles,  ce  ([ui 
fut  constaté  à  l'ouverture  du  sarcophage  : 

«  Le  couvercle  levé,  on  aperçoit  un  squelette  entier,  restes 
d'un  cadavre  étendu  sur  le  dos,  les  bras  abaissés  le  long  du 

1.  Celte  empreinte  est  très  visible  dans  la  |)liul<i|.Mai)liie. 


SARCOPHAGES    DE    MARBRE    TROUVES    A    CARTIIAGE 


13 


corps.  Une  lig-ne  régulière  qui  fait  le  tour  de  la  cuve  semble 
indiquer  la  hauteur  d'un  liquide  qui  s  est  évaporé.  Aux 
pieds  du  mort,  dans  Tangle  à  droite,  une  croûte  grande 
comme  la  main  demeure  suspendue ,  adhérant  aux  parois 
à  0"'  07  ou  0  '"  08  du  fond  de  la  cuve. 


Cartilage.  —  Prêtre  représenté  sur  son  sarcophage;  détail  de  la  tête. 


«  Sur  le  cou,  on  distingue  parfaitement  une  boîte  de  forme 
cylindrique  à  couvercle  plat.  Elle  est  toute  noire  et  paraît 
être  de  fer.  Je  réussis  à  la  prendre  délicatement  et  elle 
emporte  avec  elle  la  fourchette  du  sternum  qui  s'est  sou- 
dée au  métal.  Mais  cette  boîte  qui  paraît  être  intérieurement 
de  bois  ou  d'ivoire  ne  tarde  pas  à  se  briser  en  miettes,  me 
laissant  dans  la  main  son  contenu,  soit  vingt-quatre  mon- 
naies carthaginoises. 


16     SARCOPHAGES  DE  MARBRE  TROUVÉS  A  CARTHAGE 

«  Près  du  crâne,  k  la  droite  du  mort,  je  recueille  deux 
anneaux  d'or  et  un  troisième  à  la  partie  opposée.  Ces 
anneaux  sont  en  forme  de  croissant  dont  les  extrémités  se 
rejoig-nent,  passant  lune  sur  l'autre.  La  double  partie 
moyenne  est  entourée  d'un  fil  de  même  métal  k  spires 
serrées. 

«  Au  doi},4  annulaire  de  la  main  «gauche,  le  mort  portait 
une  belle  bague  sigillaire  en  or  massif.  La  gravure  du 
chaton  également  en  or  offre  une  tête  de  profd,  barbue  et 
k  cheveux  crépus.  Cette  tête  ne  manque  pas  d'une  certaine 
ressemblance  avec  celle  du  personnage  (iguré  sur  le  cou- 
vercle. En  tous  cas,  elle  nous  a  sans  doute  conservé  le 
portrait  de  ce  Carthaginois  dont  le  crâne  mesuré  offre  un 
spécimen  de  mésaticéphale  avec  l'indice  79. 

(<  On  recueille  encore  sur  sa  poitrine  une  amulette  minus- 
cule et  brisée  dont  la  monture  d'or  en  forme  d'étrier  était 
particulièrement  soignée.  » 

En  tamisant  le  peu  de  poussière  qui  entourait  le  squelette, 
on  ne  trouva  rien  de  plus. 

Le  jeudi  6  novembre,  le  sarcophage  fut  extrait  de  la 
chambre  et  transporté  dans  la  salle  puni([ue  du  musée 
Lavigerie;  le  couvercle  fut  photographié  et  la  cuve  reçut  de 
nouveau  les  ossements  du  mort.  La  mise  en  place  eut  lieu 
en  présence  de  M.  René  Busson,  commissaire  de  marine,  du 
docteur  Bailly,  de  Paris,  et  de  M.  Robert  Martin  de 
Lagarde.  Ces  visiteurs  purent  constater  le  grand  effet  (|ui> 
produit  le  .sarcophage  avec  sa  belle  statue  intacte. 

J'ai  dit  plus  haut  ([ue  la  chambre  funéraire  avait  ret^u 
plusieurs  cercueils  dont  deux  avaient  été  placés  sur  le 
sarcophage.  Trois  crânes  bien  conservés  appartiennent  k 
des  dolichocéphales  (75,  o  ;  74;  73,  3). 

Au  milieu  des  ossenu'iits  et  des  lambeaux  de  bois  (»n 
recueillit  tout  un  mobilier  funéraire  ainsi  composé  : 

Une  douzaine  d'urnes  k  queue;  huit  lampes  bicornes  avec 


SARCOPHAGES  DE  MARBRE  TROUVÉS  A  CARTHAGE      17 

leurs  patères;  trois  lampes  déforme  grecque;  une  dizaine 
d'ungueniaria;  trois  petites  fioles  à  une  anse  ;  quatre  tasses 
noires  à  anses  ;  deux  petits  bols  ;  une  patère  d'argile  blanche 
à  anses  horizontales  et  anguleuses  ;  une  amphore  en  forme  de 
sac,  trouvée  à  droite  au  fond  de  la  chambre;  une  amphore 
à  base  conique,  trouvée  à  l'entrée  contre  le  sarcophage. 

Un  iinguentariam  en  albâtre;  une  lampe  minuscule  de 
forme   grecque   également  en  albâtre. 

Deux  capsules  en  terre  blanche  crayeuse  couverte  d'un 
émail  vert. 

Bronze  :\jn  rasoir  en  forme  de  hachette;  des  clous,  dont 
plusieurs  à  tête  dorée  ;  quatre  goupilles  d'anneaux  mobiles  ; 
une  demi-sphère  creuse,  sorte  de  godet;  une  lamelle  taillée 
en  forme  de  cœur;  des  monnaies. 

Fer  :  Des  oiseaux  ;  un  strigile. 

Plomh  :  Deux  tiges  plates,  disposéesen  cercle,  à  face  bordée 
de  deux  lignes  perlées  et  conservant  des  traces  de  dorure.  A 
leur  extrémité,  ces  sortes  de  rubans  sont  ornés  d'un  fleuron 
sous  lequel  le  métal  se  recourbe  en  forme  de  crochet  ; 
deux  objets  ressemblant  à  des  pattes  de  poule. 

Ces  ornements  en  plomb  devaient  entrer  dans  la  parure 
des  femmes  carthaginoises. 

Os  et  ivoire  ."Une  douzaine  de  disques  plats  à  bords  lobés, 
percés  au  centre,  et  portant  sur  une  face  huit  rainures 
qui  en  font  comme  des  rosaces  à  huit  éléments.  Ces  sortes 
de  boutons  varient  de  0"'  12  à  0'"  21  ;  des  tiges  cylin- 
driques ;  cinq  osselets  percés  dun  trou  ;  une  dent  canine 
d'animal. 

Pâte  de  verre  :  Un  long  cylindre  renflé  au  milieu;  des 
amulettes  ''Anubis,  éperviers,  etc.);  une  grappe  de  raisin 
de  la  dimension,  de  la  couleur  et  de  la  grosseur  d'une  belle 

1903.  2 


18      SARCOPHAGES  DE  MARBRE  TROUVÉS  A  CARTIIAGE 

grappe  mûre  un  peu  allong-ée;  des  grains  de  collier,  dont 
un  est  taillé  comme  une  graine  de  capucine  ;  enfin  des  mor- 
ceaux d'oeufs  d'autruche  portant  les  traits  d'un  visage,  un 
cristal  de  roche  et  un  petit  caillou  poli. 

11  n'v  a  rien  dans  tout  cela,  sauf  la  petite  lampe  en 
albâtre,  que  nous  n'avons  trouvé  déjà  dans  d'autres  tombes. 
Mais  je  signalerai  à  part  deux  objets  en  or  : 

Une  petite  cuiller,  formée  d'une  main  ouverte,  à  l'extré- 
mité d'une  simple  tige  plate;  une  bague  sigillaire  dont  le 
chaton  en  cornaline  porte  comme  gravure  un  taureau  au 
corps  très  allongé,  la  queue  en  l'air,  la  tête  baissée  ,  dans 
l'attitude  de  la  course  ou  de  la  lutte. 

Tel  était  le  contenu  complet  de  la  chambre  au  sarcophage 
anthropoïde.  Mais  cette  chandjre  n'était  pas  seule. 

Vers  le  milieu  du  puits,  dans  la  même  paroi,  il  y  en  avait 
une  autre  très  belle,  à  deux  auges,  longue  de  2'"  'iO,  large 
de  2  mètres  et  haute  de  1  '"  87  au-dessus  des  auges.  Les 
auges  elles-mêmes  avaient  près  de  1  mètre  de  ^irofondeur. 
Elle  otîre  cette  particularité  que  la  pai^oi  à  droite,  à  son 
extrémité,  du  coté  de  l'entrée,  porte  sous  le  plafond  une 
niche  rectangulaire,  haute  de  0  '"  6;),  large  de  0  "'  40  et  pro- 
fonde de  0'"  45.  Cette  belle  chambre  n'avait  reçu  (jue  des 
cercueils,  dont  un,  moins  grand  que  les  autres,  ne  renfer- 
mait que  des  ossements  calcinés. 

Le  mobilier  se  composait  d'une  dizaine  d'urnes  à  queue, 
de  quatre  lampes  bicornes  avec  leurs  patères,  avec  deux 
brûle-parfums,  deux  biberons,  deux  bols  à  une  anse,  deux 
tasses  à  anses  horizontales,  un  ungucntarium,  une  petite 
fiole  à  une  anse  et  une  large  patère  peinte  intérieurement. 
Dans  un  cercle  formé  de  flots,  cette  patère  porte  au  centre 
deux  coups  de  pinceau  en  forme  de  croix  et  quatre  groupes 
de  trois  points. 

Parmi  les  menus  objets,  je  signalerai  des  lamelles  d'ivoire 


SARCOPHAGES    DP:    MARliUK    TROIVÉS    A    CARÏHAGE  19 

pointues  d'un  côté  et  arrondies  de  l'autre;  —  une  lamelle 
découpée,  sur  laquelle  est  gravé  au  trait  excessivement  fin, 
un  cygne ,  les  ailes  déployées  ;  —  un  cristal  de  roche ,  un 
grain  de  collier  en  agate;  —  trois  amulettes  (chat,  cynocé- 
phale, Bès)  ;  — un  fragment  de  masque  en  pâte  de  verre;  — 
une  fiole  brisée  en  Ijelle  pâte  bariolée;  —  un  clou  en  fer; 
enfin  une  lamelle  d'or  rectangulaire  portant  une  main  droite 
ouverte  obtenue  au  repoussé,  et  une  bague  sigillaire  aussi 
en  or,  ofTrant  également  en  relief,  sur  le  chaton,  le  signe 
de  Tanit  combiné  avec  le  caducée. 

A  côté  du  puits  qui  recelait,  avec  le  sarcophage  anthro- 
poïde ,  ces  pièces  intéressantes  ,  un  autre  puits ,  dont  l'ou- 
verture mesurait  1  '"  sur  2  "'  20,  semblait  aussi  nous  réser- 
ver quelque  surprise.  Très  bien  fait,  creusé  à  travers  le 
rocher  jusqu'à  la  profondeur  de  17'"  50,  il  donnait  accès  à 
deux  belles  chambres.  L'une  d'elles,  d'une  régularité  remar- 
quable, n'avait  pas  moins  de  2™  40  de  longueur,  2"'  10  de 
largeur  et  autant  de  profondeur,  sans  compter  la  profon- 
deur des  deux  auges  qui  atteignait  1  '"  10.  Ce  beau  puits  et 
ces  deux  grandes  chambres  n'offrirent  cependant  absolu- 
ment rien  de  particulier  comme  mobilier. 

Il  en  avait  été  autrement  dans  un  autre  puits  voisin. 
A  4""  50  de  profondeur,  on  trouvait  dans  le  puits  même 
deux  cercueils  superposés  et  en  même  temps  deux  dalles  de 
tuf,  l'une  à  plat,  l'autre  appliquée  contre  la  paroi  du  côté 
des  caveaux.  Chacune  de  ces  dalles  portait  incrustée  au 
centre  une  petite  pierre  à  face  rectangulaire,  d'une  autre 
nature,  sur  laquelle  était  gravée  une  inscription  punique. 

La  première,  en  calcaire  gris,  dont  la  face  seule  avait  été 
dressée  et  polie,  longue  de  0'"  22,  large  de  0™  06  i,  porte 
en  deux  lignes  l'épitaphe  suivante  : 


1.  La  dalle  de  tuf  dans  laquelle  est  encastrée  cette  pierre  mesure  0"  75 
de  hauteur,  0™  50  de  larjjeur  et  0"  12  d'épaisseur. 


20  SARCOPHAGES    DK    MARlîRK    TROUVÉS    A    CARTHAGE 

Tombeau  crHatalU ,  In  prêtresse,  fille  de  Majon  /ils 
Bodmelqart^  épouse  d'Asmelek  fils  Bodmelqart. 

La  seconde,  en  belle  pierre  noire,  très  lisse,  long;ue  de 
0"^  25  et  large  de  0"'  oo',  porte  en  une  seule  lig-ne  et  en 
caractères  très  soig-nés  Tépitaphc  d'une  autre  prêtresse  : 

Tombeau  d\irisa(hnàf  la  prêtresse,  épouse  de  Mch/art- 
hillès. 

Près  de  cette  double  sépulture,  on  trouva,  entre  autres 
objets,  une  cuiller  à  encens  en  l)ronze,  dont  la  tige  est 
recourbée  à  son  extrémité  en  forme  de  tête  de  cygne,  puis 
une  basTue  sic^illaire  en  or  ollVant  comme  sceau  deux 
ligures  égyptiennes  à  corps  humain  et  à  tête  de  chai  sur- 
montée du  globe.  Ces  deux  figures,  deboul  lunt'  à  côté  de 
l'autre,  se  font  pendant.  Tandis  que  la  première  tient  de  la 
main  droite  abaissée  le  signe  triangulaire  de  Tanit,  et  de  la 
main  gauche  ramenée  sur  la  poitrine,  une  sorte  de  fouet,  la 
seconde,  dans  la  même  attitude,  tient  les  mêmes  ol^jcts,  de 
la  main  opposée.  Dans  chaque  personnage,  le  signe  de  Tanit 
est  tenu  du  côté  extérieur. 

Il  convient  aussi  de  signaler  un  petit  coquillage  du  genre 
cauris^  gros  comme  un  grain  de  l)lé,  entouré  dun  lil  d'or 
permettant  de  le  suspendre  dans  un  collier. 


1.  Cette  pièce  est  très  bien  encastrée,  mais  fortement  de  travers,  dans 
une  dalle  haute  de  0""  "5,  largo  de  0'"  55  et  épaisse  de  0'"  09.  Au  pied  de 
cette  dalle  furent  trouvées  trois  urnes  à  queue,  une  lampe  bicorne  et  une 
anse  d'amphore  rhodienne. 


SARCOPHAGES  DE  MARBRE  TROUVÉS  A  CARTHAGE      2\ 

Le  jauits  dans  lequel  furent  trouvées  les  deux  épitaphes  de 
prêtresses,  au  lieu  de  communiquer  avec  deux  chambres, 
donnait  simplement  accès  h  deux  caveaux  étroits  dont  la 
lars^eur  ne  dépassait  pas  celle  du  puits.  Dans  le  caveau 
inférieur,  haut  de  o  mètres,  on  avait  superposé  cinq  cer- 
cueils ',  et  quatre  dans  le  caveau  supérieur  haut  de  3  mètres. 

Le  sarcophage  anthropoïde  avec  sa  statue  de  prêtre,  les 
deux  épitaphes  de  prêtresses,  ainsi  que  les  découvertes  précé- 
dentes, permettent  de  reconnaître,  dans  la  nécropole  punique 
voisine  de  Sainte-Monique,  la  nécroj)ole  où  Garthage,  vers 
le  iv*"  siècle,  inhuma  ses  rabs,  ses  prêtres  et  ses  prêtresses. 

On  se  souvient  que  nous  avons  trouvé  avec  les  épitaphes 
de  Rabs  et  de  la  tille  de  Rabs,  celle  d'Hamilcat,  prêtre  de 
Baâl  Samain,  et  celle  de  Geratmelqat,  prêtresse  de  la  grande 
déesse  (Tanit). 

Post-scriptum.  Ces  lignes  sont  écrites,  lorsque  le  11  no- 
vembre, au  fond  d'un  puits  de  10  mètres,  on  trouve  encore 
dans  une  chambre  un  grand  sarcophage  de  marbre  blanc. 
Comme  le  précédent,  il  était  placé  contre  la  paroi  à  gauche. 

Le  puits  en  question  est  situé  à  5  '"  50  seulement  du  puits 
où  fut  trouvé  le  sarcophage  à  la  grande  statue  de  femme  et  à 
6  mètres  du  puits  d'où  est  sorti  le  sarcophage  à  la  statue  de 
prêtre.  Une  distance  de  4  mètres  sépare  ce  puits  de  la  ruine 
romaine  voisine. 

La  chambre  -  renfermait  deux  ossuaires  avec  un  vase  à 
cendres  et  sept  cercueils  de  bois.  Deux  de  ces  cercueils 
avaient  été  placés  au-dessus  du  sarcophage.  Celui-ci  est  par- 


1.  Le  cadavre  déposé  le  premier  dans  ce  caveau  était  en  partie  noyé  dans 
une  couche  de  résine.  Un  fémur  du  squelette  donne  une  taille  de  1  ■"  68  à 
1'"  69. 

2.  Deux  petites  amphores  à  queue,  une  lampe  bicorne  et  trois  patères 
trouvées  la  veille  au  soir  à  l'entrée  de  la  chambre  ont  été  vues  sur  place 
au  moment  de  la  découverte  par  M.  le  commandant  Morier,  capitaine  de 
frégate,  et  par  son  fils  Jean. 


22      SARCOPHAGES  DE  MARBRE  TROUVÉS  A  CARTHAGE 

faitement  conservé.  Cuve  et  couvercles  sont  intacts ',  niais 
ils  n'offrent  rien  de  particulier.  Le  couvercle,  sans  trace  de 
décor  dans  le  fronton,  sauf  sur  la  fausse  moulure  des 
rampants,  est  bordé  de  chaque  côté  dacrotères  au  nombre 
de  sept.  La  tranche  du  couvercle  et  les  moulures  de  la  cuve 
sont  pointes  comme  à  Toi-dinaire  d'oves  et  de  rais  de  cœur. 

L'ouverture  eut  lieu  le  jour  même  de  la  découverte,  en 
présence  de  trois  nouveaux  professeurs  du  lycée  de  Tunis 
qui  visitaient  Carthage  pour  la  première  fois. 

La  cuve  était  à  moitié  remplie  de  terre,  à  surface  toute 
fendillée,  que  nous  prîmes  d'abord  pour  de  la  résine.  Deux 
couches  d'ar<^ile  desséchée,  séparées  par  une  couche  de 
sable,  recouvraient  le  squelette.  La  couche  suj)érieure,  très 
brune,  de  l'épaisseur  d'un  doigt,  s'enlevait  par  galettes, 
laissant  voir  le  sable;  sous  le  sa])le,  on  rencontrait,  avec 
les  ossements,  la  seconde  couche  argileuse  épaisse  d'envi- 
ron trois  doigts. 

La  double  couche  d'nrg-ile,  quoique  très  compacte, 
s'écrase  h  la  moindre  pression  comme  de  la  terre  à  modeler 
bien  lavée  et  tamisée.  C'est  assurément  le  produit  d'une 
infiltration  lente  qui  a  pénétré  par  les  joints  du  couvercle. 
Nous  avons  cependant  constaté  ([ue  la  cuve  suivant  son 
grand  axe  était  percée  de  trois  trous,  l'un  au  milieu  et  les 
deux  autres  vers  les  extrémités  -.  Le  sarcophoge  anthropoïde 
porte  aussi  au  revers  deux  trous  placés  l'un  vers  la  tète, 
l'autre  vers  les  pieds.  11  n'a  pas  été  constaté  si  ces  deux 
trous  traversaient  complètement  le  marbre. 

Le  crâne  recueilli  dans  ce  sarcophage  appartenait  ii  un 
sous-dolichocéphale  avec  l'indice  76,2. 

Comme  menus  objets,  le  s([uelette  n'était  acconq)agné 
que  (le  (|U('l([ues  monnaies  et  dune  bague  en  plomi)  doré, 

1.  LoriKiii-ur,  2"'  Ojj;  lartçour,  0'"  "i.  La  cuve  sans  le  couvitcIo  mesure 
O"  46  de  liaulciir  (dimensions  extérieures). 

2.  Sous  le  saiTophaj^c,  une  excavation  rectangulaire,  lonj^ue  denviron 
O-"  60,  lar^'C  de  0'"  35  et  profonde  do  0'"  25,  renfermait  des  ossements  calci- 
nés, sans  accompajjnement  de  monnaie  ni  d'aucun  autre  objet. 


SARCOPHAGES    ANTHROPOÏDES    TROUVÉS    A    CABTHAGE  23 

dont  l'or  avait  laissé  des  traces  sur  la  phalange  annulaire 
de  la  main  g-auche. 

En  dehors  du  sarcophage,  la  chambre  renfermait,  avec  les 
poteries  ordinaires,  deux  œnochoés  en  bronze,  un  miroii-, 
un  clou  à  extrémité  rabattue,  une  lame  de  coutelas,  des 
ciseaux,  une  bague  en  fer,  une  jjetite  bague  en  plomb  doré, 
des  grains  de  collier,  quelques  amulettes,  une  griffe  d'ani- 
mal, huit  pastilles  en  pâte  de  verre,  dont  une  atteint  0'"  42 
de  diamètre,  deux  lentilles  circulaires  à  belle  patine,  larges 
de  0"^  38  \  enfin  trente-neuf  monnaies  de  bronze. 

Un  fémur  bien  conservé  donnait  une  taille  d'homme  de 
1  '"  677. 

Le  quartier  où  ont  été  trouvés  les  deux  derniers  sarco- 
phages nous  réserve  sans  doute  encore  des  surprises. 

Je  ne  puis  terminer  cette  note  sans  remercier  tout  parti- 
culièrement M.  Henry  Bourbon.  Au  lendemain  de  son  retour 
de  France,  avec  un  réel  dévouement,  il  s'est  gracieusement 
chargé  d'exécuter  les  photographies  cjue  je  suis  heureux  de 
joindre  à  l'exposé  de  nos  découvertes. 


CARTHAGE,    NÉCROPOLE    PUNIQL'E    VOISINE    DE    SATNTE-3I0NIQUE. 

DEUX    SARCOPHAGES    ANTHROPOÏDES    EN    31  ARBRE    BLANC. 
RAPPORT     DU     R.    P.     DELATTRE,    CORRESPONDANT    DE    l'aCADÉMIE. 


Le  mois  de  novembre  a  été  particulièrement  heureux 
pour  les  fouilles  dans  la  nécropole  des  rahs,  des  prêtres  et 
des  prêtresses  de  Carthage  sur  la  colline  voisine  de  Sainte- 
Monique. 

1.  Ces  lentilles  sont  plates  d'un  côté  et  convexes  de  l'autre. 


24     SARCOPHAGES  ANTHROPOÏDES  TROUVÉS  A  CARTHAGE 

Le  mardi  4  novembre ,  nous  trouvions  un  sarcophat^e 
anthropoïde  ;  le  mardi  11,  nous  trouvions  encore  un  sarco- 
phaj^e  de  marbre  blanc  décoré  de  moulures  peintes  ;  enfin  le 
mardi  25,  les  ouvriers  au  moment  de  terminer  leur  journée, 
reconnaissaient  dans  une  cliaml)re,  à  12  mètres  de  profon- 
deur, un  sarcophage,  et  sur  l'extrémité  du  couvercle,  les 
pieds  d'une  statue. 

Le  puits  dans  lequel  avait  lieu  cette  reconnaissance  nous 
réservait  une  très  belle  découverte;  il  est  situé  sur  une 
rano^ée  intermédiaire  entre  le  puits  à  la  belle  statue  «grecque 
trouvée  le  l*^'"  février  dernier,  et  celui  qui  nous  a  fourni  la 
statue  du  4  novembre. 

Le  2G,  dans  la  matinée,  après  la  cèléljralion  du  service 
pour  l'anniversaire  de  la  mort  du  cardinal  Lavisçerie,  je  me 
faisais  descendre  au  fond  du  puils,  et  je  pénétrais  dans  la 
chambre'  qu'on  avait  eu  le  temps  de  dé])layer  complète- 
ment, dans  la  partie  supérieure,  de  la  terre  qui  la  renqilis- 
sait.  On  avait  d'abord  trouvé  quatre  squelettes  dans  de 
gros  cercueils  de  bois,  avec  les  poteries  et  l'ensemble  ordi- 
naire des  mobiliers  funéraires.  En  entrant  dans  cette  grande 
et  belle  cliambre,  quelle  ne  fut  pas  ma  surprise  de  voir  non 
seulement  un  sarcophage  anthropoïde,  mais  d'en  recon- 
naître deux,  et  tous  deux  superbes  ! 

A  gauche,  se  trouvait  un  prêtre  (jisant,  la  main  droite 
levée,  la  cassette  dans  h\  main  gauche.  La  tète  barbue,  avec 
les  cheveux  disposés  en  mèches,  est  ceinte  d'un  cercle  ou 
d'un  bandeau.  Les  yeux,  relevés  par  la  couleur,  donnent  au 
visage  une  vérilal)le  expression  de  vie.  L'oreille  gauche  porte 
un  anneau  doré.  Le  personnage  est  vêtu  d'une  longue 
tuni(jue,et  de  son  épaule  gauche  tombe  l'épitoge,  insigne  de 
sa  dignité.  La  tunique  conserve  des  traces  de  couleur  rouge 

1.  Ci'ltc  chambre  mcsurail  -i  nuMics  ûc  liauteur,  2'"  3i  di>  lont,'ueur  et 
2™  05  de  larfîcur.  I.iii(ii'-e,  aussi  luiulc  (nic  la  cliambre  et  large  de  0"  85,  a 
été  cchancrée  à  {,'autlie  pour  K-  passaf^f  des  saroophajres.  La  chemiiu'e  du 
puits  d'accès  avait  luirizontalcuienl  2"'  20  sur  0  "■  9J. 


Sarcophages  anthropoïdes  trouvés  a  CARTHA(ii: 


2.1 


que  je  crois  provenir  du 
cercueil  de  bois  qui  avait 
été  posé  dessus;  ces  cer- 
cueils sont  toujours  peints 
en  roug-e.  Les  pieds  sont  en- 
fermés dans  des  chaussures, 
sorte  de  chausson  à  épaisse 
semelle ,  conservant  des  tra- 
ces de  décor  rouge  et  noir. 
Le  pied  droit  est  plus  large 
que  le  pied  gauche. 

A  l'extrémité  antérieure 
du  couvercle  ' ,  un  escabeau 
rectangulaire,  large  de 
0"'  oO  et  épais  de  0'"  17, 
s'élève  de  la  double  pente. 
La  hauteur  de  cet  escabeau, 
à  droite  et  à  gauche,  est 
aussi  de  0"^  17.  Au-dessous, 
le  fronton  se  profile  en  fort 
relief  (0'"  023),  et  ses  acro- 
tères  sont  décorés  de  déli- 
cates palmettes  rouges. 

Un  des  acrotères  d'angle, 
brisé  en  partie,  porte  sur  la 
cassure  même  le  complément 
d'une  palmette. 

La  chambre  offrait  à 
droite  une  pièce  encore  plus 

1.  Ce  couvercle,  ainsi  que  la  cuve, 
a  2- 08  de  longueur,  et  0'"  "1  de 
largeur.  La  cuve,  à  moulures  pein- 
tes, mesure  0"°  49  de  hauteur.  Inté- 
rieurement elle  a  1"77  de  longueur, 
0™  54  de  largeur  et  O"  42  de  pro- 
fondeur. 


Cartilage.  —  Prêtresse  sur  son  sarco- 
phage, vue  de  face. 


26  SARCOPHAGES    ANTHROPOÏDES    TROUVÉS    A    CARTHAGE 

belle.  J'avais  sous  les  yeux  une  prêtresse,  je  serais  presque 
tenté  de  dire  une  déesse.  Gisante  sur  son  tombeau,  cette 
femme  était  représentée  dans  un  luxe  de  décor  inouï. 

La  main  gauche  qui  portait  la  cassette,  comme  dans 
rimage  voisine,  manquait  seule  à  cette  magnifique  sculp- 
ture ^  La  main  droite,  ornée  d'un  g-ros  bracelet  doré,  est 
abaissée  le  long  du  corps  et  tient,  par  les  pattes,  les  ailes 
et  la  queue  réunies,  une  colombe.  La  figure,  aux  traits  d'une 
finesse  particulière,  a  les  yeux  peints;  la  tête,  coifîée  à  la 
façon  égyptienne,  est  cependant  surmontée  d'une  stéphané 
en  avant  de  laquelle  émerge  une  tête  d'épervier  artistement 
sculptée  et  qui  était  dorée.  La  chevelure  enfermée  dans  une 
coiffe  montre  l'extrémité  de  ses  boucles  en  une  série  de  fri- 
sures sur  le  front -et  au  bout  des  deux  gaines  qui  encadrent 
le  visage,  tombant  sur  les  seins -^  Les  oreilles,  petites,  très 
ouvertes  et  ramenées  en  avant,  sont  ornées  de  longs  pen- 
dants très  détaillés  et  aussi  dorés.  Ces  pendants  ont  la 
forme  de  cône  allongé  suspendu  à  un  fleuron.  Sur  le  cou 
passe  un  double  filet  doré  imitant  les  perles  d'un  collier. 
Le  haut  de  la  poitrine  est  décoré  de  trois  larges  bandes 
cernées  d'or.  Celle  du  milieu  est  de  couleur  rouge  vif;  les 
deux  autres  sont  de  couleur  sombre  (noir  ou  bleu  foncé). 
Ces  bandes  très  décoratives  passent  sous  l'enveloppe  des 
cheveux  et  reparaissent  sur  les  épaules. 

Le  vêtement  principal  se  compose  d'une  longue  tunique 
relevée  sous  les  seins  par  une  ceinture  dorée  retenant  des 
plis  symétriquement  disposés  à  droite  et  à  gauche.  La 
tunique  n'apparaît,  en  dehors  de  la  poitrine,  que  sur  le 
haut  des  bras  et  sur  les  pieds  dont  les  doigts  sont  finement 
sculptés.  Cette  partie  du  vêtement  conserve  un  ton   rose. 

Mais,  détail  particulier,  à  partir  des  reins,  le  corps  est  voilé 


1.  La  main  fui  retrouvée  en  deux  morceaux  dans  le  sarcophage. 

2.  Au  noiiibi-o  (le  (|ualrii-zc. 

3.  Cinq  tresses  sortent  de  chaque  gaine. 


SARCOPHAGES    ANTHROPOÏDES    TROUVÉS    A    CARTHAGE  27 

et  comme  enveloppé 
par  deux  grandes 
ailes  peintes  et  do- 
rées. Les  petites  plu- 
mes sont  fig-urées  par 
des  imbrications  en 
traits  rouges,  et  les 
o-randes  sont  indi- 
quées  par  de  larges 
filets  d'or  parallèles 
sur  fond  bleu  foncé. 
Ces  ailes  se  croisent 
de  telle  façon  qu'a- 
vec leur  extrémité  ar- 
quée elles  donnent  à 
la  moitié  inférieure 
du  corps  presque  l'as- 
pect d'une  queue  de 
poisson  ;  ce  qui  fait 
penser,  sans  cepen- 
dant application  pos- 
sible, à  un  vers  bien 
connu  de  Y  Art  poé- 
tique d'Horace  ^ 

Les  pieds  repo- 
sent sur  un  socle 
formé  par  un  i-elève- 
ment  du  marbre , 
épais  de  0'"  11,  h 
arêtes  parallèles  à 
celles  du  fronton  du 
couvercle  indiqué  par 

1.  Desinit  in  piscem 
millier  formosa   superne. 


o 

& 
o 

3 


o 
u 

es 

c 
o 

t/3 


c 


C8 


t. 
a 

U 


28  SAhCOPHAGES    ANTHROPOÏDES    TROUVÉS    A    CARTHAGE 

un  léger  relief  avec  une  palmette  rouge  sur  Tacrotère 
supérieur  ' . 

L'ensemble  de  celte  sculpture  si  richement  décorée  est 
vraiment  remarquable. 

Les  deux  beaux  sarcophages,  malgré  les  difficultés  qu'of- 
frait l'opération,  à  12  mètres  de  profondeur,  ont  été  pho- 
tographiés en  place  par  M.  Henry  Bourbon  qui  assista  à 
leur  ouverture. 

Qu'allions-nous  trouver  sous  ces  dalles  ainsi  ornées? 

Nous  avions  d'abord  été  surpris  de  ^oir  dans  chaque 
couvercle,  à  gauche  de  la  tête  du  personnage  sculpté,  un 
trou  large  comme  les  deux  mains,  pratiqué  jadis  à  travers 
le  marbre  au  point  où  celui-ci  olîrait  le  moins  d'épaisseur 
et  par  suite  le  moins  de  résistance  "^  Ces  trous  étaient  de 
mauvais  augure,  car  ils  avaient  probablement  été  faits  dans 
l'intention  de  voler  les  objets  précieux  que  ces  sarcophages 
pouvaient  renfermer. 

Nous  ouvrîmes  d'abord  le  sarcophage  de  la  prêtresse. 
Près  du  crâne  nous  trouvons  un  fémur,  preuve  évidente 
que  par  le  trou  signalé  à  l'instant  on  avait  troublé  les  os 
du  squelette  en  cherchant  les  objets  de  valeur.  Nous  pûmes 
cependant  constater  que  le  cadavre  avait  été  placé  dans  une 
couche  de  résine.  En  s'altérnnt  celle-ci  avait  laissé  une 
croûte  superficielle  ayant  encore  assez  de  consistance  le 
long  des  parois  de  la  cuve,  surtout  dans  les  angles  et  autour 
du  crâne  qui  y  était  à  demi  engagé.  Si  nous  en  jugeons 
par  la  mâchoire  qui  avait  perdu  presque  toutes  ses  molaires, 
la  prêtresse  était  une  femme  morte  dans  un  âge  avancé. 
Le  crâne  comme  indice  céphalique  donne  79.  Deux  osse- 

1.  Le  couvercle  et  la  cuve  mesurent  1™  92  de  longueur  et  0"'  6"  de  lar- 
geur. La  cuve,  ornée  de  moulures  peintes  qui  paraissent  aussi  avoir  été 
dorées,  a  0"^  48  de  hauteur.  Intérieurement,  elle  mesure  1"'  "8  sur  0""  50  et 
0"  41  de  profondeur. 

2.  Dans  le  sarcophage  de  la  prêtresse,  du  côté  opposé  à  ce  trou,  on 
distingue  sur  le  couvercle  une  empreinte  circulaire. 


SARCOPHAGES    ANTHROPOÏDES    TROUVÉS    A    CARTflAGE  29 

ments  mesurés  correspondent  k  une  taille  de  1  '"  55  à 
1-56. 

On  trouva  avec  le  squelette  vingt  et  une  monnaies  de 
bronze  que  les  voleurs  avaient  sans  doute  jugées  sans  valeur. 
Ce  sont  de  petites  pièces  portant  sur  la  face  la  tête  de 
Perséphoné,  et  au  revers  le  cheval  au  galop;  elles  étaient 
g-roupées  sur  la  poitrine.  Avec  ces  monnaies,  le  sarcophage 
ne  renfermait  que  les  deux  morceaux  de  la  main  manquant 
à  la  statue  et  des  menus  éclats  de  marbre  provenant  du 
trou  pratiqué  dans  le  couvercle.  On  dirait  que  les  voleurs 
ont  fait  ce  trou  à  petits  coups  pour  ne  pas  attirer  l'atten- 
tion ni  éveiller  les  soupçons  de  gens  qui  auraieïit  pu  les 
entendre. 

Vint  ensuite  le  moment  douvrir  la  tombe  du  prêtre. 

Jusqu'à  présent,  tous  les  grands  sarcophages  de  marbre 
et  de  pierre  que  nous  avons  ouverts  dans  cette  nécropole' 
avaient  leur  couvercle  simplement  posé  sur  la  cuve,  s'y 
encastrant  ordinairement  dans  une  feuillure.  Cette  fois  , 
nous  nous  trouvions  devant  un  sarcophage  dont  le  cou- 
vercle avait  été  scellé  au  fer  et  au  plomb.  A  deux  des 
angles,  une  tige  de  fer  noyée  dans  le  plomb  pénétrait  à  tra- 
vers le  couvercle  dans  le.  marbre  de  la  cuve.  Malgré  son 
enveloppe  de  plomb,   le  fer  a  fait  éclater  le  marbre. 

Nous  réussîmes  cependant  à  ouvrir  cette  tombe.  Le 
squelette  reposait  dans  une  couche  de  résine  compacte  et 
très  dure  qui  avait  été  brisée  près  de  la  tête  du  mort,  au- 
dessous  du  trou  pratiqué  par  les  voleurs.  La  résine  recouvre 
à  peine  le  squelette.  A  gauche  du  mort,  on  voit  l'empreinte 
d'une  tige  aussi  longue  que  la  cuve  elle-même.  C'est  peut- 
être  l'indication  d'un  insigne.  La  boîte  crânienne  mesurée 
donne  l'indice  77. 

La  cuve  se  voit  aujourd'hui  au  musée  Lavigerie  avec  les 
ossements  encore  noyés  dans  la  résine. 

1.  Ils  sont  actuellement  au  nombre  de  quatorze,  dix  en  marbi-e,  deux  en 
pierre  calcaire  et  deux  en  tuf  coquillier. 


30     SARCOPHAGES  ANTHROPOÏDES  TROUVÉS  A  CARTHAGE 

C'est  le  jeudi  27  qu'eut  lieu  le  transport  des  sarcophages. 

La  statue  de  prêtresse,  à  son  arrivée  à  Saint-Louis,  fut 
admirée  par  M.  le  général  de  la  Bég^assière  qui  visitait 
Carthage  avec  son  fils  et  son  officier  d'ordonnance,  le  capi- 
taine Tourdes.  Le  chantier  des  fouilles  eut  aussi  la  visite  du 
général,  et  le  capitaine,  descendu  dans  le  puits,  put  voir 
encore  en  place  le  sarcophage  du  prêtre.  Les  deux  statues 
forment  aujourd'hui  les  plus  belles  pièces  de  la  salle 
punique  du  musée  Lavigerie,  où  déjà  plusieurs  personnages 
se  sont  empressés  de  venir  les  contempler. 

Comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  deux  cercueils  de  bois  avaient 
été  superposés  par-dessus  chacun  des  sarcophages.  Il  est 
facile  de  constater  à  quelle  hauteur  ils  s'élevaient  dans  la 
chambre;  car  une  corbeille  de  forme  cylindrique,  couchée 
en  travers  sur  un  des  cercueils  supérieurs,  s'est  moulée  dans 
la  terre  argileuse  avec  laquelle  elle  était  en  contact.  Dans 
l'angle,  à  droite,  près  de  l'entrée,  à  2'"  25  de  hauteur, 
existe  encore  l'empreinte  du  fond  et  d'une  partie  du  tour 
de  cette  corbeille.  C'est  un  véritable  moulage  de  l'objet  qui 
vient  confirmer  l'explication  donnée  sur  les  empreintes  de 
pièces  de  vannerie  déjà  signalées  plusieurs  fois. 

Le  mobilier  de  la  chambre  ne  différait  guère  des  mobiliers 
ordinaires.  En  dehors  des  urnes  à  queue,  des  lampes 
bicornes,  de  la  lampe  de  forme  grecque,  des  ungiienlaria 
et  autres  poteries,  je  signalerai  les  objets  suivants.  Le 
bronze  était  représenté  par  une  cenochoé,  un  miroir,  un 
rasoir  en  forme  de  hachette,  une  clochette,  un  étui,  des 
anneaux  dont  un  sigillaire  et  à  gravure ,  enlin  par  soixante- 
quinze  monnaies;  le  fer  formait  la  matière  d'un  strigile  et 
de  ciseaux  ;  le  plomb  se  montrait  dans  trois  tables  minus- 
cules à  (juatre  pieds,  et  dans  une  patte  d'oiseau  (poule?) 
peinte  en  rouge. 

On  recueillit  encore  dans  cette  chambre  une  fiole  en 
albâtre,  une  cincpiantaine  de  morceaux  d'œufs  d'autruche 
peints,  deux  osselets,  un  cauris.  dtaix  lamelles  d'ivoiie  et 


SARCOPHAGES  ANTHROPOÏDES  TROUVES  A  CARTHAGE 


31 


trente-deux  pendeloques 
de  collier,  parmi  lesquelles 
vingt-huit  amulettes. 

Le  puits  renfermait  une 
seconde  chambre  creusée 
dans  le  roc  au-dessus  de  la 
précédente.  Nous  avions 
hâte  de  constater  si,  elle 
aussi,  avait  reçu  des  sarco- 
phages de  marbre.  On  n'y 
trouva  que  les  traces  de 
six  cercueils  de  bois  et 
six  ossuaires  de  pierre  dont 
un,  étroit  et  long,  a  pour 
couvercle  une  dalle  de 
marbre  taillée  à  double 
pente  sans  frontons.  Sur 
plusieurs  centaines  de  cof- 
frets de  pierre,  c'est  la  se- 
conde fois  que  nous  en 
trouvons  un  avec  couvercle 
de  marbre,  et  chaque  fois 
c'est  un  couvercle  d'occa- 
sion adapté  à  l'ossuaire. 
Nous  n'avons  pas  encore 
trouvé  d'ossuaire  en  mar- 
bre. 

Cette  chambre  nous  don- 
na un  mobilier  composé 
des  mêmes  poteries  et  au- 
tres objets  que  nous  avons 
coutume  de  rencontrer. 
Mais  ce  qui  est  particulier, 
c'est  un  intéressant  groupe 
de  figurines  en  terre  cuite. 


32  SARCOPHAGES    ANTHROPOÏDES    TROUVÉS    A    CARTHAGE 

II  y  en  a  quatre.  Sauf  un  buste  de  vieille  femme  à  large 
bouche,  semblant  grimacer,  ces  statuettes  représentent  des 
types  déjà  sortis  de  la  même  nécropole  :  la  déesse  aux  bras 
tendus^,  une  autre  déesse  assise  sur  un  large  siège-, 
tenant  en  main  un  emblème  ressemblant  à  une  quenouille, 
et  un  personnage  barbu  à  coiffure  conique  portant  Tépi- 
toge>».  Ce  dernier  est  aussi  assis  ;  son  siège  devait  être 
décoré  de  deux  têtes  également  barbues  et  à  bonnet  pointu. 
Enfin  je  ne  dois  pas  oublier  de  signaler  un  fragment 
d'amphore  à  base  conique  portant  trois  caractères  très  nets 
écrits  à  l'encre  noire. 

Les  deux  couvercles  ont  été  dressés  dans  la  salle  punique 
du  musée  Lavigerie  où  ils  produisent  grand  effet. 

Le  prêtre,  la  jambe  droite  pliée  en  avant,  s'appuie  sur  la 
gauche  qui  disparaît  sous  la  tunique.  Le  torse,  porté  un 
peu  de  coté,  atteint  du  l)ras  gauche  l'arête  même  du  cou- 
vercle, tandis  qu'à  la  partie  opposée  l'artiste  a  laissé  une 
large  marge.  Ainsi  vu  debout,  le  personnage,  avec  sa  main 
droite  levée  et  ses  yeux  auxquels  la  couleur  donne  la  vie, 
prend  un  certain  air  d'effroi. 

La  prêtresse,  au  contraire,  est  calme  et  majestueuse. 
L'impression  produite  par  le  croisement  des  grandes  ailes 
n'a  rien  qui  choque  l'œil.  Le  regard  du  visiteur  est  étonné, 
mais  l'ensemble  rehaussé  de  tons  divers  et  d'or  a  tant  de 
symétrie  et  présente  de  si  belles  lignes,  que  l'esprit  demeure 
entièrement  satisfait. 

L'étude  détaillée  de  ces  deux  pièces,  sans  doute  contem- 
poraines, si  bien  conservées,  de  haute  ({uoique  d'inégale 
valeur,  toutes  deux  supérieures  au  sarcophage  anthropoïde 

1.   Comptes  remhi.s,  l.SOO.  pi.  1\'  ol  V,  p.  587,  iig.  2. 
•-'.   1(1.,  1901,  p.  589,  fig.  5. 
3.    1(1.,   1901,  p.  5S6.  iijx.  1. 


LIVRES    OFFERTS  33 

découvert  le  o  novembre,  leur  présence,  malgré  leur  diffé- 
rence de  style,  dans  une  même  chambre  ,  la  variété  des 
couleurs  relevée  par  l'or,  tout  fournirait  matière  à  d'in- 
téressantes observations. 

La  parure  de  la  prêtresse  représentée  peut-être  sous  les 
traits  de  la  déesse  de  Carthage,  cette  paire  de  grandes  ailes 
et  d'autres  particularités  offriraient  aussi  de  curieux  rappro- 
chements avec  des  statuettes  d'argile  et  avec  divers  objets 
trouvés  précédemment  dans  les  fouilles.  Je  me  borne  aujour- 
d'hui à  en  donner  la  description  que  je  suis  heureux  de 
pouvoir  accompagner  de  vues  photographiques  dues  à  la 
complaisance  habituelle  et  au  talent  de  M.  Henry  Bourbon. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  d'Arbois  de  JuBAiNviLLE  offre  à  rAcadémie  ses  Eléments  de  la 
Grammaire  celtique  (Paris,  1903,  in-8°). 

M.  Barth  dépose  sur  le  bureau  sa  note  sur  la  Stèle  de  Val  Phou, 
près  de  Bassac,  Laos  (Hanoï,  1902,  in-8°;  extr,  du  Bulletin  de  V École 
française  d' Extrême-Orient) , 

M.  Cleumont-Ganneau  ollre  à  rAcadémie,  au  nom  de  M.  Golé- 
nischeff,  les  très  rares  ouvrages  suivants  de  l'archimandrite  Ous- 
pensky  : 

1°  Les  caractères  du  Keiver  Monathas  sur  les  rochers  du  Sinaï 
(Saint-Pétersbourg,  1857,  in-8°); 

2o  Premier  voyage  au  monastère  du  Sinaï  en  1843  (Saint-Péters- 
bourg, 1856,  in-8°)  ; 

3°  Second  voyage  au  monastère  du  Sinaï  en  iSoO  (Saint-Péters- 
bourg, 1856,in-8<'). 

M.  Gaston  Boissier  présente,  de  la  part  de  l'auteur,   un  volume 
intitulé  :  Le  latin    de  saint   Cyprien,  par  M.  l'abbé    Bayard,  docteur 
ès  lettres,  professeur  à  la  Faculté  libre  de  Lille  (Paris,  1902,  in-B»)  : 
1903.  3 


34  LIVRES    OFFERTS 

«  Ce  livre  appaiiient  à  une  catéf>orie  doiivragcs  dont  nous  avons, 
en  France,  quelques  bons  modèles,  tels  que  celui  de  M.  Bonnet  sur 
Le  latin  de  Grégoire  de  Tours,  et  celui  do  Gœlzer  sur  La  latinité  de 
saint  Jérôme.  M.  Bayard  a  marché  sur  leurs  traces.  Je  ne  puis  le  suivre 
dans  sa  longue  et  minutieuse  étude  à  travers  les  altérations  que 
subissent  les  conjugaisons,  les  déclinaisons  dans  saint  Cyprien.  Mais 
j'appelle  l'attention  sur  ce  (ju'après  M.  Bréal  il  appelle  la  sémantique, 
c'est-à-dire  les  changements  que  le  temps,  ou  les  nécessités,  ou  les 
événements  extérieurs  amènent  dans  la  signification  des  mots.  Il 
faut  se  souvenir  qu'à  ce  moment  le  christianisme  a  été  obligé  de  se 
créer  toute  une  langue,  qu'il  a  inventé  peu  de  mots  nouveaux  et  s'est 
le  plus  souvent  contenté  des  mots  anciens  dont  il  a  étendu  ou  renou- 
velé le  sens.  C'est  un  travail  (jui  mérite  d'être  étudié  avec  soin,  c'est 
le  triomphe  de  la  sémanlicpie.  Indépendamment  des  connaissances 
particulières  que  nous  fournit  l'ouvrage  de  M.  Bayard,  on  en  jjcut 
tirer  ([uelques  idées  générales  de  grande  importance.  C'est  ainsi  qu'il 
confirme  rojjinion  de  ceux  qui  pensent  que  le  latin  s'est  altéré  en 
Afrique  de  la  même  manière  qu'ailleurs,  que  les  termes  et  les  tours 
propres  à  cette  province  ne  sont  pas  très  nombreux,  que  ce  qu'on 
appelle  ÏAfricilas  se  réduit  à  fort  peu  de  chose,  et  (jue  non  seule- 
ment la  manière  de  bien  parler  le  latin,  mais  celle  de  le  mal  parler 
était  à  peu  près  la  même  dans  tout  l'Empire.  M.  Bayard  s'est  occupé 
aussi  du  style  de  saint  (Cyprien,  des  elforts  qu'il  a  faits,  et  qui  sont 
quelquefois  trop  visibles,  pour  donner  à  sa  prose  de  l'ampleur  et  de 
l'harmonie.  Outre  que  ce  travail  a  exercé  une  influence  notable  sur 
la  langue  dont  il  se  sert,  il  n'obéissait  pas  seulement,  quand  il 
l'accomplissait,  à  des  préoccupations  de  vanité  littéraire;  son  dessein 
était  plus  grave.  Le  christianisme  voulait  gagner  les  lettrés.  Il  lui 
fallait  montrer  ([u'il  ne  dédaignait  pas  les  lettres  et  ne  condamnait 
pas  l'Empire  à  la  barbarie.  Le  livre  de  M.  Bayard  a  donc  plus  d'im- 
portance ({ue  son  titre  pourrait  le  faire  croire.  » 

M.  HiîHGEH  présente  de  la  part  de  .M.  l'abbé  Loisy  ses  Etudes 
évangéliques  (Paris,  1902,  in-8°)  : 

<i  Cet  ouvrage  continue  dignement  les  travaux  de  l'abbé  Loisy  sur 
la  Bible,  notannnent  son  Histoire  du  Canon  du  Nouveau  Testament, 
ses  Evangiles  sijnoptiques  et  ses  Etudes  bibliques.  On  y  trouvera  les 
mêmes  (jualités  :  une  connaissance  exacte  des  travaux  dont  les 
Evangiles  ont  été  l'objet  et  de  la  position  de  la  cpiestion,  en  même 
temps  qu'une  étude  approfondir  du  texte  et  un  sentiment  très  per- 
sonnel et  très  indépendant.  C'csl  un  livre  (ju'on  pouria  discuter,  mais 
dont  il  faudra  tenir  compte,  parce  qu'il  nous  apporte  les  conclusions 


LIVRES    OFFERTS  35 

auxquelles  lélude  des  textes  a  conduit  un  savant  consciencieux  doué 
d'un  esprit  singulièi'enient  pénétrant.  Son  étude  sur  le  Prologue  du 
quatrième  Évangile  mérite  une  attention  toute  particulière. 

«  On  doit  se  féliciter  de  voir  les  études  bibliques,  qui  tiennent  une  si 
grande  place  dans  la  vie  scientifique  de  lAllemagne,  traitées  de  cette 
manière  dans  notre  pays. 

«  Si  j'osais  émettre  un  vœu,  ce  serait  (|ue  cette  année  où  l'Aca- 
démie doit  décerner  trois  prix  relatifs  à  l'Orient,  elle  fit  une  place 
parmi  eux  aux  éludes  l)ibliques,  qui  ne  sont  l'objet  d'aucun  prix 
spécial.   » 


SÉANCE  DU  9  JANVIER 


MM.  Elle  Berger,  Emile  Châtelain,  Ed.  Chavannes  et  Maurice 
Groiset  écrivent  à  l'Académie  pour  se  porter  candidats  à  la  place 
de  membre  ordinaire  laissée  vacante  par  la  mort  de  M.  Miinlz. 

Le  Priîsidknt  annonce  qu'un  mois  s'est  écoulé  depuis  la  mort 
de  notre  regretté  confrère  M.  Alexandre  Bertrand.  Il  consulte 
l'Académie  pour  savoir  s'il  y  a  lieu  de  le  remplacer. 

L'Académie  décide  au  scrutin  qu'il  y  a  lieu  et,  par  un  vote  à 
main  levée,  iixe  au  13  février  l'examen  des  titres  des  candidats. 

11  est  procédé  à  la  suite  des  nominations  des  Commissions  de 
prix. 

Sont  élus  : 

Prix  Stanislas  Julien  :  MM.  Barbier  de  Meynard,  Uppert, 
Senart,  Barth, 

Prix  ni;  la  Grange  :  MM.  G.  Paris.  Paul  Meyer,  Longnon, 
Emile  Picot. 

Prix  Jean-Jacques  Berger  :  MM.  Delisle,  Longnon,  de 
Lasteyrie,  Omont,  Lair,  Valois. 

Prix  Aug.  Prost  :  MM.  d'Arbois  de  Jubainville,  Longnon,  de 
Barthélémy,  de  La  Trémoïlle. 

Prix  Honoré  Ciiavée  :  MM.  Bréal,  d'.Arbois  de  Jubainville, 
Senart,  Léger. 

Le  Président  rappelle  que  l'Institut,  dans  sa  dernière  séance 
générale,  a  décidé  que  chaque  Académie  désignerait  deux 
membres  pour  faire  partie  d'une  commission  qui  examinera  les 
conditions  du  Prix  Osiris. 


SÉANCE    DU    9    JANVIER    1902  37 

Sont  élus  :  MM.  Delisle  et  Pèrrot. 

M.  Hei'zey  fait  une  communication  sur  le  sceau  de  Goudéa  : 

Le  célèbre  chef  chaldéen  Goudéa  ne  nous  est  pas  connu  seule- 
ment par  ses  statues,  qui  sont  au  Louvre,  mais  encore  par 
quelques  objets  à  son  nom,  qui  nous  montrent  de  près  l'outillage 
de  son  règne.  C'est  ainsi  que  nous  possédons  sa  masse  d'armes, 
formée  de  trois  profils  de  lions  d'un  beau  caractère,  son  gobelet 
à  libation  en  pierre  sculptée,  que  décorent  d'étranges  animaux 
fantastiques. 

Aujourd'hui,  ^L  Heuzey  étudie  son  cachet,  véritable  sceau 
officiel,  dont  la  trace  est  restée  imprimée  sur  des  bulles  d'argile, 
provenant  des  dernières  fouilles  de  M.  de  Sarzec.  Goudéa  y  est 
figuré  rendant  hommage  à  une  divinité  dont  le  symbolisme  est 
des  plus  complexes.  C'est  un  dieu  assis,  tenant  deux  vases 
magiques,  d"où  les  eaux  jaillissent  spontanément.  Un  jet  inter- 
médiaire les  fait  communiquer  entre  eux,  tandis  que  trois  autres 
flots  retombent,  aux  pieds  du  trône,  dans  autant  d'autres  vases 
semblables,  d'où  ils  rebondissent  de  nouveau  en  doubles  jets. 

L'étude  comparée  des  attributs  et  des  symboles  afférents  à  ce 
personnage  divin  prouve  que  ce  doit  être  le  dieu  Ea,  considéré 
comme  le  maître  de  l'élément  humide. 

Sur  le  même  cachet,  le  cartouche  de  Goudéa  est  supporté  par 
un  quadrupède  ailé  à  tête  de  serpent,  coiffé  de  la  tiare  à  deux 
cornes  des  divinités  chaldéennes  et  présentant  la  plus  grande 
ressemblance  avec  les  dragons  fantastiques  du  gobelet  à  libation 
mentionné  plus  haut. 

La  finesse  de  l'empreinte  est  remarquable;  elle  témoigne  d'une 
rare  délicatesse  de  dessin  chez  les  graveurs  de  cylindres  à  cette 
époque, 

M.  DiELLAFOY  annonce  à  l'Académie  que  les  collections  décou- 
vertes dans  les  fouilles  entreprises  à  Martres-Tolosanes  par 
M.  Joulin,  et  pour  lesquelles  elle  a  témoigné  un  intérêt  si  vif, 
sont  aujourd'hui  installées  dans  le  Musée  de  Toulouse.  Elles  y 
occupent  la  galerie  du  rez-de-chaussée  et  sont  exposées  avec  une 
méthode  et  un  ordre  parfaits.  La  municipalité  a  eu  l'heureuse 
inspiration  de  confier  cette  installation  à  l'auteur  des  fouilles,  et 


38  SÉANCE    DU    0    JANVIKR    1902 

elle  doil  crantant  ])lus  se  féliciter  ries  résultats,  qne  le  crédit 
ouvert  était  des  pins  modiques.  Le  mérite  de  M.  Joulin  n"en  a 
été  que  plus  j^rand. 

M.  Dnai.AFov  donne  lecture  d'une  note  envoyée  par  M.  José 
Gestoso  y  Perez  accompaj^nanl  la  pliotographie  (Tnne  statue  de 
Diane  découverte  il  y  a  j)eu  de  temps  à  Santiponce. 

M.  Dieulafoy  ajoute  : 

«  Bien  que  la  statue  soit  une  ré|)lique  romaine  d'un  type  connu, 
elle  est  intéressante  à  plus  d'un  litre.  D'abord  elle  est  une  bonne 
reproduction  d'un  orif,Mnal  que  l'on  devine  remarquable.  Mais 
elle  l'est  surtout  par  le  lieu  où  elle  a  été  découverte.  C'est  à 
Santiponce,  rancienne  Itaiica,  la  patrie  de  Trajan  et  d'Adrien, 
sur  la  rive  droite  du  Guadalqni\  ir,  à  quelques  kilomètres  de 
Séville.  Santiponce,  cpii  fut  une  ville  impoi-tante  au  moyen  âge, 
est  maintenant  un  misérable  village.  Il  serait  diuic  facile  de 
bouleverser  le  sol  aujourd'hui  privé  d'habitations,  et  il  est  pro- 
bable ((ue  les  fouilles  seraient  fructueuses,  ainsi  (jue  le  montre 
celles  qui  fournirent  au  xvi'"  siècle  la  célèbre  collection  des  ducs 
d'Ossuna,  où  se  formaient  les  artistes  de  Técole  de  Séville  depuis 
Montanes  et  Murillo  jusqu'à  Roldan  et  Alonso  Gano.  » 

M.  Daniel  Serruys,  ancien  membre  de  l'I'x'ole  franvaise  de 
Rome,  annonce  à  l'Académie  qu'il  a  découvert  dans  la  biblio- 
thèque du  monastère  de  Vatopédi  (mont  Athos)  soixante-quatre 
lettres  inédites  du  patriarche  Ignace. 

Ces  lettres  se  trouvent,  en  même  temps  que  trente-quatre 
lettres  de  Photius,  dans  un  manuscrit  en  parchemin  du  x'' siècle. 
Elles  y  apparaissent  sans  titre  el  sans  date,  mais  on  peut,  avec 
certitude,  les  attribuer  à  celui  qui  fut  successivement  l'adver- 
saire et  l'allié  de  Photius.  Pour  légitimer  cette  identilicalion,  on 
peut  invoquer,  outre  de  nombreuses  allusions  personnelles,  le 
fait  qu'Ignace  se  nomme  lui-même  dans  une  lettre  adressée  à 
Nicéj)hore,  diacre  et  archiviste. 

I.a  correspondance  d'Ignace  se  compose  de  messages  adminis- 
tratifs et  de  lettres  amicales. 

Dans  les  lettres  administratives,  tantôt  le  patriarche  écrit  aux 
cvé(|ues,  ses  subordonnés,  pour  leur  iMp|)eler  leurs  devoirs 
envers  le  siège  de  Constanlinople,  tantôt  il  négocie  avec  les  offi- 


SÉANCE   Di;    9    JANVIER    1902  39 

ciers  impériaux  les  affaires  qui  intéressent  les  diverses  églises 
soumises  à  son  autorité. 

De  cette  première  catégorie  de  lettres  se  dégagent  quelques 
faits  de  nature  à  éclairer  l'histoire  religieuse ,  en  ce  qu'ils  font 
connaître  les  causes  intérieures  du  schisme  et  l'esprit  des  partis 
pendant  la  lutte  religieuse.  L'insubordination  de  certains  évèques 
(spécialement  ceux  de  Bithynie)  à  l'égard  du  patriai^che,  et 
d'autre  part  la  subordination  complète  du  patriarche  au  pouvoir 
impérial,  sont  les  deux  symptômes  les  plus  caractéristiques  que 
l'on  puisse  relever  dans  cette  correspondance.  Et  dès  lors  on.  est 
amené  à  croire  que,  si  le  schisme  fut  une  entreprise  favorable  à 
l'empereur  qu'elle  libérait  de  la  suprématie  de  Rome,  elle  eut 
néanmoins  pour  but  d'opposer  à  l'empereur  lui-même  un 
patriarche  plus  indépendant  et  qui,  maître  souverain  de  son 
église,  pût  prendre  à  l'égard  du  pouvoir  impérial  l'attitude 
ferme  que  Rome  avait  montrée  aux  empereurs  d'autrefois. 

Les  lettres  intimes  permettent  d'esquisser  avec  plusd'exactitude 
la  figure  énigmatique  de  l'adversaire  de  Photius.  Elles  le  repré- 
sentent comme  doué  d'un  esprit  très  inférieur  à  celui  de  son 
adversaire,  confiné,  dans  le  domaine  de  l'observation,  à  des  vues 
sans  pénétration,  et,  dans  celui  de  la  pensée,  aux  considérations 
du  christianisme  le  plus  traditionnel. 

Cette  intelligence  moyenne  avait  cependant  certaines  préoc- 
cupations et  quelques  qualités  d'élégance.  Ignace  émaille  sa 
correspondance  de  citations  d'Homère  et  des  tragiques;  il  discute 
les  théories  des  grammairiens;  il  avait  même  composé  un  recueil 
de  maximes  empruntées  aux  auteurs  profanes.  Son  style,  d'une 
élégance  trop  laborieuse,  est  régi  par  des  règles  rythmiques 
rigoureuses  jusqu'à  la  monotonie.  D'une  façon  presque  uniforme, 
tous  les  éléments  de  la  phrase  périodique  sont  terminés  par  une 
clausule  qui  consiste  en  un  double  dactyle  d'accent. 

La  plupart  des  lettres  d'Ignace  sont  conformes  à  cette  règle 
unique,  qui  n'est  qu'une  application  spéciale  de  la  loi  d'accent 
définie  par  M.  W.  Meyer.  Toutefois  d'autres  messages  d'un  ton 
plus  relevé  ont  permis  de  reconnaître  des  procédés  de  stylistique 
très  curieux,  qui  apparaissent  clairement  dans  ce  manuscrit 
ponctué  avec  soin,  mais  que  l'on  retrouve  également  dans  un 
grand    nombre  d'auteurs  contemporains  d'Ignace.  Ce  système, 


40  LIVRES    OFFERTS 

absolument  indépendant  de  la  loi  de  M.  W.  Meyer,  dérive  certai- 
nement (rune  recette  d'école  et  non  d'une  fantaisie  personnelle. 
Il  consiste  à  appliquer,  en  fonction  de  l'accent,  des  procédés  ana- 
lof^ues  à  ceux  qu'appliquaient  les  orateurs  asiatiques,  en  fonction 
de  la  prosodie.  Par  l'identité  ou  la  différenciation  du  rythme  des 
clausules,  les  écrivains  de  cette  école  ;^roupcnt  ou  séparent  les 
éléments  correspondants  ou  asymétriques  de  la  période  oratoire, 
dont  le  dessin  pour  ainsi  dire  strophique  apparaît  dès  lors  avec 
clarté.  L'étude  de  ces  clausules  et  de  ces  rythmes  doit  non  seu- 
lement guider  le  littérateur  dans  l'appréciation  du  style,  elle  doit 
surtout  guider  le  philologue  en  vue  de  la  reconstitution  du  texte. 
Entre  autres  exemples  de  ces  procédés  stylistiques.  M.  Serruys 
en  emprunte  quelques-uns  à  une  oraison  funèbre  inédite  de 
Basile  le  Macédonien  par  son  fils  Léon  \l  le  Sage. 


LnUES  OFFERTS 


Le  Secuktaime  perpktcel  dépose  sur  le  l)tircaii  de  l'Acadéniie  la 
4^  livraison  ilii  loinc  I  du  lii'-ix'floire  <r<''pi(/r;ijilii<'  sémitique  (Paris, 
1902,  in-8°). 

.M.  Baiitii  offre,  au  nom  de  l'auteur,  M.  Kiclhoni,  correspoiulanl  de 
l'Académie,  la  suite  de  la  Liste  des  inscriptions  de  l' Imli'  du  Sinl. 


SÉANCE    DU   16   JANVIER 


M.  Glermont-Ganneau  annonce  brièvement  qu'il  a  reçu  du 
Gomité  du  w  Palestine  Exploration  Fund  »  l'estampage  d'une 
inscription  grecque  et  hébraïque  récemment  découverte  à  Jéru- 
salem et  qui  lui  paraît  ofFrir  un  intérêt  exceptionnel  pour  l'histoire 
juive.  Elle  est  relative  à  un  certain  Nicanor  d'Alexandrie  qui  y 
est  dit  avoir  «  fait  les  portes  ». 

M.  Glermont-Ganneau  montre  qu'il  s'agit  ici  de  la  fameuse 
porte  du  temple  juif  de  Jérusalem,  dite  «  porte  de  Nicanor  »,  et 
célèbre  dans  l'antiquité  par  sa  magnificence.  Le  Talmud  et 
Flavius  Josèphe  en  parlent  longuement  et  en  détail.  Nicanor, 
riche  juif  d'Alexandrie,  en  avait  fait  exécuter  dans  cette  ville  les 
battants  en  bronze  ornés  de  superbes  ciselures  d'or  et  d'argent. 

M.  Gagnât  annonce  que  le  Gomité  constitué  pour  élever  un 
monument  à  Paul  Blanchet  remet  à  l'Académie  le  reliquat  de  la 
souscription,  pour  fonder  une  médaille  destinée  à  récompenser 
les  découvertes  historiques,  géographiques  ou  archéologiques 
faites  dans  l'Afrique  du  Nord. 

Le  Président  annonce  à  l'Académie  la  mort  d'un  de  ses  corres- 
pondants nationaux,  M.  Poulie. 

M.  Poulie  appartenait  à  l'administration  des  domaines  oij  il  a 
fait  toute  sa  carrière  en  Algérie.  Ses  fonctions  l'appelant  souvent, 
dans  les  premiers  temps  de  son  séjour,  à  parcourir  le  pays  pour 
délimiter  les  terrains  domaniaux,  alors  que  les  antiquités  étaient 
bien  moins  connues  qu'aujourd'hui,  il  eut  l'occasion  de  relever 
un  nombre  considérable  de  documents  inédits,  surtout  d'inscrip- 
tions. Il  communiquait  aussitôt  ses  découvertes  à  la  Société 
archéologique  de  Gonstantine  qui  les  insérait  dans  son  Recueil. 
Son  premier  article  remonte  à  1862.  En  1876,  il  devint  président 


42  LIVRES    OFFERTS 

delà  Société;  il  était  alors  inspecteur  des  domaines  à  Gonstan- 
tine.  Il  g'arda  les  fonctions  présidentielles  jusqu'en  1892.  Pen- 
dant toute  cette  période,  il  fut  véritablement  Fâme  de  la  Com- 
pagnie, concentrant  toutes  les  découvertes  survenues  dans  le 
département,  dirigeant  les  recherches  des  nouveaux  associés, 
assurant  à  son  œuvre  la  bienveillance  de  toutes  les  autorités  et 
publiant  chacpie  année  des  articles,  surtout  une  chronique 
archéologique  qui  faisait  autorité.  Grâce  à  lui,  la  Société  de 
Constantine  a  pu  soutenir  dignement  sa  vieille  réputation  et  a 
continué  à  faire  honneur  à  son  premier  inspirateur  L.  Renier. 
1mi  1892,  M.  Poulie  a  pris  sa  retraite  et  s'est  retiré  à  Montau- 
roux  (V'ar),  d'où  il  suivait. les  travaux  de  sa  Société,  sans  y  par- 
ticiper d'une  façon  effective.  C'est  là  où  nous  avons  été  le  cher- 
cher, en  1898,  pour  le  nommer  correspondant,  là  qu'il  s'est 
éteint,  le  29  décembre  dernier.  Avec  lui  disparaît  un  des  vétérans 
de  l'épigraphie  africaine. 

M,   Glermont-G.\nne.\u  fait   une  communication  sur  le  mont 
Ilermon  et  son  dieu. 


LIVRES  offi<:rts 


Le  PuiîsiDENT  présente  le  1"'"  fascicule  du  t.  IX  des  Moniininnlx  cl 
Mémoires  de  la  fondation  Piot  et  eu  signale  riiilérêt  (Paris,  1903, 
in-4"). 

Le  Secrétaire  perpétuel  offre,  au  nom  de  l'Inslitul  archéologique 
d'Amérique,  une  grande  publicalimi  iiililuléc  Invrsiif/ations  at  Aasvs 
(London,  Cambridge:  Massachusetls,  cl  I.eip/.ig,  1002,  in-fol.). 


SÉANCE    DU    23    JANVIER 


M.  le  Ministre  de  rinstriie''.ioii  publique  et  des  Ijeaux-arts 
écrit  au  Secrétaire  perpétuel  pour  lui  annoncer  que,  s'associant 
au  vœu  de  l'Académie  au  sujet  de  la  conservation  du  Gapitole 
récemment  découvert  à  Douj:;<;a,  il  vient  de  prier  M.  le  Ministre 
des  affaires  étrangères  d'intervenir  auprès  du  gouvernement 
tunisien,  afin  qu'il  prenne  les  mesures  nécessaires  à  la  consolida- 
tion de  cet  édifice. 

Dans  une  autre  lettre,  M.  le  Ministre  annonce  que  le  Congrès 
international  des  sciences  historiques,  qui  devait  se  tenir  à 
Rome  au  printemps  de  1902,  se  réunira  dans  cette  ville,  du  2  au 
9  avril  prochain. 

M.  le  Ministre  prie  le  Président  de  lui  communiquer  d'urgence 
les  noms  des  membres  de  l'.Académie  qui  seraient  désireux  de 
participer  à  ce  congrès. 

M.  Paul  Meyer,  qui  s'était  fait  inscrire  l'an  dernier,  maintient 
son  inscription. 

M.  Emile  Boutroux,  directeur  de  la  Fondation  Thiers,  adresse 
au  Secrétaire  perpétuel  un  exemplaire  des  statuts  de  cet  établis- 
sement. 

M.  Bekger  communique  à  l'Académie  la  très  curieuse  décou- 
verte faite  par  M.  Jean  Capart,  conservateur  du  Musée  du  cin- 
quantenaire à  Bruxelles,  de  plusieurs  fragments  de  papyrus 
ayant  servi  de  cartonnage  à  une  momie,  qui  portent  des  caractères 
d'une  écriture  cursive  avec  des  ligatures  entre  les  lettres, 
paraissant  d'origine  sémitique,  et  qui  ne  sont  en  tous  cas  ni 
égyptiens  ni  grecs. 


44  SÉANCE    DU    23    JANVIER    1002 

M.  Berger  a  demandé  à  M.  Capart  des  photographies  de  tous 
ces  fragments  pour  pouvoir  étudier  le  problème  que  soulève 
cette  écriture,  jusqu'à  présent  inconnue. 

Le  Secrktaihe  perpétuei,  donne  lecture  de  son  rapport  sur  les 
travaux  des  commissions  de  publication  de  l'Académie  pendant 
le  second  semestre  de  1902  '. 

L'Académie  procède  à  l'élection  d'un  membre  ordinaire,  en 
remplacement  de  M.  Eug.  Mûntz,  décédé. 

Le  pRi';sii)KNT  lit  les  articles  du  règlement  relatifs  à  Télection 
des  membres  ordinaires. 

Il  y  a  36  votants,  majorité  19. 

Au  premier  tour  de  scrutin,  MM.  Châtelain  et  Chavannes 
obtiennent  chacun  1 -J  sullVages  ;  >L  Maurice  Groiset,  7;  M.  EVie 
Berger,  5. 

Au  second  lourde  scrutin,  M.  Châtelain  obtient  19  suilrages; 
M.  Chavannes,  L5  ;  AL  Maurice  Croiset,  '2. 

En  conséquence,  M.  Châtelain,  ayant  obtenu  la  majorité 
absolue  des  suiFrages,  est  proclamé  élu  par  le  Président.  Son 
élection  sera  soumise  à  l'approbation  de  M.  le  Président  de  la 
République. 

M.  Clermont-Ganneau  continue  sa  communication  sur  le  mont 
Hermon  et  son  dieu. 

M.  Ernest  Jîari-.i.on  communique  à  l'Académie,  en  comité 
secret,  son  rapport  sur  les  travaux  exécutés  ou  encouragés  à 
l'aide  des  arrérages  de  la  fondation  Piot  ^. 


1.  Voir  ci-après 

2.  Voir  ci-aprî'S. 


45 


APPENDICES 


rapport  du  secretaire  perpetuel  de  l  academie  des  inscriptions  et 
belles-lettres  sur  les  travaux  des  commissions  de  publication 
de  cette  académie  pendant  le  second  semestre  de  1902,  lu  dans 
la  séance  du  23  janaier  1903. 

Messieurs, 

Depuis  le  dernier  rapport,  il  a  paru  les  volumes  suivants  de  la 
nouvelle  série  in-i'^  du  «  Recueil  des  historiens  de  France  »  : 
Obitiiaires  de  la  province  de  Sens.  Tome  1*"",  1"'  et  2''  parties; 
— Documents  financiers .ToiwQ  1*'".  Inventaires  d'anciens  comptes 
royaux,  dressé  par  Robert  Mignon  sous  le  règne  de  Philippe  de 
Valois,  publié  par  M.  Ch.-V.  Langlois,  sous  la  direction  de 
M.  L.  Delisle,  membre  de  l'Institut.  Et,  des  ouvrages  publiés 
sous  le  patronage  de  l'Académie,  nous  venons  de  recevoir,  il  y 
a  quelques  jours,  le  fascicule  n"  18  de  la  collection  des  Mémoires 
et  monuments  Piot  contenant  les  articles  suivants  :  I,  Situla  en 
ivoire  provenant  de  Chiusi  [Slusée  du  Louvre),  par  M.  Max  Gol- 
LiGNON  (avec  une  planche)  ;  II.  Le  peintre  céramiste  Smikros,  à 
propos  d'un  vase  inédit  du  Musée  de  Bruxelles,  par  M.  Camille 
Gaspar  (avec  2  planches);  III.  La  Minerve  de  Poitiers,  par 
M.  E.  Audouin  (avec  1  planche)  ;  IV.  La  Résurrection  de  Lazare, 
par  Gérard  de  Harlem,  par  M.  Gamille  Benoit  (avec  une  planche)  ; 
V.  Tapisseries  allégoriques  inédites  ou  peu  connues,  par 
M.  Eugène  Mlntz  (avec  une  planche). 

La  situation  des  autres  ouvrages  en  cours  de  publication  est 
celle-ci  : 

Historiens  des  Croisades.  —  Historiens  arabes.  Tome  V. 

Quatorze  feuilles  sont  tirées.  —  M.  Barbier  de  Meynard  a 
envoyé  récemment  à  l'Imprimerie  nationale  la  matière  de  six 
feuilles  nouvelles  qui  terminent  les  extraits  du  Livre  des  deux 


46  RAPPORT  DU  SECRÉTAIRE  PERPÉTUEL 

Jardins.  Il  espère  pouvoir  donner  dans  la  seconde  moitié  de  cette 
année  le  texte  et  la  traduction  du  dzeïl  ou  appendice  du  même 
ouvrage. 

Recueil  des  historiens  de  France,  t.  XXIV.  —  Pour  terminer 
la  seconde  partie  du  volume  il  ne  reste  plus  à  imprimer  (cahiers 
loiî  et  suiv.)  que  la  table  de  la  Chronique  de  l'anoiiyme  de 
Jîéthune  dont  la  copie  sera  livrée  la  semaine  prochaine. 

Quant  à  la  première  partie,  les  pages  1*-I7r)*  ont  été  tirées  ou 
sont  en  bon  à  tirer  à  l'imprimerie. 

Les  placards  \'2H-\l-2  sont  sortis  de  rimprimcrie  le  8  janvier. 

La  copie  de  la  suite  jusqu'à  la  fin  est  en  état  d'être  livrée  aux 
imprimeurs. 

Nouvelle  série  in-4°  du  «  Recueil  des  historiens  de  I-'rance  ». 
Le  tome  II  des  Pouillés  (province  de  Rouen)  va  paraître;  Tlntro- 
duction  est  imprimée. 

Histoire  littéraire  de  la  France.  — Tome  XXXIII.  31  l'euilles 
sont  tirées.  Il  se  continue  avec  un  nouvel  article  de  M.  Paul 
Meyuk,  intitulé  :  Vie  des  Pères,  traduction  en  prose  l'aile  pour 
Blanche  de  Champagne. 

Mémoires  de  l'Académie.  —  T.  XXX^'II,  1'"  partie.  —  A  été 
envoyé  à  l'Imprimerie  nationale  un  mémoire  de  M.  P.  Foicart, 
intitulé  :  Formation  de  la  j)rorincc  romaine  dWsie. 

Mémoire  des  savants  étranijcrs,  l™  série,  tome  XI,  "2''  partie. 
—  Ce  volume  s'arrête  au  rapport  de  M.  Chavannes  sur  les 
inscriptions  chinoises  de  l'Asie  centrale,  aujourd  liui  tiré  et  dis- 
lii!)ué  L'ii  tirages  à  part.  —  Aucun  autre  article  n'est,  pour  le 
moment,  à  l'impression. 

Xolices  et  extraits  des  manuscrits  de  la  liihliothcquv  natio- 
nale. —  Tome  XXXNTII,  1"=  partie.  —  Même  situation.  Aunni 
article  nouveau  n'a  été  envoyé  à  l'imprimerie. 

Le  tome  37  des  Notices  et  extraits  des  mannscrils,  contenant  le 
Synodicon  orientale,  ou  Recueil  des  synodes  nestoriens,  édités  et 


RAPPORT    DU    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL  47 

traduits  par  M.  J.-B.    Chabot,  est  entièrement  tiré  et   sera   dis- 
tribué très  prochainement. 

•  Corpus  inscriplionum  semiticariim  .,  partie  himyarite.  —  Les 
planches  XX^'III-XXXI  du  Corpus  himyarite  sont  tirées.  Elles 
ouvriront  l'atlas  de  la  quatrième  livraison  et  contiennent  dt?s 
monuments  de  Riyâm,  entre  autres  la  reproduction  de  quatre 
exemplaires  reproduisant  avec  quelques  diirérences  de  forme  le 
traité  conclu  à  la  lin  du  ii^  siècle  de  notre  ère  entre  le  Yémen  et 
TAbyssinie.  Les  variantes  de  dix  autres  répliques  de  ce  même 
texte  épigraphique  nous  sont  connues  et  seront  utilisées  dans  la 
rédaction  du  commentaire  dont  nous  n'osons  pas  encore  annon- 
cer la  publication. prochaine.  Ce  que  nous  pouvons  dire  dès  à 
présent,  c'est  que  les  matériaux  destinés  à  l'achèvement  du  pre- 
mier volume  sont  amassés  :  il  terminera  la  monographie  sur  la 
grande  tribu  des  Hamdànites  et  groupera  toutes  les  inscriptions 
relatives  à  «  leur  patron,  Ta'lab  Riyâm,  maître  de  Tour'at  et 
d'autres  sanctuaires  dans  la  région  ». 

Corpus  iiiscriptionum  semificaru m,  partie  araméenne,  —  Le 
bon  à  tirer  du  troisième  et  dernier  fascicule  du  tome  P""  a  été 
donné  à  l'Imprimerie  nationale  au  mois  de  juillet  dernier. 

La  copie  du  fascicule  suivant  (dont  les  planches  sont  déjà  ter- 
minées) est  prête  à  être  mise  à  l'impression. 

La  4"  livraison  du  Répertoire  dépigraphie  sémitique  vient 
de  paraître.  L'impression  d'une  cinquième  livraison  va  commen- 
cer ce  mois-ci. 

Le  Recueil  des  inscriptions  grecques  en  est  maintenant  au 
point  suivant  :  —Tome  \".  La  feuille  \'l  est  à  l'impression.  11 
paraîtra  d'ici  à  quinze  jours  un  fascicule  contenant  les  feuilles 
9-12.  —  T.  IIL  La  feuille  17  est  sur  le  point  d'être  tirée.  11 
paraîtra  d'ici  à  la  fin  du  mois  un  fascicule  contenant  8  feuilles 
et  demie,  9  his  à  17. 

Chartes  et  diplômes.  —  M.  d'Arbois  de  Jubainville  nous  a 
adressé  le  rapport  suivant  sur  l'état  de  la  collection  des  diplômes  : 
Le     manuscrit    des     diplômes     de     Philippe   T'  ,    préparé    par 


48  RAPPORT    SUR    LA    FONDATION    PIOT 

M.  Prou,  est  à  rimprimerie  tout  entier,  sauf  rintroduction.  Jus- 
qu'ici rimprimerie  a  livré  54  placards  qui  sont  déjà  en  seconde 
épreuve  et  formeront  environ  108  pages  in-i". 

M.  Poupardin  est  occupé  au  dépouillement  du  fonds  latin  de 
la  Bibliothèque  nationale;  il  a  atteint  le  n''  14.000. 

M.  Lauer  a  commencé  le  dépouillement  de  la  collection  Moreau. 

M.  Giard  continue  la  préparation  de  la  collection  des  diplômes 
de  Pépin  d'Aquitaine. 

II.    ^^  ALKON. 


RAPPORT   SUR    LES  TRAVAUX    EXÉCUTÉS 

OU  ENCOURAGÉS    A   l'aIDE    DES  ARRÉRAGES   DE  LA    FONDATION  PIOT 

PAR    M.    E.    BABELON,     MEMBRE    DE     l'aCADÉMIE. 

LU   DANS  LA  SÉANCE  DU  23  JANVIER    1903. 

Messieurs, 

La  Commission  de  la  Fondation  Eugène  Piotm'a  chargé, 
en  ma  qualité  de  Secrétaire  pour  Tannée  qui  vient  de  s'écou- 
ler, du  compte  rendu  récapitulatif  qu'il  est  d'usage  de  pré- 
senter à  l'Académie  sur  l'emploi  des  arrérages  de  cette 
Fondation. 

Durant  l'année  1902,  l'Académie,  sur  la  propo.sition  de 
la  Commission,  a  réparti  les  fonds  Piot  en  trois  principales 
catégories  de  subventions  :  celles  qui  ont  servi  à  couvrir 
les  frais  de  la  publication  des  Monuments  et  Mémoires; 
celles  ([ui  ont  été  accordées  pour  des  vovages,  fouilles  et 
missions;  enfin  celles  qui  ont  pris  la  forme  de  souscriptions 
à  des  ouvrages  en  cours  ou  projetés. 

I.  Les  Monuments  et  Mémoires. 

L'Académie  a  accordé  à  notre  éditeur  M.  Ernest  Leroux 
une  première  allocnlion  de   3.000   fr.    pour  la   publication 


RAPPORT    SUR    LA    FONDATION    PIOT  49 

des  Monuments  et  Mémoires.  Puis,  une  subvention  supplé- 
mentaire et  exceptionnelle  de  2.000  fr.  pour  solder  l'excé- 
dent des  frais  de  publication  du  V''  volume.  Ce  surcroît  de 
dépense  a  été  occasionné  et  justifié  par  le  nombre  excep- 
tionnel des  planches,  s'élevant  à  36,  qui  accompag-nent  la 
publication  du  Trésor  de  Boscoreale  par  notre  confrère 
M.  Héron  de  Villefosse.  La  seconde  partie  de  cette  monogra- 
phie, formant  le  XV°  fascicule  des  Monuments  et  Mémoires, 
vous  a  été  distribuée  dans  le  courant  de  l'année.  Le  l''""  fas- 
cicule du  tome  IX  (n"  18  de  la  collection)  vous  a  également 
été  livré  il  y  a  peu  de  jours.  —  Les  fascicules  16  et  17,  qui 
doivent  former  le  tome  VIII,  contiennent  l'étude  de  notre 
confrère  M.  de  Lasteyrie  sur  la  sculpture  française  au 
xn°  siècle.  L'impression  en  est  achevée,  et  ils  seront  pro- 
chainement mis  en  distribution. 


IL  —   Fouilles  et  missions. 

L'Académie  a  accordé  une  subvention  de  1 .000  francs  à 
M.  Auguste  Audollent,  maître  de  conférences  à  la  Faculté 
des  lettres  de  Clermont-Ferrand,  pour  lui  permettre  de 
poursuivre  les  fouilles  du  temple  de  Mercure  Dumias  au 
Puy-de-Dôme.  Le  rapport  de  M.  Audollent  sur  ces  fouilles 
a  été  communiqué  à  l'Académie  par  notre  confrère 
M.  Héron  de  Villefosse  et  inséré  dans  le  compte  rendu  de 
nos  séances  hebdomadaires. 

Une  nouvelle  subvention,  montant  à  la  somme  de 
1755  fr.,  a  été  accordée  à  M.  A.  Degrand,  consul  de  France 
à  Philippopoli,  pour  la  continuation  de  ses  fouilles  à  Yam- 
boli  (Bulgarie).  Le  rapport  de  M.  Degrand  nous  a  été 
envoyé,  et  il  sera  prochainement  communiqué  à  l'Académie 
par  notre  confrère  M.  CoUignon,  à  qui  la  Commission  a 
confié  ce  soin.  M.  Degrand  a,  en  outre,  fait  expédier  au 
Musée  du  Louvre,  après  entente  avec  le  gouvernement  bul- 

1903.  4 


50  RAPPORT    SUR    LA    FONDATION    PIOT 

f^are,  un  loi  important  d  objets  choisis  parmi  les  antiquités 
qu'il  a  découvertes  au  cours  de  ses  actives  et  conscien- 
cieuses recherches. 

Le  R.  P.  Delattre,  chapelain  de  Saint-Louis  de  Car- 
tilage, correspondant  de  lAcadémie,  a  reçu  une  nouvelle 
subvention  de  3.000  francs  pour  la  poursuite  de  ses  fouilles 
à  Carthagc.  11  a  continué,  au  cours  de  cette  année,  comme 
antérieurement,  à  tenir  l'Académie  au  courant  de  ses  décou- 
vertes, par  des  rapports  développés  ({ui  nous  ont  été  com- 
muniqués en  séance  par  nos  confrères  MM.  Héron  de 
Villefosse  et  Philippe  Berger,  et  insérés  dans  nos  procès- 
verbaux.  Les  fouilles  du  R.  P.  Delattre  ont  été,  cette  ;innée, 
particulièrement  fructueuses  et  de  la  plus  grande  imjiortance 
pour  l'archéologie  punique. 

A  M.  Homo,  ancien  membre  de  l'Ecole  française  de 
Rome,  l'iVcadémie  a  accordé  une  nouvelle  subvention  de 
800  francs  pour  la  continuation  de  ses  travaux  relatifs  à 
l'enceinte  de  Rome  sous  Aurélien. 

A  M.  Perdrizet,  pour  solde  des  frais  de  la  mission  qu'il  a 
accomplie  à  Sidon  sur  la  demande  de  l'Académie,  une  sub- 
vention de  350  fr.  Le  ra[)port  de  M.  Perdrizet  vous  sera 
communiqué  prochainement  par  notre  confrère  M.  Philippe 
Berger  qui  a  déjà  signalé  à  la  Commission  son  grand  inté- 
rêt pour  l'histoire  des  dernières  découvertes  épigraphiques 
faites  à  Sidon. 

A  M.  Cartailhac,  correspondant  de  l'Académie  à  Tou- 
louse, une  subvention  de  800  francs  pour  un  voyage  dex- 
pl()i;iti(in  archéologique  dans  des  grottes  et  des  stations 
préhistori(|ues  de  la  province  de  Santander  (Espagne). 

A  M.  Eugène  Déprez  ,  ancien  membre  de  l'École  fran- 
çaise de  Rome,  piuir  lui  [)rrniettre  d'entreprendre  à  Londres 
des  recherches  histori(jues  et  archéologi({ues  sur  l'Hôtel  du 
Roi  et  la  Tour  de  Londres  sous  les  règnes  dlvlouard  I'"', 
(ri',tl()unr(l  II  el  (ri',dnu.ir(l  III.  une  subvention  de  12.000  fr. 

A  M.    le  docteur  Carton,   pour  entreprendre  des  fouilles 


RAPPORT    SUR    LA    FONDATION    PIOT  51 

archéologiques  à  El  Knissia,  près  de  Sousse  (Tunisie),  une 
subvention  de  1.000  fr. 

L'Académie  a  en  outre  voté,  sur  la  proposition  de  la  Com- 
mission Piot,  une  somme  de  oOO  fr. ,  pour  permettre  l'ac- 
quisition et  le  transport  jusqu'au  musée  du  Louvre  d'une 
inscription  arabe  du  i""  siècle  de  l'Hég-ire  qui  se  trouvait  au 
couvent  des  Trappistes  d'El-Atroun,  en  Palestine. 

Enfin  le  R.  P.  Ronzevalle  ,  professeur  à  l'Ecole  Saint- 
Joseph  de  Beyrouth,  a  envoyé  à  la  Commission  un  intéres- 
sant rapport  sur  les  ruines  de  Deir  el  Galaa,  travail  qui 
sera  inséré  dans  les  publications  de  l'Académie. 


111.  —  Souscription  k  divers  ouvrages. 

L'Académie  a  accordé  sur  les  arrérages  de  la  Fondation 
Piot  une  subvention  de  3.000  francs  à  l'éditeur  M.  Ernest 
Leroux,  sous  forme  de  souscription  k  la  seconde  partie  du 
Cataloffuc  des  vases  peints  de  la  Bibliothèque  nationale, 
rédio^é  par  M.  de  Ridder.  Ce  second  et  dernier  fascicule  qui 
ne  comprend  pas  moins  de  350  pages  et  de  nombreuses 
planches,  est  presque  entièrement  imprimé,  et  il  sera  dis- 
tribué dans  quelques  semaines  aux  membres  de  l'Académie. 

Au  même  éditeur  M.  Leroux,  l'Académie  a  accordé  une 
autre  subvention  de  3.200  francs,  sous  forme  de  souscrip- 
tion à  un  ouvrage  de  M.  Pierre  Paris,  qui  sera  intitulé 
Essai  sur  l'art  et  l'industrie  de  l'Esparjne  primitive.  Cet 
ouvrage,  qui  aura  2  volumes  in-8°  avec  planches^  est  présen- 
tement sous  presse. 

En  outre  de  cette  répartition  de  fonds  pour  des  travaux 
scientifiques,  l'Académie  a  voté  une  dépense  de  60  francs 
pour  l'entretien  de  la  tombe  d'Eugène  Piot. 

Entin  elle  a  autorisé  notre  éditeur  AI.  Leroux,  sur  sa 
demande,  à  porter  le  prix  de  l'abonnement  aux  Monuments 
et  Mémoires  à  40  francs  au  lieu  de  32  francs. 


o2  RAPPORT    SUR    LA    FONDATION    PIOT 

L'Académie  avait,  en  outre,  voté  une  subvention  de 
3.000  francs  pour  un  nouveau  volume  de  notre  regretté  con- 
frère Eugène  Miintz  sur  les  arts  à  la  Cour  des  Papes.  Cette 
publication  n'aura  pas  lieu,  de  sorte  que  cette  somme  de 
'3.0!)0  francs  redevient  disponible. 

Enfin,  une  autre  somme  de  3.000  francs  avait  été  réservée 
sur  les  arrérages  de  l'exercice  1902  pour  payer  une  partie 
des  frais  du  premier  volume  du  Recueil  général  dos  mon- 
naies fjrecques  de  V Asie  Mineure.  Il  y  a  actuellement  seule- 
ment quatre  feuilles  de  cette  publication  en  bon  à  tirer, 
ainsi  que  les  28  premières  planches.  La  somme  réservée  de 
3.000  francs  se  trouve  donc  on  fait  reportée  sur  ToKercice 
1903. 

La  Commission  m'avait  chargé  dinsister.  dans  mon  Rap- 
port de  l'année  dernière,  sur  l'obligation  t)ù  se  trouvent 
toutes  les  personnes  qui  bénéficient  de  nos  libéralités, 
d'adresser  à  l'Académie  un  rapport  détaillé  justifiant  de 
leurs  travaux  et  de  l'emploi  des  fonds  (jui  leur  sont  accordés, 
et  de  nous  réserver,  quand  il  y  a  lieu,  la  publication  de 
leurs  découvertes  archéologiques.  Le  relevé  sommaire  que 
je  viens  de  faire,  au  cours  de  ce  compte  rendu,  des  rap- 
ports envoyés  cette  année  à  l'Académie  atteste  ({ue  cette 
recommandation  a  été  écoutée  par  nos  bénéficiaires,  et  nous 
avons  eu,  par  eux,  la  primeur  d'intéressants  travaux;  d'au- 
cuns mêmes  ont  pu  faire  profiter  nos  collections  publiques 
d'un  certain  nombre  des  monuments  ({u'ils  ont  découverts, 
donnant  par  là  un  exemple  qui  ne  saurait  être  trop  encou- 
ragé et  qui  mérite  d'être  particulièrement  signalé  à  l'atten- 
tion de  l'Académie. 


LIVRES    OFFERTS  53 


J.IVRES  OFFERTS 


A  propos  des  hommages  faits  à  l'Académie,  le  Président  dit  que  la 
Commission  des  travaux  littéraires,  en  raison  des  développements 
pris  par  les  comptes  rendus  de  nos  séances,  invite  les  membres  qui 
présentent  des  ouvrages  à  réduire  à  quinze  ou  vingt  lignes  au  plus  le 
texte  des  hommages  qui  sont  destinés  au  Bulletin. 

M.  Philippe  Berger  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  une  notice 
de  M.  Jean  Clédat  intitulée  Recherches  sur  le  Kôm  de  Baouil  (Paris, 
1902,  in-S"  ;  extr.  des  Comptes  rendus  des  séances  de  V Académie  des 
inscriptions  et  belles-lettres). 

M.  G.  BoissiER  offre  à  l'Académie  le  second  volume  des  Institutions 
juridiques  des  Romains,  par  M.  Edouard  Cuq,  professeur  à  la  Faculté 
de  droit  de  Paris  (Paris,  1902,  in-8»)  : 

«  Ce  qui  fait  l'intérêt  de  cet  ouvrage,  c'est  la  façon  dont  il  a  été 
conçu  et  le  but  que  s'est  proposé  l'auteur  en  le  composant.  Il  a  tenu 
à  distinguer  les  époques  diverses  du  droit  romain  et  leur  a  fait  une 
place  très  inégale.  Au  lieu  de  s'en  tenir  à  l'explication  des  Codes  de 
Justinien,  il  a  divisé  l'histoire  entière  du  droit  en  trois  parties.  Nous 
avions  déjà  la  première,  le  droit  primitif,  qu'il  avait  publiée  depuis 
plusieurs  années.  Il  nous  donne,  dans  le  second  volume,  les  deux 
autres,  le  droit  classique,  de  beaucoup  le  plus  considérable,  et  le  droit 
byzantin.  C'est  sur  la  période  classique,  qui  s'étend  d'Hadrien  jus- 
qu'après Alexandre  Sévère,  que  M.  Cuq  appelle  surtout  notre  atten- 
tion. 11  en  a  fait  une  étude  appi^ofondie.  Il  montre,  au  début,  ce  que 
le  (h'oil  classique  doit  à  la  philosophie  et  aux  lettres  grecques,  et 
comment  il  s'est  développé  sous  l'influence  de  la  sagesse  romaine. 
On  peut  recommander  aux  historiens,  aux  littérateurs  qui  veulent 
connaître  Rome  à  fond,  la  lecture  du  livre  de  M.  Cuq.  Je  ne  crois  pas 
qu'aucun  puisse  leur  donner  une  idée  plus  nette,  une  connaissance 
plus  sûre  de  cette  merveilleuse  législation,  la  plus  belle  œuvre  des 
Romains  et  sans  laquelle  on  ne  pénètre  pas  dans  leur  littérature.  » 

M.  Héron  de  Villefosse  offre  à  l'Académie,  au  nom  de  M.  Eugène 
Lefèvre-Pontalis,  directeur  de  la  Société  française  d'archéologie,  le 


54  LIVRES    OFFERTS 

Lxviii''  volume  de  la  colleclioa  des  Coiujri'S  arc/ii'()l(></i(/ii('s  de  France 
(Paris-Caen,  1902,  4.")3  p.  el  71  pi.  ou  fig.,  in-8"). 

En  !001,  la  Société  française  d'archéologie  pour  la  conservation  et 
la  description  des  monuments  a  tenu  ses  séances  générales  annuelles 
à  Agen  et  à  Auch.  Le  nouveau  directeur,  M.  Eugène  Lefèvre-Pontalis, 
nommé  à  la  place  du  regretté  comte  de  Marsy,  exerçait  pour  la  pre- 
mière fois  ses  fonctions;  il  s'en  est  acquitté  avec  un  rare  bonheur  et 
un  légitime  succès.  Ee  présent  volume,  qui  contient  le  comjite  rendu 
des  travaux  de  ce  i.xviii"  congrès,  est  particulièrement  inléressant. 
Au  |ioinl  de  vue  scientifi(]ue,  le  mérite  des  mémoires  publiés  est 
incontestable;  tous  sont  relatifs  à  des  questions  darchéologie  locale 
et  rédigés  par  des  auteurs  d'une  compétence  reconnue.  Les  noms  de 
MM.  Philippe  Lauzun,  J.  Momméja,  Adrien  Lavergne,  Camille  Jullian, 
Brutails,  Adrien  Rlanchet,  l'abbé  Houillet,  Philippe  Grèze,  etc.,  garan- 
tissent l'importance  et  la  variété  des  communications.  L'illustration 
est  à  la  hauteur  du  texte  :  soixante  et  onze  planches  ou  figures,  dune 
exécution  irréprochable,  mettent  successivement  sous  les  yeux  du 
lecteur  les  plans,  les  vues  d'ensemble  ou  de  détail  des  principaux 
monuments  de  la  région  visitée  par  le  Congrès.  Les  églises  de  Saint- 
Caprais  d'Agen,  celles  de  Monsempron  et  de  Moirax,  la  très  curieuse 
église  d'Aubiac,  le  porche  de  Moissac,  les  cathédrales  de  Lectoure  et 
d'Auch  forment  un  premier  groupe  d'une  nature  i)ien  déterminée- 
L'architecture  civile  du  moyen  âge  est  également  représentée  dans 
l'Agenais  par  une  série  d'édifices  en  tète  de  laquelle  se  dresse  le 
merveilleux  château  de  Bonaguil;  les  châteaux  de  Madaillan.  de  Per- 
ricard,  du  Tauzia,  de  Montaner,  lé  donjon  de  Gavaudun  appartiennent 
au  même  groupe,  mis  en  pleine  lumière  par  des  images  fidèles  ou  par 
des  reconstitutions  ingénieuses.,  M.  Eugène  Lefèvre-Pontalis  s  est 
efforcé  d'introduire  dans  cette  publication  un  esprit  de  méthode  cl 
de  crilicjuc;  il  a  réussi  à  donnei-  au  compte  rendu  du  Congrès  d'Agen 
une  valeur  particulière.  Il  a  ainsi  rempli  consciencieusement  et  de  la 
façon  la  pluslouai)le  la  mission  délicate  qu'il  avait  acceptée.  L'œuvre 
des  Congrès  scientifiques  de  France,  fondée  en  183*  par  Arcisse  de 
Caumont,  a  trouvé  en  lui  un  digne  et  dévoué  continuateur. 

M.  Oppeut  |)résente  delà  part  de  l'auteur  un  ouvrage  intitulé: 
Ninivo  nnd  Bahijloii  de  M.  C.  Bezold  (Bieli-feld  et  Leipzig,  190.3, 
in-8").  Cet  ouvrage  fait  partie  d'une  colloclion  intitulée  :  Monogra- 
phii'ii  ziir  Wrllt/esc/iirhle  'm()nogra[)hies  poiu'  l'hisloirt'  du  monde). 
L'éminciil  .niltMir  du  Cnlidoguc  des  briques  de  Koyoundjik  s'est 
adressé  celte  fois  à  un  public  jjIus  étendu,  et  il  a  pleinement  réussi 
dans  cette  tâche  assez  dillicile  pour  un  savant  (pii  jusqu'ici  ne  s  était 


SÉANCE    DU    30    JANVIER    1902  5S 

adressé  qu'au  cercle  très  restreint  des  érudits  spéciaux.  L'ouvrage  est 
d'une  étendue  considérable  (137  pages  in-quarto)  sur  deux  colonnes, 
orné  d'une  grande  quantité  de  phototypies  représentant  des  antiquités 
assyriennes  ;  il  traite  de  l'histoire  des  arts  et  des  œuvres  artistiques 
avec  beaucoup  de  science  et  de  tact.  Dans  le  choix  il  s'est  tenu  libre 
de  ces  allusions  tendancieuses  qui  ont  déparé  quelques  ouvrages  ana- 
logues parus  en  Allemagne. 


SÉANCE   DU   30   JANVIER 


M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  et  des  beaux-arts 
adresse  au  Secrétaire  perpétuel  Tampliation  d'un  décret  en  date 
du  27  janvier  1903,  par  lequel  M.  le  Président  de  la  République 
a  approuvé  l'élection  de  M.  Châtelain  à  la  place  de  membre 
ordinaire  laissée  vacante  par  la  mort  de  M.  Eugène  Mûntz. 

Le  Secrétaire  perpétuel  donne  lecture  du  décret.  Il  introduit 
ensuite  M.  Châtelain  et  le  présente  à  l'Académie. 

Le  Président  souhaite  la  bienvenue  à  M.  Châtelain  et  l'invite 
à  prendre  place  parmi  ses  confrères. 

M.  S.  Reinach  a  la  parole  pour  une  communication  : 

«  MM.  M.  de  Gérin-Ricard  et  l'abbé  Arnaud  d'Agnel  me  prient 
de  porter  à  la  connaissance  de  l'Académie  la  découverte  faite  à 
Ventabren,  entre  Marseille  et  Aix,  d'une  sépulture  à  incinéra- 
tion. La  tombe  était  surmontée  d'un  petit  mausolée  dont  les 
ruines  ont  fourni  aux  explorateurs  deux  pierres  avec  inscriptions. 
La  première,  en  caractères  grecs,  se  compose  de  deux  noms  indi- 
gènes :  Ou£vcToouTa  Kouaopouv'.a  ;  la  seconde,  en  caractères  latins, 
comprend  deux  noms  celtiques  :  Vectit{as)  Biraci.  Les  deux  der- 


56  SÉANCE    DU    .30    JANVIER     1902 

niers  sont  connus  ;  les  deux  premiers  sont  nouveaux  et  présentent 
de  l'intérêt  pour  les  éludes  celtiques  ou  celto-lii;ures  '.  » 

Le  Président  annonce  à  TAcadéniie  que  M.  le  duc  de  Loubat 
lui  a  remis  10.000  francs  pour  la  continuation  des  fouilles  de 
l'École  dAlhènes  à  Délos,  et  qu'ayant  appris  que  M.  HomoUese 
proposait  d'en  entreprendre  aussi  à  Corfou,  notre  généreux  cor- 
respondant a  voulu  y  joindre  une  seconde  somme  de  10.000  francs 
pour  ces  nouvelles  recherches. 

M.  Ho.MOLLE  demande  à  remercier  publiquement  le  duc  de 
Loubat  de  sa  nouvelle  libéralité;  il  veut  joindre  à  son  nom  celui 
de  M.  Perrot,  qui  s'est  oublié  lui-même,  mais  dont  on  ne  peut 
oublier  l'intervention  bienveillante  et  efficace, 

M.  le  duc  de  Loubat  semble  attacher  une  importance  particulière 
aux  fouilles  de  Corfou,  et  l'I'xole  est  toute  disposée  à  porter  sur 
ce  point  ses  efforts  :  rien  ne  serait  plus  intéressant  que  de  retrou- 
ver, après  les  palais  d'Atrée  et  de  Minos,  celui  d'Alcinoos.  Mais 
l'entreprise  est  subordonnée  à  deux  conditions  :  une  exploration 
attentive  et  décisive  de  lîle  de  Corfou  et  du  site  supposé  du 
palais;  la  remise  gratuite  du  terrain  parla  municipalité  de  Corfou, 

M.  G,  ScuLLMBERGF.R  an uoncc  à  l'.Vcadémie  que  M.  Maurouard, 
chargé  d'affaires  de  France  à  Athènes,  a  adressé  au  Ministre  des 
atfaires  étrangères  un  rapport  relatif  au  classement  parmi  les 
monuments  nationaux  du  royaume  de  Grèce  de  deux  des  plus 
importantes  constructions  franques  qui  subsistent  dans  ce  pays 
et  conservent  le  souvenir  de  la  domination  des  \  illehardouin 
dans  la  péninsule  deMorée  au  xni''  siècle,  à  la  suite  de  la  quatrième 
croisade.  Ces  deux  ruines  franques  sont  celles  de  la  grandiose 
forteresse  de  Ghlemoutzi  ou  Clermont,  auj)rès  de  la  mer,  au  sud 
de  Cyllène,  et  celles  non  moins  curieuses  de  l'église  de  Sainte- 
Sophie  d'Andravida,  capitale  de  A'illehardouin.  .\u  rapport  de 
M,  Maurouard  se  trouvent  annexés  la  décision  ministérielle  prise 
à  cette  occasion  par  le  MiiiislrL'  di's  cultes  et  de  1  iiistrut'lion 
publique  de  (xrèce  et  le  rapport  fail  à  ce  sujet  [)ai'  M.  ("-avvadias, 

1.  A'nir  ci-.aprùs, 


SÉANCE    DU    30    JANVIER    1902  57 

éphore  général  des  Antiquités.  C'est  la  première  fois  que  le  gou- 
vernement grec  se  préoccupe  de  protéger  oniciellement  les  monu- 
ments francs,  encore  si  nombreux  sur  le  territoire  du  royaume 
hellénique,  qui  témoignent  de  la  gloire  de  nos  ancêtres  en  ces 
contrées.  Jusqu'ici  ces  puissantes  forteresses,  ces  ruines  d'églises 
étaient  abandonnées  à  tous  les  outrages  des  hommes  et  des  ans. 
L'Académie  ne  peut  donc  qu'exprimer  sa  vive  satisfaction  de 
la  nouvelle  qui  lui  est  communiquée  par  notre  chargé  d'afïaires, 
en  lui  adressant  en  même  temps  ses  remerciements  pour  la  part 
otficieuse,  mais  très  active,  qu'il  a  prise  à  la  réalisation  de  ce 
projet. 

M.  Glermont-Ganneau  achève  sa  communication  sur  le  mont 
Hermon  et  son  dieu. 

M.  Serruys  termine  sa  communication  sur  les  lettres  d'Ignace, 
patriarche  de  Gonstantinople. 

M.  Berger  communique  à  l'Académie  un  mémoire  de  M.  Per- 
drizet  sur  une  inscription  grecque  d'Antioche  qui  lui  a  été  com- 
muniquée par  M.  Mctor  Ghapot.  (irâceàune  très  heureuse  resti- 
tution, M.  Perdrizet  y  a  retrouvé  le  texte,  cité  par  Lucien,  d'un 
oracle  en  vers  rendu  par  le  fameux  Alexandre  d'Abonotichos , 
oracle  qui  eut  un  succès  prodigieux,  au  dire  des  anciens,  et  qu'on 
trouvait  gravé  sur  toutes  les  portes  pour  préserver  les  maisons 
de  la  peste  : 

«  Phéhus  à  la  chevelure  vierge  écarte  le  nuage  de  la  peste.  » 
A.EHIOUÔ. 

Gette  inscription  atteste  l'exactitude  de  la  tradition  antique, 
et  sa  restitution  fait  grand  honneur  à  la  sagacité  de  AL  Perdrizet, 
qui  n'avait,  pour  se  guider,  que  les  dernières  lettres  d'une  inscrip- 
tion mutilée  '. 

M.  ScHLUMBERGER  Ht  uu  mémoire  de  M.  Bréhier,  professeur  à 
la  Faculté  des  lettres  de  Glermont-Ferrand,  intitulé  :  L'Intro- 
duction du  crucifix  en  Gaule. 

1.  Voir  ci-après. 


58      SÉPULTURE    A    INCINÉRATION    AVEC    INSCRIPTION    GRECQUE 

L'idée  de  représenter  le  Christ  en  croix  a  été  longtemps 
écartée  par  les  artistes  chrétiens.  Les  premières  représentations 
connues  du  crucifix,  la  sculpture  de  la  porte  de  Sainte-Sabine  à 
Rome,  la  miniature  de  TÉvangile  de  liabula,  les  ivoires  du  Musée 
britannique,  les  ampoules  du  trésor  de  Monza  ont  une  origine 
syrienne.  C'est  donc  en  Syrie,  et  probablement  chez  des  neslo- 
riens,  que  la  crucifixion  a  été  d'abord  représentée. 

Vu  texte  de  Grégoire  de  Tours  {In  gloria  martyr.  2-2)  montre 
que  le  crucifix  apparaît  en  Gaule  dans  une  peinture  d'une  église 
de  Xarbonne  ;  la  vue  du  Christ  étendu  sur  la  croix,  presque  nu, 
excita  le  scandale  et,  à  la  suite  du  songe  d'un  pi-ètre,  l'évêque  dut 
faire  recouvrir  l'image  d'un  voile.  Or  Xarbonne  était,  au  vi*  siècle, 
une  des  principales  colonies  de  ces  marchands  syriens  qui  étaient 
établis  dans  toutes  les  grandes  villes  de  l'Occident  depuis  Car- 
thage  jusqu'à  Paris.  Il  est  donc  permis  de  croire  que  ce  furent 
des  Syriens  qui  introduisirent  en  Gaule  cette  nouveauté,  mais 
de  longues  années  se  passèrent  avant  qu'elle  entrât  dans  la  vie 
religieuse  des  Occidentaux  ^ . 


COMMUNICATIONS 


UNE     SÉPULTURE     A      INCINÉRATION     AVEC      INSCRIPTION      GRECQLE 

DÉCOrVERTE  DANS   LA  VALLÉE  DE  l'aRC   (bOUCIIES-DU-RHÔNE) 

PAR     MM.     IIENIIV     DE     GÉRIN -RICARD 


ET    l'aHRÉ    ARNAUD    DAGNEL. 


Au  mois  de  décembre  l'.M)2,  les  ouvriers  employés  à 
rétablissement  d'un  nouveau  chemin  d'intérêt  commun 
devant  conduire  de  Ventabren  à  la  roule  de  La  P^are  à  Aix 
découvrirent,  en  efîectuant  une  tranchée  de  deux  mètres  de 
profondeur  à  li-avers  cham])s,  un   tombeau  à  incinération. 

1 .   \'(>ir  ri-ai)rès. 


SÉPULTLRE    A    INCINÉRATION    AVEC     INSCRIPTION    (GRECQUE      59 

Prévenus  de  cette  découverte  par  M.  labbé  Lesbros,  curé 
de  Ventabren  ,  nous  nous  sommes  aussitôt  rendus  sur  les 
lieux  et  avons  pu  constater  que  cette  sépulture,  qui  se 
trouve  à  quelques  centaines  de  mètres  au  nord  et  au-dessous 
du  village  de  Ventabren  et  à  500  mètres  environ  au  sud  du 
quartier  de  la  Font  de  Vicary  [Fons  Vicarii)  qui  a  fourni 
de  nombreux  vestiges  romains,  se  composait  d'une  petite 
cella  ou  coll're  formé  de  blocs  de  grès  de  moyen  appareil 
(0'"  50  X  0"'  30)  et  mesurant  dans  le  vide  0"^  60  de  lon- 
gueur et  de  profondeur  sur  0"^  40  de  largeur,  orienté  nord- 
sud,  dans  lequel  on  ne  trouva  cpie  des  cendres  et  des  débris 
de  charbon.  Certaines  pierres  du  tombeau  présentent 
encore  des  traces  de  feu,  comme  si  la  combustion  des  corps 
avait  eu  lieu  sur  le  tombeau. 

Le  coffre  était  noyé  dans  une  couche  de  plus  de  0'"  20 
d'épaisseur,  faite  d'un  mortier  de  chaux  très  blanc.  Au-dessus 
devaient  se  trouver  fichées  en  terre  les  deux  pierres  à  inscrip- 
tions dont  il  va  être  parlé  et  cjui  ont  été  découvertes  renver- 
sées. La  forme  de  ces  pierres  indique  qu'elles  étaient  plantées. 

Toutes  les  pierres  de  ce  petit  mausolée  sont  en  grès 
blanchâtre  de  la  région  et  proviennent  probablement  des 
carrières  voisines  de  Coudoux,  dont  la  pierre  est  moins 
blanche  que  celle  dite  de  Calissane. 

Inscription  n°  /.  —  Pierre  haute  de  0™  80,  large  de  0'"  40. 
épaisseur  0"'  30.  Monument  entier,  caractères  bien  gravés 
de  0  '"  04  de  hauteur;  espace  de  0"'  15  au-dessus  de  Tinscriji- 
tion.  Pas  de  trou  à  libations  au-dessus  du  cippe. 

Le  parfait  état  de  conservation  de  cette  inscription  ne 
laisse  pas  le  moindre  doute  sur  la  lecture. 

0Y6NIT00YTA  KOYA  APOYNIA' 

Le  C.  /.  (r.  ne  fournit  aucun  exemple  des  trois  ou  quatre 
noms  jjropres  de  femme  qui  figurent  sur  cette  épitaphe  dont 

1.  Le  premier  nom  doit  se  lire  Ojsvtroouta,  c'est- A-dire  Veniloula,  nom 
celtique  lormé  de  deux  radicaux  fort  connus.  — Je  suppose  dans  le  second, 


fiO      SÉPULTURE    A    INCINÉHATION    AVEC    INSCRIPTION    GRECQUE 

les  caractères  paraissent  se  rattacher  a  la  deuxième  époque 
(le  l'épig-raphie  grecque  ^ 

Les  textes  grecs  sont  des  plus  rares  dans  la  vallée  de 
l'Arc,  et  c'est  le  second  que  fournit  cette  région^. 

Inscription  n""  9.  —  Pierre  haute  de  0"'  oO  ;  largeur  dans 
le  haut  0"^  35,  dans  le  bas  0  '"  20  ;  épaisseur  0"'  31 .  Le  côté 
droit  manque,  et  il  a  pu  disparaître  aussi  une  ou  deux  lettres 
par  ligne.  Caractères  bien  gravés  de  0'"  04.  Espace  de  0™  07 
au-dessus  de  l'inscription.  Pas  de  trou  à  libations. 

Nous  proposons  la  lecture  VECTIT(VS)  BIRACI  (F)  Vecti- 
tus  Biraci  filiiis. 

Vecfitus  a  déjà  été  rencontré  à  Marseille  ^  ;  quant  au 
cognomen  gaulois  Biraci,  pour  Biracillus,  on  en  connaît  un 
exemple  par  un  vase  du  musée  de  Nîmes  qui  porte  BIRA- 
CLI ''.  [Briacus  est  d'ailleurs  un  nom  celtique  fort  connu; 
cf.  Holder,  t.  I,  col.  423.  C.  Jullian.] 

Sur  le  lieu  de  la  découverte  nous  avons  remarqué,  parmi 
les  pierres  provenant  de  la  démolition  du  tombeau,  un  bloc 

Kojaooojv'.a,  un  seul  nom  formé  de  deux  radicaux  celtiques  cou-  (cf.  cous, 
Muret,  3367)  et  droun-  (cf.  Droa,  Drona,  Iloldor.  I,  col.  1321).  —  Jilli.vn. 

1.  Cf.  S.  Reixach,  Traité  d'épàjraphie  grecque,  p.  204. 

2.  Le  Musée  d'Aix  ne  possède  qu'une  seule  inscription  de  cette  prove- 
nance. C'est  une  dédicace  à  Héros,  fils  de  Lysandre,  qui  ne  comprend  que 
deux  mots  (n°  97  du  Catalogue'. 

Marseille  elle-même  nesl  pas  très  riclu-  en  épitaphes  f^recques  ;  le  château 
lîorely  ne  renferme  que  six  textes  funéraires  d'orif;ine  locale  (n"  97,  101, 
105,  121,  120  et  127  du  Catalogue  de  Frœhner). 

3.  C.  7. /..,  xii,  n"  ioo.    MEMORIAE 

Q-VECTICI 
NEON^S  VEC 
TICIA    ENCAR 
PIA  ALVMNO 
DVLCISSIMO 
VIXIT-A-XI-M-VII 
D-XIM 

4.  C.  /.  /..,  t.  Xli,  n"  5GS6  —  132.  Ce  nom  a  été  lu  BIRAC  ';LLI- 


SÉPULTURE    A   INCIiNÉRATIO.N    AVEC    INSCRIPTION'    fiRECQUE       61 

de  0'"  60  de  longueur  sur  0'"  33  de  large,  offrant  une  mou- 
lure à  trois  traits  de  gouge,  et  un  autre  Ijloc  de  0  '"  50  de 
haut,  0'"  30  large  et  0  "'  35  d'épaisseur  portant  les  traces  de 
trois  caractères  très  effacés. 

Le  tombeau,  très  solidement  construit,  était  recouvert  par 
une  couche  de  terre  de  1  '"  50  d'épaisseur. 

A  une  dizaine  de  mètres  à  Test  de  son  emplacement, 
dans  le  talus  en  déblai  de  la  route,  nous  avons  noté  un 
amas  de  cendres  et  de  bois  carbonisé,  surmonté  de  pierres 
en  grès.  (Nous  nous  proposons  d'effectuer  une  fouille  sur 
ce  point.) 

La  commune  de  Ventahreii ,  dont  le  nom  à  désinence 
gauloise,  évoque  déjà  une  haute  antiquité  ^  a  fourni  plu- 
sieurs textes  épigraphiques,  tous  latins,  mais  reproduisant 
des  noms  grecs,  comme  Agathopus  et  T.  ^lius  Glaphiji\  un 
dévot  d'x\pollon  '^. 

Le  territoire  de  Ventabren,  situé  entre  la  cité  grecque  de 
Marseille  et  la  colonie  romaine  d'Aix,  était  traversé  par  la 
voie  Aurélienne  (tronçon  de  Marseille  à  Arles)  ;  sa  popula- 
tion a  dii  être  de  tous  temps  assez  importante,  si  l'on  en  juge 
par  l'étendue  des  trois  castella  ligures  que  l'on  remarque 
dans  son  voisinage,  ceux  de  Roquefavour,  de  Meynes  et  de 
Sainte-Eutropie,  distants  à  peine  d'un  kilomètre  à  vol 
d'oiseau  les  uns  des  autres. 

Enfin,  c'est  jjrescpie  sur  les  limites  de  cette  commune 
et  de  celle  de  Velaux  que  furent  découvertes  en  1860  les 
si  curieuses  statues  en  pierre ,  aujourd'hui  au  musée 
Borely,  représentant  des  personnages  accroupis,  statues 
que  M.  Salomon  Reinach  incline  à  rapporter  au  v*"  siècle 
avant  notre  ère  et  qu'il  a  très  heureusement  rapprochées 
d'une  statue  découverte  dernièrement  à  Grézan  (Gard)  '^. 

1.  Le  suffixe  hren ,  d'après  M.   d'Ai-bois  de  Jiibainville,  signifie   monl. 
Ventabren  est  en  effet  sur  le  sommet  d'une  montai^ne. 

2.  Cf.  C.  /.  L.,  t.  XII,  n"  633,  634,  635  et  636. 

3.  Comptes  rendus  des  séances  de  VAcadéniie  des  inscriptions  et  helles- 
leltres,  190],  p.  281. 


62 


UNE     INSCRIPTION     d'aNTIOCHE     QUI     REPRODUIT     UN     ORACLE 

n'ALKXANDRE  d'aBONOTICFIOS  ,    l'Ai!    M.    PAUL    PHRDRIZET, 

MAÎTRE  DE  CONFÉRENCES  A  l'uNIVERSITÉ  DE  NANCY. 

M.  Victor  Cliapot,  ancien  incni]:)re  de  l'Ecole  d  Athènes, 
me  communique  amicalement  linscription  suivante,  qui  lui 
a  été  envoyée  d'Antakieh,  l'ancienne  Antioche  de  l'Oronte, 
par  le  fils  de  l'ingénieur  Toselli.  Brisée  à  g-auclie,  complète 
à  droite,  elle  est  g;ravée  sur  un  morceau  de  marbre  blanc, 
qui  provient  d'un  petit  socle  rond.  La  partie  inscrite  mesure 
0'"  13  de  long.  La  gravure  indique  l'époque  impériale. 

^(t)CXHNÀn€pyK€hÀ-€-H-l-0-/-fjO- 

Ce  qu'on  remarque  d'abord,  c'est  que  l'inscription  se 
terminait  parla  suite  alphabétique  des  sept  voyelles  grec(jues. 
Sur  la  vertu  magique  des  sept  voyelles  grecques,  j'avais, 
en  partant  de  la  restitution  d'un  texte  altéré  d'IIygin  ',  com- 
mencé un  travail  qu'une  publication  récente  de  M.  Roscher-, 
infiniment  plus  savante  que  n'aurait  été  la  mienne,  a  rendu 
inutile.  Je  renvoie  donc  à  la  dissertation  de  ce  maître  du 
folk-hire  antique.  Il  suffira  de  noter  que  si  dans  les  papyri 
l'on  relève  de  nombreux  cas  de  remph)i  des  sept  voyelles 
coin  nie  formule  magique,  dans  l'épigraphie  au  contraire  on 
n'en  connaissait  juscju'ici  qu'un  seul  exemple,  l'inscription 
du  théâtre  de  Milet ',  la(pu^lle  —  il  est  permis  ici  de  le  raj)- 
peler  à  M.  Roscher —  avant  d'être    expliquée  par   lîockli, 

1.  I';ih.  2'',  Pureté  Clotho  Lachexis  Mi-npos  invcncnint  Ullcras  (ir;ieca<^ 

septcm  AEHIOYn. 

2.  Zur  Jleilciiluiiji  iler  SiebeiizuhL  iin  Kuilus  and  Mi/lhiis  ilcr  (iricrhen, 
§  2,  clans  le  Philolocjus,  1901,  p.  369.  Cf.  encore  le  répertoire  si  loiiimndc 
(le  Ilcim.  Incnnliimenla  magica  ,  clans  les  Jahrliiichcr  fi'ir  l'hiloloffie , 
siippl.  \IX,  1).  S'iO,  et  l'aiticlc  si  intéressant  d'AlbeiL  Dietericli  sur  la  valeur 
inaKi<ine  des  lettres  de  l'alpliahel  fïrec  en  général,  dans  le  Rlieinis  ches 
Muséum.  1901,  p.  "7  et  639  {ABC-DcnliiiiULcr). 

3.  C.  I.  G.,  2895. 


INSCRIPTION     d'aNTIOCHÈ  63 

l'avait  été  déjà,  et  magistralement,  par  Tabbé  Barthélémy, 
dans  les  Mémoires  de  l'ancienne  Académie  des  inscriptions  '. 

Mais  assez  là-dessus  :  venons-en  au  plus  curieux  de 
notre  texte,  au  commencement. 

La  suite  des  sept  voyelles  formant  une  incantation,  il 
n'est  pas  surprenant  de  les  trouver  à  la  fin  d'un  exorcisme; 
et,  en  effet,  c'est  une  phrase  d'exorcisme  que  devait  termi- 
ner le  verbe  àizzpùxzi  (de  x-epy/M),  j'écarte)  ;  le  sujet  à'à-e- 
pù'Azi  devait  être  le  nom  d'une  divinité  qui  avait  le  pouvoir 
à' écarter  tel  ou  tel  malheur,  de  conjurer  telle  ou  telle  maligne 
influence.  Le  mot  qui  précède  àTrspuxsi  est  évidemment  mal 
copié,  et  mutilé;  il  doit  y  avoir  sur  la  pierre  0€AHN,  ce 
qui  ne  peut  être  que  la  fin  de  vsçéXyjv. 

Notons  maintenant  qu'àTîspûy.oj  est ,  suivant  la  remarque 
du  Thésaurus,  un  mot  poétique,  que  vsodA-^v  cc-Kspù-Aei  forme 
une  fin  d'hexamètre,  et  que  les  exemples  ne  manquent  pas 
de  citations  d'Homère-,  Simonide  ',  Ménandre^  et  autres 
poètes  classiques,  auxquelles  la  superstition  des  bas  temps 
avait  attribué  une  vertu  talismanique. 

Mais  de  quel  poète  est  le  vers  dont  notre  frag-ment  donne 
la  fin?  Je  l'avais  cherché  vainement  dans  le  Lexique 
d'Homère ,  d'Ebeling,  dans  l'hymne  à  Apollon  de  Calli- 
maque  et  dans  les  gnomiques,  lorsque  la  lecture  de  Heim^ 
me  mit  sur  la  voie  :  l'hexamètre  en  question  est  un  oracle 
rendu  par  le  fameux  Alexandre  d'x\bonotichos,  et  Lucien 
nous  l'a  conservé  en  entier  : 

*ï>oisoç   ôcy.tp<yoy.6\)/t]ç,   Aot;j.i'j   vssiX-^v   x-tpùv.v.. 

«  Alexandre,  dit  Lucien,  envoya  des  chresmologues  par 
tout  l'Empire,  pour  annoncer  des  pestes,  des  incendies,  des 

1.  Tome  XLI,  p.  514. 

2.  Heim,  op.  laud.,  p.  51i. 

3.  Bull.  delV  Instituto,  ls7i,  p.  51. 

4.  Bull,  de  corr.  helL,  l'JOO,  p.  'J'.Ki. 

5.  Op.  laud.,  p.  519. 


6i  INSCRIPTION   d'antiociie 

Iremblements  de  terre,  et  pour  promettre  aux  gens  qu'il  les 
sauverait,  quil  empêcherait  ces  malheurs  d'arriver.  Parmi 
les  oracles  d'Alexandre  qui  se  répandirent  alors,  un,  que 
voici,  eut  un  succès  extraordinaire'  :  «l'cTêsç  /.ta.  On  voyait 
ce  vers  écrit  partout,  sur  toutes  les  portes,  comme  phylac- 
tère. Mais  il  arriva  presque  partout  le  contraire  de  ce 
qu'Alexandre  avait  promis  :  par  un  malheureux  hasard,  les 
maisons  où  la  peste  fit  le  plus  de  ravages  furent  justement 
celles  sur  lesquelles  le  vers  prophylactique  avait  été  écrit  "^.  » 
Le  socle  d'où  provient  le  fragment  d'Antioche  portait 
donc  une  statuette  d'Apollon  àA£;iy.ay.:ç  (peut-être  une 
réplique  de  la  statue  de  Calamis  :  cf.  Pausanias,  I,  3,  4,  avec 
le  commentaire  de  llitzig-Blûmner).  Fut-elle  dédiée  pen- 
dant la  peste '^  dont  parle  Lucien  par  l'une  des  innombrables 
dupes  de  l'Abonotichite?  Notre  inscription  témoigne-t-elle 
du  succès  prodigieux  de  cet  extraordinaire  mystificateur, 
comme  les  inscriptions,  pierres  gravées  et  monnaies  étu- 
diées naguères  par  MM.  Cumont '*  et  Babelon^?  La  chose 
sans  doute  est  possible  ;  mais  voici  un  texte  qui  prouve 
qu'elle  n  est  point  certaine. 


1.  ((  C'était  (lu  reste,  ajoute  Lucien,  un  oracle  nulniihnne.  ■>  Alexandre 
appelait  ainsi  des  oracles  que  le  serpent  Glycon  était  censé  avoir  pronon- 
cés. Piiur  rendre  les  oracles  aulnphones,  Alexandre  avait  imaginé  un 
«  truc  »  que  Lucien  décrit   Alex.,  ch.  26). 

2.  Luc.  Alex.,  ch.  36. 

13.  L'i:mpirc  fut  dévasté  par  la  peste  en  166  et  dans  les  années  suivantes. 
Marc  .Vuréle  en  moui'ul  en   ISO. 

1.  Méin.  couronnés  pur  l'Acml.  roijnte  île  BeUjiiiiie,  1S87. 

5.  Rev.  numism:ili(iiie,  1900,  p.  1.  Sur  -Mexandre  dAbonotichos,  cf. 
encore  lîouché-I>eclerq.  llist.  de  Ui  divinnlion,  t.  III,  p.  3.")",  et  Zeller, 
Vortrinje  und  Abhandliingen.  II.  —  Le  sieur  iMjptviôr,;,  de  Cavalla,  a 
publié  ('II  /'''pa  "OÙ  -apxXOo'vTO;,  xVtliènes,  IS85,  p.  46),  l'inscription  sui- 
vante :  Il  -oXt;  Tov  âauxfj;  awifjpa  rXJ/.fova,  ([u'il  prétend  avoir  copiée  au 
village  de  Tiliataldja,  sur  le  territoire  de  la  colonie  de  Philippes  (repro- 
duite par  Diinilzas.  il  Ma/.;oov;x  iv  ÀiOo'.;,  p.  si  i  .  No  l'ayant  retrouvée  à 
Tchalaldja  ni  en  isOi,  ni  en  ls!>9,  je  la  considère  comme  apocryphe.  La 
plupart  des  inscriptions  publiées  par  McpirîoT,;  sont  des  inventions  gros- 
sières, monstrn  .\lerlziili:inn.  dit  Mommsen  (C.  /.  L.,  III,  suppl.,  p.  2316). 


INSCRIPTION     d'aNTIOCHE  65 

Ce  texte  se  trouve  dans  le  prologue  du  premier  livre  des 
Noces  de  Mercure  et  de  la  Philologie,  par  Martianus  Capella. 
Mercure  fait  route  avec  la  Vertu;  ils  aperçoivent  de  loin 
Apollon,  assis  sur  une  hauteur,  occupé  à  préparer  les 
mélang-es  de  bon  et  de  mauvais  air  qui  apportent  aux  hommes 
soit  le  beau  temps  et  la  santé,  soit  le  mauvais  temps  et  la 
maladie,  les  tempêtes  et  les  pestes  :  ciim  pestem  diram 
cornmerifis  mortalihus  minahafur,  aeri  similitcr  anhclos 
ignés  aiit  torpentis  frigoris  venena  miscehat  et  in  adfligen- 
duni  meare  cogebat  orheni.  Tali  dei  temperaniento  Virtus 
admonita  magisquecum  euni  salutares  auras  miscere  conspi- 
ceret,  [caeci  poetae)  Graium  versum  Mercurio  comprobante 
commémorât 

<î>oî6oç   T/.zp7oy.6\j:qq   Koi[j.ou  vs(psX*/;ç   x-jzepùv.v. 

quo  pestem  fugari  posse  Mercurius  si  voces  primis  vestigiis 
ejus  accédèrent,  admonebat  •.  Il  faut  supprimer  caeci  poetae ^ 
puisque  l'hexamètre  cité  n'est  pas  d'Homère ^  :  on  croira 
dillicilement  que  Martianus  ait  attribué  à  Homère  un  vers 
qui  n'est  pas  de  lui.  Caeci  poetae,  comme  le  dit  Eyssenhardt^, 
est  une  glose  corrompue ,  née  d'une  plus  ancienne ,  graeci 


1.  De  nupliis  Philolocfiae  et  Mercurii,  I,  18  (Eyssenliardt). 

2.  Du  reste,  le  commencement  du  vei's  est  pris  de  Ylliade,  XX,  39  : 

^o~fjOi  àx£p(îo-/'.d[j.Ti;  f,o'   "Ap'Cï[J.'.;  loyixipT.. 

Cf.  encore  l'hymne  homérique  à  Apollon  Dclien,  13't,  et  Tcpigramme  d'un 
ex-voto  d'Olympie  dans  Pausanias,  V,  22,  2.  —  Le  milieu  du  vers  a  servi  à 
Kaibel  pour  restituer  l'épitaphe  mutilée  d'un  arahadji  d'.Ezani  [Épigr.  gr., 

375)  : 

M[r,]voYév7i;  o[o'  Èyw]'   tr/VTjv  ô'   ï-7:ot[i3ivJ  àyv.i^xi 
£'j   £![oto;]   sGavov   Àoiu.ou   [v£j9[iAr]]  xaTaXr,[çpl9E;ç. 

«  Non  dahito,  écrit  Kaibel,  qiiin  vox  vuhjaris  fueril  ÀoiaoO  vîcpAir,  apud 
Asianos.  Prohahile  aulem  est  Menogenein  eodem  peslilentiae  lempore  occi- 
disse,  quo  Alexander  illis  locis  suas  exercehat  fraudes.  » 

3.  Suivi    par   Preger,    Inscriptiones  graecae     metricae    ex   scriptoribus 
praeter  Anthologiam  colleciae,  p.  167. 

1903.  5 


66  INSCRIPTION    d'aNTIOCHE 

poetae,  qui  se   trouve  dans  l'un  au   moins  des  nombreux 
manuscrits  de  Martianus. 

Voilà  donc  qu'au  v''  siècle  de  notre  ère  un  grammairien 
d'Afrique  citait  comme  bien  connu  le  vers  du  goète  de 
Paphlagonie.  C'est  apparemment  que  ce  vers  avait  pour- 
suivi sa  destinée  de  formule  prophylactique,  bien  longtemps 
après  la  mort  de  l'Abonotichite ,  dans  des  pays  où  celui-ci 
n'avait  jamais  été,  parmi  des  gens  qui  ne  savaient  plus  rien 
ni  d'Alexandre  le  devin  ni  de  son  dieu  Glycon.  Les  supersti- 
tions ont  la  vie  dure.  Elles  ont  aussi  une  surprenante 
puissance  de  diffusion.  Ce  vers  prophylactique  en  offre  un 
bon  exemple,  puisque,  lancé  par  le  monde  au  ii''  siècle,  en 
Paphlagonie ,  nous  le  retrouvons  en  Syrie ,  à  Antioche ,  et 
que  l'Afrique  chrétienne,  au  v''  siècle,  ne  l'avait  pas  encore 
oublié.  Qu'il  se  retrouve  en  Syrie,  à  Antioche,  ce  n'est  pas 
fait  pour  surprendre  :  Antioche  était  adonnée  à  toutes  les 
superstitions',  et  d'autre  part,  l'un  des  caractères  de  l'éj^i- 
graphie  syrienne  à  l'époque  inqjériale ,  c'est  le  nombre 
considérable  d'inscriptions  à  formules  prophylactiques  ou 
talismaniques  qu'on  y  a  relevées  % 

Une  question  pour  finir  :  le  vers  qui  nous  occupe  est-il 
d'Alexandre,  ou  Alexandre  Ta-t-il  emprunté  à  un  chresmo- 
logue  antérieur,  à  un  de  ces  recueils  d'oracles  et  de  ■/.y.Oxp[j.zi 
attribués  ;i  Orphée,  Musée,  Bacis ,  Abaris,  Epiménide, 
comme  en  avaient  les  Orphiques  ?  Je  crois  que  si  Alexandre 
avait  volé  quelque  part  son  fameux  vers,  Lucien  l'aurait  su, 
et  l'aurait  dit. 


1.  Ucnaii,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acnd.  des  inscr.,  lS(ij,  p.  308. 

2.  Bull,  de  corr.  hell.,  1000,  p.  293. 


67 


L  INTRODUCTION     DU     CRUCIFIX    EIN     GAULE, 

PAR    M.    LOUIS    BRÉIIIER  , 

CHARGÉ    DE    COURS    A    l'uNIVERSITÉ    DE    CLERMONT-FERRAND. 

Il  est  aujourd'hui  démontré  que  l'idée  de  représenter  le 
Christ  sur  la  croix  n'est  apparue  que  très  tard  dans  TEglise. 
Le  premier  exemple  connu  d'une  crucifixion  est  une  intaille 
basilidienne  (Le  Blant,  Bulletin  de  la  Sociétédes  antiquaires 
de  France,  1867,  p.  111-113).  Plus  tard,  les  nestoriens 
paraissent  avoir  eu  un  goût  particulier  pour  le  crucifix  qui 
était  une  éclatante  affirmation  de  la  nature  humaine  et  de 
l'incarnation  du  Christ  (Baumstark,  Altarkreuze  in  nesto- 

rianischen  Klostern ,  dans  la  Rômische  Quartalschrift , 

1900,  p.  70)  ;  dans  les  pays  monophysites  comme  l'Egypte, 
on  ne  trouve  au  contraire  aucun  monument  qui  rappelle  le 
supplice  de  la  croix  (Gayet,  Art  copte).  En  fait,  les  premières 
représentations  de  ce  supplice,  la  sculpture  de  la  porte 
de  Sainte-Sabine  à  Rome,  les  ampoules  du  trésor  de  Monza, 
les  ivoires  du  Musée  britannique,  la  célèbre  miniature  de 
l'Évang-ile  de  Rabula,  ont  une  origine  syrienne  indiscutable 
et  paraissent  remonter  à  la  fin  du  v^^  ou  au  vi^  siècle  (l'Evan- 
gile de  Ra])ula  est  daté  de  586).  Mais  comment  cette  cou- 
tume s'est-elle  introduite  dans  l'Église  d'Occident?  Quels 
intermédiaires  l'ont  portée  en  Italie  et  en  Gaule?  C'est  oe 
qu'il  est  possible  d'inférer  d'un  texte  de  Grégoire  de  Tours 
dont  l'importance  a  été  négligée  jusqu'ici  par  les  historiens 
de  l'iconographie  chrétienne. 

Dans  le  livre  In  Gloria  Martyruni  (ch.  22),  Grégoire  de 
Tours  raconte  qu'à  Narbonne,  dans  l'église  Saint-Genès,  on 
voit  une  peinture  «  qui  montre  Notre-Seigneur  le  corps 
entouré  d'un  voile  et  étendu  sur  la  croix,  quse  Dominum 
nostrum  quasi prsecincturn  linteo  indicat  crucifîxum  ».  Elle 


68  l'introduction  dl  crlcifix  en  gaule 

était  exposée  librement  aux  yeux  de  tous  [dum  assidue  ccr- 
neretur  a  populis).  Mais  un  prêtre  nommé  Basile  eut  un 
songe  dans  lequel  la  fig-ure  crucifiée  lui  apparut.  ((  Vous 
êtes  tous  couverts  de  costumes  divers,  lui  dit-elle,  et  vous 
me  considérez  sans  cesse  dans  ma  nudité.  Va  et  couvre- 
moi  au  plus  tôt  d'un  vêtement.  »  Le  prêtre  oublia  vite  ce 
rêve  ;  une  seconde  ajjparition  n'eut  pas  plus  de  résultat  ; 
enfin,  la  troisième  fois,  l'image  le  roua  de  coups  et  le  menaça 
de  le  faire  mourir  sous  peu  s'il  ne  la  couvrait  d'un  voile. 
Effrayé  cette  fois,  Basile  raconta  tout  à  l'évêque  qui  ordonna 
de  tendre  une  étoffe  devant  la  peinture.  «  Et  maintenant, 
ajoute  Grégoire,  on  ne  peut  voir  la  peinture  que  couverte. 
Si  Ion  soulève  un  peu  le  voile  pour  permettre  de  la  con- 
templer, on  le  laisse  retomber  bientôt,  pour  qu'elle  ne  soit 
pas  vue  découverte...  Et  sic  obtecta  niinc pictura  suspicitur . 
Nam  et  si  paruniper  delegatur  ad  conteniplandum,  mox 
deinisso  vélo  contegitur,  ne  détecta  cernatur.  » 

Ce  texte  nous  montre  d'abord  que  la  représentation  du 
Christ  en  croix  était  considérée  en  Gaule  à  cette  époque, 
c'est-à-dire  à  la  fin  du  vi*^  siècle,  comme  un  usage  nouveau 
et  anormal.  Ce  qui  choquait  le  plus  les  fidèles,  d'après  le 
songe  même  du  prêtre  Basile,  c  était  la  nudité  presque 
complète  du  Christ,  nudité  qui  a  disparu  dans  la  miniature 
de  liabula,  mais  qui  se  montre  dans  la  sculpture  de  la  porte 
de  Sainte-Sabine.  Cette  peinture  n'était  donc  pas  conforme 
aux  usages  du  pays,  et  il  ne  reste  pour  expliquer  son  exis- 
tence qu'une  supposition  :  c'est  qu'elle  ait  été  faite  ou  du 
moins  commandée  par  un  étranger.  Or  Xarbonne  était 
alors  une  des  principales  colonies  de  ces  marchands  syriens 
qui,  depuis  les  premiers  siècles  de  l'ère  chrétienne,  avaient 
établi  des  postes  commerciaux  dans  les  principales  villes 
d'Occident.  (J'ai  étudié  ces  colonies  diins  im  mémoire  pré- 
senté au  XIIP  Congrès  des  Orientalistes  à  Hambourg  et  qui 
doit  paraître  dans  la  liyznntiiiisclie  Zeifschriff.) 

L'existence  des  Syriens  à  Narbonne  au  vi*"  siècle  est  prou- 


l'introduction  du  crucifix  en  gaule  69 

vée  par  1  epitaphe  que  publie  Le  Blant  [Inscriptions  chré- 
tiennes de  la  Gaule,  n"  613  A)  et  surtout  par  les  deux 
canons  du  concile  tenu  dans  cette  ville  en  589  (Mansi  IX. 
p.  101o-1017,  canons  IV  et  XIV)  qui  mentionnent  parmi 
les  ((  nations  »  de  Narbonne  <(  les  Goths,  les  Romains,  les 
Syriens,  les  Grecs  et  les  Juifs  ».  Un  siècle  plus  tôt,  les  rela- 
tions entre  Narbonne  et  la  Palestine  sont  attestées  par 
Orose  (VII,  li3).  Narbonne  était  le  grand  port  du  golfe 
du  Lion,  et  les  Orientaux  y  abordaient  pour  remonter  ensuite 
jusqu'à  l^ordeaux,  de  même  que  Marseille  était  le  point  de 
départ  de  leurs  entreprises  dans  le  nord  de  la  Gaule.  Il  est 
donc  permis  de  supposer  que  cette  peinture  du  crucifié,  qui 
paraissait  si  étrange  aux  habitants  de  Narbonne,  provient 
de  la  munificence  d'un  de  ces  riches  Syriens  qui  comptaient 
à  l'époque  mérovingienne  parmi  les  principaux  bienfaiteurs 
des  églises. 

La  tentative  était  prématurée;  elle  excita  le  scandale,  et 
il  fallut  recouvrir  la  peinture  d'un  voile.  De  longues  années 
se  passèrent  encore  avant  que  l'existence  du  crucifix  fût 
consacrée  officiellement  par  l'Eglise,  et  il  est  à  remarquer 
que  cette  consécration  est  due  à  un  concile  composé  exclu- 
sivement d'évêques  d'Orient,  le  concile  Quinisexte  en  692 
(Mansi,  Concilia,  XI,  canon  LXXXII,  p.  977-79).  En  Occi- 
dent, les  sarcophages  où  la  croix  est  ornée  de  la  couronne  de 
laurier  et  du  monogramme  du  Christ,  montrent  que  l'on 
s'en  tint  longtemps  à  l'ancien  symbole  de  la  crucifLxion  ; 
au  vni°  siècle,  au  contraire,  l'usage  oriental  avait  triomphé, 
mais  non  sans  résistance.  Le  récit  de  Grégoire  de  Tours 
nous  permet  de  saisir  sur  le  fait  une  de  ces  importations 
dues  aux  marchands  syriens  et  qui  devait  introduire  un  élé- 
ment oriental  dans  les  pratiques  religieuses  et  dans  l'art  des 
Occidentaux  du  moyen  âge.  Nous  voyons  que  les  innova- 
tions apportées  par  ces  étrangers  n'étaient  pas  toujours 
accueillies  avec  faveur,  et  il  n'est  pas  sans  intérêt  de  rap- 
procher de  l'histoire  du  crucifix  de  Narbonne  la  tentati^'e 


70  LIVRES    OFFERTS 

que  fU  quelques  années  plus  tard  Serenus,  évêque  de  Mar- 
seille, pour  abolir  dans  son  diocèse  le  culte  des  images  {Gre- 
gorii  Epistolae,  IX,  lOS).  Marseille  était  aussi  un  centre 
très  important  de  marchands  syriens;  les  habitudes  nou- 
velles apportées  par  ces  orientaux  qui,  d'après  Théodoret 
[Hist.  eccL;  Patrolocjie  Grecque,  LXXXII,  1472),  suspen- 
daient de  petites  images  de  saint  Siméon  le  Stylite  au-des- 
sus de  leurs  échoppes,  devaient  singulièrement  choquer  les 
évêques  d'Occident.  Ils  durent  cependant  se  résigner  à  ces 
nouveautés;  mais  le  scandale  excité  par  la  tentative  faite 
pour  introduire  le  crucifix  à  Narbonne  au  vi"  siècle,  montre 
qu'ils  n'acceptèrent  pas  sans  lutte  les  nouvelles  pratiques 
de  l'iconographie  orientale. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  le  fascicule  II  du 
lome  II  de  la  Chronique  de  Michel  le  Syrien,  juitriarche  jncobile 
iVAntioche  (1106-1199),  éditée  pour  la  première  fois  et  traduite  en 
français  par  M.  J.-B.  Chabot,  ouvrac^e  publié  avec  rencouragemenl 
et  sous  le  patronage  de  rAcadémie  des  inscriptions  et  belles-lettres 
(Paris,  1902,  in-4»). 

Le  Secrétaire  perpétuel  offre,  en  outre,  au  nom  du  R.  P.  Ronze- 
valle,  de  l'Université  Saint-Joseph  de  Beyrouth,  la  revue  arabe  Al 
Mnchriq  pour  Tannée  1902  (Beyrouth.  1902,  in-8»). 

M.  Si-NAitT,  (Ml  préscntani  une  pui)lication  de  l'Ecole  française 
d"Exlr("'ni('  r)i-iciit,  intitulée  :  Inventaire  det^eripl if  des  inonninenh  du 
Camhod(/e ,  par  le  commandant  Lunel  de  Lajontpiière ,  chef  de 
bataillon  d'infanterie  coloniale  fParis,  1902,  in-S"),  dit  : 

«  C'est  pour  moi  une  satisfaction  véritable  d'offrir  à  l'Académie  ce 
livre;  car  il  témoigne  de  façon  irrécusable  combien  uotic  jeune  Ecole 
d'Extrême-Oricnl   ii    su  rapidement   répondre  à  ce  (pie  nous  alleu- 


LIVRES    OFFERTS  7i 

(lions  d'elle,  d'une  part  on  stimulant  et  en  dirigeant  autour  d'elle  la 
curiosité  archéologique,  et  aussi  en  avançant  l'étude  des  monuments 
anciens  du  pays.  Ce  volume,  le  quatrième  des  publications  de  l'École, 
est  le  fruit  de  l'exploration  consciencieuse  de  tous  les  monuments 
anciens  du  Cambodge  entendu  dans  ses  limites  actuelles.  Le  com- 
mandant de  Lajonquière,  mettant  à  profit  les  quelques  mois  pendant 
lesquels  il  fut  détaché  à  l'Ecole,  les  a  visités,  relevés,  mesurés  avec 
une  activité  et  un  soin  qui  lui  font  le  plus  grand  honneur.  Des  plans 
et  un  certain  nombre  de  photographies  et  de  dessins  éclairent  ses 
descriptions  toujours  précises,  sobres,  complètes.  M.  Aymonier  avait 
utilement  déblayé  la  voie.  M.  de  Lajonquière,  toujours  soucieux  de 
rendre  pleine  justice  à  son  devancier,  achève,  rectifie  à  l'occasion  et 
systématise  les  connaissances  que  nous  possédions  avant  lui.  Je  n'ai 
pas  besoin  de  dire  que  la  statistique  et  la  description  extérieure  des 
inscriptions  ne  sont  jamais  oubliées.  Rien  n'est  plus  précieux  que 
l'Introduction  dans  laquelle  l'auteur  passe  successivement  en  revue 
les  divers  ordres  de  monuments  :  sanctuaires,  palais,  ponts,  etc.,  en 
établissant  les  types  divers  et  en  indiquant  les  développements 
successifs,  de  façon  à  mettre  pour  la  première  fois  dans  ces  recherches 
un  ordre  et  une  clarté  qui,  avec  une  ingéniosité  attentive  à  tous  les 
indices  curieux,  paraissent  être  les  qualités  maîtresses  de  son  esprit. 
Il  se  loue  de  l'aide  qu'il  a  trouvée  près  de  M.  Finot,  l'excellent  direc- 
teur de  l'Ecole.  Je  confondrai  donc  volontiers  celui-ci  avec  l'auteur 
dans  notre  gratitude,  en  constatant  la  belle  tenue  de  ce  livre,  si  simple 
et  si  bien  informée,  si  intéressante  et  si  solide.  C'est  un  encourageant 
début  pour  cet  inventaire  archéologique  de  l'Indo-Chine  dont  il  forme 
la  première  partie.  Nous  ne  pouvons  que  nous  féliciter  de  voir  un  de 
nos  officiers  continuer  dans  ces  lointaines  régions  les  nobles  tradi- 
tions d'étude  que  tant  de  ses  camarades  ont  depuis  si  longtemps 
vaillamment  inaugurées  et  soutenues  là  et  ailleurs,  « 

M.  Saglio  dépose  sur  le  bureau  un  exemplaire  du  9.3«  fascicule  du 
Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines,  dont  le  premier 
article,  de  M.  Salomon  Reinach,  traite  de  la  médecine  et  des  méde- 
cins, et  le  dernier  {Metalla),  de  M.  Ardaillon,  parle  des  mines  et  des 
carrières.  Plusieurs  autres  articles  sont  à  signaler  pour  l'importance 
du  sujet  et  la  manière  dont  il  a  été  étudié  :  tels  que  Mercafor  et 
Mercalura,  dont  la  partie  grecque  est  de  M.  Huvelin,  de  la  Faculté  de 
droit  de  Dijon,  la  partie  romaine  de  MM.  Cagnat  et  Dernier;  Merce- 
narii,  de  M.  Albert  Martin,  de  Nancy,  correspondant  de  l'Académie; 
Mei-elrices,  de  M.  Navarre,  de  la  Faculté  des  lettres  de  Toulouse  ; 
Mercurius,  de  M.  Adrien  Legrand;  d'autres  encore  de  MM.  Lafaye, 
Lechat,  ïoutain,  Lécrivain,  de  Ridder,  etc. 


72  SÉANCE    DU    6    FÉVRIER    1903 

M.  Gagnât  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

'(  J'ai  l'honneur  d'ofîru-  à  l'Académie,  de  la  part  de  M.  J.  Toutain, 
maître  de  conférences  à  l'École  pratique  des  hautes  éludes  reli- 
gieuses, la  traduction  du  livre  do  M.  Frazer,  intitulé  \e  Rameau  d'or, 
étude  sur  la  magie  et  la  religion  ,  tradiiil  de  l'anglais  par  MM.  R. 
Stiébel  et  J.  Toutain  (Paris,  1003,  in-8"j,  livre  qui  a  une  grande  répu- 
tation parmi  ceux  qui  s'occupent  de  folk-lore  et  de  mythologie  com- 
parée. La  traduction  de  cet  ouvrage  avait  été  commencée  par  un 
officier,  M.  Stiébel,  qui  est  mort  prématurément  sans  avoir  pu  la 
terminer.  M.  Toutain  s'est  chargé  d'achever  et  de  faire  publier  le  tra- 
vail de  son  ami.  Le  premier  volume,  le  seul  (pi'il  donne  aujourd'hui,  a 
été  entièrement  traduit  par  ^L  Stiébel.  » 


SÉANCE   DU  6    FÉVRIER 


>LM.  Klie  Berger,  Chavannes  et  A.  Thomas  écrivent  à  l'Aca- 
démie ])Our  se  porter  candidats  à  la  place  de  membre  ordinaire 
laissée  vacante  parla  mort  de  M.  Alexandre  Bertrand. 

M,  Beretta  adresse  à  l'Académie  plnsieurs  exemplaires  d'un 
mémoire  inédit  sur  l'inscription  celto-grecque  découverte  à 
Nîmes  en  1712.  Ils  sont  distribués  aux  menil)rcs  cjue  cette  com- 
munication peut  plus  particulièrement  intéresser. 

M.  Clermont-Ganneau  communique  à  l'Académie  et  commente 
des  photographies  de  monuments  antiques  nouvellement  décou- 
verts qui  viennent  de  lui  être  envoyées  par  le  R.  P.  Paul  de  Saint- 
Aignan,  deTyr.  C'est  d'abord  une  inscription  latine  des  Croisades, 
en  caractères  du  xni''  siècle,  provenant  de  Sainl-.Iean  d'Acre  et 
contenant  l'épitaphe  de  dame  Brisa,  fille  de  Johannes  Medicus  et 
femme  de  G.  Petrus  de  Saône (?). 


SÉANCE    DU    6    FÉVRIER    1903 


73 


Ce  sont  ensuite  deux  grandes  statues  de  style  égyptien  décou- 
vertes près  de  Tyr  même  et  portant  des  dédicaces  phéniciennes 
faites  à  un  dieu,  dont  le  nom  est  efTacé,  par  un  personnage  appelé 


Inscription  trouvée  à  Saint-Jean  d'Acre. 

Baalchillem,  fds  de  Baalyaton.  Ces  deux  monuments  doivent  se 
classer  à  Tépoque  ptolémaïque. 


M.  CoLLiGNON  donne  lecture  d'un  mémoire  adressé  à  l'Aca- 
démie par  MM.  Gatalanos  et  Axiotakis,  ingénieurs  à  Smyrne,  sur 
la  découverte  des  mines  aurifères  du  mont  Tmolus.  Un  passage 
de  Straboîi  (1.  XIII)  fait  allusion  aux  mines  aurifères  qui 
existaient  dans  le  Tmolus  aux  environs  du  Pactole.  MM.  Gatalanos 
et  Axiotakis  ont  en  elfet  découvert  à  une  distance  de  400  mètres 
environ  du  lit  du  Pactole  un  filon  de  quartz  qui  paraît  avoir  été 
exploité  dans  l'antiquité.  Ils  ont  reconnu  en  outre,  à  proximité 


74  LIVRES    OFFERTS 

de  ce  filon ,  des  restes  de  constructions  anciennes,  et  les  traces 
d'une  conduite  d'eau  qui  s'alimentait  à  un  allluent  du  Pactole.  Il 
est  probable  que  cette  conduite  servait  au  lavage  du  minerai.  Ces 
découvertes  confirment  l'exactitude  du  témoignage  de  Slrabon. 

M.  Salomon  Reinach  a  remarqué,  à  la  Bibliothèque  impériale 
de  Saint-Pétersbourg,  un  manuscrit  français,  d'une  beauté  et 
dune  conservation  extraordinaires,  dont  il  fait  passer  des  pho- 
tographies sous  les  yeux  de  l'Académie.  Ce  manuscrit,  provenant 
du  duc  de  Bourgogne  Philippe  le  Bon,  est  orné  de  quatre-vingt- 
treize  miniatures,  dont  quinze,  de  grandes  dimensions,  sont  de 
la  même  main.  I^Ues  forment  une  illustration  continue  de 
l'histoire  de  France,  depuis  la  prise  de  Troie  jusqu'à  la  fin  du 
règne  de  Charles  V.  Dans  le  nombre ,  il  y  a  des  chefs-d'œuvre 
représentant  la  mort  de  Roland  à  Roncevaux ,  le  songe  de 
Charles  le  Chauve,  saint  Louis  ensevelissant  les  morts  à  Man- 
sourah,  les  batailles  de  Courtraj,  de  Grécy  et  de  Poitiers. 
M.  Reinach  pense  que  ces  miniatures  sont  du  même  auteur  que 
les  peintures  du  retable  de  Saint-Bertin,  aujourd'hui  au  château 
de  Wied  et  à  la  National  Gallery,  et  les  attribue  à  Simon  Marmion, 
artiste  de  Valenciennes,  mort  en  1  i89,  que  l'on  appelait  «  prince 
d'enluminure  ».  Ainsi  la  Bibliothèque  de  Saint-Pétersbourg 
serait  en  possession  d'une  des  (ouvres  capitales  de  l'art  français, 
comparable  à  la  série  des  miniatures  de  l''ouquet  conservées  à 
Chantilly. 


LIVRES  offi<:rts 


Le  SecrIitaire  peupétuel  oITrc  à  l'Académie  : 

1"  Au  nom  de  notre  cf)nfrère,  M.  IIartv\'ig  Dercnbourg,  sa  traduc- 
tion de  Xnnreaiix  Icrlea  yémànileR  inédits  (Paris,  1002,  in-8")  ; 

2"  Au  nom  du  I{.  I\  Ronzovnllo,  do  l'Univorsilé  Saint-Joseph  de 
Beyroulli,  ot  au  nom  de  l'éditeur,  un  volume  intitulé  :  Histoire  de 
Beyrouth  et   dos    Rohlor  émirs   d'Al-Gharh,   par  Salih    Uni    Vahya, 


LIVRES    OFFERTS  73 

public'G    et   aiinolée    par  le  P.    L.    Cheiko   d'après  le   ms.    de    Paris 
(Beyrouth,  1902,  in-S"); 

3°  Les  Bibliothèques  miisiilin;tnrs  de  Dnnt.is  cl  ses  environs,  par 
M,  Habib  Zayat. 

M.  Babelon  dépose  sur  le  bureau  la  Leçon  d'ouverture  de  son  cours 
de  numismatique  et  de  glyptique  au  Collège  de  France  (Paris,  1903, 
in-8°;  extr.  de  la  Revue  internationale  de  V Enseignement) . 

M.  Emile  Picot  fait  hommage  à  l'Académie  d'un  travail  dont  il 
est  l'auteur  :  Sur  une  statue  de  Vénus  envoyée  à  François  /«■"  (Paris, 
1902,  in-8";  extr.  de  la  Revue  archéologique). 

M.  Clermont-Ganneau  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  la 
IS*"  livraison  du  tome  V  de  son  Recueil  d'archéologie  orientale  (Paris, 
1902,  in-8°),  dont  voici  le  sommaire  : 

I.  Où  était  Venibouchure  du  Jourdain  à  l'époque  de  Josué  (suite  et 
fin);  II.  Monuments  palmyréniens;  III.  Inscription  grecque  de  Dora  ; 
IV.  Fiches  et  notules  :  L'ère  de  Tyr. —  La  date  de  la  mosaïque  de 
Nehi  Younès.  —  Inscription  de  Deir  Sem'ân.  — Sahouet  [El-Khidhr). 
—  0£oç  'ApEfAÔrivdç  et  Aramtâ  (à  suivre). 

M.  Héron  de  Villefosse  ofTre  à  l'Académie,  au  nom  du  R.  P. 
Delattre,  les  deux  études  suivantes  : 

1"  Un  pèlerinage  aux  ruines  de  Carthage  et  au  Musée  Lavigerie 
(Lyon,  1902,  gr.  in-8°)  : 

«  C'est,  à  proprement  parler,  un  guide  du  touriste  au  milieu  des 
ruines  de  Carthage.  Notre  infatigable  correspondant  conduit  le  visi- 
teur sur  chaque  point  important  de  la  ville  antique  ;  il  lui  explique 
l'intérêt  de  chaque  édifice,  rappelant,  chemin  faisant,  les  inscriptions 
découvertes,  les  objets  recueillis,  et  tirant  de  leur  examen  des  ensei- 
gnements pratiques.  L'amphithéâtre,  la  chapelle  souterraine,  les 
basiliques  chrétiennes,  les  thermes  de  Gargilius  aussi  bien  que  le 
musée  Lavigerie  et  le  jardin  de  Saint-Louis,  sont  l'objet  de  notices 
assez  étendues  pour  que  rien  de  saillant  n'échappe  au  touriste  dési- 
reux de  s'instruire.  Plus  de  quarante  phototypies  servent  à  illustrer 
ce  volume  qui  se  termine  par  une  liste  des  publications  des  Pères 
Blancs  relatives  aux  fouilles  de  Carthage,  et  comprenant  cent  onze 
numéros.  » 

2"  Sixième  sarcophage  de  marbre  blanc  peint  trouvé  à  Carthage 
(extr.  des  Comptes  rendus  de  l'Académie  des  inscr.  et  belles-lettres, 
1902,  in-S"). 


76  SÉANCE    DU    13    FÉVRIER    1903 

M.  IIamv  dépose  sur  le  bureau  : 

1°  In  memoriam.  Eiif/cne  Miinlz,  ■{-  le  30  octobre  1902,  par  M.  Henri 
Cordier  (Paris,  l'J03,  in-8°  ;  exlr.  de  la  Revue  des  traditions  popu- 
laires). 

2°  Congrès  international  des  Aniéricnnislcs.  XII''  session,  tenue  à 
Paris  en  1900  (Paris,  1902,  in-S»)  ; 

3"  Address  of  the  Duke  of  Loubat,  honorary  Président  of  the 
thirteenlh  international  Conc/ress  of  Americanisfs,  held  at  the  Ameri- 
can Muséum  of  Xalunil  Uis/or;/  in  Ihe  (litij  of  Xeiv-Yovk.  October 
20-25  (1902,  in-8»). 


SÉANCE   DU   13    FKVRIKPi 


Le  Président  donne  des  nou\elles  très  favorables  de  la  santé 
de  M.  G.  Paris. 

M.  Ci.i:umont-(1anm;ai  ,  au  nom  de  M.  le  marquis  de  \'oGrÉ 
empêché,  communique  un  nouveau  papyrus  araméen  récemment 
découvert  en  Egypte,  et  auquel  M.  Eutinj^  vient  de  consacrer 
une  étude  destinée  aux  ])ublications  de  TAcadémie.  C'est  un 
document  historique  duii  intérêt  capital,  un  rapport  odlciel  daté 
en  toutes  lettres,  de  Van  14  de  Darius.  .Ainsi  se  trouve  définiti- 
vement tranchée,  dans  le  sens  indiqué  autrefois  par  M.  Clermont- 
(ianneau,  la  question  si  controversée  de  l'âj^e  de  toute  cette 
famille  de  papyri  araméens  qu'on  voulait  classer  à  Tépoque 
ptolémaïque,  tandis  que  M.  Clermont-Ganneau  soutenait  qu'ils 
devaient  être  reportés  à  l'époque  perse. 

M.  Salomon  Reinacu  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur 
un  manuscrit  du  duc  de  Hourgoj;ne  Philippe  le  Bon,  conservé  à 
la  Hibliollièque  impériale  de  Saint-Pétersbourg. 


LIVRES    OFFERTS  77 


LI\11ES  OFFERTS 


Le  Secuétaire  perpétuel  offre,  au  nom  de  S.  E.  le  cardinal  Cape- 
celatro,  bibliothécaire  de  l'Eglise  i-omaine,  les  ouvrages  suivants  : 
Bihliolhecae  ApostoUcae  Vaticanae  codices  ntaitu  scripti  recenslli  Jassu 
Leonis  XIII  Pont.  Maxirni ,  prteside  Card.  Alfonso  Capecelatro, 
archiep.  Capuano,  S.  R.  E.  bibliothecario.  (^odices  Vaticani  latini. 
Descripserunt  Marcus  Vatasso  et  Plus  Franchi  de'  Cavalieri.  Tomus  I, 
codices  1-678  (Rome,  1902,  in-4o)  ;  —  Codices  L'rhinates  latini. 
Descripsit  Cosimus  Stornajolo.  Tomus  I,  codices  i-500  (Rome,  1902, 
in-4"). 

M.  Cagxat  dépose  sur  le  bui'eau  deux  fascicules  des  Inscriptiones 
c/raecae  ad  res  j^ornanas  pertinentes  (Paris,  1003,  2  vol.  gr.  in-8°)  : 

"  Le  premier  de  ces  deux  fascicules  (tome  1,  fasc.  II)  contient  les 
textes  grecs  trouvés  en  Italie,  en  Sicile,  dans  la  Pannonie,  la  Dacie 
et  la  Dalmatie.  M.  Toutain  m'a  prêté  son  concours  pour  cette  publi- 
cation. 

<i  Le  second  (tome  III,  fasc.  IIj  renferme  les  inscriptions  de  Lycic, 
du  moins  en  grande  partie.  Mon  auxiliaire  pour  cette  portion  du  tra- 
vail est  M.  Lafaye.  Je  tiens  à  remercier  tout  particulièrement 
M.  Haussoullier,  directeur  à  l'Ecole  des  Hautes  Etudes,  du  soin  avec 
lequel  il  a  relu  toutes  les  épreuves  et  des  corrections  qu'il  a  bien 
voulu  nous  signaler.  Ceux  qui  auront  l'occasion  de  consulter  notre 
recueil  verront  aisément  tout  ce  que  nous  lui  devons.  » 

M.  Gagnât  dépose  également  un  nouveau  fascicule  du  grand 
ouvrage  sur  les  musées  de  l'Algérie  et  de  la  Tunisie  :  Les  Musées  de 
Sousse  : 

K  La  ville  de  Sousse  possède  deux  musées  différents.  Le  premier 
en  date  est  celui  que  les  officiers  du  4"  régiment  de  tirailleurs  ont 
installé  dans  leur  salle  d'honneur.  Le  catalogue  en  a  été  rédigé  par 
M.  le  capitaine  Hannezo.  Le  second,  beaucoup  plus  riche,  quoique 
de  date  plus  récente,  a  été  fondé  par  la  municipalité;  il  possède  des 
pièces  très  intéressantes,  mosaïques,  bronzes  ou  marbres.  M.  Gauckler, 
notre  correspondant,  et  M.  Gouvet,  conservateur  de  ce  musée,  ont 
rédigé  la  partie  du  travail  relatif  aux  antiquités  qui  y  sont  classées. 
Ce  volume  est  un  des  plus  intéressants  de  ceux  qui  composent  la 
série,  déjà  nombreuse,  des  musées  de  l'Algérie  et  de  la  Tunisie.  » 


SÉANCE   DU   20   FÉVRIER 


M.  Ader,  notaire,  adresse  au  Secrétaire  perpétuel  l'acte  de  la 
donation  faite  à  l'Académie  par  M.  Gagnât,  au  nom  du  Comité 
du  monument  Blanchet,  d'une  somme  de  six  cents  francs  prove- 
nant du  reliquat  des  souscriptions  à  ce  monument,  et  dont  les 
intérêts  devront  servir  à  fonder  une  médaille  qui  sera  attribuée 
à  une  découverte  relative  à  l'histoire,  la  géographie  ou  l'archéolo- 
gie de  l'Afrique  du  Nord. 

L'Académie,  à  l'unanimité,  accepte  la  donation, 

M.  S.  Reinacu  a  la  parole  pour  une  communication  : 
«  L'Académie  n'a  pas  oublié  les  fouilles  très  fructueuses  com- 
mencées à  Tralles,  au  printemps  de  19l)l,  par  les  soins  du  Musée 
impérial  de  Gonstantinople.  Elles  ont  été  reprises,  pendant  l'au- 
tomne de  1902,  par  Edhem-Bey,  dont  notre  correspondant 
Ilamdi-Bey  veut  bien  me  communiquer  le  rapport,  accompagné 
de  photographies  et  de  plans.  Edhem-Bey  a  fouillé  un  magni- 
fique portique  en  marbre,  avec  colonnes  monolithes  en  marbres 
de  couleur,  qui  a  dû  être  transformé  en  église  à  l'époque  byzan- 
tine. A  cette  époque  appartiennent  les  fragments  d'un  ambon 
ornés  de  deux  bas-reliefs,  dont  l'un  représente  le  Bon  Pasteur  et 
l'autre  un  Pasteur  appuyé  contre  un  arbre.  (  hi  a  découvert 
plusieurs  inscriptions,  dont  l'une  mentionne  le  portique,  T-rôa,  et 
un  grand  nombre  de  fragments  de  statues  en  marbre  parmi 
lesquelles  il  faut  signaler  trois  belles  têtes,  dont  les  photographies 
sont  jointes  au  rajiporl  d'Edhem-Bey  :  1"  Une  grande  tête  de 
femme,  haute  de  0'"  31,  dun  très  beau  style  encore  archaïque, 
copie  d'une  œuvre  grecque  de  la  première  moitié  du  v''  siècle  ; 
2°  Une  autre  tète  de  femme,  haute  de  0'"  21.  probablement  une 
Athéna  casquée,   d'un  style  large  et  dune  vivacité  d'expression 


SÉANCE    DU    20    FÉVRIER    1903  79 

remarquable;  3°  Une  petite  tête  de  Sérapis,  haute  de  0"'  14,  très 
bien  conservée  et  d'un  excellent  travail. 

«  On  ne  peut  que  souhaiter  la  continuation  de  ces  recherches, 
très  bien  conduites  par  Edhem-Bey,  qui  ont  déjà  donné  des 
résultats  si  importants  et  nous  promettent  de  nouvelles  sur- 
prises. » 

M.  Clermont-Ganneau  a  reçu  de  M.  ^^'eber,  ingénieur  des 
ponts  et  chaussées  de  l'Empire  ottoman  à  l>ipoli  de  Barbarie, 
les  croquis  de  deux  sépultures  antiques  récemment  découvertes 
aux  environs  de  cette  ville  et  ornés  de  très  curieuses  peintures  à 
fresque  représentant  divers  sujets  symboliques  et  religieux.  Il 
les  place  sous  les  yeux  de  la  Compagnie  et  les  commente.  Les 
inscriptions  latines  qui  les  accompagnent  montrent  que  ce  sont 
les  tombeaux  du  mari  et  de  la  femme,  l'un  et  l'autre  d'origine 
africaine,  comme  l'indiquent  suffisamment  les  noms  puniques  et 
néo-puniques  portés  par  eux  et  fidèlement  transcrits.  Un  détail, 
entre  autres,  présente  un  intérêt  exceptionnel.  Sur  le  couvercle 
recouvrant  la  cuve  funéraire  du  mari  est  peint  un  lion  bondis- 
sant, avec  cette  épigraphe  :  qui  leo  jacef  ;  sur  celui  recouvrant 
la  cave  de  la  femme,  c'est  une  lionne,  avec  l'épigraphe  :  quœ  lea, 
jacet.  M.  Clermont-Ganneau  démontre  que  les  défunts  ainsi 
qualifiés  de  «  lion  »  et  de  «  lionne  »  devaient  être  des  adeptes 
du  fameux  culte  de  Milhra,  dont  les  initiés  du  quatrième  degré 
portaient  le  titre  de  lions.  Nous  avons  donc  là  un  témoignage 
très  important  de  l'extension  des  croyances  mithriaques  en 
Afrique  et,  en  outre,  la  preuve  décisive  d'un  fait  jusqu'ici  très 
contesté,  à  savoir  que  les  femmes  pouvaient  être  affiliées  aux 
mystères  de  Mithra  et  passaient  par  les  mêmes  degrés  d'initia- 
tion que  les  hommes'. 

L'Académie  procède  à  félection  d'un  membre  ordinaire  en 
remplacement  de  M.  Alexandre  Bertrand,  décédé. 

Le  Président  lit  les  articles  du  règlement  relatifs  à  l'élection 
d'un    membre   ordinaire.   11   rappelle    les   noms   des   candidats  : 

1.  Des  reproductions  de  ces  monuments,  accompagnées  dune  note  com- 
plémentaire, seront  publiées  dans  le  Bulletin  de  mars-avril. 


80  SÉANCE    DU    20    FÉVRIER    1903 

MM.  l'ilic  Berger,  VA.  Ghavaunes,  Maurice  Groiset,  A.  Thomas. 

Il  y  a  34  votanls  ;  majorité  18. 

Au  premier  tour  de  scrutin,  M.  Maurice  Groiset  obtient 
11  suffrages;  M.  l'^lie  Berger,  9;  M.  Ghavaunes, 7;  M.  Thomas,  7. 

Au  second  tour  de  scrutin,  M.  Ghavannes  ol)ticiit  18  suffrages; 
M.  Maurice  Groiset,  13;  M.  l-'lie  Berger,  3. 

M.  Ghavannes,  ayant  obtenu  hi  majorité  absolue  des  suffrages, 
est  proclamé  élu.  Son  élection  sera  soumise  à  Tapprobation  de 
M.  le  Président  de  la  Républicpie. 

M.  Maxime  Goi.lignon  donne  lecture  d'un  rapport  sur  les  fouilles 
exécutées  par  M.  Degraud,  consul  de  France  à  Philippopoli, 
dans  la  vallée  de  la  Toundja,  en  Bulgarie.  A  la  suite  de  recherches 
commencées  par  M.  Seure,  membre  de  l'Ecole  française  d'Athènes, 
M.  Degrand  s'est  proposé  d'explorer  méthodiquement  deux 
tumuli,  le  Tell  Ratchell  et  le  Tell  Metchkur,  situés  non  loin  de  la 
ville  de  Yamboli.  L'Académie  l'a  encouragé  par  une  subvention 
accordée  sur  les  fonds  du  legs  Piot.  Les  fouilles  de  M.  Degrand 
ont  amené  la  découverte  de  nécropoles  où  l'on  trou\e  les  vestiges 
d'une  civilisation  primitive,  olï'rant  des  analogies  avec  celle  que 
nous  ont  fait  connaître  les  fouilles  dTIissarlik,  celles  de  Yortan, 
en  Mysie,  et  les  recherches  faites  dans  les  plus  anciennes  nécro- 
poles de  Ghypre.  On  peut  donc  constater  que  le  domaine  de  cette 
civilisation  préhistorique  s'étendait  à  la  région  qui  correspond  à 
l'ancienne  Thrace,  et,  ainsi,  gi'âce  aux  travaux  très  heureusement 
conduits  par  M.  Degrand,  le  champ  des  études  comparatives 
s'est  agrandi.  La  question  de  date  parait  dailleurs  devoir  être 
réservée.  Il  est  possible  qu'en  Thrace  l'état  de  civilisation  révélé 
par  les  fouilles  ait  duré  beaucoup  plus  longtemps  qu'en  Asie 
Mineure.  Les  produits  céramiques,  en  partic-uHer,  montrent  des 
perfectionnements  de  technique  assez  significatifs'. 

Gette  communication  donne  lieu  à  des  observations  de  M.M.  S. 
Beinacu  et  E.  Pottier. 

M.  S.  Ueinacii  achève  la  lecture  de  son  mémoire  sur  un 
manuscrit  du  duc  de  Bourgogne  Phiiip|)e  le  Bon,  conservé  à  la 
l)il)liolh('(|ue  de  l'I'j-milage  à  Saint-Pélersbourg. 

I.   \'<iir  ci-après. 


FOUILLES    EN       BULGARIE  81 

JNIM.  N.  Valois,  Emile  Picot  et  L.  Delisle  présentent  quelques 
observations. 

M.  Gustave  Sgiilumberger  lit  une  note  sur  un  pclil  monu- 
ment qu'il  vieut  d'acffuérir  et  qui  présente  le  plus  grand  intérêt 
à  cause  des  noms  illustres  qui  y  sont  gravés.  C'est  une  petite 
tessère  de  bronze  du  genre  des  tesserulsc  œdificiorum,  destinées 
à  être  noyées  dans  la  maçonnerie  des  monuments  en  construc- 
tion,  comme  on  l'ait  encore  de  nos  jours  en  murant  des  pièces 
de  monnaie  dans  les  fondations.  L'importance  de  ces  petits 
monuments  tient  à  ce  qu'ils  sont  inscrits  aux  noms  des  plus 
grands  personnages  de  Rome  et  de  l'I^mpire  aux  xv"  et  v'"  siècles. 
Sur  la  tessère  acquise  par  M.  Schlumberger  tig-urent  niellés  sur 
des  rubans  d'argent  incrustés  dans  le  bronze  les  noms  de  l'em- 
pereur d'Orient  Zenon ,  du  célèbre  Odoacre  devenu  à  partir  de 
477  patrice  d'Occident,  enlin  du  préfet  de  la  ville  Symmaque, 
l'ami  et  le  beau-père  de  Boëce.  Cette  tessère  doit  être  datée  des 
environs  de  l'an  485  de  J.-C. 


APPENDICE 


RAPPORT     SUR     LES     FOUILLES     EXECUTEES     PAR     M.     DEGRAND  , 

CONSUL    DE    FRANCE    A    PHILIPPOPOLI  , 

DANS    LA    VALLÉE    DE    LA    TOUNDJA,    EN    BULGARIE, 

PAR     M.     MAXIME     COLLIGNON ,     xMEMBRE     DE     l'aCADÉMIE 

Vers  Tannée  1898,  des  trouvailles  d'objets  paraissant 
appartenir  à  une  époque  préhistorique  attirèrent  l'attention 
sur  des  turnuli  situés  dans  une  réa'ion  de  l'ancienne  Thrace, 
dans  la  vallée  du  Tonsus,  aujourd'hui  la  Toundja,  non  loin 
de  la  ville  de  Yamboli.  Le  P.  Jérôme,  des  Aus^ustins  de 
l'Assomption,  en  résidence  à  Yamboli,  les  sig-nala  à  M.  Seure, 
membre  de  rÉcole  française  d'Athènes,  qui  obtint  du  gou- 

1903.  6 


82  FOUILLES    EN"    BULGARIE 

vernemeiit  bulg'are  rautorisation  de  faire  des  fouilles  dans 
un  de  ces  tumuli,  désif^né  sous  le  nom  de  Tell  Ratclicff. 
C'est  là  t[ue  le  P.  Jérôme  avait  déjà  recueilli  divers  objets, 
en  particulier  des  poteries,  dont  il  a  donné  la  description 
dans  la  Revue  archéologique  K  Les  fouilles  de  M.  Seure 
durent  être  interrompues,  non  sans  avoir  donné  des  résul- 
tats appréciables.  M.  Deg-rand,  consul  de  France  à  Philip- 
popoli,  se  proposa  de  les  reprendre,  et  sollicita  à  cet  effet  le 
concours  de  l'Académie.  Une  subvention  accordée  à  deux 
reprises,  en  1901  et  en  1902,  sur  les  arréraj^es  de  la  fonda- 
tion Piot,  lui  a  permis  de  poursuivre  ses  recherches  avec 
succès.  Il  a  continué  l'exploration  du  Tell  liatclieff.  et 
fouillé  un  autre  tumulus,  celui  de  Metclikui\  situé  dans  une 
plaine,  à  3  kilomètres  environ  du  villafji-e  de  Metcbkur. 
Enlin,  près  de  remplacement  de  la  ville  anti(pie  de  Kabyles 
au  lieu  dit  Taouchan-Tépé,  il  a  reconnu  l'existence  de  sept 
jielits  lunnil'i  (jui  pourront  être  facilement  fouillés,  et  il  y  a 
pratiqué  des  recherches  sommaires  jxmr  réserver  ses  droit, 
le  cas  échéant. 

Le  rajjporteur  de  la  Commission  Piot  a  eu  plus  dune  fois 
l'occasion  de  rappeler  que  les  bénéficiaires  des  subventions 
avaient  l'oblig'ation  de  communiquer  ;i  l'.Académie  les  résul- 
tats de  leurs  recherches.  M.  De^-rand  s  v  est  conformé,  et  la 
Commission  m'a  confié  le  soin  de  résumer  les  rapports  qui 
lui  ont  été  adressés  à  cette  occasion.  11  me  sera  permis 
d'ajouter  que  M.  De^rand  n'a  lini  néi^liii^é  pour  fournir  des 
l'enseif^nements  aussi  exacts  t't  aussi  comj)lets  que  possible, 
et  justili(  r  (le  renq)l()i  des  ressources  qui  avaient  été  mises 
à  sa  disposition.  On  iif  peut  ijuc  le  rciucrcicr  du  Sdiu  ([u  il  a 
ap|)orté  à  la  rédaclion  de  ses  rapj)orts;  ce  sont  de  véritables 
journaux  de  fouilles,  très  dévcli)])p(s  cl  très  prc'cis,  conte- 
nant un  inventaire  détaillé  des  trouvailles,  et  accompaj^'-nés 


I.   L'épofiiie  néolilliliiiif  il;ins  lu  vullre  tlii    Tonmis.   lier.  ;irih..  II.    IHOl, 
p.  .{'js-ai!!.  Cf.  Cosmos,  .\oiir.  srric.  ii""S.tl,  sXk  p.  M  .-l  Ihi. 


FOUILLES    EN    BULGARIE  83 

de  nombreuses  photographies.  Je  rappellerai  encore  qu'il  a 
envoyé  au  Musée  du  Louvre  plusieurs  séries  d'objets  pro- 
venant de  ses  fouilles,  notamment  des  séries  céramiques  fort 
intéressantes.  L'Académie  a  donc  lieu  de  se  féliciter  d'avoir 
prêté  son  concours  à  M.  Degrand  et  encouragé  des  recherches 
qui  ont  été  dirigées  avec  le  zèle  le  plus  méritoire. 

Le  Tell  dit  Ratcheff  Tépé  est  une  colline  mesurant  envi- 
ron 10  mètres  de  hauteur,  avec  300  mètres  de  tour  à  la 
base;  il  est  situé  sur  le  bord  de  la  Toundja.  C'est  là  que 
M.  Seure  avait  exécuté  les  premiers  travaux  de  fouilles 
méthodiques.  La  découverte  de  nombreuses  poteries  de 
style  primitif,  d'objets  divers  tels  que  des  pesons ,  des 
fusaïoles,  des  instruments  en  corne  ou  en  os,  avait  pu  faire 
croire  tout  d'abord  qu'on  se  trouvait  en  présence  d'une 
station  de  l'époque  néolithique*.  A  la  suite  de  la  seconde 
campagne,  poursuivie  pendant  l'année  1902,  M.  Degrand  a 
acquis  la  conviction  que  tous  ces  objets  provenaient  d'une 
nécropole,  et  que  la  colline,  où  le  sol  naturel  commence  à  la 
profondeur  d'environ  9  mètres,  est  formée  de  couches  super- 
])osées  de  sépultures.  Il  a  été  possible  de  déterminer  exac- 
tement la  nature  des  sépultures  et  de  constater  que  l'usage  de 
l'incinération  semble  avoir  toujours  prévalu  chez  les  peu- 
plades qui  ont  jadis  occupé  cette  région.  «  Les  monuments 
funéraires,  écrit  M.  Degrand,  affectaient  pour  la  plupart  la 
forme  d'un  .petit  tertre,  contenant  de  la  terre,  des  cendres, 
des  débris  de  charbon ,  et  divers  fragments  d'ossements 
d'hommes  ou  d'animaux  imparfaitement  calcinés.  »  Autour 
de  la  tombe  se  trouvaient  en  général  des  vases,  quelquefois 
une  petite  table  funéraire,  des  fusaïoles,  des  haches  de  pierre 
et  divers  outils;  on  a  recueilli  aussi  des  piles  de  galettes 
en  terre  cuite,  ou  des  objets  ronds  qui  paraissent  avoir  été 


l.  Le  P.  Jérôme  avait  émis  l'iiypothèse  que  le  7V//  Ratcheff  contennil  les 
débris  d'un  atelier  préhistorique  de  poterie. 


84  FOUILLES    EN    lîLLGARlE 

des  supports  de  petits  vases,  et  enfin  des  fig-urines  en  ar^^ile, 
de  style  très  grossier,  dont  deux  représentent  des  person- 
nages assis  d'une  exécution  tout  à  fait  bai'bare. 

Le  tumulus  de  Metchkur  est  de  formation  analogue  ;  on 
y  a  retrouvé  des  objets  similaires,  mais  de  fabrication  en 
général  plus  soignée.  Une  tranchée  pratiquée  pour  étudier 
méthodiquement  la  constitution  du  tumulus  a  permis  de 
reconnaître  plusieurs  enceintes  de  pierres  superposées, 
entourant  les  couches  de  sépultures,  et  établies  en  retrait 
les  unes  sur  les  autres,  à  mesure  que  s'élevaient  les  couches 
de  tombes.  Les  observations  de  M.  Degrand  sur  ht  forme 
des  tombes  sont  aussi  précises  qu'on  peut  le  souhaiter. 
Voici,  par  exemple,  la  description  de  la  tombe  n°  1 .  Elle  se 
présente  sous  la  forme  d'une  masse  d'argile  rouge  grossière, 
mesurant  1  '"  98  en  longueur.  1  '"  20  dans  sa  plus  grande 
largeur,  et  offrant  à  peu  près  Faspect  «  d'un  cœur  dont  la 
pointe,  tournée  vers  le  Nord,  ressemblait,  vue  de  face,  à 
l'étrave  d'un  navire;  sur  la  partie  supérieure,  une  épaisse 
moulure  en  terre  cuite,  ayant  0'"  06  de  haut  sur  0'"  Oi  de 
large,  reproduisait  le  contour  de  hi  masse,  se  relevant  vers 
la  pointe  en  un  gros  bouton  ».  L'enveloppe  extérieure, 
faite  dune  pâte  grossière,  était  à  peu  près  cuite.  Venait 
ensuite  une  couche  rouge  de  pisé  grossier  mêlé  de  débris  de 
paille.  Ces  deux  enveloppes  formaient  comme  une  sorte  de 
chape,  ayant  partout  la  même  épaisseur.  Dans  la  partie 
inférieure  se  trouvait  une  dalle  cubique  ,  et  tout  1  espace 
compris  entre  cette  dalle  et  l'enveloppe  était  rempli  de 
cendres  mêlées  de  débiis  d Ossements.  Ces  observations  ont 
jxriiiis  il  M.  Degrand  de  dégager  les  conclusions  suivantes 
sui-  le  mode  de  sépulture  :  <(  Très  vraisemblablemonl  .  le 
mml  rliiit  incinéré  à  1  ;iii'  libre  sur  un  bûcher;  ses  cendres 
et  celles  du  bûcher  étaient  recueillies  et  placées  sui'  une 
l)ri(jue  plati'  ou  un  lit  épais  d(>  pisé  grossier.  (  )n  reeouvrait 
le  tout  (le  ct'tte  même  pâte  iirgileuse;  quand  la  première 
enveloppe  étai t  sulïisamment  sèche,  on  en  appliquait  d'autres 


FOUILLES     EN    BULGARIE  8o 

successivement ,  et  quand  on  avait  atteint  l'épaisseur  vou- 
lue, on  lissait  plus  ou  moins  soigneusement  la  surface,  en 
V  ajoutant  quelqiie  ornement  ou  moulure.  La  tombe  était 
ensuite  entourée  ou  recouverte  de  vases  contenant  les 
offrandes,  ou  constituant  eux-mêmes  des  offrandes  funé- 
raires; ils  étaient  entremêlés  de  branchantes,  de  bois  et  de 
blé,  et  le  tout,  recouvert  d'argile,  était  alors  soumis  à  l'action 
d'un  feu  très  vif,  pour  cuire  l'enveloppe  extérieure  conte- 
nant les  cendres  qu'on  voulait  protéger  ;  et  ensuite,  proba- 
blement, cette  sorte  de  monticule  était  recouvert  de  terre.  » 

Les  objets  recueillis  autour  des  tombes  consistent  en 
vases,  armes  et  outils  de  pierre,  d'os  ou  de  cuivre,  pesons 
et  fusaïoles,  figurines  de  terre  grise  ou  rouge  d'une  exécu- 
tion tout  à  fait  rudimentaire ,  et  rappelant  les  essais  de 
représentation  de  la  figure  humairle  qui  se  sont  rencontrés 
à  Hissarlik  ou  dans  les  plus  anciennes  nécropoles  de 
Chypre.  Du  Tell  Ratche ff  proyiennent  deux  figures  assises, 
un  homme  et  une  femme,  modelées  dans  une  pâte  grossière, 
sans  consistance,  et  d'un  type  absolument  barbare^.  Le  Tell 
Metchkur  a  livré  des  figures  informes,  qu'on  ne  s'étonne- 
rait pas  de  trouver  à  Hissarlik,  et  dont  l'une,  avec  ses 
rebords  percés  de  trous,  fait  songer  aux  terres  cuites  pri- 
mitives de  Chypre.  M.  Degrand  y  a  trouvé  également  des 
fétiches  dont  le  corps  est  façonné  en  forme  de  fer  de  lance, 
tandis  que  deux  saillies  figurent  les  bras,  et  on  est  tout 
naturellement  tenté  de  les  rapprocher  des  «  idoles  en  forme 
de  violon  »  découvertes  dans  les  tombes  préhistoriques  des 
Cyclades  '-. 

Quant  aux  vases,  ils  constituent  des  séries  fort  intéres- 
santes, qui  vont  depuis  les  poteries  les  plus  grossières 
jusqu'à  des  vases  témoignant  d'une  fabrication  très  soignée 

1.  Ces  figurines  sont  actuellement  au  Musée  du  Louvre. 

2.  Blinkenberg,  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  du  Xord.  JS96, 
p.  6  et  suivantes. 


8(l  FOriLLES     EN    JiLLGAHIE 

et  d'une  technique  déjà  savante^.  Ce  sont  d'abord  des 
poteries  en  terre  grise,  mal  épurée,  décorées  de  dessins 
incisés  ou  tracés  au  moyen  d'une  série  de  trous  entaillés  à 
la  pointe  ;  ces  dessins  se  composent  parfois  de  lignes 
flexueuses ,  de  grecques,  attestant  un  sentiment  décoratif 
déjà  très  développé.  D'autres  vases,  en  terre  noire,  sont 
ornés  d'incrustations  en  mastic,  dont  le  ton  clair  tranche  sur 
le  fond  sombre  de  la  terre  ;  l'elfet  rappelle  un  peu  celui  des 
incrustations  de  nacre  des  meubles  arabes.  Une  autre  série 
est  celle  des  vases  en  terre  rouge,  couverts  de  peintures 
blanches,  zones,  rinceaux,  ornements  géométriques,  (pii 
dénotent  vni  progrès  évident  dans  le  goût  décoratif  et  dans 
la  fabrication.  Enfin,  il  faut  mentionner  les  vases  en  hucc liera 
noir,  revêtus  d'une  glaçure  métallique,  et  ornés  de  dessins 
à  reflets  également  métalliques  d'un  effet  parfois  très  heu- 
reux. Si  l'on  cherche  les  points  de  comparidson  pour  l'étude 
de  ces  céramiques,  on  les  trouvera,  croyons-nous,  dans 
les  poteries  de  la  Troade  et  de  Chypre,  et  dans  celles  ([ui 
pioviennent  des  fouilles  faites  à  ^'ortan ,  en  Mvsie,  par 
M.  Paid  Gaudin-.  Le  hucchero  des  tumuli  de  Thrace  paraît 
apparenté  d'assez  près  à  celui  de  Yortan,  où  apparaissent 
(It'jà  les  peintures  blanches.  Mais  il  marque  un  perfection- 
niMuent  manifeste  sur  le  hucchero  d'Asie  Mineure,  comme 
si  les  procédés  industriels  des  potiers  avaient  pu  se  dévelop- 
per plus  longtemps  sous  1  influence  d  une  tradition  ininter- 
rompue. 

En  résumé,  les  fouiUes  de  M.  Degraiid  oirrcnl  un  très  vil 
intérêt  pour  l'histoire  de  1  industrie  piiniitive,  en  j)eiinellant 
d'étendre  jusqu'à  la  Thrace  le  domaine  de  cette  civilisation 
préhistorique  dont  on  avait  jus(ju"ici  reconnu  U's  jalons  en 
Asie  Mineure  et  à  Chypre.  Mais  on  ne  saurait,  av;inl 
d  iivoir  procédé  à  une  étude  approfondie,  déterniiiu'r  la  dali' 

1.  Le  P.  Jérôme  en  a  |)iil)lic  iilusiciirs  sp('ciiiu'iis  dans  la   Revue  nrrh., 
iirlirle  eilé,  p.  33i-.31!i. 

2.  Voir  noti'C  cumiminicalidn,  Comptes  rendiix.  KMil.  p.  SIO  et  suivantes. 


LIVRES    OFFERTS  87 

des  sépultures  découvertes  au  Tell  HatcheiF  et  au  Tell 
Metchkur.  M.  Degrand  a  indiqué  lui-même,  avec  beaucoup 
de  précision,  les  problèmes  que  soulève  la  question  de  la 
formation  de  ces  tiimiili.  Il  est  possible  que  cette  civilisation 
indigène  ait  duré  long'temps  avec  son  caractère  de  barbarie 
relative,  et  ait  survécu  en  Thrace  bien  au  delà  des  limites 
chronologiques  qu'on  peut  assigner  à  celles  de  Chypre  et 
de  l'Asie  Mineure. 


LI\'RES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  offre,  au  nom  de  l'Académie  de  Berlin, 
un  nouveau  fascicule  du  Corpus  inscriptionuni  Intinaruni.  Pars  (juarta. 
Tomus  VI,  fasc.  11  :  Inscriptiones  iirhis  Romae  la  t inné  ;  addilamenta. 
Collegit  et  edidit  Christianus  Huelsen  (Berolini,  1902,  gr.  in-4°). 

M.  Barbier  de  Meynard  présente,  au  nom  de  Tauleur,  un  ouvrage 
intitulé  :  Les  grands  philosophes,  Gazali,  par  le  baron  Carra  de  Vaux 
(Paris,  1902,  in-8°)  : 

«  Dans  ce  volume,  M.  de  Vaux  poursuit  l'étude  de  la  philosophie 
arabe,  qu'il  avait  inaugurée,  il  y  a  deux  ans,  par  un  remarquable  tra- 
vail sur  Avicenne  et  le  rationalisme  dont  les  Moutazélites  furent  les 
plus  brillants  repi'ésentants  pendant  les  m"  et  iv"  siècles  de  l'hégire. 
Il  étudie  ici  la  spéculation  théologique  connue  sous  le  nom  de  kélâm 
et  révolution  à  la  fois  morale  et  mystique  à  laquelle  Gazali  a  donné 
une  impulsion  incontestée.  C'est  tout  un  côté  de  la  philosophie 
musulmane  qui  était  resté  dans  une  demi-obscurité;  on  n'a  pas  oublié 
en  effet  que  Renan,  dans  sa  belle  thèse  sur  Averroès,  avait  en 
quelque  sorte  limité  ses  recherches  aux  rapports  de  la  théologie 
arabe  avec  la  philosophie  juive  et  la  scolastique  chrétienne. 

«  Un  intérêt  d'actualité  s'attache  au  nouveau  travail  de  M.  de  Vaux  : 
les  traités  dogmatiques  et  moralistes  de  Gazali  ont  conservé  toute 
leur  vogue  dans  les  gi'andes  universités  de  l'Orient  musulman  et  sont 
par  conséquent  indispensables  pour  révéler  l'esprit  et  la  vie  intérieure 


88  LIVRES    OFFERTS 

(|iii  les  animciil.  —  M.  de  Vcm.\.(iui  possède  à  fond  le  langage  philoso- 
|)hi(jue  des  Arabes,  a  puisé  diicflemenl  aux  sources  les  malériau\  de 
son  livre.  Après  avoir  réuni  et  coordonné  loul  ce  qu'elles  lui  fournissent 
sur  la  vie  de  Gazali,  ses  nombreux  écrits,  ses  controverses  ardentes 
avec  les  dernirrs  ralionalisles,  il  consacre  un  exaincii  approfondi  au 
système  philosophique,  à  la  morale  et  au  mysticisme  mitigé  de  celui 
qu'on  |ionrrait  appeler  l'ange  de  l'école  musulmane.  Peut-être  cepen- 
danl  —  cl  c'est  la  seule  critique  que  je  me  permets  d'adresser  a 
l'aulcur  —  peut-être  est-il  trop  enclin  à  retrouver,  dans  le  dévelop- 
pcnicnl  de  ces  théories  dont  le  Koran  reste  la  base,  une  inibicnce 
nettement  chélienne,  et  peut-être  aussi,  notamment  dans  l'examen  du 
soufisme,  c'est-à-dire  des  idées  mystiques  dont  Gazali  s'est  fait  le 
déCciiscui',  une  part  assez  lars^e  n'est-elle  pas  accordée  au  contact 
du  jiaiillu'isnic  indien. 

«  Mais  je  ne  doute  pas  que  les  conclusions  générales  de  la  savante 
étude  que  je  présente  à  l'Académie  au  nom  de  l'auteur  ne  soient 
favorablement  accueillies  du  monde  savant.  On  saura  gré  à  M.  de 
Vaux  d'avoir  ajouté  un  cha[)itre  documenté,  lumineux  et  bien  écrit  à 
l'Iiisloire  de  la  philosoj^hie  arajje,  lorsque  l'orlliodoxie  étroite  el  K' 
fanatisme  de  la  mosquée  allaient  paralyser  à  jamais  l'essor  de  la 
pensée  libre  dans  le  monde  mustilman.  » 

M.  Héron  de  \'n.i,i;FossK  oITre  à  l'Académie,  au  nom  de  son  corres- 
pondanl  le  H.  P.  Dtdattre,  une  brochure  inliluh'c  :  )I;irques  cérn- 
rniij uns  greccf  lies  el.  romaines  trouvées  à  l'.urlii.Kje  ilnrnnl  l' année  I  !)0  I 
(extr.  du  BuUetin  arch''olnr/i(/no,  1902). 

Ce  petit  recueil  renferme  U)  estampilles  grecques  relevées  sur  des 
anses  d'amphore,  1!)  estampilles  latines  relevées  sur  des  briques 
romaines  et  doni  (pielqnes-unes  conliennenl  des  dates  considaires, 
2.')  marques  latines  tracées  au  pinceau,  à  la  [jointe  sèche  ou  appli- 
(pu'»es  A  Taide  d'un  timbre  sur  les  anses,  le  col,  le  rebord  ou  la  (pu'ue 
de  grands  vases,  42  marques  sur  poteries  fines  ou  rouges.  Parmi  ces 
dernières,  le  n°  "3  est  une  mar([ue  bien  connue  d'.Vrezzo  :  }f(arci) 
Pcn-nnii  Tiijr.'ini.  C'est  de  la  l'ai)ii(]ue  de  l'fn'nniiis  (pie  sont  sortis 
de  très  intéressants  vases  représentant  Hercule  et  les  Muses,  ou  des 
héros  grecs  combattant,  .Vchille,  Diomède,  Hector,  avec  leurs  noms 
inscrits  en  caractères  grecs  à  côté  de  chaque  figure.  Ces  vases  ont 
été  imités  par  les  potiers  de  la  Gaule. 

M.  II AMVollVe  au  nom  de  l'auteur,  M.  I.  Cocchi,  un  ouvrage  intitulé  : 
L;i  Finlnndia.  Ricard i  e  sindi  (Florence,  1002,  in-8")  : 


SÉANCE    DU    27    FÉVRIER    1903  89 

«  Le  professeur  lo-ino  Cocchi,  de  l'Inslilut  des  Etudes  supérieures 
de  Florence,  que  ses  recherches  spéciales  ont  conduit  en  Finlande,  a 
consacré  à  ce  pays  encore  si  mal  connu  un  volume  agréablement 
écrit  el  orné  de  fort  belles  photographies,  que  je  suis  chargé  de  vous 
offrir  en  son  nom.  La  première  partie  de  Fouvrage  de  M.  Cocchi  est 
réservée  à  Fétude  de  la  géographie  physique;  dans  la  seconde,  il 
examine  le  peuple;  dans  la  troisième,  il  passe  en  revue  les  institutions 
nationales.  On  lira  surtout  avec  intérêt,  d'une  part,  tout  ce  qui  concerne 
la  célèbre  épopée  Kalivuln;  de  Fautie,  les  détails  recueillis  par  le 
voyageur  sur  Fétat  actuel  des  sciences  et  des  arts.  » 

M.  Delisle  dépose  sur  le  bureau,  au  nom  de  M,  Saige,  correspon- 
dant de  l'Académie,  le  Charfrier  de  l'abbaye  de  Saint-Pons  hors  les 
tnurs  de  Nice,  publié  par  ordre  de  S.  A.  S.  le  prince  Albert  I<='"  de 
Monaco,  par  le  comte  E.  Cais  de  Pierlas,  continué  et  augmenté  d'une 
étude  et  de  tables  par  Gustave  Saige  (Monaco,  1903,  in-4°). 


SÉANCE  DU  27   FÉVRIER 


Le  Secrétaire  du  Congrès  des  sciences  historiques  qui  doit 
avoir  lieu  prochainement  à  Rome,  remercie  FAcadémie  de  vou- 
loir bien  se  faire  représenter  à  cette  réunion  scientifique  et  lui 
adresse  des  exemplaires  du  règlement  et  de  divers  documents 
relatifs  au  Congrès, 

M.  Clermont-Ganneau  place  sous  les  yeux  de  la  Compagnie  la 
photographie  d'une  statuette  de  bronze  appartenant  à  M.  J. 
Lôytved,  de  Beyrouth,  et  provenant  de  Kefr  Djezzin,  près  de 
Berdja,  sur  la  côte  au  sud  de  Djebaïl,  l'antique  Byblos.  Couverte 
d'une  belle  patine  verte,  elle  conserve  encore  des  traces  de 
dorure.  Elle  représente  un  personnage  debout,  aux  longs  cheveux 
coiffés  à  l'égyptienne,  la  face  imberbe  et  efféminée,  le  bras  droit 
relevé,  le  gauche  ramené  contre  la  poitrine  ;   il  est  vêtu  d'une 


90  SÉANCK    DU     27    FKVRIF.U     1ÎK).3 

longue  tunique  collante,   recouverte   dune   sorte  de  tablier  en 


SLalucllr  en  l)rnii/c  du  .liipilcr  I Icliopolilaïuis. 

forme  de  gaine  cloisonnée,  avec  divers  bustes  et  symboles  figurés 


SÉANCE    DU    27    FÉVRIEn     1003  91 

en  relief  dans  chaqne  compartiment  quadrillé.  On  a  voulu  y  voir 
la  grande  déesse  de  Byblos,  dans  lattitude  et  avec  les  attributs 
de  la  Diane  d'Éphèse.  M.  Clermont-Ganneau  montre  qu'il  faut  y 
reconnaître  en  réalité  un  dieu,  le  fameux  Jupiter  du  temple  de 
Baalbek,  dit  Jupiter  Ileliopolitanus,  dont  on  connaît  aujourd'hui 
d'assez  nombreuses  reproductions.  Conformément  à  la  tradition, 
le  dieu  tenait  de  la  main  droite  le  fouet,  et  de  la  gauche  une 
poignée  d'épis,  qui  n'existent  plus  aujourd'hui  ;  il  est  probable, 
en  outre,  que  la  statuette  se  dressait  entre  deux  taureaux,  qui 
ont  disparu  avec  le  socle  supportant  le  groupe.  M.  Clermont- 
Ganneau  propose  de  reconnaître  le  même  dieu  dans  un  fragment 
de  statue  de  pierre  mutilée,  conservée  au  Louvre  et  rapportée 
autrefois  de  Djouni  par  Renan'.  Djouni  est  située  tout  près  de 
Ivefr  Djezzin,  lieu  de  provenance  de  la  statuette  de  M.  Lôytved. 

i\I.  Clermont-Ganneau  communique  ensuite  des  estampages  et 
photographies  d'un  autre  monument  recueilli  à  Djebaïl  même  par 
M.  Lôytved.  C'est  un  fragment  de  stèle  ou  de  table  d'olTrandes 
de  granit  gris,  portant  les  cartouches  hiéroglyphiques  du  Pharaon 
Chechonk  1*"",  ou  Sesonchis,  le  Sésac  de  la  Bible,  qui  envahit  la 
Palestine  et  pilla  Jérusalem  sous  le  roi  Jéroboam.  Dans  les  par- 
ties laissées  libres  parle  texte  hiéroglyphique  ont  été  gravées, 
probablement  après  coup,  trois  lignes  de  caractères  phéniciens 
malheureusement  très  mutilées.  Après  un  premier  e\amen , 
^L  Clermont-Ganneau  y  a  déchitîré  les  noms  d'Abibaal,  de  la 
ville  de  Gebal ,  de  Misraïm  (rKgypte),  etc.  Les  lacunes  du 
texte  phénicien  ne  permettent  pas  encore  de  déterminer  s'il 
s'agit  d'une  dédicace  religieuse  ou  d'une  dédicace  funéraire. 
yi.  Clermont-Ganneau  incline  vers  la  seconde  hypothèse  et  se 
propose  de  poursuivre  l'étude  de  ce  précieux  document  qui  n'a 
pas  dit  encore  son  dernier  mot  ^. 


1.  Mission  de  Phénicie,  Catalofiue.  p.  S-53,  n°  70.  Ce  frai;ment  n'a  pu  être 
jii-avé  el  mériterait  de  l'être.  Un  autre  fragment  dune  statue  similaire  en 
mai'bre  a  été  décou^■ert  dei^uis  à  Djebaïl  même  et  considéré  encore,  à  tort, 
comme  représentant  une  déesse  (Pal.  Expl.  I-\ind,  Slalement,  JS9i,  p.  119  ; 
c'est  toujours  notre  Jupiter  Heliopolitanus. 

2.  Des  reproductions  de  ce  monument  seront  publiées,  avec  une  note 
complémentaire,  dans  le  Bnllelin  de  mars-avril. 


92  SÉANCE  nr  27  février  1903 

M.  Ph.  Bf.rgeh  commuiii(iue  à  lAcadémie  une  nouvelle 
inscription  funéraire  qui  lui  a  été  adressée  par  le  R.  P.  Delattre^ 
C'est  répitiipho  d'une  femme  qui  s'intitule  :  «  Négociante  de  la 
ville  ^  « 

M.  Berger  donne  ensuite  lecture  d'un  travail  sur  six  nou- 
velles inscriptions  samaritaines  découvertes  à  Damas  par  le 
U.  P.  Ronzevalle.  Ces  inscriptions  se  composent  d'une  série  de 
lettres  isolées  séparées  par  des  points.  En  les  étudiant  avec  son 
élève  M.  Slouschz,  M.  Berger  est  arrivé  à  y  reconnaître  des 
passaj^es  de  la  Bible  dans  lesquels  on  n'a  écrit  que  la  première 
lettre  de  chaque  mot,  par  un  système  d'abréviation  fréquent 
chez  les  Juifs  et  dont  M.  Berger  a  découvert  les  premières  traces 
dans  la  numismatique  et  dans  Tépigraphie  puniques. 

Les  motifs  d'ornementation  qui  encadrent  ces  inscriptions 
semblent  indiquer  qu'il  faut  les  faire  remonter  à  l'époque  arabe. 
Ces  passages  assez  différents  du  texte  reçu  prouvent  avec  quelle 
liberté  les  Samaritains  traitaient  le  texte  de  la  Bible. 

Le  Président  annonce  qu'une  nouvelle  somme  de  10.000  francs 
lui  a  été  envoyée  par  ^L  le  duc  de  Loubat  pour  être  employée  à 
des  recherches  archéologiques  et  particulièrement  pour  rendre 
possible  le  complet  déblaiement  de  l'île  de  Délos.  M.  Perrot  la 
transmettra  à  M.  Homolle.  Ce  dernier  don  porte  à  3().0(lO  francs 
le  total  des  sommes  que  notre  savant  correspondant  a  ainsi  con- 
sacrées à  fournir  des  ressources  aux  explorations  scientifiques 
entreprises  sous  le  patronage  de  l'Académie  dans  le  bassin  de  la 
Méditerranée. 

M.  Omont  fait  une  communication  sur  un  plagiat  litléraii-o  du 
moyen  âge.  Une  vie  de  saint  \\'illil)ror(l,  évêqued'l'trecht,  dédiée 
au  xn®  siècle  par  un  prêtre  du  nom  d'l*>gbert  à  l'abbé  Gérard 
d'Eplernach,  et  dont  un  texte  jusqu'ici  unique  est  conservé  dans 
un  manuscrit  contemporain,  réccnmient  acquis  i)our  la  Biblio- 
thèque nationale,  est  la  reproduction  servile  des  chapitres  m  à  xxv 
de  la  vie  bien  connue  de  saint  \N'illibroi(l,  ic  iligèc  pai-  Akuin.  L'au- 

1.  ^■c.i|•  ci-après. 


SÉANCE    DU    27    FÉVRIER    1903  93 

teur  de  ce  plaj^iat  s'est  contenté,  pour  le  dissimuler,  de  remanier 
les  deux  premiers  chapitres  et  d'écourter  la  fin  de  son  modèle  '. 

M.  Aymonier,  directeur  de  l'Ecole  coloniale,  entrelient  l'Aca- 
démie d  une  curieuse  découverte  faite  en  préparant  ïlli.sloire  du 
Cambodge  qu'il  a  sous  presse. 

On  sait  que  les  Annales  du  royaume  de  Siam,  dont  le  passé 
est  intimement  lié  à  celui  du  Cambodge,  se  divisent  en  deux 
parties  :  l'une  antérieure  à  la  fondation,  en  1350,  de  la  ville 
d'Ayouthia  ;  l'autre  partant  de  cet  important  événement  histo- 
rique pour  se  terminer  à  la  destruction  de  cette  capitale  par  les 
Birmans  en  17G7.  La  pi^emière  partie,  dite  les  Annales  du  Nord^ 
compilation  de  dates  fantaisistes  et  de  récits  légendaires,  n'a 
jamais  été  considérée  comme  ayant  un  caractère  réellement 
historique.  Mais  la  seconde  partie,  dite  les  Annales  d'Ayouthia, 
a  toujours  été  universellement  admise  comme  authentique  par 
les  Européens  aussi  bien  que  par  les  indigènes.  Elle  donne,  en 
effet,  l'histoire  des  Siamois  bien  suivie  et  appuyée  de  dates  pré- 
cises depuis  1350  jusqu'à  1767.  Or,  selon  M.  Avmonier,  ces 
Annales  modernes,  compilées  à  la  fin  du  xvui'"  siècle,  sont  apo- 
cryphes, pour  leurs  débuts  du  moins,  soit  de  1350  à  1500  et  au  delà. 
Elles  ne  méritent  pas  plus  de  créance,  pour  cette  période,  que 
les  fabuleuses  Annales  du  Nord.  Il  pense  donc  devoir  reconsti- 
tuer l'histoire  du  Siam  sur  des  bases  entièrement  nouvelles  qui 
peuvent  se  résumer  ainsi  : 

Le  légendaire  Phya  Ruang  qui  libéra  la  nation  siamoise  du 
joug  des  Cambodgiens  n'a  pas  vécu  au  vi'',  au  vu"  ou  même  au 
x''  siècle,  comme  on  a  pu  le  croire  d'après  les  traditions  locales. 
Il  a  régné  de  1275  environ  à  1324.  Il  fonda  une  capitale,  Soko- 
thai,  à  soixante-quinze  lieues  au  nord  de  l'emplacement  où  devait 
s'élever  plus  tard  Ayouthia.  Et  en  cette  ville  de  Sokothai 
régnèrent  après  lui  cinq  autres  rois,  ses  descendants  directs, 
parmi  lesquels  son  troisième  successeur  et  arrière-petit-fils,  qui 
régna  de  1357  à  1388;  ce  fut  un  grand  prince  qui  prit  soin  de 
laisser  sur  la  pierre,  à  Sokothai  même,  d'éclatants  témoignages 
de  sa  puissance  et  de  sa  ferveur  religieuse.  Ce  sont  ces  stèles, 

1.   Voir  ci-après. 


94  NOUVELLE    INSCRIPTION    FLNÉHAIRK    DE    CARTHAGE 

dit  -M.  Aymoiiier,  qui  se  réveillent  tle  leur  long  sommeil  pour 
rétablir  la  vérité  historique  qu'avaient  faussée  l'ig^norance  et 
l'incurie  des  compilateurs  siamois  de  la  lin  du  wni*^  siècle.  En 
1453  seulement,  monta  sur  le  trône  le  fondateur  dune  nouvelle 
dynastie  qui,  au  bout  de  cinq  ou  six  ans,  abandonna  Sokothni 
pour  aller  construire  au  sud  la  capitale  appelée  Ayouthia.  C'est 
donc  à  I  iGO  environ,  soit  cent  dix  ans  après  la  date  admise 
jusqu'à  présent,  que  remonte  la  fondation  de  la  cité  où  furent 
reçus  les  ambassadeurs  de  Louis  Xi\  . 

M.  S.  Reinach  a  la  parole  pour  une  communication  : 

«  Messieurs,  le  Concours  des  Antiquités  de  la  France  élan!  de 
plus  en  plus  emcombré,  la  Commission  a  exprimé  le  désir  que 
les  ouvrages  de  linguistique  française  adressés  à  ce  Concours 
fussent  désormais  renvoyés  d'office  à  la  Commission  du  |)rix 
Chavée.  Elle  demande  à  l'Académie  de  bien  vouloir  conlinner  sa 
décision  par  un  vole.  » 

La  proposition  de  la  Commission  est  adoptée. 


COMMUNICATIONS 


NOTE    SLR    l\NE    M»I\I;LLE    INSCRIPTION     FrNi:R  MRE    DE    CARTILVOE 
l'Ali     M.    l'Illl.ll'l'E    BERGER,     Mi:Mltl!i;     |)i:    I.'aCADÉ.MIE 

Le  r».  !'.  Dclallre  vient  de  m'cnvoyci-.  pour  l'tre  présenté  à 
rAcadéniie,  l'estampag-e  dune  nouvelle  inscription  funéraire 
]iuni(jue,  trouvée  dans  les  fouilles  de  la  nécropole  voisine 
de  Saiiit<-Moni(iue.  Elle  est  j^ravée,  comme  les  autres  monu- 
ments du  nu'îine  g'cnre,  dans  un  cartouche  ménap^é  sur  une 
dallo  do  L^rès  lin.  of  mesurant  t)'"  20  de  loni;-  sur  d'"  07  de 
laij^'c.    1  ,"iiisciij)li(iii    se    compose    d'uiu'   seule    li.qii»',    dune 


NOUVELLE    INSCRIPTION    FUNÉRAIRE    DE    CARTHAGE 


95 


•.^&'>:> 
,'\1^.--?- 


>ï 


CD 


es 


C 
3 

a, 

a 

o 


96  NOUVELLE    INSCRIPTION    FUNÉRAIRE    DE    CARTHAGE 

écriture  très  élégante;  les  queues  des  lettres,  Irèsallong-ées, 
ne  laissent  aucun  doute  sur  la  lecture. 
Voici  ce  qu'elle  porte  : 

mpn  n^nD  nSnc  nzp 
Tombeau  de  Sibbùleih.   négociante  de   Ja    Ville]. 

Le  nom  de  Sibboleth,  qui  se  rencontre  ici  pour  la  première 
fois,  si  je  ne  me  trompe,  peut  avoir  le  sens  de  torrent  ou 
dépi;  le  second  surtout  conviendrait  bien  à  une  femme.  On 
remarquera  qu'il  n'est  précédé  d'aucun  patronymique,  ce 
qui  semble  indiquer  ({ue  la  défunte  n'avait  pas  de  famille  et 
qu'elle  était  lille  de  ses  œuvres.  Le  fait  se  rencontre  assez 
fréquemment  pour  les  prêtresses  et  les  femmes  vivant  autour 
du  temple. 

L'épithète  rTiC  sig-nille  «  négociante  »  ;  c'est  l'expression, 
d'un  usage  assez  fréquent  en  hébreu,  qu'Ezécliiel'  emploie 
en  parlant  des  pays  qui  trafiquaient  avec  Tyr.  Elle  se 
trouve  déjà  au  masculin ,  ainsi  que  me  le  rappelle 
M.  Clermont-Ganneau,  sur  une  inscription  funéraire  de 
Carthage,  que  j'ai   communiquée  en   1899  à  l'Académie'-. 

Le  tour  dans  les  deux  inscriptions  est  le  même.  Seule- 
ment, tandis  que  dans  cette  dernière  le  mot  qui  suit  «  négo- 
ciant »  est  à  peu  près  illisible,  sur  la  nouvelle  inscription 
que  vient  de  découvrir  le  li.  P.  Delattre  il  est  parfaitement 
clair;  il  doit  se  lire  rT'ùn- 

La  ])remière  pensée  serait  d' \   voii'  l'objet  dont  Sibboleth 

faisait  le  négoce,  précédé  de  l'article  :  «  négociante  en • 

Mais  le  mot  T'^p  ne  nous  donne  rien  de  satisfaisant.  Dans 
ces  conditions,  peut-être  faut-il  clierclu  r  lUins  une  autre 
direction.  (Jarth  signifie  "  la  ville  »  ;  c'est  le  mol  (jui  a 
donné   le   nom   de    Carthage.    Peut-être    faut-il    l'entendre 


1.  Ch.  ?",  V.  I-J.  IJ,  II). 

2.  Comptes  remliis,  IS'j'.i,  p.  lL"J-l.iO;  cf.  p.  CI  S. 


NOUVELLE    INSCRIPTION    FUNÉRAIRE    DE    CARTHAGE  97 

d'une  façon  absolue,  comme  lorsqu'on  dit  «  la  ville  »,  pour 
«  la  ville  de  Paris  »  ;  mpn  n"inD  signifierait  alors  «  négo- 
ciante de  la  ville  ».  Je  sais  toutefois  les  objections  que  l'on 
peut  faire  à  cette  traduction,  et  je  ne  la  propose  qu'avec  une 
certaine  réserve. 

Pour  élucider  ce  point,  il  resterait  à  reprendre,  à  l'aide 
de  notre  nouvelle  inscription,  le  mot  qui  termine  celle  qui 
lui  sert  de  point  de  comparaison.  L'examen  de  la  photogra- 
phie, d'ailleurs  très  bonne,  que  j'ai  entre  les  mains,  ne  m'a 
pas  permis  jusqu'à  présent  d'arriver  à  une  lecture  certaine  ; 
mais  si  l'on  songe  à  la  ressemblance  du  vav  et  du  kaf,  on 
se  demandera  s'il  ne  faut  pas  lire  N3N  au  lieu  de  NTN,  ako, 
au  lieu  de  avo,  et  si  nous  n'aurions  par  là  la  mention  de  la 
ville  d'Acre.  Je  sais  bien  que  non  seulement  la  langue 
biblique,  mais,  ce  qui  est  plus  grave,  l'usage  épigraphique 
orthographient  akko  par  un  aïn  et  non  par  un  alef  ;  "jV  ou  ilDîT  ; 
mais  si  l'on  songe  à  l'usage  si  fréquent  et  souvent  abusif 
que  la  langue  punique  faisait  de  Y  alef,  peut-être  ne  devra- 
t-on  pas  trop  se  hâter  d'écarter  cette  conjecture.  Voici  dès 
lors  comment  il  conviendrait  de  lire  cette  inscription  : 

Nr3]N  iriDns  hyziiv  "[[i] 

[Tombeau    d'Hilleçhaal],  fils  de  Bodast[art], 
[fi]ls   d* Ahdmilcat ,   négociant  [d^Akko]. 

Il  serait  intéressant  de  trouver  ainsi,  à  Carthage,  à  côté  de 
la  tombe  d'une  femme  d'Arvad,  celle  dun  négociant 
d'Akko. 


1903. 


98  us:    PLAGIAT    LITTÉRAIRE 


UN    PLAGIAT    LITTÉRAIRE   AU    XII''    SIÈCLE. 

LA    VIE    DE    SAINT    WILLIBRORD,    ÉVÈgUE    d'lTRECHT, 

PAR    LE    PRÊTRE    EGBERT. 

NOTE     DE     M.      HENRI     («MONT,     MEMBRE     DE     l'aCADÉMIE. 

• 

On  possédait  jusqu'ici  deux  récits  en  prose  de  la  vie  de 
saint  Willibrord,  mort  en  7M9,  évoque  dUtrecht  et  fonda- 
teur du  célèbre  monastère  d'Epternach.  Lune  de  ces  vies, 
plusieurs  fois  imprimée,  est  l'œuvre  d'Alcuin  (-J-  804);  la 
seconde,  publiée  en  entier  il  y  a  quelques  années  seulement, 
a  pour  auteur  Théofroy,  abbé  d'Epternach  {j  1110  '.  Une 
troisième  vie  de  saint  Willibrord,  non  encore  signalée  à  ce 
qu'il  semble ,  se  trouve  dans  un  recueil  de  vies  de  saints , 
copié  au  xu*"  siècle,  et  qui  provient  de  l'ancienne  abbaye  de 
Saint-Maximin  de  Trêves^.  Cette  vie  nouvelle  est  dédiée  k 
l'abbé  d'Epternach,  Gérard  1<^^''  I110-1122j,  ou  Gérard  II 
(li.')7-1176j  ,  par  un  prêtre  du  nom  d'Egbert  (Echebert  ou 
Ekebert  ,  qui  ne  semble  être  aucun  des  écrivains  de  ce  nom, 
dont  l'histoire  littéraire  des  xi'^  et  xii*"  siècles  ait  enregistré 
les  œuvres  'K  Dans  la  dédicace  qui  la  précède,  Egbert  nous 
apprend  que  c'est  l'abbé  Gérard  qui  l'a  engagé  à  écrire  ce 
nouveau  récit  de  l'apostolat  de  saint  Willibrord ,  destiné  à 
remplacer  une  vie  antérieure,  sans  doute,  celle  de  Théofroy  : 

Proloçfus  Echeherli  presbileri  ad  Gjerardiim]  ahhatem  de 
subsequenti  opère. 

L)omino  Gerardo,  venerando  abbati  Epternaceiisis  ecclesie, 
Echeberlus,  Dei  misericordia,  id  quod  est  saluteni  et  orationum 

1.  Voir  Potthast,  IMhliothecn  historien  meclii  aevi  2'  éd.),  t.  II,  p.  I63S- 
1639,  etPoncelel,  Bibliulhtvii  huyioyrupliica.  Lilina,  t.  II,  p.  12«9-1290. 

2.  Bibliothèque  nationale,  ms.  nouv.  acq.  lat.  1836,  fol.  117-123  v. 

3.  Egbert,  prêtre  î\  Ilersfeld  (vers  1070);  Egbert,  abbé  de  Huysburg 
(xii*  siècle  ;  Egbert,  clerc  de  Liège  (vers  1060);  Egbert,  chanoine  de  Saint- 
Florent  de  Bonn  et  bénédictin  à  Schonau  (1167-11S5);  Egbert,  abbé  de 
Tegernsee  (milieu  du  xii'  siècle). 


UiN    PLAGIAT    LITTÉRAIRE  99 

communicationem.  Postulastis  a  me  ut  vitam  sancti  Willibrordi 
patroni  veslri  aliqua  dictaniinis  inmutatione  renovarem,  pro  eo 
quod  non  satis  honorabiliter  vobis  dictata  videretur.  Ad  consen- 
tiendum  autem  vobis  in  hac  re  non  me  presumptio  spiritus,  sed 
magis  verecundia  inpulit,  que  me  tam  sollicite  peticioni  vestre 
pertinaciter  obsistere  non  permisit.  Postquam  autem  universum 
dictamem,  quod  innovandum  erat,  perlegi,  fateor  quia  de  inpro- 
vida  pollicitatione  ipse  me  reprehendi,  considerans  simplicitatem 
stili  satis  tolerabilem  esse.  Animadvertens  etiam  quoniam,  si  per 
singula  verba  esset  inniutanda  tanti  prolixitas  sermonis,  labor 
mihi  incumberet  inmensus  et  non  mullum  necessarius  ;  si  vero 
quedam  pars  dictaniinis  inmutaretur,  et  quedam  non,  neque 
meum,  neque  non  meum  posset  judicari.  Feci  ergo  quod  postu- 
latus  non  fui,  scribens  ex  integro  novum  sermonem,  qui,  si  vobis 
videtur,  possit  leg-i  in  festivitate  sancti,  quia  vitam  ejus  et  gesta 
sumniatim  in  eo  perstrinxi.  Insuper  et  principium  veleris  sermo- 
nis quodam  modo  innovavi,  quam  innovationem ,  si  placet , 
adjung'ite,  et  cetera,  ut  fuerunt,  permaneant  ab  eo  loco,  ubi 
scriptum  est  :  Quem  divina  mox  gratia  ' . 

Cette  dédicace  ou  préface  est  suivie  d'un  sermon,  qui  ne 
contient  que  des  lieux  communs  ,  sans  aucun  détail  histo- 
rique : 

Sermo  Echeberli  presbileri  de  sancto  Willihrordo  episcopo  et 
confessore. 

Letis  cordibus  et  festivis  laudibus  hodiernum  diem  ,  fratres 
karissimi,  celebrare  nos  convenit... 

Puis  vient  le  texte  de  la  vie  de  saint  Willibrord  qui 
débute  : 

Incipit  rila. 

Vir  Domini  sanctus  Willibrordus,  ex  quadam  insulane  Bri- 
tannie  provincia,  quam  Nortumbria  vocant,  ortus  est,  parentes 
habens  religiosos  ac  timentes  Deum.  Quem  in  Christo  renatum 

1.  Cette  phrase  restée  ainsi  inachevée  dans  le  manuscrit,  se  retrouve  à 
la  fin  du  passage  cité  plus  loin. 


100  UN    PLAGIAT    LITTÉRAIRE 

per  ipsos  teneritudinis  sue  annos  in  Christo  enulriri  cupientes, 
fratribus  Hiripensis  *  ecclesie  disciplina  informanduni  christiana 
tradiderunt,  quia  sperahant  non  parvani  per  illuni  ecclesie  sue 
edifîcationem  Deum  providisse.  Talis  autem  spei  hec  illis  exlilit 
causa.  Mater  ejus,  sicut  post  confilendo  patefecit,  in  qua  nocte 
concipiebaturbeatasobolesin  utero  ejus,  vidit  in  visione  nocturna 
quasi  lunam  plenam  de  celo  in  os  suum  subito  lapsu  ruentem 
totanique  se  intrinsecus  vehementi  splendore  illustrantem.  Quod 
cum  viris  religiosis  manifestasset,  responsum  de  concepto  accepit 
filio,  quoniam  maj^nus  et  illustris  foret  illuminator  populi  Dei. 
Queni  divina  gratia  ab  ineunte  pueritia  et  sensu  protieere  et 
moribus  pollere,  quantum  ad  taies  congruit  annos,  concessit 

Il  est  inutile  de  transcrire  plus  loin  le  texte  de  cette  nou- 
velle vie  de  saint  Willibrord;  en  efret,  si  les  quelcjnes 
lignes  qu'on  vient  de  lire  sont  bien  l'œuvre  d'Egbert,  toute 
la  suite  du  récit  est  la  reproduction  sorvile  de  la  vie 
rédigée  par  Alcuin  et  simplement  copiée  mot  pour  mot,  à 
quelques  variantes  près  et  sauf  les  quatre  derniers  cliapitres, 
depuis  le  début  du  chapitre  m  jusqu'à  la  (in  du  cha- 
pitre XXV  (xxvij  des  éditions-.  Un  plagiat  aussi  grossier 
fut  sans  doute  découvert  de  bonne  heure;  c'est  ce  qui 
explique  que  le  manuscrit  récemment  acquis  pour  la  Biblio- 
tliè({ue  nationale  soit  jusqu'ici  le  seul  témoin  de  cette 
supercherie  littéraire,  à  laquelle  restera  attaché  le  nom 
d'Egbert,  pour  un  instant  tiré  de  l'oubli. 


1.  Rippon  (Yorkshire),  en  AnjjrlctciTC. 

2.  Le  texte  se  lerminc  dans  le  nianuscril  par  ces  nmts  du  cha])itre  xxv 
(xxvi)  :  «  ...ruptis  circulis,  subito  eoruni  vincula  resoluta  sunl .  jneslante 
Domino  nostro  Jhesu  Clu-isto,  ([ui  cuin  Doo  Pâtre  el  Spiriln  sancln  \i\il 
et  icj,'nat  Deus  per  omnia  secula  scculorinii.  Amen.  » 


LIVRES    OFFERTS  101 


I.I\'1U:S  OFFERTS 


M.  IIamy  présenle  de  la  part  de  l'auteur,  M.  le  D""  Fortunato 
Hernandez,  un  ouvrage  intitulé  :  Las  razas  indigenas  de  Sonora  y  la 
guerra  del  Yaqui  (Mexico,  1902,  in-4o),  dans  lequel  on  trouvera  un 
certain  nombre  de  données  nouvelles  sur  quelques  populations  du 
N.-O.  des  États-Unis  du  Mexique,  jusqu'à  présent  mal  connues. 
Comme  les  Yaquis  de  Sonora  et  surtout  les  Scris  de  File  Tiburon, 
les  Espagnols  n'avaient  eu  jusqu'à  présent  avec  ces  Indiens  que  des 
relations  hostiles,  et  le  premier.  Fauteur  de  ce  livre,  a  pu  s'établir 
quelque  temps  chez  eux  et  étudier  une  partie  de  leurs  caractères, 

M,  Châtelain  dépose  sur  le  bureau  le  tirage  à  part  d'un  article  qu'il 
a  publié  dans  la  u  Revue  de  Philologie  »  et  qui  est  intitulé  :  Notes 
sur  quelques  palimpsestes  de  Turin  (Paris,  1903,  in-S"). 

M.  Babelon  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

((  J'ai  Fhonneur  de  déposer  sur  le  bureau,  au  nom  de  M.  Fr. 
Imhoof-Blumer,  correspondant  de  l'Académie ,  à  Winterlhur,  un 
important  ouvrage  de  numismatique  dont  il  est  Fauteur  et  qui  est 
intitulé  :  Kleinasiatische  Mùnzen  (deux  volumes  in-4'',  publiés  par  les 
soins  de  l'Institut  archéologique  de  Vienne).  J'attirerai  d'abord 
l'attention  de  l'Académie  sur  le  côté  matériel  de  la  publication  ;  sans 
lui  donner  un  luxe  extérieur  dont  les  livres  de  numismatique  peuvent 
se  passer  et  qui  souvent  ne  sert  qu'à  rendre  les  ouvrages  d'archéolo- 
gie inaccessibles  à  la  plupart  des  savants,  l'Institut  archéologique  de 
Vienne  s'est  appliqué  à  faire  de  la  publication  de  M.  Imhoof-Blumer 
un  livre  irréprochable  au  point  de  vue  typographique.  Les  lettres 
liées  et  les  monogrammes  surtout,  qui,  dans  la  numismatique 
grecque,  reviennent  presque  à  chaque  description,  ont  fait  l'objet  de 
fontes  spéciales  et  particulièrement  soignées.  On  ne  trouverait 
l'équivalent  d'un  pareil  souci  de  Fexactitude  et  de  la  correction  dans 
aucune  autre  publication  numismatique. 

«  Quant  à  la  valeur  scientifique  de  l'ouvrage,  je  n'ai  pas  besoin  de 
la  recommander.  Ces  deux  volumes  font  suite  aux  deux  autres  prin- 
cipaux recueils  de  M.  Imhoof-Blumer,  intitulés  Monnaies  grecques, 
10-4"   publié   en   français,    à   Amsterdam,    en    1883,    et    Griechische 


102  LIVRES    OFFERTS 

Mûnzen,  publié  en  1890  par  les  soins  de  1" Académie  des  sciences  de 
Munich.  Seulement,  tandis  que,  dans  ces  dernières  publications, 
M.  Imhoof-Blumer  décrit,  critique  et  commente  des  monnaies  qui  se 
répartissent  sur  le  champ  de  la  numismatique  grecque  dans  son 
ensemble  et  appartiennent  à  tous  pays,  cette  fois,  M.  Imhoof- 
Blumer  a  concentré  ses  recherches  sur  l'Asie  Mineure  seule.  C'est 
une  suite  de  descriptions  de  pièces  inédites  qui,  toutes,  appartiennent 
aux  diverses  provinces  de  cette  région.  Chaque  description  est  suivie, 
quand  il  y  a  lieu,  d'un  court  commentaire.  Il  est  difficile  de  donner 
ici  un  aperçu  général  d'un  ouvrage  qui  ne  contient  pas  de  doctrine; 
je  dois  donc  me  contenter  de  dire  que  ce  qui  caractérise  le  nouveau 
répertoire  de  M.  Imhoof-Blumer,  c'est  l'exiiclilude  impeccable  des 
descriptions  et  la  sûreté  des  attributions  qui  a  pour  garant  la 
longue  et  profonde  expérience  de  l'auteur.  Chacjue  province  de 
l'Asie  Mineure,  surtout  pour  la  période  post-alexandrine  et  romaine, 
est  représentée  par  une  série  importante  de  monuments  numisma- 
tiques  susceptibles  de  fournir  les  renseignements  les  plus  utiles  pour 
l'histoire  de  l'art.  Il  suffit  de  se  reporter  aux  tables  qui  sont  à  la  fin 
du  second  volume,  où  plus  de  350  villes  sont  représentées,  et  où  sont 
transcrits  les  noms  de  plus  d'un  millier  de  magistrats  locaux  de 
diverses  catégories,  tant  de  l'épocjue  grecque  que  de  l'époque  romaine, 
pour  que  chacun  se  rende  compte  de  l'appoint  énorme  que  constitue, 
pour  la  connaissance  de  l'histoire  de  l'Asie  Mineure,  le  nouveau 
recueil  numismatique  que  je  suis  chargé  de  jjrésenter  à  l'Académie, 
et  pour  qu'on  rende  hommage  au  mérite  du  savant  éminent  qui  a  eu 
la  patience  d'en  réunir  les  éléments  et  a  su  l'entreprendre.  » 


Le  Gérant,  A.  Picard. 


MA(;o>\    l'iiuTAT  nir.i\i;s,   i.MriuMi:iHS 


1 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE   DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1903 

PRÉSIDENCE    DE    M.    G.    PERROT 


SÉANCE   DU   6  MARS 


M.  le  Minisire  de  l'instruction  publique  et  des  beaux-arts 
transmet  à  l'Académie  un  rapport,  par  lequel  M.  Homolle, 
directeur  de  l'Ecole  française  d'Athènes,  demande  des  modifica- 
tions à  l'examen  d'admission  à  cette  Ecole, 

Renvoi  à  la  Commission  compétente. 

M.  Homolle,  dans  une  lettre  qu'il  adresse  au  Président, 
annonce  plusieurs  événements  heureux  pour  l'École  française 
d'Athènes,  entre  autres  la  libéralité  de  M.  le  duc  de  Loubat,  qui 
a  mis  à  la  disposition  de  l'Ecole  une  nouvelle  somme  de  dix 
mille  francs  pour  ses  recherches  archéolog^iques,  et  la  décision 
du  Conseil  municipal  d'Athènes,  qui  vient  de  voter  un  crédit  de 
trente  mille  drachmes  pour  la  restauration  du  Trésor  des  Athé- 
niens à  Delphes. 

M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  et  des  beaux-arts 
adresse    à    l'Académie     l'ampliation    d'un    décret    en    date   du 

1903.  S 


104  SÉANCE    DU    G    MARS    1903 

26  février  dernier,  par  lequel  M.  le  Président  de  la  République 
a  approuvé  réleclion  de  M.  lùlouard  Chavannes  à  la  place  de 
membre  ordinaire  laissée  vacante  par  la  mort  de  M.  Alexandre 
Bertrand. 

Le  Secrétaire  perpétuel  donne  lecture  du  décret.  Il  introduit 
ensuite  M.  Chavannes  et  le  présente  à  l'Académie. 

Le  Président  souhaite  la  bienvenue  à  M.  Chavannes  et  l'invite 
à  prendre  place  parmi  ses  confrères. 

Le  Présujent  donne  ensuite  lecture  du  télégramme  suivant,  qui 
lui  a  été  adressé  par  M.  Paul  Desjardins,  beau-tils  de  M.  Gaston 
Paris  : 

«  Paris,  vendredi,  6  mars. 
(.   Mon  cher  Maître, 

((  J'ai  la  douleur  de  vous  annoncer  la  mort  de  mon  beau-père, 
M.  Gaston  Paris.  Il  s'est  éteint,  doucement,  hier  soir,  à  Cannes, 
succombant  aune  crise  cardiaque,  dont  nous  le  savions  menacé, 
mais  que  nous  ne  pouvions  croire  si  imminente. 

«  C'est  une  perte  telle,  —  et  non  pour  ses  proches  seulement, 
—  qu'il  suffit  de  l'annoncer.  Nous  vous  demandons  d'en  faire 
part,  s'il  vous  plaît,  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres, 
que  vous  présidez.  M.  (uislon  Paris  a  donné  à  celte  compagnie 
beaucoup  de  son  travail  et  de  son  cœur.  » 

Le  Président  dit  que  ce  n'est  pas  le  moment  de  retracer  la  \ie 
et  les  travaux  de  M.  Gaston  Paris;  mais  il  peul  se  résumer  en 
disant  que  personne  n'avait  plus  honoré  l'Instilul  et  ne  laissera 
de  plus  vils  regrets  dans  la  Compagnie  qui  croyait  pouvoir 
compter  longtemps  encore  sur  son  précieux  concours. 

11  déclare,  avec  une  profonde  émotion,  la  séance  levée  en  signe 
lie  deuil. 


SÉANCE    DU    13    MARS 


Le  Président  donne  lecture  d'une  lettre  qu'il  vient  de  recevoii^ 
et  par  laquelle  M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  et  des 
beaux-arts  annonce  que  l'Académie  de  France  à  Rome  se  prépare 
à  célébrer,  le  16  avril  prochain,  le  centenaire  de  son  installation  à 
la  villa  Médicis,et  qu'il  serait  très  heureux  que  l'Académie  voulût 
bien  confier  à  quelques-uns  de  ses  membres  la  mission  de  la 
représenter  aux  fêtes  qui  seront  célébrées  à  Rome. 

Le  Président  propose  de  charger  les  membres  de  l'Académie 
qui  doivent  aller  à  Rome  pour  le  Congrès  des  sciences  histo- 
riques de  représenter  la  Compagnie  à  cette  solennité,  s'ils 
veulent  bien  prolonger  leur  séjour  jusque-là.  Dans  ce  cas,  ils 
devraient  y  porter  leur  costume. 

La  proposition  est  adoptée. 

M.  Clérmont-Ganneau  communique,  de  la  part  de  M.  Weber, 
des  photographies  des  curieuses  fresques  peintes  décorant  les 
deux  sépulcres  antiques  récemment  découverts  aux  environs  de 
Tripoli  de  Barbarie  et  dont  il  a  entretenu  l'Académie  à  une 
séance  précédente.  On  y  remarque,  entre  autres  détails  intéres- 
sants, une  course  de  chars  dans  le  cirque,  avec  un  incident  dra- 
matique :  l'un  des  quadriges  culbuté  au  tournant  de  la  borne,  les 
chevaux  renversés  ou  cabrés ,  le  cocher  précipité  à  bas  de  son 
siège,  etc.  '. 

M.  d'ARBOis  DÉ  JuBAiNviLLE  revient  sur  une  épitaphe  trouvée 
dans  le  département  des  Bouches-du-Rhone  et  communiquée  à 
l'Académie  dans  une  de  ses  dernières  séances.  Cette  épitaphe  se 
compose  de  deux  mots  :  Venitouta^  Quadrunia,  le  premier  gau- 

1.  Ces  photographies  seront  publiées  ultérieurement. 


JUG  SÉANCE  DU  13  MARS  1903 

lois,  le  second  ligure.  Nous  savons  par  Strabon  que  cette  partie 
de  la  France  était  habitée  par  les  Celto-Ligyes,  autrement  dit 
par  les  Gallo-Ligures,  mélange  de  Gaulois  et  de  Ligures.  Cette 
épitaphe  est  gallo-ligure  '. 

M.  Héhon  de  ^'ILLEFossE  communiquc  la  note  suivante  de  la 
part  du  R.  P.  Delattre  : 

«  A  occasion  du  xvu'"  centenaire  du  martyre  de  sainte  Per- 
pétue et  de  sainte  Félicité,  une  lete  religieuse  a  eu  lieu  dimanche 
dernier  dans  l'amphithéâtre  de  Carthage. 

«  Pourcette  cérémonie,  le  mur  d'enceinte  de  l'arène  déjà  décou- 
vert par  nos  fouilles,  a  été  dégagé  sur  toute  sa  longueur  jusqu'au 
niveau  du  pied  de  l'assise  inférieure.  Ce  mur  était  construit  en 
belles  pierres  de  taille  parfaitement  jointoyées. 

H  Les  travaux  qui  n'ont  duré  que  quelques  jours  ont  permis 
de  constater  que  l'arène  de  l'amphithéâtre  de  Carthage  avait,  à 
un  mètre  près,  la  longueur  et  la  largeur  de  l'arène  du  Colysée. 
Nous  avons  trouvé  plusieurs  pièces  intéressantes.  Je  signalerai, 
entre  autres,  l'inscription  suivante  qui  se  lit  sur  une  petite 
tablette  de  marbre  plus  haute  que  large  : 

C  N  •  L  V  R  I  V  S 
ABASCANTI 
ANVS-VOTO- 
POSVIT-LIBES 
VENATOR- 
TAELEGENIO 
RVM 

Hauteur,  0.18;  largeur,  (I.I3;  épaisseur.  <».0-J.'). 

Hauteur  des  lettres,  0.015;  aucune  lettre  n'est  incertaine. 

M.  IIkuon  i)i;  Vn.t.K i'ossi-  rappelle  à  ce  propos  qu'un  vase  en  terre 
trouvé  à  Tliapsus  et  publié  autrefois  par  Temple  et    Falbe  dans 


1.  Voir  ci-après. 


SÉANCE    DU    13    MARS    1903  107 

leurs  Recherches  sur  V  emplacement  de  Carthage  '  porte  liascrip- 
tion  : 

T  E  L  E  G  E       „,  ,         .... 
leleqeni  nika! 

NI    NIKA 

Ce  vase  se  rapporte  évidemment  aux  jeux  du  cirque  :  l'inscrip- 
tion et  les  représentations  dont  il  est  orné  le  prouvent  de  la  façon 
la  plus  certaine.  On  y  voit  quatre  reliefs  qui  représentent  chacun 
un  venator  en  lutte  avec  un  ours,  un  sanglier,  un  cheval  (?)  et  un 
taureau  -.  Il  est  extrêmement  intéressant  de  rapprocher  le  vase 
de  Thapsus  du  petit  ex-voto  que  le  P.  Delattre  vient  de  décou- 
vrir à  Carthage.  Les  Telegenii  constituaient  donc  une  famille  , 
une  association  possédant  une  troupe  de  venatoVes  qui  parais- 
saient devant  le  public  dans  ramphithéàtre  de  Carthage.  Ainsi 
sur  le  vase  de  Thapsus  le  mot  Telegeni  ne  désigne  pas  un  indi- 
vidu en  particulier,  mais  il  s'applique  à  un  représentant  quel- 
conque de  la  familia  Taelegeniorum  dont  on  souhaite  la  victoire. 

M.  Senart  esquisse  l'histoire  du  mot  «  nirvana  »  qui  désigne 
dans  la  terminologie  bouddhique  la  délivrance  finale  de  la  trans- 
migration. Il  cherche  à  démontrer  que  le  mot  a  été  fixé  dans  ce 
sens  antérieurement  au  bouddhisme  par  les  sectes  du  Yaga  aux- 
quelles le  bouddhisme  l'a  emprunté,  que  c'est  ainsi  et  non  avec 
le  sens  spécial  d'«  annihilation  »  qu'il  a  été  adopté  par  la  religion 
nouvelle,  que  cet  emprunt  est  un  indice  de  plus  de  la  thèse  sou- 
tenue par  M.  Senart  depuis  longtemps,  en  vertu  de  laquelle  le 
Bouddhisme  se  serait,  à  l'origine,  développé  dans  le  milieu  des 
sectes  du  Yaga  vishnouïtes. 

Cette  communication  donne  lieu  à  quelques  observations  de  la 
part  de  MM.  Reinacii,  Clermont-Ganneau  et   Bouché-Leclercq. 

Le  Président  annonce  que  l'Académie  vient  de  décerner  sur 
les  revenus  de  la  fondation  Jean-Jacques  Berger  :  une  récom- 
pense de    cinq    cents   francs  à   M.    Alfred  Franklin,   pour    son 

1.  P.  128,  tab.5,  n.  1;  cf.  Corp.  inscr.  lat.,  VIII,  n.  10479,  51. 

2.  Dans  la  description  du  Corpus  il  faut  remplacer  le  mot  puer  par  le  mot 
venator. 


108  VENITOVTA   —  OVADRVNIA 

Histoire  de  la  bibliothèque  Mazarine  et  du  palais  de  V Institut; 
une  récompense  de  mille  francs  à  M.  Fernand  Bournon,  pour 
ses  Rectifications  et  additions  à  l'histoire  de  la  ville  et  de  tout 
le  diocèse  de  Paris  de  labbé  Lcbeuf;  une  récompense  de 
quinze  cents  francs  à  M.  .1.  \'iard,  pour  ses  Documents  parisiens 
du  règne  de  Philippe  VI  de  Valois,  et  enfin  tout  le  surplus  du 
prix  Berger,  soit  une  somme  de  douze  mille  francs,  à  la  Société 
de  rnistoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de-France. 


COMMUNICATION 


VENITOVTA   —  QVADRVNIA 

NOTE    DE    M.    d'aRBOIS    DE    JUBAINVILLK,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE 

Strabon,  dans  son  livre  IV,  c.  6,  §  3,  parle  de  la  région 
située  entre  Monaco  et  le  Rhône.  Les  plus  anciens  auteurs 
grecs  ont,  dit-il,  appelé  ligystique,  —  c'est-à-dire  ligu- 
rienne — ,  cette  région  dont  une  partie,  ajoute-t-il,  est 
occupée  par  les  Marseillais.  Chez  les  auteurs  postérieurs, 
continue-t-il,  on  lit,  au  lieu  de  Ligyes  — ,  c'est-à-dire 
Ligures — ,  Celto-Ligyes  — ,  autrement  dit  Gallo-Ligures. 

Ce  texte,  suivant  nous,  donne  un  grand  intérêt  à  une 
inscription  trouvée  à  Ventahren,  canton  de  Berre,  arron- 
dissement d'Aix.  Bouches-du-Rhône,  c  est-à-dire  dans  le 
territoire  gallo-ligure  de  Strabon.  Cette  inscription  sert 
d'épitaphe  à  une  tombe  à  incinération,  et  elle  a  été  commu- 
niquée à  l'Académie  par  notre  savant  confrère  M.  Salomon 
Reinach  qui  la  tenait  de  MM.  de  Gérin-Ricard  et  l'abbé 
Arnaud  d'Agncl.  l']lle  est  ainsi  connue  ; 


VENITOVTA  —  QVADRVNIA 

OYENITOOYTA 
KOYAAPOYNIA 


109 


et  peut,  en  caractères  latins,  être  transcrite  ainsi 


VENITOVTA 
QVADRVNIA 


Cette  inscription   me   semble   être   gallo-lig-ure,    c'est-à- 


dire  un  produit  du  mélange  de  l'ancienne  population  ligure 
avec  les  Gaulois,  nouveaux  venus  et  conquérants,  plus  tard 


ilO  YEMTOVTA  —  OYADRVMA 

soumis  comme  les  Ligures  à  la  domination  romaine.  Veni- 
touta  est  g^aulois.  Le  premier  terme  est  identique  au  vieil 
et  moven  irlandais  fin  dans  le  composé  fin-gai  <(  meurtre 
de  parent  »  signalé  dans  le  manuscrit  irlandais  de  Milan, 
neuvième  siècle,  par  notre  confrère  M.  G.  Ascoli,  Glossa- 
riiim  palHcohihcrnicum ,  p.  cccxxvi,  et  dont  le  glossaire  des 
Ancient  Laivs  of  Ireland  publié  par  M.  R.  Atkinson  donne, 
p.  3()3,  plusieurs  exemples.  IV/if-  est  le  premier  terme  de 
plusieurs  noms  d'homme  gaulois  tels  que  1°  Veni-mar'iis^ 
cité  par  M.  l'abbé  Thédenat  dans  la  Revue  celtique,  tome  VIII, 
p.  387,  d'après  une  inscription  romaine  de  France,  dépar- 
tement des  Bouches-du-Rhône  ,  et  signalé  aussi  dans  l'em- 
pire d'Autriche  en  Garinthie  '  ;  2"  Yenicnrus  en  Grande- 
Bretagne-,  etc.  Touta  est  un  substantif  celli(jue  l)ien  connu, 
qui  a  eu  trois  formes  successives,  teuta,  touta,  tOta,  d'où 
l'irlandais  tûath^  «  cité  »  «  tribu  »  «  territoire  de  la  tribu  » 
(cf.  Whitley  Stokes,  Urkeltischer  Sprachschatz,  p.  131). 
Veni-touta  est  donc  un  nom  propre  gaulois  composé  de 
deux  termes  et  paraissant  signifier  «i  tribu  parente  ». 

Quadrunia  n'est  pas  gaulois;  le  gaulois  change  en/)  le 
qu  indo-européen.  Le  ligure  conserve  ce  qu ,  ainsi  que  l'a 
établi  Karl  MïdlenhofF,  Deutsche  Altertuniskuncic ,  t.  III, 
j).  179.  Un  exemple  qui  persiste  aujourd'hui  est  un  nom 
de  peuple,  Quariates,  conservé  par  la  vallée  de  Queyras, 
Hautes-Alpes  (cf.  Roman,  Dictionnaire  topograpliique  du 
département  des  Hautes-Alpes^  p.  121-12')). 

Quadrunia  semble  être  la  forme  ligure  du  latin  Petronia. 
Petronia  est  un  mot  d'origine  ombrienne,  une  déformation 
(le  l'ombrien  Petrunia  (Bréal,  Tables  Euquhines,  p.  LXii- 
i.xiii.  hiblc  11,7  21  ;  cl  p.  2Si;  Robcil  de  Tlanta,  Grani- 
ninlih  <lcr  osLiscli-uru/i/ùsc/irn  DinJcvIc.  1.  .'532,  57');  II, 
(12.  ti3  .  Pc/ru-,  (ionl  Petrunia   dérive,  est  une  vai-iaiilc  de 


1.  Coriius  inscriiiliouiun  Inlinariini .  I.  III.  n°  5753:  cf.  (.  Xll.  iv  ()02. 

2.  (forints  inscriiiliniunn  lntlmiriiin.  I.  \  II,  n"  1336,  1152. 


LIVRES    OFFERTS  Hl 

petiir-,  l'orme  du  nom  de  nombre  quatre  quand  il  est  pre- 
mier terme  de  composé  :  exemple  l'ombrien  petur-piirsus 
=  quadru-pedihus.  Les  deux  formes  petur  et  petrii  se 
rencontrent  en  gaulois,  exemples/>e^o/wi7Hm,  nom  du  char 
à  quatre  roues,  et  Pefrii-corii,  «  à  quatre  bataillons  »,  nom 
de  peuple,  aujourd'hui  nom  de  ville,  Périgueux.  On  dit  en 
sanscrit  catur  :  catur-yuga  «  les  quatre  àg-es  du  monde  ». 
Le  sanscrit  catur  tient  lieu  d'un  primitif  *qefur,  conservé 
dans  l'ombrien  petur,  dans  le  gaulois  petoj^=  petur  et 
altéré  par  déplacement  de  l'r  dans  le  gaulois  Petru-corii, 
dans  le  latin  quadru-pes  et  dans  l'ombrien  Petrunia.  Il  y 
a  de  plus  dans  le  latin  quadru-  changement  de  l'e  en  a,  et 
on  observe  le  même  phénomène,  outre  le  déplacement  de 
l'r,  dans  le  ligure  Quadrunia.  Cette  observation  est  une  de 
celles  qui  établissent  l'intime  parenté  du  ligure  avec  les 
langues  italiotes  :  latine,  osque  et  ombrienne. 

Ainsi,  dans  notre  inscription,  le  premier  mot  est  gaulois, 
le  second  ligure,  et  nous  y  trouvons  cette  association  du 
gaulois  et  du  ligure  que  les  Grecs  ont  formulée  par  le 
composé  K£atc).{yu£ç,  «  Gallo-ligures,  »  comme  Strabon  nous 
l'apprend. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  SECRÉTAinE  PERPÉTUFX  dépose  sur  lo  bureau  de  l'Académie  : 

1"  Le  tome  XIII  (lef  et  2«  fascicules)  des  Monuments  et  Mémoires 
publiés  sur  la  fondation  Piot  par  l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres,  n»*  J6  et  17  de  la  collection  (Paris,  1902,  in-4»). 

2°  Inscriptiones  graecae  ad  res  ?'omanas pertinentes.  Tomus  primus, 
fasc.  II.  Tomus  tertius,  fasc.  Il  (Paris,  1903,  2  vol.  in-8°)  ; 

3°  Bulletin  de  VEcole  française  d'Extrême-Orient.  Tome  II,  n°  4, 
octobre-décembre  1902  (Hanoï,  1902,  in-8o); 


112  LIVRES    OFFERTS 

4°  Coutumes  des  pays  et  cn/nlc  de  Flandre.  Quartier  de  Fumes, 
tome  Yl.  Coutumes  de  Lomhardside,  Loo  et  Poperinghe,  par  M.  Gil- 
liodts-Van  Severen  (Bruxelles,  1902,  in-4°)  ; 

5"  Die  Fragmente  der  Vorsokratiker,  f^riechisch  und  deutsch,  par 
Hermann  Diels,  correspondant  de  l'Institut  (Berlin,  1903,  in-8°). 

M.  IIamy,  en  présentant  un  volume  intitulé  :  Collection  des  ouvrages 
anciens  concernant  Madagascar,  publiée  sous  la  direction  de  MM.  Alf. 
Grandidier,  Ch.  Roux  etc.;  t.  I,  1500-161.3,  par  M.  A.  et  G.  Grandidier 
(Paris,  Comité  de  Madagascar,  1903,  in-S"),  dit  : 

«  Notre  confrère  ,  M.  Alfred  Grandidier  veut  bien  me  charger 
d'offrir  à  l'Académie  au  nom  du  Comité  de  Madagascar  le  premier 
volume  d'une  collection  historique  qui  en  comprendra  beaucoup 
d'auti'es  et  dont  cette  association  a  pris  l'initiative.  Cette  collection 
doit  comprendre  tous  les  ouvrages  ou  extraits  d'ouvrages  portugais, 
hollandais,  français,  allemands,  italiens,  espagnols  ou  latins  relatifs  à 
Madagascar,  depuis  la  découverte  de  celte  grande  terre  par  Diogo 
Dras,  le  10  août  1500,  jusqu'au  commencement  du  xix«  siècle. 

«  Le  pi'emier  volume  embrasse  le  xvi«  siècle  tout  entier  et  les 
premières  années  du  xvii"  jusqu'à  1613.  Il  est  l'œuvre  de  MM.  Gran- 
didier père  et  fils.  On  y  suit  toute  l'histoire  des  navigations  portu- 
gaises, voyage  par  voyage,  dans  Test  du  cap  de  Bonne-Espérance,  et 
les  textes  empruntés  à  Gaspar  Correa,  Barros,etc.,  sont  commentés  à 
l'aide  de  fort  bonnes  cartes  et  accompagnés  de  reproductions  de  gra- 
vures du  temps,  souvent  fort  rares  et  fort  intéressantes. 

«  C'est  en  1527  que  les  Français  ont  paru  pour  la  première  fois  sur 
la  côte  sud-est  et  en  1529  que  Jean  et  Raoul  Parmentier,  avec  le 
Sacre  et  la  Pensée,  y  ont  recueilli  les  éléments  de  la  première  rela- 
tion de  voyage  en  notre  langue  nii  il  soil  fait  mculion  de  Madagas- 
car. Les  plus  anciennes  cartes  françaises  de  lile  sont  celles  de  Guil- 
laume Testu  (1555),  ici  reproduites  en  fac-similé.  Des  nombreuses 
réimpressions  dont  se  compose  ce  premier  volume,  les  plus  étemlues 
et  les  plus  importantes  sont  celles  des  Iloutman  et  de  Jérôme  Magis- 
ter.  » 

M.  BoissiER  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  M.  Pichon  nous  donne  sur  Lactance  une  étude  très  complète 
(Paris,  1901,  in-8";,  où  il  n'a  omis  aucun  des  documents  qui  pou- 
vaient éclairer  son  sujet.  Ce  n'est  pas  sa  faute  si  l'écrivain  dont  il 
s'occupe  n'est  pas  de  la  trempe  de  TertuUien,  ou  s'il  ne  tient  pas, 
dans  l'Église,  la  place  de  saint  Cyprien.  Tel  (juil  est,  il  le  fait  bien 
connaître  et  apprécie  la   jiarl  qui    lui   revient   dans  la  conquête  des 


LIVRES    OFFERTS 


113 


gens  du  monde  et  des  lettrés  au  christianisme.  Les  grammairiens 
trouveront,  dans  le  livre  de  M.  Pichon,  de  bonnes  recherches  sur  la 
création  de  la  langue  de  l'Église;  quoique  Lactance  cherche  à  imiter 
le  style  de  Cicéron,  il  ne  peut  pas  entièrement  se  défendre  de  la 
langue  qu'on  parlait  autour  de  lui.  -  A  la  fin  de  son  livre, 
M.  Pichon  a  discuté  la  question  si  controversée  de  l'authenticité  du 
traité  De  mortibus  perseculoriim  et,  sans  donner  des  raisons  bien 
nouvelles  qui  prouvent  qu'il  est  de  Laclance,  il  met  en  relief  celles 
qu'on  avait  données,  et  fait  bien  ressortir  le  profit  qu'on  peut  tirer  de 
ce  curieux  ouvrage  pour  l'histoire  de  ce  temps  ». 

M.  BoissiER  présente,  de  la  part  du  même  auteur,  un  ouvrage  inti- 
tulé De  sermone  amaforio  apud  latinos  elegiarum  scriplores  (Paris, 
1932,  in-S"). 

M.  Clermont-Ganneau  a  la  parole  pour  deux  hommages  : 
«  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie  de  la  part  de  l'auteur, 
M.  Pognon,  consul  de  France  à  Alep,  le  premier  fascicule  d'un 
ouvrage  intitulé  :  Une  version  syriaque  des  Aphorismes  d'Hippocrate, 
texte  et  traduction  par  H.  Pognon  (Leipzig,  Hinrichs,  1903,xl-32  pp. 
gr.  in-S").  Ce  premier  fascicule,  qui  sera  suivi  de  la  traduction  fran- 
çaise, contient  le  texte  syriaque,  d'après  un  manuscrit  du  commen- 
cement du  xiii«  siècle  acquis  à  Alep  par  M.  Pognon.  11  débute  par 
une  longue  et  intéressante  étude  consacrée  par  l'éditeur  aux  traduc- 
tions syriaques  d'ouvrages  grecs.  Il  y  donne  de  nouveaux  et  curieux 
détails  sur  l'ardeur  avec  laquelle  les  Syriens,  à  l'époque  des  Abbas- 
sides,  recherchaient  les  anciens  manuscrits  grecs  pour  les  traduire 
dans  leur  langue.  Il  est  fâcheux  que  leurs  préférences  fussent,  en 
o-énéral,  pour  des  œuvres  concernant  la  métaphysique  et  la  théolo- 
gie; il  eût  mieux  valu  pour  nous  qu'ils  se  fussent  attachés  davantage 
aux  œuvres  historiques  et  géographiques  dont  un  si  grand  nombre 
sont  aujourd'hui  perdues,  et  dont  nous  serions  heureux,  à  défaut  des 
originaux,  de  posséder  des  traductions,  même  médiocres.  M.  Pognon 
estime  que  la  version  du  traité  d'Hippocrate,  qu'il  a  eu  la  bonne  for- 
tune de  découvrir  et  qu'il  a  le  mérite  de  publier,  a  dû  être  exécutée 
antérieurement  à  l'islamisme.  Il  inclinerait  même  à  l'attribuer  au 
fameux  médecin  Sergius,  qui  mourut  à  Constantinople  vers  lan  536 
de  notre  ère  et  qui,  à  ce  que  nous  apprend  Bar  Hebrœus ,  avait,  le 
premier,  traduit  du  grec  en  syriaque  des  ouvrages  philosophiques  et 
médicaux. 

((  J'ai  l'honneur  d'offrir  également  à  l'Académie,  de  la  part  de  l'au- 
teur, M.  Edmond  Doutlé,  un  mémoire  intitulé  :  Les   Tas  de  pierres 


114  LIVRES    OFFERTS 

sacrées  et  quelques  pratiques  connexes  dans  le  sud  du  Maroc,  mémoire 
tiré  seulement  à  cent  exemplaires  numérotés  à  la  presse,  dont  deux 
spécialement  pour  notre  Compagnie.  M.  Doutté  y  a  joint  l'exemplaire 
unique  cFun  album  contenant  24  photographies  destinées  à  servir 
d'illustration  à  son  mémoire,  lequel  est  un  extrait  anticipé  du  pre- 
mier volume,  en  prépai-ation,  de  ses  Voyages  d'études  au  Maroc.  L'au- 
teur s'est  déjà  signalé  par  d'excellents  travaux  sur  les  populations 
musulmanes  de  l'Afrique  du  nord  et  du  Maghreb,  dont  il  connaît  à 
fond  la  langue,  les  usages  et  les  croyances.  Celui-ci  ne  le  cède  pas 
aux  précédents  en  mérite  et  en  intérêt.  M.  Doutté  y  traite  avec 
une  grande  sagacité,  en  se  maintenant  surtout  sur  le  terrain  spécial 
qui  lui  est  familier,  cette  question  si  curieuse  des  pierres  sacrées 
dans  les  cultes  et  rites  sémitiques.  Après  avoir  essayé  de  déterminer 
les  origines  lointaines  et  la  signification  primitive  de  cette  praticpie 
religieuse,  il  montre  par  suite  de  quelles  transformations  elle  a  pu, 
malgré  son  caractère  suspect,  pénétrer  et  se  maintenir  dans  l'ortho- 
doxie musulmane,  avec  tant  d'autres  superstitions  populaires  non 
jTioins  entachées  de  paganisme  et  de  fétichisme.  Le  mémoire  de 
^L  Doutté,  avec  les  précieuses  observations  qu'il  contient,  est  une 
contribution  importante  à  l'étude  de  celte  question,  et  il  devra  en  être 
désormais  tenu  grand  compte  par  tous  ceux  qui  auront  à  l'aborder  à 
leur  tour,  » 

M.  II.  O.MONT  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  les  premier.s 
volumes  des  deux  séries  de  reproductions  phototypiques  de  manus- 
crits entreprises  par  la  maison  Berthaud  frères. 

L'un  de  ces  volumes  offre  \v  fac-similé  du  manuscrit  uiiii|ui'  de 
V Anthologie  des  poi'tcs  latins, dite  de  Sauniaise,  du  vu*'  ou  viii'"  siècle 
(ms.  latin  10318  de  la  Bil)liothè({uo  nationale).  La  grosse  écriture 
onciale  des  290  pages  de  ce  volume  a  permis  d'en  obtenir  une  repro- 
duction réduite  au  quart  de  la  grandeur  de  l'original,  cependant  très 
lisible,  et  qui  pourra  peut-être  rendre  ipielques  services  aux  pliilo- 
logues. 

Dans  l'autre  volume  on  trouvera  la  reproduction  des  86  peintures, 
merveilles  de  l'arl  du  xiii^sièele  et  re[)résentaiit  difTéi-entes  scènes  de 
l'Ancien  'resl.iineiil,  (jiii  oiiient  le  l's.iulirr  de  saint  Louis  delà  Hiblio- 
lliè((ue  ii.ilionale  (ms.  bilin  10525).  A  1.»  suite  sont  reproduites  six 
autres  miniatures  (Muprunléesà  un  autre  Psautier  de  saint  Louis,  tout 
à  fait  analogue  à  celui  de  Paris,  et  ([ui  est  aujourd  hui  conservé  à 
Londres  dans  le  riche  cabinet  de  M.  Henry  Yates  Thompson. 


SÉANCE    DU    20    MARS 


Le  Président  de  la  Société  royale  asiatique  de  Londres  écrit  au 
Secrétaire  perpétuel  pour  lui  annoncer  que  cette  Société  a 
adopté  en  séance  plénière,  à  l'unanimité,  une  motion  de  pro- 
fonde sympathie  à  l'égard  de  notre  Académie  pour  la  perte 
qu'elle  a  faite  dans  la  personne  de  M.  Gaston  Paris,  «  un  de  ses 
«  membres  les  plus  distingués  »,  dit-il,  .(  dont  les  mérites  émi- 
«  nents  étaient  reconnus  de  tous  les  philologues  qui  prennent 
«  part  aux  hommages  consacrés  à  sa  mémoire  en  France  », 

M.  d'Ormesson,  ministre  de  France  en  Grèce,  adresse  au 
Secrétaire  perpétuel  la  lettre  suivante  : 

Athènes,  le  2  mars  1903. 
Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel, 

M.  Maurouard  a  reçu  la  lettre  que  vous  avez  bien  voubi  lui  adresser 
à  l'occasion  des  démarches  faites  par  lui,  comme  chargé  d'affaires, 
pour  la  préservation  des  monuments  de  l'époque  franque  médiévale 
subsistant  en  Grèce  et  qui  ont  abouti  au  classement  de  deux  des  plus 
importants  de  ces  édifices  parmi  les  monuments  nationaux  du 
royaume. 

Conformément  au  désir  marqué  dans  votre  communication,  je  me 
suis  fait  auprès  du  ministre  hellénique  des  cultes  et  de  l'instruction 
publique  l'interprète  des  sentiments  de  gratitude  de  FAcadémie  au 
sujet  de  cette  mesure  si  opportune,  et  j'ai,  en  même  temps,  au  nom 
de  votre  savante  Compagnie,  appelé  la  sollicitude  du  comte  Alexandre 
Roma  sur  les  autres  monuments  de  la  même  période  historique 
existant  sur  le  territoire  de  la  Grèce,  en  vue  des  mesures  de  préser- 
vation que  réclament  ces  vestiges  encore  nombreux  d'une  époque 
particulièrement  intéressante. 

Le  Secrétaire  perpétuel  donne  communication  à  l'Académie 
d'une    lettre    dans    laquelle     M.    le    Ministre    de    l'instruction 


116  SÉANCE    DU    20    MARS    1903 

publique  et  des  beaux-arts  annonce  au  Président  de  l'Institut 
que  l'Académie  de  France  à  Rome  célébrera  le  16  avril  prochain 
le  centenaire  de  son  installation  à  la  \'illa  Médicis,  et  que  dans 
les  derniers  jours  d'avril  aura  lieu  l'inauguration  du  Musée  de 
Delphes,  où  seront  réunis  les  remarquables  monuments  de  la 
sculpture  g;recque  découverts  au  cours  des  fouilles  entreprises 
par  l'Ecole  française  d'Athènes.  M.  le  Ministre  exprime  le  désir 
que  l'Institut  soit  représenté  à  ces  deux  cérémonies. 

Le  Président  rappelle  que  l'Académie  a  déjà  donné  la  liste  de 
ceux  de  ses  membres  qui  se  proposent  de  se  rendre  au  Congrès 
de  Rome.  Quant  à  l'inauguration  du  Musée  de  Delphes,  il  invite 
ceux  de  nos  confrères  qui  auraient  lintention  d'aller  à  Athènes 
de  se  faire  connaître  alin  que  l'Académie  leur  donne  sa  déléga- 
tion. 

L'Académie    procède  au    remplacement  de  M.   Gaston   Paris 
dans  la  Commission  du  Prix  Gobert. 
M.  Paul  \^ioLLET  est  élu. 

M.  Clermont-Ganneac  communique  de  nouvelles  photographies 
du  tombeau  des  sectateurs  de  Mithra  récemment  découvert  par 
M.  Weber  aux  environs  de  Tripoli  de  Barbarie.  On  y  distingue 
nettement  cette  fois  la  décoration  cl  l'inscription  du  couvercle 
représentant  la  lionne  mithriaque  et  constituant  le  principal 
intérêt  du  monument. 

Il  propose  ensuite  une  série  de  rectilications  pour  la  lecture 
de  diverses  inscriptions  grecques  récemment  publiées  et  prove- 
nant de  la  province  du  Pont  et  de  Gerasa. 

M,  le  docteur  Capitan  et  l'abbé  Breuil  présentent  à  l'Académie 
les  reproductions,  grandeur  naturelle  et  en  couleur,  (ju'ils  ont 
exécutées  de  quelques-unes  des  peintures  qu'ils  ont  découvertes 
avec  M.  Peyrony  sur  les  parois  de  la  grotte  de  l*'ont-de-Gaume, 
près  des  Kyzies  (Dordogne),  longue  galerie  souterraine  très  irré- 
gulière, de  1*20  mètres  de  longueur '. 

1.  Voir  ci-après. 


FIGURES    PEINTES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE  117 

M.  Salomon  Reinach,  puis  M.   Hamy  présentent  au  sujet  de 
cette  communication  quelques  observations  '. 

M.  Louis  Havet  fait  une  communication  sur  deux  passages  des 
Captifs  de  Plante. 

M.  Bréal  ajoute  quelques  observations. 


COMMUNICATIONS 


LES    FIGURES    PEINTES   A  L  ÉPOQUE  PALÉOLITHIQUE 

SUR    LES  PAROIS    DE  LA  GROTTE    DE    F0NT-DE-GAU3IE  (dORDOGNe), 

PAR    MM.    LE    D'"    CAPITAN  ET    l'abBÉ  BREUIL. 

On  sait  que  les  plus  anciennes  manifestations  de  lart 
sont  les  sculptures  et  les  gravures  exécutées  sur  os,  corne 
ou  ivoire  qu'on  a  recueillies  à  maintes  reprises,  au  milieu 
de  foyers  paléolithiques  de  Tépoque  magdalénienne  (âge  du 
renne)  dans  diverses  grottes,  depuis  1834,  date  des  premières 
découvertes  de  Brouillet  dans  la  grotte  du  Chafraud(  Vienne), 
jusque  vers  18(i3,  date  des  belles  découvertes  de  ce  genre 
dans  la  vallée  de  la  Vézère  par  Lartet  et  Christy,  de 
Vibraye,  puis  plus  tard  Massenat  et,  dans  les  Pyrénées, 
Piette. 

Depuis  quelques  années  on  a  découvert  des  manifesta- 
tions artistiques  de  dimensions  beaucoup  plus  considérables 
sur  les  parois  de  diverses  grottes  préhistoriques.  Ce  sont 
des  gravures  ou  des  peintures  dont  on  a  signalé  jusqu'ici 
des  spécimens  dans  huit  grottes  qui  se  trouvent  toutes  en 
France,  sauf  la  grotte  d'Altamira  près  de  Santander 
(Espagne). 

1.  Voir  ci-après. 


118  f-ICIRES    PEINTES    A    l'ÉPOQUE    t>ALÉOLITinQtË 

Celle-ci  est  la  première  sig-nalée  en  187o,  par  M.  de 
Sautuola.  En  1878,  Chiron  indiqua  l'existence  de  gravures 
sur  les  parois  de  la  grotte  Chabot  (Gard).  Ces  deux  groupes 
de  figures  furent  alors  méconnus  ou  même  niés.  En  1805, 
M.  Rivière  signala  sur  les  parois  de  la  grotte  de  La  Mouthe 
près  des  Eyzies  (Dordogne)  quelques  figures  d'animaux 
gravées,  dont  quelques-unes  rehaussées  de  touches  docre 
ou  de  noir.  Ce  ne  fut  ({u"à  grand'peine,  avec  laide  de 
quelques-uns  de  ses  collègues,  qu'il  put  faire  admettre 
pour  la  première  fois  la  réalité  et  l'authenticité  de  ces 
images.  En  1896,  Daleau  ayant  vidé  la  grotte  de  Pair-non- 
Pair  (Gironde),  pleine  de  débris  archéologiques,  reconnut  sur 
les  parois  quelques  figures  d'animaux  assez  profondément 
gravées.  En  1897,  M.  Régnault  crut  voir  des  gravures  et 
peintures  sur  les  parois  de  la  grotte  de  Marsoulas  (Haute- 
Garonne). 

En  1901,  l'un  de  nous  (Capitan)  reconnut  distinctement 
sur  les  parois  de  la  grotte  Chabot  la  figuration  de  plusieurs 
animaux  et  celle  probable  de  plusieurs  mammouths.  Cette 
même  année,  nous  découvrîmes  les  gravures  qui  ornent  les 
parois  de  la  grotte  des  Combarelles  près  des  Eyzies  (Dor- 
dogne), Nous  avons  eu  l'honneur  d'en  présenter,  à  l'Aca- 
démie, un  certain  nombre  de  reproductions  calquées  par 
nous  (séance  du  14  février  1902). 

En  1901  également,  conduits  par  notre  élève  et  ami  Pey- 
rony,  qui  les  avait  aperçues  et  reconnues  le  premier,  nous 
découvrîmes  sur  les  parois  de  la  grotte  de  Font-de-Gaume 
toute  une  suite  d'animaux  gravés  et  peints  à  l'ocre  rouge  et 
au  noir  de  manganèse. 

Enfin  en  1902,  Peyrony  découvrit  sur  les  parois  de  la 
grotte  de  Bernifal,  également  près  des  Eyzies,  quekpies  gra- 
vures et  peintures  que  nous  pûmes  étudier  avec  lui.  Elles 
n'ont  pas  encore  été  publiées. 

Cette  même  année,  MM.  Cartailhac  et  Régnault  signa- 
laient des  gravures  et  peintures  sur  les  parois  de  la  grotte 


FIGURES    PEINTES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE  119 

de  Marsoulas  dont,  par  comparaison  avec  les  autres  grottes, 
ils  reconnurent  l'existence  réelle. 

Nous  voudrions  aujourd'hui  présenter  à  l'Académie  les 
reproductions  peintes  sur  toile,  grandeur  naturelle,  que 
nous  avons  exécutées  nous-mêmes  de  quelques-unes 
des  figures  de  la  grotte  de  Font-de-Gaume  et  qui  donnent 
l'aspect  exact  qu'elles  présentent  sur  les  parois  de  la 
srrotte. 

Il  est  tout  d'abord  une  question  préjudicielle  que  nous 
voudrions  vider.  C'est  celle  de  l'authenticité  et  de  l'âçe  de 
ces  figures.  Elles  se  rencontrent  surtout  au  fond  des  grottes, 
dans  des  parties  absolument  obscures.  Elles  sont  d'ailleurs 
souvent  recouvertes  par  des  dépôts  stalagmitiques  très  durs, 
parfois  fort  épais,  qui  appartiennent  à  la  stalagmite  ancienne. 
D'autre  part,  leur  exécution  habile,  exacte,  naturaliste,  est 
absolument  vécue,  pourrait-on  dire.  Elle  n'a  rien  de  con- 
ventionnel ni  de  stylisé.  Elle  ne  peut  être  attribuée  qu'à 
des  hommes  avant  vécu  avec  les  animaux  qu'ils  ont  figu- 
rés. Or  ces  animaux  sont  émigrés  depuis  la  fin  des  temps 
paléolithiques  (rennes,  antilopes),  ou  même  ont  disparu 
(mammouth),  d'où  la  conclusion  que  ces  figures  sont  de 
cette  époque,  suivant  toute  vraisemblance. 

Enfin  l'étude  soigneuse  sur  place  de  ces  figurations,  leur 
comparaison  avec  celles  des  os  et  ivoires  gravés  des  fovers 
paléolithiques,  ne  peuvent  laisser  subsister  le  moindre  doute 
sur  leur  parfaite  authenticité,  comme  aussi  sur  leur  âge,  qui 
ne  sont  d'ailleurs  plus  discutés  par  les  préhistoriens. 

La  grotte  de  Font-de-Gaume  est  située  à  1  kil.  et  demi 
environ  des  Eyzies,  à  l'entrée  d'une  petite  vallée  qui  s'ouvre 
dans  la  vallée  de  la  Beune  (celle-ci  étant  un  afïïuont  de  la 
Vézère). 

Pour  y  accéder,  il  faut,  de  la  route  des  Eyzies  à  Sarlat, 
grimper  à  travers  des  éboulis  de  rochers,  le  long  d'une  pente 
gazonnée  d'un  accès  assez  difficile.  On  arrive  ainsi,  à 
500  mètres  environ  de  la  route,  à  la  base  de  la  falnise  cré- 

1903.  9 


120  FIGURES    PEINTES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITIIIOLE 

lacée   qui    surplombe    le   talus    formé    par   les    éboulis,   à 
20  mètres  à  peu  près  au-dessus  du  fond  de  la  vallée. 

On  se  trouve  alors  devant  deux  arcades  assez  larges. 
Celle  de  gauche  se  termine  rapidement  en  cul-de-sac.  Elle 
contient  les  traces  dun  repaire  d'ours.  Celle  de  droite  se 
rétrécit  assez  rapidement  et  s'avance  en  serpentant  dans  le 
flanc  de  la  colline,  sous  forme  d'une  galerie  assez  irrégu- 
lière et  encombrée  de  grosses  colonnes  de  stalagmite. 

A  05  mètres  de  l'entrée,  on  se  trouve  devant  un  mur  de 
stalagmite.  A  3  mètres  au  moins  de  hauteur,  on  aperçoit 
deux  de  ces  curieux  signes  tectiformes  gravés  dont  nous 
verrons  l'abondance  un  peu  plus  loin.  L'aspect  ne  paraît 
donc  pas  avoir  changé  là  depuis  les  temps  préhistoriques. 
A  l'"GO  de  hauteur,  s'ouvre  dans  ce  mur  stalagmilique 
une  fente  fort  étroite.  C'est  par  là  qu'il  faut  se  glisser  pour 
pénétrer  dans  la  grande  salle  qui  fait  suite. 

Celle-ci  mesure  40  mètres  environ  de  longueur  sur  une 
largeur  de  2  à  3  mètres  et  une  hauteur  très  variable  de  3 
à  8  mètres.  Deux  galeries  partent  de  cette  salle.  Tune  qui 
la  continue  jusqu'au  fond  de  la  grotte,  à  120  mètres  de 
l'entrée  où  elle  se  termine  en  forme  de  fente,  1  autre  per- 
pendiculaire à  la  salle  et  qui  se  termine  également  en  fente 
après  .un  parcours  de  30  mètres  environ. 

Sur  les  parois  de  cette  salle  nous  avons  pu  très  nette- 
ment distinguer  80  figures,  souvent  recouvertes  d'un  glacis 
stalagmitique  et  parfois  masquées  en  partie  par  la  stalag- 
mite. Elles  se  décomposent  ainsi  :  t9  aurochs,  11  animaux 
indéterminés,  4  rennes,  4  équidés,  3  antilopes,  2  mam- 
mouths, 7  signes  divers. 

Ces  figures  sont  i)lacées  à  des  hauteurs  diverses  sur 
les  parois,  tantôt  presque  au  ras  du  sol,  laulùt  à  2  mètres 
environ  de  hauteur.  Le  mode  d'exécution  est  très  variable. 
Tantôt  ce  sont  des  gravures  franchement  incisées  dans  la 
pierre,  telle  une  jolie  tête  d'antilope  dont  nous  présentons 
le  cahjur.  D'autres  fois,  la  gravure  est  extrêmement  fine, 


FIGURES    PEINTES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE  121 

peu  profonde  et  indiquant  une  moins  grande  sûreté  de 
main  que  dans  le  cas  précédent  :  telle  la  curieuse  petite 
figure  de  mammouth  dont  nous  parlerons  plus  loin.  Parfois 
la  fig'ure  est  circonscrite  par  une  sorte  de  grattage  de  la 
roche  donnant  un  aspect  de  champlevé.  Enfin  les  traits 
gravés  peuvent  être  recouverts  par  la  peinture  ou  au  con- 
traire avoir  été  tracés  par-dessus. 

Cette  peinture  a  été  obtenue  au  moyen  d'ocre  rouge  et 
de  noir  de  manganèse,  dont  on  retrouve  des  gisements  aux 
environs.  Elle  a  dû  être  préparée,  avant  l'emploi,  par  une 
sorte  de  broyage  grossier  ou  par  décantation,  ainsi  que 
M.  Moissan  l'a  établi  en  examinant  des  parcelles  de  ces 
couleurs  qne  nous  lui  avions  soumises.  Tantôt  la  couleur 
est  appliquée  sous  forme  de  traits  rouges  ou  noirs  circon- 
scrivant un  animal,  tantôt  sous  forme  de  teintes  plates  jux- 
tajjosées,  parfois  enfin  les  deux  couleurs  sont  fondues  et 
donnent  des  teintes  dégradées  fort  intéressantes. 

Le  premier  mode  de  peinture  au  trait  rouge  a  été  mis  en 
œuvre  pour  une  silhouette  de  la  partie  supérieure  du  corps 
d'un  animal  dont  la  tête,  très  expressive  dans  sa  simplicité, 
semble  représenter  un  équidé  ou  élan  femelle,  sans  cornes 
par  conséquent.  D'autres  images  au  trait  rouge  silhouettent 
de  petits  bisons.  Les  figures  au  trait  noir  donnant  sim- 
plement les  contours  de  l'animal  sont  nombreuses.  Quel- 
ques grandes  bêtes  (1  mètre  de  longueur)  peintes  sur  les 
parois  au  milieu  de  la  grande  galerie  (bison,  cerf)  sont 
ainsi  tracées. 

Les  teintes  plates  noires  ont  été  employées,  d'abord  pour 
un  étrange  animal  qui  semble  se  terminer  de  chaque  côté 
par  une  croupe,  sans  que  nous  ayons  pu  discerner  la  tête. 
Une  autre  figure  se  rapporte  à  un  équidé  ou  peut-être  à  une 
antilope  dont  le  tronc  et  les  pattes  sont  bien  figurés,  mais 
dont  le  cou  est  extraordinairement  exagéré  comme  longueur. 
Ceci  peut  tenir  à  ce  que  cet  animal  est  peint  dans  le  fond  de 
la  grotte  et  se  trouve  ainsi  sur  la  paroi  d'une  vraie  fente  où 


122  FIGL"RES    PEINTES    A    l'ÉPOOLE    PALÉOLlTIJIniE 

on   ne  le  voit  que  très  obliquement  et  par  la  partie  posté- 
rieure. 


L'association  (le  la  trravure,  des  Irails  noirs  circonscrivant 
et  (les  teintes  plates  noires  et  rouges  est  très  manifeste  dans 


FIGURES    PEINTES    A    l'ÉPOQLE    PALÉOLITHIQUE  123 

le  remarquable  groupe  des  deux  rennes  affrontés  dont  nous 
donnons  ici  la  figure  ^  (fig.  1). 

Ces  animaux  sont  soigneusement  dessinés  par  un  trait 
net  qui  existe  seul  pour  les  tètes.  En  outre,  celui  de  gauche 
présente  un  g-rattage  net  de  la  roche  sur  le  pourtour  du  dos , 
limité  en  dedans  par  un  trait  roug-e.  Celui-ci  est  à  son  tour 
bordé  d'une  large  bande  noire  qui  s'étale  en  se  dégradant 
sur  le  train  de  derrière  de  l'animai.  Ses  cornes  sont  noires 
et  traversent  une  ligne  de  huit  points  noirs  bleuâtres. 
L'autre  renne  a  la  partie  supérieure  des  cornes  rouge,  les 
andouillers  frontaux  plats  et  digités  (si  caractéristiques  du 
renne)  peints  en  noir.  Le  tronc  est  barbouillé  d'une  teinte  ocre 
rouge  dégradée.  Le  groupe  mesure  2'"  10  de  longueur  sur 
l'"30  de  hauteur. 

Le  très  remarquable  bison  de  la  figure  2  se  trouve  dans  une 
sorte  de  petit  diverticule  de  3  mètres  de  hauteur  sur  2 '"50 
de  largeur  et  autant  de  profondeur  existant  dans  la  paroi 
gauche  de  la  grande  salle.  Il  s'y  trouve  en  compagnie  de 
12  autres  bisons  qui  couvrent  les  parois  et  le  plafond.  Il 
est  très  soigneusement  dessiné  au  trait  fin,  peu  profond 
mais  extrêmement  habile.  La  teinte  générale  est  brune, 
obtenue  parle  mélange  de  l'ocre  rouge  et  du  noir;  la  houppe 
du  front  est  rouge.  Il  y  a  un  peu  de  grattage  au  pourtour 
du  dos.  Il  mesure  1  mètre  de  longueur  svir  60  centimètres 
de  hauteur.  Le  dessin  en  est  fort  correct,  habile  et  sincère, 
le  mouvement  de  l'animal  courant  remarquablement  rendu. 
Toute  cette  figure  est  recouverte  d'un  glacis  de  stalagmite 
à  travers  lequel  on  l'aperçoit. 

La  grande  figure  de  bison  (fig.  3)  représente  au  contraire 
un  animal  au  repos,  avec  exagération  de  ses  caractères, 
due  peut-être,  en  grande  partie,  à   ce  que  la  roche  en  ce 


1.  Celte  photofiravure ,  comme  les  trois  autres  également  reproduites 
ci-après,  a  été  exécutée  daprès  les  pholographies ,  prises  par  notre  ami 
Monpillard,  des  peintures  que  nous  présentons  à  l'Académie. 


124 


FIGURES    PEINTES    A    L 'ÉPOQUE    PALÉOLUmiQUE 


point  est  fort  irrég-ulière  et  forme  vers  le  milieu  du  corps 
une  saillie  très  marquée.  L'animal  est   soigneusement  des- 


o 
— -1 


sine  au  (rail,  les  pattes  soiil    Iraiircs    avec  une  exactitude 
rcmarqual)lc.    Le     pdiii-lour    du     dos,    le    hoid    des    eonu'S 


FIGURES    PEINTF:S    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE  12?) 

montrent  un  grattag-e  très  net.  Le  contour  du  dos  est  indiqué 


ci 


3 

a 
c 

a 

-a 


o 

O 

■p 
il 


o 


3 
bC 


par  un  assez   large  trait  noir.    Entîn  le  corps   est  peint  à 
l'ocre  rouge  très  habilement  nuancée  de  brun  ;  le  haut  de  la 


126 


FIGUBES    PEINTES    A    L  EPOQUE    PALÉOLITHIQUE 


tête  est  roug-e,  le  museau  brun,  les  cornes  noires.  Il  mesure 
1  '"30  de  longueur  sur  1  '"23  de  hauleur. 


l'jilin  la  i)lus  grande  ligure  est  ccllr  du  l)(i\i(l(''  représenté 
l\'j;.   i.   Vnc  large  surface  du  rocher  donnant  des  saillies  qui 


FIGURES    PEINTES    A    i/ÉPOQUE   PALÉOLITHIQUE  127 

reproduisent  à  peu  près  la  forme  du  corps  d'un  bœuf  a  été 
circonscrite  k  la  partie  supérieure  par  un  fort  raclage,  puis 
entièrement  barbouillée  d'une  teinte  ocre  roug-ebien  nuancée, 
plus  foncée  à  la  partie  antérieure  du  corps  de  Tanimal  dont 
la  tête  est  assez  mal  rendue.  Sur  le  corps  on  peut  voir  deux 
larges  signes  lectiformes  peints  à  Tocre  rouge  presque  pure 
et  qui  ressemblent  beaucoup  à  des  figurations  de  huttes  ou 
de  tentes.  Sous  le  signe  de  gauche,  recouvert  par  la  pein- 
ture, on  peut  apercevoir  un  très  curieux  petit  mammouth 


\-J 


Figure  5.  —  ISIammoulh  ^ravc  sur  l'abdomen  du  bovidé  précédent. 
30  centimètres  de  Umgueur  sur  25    de    bauleur. 


dessiné  très  finement  au  trait  (fig.  T))  et  montrant  tous  les 
caractères  de  l'espèce  :  forme  du  front,  défenses  recourbées, 
longs  poils.  Il  mesure  30  centimètres  de  longueur  sur  25  de 
hauteur.  I.a  grande  figure  de  bovidé  mesure  2 '"70  de  lon- 
gueur sur  1  "^30  de  hauteur. 

Parmi  les  autres  figures  qu'on  peut  observer  sur  les 
parois  de  cette  grande  salle,  il  y  a  toute  une  série  de 
bisons  en  rouge  ou  en  noir,  c'est  l'animal  le  plus  souvent 
représenté;  des  antilopes;  des  rennes  dont  seules  les  têtes 
sont  visibles  hors  de  la  stalagmite,  et  enfin  toute  une  série 


128  FIGURES    PEINTES    A    l'ÉPOoLE    PALÉOLITHIQUE 

de  ces  curieux  signes  tectiformes,  ordinairement  deux  par 
deux,  soit  gravés  simplement,  soit  peints.  Nous  avons  pu 
en  relever  deux  séries  figurées  avec  quelques  variantes. 

Cinq,  gravés,  se  rapprochent  de  ceux  qui  sont  peints  sur 
l'abdomen  du  grand  bovidé  ;  il  v  a  seulement  quelques 
dissemblances  dans  les  traits  circonscrits  par  la  figure  trian- 
gulaire qui  conserve  sa  même  forme  générale.  Deux  autres, 
peints  à  l'ocre  rouge,  au  pointillé,  sont  un  [)eu  dilîérents.  Ils 
ressemblent  ii  une  échelle  qu'on  aurait  incurvée  légèrement 
à  la  partie  médiane  et  sembh^nl  avoii'  de  l'analogie  avec 
certains  signes  scalariformes  signalés  par  Piette  sur  des  os 
irravés  et  même  sur  des  galets  coloriés. 

Telles  sont  les  figures  les  plus  frappantes  que  nous  avons 
relevées  jusqu'ici,  mais  nous  dessinerons  dans  une  prochaine 
campagne  toutes  celles  qui  sont  visibles  sur  les  parois  de 
la  grotte. 

Nous  nous  abstiendrons  de  tout  commentaire  ;  cependant 
nous  ferons  remarquer  que  ces  grottes  étant  dans  une 
obscurité  complète,  il  a  bien  fallu  (|ue  U-s  préhistoricpies 
s'éclairassent.  Ils  ont  pu  y  parvenir  au  inovcn  de  torches 
ou  de  lampes,  analogues  à  celle  découveile  par  M.  l»ivière 
dans  la  irrotte  de  La  Alouthe  el  (lui  est  composée  d'un  galet 
creusé  dans  lequel  de  la  graisse  permettait  d'imbiber  une 
mèche  de  mousse  qui  pouvait  ainsi  brûler,  comme  le  font 
les  Esquimaux  actuels  avec  des  hmqx's  send)lables.  Si  nous 
ne  trouvons  jjas  de  traces  des  fumées  préhistoriques  que 
devaient  émettre  ces  divers  moveus  d'éclairage,  c'est  que, 
comme  nous  la  fait  observer  M.  Moissan,  l'illustre  chimiste, 
les  charbons  organiques  ainsi  produits  s'oxvdent  à  1  air  et 
disparaissent  assez  rapidemenl.  Kn  d'autres  points,  le 
ruissellement  a  sulli  pour  produiic  \v  même  elTet. 

Ces  étranges  figures  soulèvent  bien  d'autres  problèmes. 
Pourquoi  ont-elles  été  exécutées"?  A  ce  propos  nous  avons 
dit  sinqdemenl  (|u"il  pouvait  s'agir  là  d'une  pratique  reli- 
gieuse ou  fétichique,  que  ces  animaux  pouvaient  être  consi- 


FIGURES    PEINTES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE  129 

dérés  comme  les  équivalents  des  totems  des  sauvages 
actuels. 

M.  Salomon  Reinach,  constatant  que  les  animaux  repré- 
sentés sont  des  animaux  utiles  à  riiomme  et  g-énéralement 
g-ras  et  rebondis,  a  dit  à  la  séance  qu'il  pourrait  bien  s'agir 
là  de  représentations  ayant  pour  luit  d'aider  magiquement 
à  la  multiplication  de  ces  animaux.  A  ce  propos,  il  a  rappelé 
les  fêtes  des  Australiens  destinées  à  favoriser  la  multiplica- 
tion des  kanguroos  dont  ils  ont  besoin,  et  durant  lesquelles, 
couverts  de  peaux  de  ces  animaux,  ils  décrivent,  en  des 
danses  spéciales,  des  ligures  magiques  sur  le  sol. 

Quant  à  leur  âge,  toutes  ces  ligures,  quoique  paléoli- 
thiques suivant  toutes  vraisemblances,  ne  sont  peut-être 
pas  de  la  même  époque  exactement.  Les  belles  peintures 
nuancées  pourraient  bien  être  de  la  fin  de  l'époque  mag- 
dalénienne, donc  un  peu  moins  anciennes  que  celles  des 
Combarelles. 

Quoiqu'il  en  soit,  nous  avons  voulu  sauver  de  la  destruc- 
tion ces  précieux  documents.  Sur  notre  demande,  M'"''Escla- 
fer,  propriétaire  des  terrains  sur  lesquels  il  faut  cheminer 
pour  arrivera  la  grotte,  et  M.  D^dmarès,  propriétaire  de  la 
grotte,  ont  bien  voulu  abandonner  à  l'Etal  leurs  droits  de 
propriété.  Nous  ne  saurions  assez  les  en  remercier  au  nom 
de  tous  les  savants. 

C'est  en  effet  là  un  remarquable  exemple  de  peintures 
préhistoriques,  les  seules  jusqu'ici  aussi  complètes  qui 
existent  en  France,  les  premières  nettement  démontrées^. 
C'est  pour  cela  que  nous  nous  sommes  permis  de  venir  en 
entretenir  l'Académie  et  lui  en  montrer  quelques  spéci- 
mens. 

1.  En  effet  les  peintures  d'Altamira  ont  été  niées  tant  que  nous  n'avons 
pas  fait  la  démonstration  avec  celles  de  Font-dc-Gaume. 


130 


quelques  observations  au  sujet  des  gravures 
et  des  peintures  de  la  grotte  de  font-de-gaume 

(dordogne ) , 

PAI".     M.     E.-T.     IIAMY,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE. 

I 

C'est  la  troisième  fois,  depuis  moins  d'un  an,  (jne  l'Aca- 
démie est  mise  en  présence  de  ces  mystérieuses  lif^ures, 
gravées  ou  peintes  dans  les  grottes  de  la  Dordogne  ou  de  la 
Haute-Garonne  et  dont  chaque  nouvelle  campagne  de 
fouilles  vient  augmenter  le  nombre. 

Cette  multiplicité  est,  sans  contredit,  une  première 
garantie  de  l'authenticité  de  découvertes  que  l'on  avait 
contestées  au  début  :  il  est  bien  évident  ({u'on  ne  recom- 
mence pas  sept  ou  huit  fois  la  même  contrefaçon! 

Stimulés  par  les  contradictions  dont  leurs  découvertes 
avaient  d'abord  été  l'objet,  les  archéologues  qui  se  vouent 
à  ces  recherches  très  spéciales ,  ont  multiplié  les  précau- 
tions autour  d'eux,  et  les  observations  actuelles  sont  vrai- 
ment à  i'abyi  de  tout  reproche.  Il  est  désormais  bien  établi 
que  les  gravures  et  les  peintures  dont  on  retrouve  les  traces 
sur  les  parois  de  certaines  grottes  du  midi  cK'  la  France  et 
du  nord  de  1  I^^spagne  sont  antérieures  au  dernier  remplis- 
sage de  ces  cavités,  puisqu'elles  se  continuent  au-dessous 
du  sol  actut'l'.  Il  n'est  [jus  moins  cei'hiiii  (|ue  les  dépôts  de 
stalagmite,  amassés  en  certains  points,  recouvrent  bien  les 
contours  de  plusieurs  ligures  (pii  sont,  par  conséquent, 
antérieures  à  la  forniiilion  de  ces  concrétions-.  Enfin,  pour 
les  gravures,  on  est  oldigé  de  l'eeonnaîlr»'  (|u'elles  ne  sont 

1.  Cr.  IJii.  KivitTO,  Lu  (polie  de  Lu  Mmilhe  Dordogne)  [Bull.  Soc.  d'An- 
llirop..   1'  sciic.  t.  VIII.  1S97.  p.  311). 

2.  Cf.  Capilaii  cl  lii-t-uil,  Graviirex  p.ik'olil Indues  sur  les  paroii  de  l:i 
(jrolte  des  Comharelles  [liull.  el  mém.  Soc.  d'AnUiniii.,  1"  série,  l.  III, 
1902,  p.  J27). 


PEINTURES    DE  LA    GROTTE    DE    FONT-DE-GAUME  131 

pas  récentes  k   leurs  bords  effrités,   à  la  couleur  des  inci- 
sures  qui  est  la  même  que  celle  du  reste  de  la  roche,  etc. 

Par  contre,  les  recherches  péniblement  poursuivies  dans 
ces  cavités  si  singulièrement  décorées  ont  aussi  montré  que 
les  peintures  y  sont  surtout  abondantes  et  caractéristiques 
à  une  grande  distance  de  l'entrée,  dans  des  couloirs  obscurs 
et  d'un  accès  parfois  bien  diiïîcile.  A  La  Mouthe ,  par 
exemple,  explorée  par  M.  E.  Rivière  dès  18'.)o,  les  repré- 
sentations d'animaux  commencent  à  se  montrer  à  97  et 
128  mètres  de  l'ouverture  de  la  grotte  K  A  Marsoulas,  dont 
nous  parlait  récemment  M.  Cartailhac,  elles  se  trouvent, 
pour  une  certaine  part,  dans  des  couloirs  surbaissés  que 
l'on  ne  peut  franchir  qu'avec  beaucoup  de  peine'-. 

On  ne  réussit  pas  tout  d'abord  à  comprendre  pourquoi 
nos  artistes  primitifs  ont  choisi  de  semblables  emplacements 
pour  y  accumuler  toutes  ces  ligures  compliquées.  Ce 
n'était  évidemment  pas  dans  un  but  décoratif  qu  ils  s'im- 
posaient un  tel  labeur,  dans  une  obscurité  profonde-''.  Et  je 
ne  puis  me  défendre  de  voir  dans  ces  singulières  pratiques, 
que  les  Australiens  du  Queensland  ont  continuées  j^resque 
jusqu'à  nos  jours  ^,   la   manifestation   de   quelque  croyance 

1.  Id.  ihicL,  p.  305. 

2.  Ém.  Cartailhac,  Note  sur  les  dessins  préhistoriques  de  la  grotte  de 
Marsouins  [Compt.  rend.  Acad.  inscrip.  et  belles-lettres,   1002,  p.  iso  . 

3.  Ils  s'éclairaient  avec  des  lampes  de  pierre,  dont  on  connaît  au  moins 
trois  exemplaires.  Cf.  E.  Rivière,  Les  lampes  préhistoriques  en  (/rès  Bull, 
et  Méin.  Soc.  d'Anthrop.  de  Paris,  V  série,  t.  I,  p.  67). 

4.  Cf.  North  Queensland  Elhnography.  Bull,  n"  i.  mardi  1902.  Games, 
Sport  and  Amusements,  by  Walther  E.  Uotli.  Brisbane,  1902,  in-i°,p.  12.  — 
Ce  savant  ethnographe  a  constaté,  en  1899,  le.xistence  à  Chasm  Island.dans 
le  golfe  de  Carpentaria,  de  cavernes  oi'i  se  trouvent  des  dessins  exécutés  sur 
un  fond  d'ocre  rouge  et  d'autres  tracés  en  esquisse  sur  la  surface  rocheuse. 
Plusieurs  des  cavernes  sont  d'une  élévation  si  liniilée  que  les  dessins  peints 
sur  les  toits  on  tlie  roofs)  doivent  avoir  été  exécutés  par  leurs  auteurs 
couchés  sur  leur  dos  Uijinr/  on  their  hack).  M.  Roth  constate  qu'il  y  a 
dans  ces  cavernes  de  Chasm  Island  beaucoup  plus  de  peintures  found  in 
the  roofs  than  on  the  sides.  Les  couleurs  sont  le  rouge  et  le  blanc;  les  ani- 
maux figurés  sont  le  dugon,  le  marsouin,  des  tortues,  des  lézards,  des 
requins,  des  holothuries,  tous  animaux  que  mangent  les  Noirs. 


132  PEINTURES    DE    LA    GROTTE    DE    F0NT-DE-GAU3IE 

analogue  à  celles  de  certains  peuples  actuels,  demi-civilisés 
ou  sauvages. 

Je  suppose  que  si  nos  troglodytes  ont  ainsi  peint  ou  gravé 
ces  singulières  images  d'animaux,  c'est  avec  l'assurance 
que  celui  qui  les  a  tracées  a  acquis  par  là  même  sur  leurs 
espèces  une  induence  analogue  à  celle  que  possède  le  Blanc 
devenu  le  maître  de  l'Indien  dont  il  a  pu  faire  le  portrait. 

Le  choix  des  animaux  représentés  plaide  singulièrement 
en  faveur  de  mon  hypothèse.  Tous  les  sujets,  figurés  à  La 
Mouthe,aux  Conibarelles  ou  ailleurs,  appartiennent,  comme 
l'ont  remarqué  MM.  Gartailhac  et  S.  Reinach,  à  des  espèces 
utiles  à  l'homme  :  mammouths,  chevaux,  bisons,  bœufs, 
antilopes,  bouquetins,  renne,  élan,  tous  ces  animaux  four- 
nissent de  la  viande,  du  cuir,  de  l'intestin ,  de  l'ivoire,  des 
bois,  de  l'os,  des  tendons,  c'est-à-dire  la  nourriture,  le 
vêtement,  les  matériaux  de  bon  nombre  d  instruments 
utiles. 

D'autre  part,  jamais  un  animal  malfaisant,  ou  que  recom- 
mandent seulement  sa  couleur,  son  chant,  etc.,  n'a  ici  sa 
place  :  on  n'y  voit  ni  oiseaux,  ni  reptiles;  le  serpent  qui 
joue  un  rôle  si  important  chez  tant  de  peuples  primitifs  fait 
complètement  défaut  dans  cette  cllimxjraphie  utilitaire. 

Le  troglodyte  a  fixé  sur  la  roche,  par  le  trait  ou  par  la 
couleur,  l'image  des  animaux  qui  lui  sont  indispensables,  de 
la  même  façon  que  le  Péruvien  ou  le  Caraïbe  modelaient 
les  figures  de  lamas,  de  bovidés,  etc.,  qu'ils  enfernuiient  dans 
la  tombe  pour  servir  à  l'usage  des  défunts.  Et  pour 
s'assurer  plus  complètement  encore  celte  espèce  de  propriété 
morale  qu'il  se  figurait  avoir  conquise_,  il  enfernuiit  les 
précieuses  figures  au  fond  des  grottes  dont  sa  demeure 
occupe  constamment  le  \ cstibule. 


PEINTURES    DE    LA    GROTTE    DE    FONT-DE-GAUME  133 


II 

La  grotte  nouvelle,  dont  M.  le  docteur  Capitan,  en  son 
nom  et  en  celui  de  M.  l'abbé  Breuil,  nous  fait  connaître  la 
remarquable  décoration,  me  paraît  devoir  appeler,  à  d'autres 
ég-ards  encore,  l'attention  de  mes  confrères. 

Il  me  semble  notamment  qu'on  y  distingue,  avec  une 
netteté  particuUère,  deux  séries  de  représentations  bien  dif- 
férentes. Ce  sont  d'une  part,  des  figures  gravées  en  creux 
d'un  trait  net  et  sûr  ;  de  l'autre,  des  peintures  lourdes  et 
baveuses,  cernées  par  une  sorte  de  champlevé. 

Un  type  bien  caractéristique  des  monuments  de  la  pre- 
mière catégorie,  c'est  ce  mammouth,  aux  curieux  raccourcis, 
que  MM.  Capitan  et  Breuil  ont  découvert,  empâté  dans  la 
couleur  rouge  qui  couvre  l'abdomen  d'un  grand  bison  ' .  Ce 
mammouth  est  tout  à  fait  caractéristique,  avec  son  haut  front 
montant  tout  droit,  ses  énormes  défenses  recourbées  en 
demi-cercle,  sa  fourrure  à  longs  poils  qui  descend  presque 
jusqu'au  sol.  Il  a  été  exécuté  à  petits  coups  de  burin,  incisés 
avec  une  remarquable  adresse. 

La  tête  d'antilope  indéterminée,  le  combat  de  rennes  dont 
le  motif  rappelle  le  fameux  schiste  gravé  de  la  collection 
de  Vibra ve  sont  de  la  même  école.  Cette  dernière  œuvre 
d'art  offre  certaines  particularités  intéressantes  ,  que  je 
voudrais  bien  ne  point  passer  sous  silence.  La  sculpture 
a  été  peinte,  et,  je  crois  pouvoir  l'assurer,  peinte  par  un 
troglodyte  qui  n'avait  jamais  vu  de  renne  et  ne  savait  pas 
ce  qu'était  cet  animal  disparu.  Il  a  en  effet  colorié  l'un  des 
deux  combattants  en  noir  et  l'autre  en  rouge,  au  lieu  de 
leur  donner  la  teinte  véritable  du  pelage  du  renne,  et 
comme  il  ne  pouvait  plus  suivre  avec  sûreté  les  contours 

1.  La  couleur  qui  se  voit  ici  nettement  superposée  à  la  sculpture, 
recouvre  franchement  à  Altamira  plusieurs  stalactites,  d'après  M.  Ed. 
Harlé  [Bull.  Soc.  d'Anlhrop.,  i'  série,  t.  VIII,  1897,  p.  318). 


134  LIVRES   OfFKRIS 

demi-elFacés  des  bois  qu'il  barbouillait  dos  mêmes  couleurs 
noire  et  rouge,  il  les  a,  sans  plus  de  façon,  terminés  par 
des  bouts  carrés  qui  ne  rappellent  en  aucune  façon  les 
andouillers  du  connis  fnramlus. 

Toutes  les  peintures  de  la  grotte  de  Font-de-Gaume  ne 
sont  pas  aussi  médiocres,  et  j"v  ai  tout  de  suite  remarqué 
une  esquisse  vivement  enlevée,  représentant  un  élan  femelle, 
dont  le  trait  se  renforce  de-ci  de-là  par  des  appuis  de  pinceau 
d'une  réelle  habileté.  Les  caractères  spécifiques  sont  som- 
mairement rendus,  mais  fort  exacts. 

J'appellerai  encore,  en  terminant,  laLlciiLion  do  mes  con- 
frères sur  plusieurs  signes  observés  déjà  aux  Combarelles 
par  MM.  Capitan  et  Breuil  '  et  dont  les  plus  nets  sont  peints 
sur  les  (lancs  du  g-ros  bison  en  relief.  On  serait  tenté  d'v 
reconnaître  la  représentation  dune  tente,  d'une  hutte,  d'une 
élable  peut-être.  L'une  de  ces  figures  se  termine  en  haut 
par  une  série  de  traits  divergents  tpii  rappellent  les  longues 
perches  qui  sortent  par  le  sommet  entrouvert  des  tentes 
des  Peaux-Rouges  do  la  Grande  Prairie;  d'autres  offrent 
une  certaine  analogie  avec  les  huttes  dond-soutorraines  à 
poutre  centrale,  (pii  sont  encore  en  usage  dans  certaines 
contrées  de  l'Europe  orientale. 


l.lMtl-:^   ()FI-i:i{TS 


I>e  Si:<;ui:TAiiŒ  i'i;iu»t;Ti;EL  dépose  sur  K'  hiircMU  la  2''  pailie  du 
C.ilnloffue  (les  i\isps  pcinix  île  la  Hiblinthri/iir  nnlionnic,  par  M.  A.  do 
Hiddcr,  profi'sseiir  à  la  l'acidU'  des  Icllrcs  d'Aix  :  Vasoa  ;)  /i(fiires 
roiii/os  et  (II'  flrcidencr,  accompagnée  de  23  planches  en  simili  et  de 

1.   Op.  cil ..  p.   53  1, 


Livres  offerts  13S 

100  dessins  dans  le  texte  (par  MM.  Devillard  et  S.  de  Fonseca). 
Ouvrage  public  par  la  Bibliothèque  nationale,  avec  le  concours  du 
Ministère  de  l'instruction  publicpie  et  des  beaux-arts  et  de  TAcadé- 
niie  des  inscriptions  et  belles-lettres  (Fondation  Plot),  Paris,  1902, 
in-4o. 

Le  Secrétaire  perpétuel  offre,  en  outre,  au  nom  des  auteurs,,  les 
ouvrages  suivants  : 

1°  La  légende  anglaise  de  Jeanne  «  visionnaire,  renégate,  parjure  », 
de  1  iSt  à  1903,  étude  préliminaire,  par  M.  le  chanoine  Ph.-ll. 
Dunand  (Paris  et  Toulouse,  1903,  in-S»)  :  «  étude,  dit-il,  qui  vient  à 
point  au  moment  où  l'on  est  à  la  veille  de  prendre  à  la  Cour  de  Rome 
une  décision  dans  le  procès  de  la  béatification  de  Jeanne  d'Arc  »>. 

2»  Au  nom  de  M.  le  D''  Michel  de  Zmigrodzki,  de  Cracovie,  un 
mémoire  sur  la  primitive  religion  (Cracovie,  1902,  in-S"). 

M.  Emile  Picot  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

((  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  1" Académie,  de  la  part  de  M.  Hugues 
Vaganay,  bibliothécaire  des  Facultés  catholiques  de  Lyon,  un  volume 
intitulé  :  Le  Sonnet  en  Italie  et  en  France  au  A'V7°  siècle,  essai  de 
bibliographie  comparée  (Lyon,  1902-1903,  in-80)  : 

«  L'auteur  a  patiemment  noté,  je  ne  dis  pas  tous  les  ouvra o-es,  -- 
car  en  pareille  matière  il  est  impossible  d'être  complet,  —  mais  la 
plupart  des  ouvrages  qui  renferment  des  sonnets  italiens  et  français. 
Son  livre  contient  un  dépouillement  des  grands  recueils  de  poésies 
du  xvi«  siècle.  11  est  complété  par  des  tables  qui  seront  extrêmement 
utiles  à  tous  ceux  qui  étudient  l'histoire  littéraire.  » 

M.  Léopold  Delisle  offre,  au  nom  de  l'auteur,  un  opuscule  intitulé  : 
Autour  des  origines  du  suaire  de  Lireij,  par  le  chanoine  Ulysse 
Chevalier  (Paris,  1903,  in-8»)  : 

«  Notre  correspondant  résume  l'état  de  la  question  et  publie  plu- 
sieurs textes  récemment  découverts  au  Vatican  et  s'accordant  de 
tout  point  avec  la  thèse  qu'il  a  précédemment  soutenue.  » 


J903.  j„ 


SÉANCE    DU    27    iMARS 


M.  Ingoult,  de  Cherbour-,',  dans  une  lettre  qu'il  adresse  au 
Secrétaire  perpétuel,  cite,  à  propos  des  publications  sur  le  suaire 
de  Turin  et  sur  le  suaire  de  Lirey,  quelques  textes  évangéliques 
relatifs  à  lembaumement  du  (Christ. 

Le  Président  annonce  que  M.  Collignon  est  disposé  à  se 
rendre  en  Grèce,  pour  assister  à  rinauyuratiou  du  Musée  de 
Delphes. 

L'Académie  le  cliar^^e  de  la  représenter. 

M.  CoixiGiNON  accepte,  en  disant  toutel'ois  que  la  date  de  la 
cérémonie  n'étant  pas  fixée,  il  ne  peut  accepter  que  sous  toute 
réserve. 

M.  Théodore  Reinach  fait  une  communication  sur  le  papyrus, 
récemment  découvert,  des  Perses  de  Timolhée.  Ce  papyrus, 
recueilli  dans  une  tombe  du  iV  siècle  avant  J.-C.  à  .Vbousir 
(l'ancienne  Busiris),  faubourg  de  Memphis,  paraît  être  le  plus 
ancien  manuscrit,  actuellement  connu,  dune  (l'uvre  littéraire 
grecque.  ^L  de  W'ilamowitz,  qui  la  étudié  et  publié,  1  altril)ue, 
au  plus  tard,  à  l'époque  d'Alexandre  le  tirand.  L'écriture  en  est 
toute  semblable  à  celle  des  inscriptions  contemporaines. 

Le  manuscrit  est  incomplet;  le  début  du  poème,  dont  les 
auteurs  nous  ont  conservé  trois  vers,  mautjuc  Quand  le  texte 
commence  ou  plutôt  devient  déchiirrable,  laclion  —  la  bataille 
de  Salamine  — est  engagée.  Le  poète  la  décrit  comme  s'il  s'agis- 
sait d'une  bataille  de  son  temps ,  sans  souci  des  anachronismes. 
Ce  récit,  où  pas  un  nom  propre  n'est  prononcé  —  pas  même 
celui  d'.\thènes  ou  de  Xerxès  —  est  très  haut  en  couleur;  le 
style  foisonne  de  composés  nouveaux  et  de  métaphores  hardies, 
tantôt  heureuses,  tantôt  bizarres.  .V  plusieurs  reprises  la  narra- 
tion s'arrête  pour  faire  place  à  des  discours  épisodiques  :  plainte 
ô\\n  riche  Perse  tombé  à  l'eauqui  menace  la  merde  la  vengeance 


SÉANCE    DU    27    MARS    1903  137 

de  sou  maître,  chœur  des  naufragés  invoquant  la  patrie  absente, 
supplications  d"un  Phrygien  qui  implore  la  clémence  du  vain- 
queur dans  un  langage  intentionnellement  semé  de  barbarismes 
et  de  solécismes,  comparable  à  du  <«  petit  nègre  »  ou  au  «  pidgin- 
english  »  des  Chinois.  Le  récit  s'achève  par  le  tableau  de  la 
déroute  de  la  flotte  barbare,  les  lamentations  du  Grand  Roi  qui 
ordonne  de  brûler  les  tentes  et  de  sauver  les  trésors,  enfin  la 
joie  des  vainqueurs  qui  dansent  autour  d'un  trophée.  Dans  l'épi- 
logue, qui  a  un  caractère  plus  personnel,  ïimolhée  se  justifie  de 
ses  innovations  musicales,  que  critiquaient  les  Spartiates  ;  il  se 
réclame  d'illustres  précédents  :  Orphée,  Terpandre,  auquel,  pour 
les  besoins  de  la  cause,  il  attribue  l'invention  de  la  lyre  à  dix 
cordes  : 

VÎÎV  0£  T'.ULOÔîOÇ   [J-ïTOOtÇ 

OTiTau^iôv  TToXûuavov  o(- 
;aç   Moudav    OaXaasuxôv. 

Mt'ÀYiTOÇ   oà    TTÔXtÇ   V'.V    7. 

Opé'j/a'i',   y.  O'jcoo£/.3CT£'.- 

yioç  Xaou  ttowtîo;  âç   Ayaûov. 

En  terminant,  le  poète  appelle  la  bénédiction  d'Apollon  sur  la 
ville  —  probablement  Milet  —  où  il  déclamait  ou  plutôt  chantait 
son  poème. 

Plusieurs  indices  permettent  de  fixer  vers  l'an  400  la  date  de 
la  première  exécution  des  Perses.  Timothée  avait  alors  environ 
cinquante  ans,  et  passait  pour  le  maître  incontesté  du  nome 
citharodique, qui\  avait  transformé.  Malgré  l'absence  regrettable 
de  toute  indication  mélodique,  la  découverte  de  ce  lihrelto 
célèbre  apporte  un  enrichissement  précieux  à  notre  connaissance 
de  la  poésie  lyrique  des  Grecs;  c'est  tout  un  chapitre  de  l'his- 
toire littéraire,  et  non  Vies  moins  curieux,  [qui  sort  de  la  tombe 
d'Abousir. 

MM.  Bréal  et  Ghoiset  présentent  quelques  observations  sur 
l'écriture  et  sur  le  style  de  ce  morceau. 


, 


138  SÉANCE  Dr  27  mars   1903 

M.  l'Emile  Rivière  fait  une  communication  sur  une  très  curieuse 
découverte  faite  dans  une  sjiblière  de  Paris.  Il  s'ayit  de  plusieurs 
fosses  creusées  dans  le  sol  à  diverses  profondeurs,  mais  toutes 
pénétrant  la  couche  sableuse  sur  une  épaisseur  atteignant  par- 
fois 75  à  80  centimètres.  Plusieurs  d'entre  elles  renfermaient  des 
ossements  humains  brûlés  et  pour  ainsi  dire  broyés,  mais  réunis 
soit  dans  un  vase  en  terre  noire  et  mêlés  à  des  matières  charbon- 
neuses, soit  en  un  seul  et  même  amas,  mais  vases  ou  amas  sont 
dans  chacune  de  ces  fosses  ou  poches,  recouverts  par  une  pierre 
plate  de  plus  ou  moins  grande  dimension.  Ces  fosses  renferment  en 
plus:  1'^  nombre  de  fraj;ments  de  poteries  romaines,  les  unes  noires, 
les  autres  rouges  avec  dessins  en  relief  (poteries  dites  samiennes)  ; 
•J"  des  fragments  nombreux  aussi  de  legul.x'  romaines  à  rebords; 
3"  des  ossements  d'animaux  portant  gravés,  —  fait  extrêment 
curieux,  voire  même  unique  d'après  MM.  Héron  de  ^'illefosse 
et  S.  Reinach,  —  des  cliilfres  romains  presque  toujours  les 
mêmes,  V.  X.  I.  Quelques  fragments  de  tuiles  romaines  portent 
également  soit  lun  ou  l'autre  de  ces  chiflres,  parfois  même  deux 
chilfres  réunis,  soit  quelquefois  aussi  une  lettre,  la  lettre  A. 

M.  Rivière  a  fait  ouvrir  la  semaine  dernière  une  de  ces  fosses 
en  sa  présence  et  a  pu  ainsi  constater  l'autiienticité  des  pièces 
qu'il  présente  à  l'Académie,  quelques-unes  d'entre  elles  ayant  été 
recueillies  en  place  par  lui-même.  Continuant  chaque  jour  ses 
recherches  dans  ladite  sablière,  il  tiendra  l'Académie  au  courant 
des  nouvelles  découvertes  qui  pourraient  êti'e  faites  dans  cet 
emplacement  \ 

M.  S.  RiiiNAcu  présente  à  ce  sujet  quelques  observations. 

M.  D.  Serruys,  ancien  membre  de  ll'^cole  de  Rome,  com- 
munique à  r.Vcadémie  un  système  de  métrique  verbale  appliquée 
à  l'étude  des  mètres  lyriques.  11  montre  que  la  méthode  de  la 
rythmique  abstraite  élaborée  depuis  Roeckh  jusqu'à  Weslphal  a 
eu  pour  résultat  d'enlever  à  une  strophe  de  Pindare,  comme  à  un 
ch(eur  de  Sophocle,  tout  caractère  métrique. 

Les  œuvres  lyriques  apparaissent  en  fonction  du  système  de 
Roeckh,    .1.-11.   Schmidt   et   \\'esf]ili;tl.     non    i)oiiit    comme    des 

1 .   \'iiir  ci-ii|)i'ès. 


SÉANCE   DU    27   MARS    1903  139 

ensembles  de  vers  dont  l'étendue  respective  et  dont  les  corres- 
pondances strophiques  sont  intelligibles  par  le  seul  examen  du 
texte,  mais  comme  des  proses  rythmées  où  l'élément  musical 
créait  toutes  les  subdivisions  et  tous  les  groupements,  en  sorte 
que  l'eurythmie  du  morceau  n'était  vraiment  perceptible  que 
par  l'audition  ou  l'étude  de  la  partition  musicale,  ou  du  moins 
par  la  reconstruction  pénible  et  souvent  arbitraii^e  d'un  schéma 
métrique. 

M.  Serruys  détaille  les  difficultés  de  cette  méthode  et  constate 
qu'elle  est  la  défaite  de  la  métrique  verbale  et  la  substitution  à 
celle-ci  d'un  élément  plus  souple  mais  plus  incertain,  qui  s'appelle 
la  rythmique  abstraite. 

L'erreur  provient  de  l'assimilation  du  xwXov  rythmique  au 
xtôXov  métrique.  Ce  dernier,  dans  un  ensemble  où  il  est  relié  à 
d'autres  éléments,  est  par  principe  ditTérent  de  l'élément  ryth- 
mique abstrait,  puisque  le  lien  métrique  entre  deux  séries  diffé- 
rentes ne  peut  être  créé  que  par  l'empiétement  de  l'une  sur 
l'autre,  par  l'anticipation  ou  le  retard  de  la  césure  métrique  sur 
les  limites  absti^aites  des  xwXa  rythmiques,  c'est-à-dire  par  une 
altération  de  leur  étendue  respective. 

Ce  principe  qui  se  A'érifie  dans  les  vers  de  la  poésie  récitée, 
est  complété  dans  la  métrique  lyrique  par  un  autre  principe 
qu'on  pourrait  appeler  la  relativité  des  coupes. 

Dans  un  vers  boeckhien  tel  que  : 

-  (ju  -  ou  —  -  u  —  -  UL;  -  UKj  - 

le  poète  pouvait  grouper  les  différents  éléments  d'après  des  com- 
binaisons diverses,  mais  chacun  de  ces  groupements  était  soumis 
à  des  lois  particulières  et  rigoureuses. 

1.  Il  pouvait  par  exemple  créer  deux  fois  le  renversement  du 
rythme  et  relier  ainsi  entre  elles  les  trois  unités. 

Ex.  01.  111,  14: 

"IcîTpou  aTTO  ax'.apav  Tiayav  'évsyxev   'A[j.ï.iTputovtaoaç 
-  Ou  -  ou  -         —  o  -  o  -uo  -  Oo- 


140  SÉANCE  Df  27  MARS  1903 

2.  Il  pouvait  au  contraire  isoler  le  premier  élément  et  relier  les 
deux  autres  par  une  césure  particulière  enjambant  sur  le  troi- 
sième. 

Ex.  01.  VII,  25  : 

[j-arpôOev    'A<7Tuôaaet'a;    •  'Au.cpl    o'xvOpw-'ov  cppô^lv  aaxXaxiat 

-  uu  -  uo  —     Il     -o I     <-"^>  -  i^l'  ~ 

3.  Il  i)onvait  aussi,  en  isolant  le  dernier,  réunir  les  deux  pre- 
miers : 

Ex.  01.  III,  21  : 

xai   ixEyaXov   àéOÀwv   â^v/v  xçi'c.v   xx;  zsvTasTYipio 'àa-/ 

-  uu  -  K)U  -     I     --u-     Il u>>-  u<;  - 

Enfindeux  autres  procédés  lui  étaient  permis  dont  le  caractère 
commun  est  d'appuyer  l'épitrite  jj.ir  l' enjambement  de  deux 
syllabes  au  lieu  d'une  seule. 

i.  Ex.  Pyth.  IV,  248.  : 

oT[i.ov  ViafA'.  |3cx/ûv  'TzoXkoiGi  S'ayTjy.a'.  TO-^iaç  erÉpoiç 

-   (M>    -    OO   -       Il U I        UO     -        I        \J\J    - 

.5.   Ex.  01.  VII,  31  ; 

TÔtÇ  0£  TTOTE    /(^O^OC,     o'.XtTTr.p    /oXo)0£lÇ    "  X'.    0£    '^pSVWV    TXpa/aî 


u<j  -  >_n^> 


Ces  deux  formes,  pour  être  plus  rares  n'en  sont  p;is  moins 
régulières  parce  que  les  coupes  principales  y  sont  accomj)agnées 
de  coupes  subsidiaires  ohliç/aloires. 

Il  r;iut  lemarquer  que  chacune  des  formes  binaires  résultant 
du  f^rnupement  des  xwXx  est  soumise  aux  lois  qui  régiraient  le 
niéinc  groupe  formnnl  une  pério'dc  isolée.  Elles  se  retrouvent  en 
ellet  isolées  N'  1,  -  Ol.  \I,3;  .\II,ep.  1  ;  Pylh.  111,7;  Nem.X, 
ep.  i:  Islh.  I,  I,etc.;  —  N"2,  =  01.  XI,  2;  XII,  I,  ep.  5;  XII, 


SÉANCE    DU    27    MARS    1903  141 

ep.  2;  Pyth.III,  t.ep.  1  :  IV,  I ,  etc.  ;  —  V  3,  =  01.  VIII,  4;  VIII, 
ep.  3;  Pyth.XII,7;  Isth.  I,  '2,  etc.  — N°  4,  =  Nem.  I,  2,  4;  V,  5; 
Isth.  I,  4,  etc.  — N°5,  cf.  11°  1. 

M.  Serruys  fait  le  relevé  de  tous  les  exemples  du  A'ers 
boeckhien  qu'il  étudie.  Tous  se  ramènent  aux  cinq  types  énumé- 
rés.  Seuls  font  exception  un  certain  nombre  de  vers  où  appa- 
raissent des  mots  de  la  forme o  ou  inversement  u ,  de  la 

forme <j  o   ou  inversement  uu .  On  sait   que  même  dans 

les  vers  récités,  l'apparition  de  ces  formes  dispense  de  toute 
césure.  L'irrégularité  apparente  de  Pyth.  IV,  133,  s'explique  par 
l'élision  01.  III,  16,  corr.  OepaTrovr'  àXoywç. 

M.  Serruys  prouve  l'existence  de  coupes  analogues  et  non 
moins  rigoureuses  dans  le  vers  : 


et  dans  le  vers 


ou  -  u<  > \> 


-  yjKt  -  «  lO  - 


Cette  analyse  permet  de  concevoir  la  période  rythmique 
comme  un  ensemble  oiJ  le  poète  pouvait  créer  des  répartitions 
variées  mais  toutes  régulières.  Et  comme  ces  divisions  diffé- 
rentes d'une  même  période  apparaissent  de  strophe  à  strophe  et 
même  de  strophe  à  antistrophe,  la  période,  dont  la  musique 
sans  doute  demeurait  invariable,  acquérait,  par  le  changement  de 
la  déclamation,  une  variété  d'etTets  souvent  heureux. 

Grâce  à  la  reconnaissance  des  coupes  verbales,  la  strophe  de 
Pindare  devient  aussi  intelligible  à  la  lecture  que  n'importe 
quel  vers  récité,  puisque  les  éléments  se  conditionnent  de  proche 
en  proche. 

M.  Sarruys  prouve  encore  que  l'identité  des  coupes  est  un 
indice  de  l'équivalence  des  mesures.  Il  assimile  de  cette  manière 
l'ionique  et  le  choriambe  au  ditrochée  et  à  son  substitut  l'épitrite, 
et,  remarquant  que  la  tripodée  dactylique  peut  être  résolue  en 
un  choriambe  et  en  un  ionique,  il  se  demande  si  la  prétendue 
pentapodie  dactylo-épitrique  est  autre  chose  que  la  succession 
de  3  pieds  de  6  temps,  où  le  mouvement  de  6/8  est  alterné  avec 
le  mouvement  de  3/4. 


142  DÉCOUVERTES    GALLO-ROMAINES    FAITES    A    PARIS 

L'étude  de  l'élément  verbal  conduit  ainsi  à  préciser  la  division 
des  périodes,  l'équivalence  des  mesures  et  même  la  nature  des 
mouvements. 

Ce  procédé  donne  des  résultats  analogues,  si  on  l'applique 
par  exemple,  à  Tétude  des  péons  unis  aux  trochées  dans  la 
deuxième  Olympique.  Il  s'applique  sans  doute  à  la  plupart  des 
genres  de  la  composition  lyrique. 


COMMUNICATION 


DÉCOUVERTES  GALLO-ROMAINES    FAITES  A    PARIS, 

PAR    M.     EMILE   RIVIÈRE 

SOUS-DIRECTEUR  ADJOINT   DE  LAHORATOIHK  AU  COLLÈGE  DE  FRANCE 

I 

Étudiant,  de  nouveau,  depuis  près  d'un  an,  au  double 
point  de  vue  paléontologique  et  préhistorique,  les  sablières 
quaternaires  de  Paris  et  de  sa  banlieue,  je  suivais,  en  ces 
derniers  temps,  l'une  d'entre  elles  notamment,  située  dans 
Paris,  au  quartier  Saint-Lambert  (rue  du  Hameau,  n°8),  et 
récemment  ouverte  à  l'exploitation. 

Mais  rien  de  bien  intéressant  n'y  avait  encore  été  trouvé, 
soit  comme  ossements  d'animaux  fossiles,  soit  comme  silex 
taillés,  lorsque,  le  lundi  2.'{  lévrier  dernier,  j'appris,  en  y 
arriv.'int,  (jue  l'avant-veille  les  ouvriers  avaient  misa  décou- 
vert et  i'ouillé  une  sorte  de  grande  fosse,  creusée  jusque 
dans  le  sable,  contenant  un  certain  nombre  de  fragments 
de  poteries  romaines,  les  unes  noires ,  les  autres  rouges, 
des  morceaux  de  teyulie  et,  pièce  principale,  un  vase  funé- 


DÉCOUVERTES    GALLO-ROMAINES    FAITES    A    PARIS  143 

raire  entier,  rempli  d'ossements  humains  broyés  et  brûlés, 
mêlés  à  des  matières  charbonneuses. 

Comme  le  chef  du  chantier  avait  soin,  conformément  à 
mes  instructions  et  avec  l'autorisation  du  propriétaire  du 
terrain,  de  mettre  de  côté  chaque  semaine  à  mon  intention 
tout  ce  qu'il  trouvait,  je  pus  reconnaître  immédiatement 
qu'il  s'agissait  d'une  tombe  gallo-romaine,  d'une  sépulture 
à  incinération. 

Pensant  que  cette  fosse  n'était  pas  unique,  je  donnai  des 
indications  précises  pour  le  cas  où  de  nouvelles  découvertes 
auraient  lieu,  et  retournai  à  la  sablière  du  Hameau  le  sur- 
lendemain 25  février.  Bien  m'en  prit  :  une  nouvelle  fosse 
avait  été  trouvée  la  veille,  vidée  immédiatement,  et  tout  ce 
qu'elle  renfermait  avait  été  mis  également  de  côté  k  mon 
intention.  Dès  lors,  chaque  jour  de  la  semaine,  je  me  ren- 
dis à  la  carrière,  recherchant  moi-même  avec  soin  tous  les 
débris  de  vases  et  d'os  qui  auraient  échappé  aux  ouvriers 
ou  que  le  temps   ne   leur  aurait  pas  permis  de   recueillir. 

Une  troisième  fosse ,  mais  beaucoup  plus  petite  celle-là, 
fut  mise  à  découvert  la  semaine  suivante.  Elle  ne  renfer- 
mait que  fort  peu  de  chose. 

Enfin,  l'existence  d'une  quatrième  fosse  ayant  été 
reconnue  par  les  ouvriers,  j'obtins  qu'elle  ne  fût  ouverte 
qu'en  ma  présence,  afin  de  pouvoir  me  rendre  un  compte 
absolument  exact  de  sa  disposition  et  de  ce  que  j'appellerai 
son  mobilier.  J'y  tenais  d'autant  plus  que  certains  objets, 
trouvés  les  premiers  jours,  m'avaient  quelque  peu  étonné. 
Ils  ont  paru  aussi  à  M.  Héron  de  Villefosse  ainsi  qu'à 
M.  Salomon  Reinach,  à  qui  je  les  ai  soumis  le  13  de  ce 
mois,  constituer  un  fait  fort  curieux,  voire  même  tout  à  fait 
nouveau. 

Cette  quatrième  fosse,  reconnue  le  17  mars,  a  été  ouverte 
le  lendemain  18;  des  pièces  analogues  y  ont  été  également 
trouvées  et  recueillies  en  place  par  moi-même.  Leur  pré- 
sence dans  un  sol  non  remanié  depuis  l'époque  où  ils  y  ont 


14i        découvf:rtes  (iallo-romaines  faitf:s  a  paris 

été  placés  est  venue  confirmer  rauthenticilé  des  premières 
trouvailles. 

Quatre  fosses  ont  donc  été  découvertes  et  fouillées  dans 
la  sablière  du  Hameau,  du  21  février  au  18  mars,  ainsi  que 
deux  petites  poches  dont  je  parlerai  tout  à  l'heure  et  qui 
renfermaient  aussi,  Tune  et  l'autre,  des  ossements  humains 
également  broyés  et  plus  ou  moins  brûlés  et  craquelés. 


II 


Ces  quatre  fosses,  que  je  désignerai  par  les  numéros  1, 
2,  3  et  4,  d'après  l'ordre  dans  lequel  elles  ont  été  mises  à 
découvert,  sont  de  forme  et  de  dimensions  différentes. 

A.  —  La  fosse  n°  1 ,  la  première  trouvée,  est  la  plus 
éloignée  de  la  porte  d'entrée  de  la  carrière  (7o  à  80  mètres 
environ).  Sa  longueur  est  de  1  "'70,  sa  largeur  de  0  '"82,  elle 
a  été  creusée  dans  le  sable  sur  une  profondeur  de  0  "'  50 
environ.  Le  fond  de  la  fosse,  sur  lequel  reposait  l'objet 
principal  (jui  y  a  été  découvert,  se  trouve,  par  suite,  à 
1  "'00  de  la  surface  actuelle  du  sol,  puis({ue  l'épaisseur  des 
terres  recouvrant  la  couche  sableuse  est  à  peu  près  de 
1  '"40. 

Cet  objet  principal  est  un  bi'au  vase  funéraire  gallo- 
romain  enterre  noire  assez  fine,  haut  de  0"'  12,  dont  1  ou- 
verture mesure  0"'20  de  diamètre  et  le  lond  0"'()7.  11 
était  rempli  d'ossements  humains,  plus  ou  moins  brûlés, 
comme  le  démontrent  leurs  nombreuses  craquelures,  et 
pour  ainsi  dire  broyés  très  menu.  Néanmoins  il  ma  été 
facile  de  reconnaître  parmi  eux  un  cci'Iaiii  nombre  de 
morceaux  (h-  crâne,  l'extrémilt'  inlrricure  d  un  petit  cubitus, 
avec  son  apoj)hyse  styloïde,  des  fragments  de  côtes,  etc., 
toutes  pièces  provenant  d'un  très  jeune  sujet  et  mêlées  à 
de  la  cendre,  à  des  matières  charbonneuses  et  à  une  terre 
très  sableuse.  Un  petit  morceau  de  crâne  offre  une  colora- 


DÉCOL VERTES    GALLO-ROMAINES    FAITES    A    PARIS  145 

tion  verte  très  prononcée,  comme  s'il  avait  été  en  contact 
avec  du  cuivre  ou  du  ])ronze.  Cependant  aucun  objet  de 
métal  n'a  été  trouvé  dans  cette  fosse,  non  plus,  pour  le 
dire  tout  de  suite,  que  dans  aucune  des  autres  fosses  ni  dans 
le  sol  environnant,  du  moins  d'après  ce  qu'on  m'a  affirmé. 

Je  dois  ajouter  que  plusieurs  des  petits  ossements 
humains  présentent  des  traits,  qui,  au  premier  abord,  sem- 
bleraient avoir  été  gravés.  Mais  ces  pseudo-entailles  sont 
le  résultat  à  la  fois  des  chocs  multiples  que  ces  os  ont 
reçus  pour  être  plus  ou  moins  broyés,  et  du  feu  qui  les  a 
fait  éclater  en  partie. 

Si  j'insiste  sur  ce  fait,  c'est  en  raison  même  de  la  série 
d'ossements ,  g-ravés  cette  fois  intentionnellement ,  tous 
ossements  d'animaux  différents,  que  je  tiens  vivement  à 
soumettre  à  l'examen  de  l'Académie  et  qui  constituent  la 
particularité  vraiment  curieuse  des  découvertes  de  la 
sablière  du  Hameau. 

Ce  vase  funéraire,  qui  fut  brisé  en  de  nombreux  morceaux 
dans  les  travaux  de  fouille,  mais  que  je  suis  parvenu  à 
reconstituer  presque  en  entier,  reposait  immédiatement  sur 
le  sable  et  était  recouvert  par  une  pierre  plate  rectang-ulaire, 
plus  grande  que  le  vase  lui-même.  Une  seconde  pierre  plate 
a  été  rencontrée  un  peu  plus  loin  dans  cette  même  fosse. 

Enfin  dans  la  terre  mélangée  de  sable  qui  remplissait  la 
fosse,  les  ouvriers  ont  trouvé  et  m'ont  remis  : 

1"  De  nombreux  morceaux  d'autres  poteries  romaines, 
notamment  :  a)  La  moitié  d'une  jolie  petite  coupe,  d'un 
très  beau  rouge,  sans  aucune  ornementation,  mais  avec,  à 
l'intérieur,  sa  marque  de  potier  PVGNIM  ;  elle  mesure  0"^  036 
de  hauteur;  h)  un  fragment  de  vase  de  même  couleur,  d'assez 
grandes  dimensions,  et  dont  la  face  externe  est  ornée  de 
dessins  en  relief  représentant  une  série  de  personnages 
séparés  les  uns  des  autres  par  des  palmiers,  lesquels  sont 
surmontés  de  petits  médaillons  avec  une  sorte  de  cigogne 
au  centre.  Ces  deux  poteries  sont  de  celles  qu'on  désigne 
généralement  sous  le  nom  de  samiennes. 


146  DÉCOUVERTES    GALLO-ROMAINES    FAITES    A    PAKIS 

2"  Plusieurs  frag-nients  de  tefjulse  romaines,  brisées  et 
sans  marque  aucune. 

3"  Quelques  os  d'animaux  trouvés  çà  et  là,  que  j'avais 
emportés,  à  seule  fin  de  déterminer  les  espèces  dont  ils 
provenaient.  Or,  quelle  ne  fut  pas  ma  surprise  ,  lorstfu'a- 
près  les  avoir  nettoyés,  j'aperçus,  sur  /rois  d'entre  eux, 
des  traits  gravés  très  distinctement,  qui  représentaient  des 
chiffres  romains.  Le  premier  est  une  apophyse  transverse  de 
vertèbre  lombaire  de  bovidé,  portant  le  chiffre  V  répété 
deux  fois  sur  la  même  face  de  l'os,  Tun  droit,  l'autre  renversé 
VA;  le  second  frag-ment  d'os  sur  lequel  on  lit  le  chiffre 
VI  est  indéterminable;  le  troisième  enfin  est  un  métatarsien 
de  jeune  porcin  [Sus  scrofa)  présentant  sur  lune  de  ses 
faces  des  chiffres  dits  en  miroir  (HIV)  (jui.  retournés, 
forment  le  nombre  8;  sur  l'autre,  le  nombre  XX. 

Assez  intrigué  par  cette  trouvaille,  car  je  n'en  connaissais 
pas  d'analog-ue,  j'attendis,  pour  consulter  à  son  sujet 
MM.  Héron  de  Villefosse  et  Salomon  Reinach,  la  décou- 
verte d'autres  pièces  semblables,  s'il  en  existait  encore  dans 
la  sablière. 

B.  —  La  seconde  fosse  a  été  reconnue  et  fouillée  le 
25  février  ,  soit  quatre  jours  après  l'ouverture  de  la  pre- 
mière. Elle  est  située  à  6 '"90  en  avant  de  la  fosse  n"  1  et  à 
droite.  Sa  forme  est  irrégulièrement  oblong-ue.  Sa  long^ueur 
est  de  2 '"20,  sa  larg^eur  de  I  '"20  et  sa  profondeur  dans  le 
sable  de  0"'(S0.  Elle  était  également  remplie  d'une  terre 
sableuse.  Les  ouvriers  y  ont  ramassé  : 

1°  De  nombreux  nu)rceaux  de  poteries  romaines  noires  et 
trois  morceaux  de  poteries  roug'cs,  ég'alement  saniiennes. 
mais  sans  caractère  particulier; 

2"  Un  curieux  vase  romain  aussi  en  terre  noire, 
malheureusement  brisé  en  un  gn-and  nombre  de  frag'uients 
et  alfectant  la  forme  d'une  grande  bouteille,  dont  la  hauteur 
ne  me  paraît  pas  devoir  être  moindre  de  45  à  50  centi- 
mètres, bien  que  je  n'aie  pu  la  reconstituer  qu'en  partie  et 


BÉCOLVERTKS    GALLO-ROMALNES    FAITES    A    l'ARlS  1 47 

avec  la  plus  grande  peine,  vu  le  nombre  de  morceaux  per- 
dus ou  brovés  dans  le  travail  des  fouilles.  Le  col  est  de 
0'"20  de  longueur  environ  (il  n'est  pas  entier)  et  son  dia- 
mètre le  plus  petit  est  de  0'"03;  quant  au  fond  (entier),  son 
diamètre  est  de  0  '"  09  ; 

3°  Une  sorte  de  petite  coupe  également  en  terre  noire, 
mais  beaucoup  plus  fine  que  celle  de  la  bouteille,  et  presque 
entière;  le  bord,  presque  seul,  fait  défaut;  son  plus  grand 
diamètre  mesure  1 1  centimètres  ; 

i^  Quatre  fonds  de  vase  de  même  terre,  plus  un  certain 
nombre  de  bords  d'autres  vases  tous  noirs  aussi; 

5°  De  nombreux  morceaux  de  tegulse  romaines  brisées i, 
sans  aucune  marque  non  plus  de  potier,  mais  l'une  d'elles 
porte  le  chiffre  XI,  très  bien  gravé  et,  sur  un  morceau  de 
brique  de  la  même  époque,  on  remarque  le  chiffre  V  déjà 
signalé  sur  les  ossements  de  la  fosse  n"  1; 

Ô'»  Enfin,  dans  cette  même  fosse  ou  dans  la  terre  l'envi- 
ronnant, plusieurs  os  gravés  ont  été  trouvés  et  recueillis,  à 
savoir  :  l'extrémité  inférieure  d'un  tibia  gauche  de  che- 
vreuil [Cervus  capreolus),  longue  de  0'"  10  et. présentant  les 
chiffres  X  et  L  ;  u;i  fragment  de  côte  de  ruminant,  long  de 
0'"103,  portant  le  chiffre  V;  un  second  fragment  de  côte 
avec  partie  de  son  extrémité  postérieure,  sur  lequel  on  lit 
le  chifTreX;  deux  fragments  de  diaphyses  osseuses,  fendues 
longitudinalement;  sur  l'une  d'elles  on  reconnaît  d'abord  le 
nombre  VI,  puis  le  signe  A;  sur  l'autre  (fîg.  14),  on  aper- 
çoit Il  et  un  peu  plus  loin  le  signe  >. 

G.  —  La  troisième  fosse  a  été  mise  à  découvert  dans  les 
premiers  jours  de  ce  mois  (mars  1903).  N'en  ayant  pas  été 
averti,  je  n'ai  pas  pu  assister  à  la  fouille  qui  j  a  été  faite. 

Située  à  6  "'  40  en  avant  et  à  droite  aussi  de  la  fosse  n''  1 , 
elle  se  trouve  au  delà  de  la  fosse  n°  2,  dont  elle  est  distante 
seulement  de  0™  50  environ.  Elle  est  toute  petite,  relati- 

l.  11  n'en  a  été  tronvé,  jusqu'à  ce  jour,  aucune  qui  soit  entière. 


148  DÉCOUVERTES    GALLO-ROMAINES    FAITES    A    PARIS 

vement  aux  deux  premières  (l"'Ori  de  longueur  sur  0"'')n 
de  largeur) ,  elle  est  creusée  très  peu  profondément  dans  le 
sable  (0'"  28). 

Cette  fosse  n'a  donné  que  trois  ou  quatre  petits  bouts 
d"os  brûlés,  des  morceaux  de  poteries  noires,  deux  petits 
morceaux  de  poteries  rouges  et  quelques  fragments  de  tuiles 
romaines  ;  le  tout  sans  caractère  particulier. 

D.  —  Quant  à  la  quatrième  fosse,  la  dernière  dont  il  me 
reste  à  parler,  elle  a  été,  pour  moi  du  moins,  la  plus  inté- 
ressante en  ce  sens  que,  prévenu  de  sa  découverte  assez  à 
temps,  comme  je  l'ai  dit  tout  à  l'heure,  j'ai  pu  assister  à  sa 
fouille  complète, 

Elle  est  située  à  10  "'80  de  la  fosse  n"  1,  à  droite  aussi, 
et  à  10 '"30  de  la  fosse  n"  3.  Sa  forme  est  presque  rectan- 
gulaire, ses  dimensions  sont  de  1  "' 58  de  longueur  sur  l'"42 
de  largeur. 

Elle  est  creusée  dans  le  sable  sur  une  profondeur  de  0  "'  i  1 . 
Elle  était  remplie,  comme  les  trois  premières,  d'un  mélange 
de  terre  et  de  sable.  La  présence  de  ce  dernier  lui  donne, 
comme  dans  les  autres  fosses,  un  aspect  jaunâtre. 

Ici,  de  même  que  dans  les  fosses  2  et  3,  pas  de  vase  funé- 
raire renfermant  des  ossements  humains  plus  ou  moins 
incinérés  et  brisés  ou  broyés,  bien  que  j'y  aie  trouvé  deux 
pierres  plates  en  calcaire  grossier,  analogues,  quoique  plus 
petites,  à  celle  qui  recouvrait  le  vase  funéraire  de  la  fosse 
n°  1. 

Je  n'ai  trouvé  ici  non  plus  aucun  vase  romain  louge  ou 
noir,  même  brisé,  mais  seulement  de  petits  fragments  de 
poteries  noires,  et  encore  très  peu  nombreux. 

Par  contre,  j'y  ai  recueilli,  moi-même  et  en  place,  de 
telle  sorte  que  je  ne  saurais  avoir  cli'  doute  sur  leur  con- 
temporanéité  avec  les  poteries  romaines  : 

1°  L'extrémité  supérieure  du  tiiùa  droit  (avec  son  extré- 
mité articulaire]  mesurant  ()"'(IS.">  de  longueur,  d'un  jeune 
chevreuil  {Cervus  capreoUis),  profondément  gravée  du  chill'rc 
X  sur  luiic  (les  l'nces  di'  1  os  ; 


DÉCOUVERTES    GALLO-ROMAINES    FAITES    A    PARIS  149 

2°  Un  fragment  de  diaphyse  osseuse,  en  partie  fendu 
par  un  trait  de  scie  longitudinal,  long  de  0'"U93,  et 
portant  gravés  sur  sa  face  externe,  non  plus  des  chiffres  ou 
des  lettres,  mais  des  traits  en  zigzag  formant  des  chevrons 
irréguliers,  qui  occupent  presque  toute  la  longueur  de  l'os; 

3°  Deux  petits  fragments  de  briques  rouges,  longs  tous 
les  deux  de  0"'0o  et  tous  deux  portant  la  même  marque, 
le   chiffre    XI     très    profondément  gravé  aussi  ; 

4"  Un  certain  nombre  de  morceaux  de  tegulœ;  sur  Tune 
de  celles-ci,  j'ai  trouvé,  gravée,  assez  superficiellement  et 
tout  près  du  rebord,  la  lettre  A.  Ce  n'est  pas  une  marque 
de  potier,  car  elle  a  été  gravée  postérieurement  à  la  fabri- 
cation de  la  tuile. 

Tel  était  le  contenu  de  la  fosse  n''  4,  qui  a  été  entière- 
ment vidée  en  ma  présence,  je  le  répète,  et  dont  la  terre 
sableuse  a  été  revue  par  moi  avec  le  plus  grand  soin  après 
son  extraction,  afin  que  rien  de  ce  que  cette  fosse  renfer- 
mait ne  m'échappât. 

En  dehors  de  ces  quatre  fosses,  les  ouvriers  ont  décou- 
vertdeux  petites  poches  creusées  non  plus  dans  le  sable,  mais 
dans  la  terre  seule  et  à  peu  près  jusqu'au  niveau  de  la  couche 
sableuse  que,  cependant,  elles  n'ont  pas  entamée,  poches, 
qui,  toutes  deux  peuvent  être  regardées  comme  funéraires. 

En  effet,  chacune  d'elles  renfermait,  ainsi  que  j'ai  pu  le 
constater  de  visu,  un  petit  amas  d'os  broyés,  extrêmement 
menus,  craquelés  et  brûlés,  absolument  comme  ceux  qui 
étaient  renfermés  dans  le  vase  funéraire  de  la  fosse  n"  1. 
Mais  ils  étaient  à  même  le  sol  et  mêlés  à  quelques  rares 
matières  charbonneuses.  Chacun  de  ces  amas  était  aussi 
recouvert  :  l'un  d'une  pierre  plate,  sorte  de  dalle  de  grandes 
dimensions  (0'"63  de  longueur,  sur  0"^42  de  largeur  et 
0"'  13  d'épaisseur),  l'autre  de  deux  pierres  plus  petites. 

Dans  ces  deux  poches,  situées  à  3 '"50  environ  l'une  de 
l'autre  et  à 3  mètres  l'une,  2'"90  l'autre  de  la  fosse  n°  4,  des 
fragments  de  poteries  noires  et  rouges,  tous  très  petits,  ont 


150  DÉCOUVERTES    GALLO-ROMAINES    FAITES    A    PARIS 

été  rencontrés  ainsi  que  des  fragments  de  tegulœ.  Sur  l'un 
de  ces  derniers,  il  semble  quon  aperçoive,  g-ravés  près  du 
rebord  de  la  tuile,  un  nouveau  chilFre  en  miroir,  un  cinq 
renversé  (A)  et  la  lettre  P,  mais  celle-ci  est  tellement  fruste 
(jue  je  n'oserais  pas  Tairirmer. 

Je  dois  ajouter  que,  en  dehors  de  ces  fosses,  soit  dans  la 
terre  arable,  soit  dans  la  terre  des  dites  fosses,  réexaminée 
avec  soin,  plusieurs  autres  os  d'animaux  gravés  de  chiffres 
ont  été  trouvés,  savoir  : 

1"  Un  os  iliaque  droit  de  chevreuil  [Cervus  capreoliis) 
portant,  sur  la  face  externe  de  la  cavité  cotyloïde  les  chiffres 
VI,  puis  I  ;  l'outil  en  gravant  le  V  a  même  perforé  l'os, 
d'ailleurs  toujours  très  mince  en  cet  endroit,  et  a  pénétré 
dans  ladite  cavité  cotvloïde  ; 

2°  Un  fragment  de  diaphyse  d'os  long  présentant  le 
chllfre  V; 

.3"  Un  fragment  d'os  du  bassin  d'un  grand  ruminant 
(probablement  un  bovidé),  sur  lequel  on  remarque  un  V  et 
le  signe  > . 

On  a  également  trouvé,  près  de  la  fosse  n°  1,  une  sorte 
de  poids  de  fdet  en  pierre  calcaire,  assez  tendre,  de  forme 
ovoïde  et  percée  d'un  trou  de  suspension,  près  de  son  extré- 
mité la  plus  petite,  ainsi  qu'un  petit  cube  de  pierre  dure 
dont   une   des    faces    est    usée  comme  s'il  avait   servi    de 

meule. 

Quehfues  morceaux  d  amphore  aux  bords  épais  ont  aussi 
été  ramassés  en  divers  endroits  dans  la  terre  surmontant  la 
couche  de  sable. 

Je  dirai  enfin,  de  façon  à  être  aussi  conqjlet  que  possible, 
(jue  le  sol  renfermait,  à  une  faible  profondeur,  (piolques 
morceaux  de  poteries  vernissées  du  moyen  âge,  ainsi  qu'un 
bord  de  vase  du  xin*=  siècle,  orné  de  (piel(|ues-unes  de  ces 
larges  lignes  rouges  qu'on  remarque  sur  certaines  poteries 
funéraires  de  cette  époque. 

En    résumé,   en    plus  de    (pieh^ues    vases  gallo-romains 


LIVRES    OFFERTS  151 

plus  OU  moins  entiers,  trouvés  jusqu'à  présent  dans  la 
sablière  du  Hameau,  les  morceaux  de  poteries  que  j'y  ai 
recueillis  (bords  et  fonds  de  vases)  proviennent  d'une  cin- 
quantaine de  pots  différents,  tous  aussi  gallo-romains. 

Telles  sont  les  découvertes  que  j'ai  faites  à  Paris,  du 
21  février  1903  à  ce  jour  27  mars,  dans  la  sablière  de  la  rue 
du  Hameau,  qui  me  paraissent  y  démontrer  l'existence 
d'une  nécropole  g-allo-ï^omaine  à  incinération  et  que  j'ai 
l'honneur  de  soumettre  à  l'Académie. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Président  souhaite  la  bienvenue  à  M.  Murray,  corresp'ondant 
de  l'Institut,  qui  assiste  à  la  séance,  et  ofTre,  en  son  nom,  à  l'Aca- 
démie son  ouvrage  sui-  les  sculptures  du  Parthénon  :  The  aculptures 
of  the  Parthénon  (London,  1903,  in-8»). 

M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  et  des  beaux-arts  transmet 
à  l'Académie,  de  la  part  de  l'auteur,  M.  Lampakis,  d'Athènes,  les 
ouvrages  suivants  : 

1°  Mémoire  sur  les  antiquités  chrétiennes  de  la  Grèce  (Athènes, 
1902,  in-40). 

2"  Le  couvent  Je  Daphni  après  les  réparations  (Athènes,  1899, 
in-8"). 

M.  Héron  de  Villefosse  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  une 
brochure  dont  il  est  l'auteur,  et  qui  est  intitulée  :  Nouveau  fragment 
daté  des  allocutions  d'Hadrien  à  l'armée  de  Numidie  (Berlin,  1903  ; 
extr.  du  volume  intitulé  :  «  Fcstchrift  zu  Otto  Ilirschfeld  »). 

M.  Barth  fait  hommage,  au  nom  de  l'auteur,  M.  le  professeur 
Kielhorn,  correspondant  de  l'Académie  : 

1°  De  la  troisième  suite  de  la  précieuse  «  Liste  des  inscriptions  de 
rinde  du  Sud  »,  que  M.  Kielhorn  publie  en  supplément  dans  VEpi- 
graphia  Indica. 

1902.  11 


152  LIVRES    OFFERTS 

2"  Des  Epif/J'nphic  noies  (pour  190."ij,  que  Tauleur  pul)lie  périodi- 
quement dans  les  Nachrichten  de  la  Société  de  Gottingue.  Parmi  ces 
courtes  notices,  toutes  intéressantes  à  divers  titres,  on  remarquera 
surtout  celle  où  M.  Kielliorn  ruine  le  synchronisme  que  M.  Liebich, 
l'éditeur  de  la  grammaire  Candra  ,  a  cru  pouvoir  établir  entre  la 
rédaction  du  commentaire  de  cette  j^rammaire  et  les  victoires  de 
Skandagupta  sur  les  Huns  Epbtalites,  ainsi  que  l'analyse  d'une  longue 
inscription,  malheureusement  très  mutilée,  provenant  de  Kasia  en 
Gorakhpur,  qui  débute  par  une  invocation  à  Çiva,  à  la  déesse  boud- 
dhi([ue  Tara  et  au  Buddha.  Cette  étrange  association  montre  liicn 
(ju'à  cette  épo([uc,  xi'=  ou  xii«  siècle,  le  Bouddhisme  de  l'Inde  du  Nord 
n'avait  rien  à  envier,  en  fait  de  dégénérescence  syncrétique,  à  celui 
du  Népal  et  de  Java. 

M.  Barbieh  de  MeyiNakd  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

('  J'ai  rhonncur  d'oflrir  à  l'Académie,  au  nom  de  l'auleur,  un  Traite 
de  DK'Iriqiie  arabe,  traduit  et  commenté  par  M.  René  Basset,  corres- 
pondant de  l'Institut  et  directeur  de  l'Kcole  des  Lettres  d'Alger 
(Alger,  1902,  in-8°,  xiii  et  181  p.). 

«  La  littérature  arabe  est  riche  en  traités  didactiques  versifiés,  des- 
tinés à  être  appris  par  cœur.  La  concision  exigée  par  la  nature  du 
sujet  a  donné  naissance  à  des  commentaires  qui,  à  leur  tour,  ont  été 
complétés  par  des  gloses  littéraires  et  lexicographiques. 

K  Un  des  plus  célèbres  parmi  ces  ouvrages  lechnicpies,  ou  du  moins 
celui  qui  depuis  longtemps  est  la  base  de  l'étude  de  la  piosotUe 
arabe  dans  les  Universités  africaines,  a  été  rédigé  dans  la  première 
moitié  du  viii<=  siècle  de  notre  ère  et  porte  le  titre  de  Khazreiljijah, 
d'a[)rès  le  nom  de  l'auteur  Dhya  ed-l)in  El  Khazredjy.  —  C'est  ce 
document  (jue  le  savant  directeur  de  l'Ecole  des  Lettres  d'Alger  vient 
de  publier  sous  les  auspices  du  Gouvernement  général  de  l'Algérie. 

«  Ce  petit  poème,  composé  d'une  centaine  de  vers  qui  seraient  à 
peu  près  inintelligibles  s'ils  n'étaient  accompagnés  de  gloses  très 
nombreuses,  renferme  toutes  les  règles  de  la  mélricjue  arabe,  ce  qui 
explicjue  la  vogue  dont  il  jouit  encore  dans  le  liaul  enseignement  des 
Mcdersahs.  M.  Basset  l'a  traduit  et  commenté  avec  un  soin  minutieux, 
et  si,  parmi  les  vei'S  cités  par  l'auteur  arabe  à  l'appui  des  règles  pro- 
.sodiques,  il  s'en  trouve  quelques-uns  dont  la  traduction  peut  paraître 
incertaine,  l'ensemble  du  dilTicile  travail  entrepiis  par  M.  Basset  fait 
honneur,  comme  on  devait  s'y  attendie,  à  sa  profonde  connaissance 
de  la  langue  classique  et  à  l'érudition  bibliographitjue  dont  il  a  déjà 
donné  maintes  preuves. 


SÉANCE    DU    3    AVRIL    1903  153 

«  J'offre  en  outre,  de  la  part  de  notre  correspondant,  deux  bro- 
chures qu'il  vient  de  publier  :  1°  une  légende  en  vers  de  style  à  demi 
vulgaire  intitulée  :  MoharninecI  et  le  Chameau,  qu'il  a  recueillie  dans 
les  montagnes  de  TOuarsenis  (département  d'Alger)  ;  2''  son  Rapport 
sur  les  études  berbères  et  haoussa,  qui  a  paru  récemment  dans  le 
Journal  asiatique. 


SEANCE   DU    3   AVRIL 


M.  le  Directeur  de  l'Enseignement  supérieur  écrit  au  Secré- 
taire perpétuel  pour  lui  faire  connaître  que  Tinauguration  du 
Musée  de  Delphes  aura  lieu  vers  la  fin  de  ce  mois,  entre  le 
"28  avril  et  le  2  mai. 

Le  Président  de  l'Académie  Britannique  adresse  au  Secrétaire 
perpétuel  la  lettre  suivante  : 

London,  26  mars  1903. 
Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel, 
L'Académie  Britannique  a,  dans  sa  séance  plénière  d'hier,  à  l'una- 
nimité, adopté  une  motion  par  laquelle  elle  s'associe  au  deuil  que 
porte  votre  Académie  en  mémoire  du  membre  éminent  qu'elle  vient 
de  perdre  dans  la  personne  de  M.  Gaston  Paris,  qui  consacra  sa  vie 
à  des  études  dont  toutes  les  Académies  ont  recueilli  des  bénéfices 
qui  ne  pourront  jamais  être  assez  appréciés. 
Veuillez  ag-réer,  etc. 

Signé  :  Reay. 


D' 


Les  remerciements  de  l'Académie  seront  adressés  à  l'Académie 
Britannique. 

Le    Président    annonce  à   l'Académie   que,   selon   l'usage,   la 
séance  du  vendredi  saint  est  avancée  au  mercredi  précédent. 


154  NOUVELLE    INSCRIPTION    DU    TEMPLE    D*ECHMOUN 

M.  Philippe  Berger  communique,  de  la  part  du  savant  orien- 
taliste M.  Schrœder,  consul  général  d'Allemagne  à  Beyrouth,  une 
nouvelle  inscription  provenant  du  temple  d'Echmoun  à  Sidon. 

Cette  inscription,  dont  le  contexte  dillëre  sensiblement  des 
autres,  qui  sont  toutes  semblables,  présente  un  intérêt  capital, 
parce  qu'on  y  trouve  le  titre  de  Roi  des  rois,  cherché  en  vain 
jusqu'à  présent  dans  l'épigraphie  sémitique.  Elle  comble  en 
outre  la  lacune  qui  existait  entre  le  roi  Bodastoret  et  son  grand- 
père  Echmounazar  et  nous  fournit  le  nom  d'un  nouveau  prince 
de  la  famille  royale  de  Sidon,  Syddykjaton  ^. 

M.  Daniel  Serruys  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur 
l'élément  verbal  dans  la  composition  lyrique  des  Grecs.  Il  déter- 
mine la  méthode  et  les  résultats  de  son  système  par  l'examen  de 
diverses  périodes  empruntées  à  Pindare  et  à  Bacchylide. 

M.  A\'^En.  présente  quelques  observations  sur  les  conclusions  de 
cette  communication. 

M.  le  capitaine  'W^eill  fait  une  communication  sur  un  nom 
royal  égyjjtien  de  la  période  thinite  au  Sinaï^. 


COMMUNICATIONS 


DÉCOLVEUTE    d'uNE    NOUVELLE    INSCRIPTION 

DU    TEMPLE    d'eCHMOUN  ,    A    SIDON. 

NOTE    DE    M.     PHILIPPE    BERGER,    MEMIUIE    DE    l'aCADÉMIE. 

Le  .savant  auteur  de  la  Phônizische  Sprache,  le  D''  Schr()dcr, 
consul  général  d'Allemagne  à  Beyrouth,  m'adresse  la  lettre 
suivante  (juc  jr  nit  inpresse  de  communiquera  rAcadcmie. 

I .    \'nir  ri-;ii)rcs. 
■J.    \'(iii-  t-i-aprcs. 


NOUVELLE    INSCRIPTION    DU    TEMPLE    d'eCHMOUN  155 

Elle  a  ti'ait  à  la  découverte  d'une  nouvelle  inscription  pro- 
venant des  ruines  du  temple  d'Esmoun  à  Bostan-ech-Cheikh, 
près  de  Saïda. 

Cette  nouvelle  inscription  olîre  un  texte  sensiblement 
différent  des  autres,  qui  étaient  jusqu'à  présent  toutes 
identiques.  Non  seulement  le  nom  de  Sidon  n'est  suivi 
d'aucun  de  ces  vocables,  topographiques  ou  mythologiques, 
qui  ont  donné  lieu  à  tant  de  controverses,  mais  la  lacune 
qui  existe ,  dans  les  autres  inscriptions ,  entre  le  nom  de 
Bodastoret  et  celui  de  son  grand-père  Esmounazar,  est 
comblée  par  un  nouveau  nom  royal ,  Siddykjaton  ;  et  ce 
personnage  royal  porte,  à  notre  grand  étonnement,  le  titre 
de  «  Roi  des  Rois  »,  Melek-melakim ,  que  l'on  considérait 
jusqu'à  présent  comme  exclusivement  propre  au  Grand 
Roi ,  c'est-à-dire  au  roi  de  Perse ,  et  dont  on  pouvait 
contester  la  survivance  à  l'époque  de  la  dynastie  d'Esmou- 
nazar. 

Cette  mention,  si  inattendue,  soulève  des  difficultés  qui 
demanderont  à  être  étudiées  de  près  ;  mais  dès  à  présent  il 
faut  reconnaître  qu'elle  apporte  un  élément  tout  nouveau 
dans  le  débat  soulevé  par  les  inscriptions  du  temple 
d'Esmoun  ,  élément  dont  on  ne  saurait  méconnaître  l'im- 
portance capitale  pour  cette  période  de  l'histoire  de  la 
Phénicie. 

Voici  la  lettre  de  M.  Schrôder  : 

Beyrouth,  le  17  mars  1903. 
Très  honoré  Monsieur, 

J'ai  eu  Thonneur  de  vous  adresser  il  y  a  deux  mois  une  lettre 
au  sujet  des  inscriptions  phéniciennes  du  temple  d'Esmoun  à 
Sidon.  Je  m'empresse  de  vous  communiquer  aujourd'hui  une 
nouvelle  qui  vous  intéressera  sans  doute.  Je  vous  autorise  d'en 
faire  l'usage  que  vous  jugerez  à  propos. 

Depuis  environ  quinze  jours  il  se  trouve  ici,  au  Musée  du 
Collège    Américain    (Syrian    Protestant    Collège),    une    pierre 


Io6  NOUVELLE    LNSClill'TlON    DU    TEMPLE    d'eCHMOUiN 

découverte  l'année  passée  à  vSaïda  et  portant  une  inscription 
phénicienne  en  trois  lignes.  La  personne  qui  a  servi  d'intermé- 
diaire pour  l'achat  de  la  pierre  s'est  engagée  vis-à-vis  du  ven- 
deur à  ne  pas  le  nommer  ni  indiquer  l'endroit  où  elle  a  été 
découverte.  Mais  il  n'existe  pour  moi  aucun  doute  qu'elle  ne 
provienne  de  Bostan-ech-Cheikh  et  qu'elle  n'ait  été  extraite  du 
même  mur  de  fondation  qui  nous  a  fourni  les  autres  inscriptions 
relatives  à  la  fondation  du  temple  d'Esmoun  par  le  roi  Hodach- 
toreth.  L'aspect  extérieur  de  la  pierre  ainsi  que  le  contenu  de 
l'inscription  et  son  caractère  paléographique  le  prouvent  d'une 
manière  absolue.  Je  suppose  que  le  bloc  (qui  a  les  mêmes 
dimensions  que  les  inscriptions  de  Hostan-ech-Cheikh  et  qui  est 
taillé  de  la  même  pierre  calcaire  molle  que  celles-ci)  a  été,  après 
le  départ  du  commissaire  ottoman  Macridi  Bey,  extraite  et  enle- 
vée du  mur  de  Bostan-ech-Cheikh  j)ar  nu  des  ouvriers  (pii  y  ont 
travaillé  pour  le  compte  de  Macridi  Bey.  La  pierre  est  cassée  en 
deux  morceaux,  mais  l'inscription  est  complète,  sauf  sept  ou  huit 
lettres  qui  formaient  le  commencement  du  texte,  l^es  lettres 
étaient  peintes  en  rouge;  on  voit  encore  très  clairement  les  traces 
de  la  couleur. 

M.  H.  Porter,  conservateur  de  la  collection  d'antiquités  du 
Collège  Américain,  a  eu  l'obligeance  de  me  montrer  l'inscription, 
qu'il  a  l'intention  de  publier  prochainement.  VA\e  est,  selon  moi, 
d'une  importance  capitale,  parce  qu'elle  nous  apprend  le  nom 
du  père  du  roi  Bodachtoreth  :  Sadiki/.ufhou  "îî^"'p~À*  et  complète 
ainsi  une  lacune  dans  la  nomenclature  de  la  dynastie  ICsmounaza- 
rienne  de  Sidon.  Mais  ce  (jui  est  le  plus  surprenant,  c'est  que  ce 
roi  Sadikyathon  ou  Siddikyathon  porte  dans  notre  inscription  le 
titre  de  «  Roi  des  Rois  »  melek  melakim  DjS^Z  "Sc  qu'on  croyait 
être  réservé  aux  rois  de  Perse  ou  aux  rois  Ptolémées.  Lorsque 
j'ai  vu  pour  la  première  fois  la  copie  di'  l'inscription  faite  par 
M.  Porter,  je  croyais  à  une  erreur  du  copiste,  mais  un  examen 
minutieux  de  l'original  m'a  convaincu  de  la  justesse  de  la  lecture 
C-""2  "jSî2  quoique  le  metn  iinal,  qui  formait  la  dernière  lettre  de 
la  premièi-e  ligne,  ait  disparu  par  suite  d'un  endommagement  de 
la  surface  à  cet  endroit.  Voici  la  copie  el  la  li  iiiiscripliou  du  texte 
phénicien  : 


NOUVELLE    INSCRIPTION    DU   TEMPLE    D  ECHMOUN 


137 


Djiï  -Sa  nwau^N'  -jSa  -[i  p    2 
\:np  1^7  -jaïJN'S  [""JSnS  p  "in2n    3 

{Boclachiorelh,  roi  [des  Sidom'cns])  et  fils  de  Sadiqyalhon  roi 
des  rois , 

Petit-fils  d'Eschmounazar  roi  des  Sidoniens , 

A  construit  ce  temple  à  [son]  dieu,  à  Esmoun,  prince  saint. 

La  lacune  au  commencement  de  la  première  ligne  contenait 
sans  doute  le  nom  du  roi  Bodachtoreth.  On  distingue  encore  le 
n  final  de  ce  nom,  qui  est  suivi  par  la  lettre  vavi  1.  Cette  lettre, 
qui  est  très  claire  et  ne  peut  être  lue  autrement,  est  une  réelle 
difficulté  pour  l'interprétation;  elle  paraît  à  cette  place  n'avoir 
nulle  raison  d'être  ,  mais  elle  y  existe.  Le  fils  de  Sadiqjathon 
serait-il  un  autre  personnage  que  Bodachtoreth?  Ce  n'est  pas 
possible,  parce  que  p  p,  etc.,  ne  peut  se  rapporter  qu'à  Bodach- 
toreth qui  était  le  petit-fils  d'Esmounazar,  comme  nous  le  savons 
des  autres  inscriptions  de  Bostan-ech-Cheikh.  Et  en  admettant 
deux  personnes  distinctes  séparées  par  la  copulative  1  à  la  pre- 
mière ligne,  il  faudrait  lire  p  à  la  dernière  ligne  comme  pluriel: 
Ul  «  ils  ont  construit  »,  et  le  mot  suivant  dSn  «  leur  dieu  »  au 
lieu  de  ""Sx  «  son  dieu  ».  (La  troisième  lettre  de  ce  mot  ne  se  lit 
plus  sur  la  pierre,  elle  a  disparu  dans  la  fissure  qui  s'est  formée 
à  cet  endroit  où  la  pierre  est  cassée.)  Cette  hypothèse  me  paraît 
être  très  probable. 


1S8  NOUVELLE    INSCRIPTION    DU    TEMPLE    d'eCHMOUN 

Vous  êtes  plus  compétent  que  moi  à  résoudre  la  difTiculté  créée 
par  l'existence  du  vaiv  devant  les  mots  ^iT'pTÏ  p,  et  je  vous  prie 
de  me  faire  l'honneur  de  me  communiquer  votre  opinion  à  ce 
sujet. 

Quant  à  1  authenticité  de  la  pierre,  je  n'ai  aucun  doute. 

Je  vous  prie,  Monsieur,  d'agréer  l'assurance  de  mes  sentiments 
très  distingués, 

SciIRtlEDER. 

Le  nom  du  dieu  phénicien  Sadik  (le  Sydik  de  Sanchoniathon, 
le  père  des  Cabires,  le  plus  grand  des  dieux;  v.  Movers ,  Die 
Phoenizier,  t.  I,  p.  265  et  652)  se  retrouve  dans  le  nom  d'un  roi 
à  Chypre  "jSîZpty.  roi  de  Lapethos  ;  v.  Babelon,  Les  Perses 
AchéméniJes,  etc.,  p.  111,  et  s'est  peut-être  conservé  dans  le 
nom  topographique  de  Djebel  Siddiqn  des  géographes  arabes, 
qui  désigne  une  contrée  montagneuse  à  lest  de  Tyr  (v.  Glermonl- 
Ganneau,  Recueil  dnrchéol.  orient.,  l.  \',  p.  257,  et  Guy  le 
Strange,  Palestine  iimler  the  Moslems,  p.  76). 

Je  n'ajouterai  que  quehjues  mots  à  la  communication  de 
mon  éminent  correspondant.  Puisque  M.  Schroder,  avec 
une  trop  |j;rande  modestie,  veut  bien  me  demander  mon  avis 
au  sujet  des  trois  lettres  \-^  (c  et  fils  de  »,  qui  précèdent  le 
nom  de  Syddykjaton  ,  je  me  permettrai  de  faire  observer 
que,  d'après  sa  copie,  la  première  lettre  ne  parait  pas  être 
un  vaw^  mais  plutôt  un  knf.  Dès  lors  il  ne  faudrait  pas  lire 
ouhcn  ,  mais  kehen,  ce  qui  semblerait  désig^ner  un  titre  se 
rattachant  à  celui  de  fils,  sans  exprimer  la  filiation  directe'. 
Qui  sait  si  cette  mention  insolite,  rompant  avec  la  «j^énéalo- 
gie  normale,  n'expliquerait  pas  l'absence  du  nom  de  Syddyk- 
jaton sur  les  autres  inscriptions. 

Cette  hypothèse  som])le  confirmée  par  le  titre  de  lloi  des 
Rois  f[uo  prend  Syddykj.iloii.  Il  n'est  pas  permis  d'y  cher- 

1.  Il  ot  iiK'iiic  pci'mis  (le  se  iliMiiaiulci'  s'il  n'y  aiiiail  i)as  un  lien  «Milcc  ce 
mot  et  lo  I^Z  fie  la  2"  Siilmiicnsis.  G.  /.  i".,  I.  1.  qui  irstc  toujours  obscur, 
(^r.  mon  Mthnoire  sur  les  inscriiilians  de  /'ondutidu  du  temple  d'f'sinoun, 
p.  is-l'i. 


NOUVELLE    INSCRIPTION    DU    TEMPLE    d'eCHMOUN  159 

cher  le  nom  d'un  roi  de  Perse  sous  un  déguisement  phéni- 
cien. On  a  beaucoup  abusé  de  ces  équivalences  pour  expli- 
quer les  noms  propres  inconnus  qui  venaient  dérang^er  des 
théories  préconçues.  Avec  ce  système,  il  est  possible  de 
tout  expliquer.  L'antiquité  a  connu  ces  équivalences,  nous 
en  avons  de  nombreux  exemples,  mais  je  crois  que  jamais 
elle  ne  les  aurait  appliquées  à  des  noms  aussi  connus  et 
aussi  intang-ibles  que  ceux  des  rois  de  Perse. 

Il  est  plus  vraisemble  d'admettre,  ou  que  ce  titre  était 
un  titre  usurpé  par  un  roi  de  Sidon ,  k  une  époque  d'affai- 
blissement de  la  suzeraineté  perse,  ou  bien  que,  sans  affecter 
le  pouvoir  suprême,  Syddykjaton  voulait,  par  ce  titre  ambi- 
tieux, marquer  sa  suprématie  sur  les  autres  princes  de  la 
côte  phénicienne.  C'est  -l'histoire  de  la  grenouille  voulant 
égaler  le  bœuf. 

Quoi  qu'il  en  soit,  je  crois  que  c'est  dans  ce  double  titre 
de  Syddykjaton  qu'il  faut  chercher  la  clef  des  difficultés 
historiques  que  soulève  la  dynastie  d'Esmounazar. 

On  ne  peut  s'empêcher  de  remarquer  que  cette  nouvelle 
inscription  paraît  à  première  vue  peu  favorable  à  la  théorie 
qui  place  cette  dynastie ,  non  à  l'époque  perse ,  mais  après 
Alexandre.  Actuellement  nous  connaissons  une  série,  non 
plus  de  trois  rois,  mais  de  six  rois  ou  personnages  royaux, 
qui  se  sont  .succédé  sur  le  trône  de  Sidon  :  Esmounazar  I, 
Tabnit,  Ummastoret,  Esmounazar  II,  Syddykjaton,  Bodas- 
toret.  Même  en  identifiant,  d'une  façon  assurément  très 
ingénieuse,  Esmounazar  avec  Abdalonyme,  et  Bodastoret 
avec  Philoclès,  il  est  bien  malaisé  de  caser  une  aussi 
longue  suite  de  rois,  tous  appartenant  à  la  même  famille, 
dans  la  période  de  transition,  si  courte  et  si  troublée,  qui 
a  suivi  la  mort  d'Alexandre. 


160 


UN    NOM    ROYAL    ÉGYPTIEN    DE    LA    PÉRIODE   THIMTE    AU    SINAÏ 

PAR    :M.    R.    WEILL. 

Le  fait  que  nous  nous  proposons  de  sig-naler  est  de  nature 
à  jeter  une  lumière  nouvelle  sur  l'histoire  de  cette  très 
ancienne  période  égyptienne,  dite  archaïque,  ou  thinite,  ou 
abyclénienne,  qui  précède  la  H'^  dynastie  et  nous  est  connue, 
depuis  1897,  parles  découvertes  d'Abydos,  de  Neg-adah  et 
d'IIiérakonpolis. 

Il  s'ag-it  de  la  présence ,  sur  deux  bas-i-eliefs  des  mines 
de  turquoises  du  Ouady  Magharah,  au  Sinaï,  du  cartouche 
d'Horus  de  Mersekha,  l'un  des  rois  dont  les  noms  reviennent 
le  plus  souvent  sur  les  empreintes  de  cylindres  et  les  objets 
divers  tirés  des  tombeaux  archaïques  d'Abydos.  Ces  deux 
bas-reliefs  appartiennent  entièrement  à  la  période  archaïque 
par  le  style  des  figures  et  la  composition  des  scènes,  qui 
sont  accompagnées ,  en  outre  ,  de  courtes  légendes  écrites 
dans  le  système  hiéroglyphique  particulier  à  cette  période. 
Ils  furent  découverts  par  la  mission  anglaise  de  18G8  au 
Sinaï,  et  publiés,  en  18()9,dans  YOrdnance  Survey  of  Ihe 
Peninsula  of  Sinaï  [Account  of  tJie  Survej/.  pi.  IIIj.  Birch, 
dans  VAccount  même,  commenta  brièvement  les  scènes  et 
le  nom  royal,  dont  il  ne  put  naturellement  éclaircir  l'énigme, 
les  premiers  monuments  significatifs  de  l'époque  archaïque 
étant  destinés  à  venir  au  jour  seulement  en  18*l(».  Mais  la 
lecture  même  de  Birch  confirme  que  c'est  bien  en  présence 
du  Mersekha  d'Abydos  que  nous  nous  trouvons. 

Les  gisements  du  Ouady  Magharah  étaient  couramment 
exploités  parles  l^lgyptiens  de  l'épixiur  nuMiipliile,  <jui  y  ont 
laissé  de  nombreuses  inscriptions.  Lv  j)lu.s  ancien  monu- 
ment de  cette  localité  était,  croyait-on,  celui  de  Snofroui, 
le  prédécesseur  de  Khéops  (début  de  la  W''  dynastie), 
lorsqu'en  1894,  M.  G.  Bénédite  y  signala  l'existence  d'un 


IN    NOM    ROYAL    ÉGYPTIEN    DE    LA    PÉRIODE    THINITE         161 

bas-relief  portant  le  cartouche  de  l'Horus  youtirkha,  qui 
est  le  roi  Zoziri.  Les  listes  ég-yptiennes  classent  Zoziri  vers 
le  milieu  de  la  IIP  dynastie,  et  certains  faits  connus  depuis 
longtemps  concordent  avec  les  récentes  découvertes  d'Hié- 
rakonpolis  pour  situer  son  règ-ne  à  la  fin  de  la  période 
archaïque,  au  point  de  passage  du  thinite  au  memphite. 
Bien  antérieure  est  la  date  de  Mersekha,  dont  les  monu- 
ments représentent  Tarchaïque  en  son  moment  le  plus 
caractérisé,  que  certains  savants  croient  pouvoir  identifier 
avec  la  T''  dynastie  manéthonienne. 

L'existence  d'inscriptions  de  Mersekha  au  Sinaï  prouve 
qu'à  cette  époque  ancienne  l'exploitation  des  mines  avait 
déjà  commencé,  et  par  suite,  que  les  rois  des  dynasties 
thinites  avaient  pris  pied  dans  les  régions  à  l'est  de  l'isthme. 
Cela  serait  impossible,  si  ces  souverains  de  la  Haute-Egypte 
n'avaient  régné  en  même  temps  sur  l'Egypte  du  Nord,  de 
sorte  qu'on  est  conduit  à  admettre  qu'à  l'époque  thinite, 
l'unité  politique  de  l'Egypte  était  déjà  accomplie. 

Il  faut  rapprocher  de  cette  conclusion  un  certain  nombre 
de  faits  qui  la  corroborent  :  la  récente  découverte,  dans  la 
nécropole  de  Saqqarah  ,  de  tombes  thinites  avec  des  objets 
portant  des  noms  royaux  d'Abydos  ;  la  mention,  figurée  ou 
épigraphique,  sur  plusieurs  monuments  archaïques,  d'expé- 
ditions faites  contre  les  Barbares  de  la  marche  orientale  ou 
septentrionale  ;  enfin  ,  la  tradition  que  rapportent  Diodore 
de  Sicile  et  Plutarque,  et  suivant  laquelle  Menés  lui-même 
aurait  envoyé  une  expédition  au  delà  de  la  frontière  d'Asie. 

Les  découvertes  d'Abydos  ont  montré  que  tout  n'est  pas 
invention  pure  dans  les  bribes  d'annales  anciennes  que  pos- 
sédaient encore  les  compilateurs  de  l'époque  thébaine  et  de 
l'époque  grecque.  En  ce  qui  concerne  Menés,  dont  l'exis- 
tence historique  n'est  encore  établie  par  aucun  témoignage 
irrécusable,  il  se  pourrait  fort  bien  que  le  lointain  souvenir 
recueilli  par  Diodore  et  Plutarque  eût  son  origine  dans  les 
entreprises  d'un   roi  des  dynasties  archaïques,   Mersekha 


162  SÉANCE  DU  8  AVRIL  4903 

peut-être,  ou  quelque  autre  des  rois  d'Abydos  dont  on  décou- 
vrira le  nom ,  un  jour,  dans  un  recoin  ûul)lié  des  gorges 
sinaïtiques. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  offre,  au  nom  des  auteurs,  les  ouvrages 
suivants  : 

La  richesse  rythmique  musicale  de  l'antiquité.  Leçon  d'ouverture 
du  cours  d'histoire  delà  musique  professé  en  i 902-1 'J03  à  la  Sorbonne, 
par  M.  Georges  lloudard  (Paris,  1903,  in-8°). 

Répertoire  général  de  hio-bihlioçjraphie  bretonne,  par  M,  René 
Kerviler.  Livre  premier  :  Les  Bretons,  fascicule  38  (Rennes,  1902, 
in-8°). 

M.  Héron  de  Villefosse  dépose,  en  son  nom,  deux  brochures 
intitulées  : 

1"  Petites  notes  d'archéologie,  IH,  n"*  13  à  20  (extr.  du  Bulletin  de 
la  Société  nationale  des  antiquaires  de  France,  1902). 

2"  Musée  du  Louvre.  Département  des  antiquités  grecques  et 
romaines.  Acquisitions  de  l'année  1902,  par  MM.  A.  Héron  de 
Villefosse  et  E.  Michon  (Paris,  1903,  in-8°). 


SÉANCE    DU    8    AVRIL 

(Séance  avancée  au  mercredi,  à  cause  du  Vendredi  Saint. 


M.  E.  Lefèvre-Pontalis,  président  du  Congrès  archéologique 
qui  doit  se  tenir  à  Poitiers  du  16  au  '2\  juin,  adresse  à  lAca- 
démie  un  exemplaire  du  programme  de  cette  réunion,  en  expri- 
mant le  désir  de  voir  y  assister  des  membres  de  lAcadémie. 


SÉANCE    DU    8    AVRIL    1903  163 

M.  le  Gouverneur  g^énéral^  de  rindo-Chine  écrit  au  Secrétaire 
perpétuel  que,  conformément  aux  propositions  de  l'Académie,  il 
a  prorogé  d'un  an  le  ternie  de  séjour  de  MM.  Huber  et  Maître, 
pensionnaires  de  l'École  française  d'Extrême-Orient. 

M.  Garolus  Duran,  président  de  la  Société  nationale  des 
Beaux-Arts,  informe  le  Secrétaire  perpétuel  que  les  membres  de 
l'Institut  pourront  entrer  à  l'Exposition  de  cette  Société,  qui 
aura  lieu  au  Grand  Palais  du  15  avril  au  30  juin. 

M.  Delisle  communique  la  photographie  d'une  grande  peinture 
exécutée  par  Jean  Fouquet  et  qui  appartient  à  la  même  série 
que  les  neuf  peintures  contenues  dans  le  volume  des  Antiquités 
juives  conservé  à  la  Bibliothèque  nationale.  Cette  photographie 
a  été  envoyée  par  M.  Henry  Yates  Thompson  qui  possède  cette 
peinture  et  qui  en  a  reconnu  l'oi'igine. 

Le  PRÉsmENT  donne  lecture  delà  lettre  suivante  qu'il  vient  de 
recevoir  de  M.  Glermont-Ganneau  : 

Pai'is,  7  avril  1903. 
Monsieur  le  Président  et  cher  Confrère, 

Ne  pouvant,  à  mon  grand  regret,  assister  à  la  séance  d'aujourd'hui, 
je  désirerais  faire  consigner  au  procès-verbal  une  courte  observation 
au  sujet  de  l'intéressante  inscription  phénicienne  nouvellement 
découverte  dans  les  ruines  du  temple  d'Echmoun  des  environs  de 
Sidon,  et  communiquée  par  notre  confrère  M.  Berger,  dans  la  der- 
nière séance. 

J'attache  une  importance  toute  particulière  à  l'apparition,  dans  ce 
texte,  du  titre  de  MelekMelakim  «  roi  des  rois  »  ;  elle  prouve  au  moins 
une  chose,  que  j'avais  avancée  autrefois  et  qui  avait  été  vivement 
contestée,  à  savoir  que  le  titre  protocolaire  adon  jnelakinn<.  Seigneur 
des  rois  »  ou«  des  royautés  »  était  d'origine  égyptienne;  qu'il  n'avait 
jamais  dû  être  appliqué  par  les  Phéniciens  aux  rois  de  Perse;  enfin 
que,  si  jamais  on  trouvait  dans  un  texte  phénicien  le  titre  protocolaire 
d'un  roi  de  Perse,  ce  titre  serait,  au  contraire,  melek  melakint,  soit 
justement  celui  que  nous  révèle  la  nouvelle  inscription.  En  un  mot, 
je  prétendais  que  les  titres  adon  melakim  et  melek  melakiin  ne 
devaient  pas  être  considérés,  ainsi   qu'on  le  faisait  généralement, 


164  SÉANCE    DU    8    AVRIL    1903 

comme  équivalents  tant  pour  le  sens  que  pour  rapplication  au  pou- 
voir suzerain. 

Et  maintenant,  est-ce  à  dire  que,  dans  la  nouvelle  inscription,  le 
personnage,  jusqu'ici  inconnu,  Sidikyaton,  qui  semble  porter  ce  titre 
de  melek  melnkim,  soit  un  roi  de  Perse,  et  que,  par  suite,  comme 
notre  confrère  M.  Berger,  si  je  ne  me  trompe,  inclinait  à  le  croire, 
toute  la  dynastie  echmounazarienne  soit  à  classer  définitivement  à 
l'époque  achéménide  et  non,  comme  je  l'avais  supposé,  postérieure- 
ment à  Alexandre"?  Il  ne  faudrait  pas  se  hâter  de  conclure  dans  ce 
sens.  Il  serait  bon  denvisager  une  autre  possibilité  :  c'est  (jue,  de 
même  que  les  Ptolémées  portaient,  au  regard  de  leurs  sujets  phéni- 
ciens, le  titre  traditionnel,  spécifiquement  égyptien,  de  Adon  mela- 
kim,  de  même  les  Séleucides  ont  pu,  dans  les  mêmes  conditions, 
porter  le  titre  traditionnel,  spécifiquement  perse  de  Mrlek  Melakiin, 
puisc[u'ils  avaient,  de  fait,  hérité  de  la  partie  essentielle  de  l'empire 
achéménide.  Je  ferai  remarquer  qu'en  tout  cas  l'identité  de  ce  «  roi 
des  rois  »,  répondant  au  nom  juscju'ici  inconnu  de  Sidikyaton,  est 
aussi  difficile  à  déterminer  dans  l'hypothèse  perse  '  que  dans  l'hypo- 
thèse séleucide.  L'une  et  l'autre  ont,  entreautres  ressources,  celle  de 
recourir  à  la  conjecture  de  quelcjue  usurpateur,  par  exemple,  s'étant 
plus  ou  moins  légitimement  emparé  de  ce  titre  qui  implique,  de 
toute  façon,  une  prétention  à  la  suzei'aineté.  Mais  un  tel  fait  a  pu  se 
produire  aussi  bien  après  qu'avant  Alexandre. 

Je  ne  puis  aujourd'hui  ([ue  poser  la  question,  me  proposant  d  y 
revenir. 

M.  S.  Reinacii  étudie  le  sculpteur  Strongylion,  qui  florissail  à 
Athènes  vers  410  avant  J.-C.  et  dont  une  Arlémis  courant, 
sculptée  pour  un  temple  de  Méyare,  a  été  imitée  par  Praxitèle. 
Stron{^ylion  était  aussi  l'auteur  dune  statuette  d'Amazone  <|ue 
l'on  transportait  dans  les  bagages  de  Néron.  M.  S.  Reinach 
pense  qu'une  belle  statue  d'Artémis  court-vêtue,  découverte  vers 
1865  dans  l'ile  de  Lesbos  et  conservée  au  Musée  de  Conslanti- 
nople,  (Iéri\e  cruii  ori;.;inaI  de  Strongriion;  elle  oll're,  en  elTet, 
des  analogies  avec  les  motifs  favoris  de  Praxitèle,  mais  elle  est 
d'un  style  plus  archaïque,    qui    atteste   encore   l'inlUience  de   la 

1.  On  pourrait,  dans  celle-ci,  penser  à  la  révolte  du  roi  de  Sidon  Tenues 
contre  ArlaxcrxèsOcluis.  Mais  il  faudrait  préalablement  dt-niontrcr  que  ce 
Tennès  ne  fait  ([u  un  avec  notn-  nouveau  Sidikyaton,  et  qu'il  prétendait 
non  pas  seulement  secouer  le  jou^,  mais  i)ren(lre  la  place  de  son  suzerain. 


LIVRES    OFFERTS  165 

grande  école  du  cinquième  siècle,  en  particulier  de   Polyclète  et 
de  Phidias. 

MM.  Perrot  et  Heuzey  présentent,  à  ce  sujet,  quelques  obser- 
vations sur  le  costume  d'Artémis. 

M.  Héron  de  Villefosse  communique  le  texte  d'un  certain 
nombre  de  graffites  tracés  sur  des  poteries  découvertes,  il  y  a 
plus  de  25  ans,  au  sommet  du  Puy-de-Dôme,  sur  l'emplacement 
du  célèbre  temple  de  Mercure.  Ces  petites  inscriptions  con- 
tiennent en  abrégé  une  formule  votive  de  quelques  lettres,  où  on 
peut  retrouver  le  nom  gaulois  du  dieu  adoré  dans  ce  temple, 
Vasso  Kalete.  Ces  poteries  inscrites  sont  les  débris  d'ex-votos 
ofîerts  par  des  gens  de  modesle  condition,  par  des  paysans  qui  à 
l'époque  romaine  désignaient  encore  le  dieu  sous  son  nom  pri- 
mitif et  vulgaire  comme  au  temps  de  l'indépendance.  M.  Héron 
de  Villefosse  rapproche  ces  poteries  d'un  groupe  d'inscriptions 
malheureusement  perdues  qui  fut  trouvé  à  la  lin  du  xvii'*  siècle 
à  l'embouchure  du  Rhin. 

MM.  Salomon  Reinacu  et  d'ARBois  de  Jubainville  présentent 
quelques  observations  sur  la  restitution  de  ces  inscriptions 
votives. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  le.sixième  fascicule 
des  Comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie  pendant  l'année  1902, 
novembre-décembre  (Paris,  1902,  in-8°). 

Il  offre,  en  outre,  au  nom  de  la  Société  des  antiquaires  de  Londres, 
le  tome  VIII  de  l'ouvrage  publié  par  cette  Société,  intitulé  Archaeo- 
logia  or  iniscellaneous  tracts  relating  ta  anliquily  (London,  1902, 
in-4°). 


SÉANCE  DU    17   AVRIL 


M.  le  Ministre  de  Finstruction  publique  et  des  beaux-arts 
transmet  à  l'Académie,  de  la  part  du  consul  général  à  Jérusalem, 
une  série  d'études  concernant  la  basilique  d'Abou  Gosch  ou 
Kiriat  el  Enab,  en  Palestine,  qui  a  été  donnée  à  la  France  par  le 
gouvernement  ottoman  en  1873.  M.  le  Ministre  prie  TAcadémie 
de  vouloir  bien  lui  donner  son  avis  sur  Timportance  de  ces 
documents. 

M.  Ghr.  \'ournazo,  président  du  Conseil  municipal  d'Athènes, 
dans  une  lettre  qu'il  écrit  au  Secrétaire  perpétuel,  en  réponse 
aux  remerciements  que  l'Académie  a  adressés  à  cette  assemblée 
au  sujet  de  rallocation  qu'elle  a  votée  pour  la  restauration  du 
trésor  athénien,  à  Delphes,  rappelle  que  cette  restauration  est 
due  à  riuiliative  de  l'I'xole  française  d'Athènes. 

Le  Président  de  la  Société  archéologique  de  Gonstantine 
remercie  l'Académie  de  la  délégation  donnée  à  M.  R.  Gagnât 
pour  la  représenter  aux  fêtes  du  centenaire  de  celte  Société. 

Le  Président  annonce  qu'un  mois  s'est  écoulé  depuis  la  mort 
de  notre  regretté  confrère  ^L  G.  Paris,  et  consulte  la  Gonipa- 
gnie  pour  savoir  s'il  y  a  lieu  de  procéder  à  son  remplacement. 

L'Académie  décide,  au  scrutin,  qu'il  y  a  lieu,  et  iixe  au  ven- 
dredi 15  mai  l'examen  des  titres  des  candidats. 

M.  Philippe  Hkrger  présente  la  photographie  de  l'inscription 
de  Syddykyaton    et  s'exprime  en  ces  termes  : 

«  Depuis  la  séance  du  3  avril,  j'ai  reçu  de  M.  le  I)""  Rouvier,  par 
l'intermédiaire  du  ministère  de  l'instruction  publique,  un  mémoire 
relatif  à  la  nouvelle  inscription  du  temple  d'I^lsmoun.  ^L  lîouvier 
y  adopte  la  traduction  de  M.  Schrôder,  et  il  y  développe  les 
vues  auxquelles  l'avait  déjà  antérieurement  amené  l'élude  de  la 
numismatique  des  villes  de  Pliénicie. 


SÉANCE    DU    17    AVRIL    1903 


167 


«  Ce  travail  est  accompagné  d'une  photographie  qui  donne  de 
tout  point  raison  à  la  lecture  de  M.  Schrôder  et  me  permet  de 
corriger  celle  que  j'avais  proposée  il  y  a  quinze  jours  à  TAcadé- 
mie  sur  la  foi  d'une  copie  faite  à  la  hâte.  Il  faut  lire  pi  et  non 
pj,  «  et  fds  »  et  non  «  comme  fils  »,  quel  que  soit  d'ailleurs  le 
sens  qui  s'attache  à  cette  expression'. 

«  Le  rapport  de  M.  Rouvier  fait  suite  à  ceux  qu'il  avait 
adressés  antérieurement  au  ministère  et  qui  m'ont  été  d'une  si 
grande  utilité  pour  élucider  la  question  des  inscriptions  du 
temple   d'Esmoun.    11    paraîtra   au    Bulletin    archéologique    du 


comité  des  travaux  historiques;  mais  j'ai  tenu  à  l'annoncer  dès 
à  présent  à  l'Académie,  afin  d'assurer  à  M.  le  D''  Rouvier  la  part 
de  priorité  qui  lui  revient,  et  de  livrer  au  public  savant  cette 
photographie,  qui  pourra  prendre  place  avantageusement  dans 
nos  Comptes  l'endus. 


1.  A  s'en  tenir  à  la  photographie,  on  pourrait  se  demander  si  le  mot  par 
où  débute  l'inscription  est  bien  Bodastoret,  et  s'il  ne  faut  pas  rattacher  le 
vaw  à  ce  qui  précède.  Jusqu'à  plus  ample  informé,  je  m'en  tiens  à  la  lecture 
de  MM.  Schrôder  et  Rouvier,  qui  ont  eu  le  monument  sous  les  yeux, 
lecture  qui  est  d'ailleurs  presque  imposée  par  le  contexte  des  autres 
inscriptions. 

1903.  11 


168  SÉANCE   DU    17    AVRIL    1903 

M.  IIkhon  de  Villefosse  signale  à  rAcadémie  une  très  curieuse 
mosaïque  découverte  à  V'illelaure  (Vaucluse).  Le  tableau  central, 
environné  de  scènes  de  chasse,  offre  une  représentation  fort  rare, 
celle  de  la  nymphe  Callisto  dont  l'aventure  a  été  racontée  en  détail 
par  Ovide  dans  les  Métamorphoses.  Callisto  était  la  compagne 
favorite  de  Diane.  Jupiter  jeta  les  yeux  sur  elle,  prit  les  traits  et 
le  costume  de  la  déesse  et  triompha  promplement  de  la  résistance 
de  la  jeune  lille.  Le  mosaïste  a  choisi  le  moment  où  Diane,  ayant 
constaté  la  faute  de  sa  compagne  favorite,  l'expulse  de  son 
cortège  et  lui  ordonne  de  s'éloigner.  Un  vase  d'argent  trouvé  en 
Espagne,  près  de  Valence,  et  conservé  aujourd'hui  au  Petit  Palais 
des  Champs-b^lysées,  dans  la  collection  Dutuit,  offre  le  commen- 
cement de  cette  histoire  amoureuse.  On  y  voit  Callisto  avec 
Jupiter  costumé  en  Diane;  c'est  la  scène  I  de  l'aventure,  la  chute. 
La  mosaïque  de  Villelaure,  dont  le  tableau  central  représente 
Diane  chassant  Callisto,  nous  olfre  la  scène  II,  le  chàlinienl. 
Callisto  y  apparaît  entièrement  nue,  dépouillée  de  ses  vêtements 
par  les  nymphes  ses  compagnes;  son  déshonneur  éclate  aux  yeux 
de  tous;  Diane  irritée  est  debout  devant  Callisto  el  l'interpelle 
avec  un  geste  plein  de  menaces. 

M.  Châtelain  fait  une  communication  sur  le  manuscrit 
d'IIvgin  écrit  en  notes  tironicnnes ,  offert  au  pape  Jules  II,  et 
célébré  par  Pierre  Bembo  dans  une  lettre  du  iO  janvier  1513.  Ce 
manuscrit,  cherché  en  vain  dans  la  Bibliothèque  du  Vatican,  sem- 
blait perdu.  Un  volume  exposé  dans  la  vitrine  de  l'Ambrosienne 
à  Milan  contient,  outre  divers  traités  de  Bède,  dont  deux  pages 
sont  montrées  au  public,  une  partie  du  traité  d'IIygin  de  side- 
riJnis,  qui  peut  répondre  à  la  description  de  Bembo.  Aucun 
éditeur  ne  s'en  est  servi  pour  établir  son  texte,  et  il  semble  avoir 
échappé  jusqu'ici  aux  recherches  des  paléographes. 

yi.  Salomon  Reinach  montre  à  l'Académie  les  photographies 
d'une  admirable  figurine  en  ivoire,  représentant  une  danseuse, 
qui  a  été  découverte  à  Cnossos  (Crète)  par  M.  Arthur  I']vans. 
Cette  statuette  témoigne  d'un  goût  impré\u,  non  seulement 
pour  les  mouvements  très  vifs,  mais  pour  les  formes  élancées  et 


LE    MANUSCRIT    d'hYGIN    EN   NOTES    TIRONIENNES  169 

élégantes  jusqu'à  la  gracilité.  Ce  n'est  pas  le  début,  c'est  la  fin 
ou  la  pleine  maturité  d'une  belle  période  de  l'histoire  de  l'art, 
hier  encore  complètement  inconnue. 


COMMUNICATION 


LE    MANUSCRIT    d'hYGIN    EN    NOTES    TIRONIENNES  , 
PAR    M.     EMILE    CHATELAIN  ,    MEMBRE    DE     l'aCADÉMIE. 


Dans  une  lettre  fameuse  et  qui  n'a  pas  échappé  à  notre 
regretté  confrère  Eugène  Mûntz',  Pierre  Bembo^  félicite  le 
pape  Jules  II  de  la  magnifique  succursale  qu'il  vient  de 
faire  décorer  à  la  Bibliothèque  ^aticane.  Il  le  remercie 
surtout  de  lui  avoir  confié  un  manuscrit  fragmentaire  du 
traité  d  Hygin  De  sideribus  transcrit  en  caractères  obscurs 
dans  lesquels  il  avait  reconnu  l'écriture  tachygraphique  de 
Gicéron,  autrement  dit  les  notes  tironiennes  : 

Quod  ad  te  superioribus  diebus  libei'  e  Dacia  est  missus  notis 
perscriptus  cum  vetustissimis  ,  tuni  aetate  nostra  inusitatis  alque 
incognitis,  quaeque  legi  posse  nullo  plane  modo  videbantur,  perpe- 
tuuni  in  eo  felicitatis  tuae  cursum  tenoremque  perspexi —  Nam  cum 
mihi  eum  librum  dédisses,  ut  si  illas  interpretari  notas  aliqua  ratione 
possem,  id  tenlarem  tibique  renuntiarem,  volvere  omnes  ejus  pagi- 
nas atque   inspicere  dibgenter  cœpi Cum   singula   perscrutarer 

oculis,  animadverti  in  extrema  quadam  pagina  nostris  litteris,  exesis 
tamen  et  dimidiatis  fere  scriptum  versiculum,  qui  ostendebat  illum 
esse  bbrum  notis  antiquis  perscriptum ,  quilius  qui  usi  fuissent 
notarii  essent  appellati.  Erat  autem  is  quidem  liber  Higini  commen- 


1.  La  Bibliothèque  du  Vatican  au  XVl^  siècle  (Paris,  Leroux,  1886),  p.  7. 

2.  Episl.  fainil.,  V,  8. 


170  LE    MANUSCRIT    d'iIYGIN    EN    NOTES    TIRONIENNES 

tariuruni    de  sideribus  quaedain  porlio.  Eo  lecto,  statim  adinonitus 
sum  ralionem  esse  Cieeronianam  scribendi. 

Quamobrem  Higiniano  altero,  nostris  litleris  scripto,  libro  cum 
Dacico  illo  collato,  significationes  varias  multiplicesque  sensus  nota- 
runi  plurimariim  pcrcepi. 

Tous  ceux  qui  ont  étudié  la  tachygraphie  latine,  Gruter, 
Kopp,  Tardif,  R.  Foerster,  AVilhelm  Schmitz,  en  dernier 
lieu  M.  Se.  de  Vries^,  ont  vivement  regretté  la  perte  de  ce 
manuscrit.  Les  historiens  de  la  littérature  latine,  TeufTel  - 
et  Martin  Schantz-^,  signalent  aussi  sa  disparition.  En  eiîet, 
nous  possédons  fort  peu  de  textes  en  notes  tironiennes  qui 
puissent  intéresser  les  études  classiques;  sauf  une  épi- 
gramme  de  l'empereur  Auguste  déchitfrée  par  Hagen ,  un 
passage  des  lettres  de  Pline  publié  par  M.  de  Vries,  un 
commentaire  sur  les  Bucoliques  de  Virgile  conservé  dans  le 
manuscrit  l'i  de  Chartres  et  qu'étudie  en  ce  moment 
M.  Legendre ,  élève  de  l'Ecole  des  Hautes  Etudes,  on  n'a 
signalé,  dans  cette  écriture,  que  des  fragments  des  Pères  de 
l'Eglise. 

Toutes  les  recherches  que  Schmitz  a  fait  faire  au  Vati- 
can sont  demeurées  sans  résultat  ;  on  a  même  exprimé  des 
doutes  sur  la  valeur  du  témoignage  de  Hembo.  Mais  rien 
ne  prouve  que  le  manuscrit  d'IIygin  soit  jamais  entré  dans 
la  Bibliothèque  apostolique.  Tout  au  plus  pourrait-on 
admettre  qu'il  faisait  partie  de  la  nouvelle  bibliothèque, 
privée  en  quehjue  sorte,  de  Jules  11;  mais  Bembo  écrit 
sitnplement,  le  13  des  calendes  de  février  (20  janvier  1513) 
que  le  pape  lui  a  donné  ce  manuscrit  à  étudier;  il  ne  dit 
pas  qu'il  lui  ait  rendu,  et  comme  Jules  II  mourut  le  mois 
suivant  (21  février  1513),  on  peut  supposer  que  Bembo  a 

1.  Exercilnliones  palaeof/rajihicœ  in  Bibliotheca  Univemilalift  Lugduno- 
Balai'ae LuKcl.-Balav.,  181M),  p.  20. 

2.  Geschichle  der  riimischen  Litterahir.  non  beaih.  v.  L.  Schwabc. 
5'  .\un..  p.  r.iti. 

3.  Gcschichlp  der  riim.  Lilleraliw.  2"  Aufl.,  l.  II,  p.  .i'ib. 


LE   MANUSCRIT    d'hYGIN    ES    NOTES    TIRONIENNES  171 

gardé  avec  lui  le  précieux  volume.  Il  persuadait  au  pape 
que  s'il  trouvait  des  imprimeurs  capables  de  reproduire  ces 
signes  antiques,  ce  serait  pour  lui  un  nouveau  titre  de 
gloire  ^  Rien  ne  pouvait,  suivant  Bembo,  illustrer  davan- 
tage son  règne  que  de  restaurer  cet  art  trouvé  par  Cicéron, 
si  longtemps  en  honneur  et  alors  ignoré  totalement-. 
Cicéron  lui-même  devait  bondir  de  joie  en  pensant  que  son 
invention,  négligée  pendant  tant  de  siècles,  était  parvenue 
à  la  connaissance  de  Jules  II. 

Il  est  probable  que  Bembo  aura  gardé  le  volume  pour 
étudier  les  caractères ,  ce  qu'il  ne  pouvait  faire  alors  qu'en 
comparant  un  autre  texte  d'Hjgin,  et  pour  chercher  un 
imprimeur  capable  de  le  reproduire.  Quoi  qu'il  en  soit, 
personne,  après  Bembo,  ne  semble  avoir  connu  le  texte 
tachygraphique  d'Hygin. 

Le  dernier  éditeur  des  Astronomica  d'Hygin,  M.  Bunte^, 
a  coUationné  les  manuscrits  183  de  Dresde  (saec.  ix-x), 
Aug.  18,  16  de  Wolfenbùttel  (s.  xii),  Aug.  65,  fol.  (s.  xv) 
et  le  codex  Hemsterhusii  (s.  xii).  Mais  on  connaît  beaucoup 
d'autres  exemplaires  à  Montpellier  (n°  334,  s.  x),  au  Vati- 
can (Regin.  1260,  s.  ix),  à  Paris  (lat.  8663,  s.  xi),  à  Saint- 
Gall  (  n°  250,  s.  xi),  à  Bruxelles  (n«  10078,  s.  xii-xm),  à 
Berne  (n°  45,  s.  x),  à  Bàle  (F.  II.  33),  à  Leyde  (Voss.  2. 

1.  Quam  quidem  quoniam  tibi  fortuna  occasioneni  tribuit.  quo  rei  etiam 
litterariae  hac  in  parte  futurorum  hominum  memoriae  clarius  nomen 
commendetur  et  celebretiir  luum  :  incumbe  qua>so  in  eam  curam,  et  animi 
tui  qui  sua  nia;;nilucline  capcre  omnia  et  complecti  potest,  partem  aliquani 
huic  etiam  cogitationi  lar^iare,  ut  et  doctis  et  probis  (si  qui  sont,  qui  pro- 
fecto  sunt)  perquisitis  inipressoribus  mandes,  ut  hoc  scribendi  genus  in 
lucem  revocent.  » 

2.  «  Huictu  bibliothecac  quod  ornamentum,  quam  venustatem,  quam  etiam 
auctoritatem  addere  atque  tribuere  majorem  possis,  hoc  illius  divini  prope 
hominis  invento  in  lucem  reddito,  hac  scribendi  arte  restituta,  plane  non 

video Atque  ipse  quidem  profecto  Cicero  affîci  laetitia  est  existimandus 

si  haec  sentit,  cum  intellijiat  ingenii  sui  egregia  monumenta.  quac  tôt  saeculis 
in  oblivionis  nocte  jacuerunt,  ad  tnam  primum  notitiam  pervenisse.  » 

3.  Hygini  Axtronomica  ex  codicibus  a  se  primum  collatis  rec.  Bernhardus 
Bunte.  Lips.,  Weigel,  1S75. 


172  LE    MANUSCRIT    d'hYGIN    EN    NOTES    TIRONIENNES 

92,  S.  xii) ,  au  monastère  bénédictin  de  Saint-Paul  en 
Carinthie  (XXV,  c.  16,  s.  xi).  Il  semble  que  si  le  manuscrit 
de  Bembo  était  conservé  quelque  part  en  Europe,  il  aurait 
été  signalé  par  ceux  qui  ont  consacré  une  monographie  ou 
un  article  à  l'astronomie  d  Hrarin. 

Cependant  il  existe  à  Milan,  dans  la  Bibliothèque  Ambro- 
sienne,  un  manuscrit  qui  pourrait  répondre  à  la  description 
sommaire  de  Bembo.  C'est  un  beau  volume  exposé  sous  la 
vitrine  aux  regards  des  touristes.  Cet  usage  des  vitrines 
installées  dans  la  plupart  des  bibliothèques  de  l'Europe 
pour  l'instruction  et  l'agrément  de  la  foule,  a  déjà  joué 
plus  d'un  tour  aux  savants.  Le  volume  est  ouvert  à  une 
page  qui  contient  non  pas  le  texte  d'IIygin,  mais  un  traité 
de  Bède  le  Vénérable  transcrit  aussi  partiellement  en  notes 
tironiennes.  On  sait  que  le  manuscrit  M.  12  sup.  renferme 
Beda ,  de  temporum  rafione,  de  sex  aetatihus  miindi,  etc. 
\\  ilhelm  Schmitz  lui  a  consacré  un  court  article',  d'après 
une  communication  de  Gustave  Lowe.  On  sait  même  qu'il 
est  palinqDseste  en  grande  partie  ;  beaucoup  de  feuillets 
portent  la  trace  d'un  sacramentaire  copié  en  écriture  onciale 
du  vi*^  au  vu*^  siècle.  On  connaît  d'autres  manuscrits  de 
Bède  où  les  notes  tironiennes  ont  été  employées  soit  pour 
le  texte  soit  pour  les  gloses  ;  celui-ci  mériterait  une  étude 
détaillée.  Un  calendrier  placé  en  tête  fournirait  des  données 
intéressantes  sur  l'origine  du  volume  ;  par  exemple  au 
6  janvier  la  mention  :  Adelgarius  ahha  ohiit  die  dominica 
(les  deux  derniers  mots  en  caractères  tironiens)  ;  au  30  jan- 
vier :  In  Melbodio  monasterio  depositio  S.  Aider/ unde  vir- 
ffinis,  mais  je  n'ai  pas  assez  relevé  de  mentions  pour  traiter 
cette  question. 

Le  texte  de  Bède  fmit  à  la  j)age  212.  Les  pages  213-238 
contiennent  une  partie  du  texti'  do  l'Astrononiie  d'IIygin; 

1.  l'ironiunH  aii/'iler  Anihnisianixchen  liihliolhek  (Hlniii.  Mus.  XXXI, 
1876,  p.  ti31.  nu  Beilriiye  ztir  lal.Sprnch-  iim!  /.(Vcr.i/i/rA'HHJe,  Lcipz.,  1n7", 
p.  259). 


LE    MANUSCRIT    d'hYGIN    EN    NOTES    TIRONIENNES  173 

enfin  les  pages  239-2o4-  forment  un  cahier  copié  au  xv^  siècle. 

La  partie  qui  contient  Hygin  est  d'une  écriture  du 
ix*^  siècle,  plus  fine  que  celle  qui  a  copié  Bède.  Les  notes 
tironiennes  y  alternent  avec  les  caractères  ordinaires. 

A  moins  de  trouver  dans  le  volume  des  traces  de  l'écri- 
ture de  Pierre  Bembo  ou  d'autres  preuves,  on  ne  peut  pas 
affirmer  qne  nous  avons  là  l'exemplaire  offert  à  Jules  II  ; 
néanmoins  la  conjecture  est  assez  vraisemblable. 

Ce  manuscrit  ne  vient  pas ,  comme  la  plupart  des  plus 
vieux  monuments  paléographiques  de  l'Ambrosienne,  du 
monastère  de  Bobbio.  Sa  provenance  est  inconnue.  Pierre 
Bembo  ayant  habité,  après  la  mort  de  Léon  X,  Padoue  et 
Venise,  le  volume  a  pu  s'égarer  dans  le  Nord  de  l'Italie. 

Peut-être  aussi  doit-on  reconnaître  notre  manuscrit  dans 
le  n"  31  de  l'Inventaire  des  manuscrits  du  pape  Jules  II 
remis  au  cardinal  Louis  d'Aragon  sur  l'ordre  du  sacré 
Collège  ^  quoique  le  titre  ne  mentionne  que  «  Beda,  de 
temporibus  ».  Ce  serait  alors  ce  cardinal  bibliophile  qui  en 
aurait  disposé  en  faveur  de  quelque  ami. 

Il  est  peu  probable  que  Bembo  ait  eu  sous  les  yeux  un  texte 
transcrit  entièrement  en  notes.  Aujourd'hui  que  nous  savons 
à  peu  près  ce  que  renferment  les  bibliothèques  de  l'Europe, 
on  peut  dire  que  les  Psautiers  latins  seulement  offrent  ce 
caractère,  et  encore  avec  des  titres  en  onciale  parsemés  çà 
et  là.  Tous  les  autres  textes  tironiens  sont  mêlés  de  lettres 
ordinaires,  probablement  parce  que  les  scribes  éprouvaient 
de  la  difficulté  à  trouver  la  transcription  tachy graphique  de 
certains  mots. 

Le  texte  vu  par  Bembo  est  désigné  sous  le  titre  De  sideri- 
biis,  qui  n'est  pas  commun.  Les  manuscrits  donnent  ordi- 
nairement au  traité  astronomique  d'Hygin  les  titres  :  poetica 
astronomica^  de  asironomia,  de  ratione  spherse,  de  ornatu 


1.  Cf.  Léon  Dorez,  La  bibliothèque  privée  du  pape  Jules  II  (Rcv.  des 
Kibliothèques,  VI,  1896,  p.  97-124). 


174  LIVRES    OFFERTS 

celi  sive  de  fade  ccli  vel  de  i/mnf/inihus  celcslihus^.  La 
suscription  «  Hyg-ini  de  syderiliiis  tractatus  egregius  inci- 
pit  »  n'a  été  signalée  que  dans  un  manuscrit  perdu  dont 
le  souvenir  se  trouve  aux  marj^es  d'un  exemplaire  de  l'édi- 
tion de  Muncker.  Or  un  titre  ,  tracé  d'une  écriture  de  la 
Renaissance  et  presque  effacé,  du  manuscrit  de  Milan  laisse 
voir  encore  :  Hyginus  de  sidoribus. 

Enfin  Bembo  rapporte  que  son  exemplaire  contenait  une 
partie  seulement  {quaedam  portio)  du  traité,  et  le  manu- 
scrit de  Milan  en  a  conservé  environ  la  moitié. 

On  peut  donc,  sans  témérité,  supposer  que  le  manuscrit 
de  Milan  est  celui  qui  avait  excité  l'enthousiasme  de  Hembo 
et  que  les  savants  cherchent  en  vain,  depuis  un  siècle,  dans 
la  Bibliothèque  du  Vatican.  En  tous  cas,  il  n'était  pas 
superflu  de  signaler  l'existence  de  ce  manuscrit  aux  futurs 
éditeurs  d'IIygin  et  aux  paléographes  qui  s'intéressent  aux 
notes  tironiennes. 


LIVRES   OFFiniTS 


Lo  SF-cnicTAïKE  PEnpÉTL'EL  o(Tio  à  l'Académie  : 

i"  1)0  la  part  do  M.  Alexandro  Vilalis,  un  ouvrago  inlilulo  :  Corrcs- 
pondnnco  pnHliquc  de  Dominicjuo  du  Gabre,  ^'vi'que  de  Lnd/^vo,  Irrsn- 
r'u-r  drs  urnirrs  ù  lù-mire  {{052-1354),  nmhaasadiiir  '/'•  l'rnnco  à 
Venise  (Paris,  1903,  in-S"). 

2"  Do  la  pari  do  M.  rordiiiando  Colonna  ,  un  volunio  inlilnlô  :  // 
miisoo  civico  di  Xnjmli  ncW  cv  iiion.islcro  di  Sanfn  .1/.///.I  '//  Donna 
licfjin.i  p  Scnpcrie  di  nnlichilà  in  Xapoli  dal  IS98  n  fnUo  ;i;/<>sln  l 'JO  t 
(Napoli.   l'.M)-i,  iii-folio). 

:?■'  Au  nom  (]i'  M.  lo  l)-"  Carton,  los  étudos  suivantes  :  Chronique 
,r.-irrl,r<,l<,;/i>-   nnrd-afrir.iine   fTunis,    1003,   in-S»  ;   oxtr.   iU'   la  Itevue 

1.   Cf.  C.  Ikusiun,  .\euc  Jiihrh.  /'.  l'hilnloijie,  XCllI,  Isdd,  p.  Tdl,  nol. 


LIVRES    OFFERTS 


175 


tunisienne)  ;  Les  nécropoles  primitives  de  Chaouach,   Tunisie  (Paris, 
in-8"  ;  extr.  de  L'Anthropologie), 

M.  IlÉnoN  HE  ViLLEFossE  ofTrc  à  l'Académie,  au  nom  de  M.  C. 
JiiUian,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Bordeaux,  un  mémoire 
intitulé  :  Sur  le  mode  de  formation  des  cités  gauloises  (Berlin,  1903, 
in-8o  :  extr.  du  volume  suivant  :  Festchrift  zu  Otto  Ilirschfelds 
sechzigsteni  Gehurtstage. 

On  croit  g-énéralement  que  les  fleuves  ont  servi  de  limite  aux  cités. 
M.  Jullian  établit,  au  contraire,  que  les  cités,  quand  elles  se  consti- 
tuèrent, ne  prirent  presque  jamais  un  grand  fleuve  pour  limite.  Les 
peuples  gaulois  s'assuraient  la  possession  des  deux  rives  d'un  fleuve 
afin  de  posséder  les  péages  et  de  commander  la  route.  Les  mêmes 
cités  ont  presque  toujours  un  terrain  de  défense  politique  et  un 
terrain  d'exploitation  agricole,  c'est-à-dire  des  terres  hautes  et  des 
plaines. 

M.  Héron  de  Villefosse  offre,  en  outre,  en  son  nom,  un  volume 
intitulé  :  V argenterie  et  les  bijoux  d'or  du  Trésor  de  Boscoreale, 
description  des  pièces  conservées  au  Musée  du  Louvre  (Paris,  1903, 
in-i2). 

M.  Barth  dépose  sur  le  bureau  une  note  qu'il  a  publiée  dans 
r  <(  Album  Kern  »  (Leide,  1903,  in-4'')  sur  une  Inscription  sanscrite 
du  Phou  Lokhou  (Laos). 

M.  Delisle  offre  à  l'Académie  : 

1°  De  la  part  de  M.  Joseph  Tardif  :  Coutumiers  de  Normandie, 
textes  critiques  publiés  par  E. -Joseph  Tardif,  t.  I,  2«  partie  (Paris  et 
Rouen,  1903,  in-S»). 

Le  volume  fait  partie  d'un  recueil  où  sont  publiés  avec  le  plus 
grand  soin  et  d'après  tous  les  manuscrits  les  anciens  textes  latins  et 
français  du  Couluniier  de  Normandie ,  c'est-à-dire  d'un  des  plus 
importants  monuments  du  droit  français  du  moyen  âge. 

Ce  volume  qui  vient  de  paraître  est  consacré  à  une  version  en 
langue  vulgaire  du  très  ancien  coutumier  qui  nous  est  parvenu  en 
deux  états  :  l'un  présente  un  caractère  purement  français  et  a  dû 
être  écrit  sur  les  confins  de  la  Normandie,  de  la  Picardie  et  de  l'Ile- 
de-France;  l'autre  est  un  dialecte  normand  et  a  dû  être  fait  dans  la 
Haute  Normandie. 

Cette  partie  du  travail  de  M.  Tardif  n'est  pas  moins  remarquable 
que  les  deux  volumes  précédemment  publiés  auxquels  l'Académie  a 


170  SÉANCE   Dl     2i   AVRIL    1903 

donné,  il  y  a  quelques  années,  une  des  premières  médailles  du 
concours  des  antiquités  nationales. 

3°  De  la  part  de  M.  L.  Levillain: 

Les  statuts  d'Adalhard  pour  Vnhhaye  de  Corhie  (ix<'-x^  siècles) 
(Paris,  1900,  in-8";  extr.  du  Moyen  Age); 

Deux  diplômes  d'Hugues  Capel  en  faveur  de  l'abbaye  de  Corbie  , 
987  (Paris,  1899,  in-8°  ;  extr.  du  Moyen  Age)  ; 

Les  réformes  ecclésiaslù/ues  de  Noménoé  (8i7-8i8),  étude  sur  les 
sources  narratives  (Paris,  1902,  in-8°;  extr.  du  Moyen  Age); 

Elude  sur  les  lettres  de  Loup  de  Ferrif-res  fParis,  1902,  in-8";  extr. 
de  la  IiiJ)liot/tèfjue  de  l'Ecole  des  (Jiar(es). 

Ces  travaux  dénotent  une  très  <,rrande  connaissance  des  textes 
historiques  de  répo([ue  mérovingienne  et  de  l'époque  carolingienne. 
L'auteur  s'était  déjà  fait  remarquer  par  un  volume  très  important 
sur  les  plus  anciennes  chartes  de  Corhie,  aucjuel  lAcadémie  a 
décerné  l'an  dernier  le  prix  La  Fons-Mélicocq. 


SEANCE  DU  24  A^'IUL 


M.  IIoMor.LE,  directeur  de  ri''cole  française  d'Athènes,  dans 
une  lettre  qu'il  adresse  au  Président,  remercie  TAcadémie  d'avoir 
bien  voulu  déléguer  M.  Collignnn  pour  la  représenter  aux  fêtes 
de  Delphes.  Il  est  heureux  de  ce  témoignage  du  vif  intérêt  quelle 
porte  à  l'entreprise  de  Delphes,  et  de  celte  nouvelle  mar([ue  de  la 
sollicitude  dont  elle  u*a  cessé  d'entourer  l'Kcole  d'.Alhèncs 
depuis  sa  fondation. 

M.  Maurice  Croiset  écrit  à  l'Académie  pour  se  porter  candidat 
à  la  place  de  membre  ordinaire  vacante  par  la  mort  de  M.  Gaston 
Paris. 

M.  Hamy  comnuini<|ue  des  cxlrails  d'une  lettre  de  M.  A. 
Chevalier,  chef  de  la   mission  scientilique  du  Chari-Lac  Tchad, 


SÉANCE    DU    24   AVRIL    1903  177 

subventionnée  par  l'Académie,  sur  les  revenus  de  la  fondation 
Garnier.  Cette  lettre  datée  d'Udellé,  6  février  1903,  fait  savoir  que, 
depuis  la  lin  de  novembre,  M.  Chevalier  est  parvenu  dans  la  région 
du  moyen  Chari  et  a  relevé  le  cours  supérieur  de  ce  fleuve  et  de  la 
plupart  de  ses  affluents  orientaux.  Il  a  rencontré  à  80  kilomètres 
d'Udellé,  par  827  mètres  d'altitude,  le  point  de  convergence  des 
trois  grands  bassins  de  l'Afrique  Centrale  :  Chari,  Congo  et  Nil 
et,  conduit  par  le  fils  du  sultan  Snoussi,  il  allait  partir  à  la 
découverte  d'un  grand  lac  situé  aux  confins  du  Darfour,  du  Dar 
Rounga  et  du  Wadaï,  et  que  les  Arabes  appellent  Mamoun. 
M.  Chevalier  se  loue  particulièrement  de  l'accueil  du  sultan 
Snoussi  et  demande  à  l'Académie  qu'il  lui  soit  écrit  une  lettre  en 
arabe  le  remerciant  des  services  qu'il  a  rendus  à  la  mission.  Les 
collections  recueillies  par  M.  Chevalier  et  ses  collaborateurs  sont 
intéressantes  et  comprennent  notamment  une  collection  de 
phonogrammes  recueillis  chez  les  Bandas  et  chez  les  Kreich. 

M.  Héron  de  'Villefosse  présente  à  l'Académie  une  aquarelle 
d'une  parfaite  exactitude,  due  au  talent  de  M.  Pinchart,  et  repré- 
sentant la  prêtresse  carthaginoise  découverte  au  mois  de  décembre 
dernier  par  le  R.  P.  Delattre.  Cette  statue,  couchée  sur  un  cou- 
vercle de  sarcophage,  est  rehaussée  de  très  vives  peintures,  exé- 
cutées avec  la  plus  grande  délicatesse.  Sous  l'étoffe  transparente 
on  devine  encore  la  couleur  de  la  chair;  les  ailes  qui  recouvrent 
les  jambes  et  les  protègent  en  se  croisant  sont  peintes  en  bleu  clair 
et  rehaussées  de  filets  d'or;  une  bande  de  pourpre,  bordée  de  filets 
d'or,  traverse  le  haut  de  la  poitrine.  L'aquarelle  de  M.  Pinchart 
permet  maintenant  d'apprécier,  comme  elle  le  mérite,  la  décou- 
verte du  P.  Delattre.  Renan,  dans  sa  Mission  de  Phénicie^ disait, 
en  rappelant  les  sarcophages  anthropoïdes  de  Palerme  et  de 
Solonte  dont  les  peintures  ont  disparu  :  «  Il  serait  capital  de 
«  trouver  un  sarcophage  du  genre  de  ceux  dont  nous  parlons 
«  avec  toutes  ses  peintures.  »  Le  vœu  de  notre  regretté  confrère 
est  aujourd'hui  réalisé,  et  on  peut  dire  que  le  nouveau  sarco- 
phage de  Carthage  tient  la  tête  dans  la  série  à  laquelle  il 
appartient.  L'Académie  doit  s'en  féliciter  puisque  c'est  grâce  à 
sa  généreuse  intervention  que  le  P.  Delattre  a  fait  cette  très 
importante  découverte. 


178  SÉANCE   Di:    2i    AVRIL    1903 

Le  Président  fait  la  communication  suivante  : 

«  On  sait  ce  que  M.  le  duc  de  Loubat,  correspondant  de  l'Acadé- 
mie, a  fait  depuis  longtemps  pour  favoriser  les  progrès  des  études 
d'archéologie  américaine.  C'est  à  ses  frais  que  des  fouilles 
importantes  ont  été  exécutées  dans  l'Amérique  centrale  et  que 
de  beaux  ouvrages  ont  été  publiés  qui  mettaient  les  América- 
nistes  en  possession  de  documents  précieux.  Deux  chaires  consa- 
crées à  ces  études  ont  été  fondées  par  lui,  une  à  Berlin  et  une 
autre  à  Paris.  Depuis  que  l'Académie,  en  lui  conférant  le  titre 
qu'il  avait  si  amplement  mérité,  l'a  associé  à  ses  travaux,  il  a 
voulu  s'intéresser  à  d'autres  recherches,  à  celles  de  l'archéologie 
classique,  qui  tiennent  une  si  grande  place  dans  la  vie  et  l'acti- 
vité de  notre  Compagnie.  Dans  cette  pensée,  il  a  mis  aux  ordres 
de  M.  Perrot,  en  diverses  fois,  depuis  un  an,  la  somme  de 
30.000  francs.  Ces  fonds,  M.  Perrot  n'a  pas  cru  pouvoir  les  mieux 
employer  qu'en  les  transmettant  à  notre  confrère  M.  Homolle, 
directeur  de  l'Ecole  française  d'Athènes.  Celui-ci,  après  entente 
avec  M.  le  duc  de  Loubat,  se  propose  d'user  de  ces  ressources 
pour  achever  le  déblaiement  du  sol  de  File  de  Délos  qui,  com- 
mencé depuis  bien  des  années  par  l'I-xolc  française,  a  déjà  donné, 
quoique  incomplet,  de  si  brillants  résultats.  Notre  savant  corres- 
pondant a  compris  toute  la  grandeur  de  Tentrepriseà  laquelle  il 
va  fournir  les  moyens  d'action  nécessaires,  et  il  vient  de  remettre 
à  M.  Perrot  une  nouvelle  subvention  de  20.000  francs.  C'est 
donc  de  50,000  francs  en  tout  que,  grâce  à  cette  intelligente 
libéralité,  M.  Homolle  va  disposer  pour  mener  à  bonne  fin  ce 
grand  travail  qui  a  déjà  valu  à  i'épigraphie  et  à  l'archéologie 
des  découvertes  si  précieuses  et  qui,  poursuivi  dans  des  condi- 
tions plus  favorables  encore,  ne  peut  mnn(|uerde  tenir  toutes  les 
promesses  des  débuts. 

«  Celte  généreuse  initiative  s'exerce,  en  ce  moment,  d'autant 
])liis  à  propos  que,  celte  année  même.  [);ii-  1111  article  spécial  de 
la  loi  de  finances,  l'École  française  dWlhènes  et  l'I-À-ole  française 
de  Rome  vieiuiont  d'être  investies  de  la  personnalité  civile. 
Nous  voulons  espérer  que  d'autres  amis  de  l'antiquité  suivront 
l'exemple  donné  par  M.  le  duc  de  Loubat,  qu'ils  ajiporteront  à 
nos  deux  colonies  savantes  ces  dons  et  legs  qu'elles  ont  mainte- 


LIVRES    OFFEKTS  179 

liant  la  faculté  de  recevoir  et  dont  elles  feraient  certainement  un 
judicieux  et  utile  emploi.  » 

M.  Charles  Joret  lit  une  note  curieuse  du  D""  Bonnet,  attaché 
au  Muséum  d'histoire  naturelle,  sur  les  figures  peintes  dans  un 
manuscrit  de  Dioscoride  conservé  à  la  Bibliothèque  nationale 

(8-' 


(grec  2179). 


M.  L.  Havet  signale  dans  les  comédies   de  Plante  diverses 
interpolations  dues  à  un  Grec. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  Helziîv  offre  à  rAcadémie  les  n°*  111  cl  IV  du  ciiujuièine  volume 
de  la  Revue  (Vassyriolorjie  et  d' archéologie  orientale,  publiée  sous  sa 
direction  et  celle  de  MM.  J.  Oppeht  et  E.  Lediaia  (Paris,  1902,  2  fasc. 
in-4o). 


Le  Gérant,  A.  Picard, 


MAÇON,  PHOTAT  FRERES,  IMPRIMEURS 


I 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE   DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     LWNNÉE     1903 

PRÉSIDENCE    DE    M.    G.    PERROT 


SÉANCE     DU     J"    MAI 


M.  le  Ministre  de  rinstruction  publique  et  des  beaux-arts 
adresse  à  lAcadémie  lampliation  dun  décret  présidentiel,  en 
date  du  3  avril  1903,  autorisant  rAcadémie  à  accepter  la  dona- 
tion qui  lui  a  été  faite  par  le  comité  du  monument  Blanchet 
d'une  somme  de  six  cents  francs,  dont  les  arrérages  devront  être 
affectés  à  l'institution  d'une  médaille  qui  sera  attribuée  à  une 
découverte  relative  à  l'histoire,  la  géographie  ou  l'archéologie 
de  l'Afrique  du  Nord. 

M.  Philippe  Berger  adresse  au  Secrétaire  perpétuel  la  lettre 
suivante  : 

Vendredi  l^""  mai. 
Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel, 

Le  R.  P,  Delattre  m'adresse,  pour  être  communiqué  à  noire  Acadé- 
mie, un  nouvel  objet  qu'il  vient  de  trouver  dans  ses  fouilles  de 
Sainte-Monique.  C'est  une  coupe  en  plomb,  couverte  d'ornemenla- 

1903.  1.3 


182  SÉANCE    DU    l"""    MAI    1903 

lions.  (|ui  polie  uiu'  inscription  bilingue,  phénicienne  et  grecque.  La 
partie  phénicienne  doit  se  lire  le  Ellin  «  aux  dieux  »  ou  «  au  dieu  ». 
L;\  partie  procfjuo  est  plus  mutilée.  J'y  distingue  pourtant  les  lettres 
Ct>HAM  ou  OH  AMI,  qui  paraissent  désigner  soit  celui  qui  a  fait 
l'oJTrande,  soit  le  dieu  auquel  elle  était  faite. 

Je  vous  remettrai  une  note  à  ce  sujet  pour  nos  Comptes  rendus; 
mais,  empêché  d'assister  au  début  de  la  séance,  je  n'ai  pas  voulu 
tarder  davantage  à  faire  connaître  à  l'Académie  la  nouvelle  décou- 
verte du  R.  P.  Dclattre. 

Il  est  procédé  au  scrutin  pour  le  remplacement  de  M.  Gaston 
Paris  (l;ms  diverses  commissions. 

Sont  élus  : 

Commission  de  V histoire  littéraire  de  la  France  :  M.  X.  \'alois. 
Commission  des  travaux  littéraires  :  M.  Senart. 
Commission  des  Ecoles  françaises  d'Athènes  et  de   Rome  : 
M.  Châtelain. 

(Commission  dn  j)rix  de  La  (iranç/e  :  M.  L.  Dklisle. 

M.  Paul  MiiVKU  a  la  piirole  pour  une  cnnimunication  : 
«  Le  Congrès  international  des  sciences  historiques  qui  s'est 
récemment  tenu  à  Rome,  du  "2  au  0  aviil ,  et  auquel  ont  assisté 
plusieurs  membres  de  cette  .Vcadémie  ',  est  de  création  française. 
Il  a  été  fondé  par  feu  René  de  Maulde,  bien  connu  par  ses  Ira- 
vaux  sur  le  xv"  siècle  et  en  particulier  sur  Louis  XII.  La  première 
session  eut  lieu  à  La  Haye  en  1897,  la  seconde  à  Paris  pendant 
l'Exposition  ;  aucune  ne  jeta  grand  éclat  ;  la  troisième  a  été 
beaucoup  plus  brillante.  Elle  avait  été  préparée  de  longue  main. 
On  sait  (ju'eile  devait  avoir  lieu  l'an  dernier.  Par  suite  de  divers 
contretemps,  elle  fut  remise  à  cette  année.  La  date  choisie, 
coïncidant  avec  les  congés  de  Pâques,  permit  à  un  grand  nombre 
de  professeurs  de  s'y  renth-e.  I^c  Comité  d'organisation  avait  tout 
prévu  [)our  assurer  le  succès  de  ces  assises  littéraires  et  le 
confort  de  ceux  tpii  y  prirent  pari.  Le  titre  de  membre  du 
Congrès,  (pi'on  pouvait  acquérir  moyennant  une  souscription  très 
modique,    donnail    droit    à     d  iiii|)iMi,iiites    réductions    sur    les 

1.  MM.   IJalicldii,   H()iKiu''-Loticrr(i.  ("liaxaiHics,  Collignon,  Dercnbourg, 
Duchesne,  Juret,  Picot. 


SÉANCE    DU    !«'■    MAI    1903  183 

chemins  de  fer  italiens,  à  Fenlrée  gratuite  dans  tous  les  musées. 
De  plus,  des  expositions  spéciales,  des  excursions  archéologiques 
avaient  été  organisées.  Aussi  Taffluence  fut-elle  très  grande. 

Le  congrès  était  divisé  en  huit  sections  : 

1"*  Histoire  ancienne,  épigraphie,  philologie  classique  et  com- 
parée; 

2"  Histoire  du  moyen  âge  et  des  temps  modernes.  Méthodo- 
logie et  sciences  auxiliaires  de  l'histoire  ; 

3"  Histoire  littéraire  ; 

4''  Archéologie  et  numismatique.  Histoire  de  l'art; 

5°  Histoire  du  droit; 

6"  Histoire  de  la  science  géographique.  Géographie  historique  ; 

1''  Histoire  de  la  philosophie.  Histoire  des  religions; 

8°  Histoire  des  sciences  mathématiques,  physiques,  naturelles 
et  médicales. 

«  Le  nombre  des  communications  a  été  tel  qu'il  fut  nécessaire 
de  diviser  certaines  de  ces  sections  en  sous-sections.  La  simple 
énumération  de  tous  les  travaux  lus  au  Congrès  ou  résumés  ora- 
lement exigerait  beaucoup  d'espace  et  présenterait  d'autant 
moins  d'intérêt  qu'une  publication  spéciale  en  donnera  le  texte 
ou  du  moins  l'analyse.  Je  me  bornerai  à  mentionner  ceux  qui  ont 
pour  auteurs  des  membres  de  notre  Académie.  Mgr  Duchesne  a 
lu  un  mémoire  sur  l'état  des  évêchés  d'Italie  à  la  suite  de  l'inva- 
sion lombarde.  M.  Babelon  a  fait  une  communication  sur  les 
monnaies  de  Septime  Sévère  et  de  Caracalla  relatives  à  l'Afrique; 
sur  une  de  ces  monnaies  est  représenté  le  temple  d'Eschmoun  de 
Garthage,  devenu,  depuis,  le  temple  d"Esculape.  M.  GoUignon  a 
traité  de  l'origine  du  type  des  pleureuses  dans  l'art  grec.  M.  P. 
Meyer  a  présenté  quelques  remarques  sur  la  propagation  du 
français  en  Italie  pendant  le  moyen  âge. 

«  Notre  correspondant  M.  Krumbacher,  de  Munich,  a  traité  du 
Corpus  de  documents  grecs  du  moyen  âge  et  de  l'époque  moderne 
(jue  doit  publier  l'Académie  de  Munich. 

«  Plusieurs  sections  ont  émis  des  vœux  dont  quelques-uns 
doivent  être  mentionnés  ici  comme  ayant  trait  à  des  questions 
qui  intéressent  notre  Académie,  à  savoir  : 

«   Qu'une  même  prononciation  du  latin  soit  partout  adoptée  ; 
«   Qu'il  soit  dressé  une  bibliographie  complète  des  documents 


184  SÉANCE    DU    !•'•■    MAI    1903 

relatifs  à  l'histoire  italienne  et  un  répertoire  bibliographique  de 
la  littérature  italienne  ; 

«  Que  le  prêt  des  manuscrits  se  fasse  directement  de  biblio- 
thèque à  bibliothèque,  sans  passer  par  l'intermédiaire  des  Minis- 
tères des  alfaires  étrangères  ; 

<(  Que,  comme  travail  préparatoire  à  la  publication  d'un  grand 
atlas  historique  de  1  Italie,  on  rédige  un  glossaire  des  noms  de 
lieux  italiens. 

«  En  principe,  toutes  les  langues  ont  été  admises  à  ce  Congrès. 
En  fait,  les  seules  langues  employées  ont  été  l'italien,  le  français, 
l'allemand,  l'anglais  et,  occasionnellement,  dans  la  première 
section,  le  latin.  A  ce  propos,  il  n'est  pas  inutile  de  mentionner 
ici  qu'à  la  section  de  numismatique  un  savant  allemand  a  proposé 
de  n'admettre  à  l'avenir  comme  langue  commune  dans  les  Congrès 
que  le  français.  Celte  proposition  paraît  avoir  été  accueillie  favo- 
rablement. 

«  Il  a  été  décidé  que  le  prochain  Congrès  historique  serait  tenu 
en  iyOf)  à  Berlin.  » 

Le  PHKsn)ENT  remercie  M.  Paul  Mi:vkk  de  l'intéressante  com- 
munication qu'il  vient  de  faire. 

M.  Louis  IIavet,  prenant  texte  du  vivu  émis  au  Congrès  de 
Home  pour  l'uniformisation  de  la  prononciation  donnée  par  les 
différents  peuples  au  latin,  demande  que  l'.Xcadémie  s'associe 
aux  elVorts  qui  pourront  être  tentés  en  ce  sens.  Il  signale  le  fait 
que  déjà  divers  maîtres  de  l'enseignement  suj)érieur,  comme  en 
Allemagne  M.  Biicheler,  dans  les  Iles  Britanniques  M.  Lindsay, 
en  France  M.  Victor  Henry  et  M.  Havct  lui-même,  ont  person- 
nellement mis  en  usage  une  prononciation  rectifiée.  Il  fait 
remarquer  qu'il  ne  s'agit  pas  d'établir  une  prononciation  idéale 
et  irréprochai)le,  dont  la  définition  pourrait  donner  lieu  à  de 
difficiles  controverses,  mais  de  renoncer,  dans  chaque  pays,  à 
des  habitudes  locales  incontestablement  fautives  et,  dans  certains 
cas,  donnant  inutilement  lieu  à  des  confusions.  Le  but  à  pour- 
suivre est  d'elfacer  des  dilférenees  de  prononciation  qui  n'ont 
pas  de  raisons  d'être  sérieuses,  ou,  tout  au  moins,  de  les  diminuer. 
Ces  disparates  gratuites  existent  même  à  l'intérieur  des  pays  de 


LIVRES    OFFERTS  185 

langue  Française,  si  bien  que,  par  exemple,  la  finale  du  mot  latin 
référendum  se  prononce  à  Paris  -indom  et  à  Genève  -ènndouni. 

M.  BoissiER  dit  que  la  règle  adoptée  par  l'Académie  française 
est  de  prononcer  à  la  française  ce  qui  est  devenu  par  l'usage  un 
mot  français  comme  veïevendum  et  tunii/h/s. 

M.  Bouché-Leclercq  fait  un  exposé  de  la  discussion  qui  a  eu 
lieu  à  ce  sujet.  Il  y  a  eu  de  grandes  objections  dans  la  section  où 
la  proposition  a  été  faite. 

M.  Paul  Meyer  dit  que  pourtant  le  vœu  a  été  adopté  par  le 
Congrès.  Il  reconnaît  d'ailleurs  que  la  chose  a  besoin  d'être  bien 
examinée  avant  que  Ion  songe  à  la  mettre  en  pratique. 

M.  JoRET  croit  que  la  proposition  est  acceptable. 

M.  Havet  répète  que,  dans  ses  cours,  il  se  conforme  autant 
que  possible  à  cette  règle. 

M.  BoissiER  estime  que  si  l'on  généralisait  le  procédé,  on 
risquerait  de  détourner  du  latin  le  peu  de  fidèles  qui  lui  restent. 

La  plupart  des  membres  sont  d'avis  de  prononcer  le  latin  en 
faisant  prévaloir  l'accent  tonique. 

M.  L.  Havet  étudie  divers  passages  du  discours  de  Cicéron 
Pro  lege  Manilia  et  de  VAuliilaria  de  Plante  (v.  437). 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Phésident  dépose  sur  le  bureau  de  rAcadémie  le  deuxième 
fascicule  du  tome  IX  (n°  19  de  la  collection)  des  Monuments  et 
Mémoires,  publiés  sur  les  revenus  de  la  fondation  Eug.  Piot  (Paris, 
1903,  in-4°). 


186 


LIVRES    OFFERTS 


M.  Senart  fait  hommage  à  rAcadémie  du  compte  rendu  analytique 
du  Congrès  international  des  études  d'Extrême-Orient  tenu  à  Hanoï 
en  décembre  dernier  : 

X  C'est  un  hommage  qui  revient  de  droit  à  l'Académie  ;  car  on  peut 
dire  (jue  c'est  lEcole  ({u'clle  patronne  et  sur  laf|uelle  s'exerce  sa  haute 
direction  qui  a  été  lame  du  Congrès.  Rien  ne  saurait  faire  à  l'œuvre  plus 
d'honneur  que  ces  rapides  procès-verbaux.  Non  seuleinenl  le  directeur 
M.  Finot,  iioinmé  président  du  Congrès,  l'a  dirigé  avec  un  tact  remar- 
quable, a  harangué  avec  le  talent  le  plus  lin,  mais  tous  les  pensionnaii-es 
ou  attachés  de  l'Ecole  ont  pris  aux  travaux  la  part  la  plus  active.  Or 
ces  travaux  qui  s'étendent  à  toutes  les  études  d'Extrême-Orient,  et 
où  l'égyptologie  même  a  eu  parfois  sa  place,  par  leur  intérêt.  \ouv 
variété,  leur  solidité,  sont  à  la  hauteur  des  prévisions  les  plus  opti- 
mistes. Je  suis  persuadé  (pie  je  ne  serai  démenti  par  aucun  juge  com- 
pétent si  j'affirme  que,  parla  qualité  sinon  par  labondance,  ce  remar- 
quable ensemble  n'a  pas  à  redouter  la  comparaison  avec  les  assises 
internationales  similaires  de  l'Occident.  Je  suis  certain  que  l'Acadé- 
mie partagera  la  profonde  satisfaction  que  j'éprouve  à  le  proclamer; 
à  constater  tout  ensemble,  combien  de  toutes  parts  ont  afflué  autour 
de  la  jeune  école  les  témoignages  les  plus  tlattcurs  et  les  plus  pré- 
cieux, et  à  quel  point  a  fructifié,  en  un  temps  relativement  si  court, 
l'œuvre  à  laquelle  nous  ne  pouvons  (pie  nous  honorer  d'être  associés. 
Les  gouvernements  d'Autriche-IIongrie,  des  Indes  néerlandaises, 
d'Italie,  du  Siam  y  avaient  des  délégués  ofTicieis.  Des  savants  comme 
•MM.  lleger,  lirandes,  Pullè,  Nocentini,  Licblein  et  bien  d'autres  ont 
pris  au  Congrès  une  part  active,  à  côté  de  la  jeune  école  japonaise 
brillamment  représentée  par  MM.  Xanjiyo,  Tahakusu,  Fujishiina.etc. 
Une  impulsion  nouvelle  y  a  été  donnée  à  de  grosses  entreprises 
littéraires  comme  le  manuel  de  philologie  indo-chinoise,  le  diction- 
naire ljou(ldhi(ju('  chinois-sanscril. 

<'  Nous  avons  donc  tout  lieu,  je  le  réj)ète,  de  nous  féliciter  des 
résultats  obtenus,  et  je  considère  comme  un  devoir  de  saisir  cette 
occasion  pour  remercier,  au  nom  de  nos  études,  le  Gouverneur 
général  de  la  sympathie  éclairée  ([ue,  en  ouvrant  le  Congrès  en  per- 
sonne, il  a  manifestée  [lour  une  tentative  (jui  pouvait  paraître  hardie 
et  (pii  certaiiu'inciil  a,  plus  i|u':iucnnr  autre  inaiiil'eslalion,  caractérisé 
et  honoré  la  récente  Exposition  imio-cliinoise.  » 

M.  Sknaht  oITre  en  outre,  en  .sou  nom,  un  mémoire  qu'il  a  publié 
dans  r  "  Album  Kern  »  sur  le  mol  Xirvnna  (Leide,  1903,  in-4°). 

M.  Bahi'.ion  :i  la  [laiole  pour  un  hommage  : 


LIVRES    OFFERTS  187 

«  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie,  de  la  part  de  M.  André  de 
Ridder,  la  seconde  partie  du  Catalogue  des  vases  peints  de  la  Biblio- 
thèque nationale  {Paris,  1902,  in-4°). 

u  Ce  volumineux  fascicule  est,  depuis  quelques  semaines  déjà, 
entre  les  mains  de  tous  les  membres  de  l'Académie;  je  n'ai  donc  pas 
à  en  faire  ressortir  le  mérite  et  l'importance.  Je  dois  seulement,  au 
nom  de  M.  de  Ridder  qui  m'en  a  prié,  et  en  mon  nom  personnel, 
comme  conservateur  du  Cabinet  des  Médailles,  remercier  l'Académie 
qui  a  bien  voulu,  sur  les  fonds  Eugène  Piot,  aider  la  Ribliothèque 
nationale  à  faire  les  frais  de  cette  publication.  J'aime  à  croire,  d'un 
autre  côté,  que  l'Académie  trouvera  que  sa  généreuse  subvention  a 
été  bien  employée;  pour  mon  compte  personnel,  je  saisis  avec 
empressement  l'occasion  qui  m'est  offerte  de  remercier  et  de  féliciter 
publiquement  M.  de  Ridder  du  soin,  du  zèle,  de  la  science  et  aussi 
de  la  rajjidité  avec  lesquels  il  a  mené  à  son  complet  achèvement  ce 
catalogue  considérable  et  si  utile  à  tous  les  archéologues.  » 

M.  Emile  Picot  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  Vous  savez,  Messieurs,  quels  hommages  ont  été  rendus  à  notre 
éminent  confrère,  M.  Léopold  Delisle,  à  l'occasion  du  cinquantième 
anniversaire  de  son  entrée  dans  la  Société  de  l'Histoire  de  France  et 
au  département  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale.  Le 
bureau  du  Congrès  international  des  Bibliothécaires  a  tenu  à  s'asso- 
cier à  ces  hommages  en  faisant  paraître  une  Bibliographie  des  travaux 
publiés  par  M.  Delisle  depuis  1847  jusqu'à  ce  jour.  Le  volume,  dont 
j'ai  l'honneur  d'offrir  un  exemplaire  à  l'Académie,  a  été  rédigé  avec 
un  soin  minutieux  par  M.  Paul  Lacombe;  vous  y  trouverez  les  titres 
de  1.889  publications  faites  par  notre  infatigable  confrère  dans  tous 
les  domaines  de  la  science  historique.  La  liste  des  souscripteurs, 
imprimée  en  tête  de  la  bibliographie,  contient  les  noms  de  neuf  cents 
érudits  appartenant  à  tous  les  pays  de  l'Europe  et  aux  États-Unis 
d'Amérique.  Un  beau  portrait,  diî  à  M.  Dujardin,  complète  le  volume 
supérieurement  exécuté  par  l'Imprimerie  nationale.  » 

M.  Bouché-Leclercq  offre,  au  nom  de  notre  confrère,  M.  Clermont- 
Ganneau,  la  19*^  livraison  du  tome  V  de  son  Recueil  d'archéologie 
orientale  (Paris,  1903,  in-8°)  et  dont  voici  le  sommaire  : 

§  39.  Fiches  et  notules  (suite)  :  Chartimas,  patrie  de  Didon.  —  Benê 
Marzeha.  —  Confréries  religieuses  carthaginoises.  —  La  Cène,  la 
fête  phénicienne  du  Marzeah.  —  Barad  ou  Deber  ;  —  §  40.  Inscrip- 
tions  grecques  de  Sidon  et  environs  ;  —  §  41 .  Les  inscriptions  phé- 


188  SÉANCE    DU    8    MAI    1903 

niciennes  du  temple  d'Echmoun  à  Sidon  ;  —  ,i  42.  Où  était  l'embou- 
chure du  Jourdain  à  l'époque  de  Josué  (pi.  VI);  —  §  43.  Monuments 
palmyréniens;  —  §  44.  Inscription  grecque  de  Dora. —  §  46.  Fiches 
et  notules  :  L'ère  de  Tyr.  —  La  date  de  la  mosaïque  de  Nebi  Younés. 
—  Inscription  de  Deir  Sem  an.  —  Sahouet  (El-Khidhr).  —  0£Ôç 
' Aovxdrc/'k  et  'Aramtâ;  —  J;  47.  Inscriptions  grecques  du  Pont;  — 
§  48.  Fiches  et  notules  :  La  c  Terre  de  Reseph  ».  —  Chamim  Roumira 
et  Chamim  Addirim.  —  Sofsaf  et  Ménagadem;  —  ^^  49.  Inscription 
gréco-palmyrénienne  d'Egypte. 

M.  Salomon  Reinach  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  son 
Recueil  de  têtes  antiques  idéales  ou  idéalisées  (Paris,  1903,  in-S"). 

M.  II.  Omont  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  Ihonneur  de  déposer  sur  le  bureau  de  l'Académie  les  fac- 
similés,  reproduits  par  les  soins  du  Hév.  A.  Peterson,  vicaire  de  Saint- 
Barnabas,  à  Sutton  (Angleterre),  de  deux  papyrus  d'Oxyrhynchus, 
qui  offrent  peut-êtie  les  deux  plus  anciens  spécimens  jusqu'ici  connus 
de  manuscrits  du  Nouveau  Testament.  Le  premier  contient  les  ver- 
sets 1-9  du  chapitre  1  de  saint  Matthieu;  le  second,  les  versets  1-7 
du  premier  chapitre  de  l'Épitre  de  saint  Paul  aux  Romains.  » 


SÉANCE  DU   8   MAI 


M.  A.  Thomas  écrit  à  l'Académie  pour  se  porter  candidat  à  la 
place  de  membre  ordinaire  laissée  vacante  par  la  mort  de  M.  G. 
Paris. 

.M  Pli.  lh;H(a;u  prcseiile  l;i  plio|(ii;r;ipliie  du  disque  de  plomb 
avec  inscription  biiinj^ue  dont  il  ;i  annoncé  la  découverte  à  la 
dernière  séance.  Les  palinelks  (jui  le  decorenl  sont  très  élé- 
gantes. Linscription,  tant  grecque  que  phénicienne,  est  de  très 
bonne  époque,  presque  archaïque.  l'>lle  paraît  devoir  se  lire  : 

((   .'\u  dieu  Phèamios » 

Le  reste  de  ce  petit  texte  est  presque  entièrement  ellacé. 


SÉANCE    Dl     8    MAI    1903 


489 


M.  Berger  présente  ensuite  une  nouvelle  épitaphe  de  prêtresse 

trouvée  par  le  R.  P.  Delattre.  Elle  porte  : 

«  Tombeau  d'Ummastoret,  fille  d'Esmounamas,  la  prêtresse.  » 
L'inscription  a  été  trouvée  en  place,  encastrée  dans  la  pierre 

fermant  l'entrée  du  sépulcre  '. 

M.  S.  Reixacii  communique,  au  nom  de  M.  Clerc,  directeur 
du  Musée  de  Marseille,  un  bas-relief  découvert  à  Montsalier 
(Basses-Alpes)  et  appartenant  à  M.  l'abbé  Arnaud  d'Agnel.  II 
représente  un  groupe  de  trois  personnages  et  une  tête  humaine 
de  grande  dimension,  posée  sur  une  espèce  de  socle.  Sur  le  socle 
sont  gravées  des  lettres  grecques  qui  ne  donnent  pas  de  sens  ; 
M.  Clerc  suppose  qu'on  est  en  présence  d'une  sculpture  et  d'une 
inscription  ligures. 

La  note  de  M.  Clerc  est  ainsi  conçue  : 

«  Le  bas-relief  dont  j'ai  l'honneur  de  communiquer  une  pho- 
tographie à  l'Académie  a  été  découvert  il  y  a  quelques  mois 
dans  un  village  des  Basses-Alpes,  Montsalier,  situé  à  trois  kilo- 
mètres de   Banon.  (,)n  a   trouve  en   même  temps  quelques  frag- 


ments de  poteries  grossières ,  ressemblant  aux  poteries  néoli- 
thiques de  la  région  et  des  lampes  de  terre  cuite,  dont  l'une 
porte  la  marque  bien  connue  cVAgilis. 

«  Le  bas-relief,   actuellement  en  la  possession  de  M.  l'abbé 
Arnaud  d'Agnel,  qui  en  a  compris  tout  l'intérêt,  représente  un 

1.  Voir  ci-après. 


190  SÉANCE    DU    8    MAI     1903 

groupe  de  trois  personnages,  deux  hommes  qui  saisissent  et 
paraissent  entraîner  une  femme  La  femme  est  vêtue  d'une  robe 
longue  et  d'un  manteau  qui  l'enveloppe  à  la  façon  d'un  châle.  A 
droite  de  ce  groupe  est  une  tôle  humaine  posée  sur  une  espèce 
de  socle  et  beaucoup  plus  grande  à  proportion  que  les  person- 
nages. Sur  le  socle  sont  gravées  six  lettres  grecques  ;  une  autre 
inscription,  dont  il  ne  reste  plus  que  quelques  lettres,  court  sous 
les  autres  figures.  Ces  inscriptions,  dont  les  caractères  sont  de 
basse  époque,  ne  paraissent  oll'rir  aucun  sens. 

«  Ce  petit  monument,  par  sa  provenance  et  par  sa  singularité, 
soulève  de  nombreuses  questions  :  il  semble  que  l'on  soit  en 
présence  d'une  sculpture  ligure.  M.  Arnaud  d'Agnel  se  propose 
de  publier  un  mémoire  sur  ce  sujet,  et  je  me  borne  à  attirer 
l'attention  de  l'Académie  sur  cette  découverte.  « 

M.  Delisle,  au  nom  de  la  Commission  des  Antiquités  de  la 
France,  fait  le  rapport  suivant  : 

«  Un  règlement  remontant  à  une  trentaine  d'années  a  limité 
à  trois  le  nombre  des  médailles  et  à  six  le  nombre  des  mentions 
à  décerner  aux  ouvrages  qui  sont  envoyés  au  concours  des  Anti- 
quités de  la  France. 

«  Depuis  plusieurs  années,  la  Commission  des  Antiquités  s'est 
trouvée  fort  embarrassée  par  le  nombre  et  la  valeur  des  ouvrages 
qu'elle  est  appelée  à  juger.  Elle  a  eu  plus  d'une  fois  conscience 
de  commettre  de  véritables  injustices  par  suite  de  l'imiiossibililé 
de  récompenser  plus  de  neuf  ouvrages. 

«  Cette  année,  la  Commission  a  entendu  des  rapports  d'après 
lesquels  treize  ouvrages  ont  été  rangés  dans  la  première  catégo- 
rie, c'est-à-dire  jugés  dignes  de  concourir  pour  une  médaille. 

«  D'après  le  règlement  actuellement  en  vigueur,  la  Commis- 
sion ne  pourrait  pas  même  accorder  une  simple  mention  à  quatre 
de  ces  ouvrages. 

«  Pour  parer  à  cet  inconvénient  et  éviter  de  commettre  des 
injustices,  la  Commission,  par  un  vote  unanime,  demande  à 
r.Académie  de  ne  pas  limiter  à  l'avenir  le  nombre  des  mentions 
qui  peu\  ent  être  décernées  aux  concurrents.  » 

La  proposition  de  la  Commission  est  adoptée. 


SÉANCE    DU    8    MAI    1903  191 

M.  Hamy  donne  connaissance  à  l'Académie,  au  nom  de  la  Com- 
mission de  la  fondation  Garnier,  des  propositions  suivantes  : 

1°  Allouera  M.  H.  Dufour,  architecte  diplômé,  ancien  attaché 
à  l'École  française  d'Extrême-Orient,  une  somme  de  6.000  francs 
pour  reprendre  les  recherches  qu'il  a  commencées  pendant 
l'hiver  de  1901-1902  dans  le  monument  khmer  du  Bnyon  à 
Ang'kor-Thôm  (Siam). 

M.  Dufour  a  fait  connaître  dans  une  notice  adressée  à  l'Aca- 
démie l'intérêt  que  présente  le  Bâyon,  l'étal  actuel  de  ce  monu- 
ment et  les  fouilles  qu'il  reste  à  faire,  notamment  pour  déblayer 
les  bas-reliefs  qui  décorent  la  première  enceinte  du  monument 
actuellement  ensevelis  sous  les  éboulements.  Il  demande  pour 
exécuter  ce  travail ,  qui  lui  permettrait  d'achever  de  réunir  les 
matériaux  d'une  monographie  complète,  une  somme  de  12.000 
francs,  dont  6.000  seulement  seraient  à  prélever  sur  l'exercice 
courant,  le  reste  de  l'allocation  étant  imputable  sur  l'exercice  1904. 
Cette  campagne  serait  en  eil'et  entreprise  en  octobre  et  se  prolon- 
gerait jusqu'à  entier  achèvement. 

La  Commission  attache  le  plus  grand  prix  à  l'achèvement  des 
études  sur  le  Bâyon  et  propose  à  l'Acadéniie  d'accorder  à 
M.  Dufour  pour  les  mener  à  bon  terme  une  allocation  de  6.000 
francs  renouvelable  au  commencement  de  1904. 

2°  Accordera  M.  le  capitaine  Lenfant,de  l'artillerie  coloniale, 
attaché  à  la  section  technique  des  troupes  coloniales  au  Ministère 
de  la  guerre,  les  moyens  d'accomplir,  de  la  fin  de  juin  à  décembre, 
un  voyage  d'exploration  destiné  à  relier  directement  par  le 
Mayo-Kabi,  affluent  de  la  Bénoué,  par  le  chapelet  des  lacs  et  par 
les  marécages  du  Toubouri,  dune  partie  Bas-Niger  et  la  Bénoué, 
de  l'autre  le  Logone,  le  Chari  et  le  Tchad.  Cette  route,  signalée 
déjà  par  Barth  et  sur  laquelle  M.  Lenfant  a  recueilli  pendant  ses 
longues  navigations  sur  le  Niger  les  renseignements  les  plus 
précis,  constituerait  une  voie  de  pénétration  relativement  rapide 
et  peu  coûteuse  qui  permettrait  de  transporter  dans  notre  terri- 
toire du  Tchad  une  tonne  de  ravitaillement  en  60  jours  au  prix 
de  400  francs ,  tandis  qu'il  faut  actuellement  cinq  mois  par  le 
Congo  et  que  le  prix  de  transport  atteint  2.000  francs. 

L'itinéraire  de  M.  Lenfant  serait  neuf  entre  Garoua  et  le 
Logone  ,  et  l'explorateur  s'est  mis  en  mesure  de  rapporter  sur 


192  sÉANCR  01    8  MAI    I90:^ 

toute  cette  région  inconnue  les  renseignements  les  plus  complets. 
En  redescendant  le  Niger,  il  pousserait  jusqu'à  Hénin  et  setl'or- 
cerait  d'y  recueillir  quelques-unes  de  ces  curieuses  œuvres  d'art 
d'une  civilisation  nègre  aujourd'hui  disparue  et  qui  ont  été  l'objet 
de  publications  si  intéressantes  en  Angleterre  et  en  Allemagne. 

La  Commission  de  la  fondation  Garnier,  fraj)pée  de  l'intérêt  à 
la  fois  scientifique  et  patriotique  de  l'entreprise  de  M.  le  capi- 
taine Lenfant,  propose  à  l'Académie  de  disposer  en  sa  faveur 
d'une  annuité  des  revenus  dont  elle  dispose,  soit  lô.OOO  francs. 

3"  La  Commission  propose  enfin  de  donner  une  somme  de 
L500  francs  à  M.  le  lieutenant  Desplagnes,  du  2*-'  régiment  de 
tirailleurs  sénégalais,  pour  continuer  les  recherches  archéologiques 
qu'il  a  commencées  dans  la  vallée  du  Niger  et  dont  il  a  entretenu 
l'Académie  dans  sa  séance  du  i  juillet  190-2.  Les  résultais  des 
fouilles  pratiquées  dans  un  des  grands  tumulus  de  Goundam  en 
1901  sont  assez  intéressants  pour  faire  espérer  que  celles  qu'il  se 
propose  d'entreprendre  près  de  Gao  seront  également  très  fruc- 
tueuses. M.  Desplagnes  commencerait  par  ouvrir  un  monument 
funéraire  dont  la  date  est  assez  bien  déterminée  et  qui  appar- 
tient à  l'époque  des  Askia  et,  ayant  ainsi  assuré  sa  base  d'opéra- 
tion, il  attaquerait  les  grandes  salles  de  Suiiipi.  etc. 

La  somme  de  1.500  francs  demandée  par  ce  chercheur  lui 
permettrait  d'avoir  à  sa  disposition  pendant  quatre  mois  environ 
une  équipe  de  dix  ouvriers  noirs. 

Ces  '2'2.'i(H\  francs  prélevés  sur  les  revenus  disponibles  du  legs 
Benoît  Garnier,  il  reste  pour  l'imprévu  une  sommede().0"2"J  francs. 

Les  propositions  de  la  Commission  sont  adoptées  par  l'Aca- 
démie, 

M.  ]î.\ni:i.(iN  communique  à  l'Académie  un  grand  médaillon  d'or 
do  Constantin  cpii  fait  piirtie  des  collections  de  ^L  Carlos  de 
Reistegui.  Ce  médaillon  qui  donne  à  Constantin  le  titre  d'invic- 
tii.s  ('onsl;uilinii.s  M;i.rinnis  Auf/tislns,  cl  porte  au  revers  la 
légende:  Fvlix  udrenlu.s  Aiu/u.slitniiii  iio.slniriim  ,  a  été  frappé 
pour  commémorer  la  célèbre  entrevue  de  Constantin  et  de 
Licinius,  à  Milan,  en  ff'vricr  'M'.\.  (»n  sait  cpie  c'est  dans  cette 
conférence  (pic  fut  pi-oclanic'C  pour  l;i  picinièrc  l'ois  la  hi)crté  des 
cultes. 


SÉANCE   DU   8   MAI    1903  193 

M.  Salomon  Reinach  commente  une  inscription,  récemment 
découverte  à  Rome,  qui  fait  connaître  les  exploits  d'un  cocher 
du  cirque  du  temps  de  Domitien  ,  Avilius  Teres.  L'inscription 
indique  les  noms  et  le  pays  d'ori^'^ine  des  chevaux  qui  ont  valu 
ses  nombreuses  victoires  à  Avilius.  Presque  tous  ces  chevaux 
sont  africains  ;  quelques-uns  sont  grecs,  g-aulois  ou  espagnols. 
Dans  d'autres  documents  du  même  genre,  qui  sont  des  «  éloges  •>■> 
de  cochers,  ce  sont  toujours  les  chevaux  africains  qui  sont  les 
plus  nombreux.  Pas  une  seule  fois  il  n'est  question  d'un  cheval 
arabe.  C'est  que  les  Arabes,  à  l'époque  de  l'Empire  romain, 
avaient  des  chameaux  et  non  des  chevaux  de  sang,  tandis  que  les 
habitants  de  l'Afrique  du  Xord  avaient  les  plus  beaux  chevaux  du 
monde  et  ne  possédaient  pas  de  chameaux.  11  faut  descendre 
jusque  vers  l'an  1100  après  J.-C.  pour  trouver,  dans  un  texte 
grec,  l'éloge  du  cheval  arabe.  Dans  l'intervalle  s'était  produite 
l'invasion  arabe  dans  l'Afrique  du  Xord,  qui  reçut  sans  doute,  à 
cette  occasion,  un  grand  nombre  de  chameaux,  mais  à  laquelle 
les  Arabes  enlevèrent  ses  meilleurs  chevaux;  désormais,  le  cheval 
barbe,  introduit  en  Syrie  et  en  Arabie,  y  fera  souche  de  la  race 
arabe.  C'est  d'Afrique,  et  non  d'Arabie,  que  les  Egyptiens,  les 
Grecs  et  peut-être  les  Assyriens  ont  obtenu  leurs  meilleurs 
chevaux  ;  si  le  cheval  grec  du  Parlhénon  ressemble  à  la  fois  au 
cheval  arabe  et  au  cheval  anglais,  c'est  qu'ils  ont  pour  ancêtre 
commun  le  cheval  barbe.  Ce  dernier  est  probablement  un  dérivé 
d'une  des  variétés  de  zèbres  indigènes  en  Afrique  et  n'a  rien  de 
commun  avec  le  cheval  quaternaire  européen,  qui  a  donné  les 
races  communes  de  l'Europe  et  de  l'Asie.  L'hypothèse  de  la 
provenance  asiatique  des  chevaux  de  race  noble  est  aussi  dénuée 
de  fondement  que  celle  de  l'origine  asiatique  des  Aryens. 

MM.  BoissiER,  Hamy,  Pottier  et  Heuzey  présentent  quelques 
observations. 


194 


COMMUNICATION 


VASE    DE    PLOMH    AVEC    INSCRIPTION    BILINGUE 

DÉCOLVEUT    A    CARTHAGE. 

NOTE    DE    M.     PHILIPPE    BERGER,    MEMBRE    DE    i/aCADÉMIE 

Le  R.  P.  Delatlre  m'adresse,  pour  être  communicjué  à 
l'Académie,  un  nouvel  objet  d'un  réel  intérêt,  trouvé  dans 
les  fouilles  à  Carthage.  Voici  ce  qu'il  m'écrit  à  son  sujet  : 

('  G  est  un  disque  de  plomb,  de  0'"  095  de  diamètre, 
sorte  de  patère  lég-èrement  concave,  dont  la  partie  convexe 
est  décorée  de  palmettes  et  porte  vers  le  centre  une  inscrip- 
tion disposée  en  cercle.  On  y  lit  les  lettres  D^a"")  qui  si»>^ni- 
lient  sans  doute  :  «  aux  dieux  ».  Le  reste  de  rinscnj)tion 
se  compose  de  caractères  appartenant,  je  crois,  à  l'alphabet 
grec  archaïque.  » 

Les  observations  du  H.  P.  Delattre  sont  parfaitement 
justes.  Le  mot  Q'^N'i  est  écrit  très  nettement,  en  caractères 
assez  anciens;  à  sa  suite,  on  lit,  en  grec  archaïc[ue  : 

01  r!  OHAMV^- 

La  dernière  lettre  est  douteuse,  et  l'on  [bourrait  être  lenlé 
de  lire  '^r,:x[j.<.z- 

Les  deux  lettres  OZ  ne  sont  p:is  imn  plus  certaines,  et 
sont  séparées  du  groupe  <t)HAMV  par  un  intervalle  d'au 
moins  deux  lettres  que  je  ne  réussis  pas  à  lire'.  De  laiilre 
côté,  une  lacune,  occupant  à  peu  ])rès  un  tiers  de  la  circon- 
férence, sépare  les  lettres  OZ  du  mot  D'^C"'. 

1.   Pcul-ctre,  avant  le  s,  faiiili'ait-il  Miir  li's  Irari's  il'iin  aiid'c  a. 


VASE    DE    PLOMB    AVEC    INSCRIPTION    BILINGUE 


195 


Comment  faut-il  agencer  ces  fragments  d'inscription? 
Pour  le  comprendre,  il  faut  en  rapprocher  un  ex-voto  trouvé 
à  Garthage  par  M.  de  Sainte-Marie,  et  qui  figure  aujour- 
d'hui à  la  Bibliothèque  nationale  '.  Ce  petit  texte,  unique  en 
son  genre,  porte,  après  la  dédicace  ordinaire  les  mots  : 

ce  qua  voué  Euklea. 
La  partie  grecque  de  l'inscription  gravée  sur  la  coupe  de 


plomb  doit  contenir  de  même  le  nom  soit  de  la  divinité, 
1.  Ph.  Berger,  Gazette  archéologique.  1876,  p.  117:  Cl.  S.,  I,  191. 


96 


VASE    DE    PLOMB    AVEC    INSCRIPTION    BILINGUE 


^  .''• 


t 


."-««i 


1- 


'A~ 


o 

c 


es 


es 

o 

en 
m 
o 


■M 

es 


> 


VASE    DE    PLOMB    AVEC    INSCRIPTION    BILINGUE  197 

soit  plutôt  de  celui  qui  a  fait  l'oirrande.  Nous  avons  là  sans 
doute,  non  pas  deux  inscriptions,  l'une  en  phénicien,  l'autre 
en  grec ,  qui  seraient  la  traduction  l'une  de  l'autre ,  mais 
une  seule  inscription,  écrite  en  partie  en  phénicien,  en  par- 
tie en  grec. 

L'étendue  de  la  lacune  qui  a  fait  disparaître  le  début  de 
l'inscription  grecque  en  rend  la  restitution  assez  malaisée; 
cette  lacune  toutefois  pourrait  être  notablement  réduite,  si 
l'on  suppose,  avant  les  mots  «  aux  dieux  »,  la  formule  «  ce 
qu'a  voué  ».  En  elfet,  à  la  distance  voulue,  on  aperçoit  les 
traces  d'une  lettre  qui  pourrait  être  un  alef^. 

Gela  nous  donnerait  : 

OZ..ct>HAMV    ûSxS  [TTJ   ur]N. 
Ce  qu'a  voué  aux  dieux-  0'C,..(fqocii.\j. 

Je  laisse  aux  hellénistes  le  soin  de  déterminer  le  sens  de 
la  partie  grecque-^.  Je  me  bornerai  à  faire  remarquer  la 
forme  très  particulière  du  9  ;  on  serait  tenté  de  le  prendre 
pour  un  koppa;  mais  M.  Foucart  me  dit  que  la  paléographie 
de  l'inscription  grecque  ne  permet  guère  de  la  faire  remon- 
ter plus  haut  que  le  iv""  siècle  ,  et  l'examen  des  quelques 
caractères  phéniciens  conduit  à  une  conclusion  analogue. 

Je  joins  à  cette  note  deux  autres  inscriptions  que  m'a 
communiquées  le  R.  P.  Delattre. 

L'une  est  une  nouvelle  épitaphe  de  prêtresse,  trouvée  le 
21  avril,  en  place,  à  l'entrée  d'un  caveau.  L'inscription, 
comme  toujours,  est  gravée  sur  une  pierre  dont  la  face  seule 


1.  Le  R.  P.  Delattre,  que  j'ai  consulté  à  ce  sujet,  m'a  écrit,  depuis  la 
lecture  de  cette  note  à  l'Académie,  que  l'examen  de  l'original  n'est  pas  favo- 
rable à  cette  lecture. 

2.  Le  mot  Elim  peut  être  pris,  soit  comme  un  pluriel  »  aux  dieux  »,  soit 
comme  un  singulier  «  la  divinité  »  ou  «  au  dieu  un  tel  ». 

3.  J'ai  songé  un  moment  à  un  dérivé  du  nom  du  dieu  phénicien  Paam, 
qui  a  donné  en  grec  les  formes  Poumaios  et  Pygmaios. 

1903.  14 


198 


VASE    DE    PLOMB    AVEC    INSCRIPTION    BILINGUE 


a  été  dressée,  équarrie  et  polie.  Mais,  au  lieu  d'être  encas- 
trée dans  une  dalle  de  fermeture,  elle  était  fixée  dans  une 
épaisse  couche  d'argile  dont  on  avait  clos  l'ouverture  de  la 
tombe. 

En  voici  le  texte  et  la  traduction  : 

[Ossements]  de  Ummastoref,  fille  d'Esmounamas,  la  prê- 
tresse. 

Le  R.   P.  Delattre  m'annonce  qu'il  me  donnera,  par  le 
prochain  courrier,  des  détails  sur  le  contenu  du  caveau. 


L'autre^est  une  inscription  tracée  à  l'encre  sur  une 
amphore.  L'inscription  est  peut-être  incomplète  à  gauche. 

On  voudrait  lire  pG^T  «  de  Magon  ».  Le  dernier  carac- 
tère, qui  pourtant  paraît  très  nettement  tracé,  me  déroute 
entière  ment. 


199 


LIVRES  OFFERTS 


M.  Louis  Léger  présente  au  nom  de  l'auteur,  M.  Constantin 
Jirecek,  membre  de  l'Académie  des  sciences  de  Vienne,  la  deuxième 
partie  de  l'ouvrage  intitulé  :  Die  Hoinanen  in  den  Stâilten  Dalmatiens 
wàhrend  des  Mittelallers  (extr.  des  Mémoires  de  l'Académie  des 
sciences  de  Vienne,  1903),  dont  la  première  partie  a  déjà  été  offerte 
à  l'Académie  (voir  Comptes  rendus,  année  1902,  séance  du  10  janvier, 
p.  17-18).  Ce  second  fascicule  comprend  des  textes  romans  de  Dalmatie 
de  l'année  1284  à  1528.  Ces  textes  sont  au  nombre  de  18.  Le  fascicule 
renferme  en  outre  deux  index  :  l'un  comprend  la  liste  des  prénoms 
romans,  grecs,  chrétiens  ou  autres  ;  l'autre,  celle  des  noms  slaves 
employés  en  Dalmatie  du  x"  au  xvi«  siècle. 

M.  Havet  présente,  au  nom  de  M.  l'abbé  J.-M.  Meunier,  de  la 
Société  de  linguistique  de  Paris,  un  opuscule  intitulé  :  La  pronon- 
ciation du  latin  classique  (extr.  de  la  Revue  du  Nivernais.  Nevers, 
1903,  viii-38  p.  gr.  in-S"). 

«  Cet  opuscule,  dit  M.  Havet,  est  précédé  d'une  dédicace  émue  à 
la  mémoire  de  notre  illustre  confrère  Gaston  Paris,  qui  avait  encou- 
ragé l'auteur  et  devait  être  son  patron  auprès  du  public  instruit.  Il  se 
présente  modestement  comme  une  œuvre  de  vulgarisation,  mais  une 
œuvre  faite  on  vue  d'un  but  pratique.  Pendant  que  le  Congrès  de 
Rome  émettait  un  vœu  tendant  à  l'uniformisation,  et  par  conséquent 
à  la  réforme  des  prononciations  nationales  du  latin,  M.  l'abbé  Meunier 
écrivait  pour  gagner  à  la  même  cause  des  lecteurs  français,  particu- 
lièrement dans  les  milieux  ecclésiastiques.  Aussi  invoque-t-il  un 
argument  d'utilité  qui  a  pu  échapper  aux  champions  laïques  de  la 
réforme  :  au  dernier  concile  du  Vatican,  certains  évêques  français 
furent  contraints  au  silence  par  la  prononciation  qui  seule  leur  était 
familière;  «  de  tous  les  évêques  qui  s'exprimaient  en  latin  au  concile, 
u  les  Français  entendaient  le  moins  et  étaient  le  moins  entendus  ». 
Quant  aux  arguments  de  théorie,  tendant  à  déterminer  la  prononcia- 
tion vraie  de  chaque  son  latin,  ils  sont  présentés  sous  une  forme 
exacte,  claire  et  convaincante,  et  ils  permettent  à  tous  les  lecteurs 
de  se  faire  une  opinion  saine  et  solide.  » 


200  SÉANCE    DU     15    MAI    1903 

M.  CoLLiGNON  ofTre  à  l'Académie  un  fascicule  de  la  Bibliothèque 
(les  Ecoles  françaises  d'Athènes  et  de  Home  contenant  les  Index  du 
Catalogue  des  Vases  peints  du  Musée  national  d'Athènes,  par  MM.  Max 
CoLLiGNON  et  Louis  Couve.  Il  annonce  que  la  publication  sera  pro- 
chainement complétée  par  un  album  in-4°  où  seront  reproduits  les 
principaux  types  de  vases. 

M.  IlÉHON  DE  ViLLEFOSSE  offrc  à  TAcadémie,  au  nom  de  M.  de  Mély, 
une  brochure  intitulée  :  Deux  sarcophages  anthropomorphes  décou- 
verts à  Carthage  (extr.  de  la  Gazette  des  Beaux-Arts,  1903). 

Il  s'agit  des  deux  derniers  sarcophages  découverts  par  le  R.  P. 
Delattre,  représentant  l'un  un  prêtre  et  l'autre  une  prêtresse  ;  ce 
dernier,  comme  on  le  sait,  est  rehaussé  dor  et  de  brillantes  couleurs. 
M.  de  Mély  en  fait  ressortir  tout  le  prix  et  les  rapproche  fort  heureu- 
sement des  sarcophages  de  Sidon  et  du  buste  de  la  dame  d'Elche. 

M.  Delisle  présente  à  l'Académie  le  Cartulaire  de  l'abbaye  de 
Saint-Aubin  d'Angers  (Paris,  1903,  3  vol.  in-8°),  dans  lequel  M.  le 
comte  Bertrand  de  Broussillon  a  réuni  toutes  les  chartes  de  cette 
abbaye  antérieures  au  xiii"  siècle,  d'après  un  cartulaire  rédigé  vers 
1170,  et  d'après  les  originaux  et  les  copies  disséminés  dans  les  dépôts 
de  Paris  et  de  l'Anjou.  C'est  une  des  plus  riches  séries  de  textes 
diplomatiques  du  x''  au  xii''  siècle  que  nous  possédions  pour  l'Ouest 
de  la  France. 


SÉANCE   DU    15   MAI 


M.  Lamoureux  écrit  au  Secrétaire  perpétuel  pour  lui  faire 
connaître  que  M.  Fournier,  son  beau-père,  aujourd'hui  décédé, 
a,  dans  une  lettre  laissée  par  lui,  exprimé  le  désir  que  plusieurs 
ouvraj^es  qu'il  a  écrits  sur  Christophe  Colomb  et  sur  l'histoire 
de  la  flécouverte  de  l'.Aniérique,  non  encore  édités,  fussent  oiïerls 
à  l'Académie.  M.  Lamoureux  prie  la  Compaj^nie  de  vouloir  bien 
agréer  le  don  de  ces  manuscrits. 

L'Académie  accepte  l'oUre  de  ces  documents. 


SÉANCE    DU    15    MAI    1903 


201 


M.  Babelon  lit,  au  nom  de  M.  Clermont-Ganneau,  la  note 
suivante  : 

«  Je  viens  de  recevoir  de  M.  Weber  (lettre  du  5  mai  1903), 
ingénieur  des  ponts  et  chaussées  de  l'empire  ottoman  à  Tripoli  de 


^RCf[>AIK?RV^F 


jy.- 


m 


,,,  '/-ii|' 


Barbarie,  le  dessin  et  des  estampages  d'un  petit  monument  intéres- 
sant, provenant  de  Leptis  Magna.  C'est  une  colonnette  de  pierre 
calcaire,  haute  de  1  ""  43,  dont  le  fût,  engagé  dans  un  pilastre 
plat,  est  surmonté  d'un  chapiteau  sculpté  dans  le  même  bloc. 


202  SÉANCE    DU    lo    MAI    1903 

Sur  la  face  antérieure  de  l'abaque  est  gravée  une  ligne  de  carac- 
tères romains  ;  l'inscription  se  poursuit  en  deux  autres  lignes 
dans  un  cartouche  formant  la  partie  inférieure  du  chapiteau. 
Le  tout  me  semble  devoir  se  lire  : 

Merc[urio)  et  Mi'nervx,  Animos[a],  summa  fide. 

«  Dans  la  face  supérieure  de  l'abaque  est  pratiqué  un  encastre- 
ment rectangulaire  montrant  qu'il  devait  servir  de  socle  à 
quelque  motif  de  sculpture  disparu,  peut-être  quelque  statuette. 
Le  tout  devait  être  appliqué  par  sa  face  postérieure  contre  quelque 
édifice  de  forme  et  de  dimensions  indéterminées'.  » 

M.  PoTTiER  signale  la  publication  du  troisième  rapport  de 
M.  Evans  sur  ses  belles  fouilles  de  Gnossos,  en  Crète  {Annual 
of  Ihe  hrilish  school,  Vlll,  11)01-1902).  Outre  la  jolie  statuette 
d'ivoire  dont  M.  S.  Reinach  a  déjà  présenté  des  photographies  à 
l'Académie  et  qui  représente  sans  doute  une  femme  faisant  des 
tours  de  voltige  dans  une  course  de  taureaux,  le  principal  monu- 
ment à  signaler  est  une  mosaïque  composée  de  plaquettes  de 
terre  cuite  émaillée  :  on  y  voit  des  maisons  à  deux  étages,  avec 
des  fenêtres  à  croisillons,  dont  l'architecture  présente  des  analo- 
gies avec  certains  types  de  maisons  égyptiennes  ;  le  Louvre 
possède  un  petit  modèle  funéraire  d'habitation  égyptienne  où 
l'on  remarque  la  même  disposition.  Sur  d'autres  plaquettes  sont 
figurés  des  personnages,  des  animaux,  des  plantes  et  arbrisseaux. 
On  peut  citer  encore  sur  un  morceau  de  fresque  une  femme  du 
type  mycénien  connu,  aux  boucles  éparses  sur  le  front,  aux 
cheveux  envolés  derrière  elle  comme  dans  un  mouvement  de 
danse  rapide.  Une  chambre  de  culte  contenait  une  grande  quan- 
tité de  poteries  et,  dans  le  fond,  sur  une  base  formant  estrade,  des 
autels  à  cornes  avec  une  série  d'idoles  féminines  en  terre  cuite 
du  caractère  le  plus  primitif  :  une  de  ces  déesses  porte  sur  la  tête 
une  colombe ,  détail  à  rapprocher  des  petites  figures  d'or  trou- 
vées à  Mycènes.  Il  paraît  certain  que  dès  cette  époque  on  ado- 

1.  En  me  reporlanl  à  mon  carnet  de  voyape,  je  constate  que  la  trouvaille 
de  ce  monument  m'avait  été  isi|,maléc  lors  de  mon  passa},-c  à  Khums  en  1S95, 
comme  ayant  été  faite  à  Leptis  Ma^na  quelques  années  auparavant.  La 
colonnelte  était,  m'a-l-on  assuré,  surmonte  d'une  jolie  statue  de  marbre 
représentant  une  jeune  lille  drapée. 


SÉANCE    DU    15    MAI    1903  203 

rait  une  sorte  d'Aphrodite  à  la  colombe.  Le  signe  de  la  Double- 
Hache  continue  à  se  trouver  en  grand  nombre  sur  les  menus 
objets.  Enfin,  pour  la  première  fois,  on  a  recueilli  des  poteries 
avec  inscriptions  peintes  en  caractères  crétois. 

M.  Salomon  Reinach  rend  compte,  ainsi  qu'il  suit,  des  résul- 
tats des  concours  des  Antiquités  de  la  France. 

Les  trois  médailles  réglementaires  ont  été  attribuées  aux 
auteurs  suivants  : 

l'^''  médaille  de  1.500  francs  :  M.  l'abbé  Angot,  Dictionnaire 
historique  de  la  Mayenne. 

2*^  médaille  de  1.000  francs:  M.  Gsell,  Les  monuments  antiques 
de  r Algérie. 

3'^  médaille  de  500  francs  :  M.  Espinas ,  Les  finances  de  la 
commune  de  Douai,  des  origines  au  XV^  siècle. 

Vu  l'importance  des  ouvrages  présentés  au  Concours,  la  Com- 
mission a  été  d'avis  de  demander  à  M.  le  Ministre  l'autorisation 
de  disposer  d'une  quatrième  médaille  de  500  francs  en  faveur  de 
MM.  Maître  et  de  Berthou,  pour  leur  ouvrage  intitulé  :  Itiné- 
raire de  Bretagne. 

Les  mentions  honorables  ont  été  attribuées  ainsi  qu'il  suit  : 

l""^  mention  :  M.  l'abbé  Dijon,  L'église  abbatiale  de  Saint- 
Antoine  en  Dauphiné. 

2*^  mention  :  M.  Labande,  Etudes  d'histoire  et  d'archéologie 
romane. 

3*^  mention  :  M.  de  Romanet,  Géographie  du  Perche. 

4®  mention  :  M.  Alliot,  Visites  archidiaconales  de  Josas  au 
XV^  siècle. 

S®  mention  :  M.  de  Rochemonteix,  Les  églises  romanes  de  la 
Haute- Auvergne. 

6*^  mention  :  M.  Pagart  d'Hermansart,  L'administration  muni- 
cipale de  Saint-Omer. 

1"  mention  :  MM.  de  Gérin-Ricard  et  l'abbé  A.  d'Agnel  :  Les 
antiquités  de  la  vallée  de  l'Arc. 


204  SÉANCE    DK    22    MAI    1903 

8«  mention  :  M.  Portai,  Histoire  de  la  ville  de  Cordes. 
9^  mention  :  M.  Porée,  Le  consulat  et  radininistralion  muni- 
cipale de  Mende. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  DE  BoiSLisLE  présente,  de  la  part  de  M.  Emmanuel  Rodocanachi, 
une  élégante  réimpression  en  fac-similé  de  rexeniplairo  unicpie  qui 
paraisse  avoir  subsisté  dos  «  Réflexions  sur  les  luiit  l)éalitudes  du 
sermon  de  Jésus-Christ  sur  la  montaoïic...  »,  ojjuscule  de  piété 
publié  en  1685,  à  Paris,  chez  Lainl)ert  Houland,  imprimeur,  liliraire 
ordinaire  de  la  Reine,  et  (juc  la  correspondance  du  résident  florentin 
Zipoli  permet  d'attribuer  à  la  Grande  Mademoiselle,  fille  de  Gaston 
d'Orléans.  1/exemplaire  uniciue  a  été  retrouvé  à  Florence,  dans  la 
bibliothèque  Riccardiana. 


SÉANCE   DU    22    MAI 


M.  Ph.  Berger  communique  à  TAcadémie  la  lettre  suivante 
suivante  que  lui  a  adressée  M.  G.  liénédite  : 

Palais  du  Louvre,  ce  15  mai  1903. 

Cher  Monsieur, 

Pendant  le  séjour  (jue  je  viens  de  faire  en  É^^ypli-,  j'ai  été  presijue 
le  témoin  d'un  événement  tragique  qui  a  été  pour  l'Institut  français 
d'archéologie  orientale,  au  moinciit  lurme  où  l'on  l'rtail  le  jubilé  des 
Écoles  françaises  de  Rome  et  d'Athènes,  un  véritable  i)aptême  du 
sang.  Un  jeune  membre  dtr  notre  école  égyplologifpie  du  Caire, 
M.  Gomberl,  quelques  jours  avant  de  terminer  les  fouilles  qui  consti- 


SÉANCE    DU    22   MAI    1003  205 

tuaient  sa  période  de  travaux  de  troisième  année  ,  a  trouvé  la  mort 
dans  les  circonstances  les  plus  inattendues  et  les  plus  douloureuses. 

M.  Gombert  avait  choisi  le  site  de  Tounah,  à  la  limite  du  territoire 
de  la  capitale  du  roi  hérétique  Aménôthès  IV,  pour  y  explorer  des 
terrains  connus  comme  l'un  des  principaux  gisements  d'objets  en 
céramique  émaillée,  Tell  el'  Amarna,  auquel  se  rattache  ce  site,  ayant 
été  l'un  des  centres  industriels  les  plus  importants  de  l'Egypte  pen- 
dantle  second  Empire  thébain.  Les  résultats  obtenus  avaient  été,  au 
rapport  de  M.  Chassinat,  directeur  de  l'École  du  Caire,  très  satisfai- 
sants, et  M.  Gombert  pouvait  clore  très  honorablement  sa  campagne, 
lorsqu'il  eut  la  fatale  pensée  de  vouloir  explorer  l'éperon  montagneux 
sur  lequel  est  gravée  la  haute  stèle-frontière  d' Aménôthès  IV.  En 
courant  sur  le  rebord  en  corniche  qui  se  trouve  à  mi-côte,  le  malheu- 
reux fit  un  faux  pas  et  fut  précipité  de  15  mètres  de  haut  sur  la  roche 
vive  qui  affleure  en  cet  endroit.  Tout  le  monde,  on  a  eu  la  consolation 
de  le  constater,  a  fait  son  devoir  après  ce  terrible  accident,  depuis 
les  fellahs  employés  aux  fouilles  qui  ont  porté  les  premiers  secours 
et  prévenu  les  autorités  locales,  jusqu'à  l'administration  égyptienne 
qui,  dans  tous  les  détails,  a  su  faire  face  à  toutes  les  circonstances 
comme  dans  les  pays  les  plus  civilisés.  Tout  cela  a  été  constaté  par 
M.  Chassinat,  qui  s'est  immédiatement  rendu  sur  les  lieux,  accompa- 
gné de  M.  Lacau,  membre  français  de  la  commission  du  catalogue, 
résidant  à  l'Institut  archéologique,  et,  après  les  premiers  pansements, 
faits  sur  les  lieux  par  le  médecin  égyptien  du  district  et  par  le  méde- 
cin américain  de  la  mission  méthodiste  d'Assiout,  tous  deux  ont  fait 
le  nécessaire  pour  ramener  Gombert,  les  deux  genoux  brisés  et  épuisé 
par  une  longue  hémorragie. 

Malgré  tous  les  soins,  l'infortuné  expirait  au  Caire,  à  l'hôpital  fran- 
çais, le  jour  de  Pâques,  avant  l'arrivée  de  son  père  et  de  sa  sœur. 
La  colonie  française  du  Caire  'ui  a  fait  de  touchantes  funérailles 
auxquelles  a  pris  part  l'élite  des  colonies  étrangères  ;  par  contre,  en 
France,  ce  douloureux  événement  est  passé  inaperçu.  Je  crois  donc 
accomplir  un  acte  de  solidarité  scientifique  et  de  bonne  camaraderie 
envers  un  jeune,  en  vous  priant  de  transmettre  en  mon  nom  à 
l'Académie  des  inscriptions  une  nouvelle  qui  ne  peut  pas  lui  être 
indifférente,  et  je  vous  prie,  cher  Monsieur,  de  vouloir  bien  agréer 
l'expression  de  mon  plus  entier  dévouement. 

G.  Bénédite. 

M.  Maspero  ne  manquera  pas  de  parler  des  travaux  de  M.  Gombert 
lorsqu'il  communiquera  à  l'Académie  les  résultats  des  travaux  de 
l'École  française  du  Caire,  selon  son  habitude. 


206  SÉANCE   DU   22    MAI    1903 

Cette  communication  fuit  une  impression  douloureuse  dans 
l'Académie. 

L'Académie  procède  à  l'élection  d'un  membre  ordinaire,  en 
remplacement  de  M.  G.  Paris,  décédé. 

Le  Président  donne  lecture  des  articles  du  règlement  concer- 
nant l'élection  d'un  membre  ordinaire. 

Il  rappelle  les  noms  des  candidats  : 

MM.  Klie  Berger,  Maurice  Groiset  et  A.  Thomas. 

II  est  procédé  au  scrutin. 

Il  y  a  35  votants  ;  majorité,  18. 

Au  premier  tour  de  scrutin,  MM.  Maurice  Groiset  et  Thomas 
obtiennent  chacun  12  suffrages,  M.  Elie  Berger  11. 

Au  deuxième  tour  de  scrutin  ,  M.  Maurice  Groiset  obtient 
15  suffrages,  M.  Élie  Berger  11,  M.  Thomas  9. 

Au  troisième  tour  de  scrutin,  M.  Maurice  Groiset  obtient 
•22  suffrages,  M.  Élie  Berger  8,  M.  Thomas  5. 

En  conséquence,  M.  Maurice  Groiset, ayant  obtenu  la  majorité 
absolue  des  suffrages,  est  proclamé  élu.  Son  élection  sera  sou- 
mise à  l'approbation  de  M.  le  Président  de  la  République. 

M.  L.  Havet  annonce  que  la  Commission  du  pri\  Honoré 
Chavée  a  partagé  le  prix  en  trois  parts  égales  entre  :  1°MM.  Cons- 
tantin et  Désormeaux  pourleur  Diclionnuîre  savoyard.-^uhWé  sous 
les  auspices  de  la  Société  Florimontane  d'Annecy;  2°  MM.  Dottin 
et  Langoiiet  pou.-  leur  Glossaire  du  parler  de  Pléchàlel  (Ille-et- 
Vilaine)  ;  et  3^^  M.  Ch.  Guerlin  de  Guer,  pour  ses  ouvrages  inti- 
tulés :  I.  Le  parler  populaire  dans  la  commune  de  Thaon 
(Calvados);  II.  Essai  de  dialeclolo(/ie  normande,  et  pour  ses 
autres  publications  relatives  aux  parlers  normands. 

L'Académie  procède  à  l'élection  d'une  commission  de  six 
membres  qui  sera  chargée  d'arrêter  le  règlement  de  la  donation 
de  Clercq. 

Sont   nommés  :  MM.    nii  NOia  i:,   IIiazEv,   Behger,   Coli.ignon, 

BaBEI.ON   et   POTTIER. 

M.  Charles  Joret  fait  une  communication  sur  la  bataille  de 
Formigny  gagnée  le    15  août   I  i5(»   sur  les  Anglais  par  le  comte 


SÉANCE   DU    22  MAI    1903  207 

de  Glermont  et  le  connétable  de  Richement.  En  comparant 
entre  elles  les  descriptions  des  chroniqueurs  du  xv"  siècle  et  en 
les  suivant  sur  une  carte  des  communes  d'Aignerville  et  de 
Formigny,  il  montre  que  la  bataille  n'a  pu  être  livrée,  comme 
l'ont  affirmé  des  historiens  récents,  sur  le  territoire  de  la  seconde 
de  ces  communes,  mais  sur  celui  de  la  première,  sur  un  plateau 
peu  élevé  qui  domine  un  ruisseau  voisin.  Glermont,  qui  arrivait 
de  Garentan  et  avait  passé  dans  la  matinée  la  Vire  près  d'Isigny, 
aperçut  à  14  kilomètres  l'armée  anglaise;  il  la  fit  attaquer  par 
un  détachement  de  cavalerie,  puis  dirigea  contre  l'ennemi  le  tir 
de  deux  coulevrines  qui,  un  instant,  mit  le  désordre  dans  ses 
rangs  ;  mais  bientôt,  revenant  à  eux,  les  archers  anglais  se  pré- 
cipitent sur  les  troupes  françaises,  qui  reculent,  et  s'emparent 
des  coulevrines.  Heureusement,  par  un  mouvement  tournant, 
Brézé  parvient  à  disperser  les  archers  anglais  et  reprend  les 
coulevrines.  Le  combat  devient  donc  général.  Mais  Glermont, 
inférieur  en  nombre,  aurait  été  battu,  quand  Richement,  arrivant 
de  Trévières,  traverse  le  ruisseau  et  attaque  les  Anglais  en  flanc 
et  par  derrière  ;  ceux-ci  s'étonnent  et  reculent  ;  deux  de  leurs 
capitaines  prennent  la  fuite  avec  leurs  soldats,  le  reste  de  l'armée 
est  cerné,  massacré  ou  fait  prisonnier.  Les  noms  de  Guerre,  Pré 
aux  Anglais,  Souvenir  des  Anglais,  Saignerie  des  Anglais  ont 
conservé  le  souvenir  de  cette  sanglante  journée  qui  amena  la 
délivrance  définitive  de  la  Normandie. 

MM.  DiEULAFOY  et  Lair  présentent,  à  la  suite  de  cette  commu- 
nication, quelques  observations. 

M.  Daniel  Serruys  communique  un  fragment  important  des 
actes  du  concile  iconoclaste  de  l'an  815.  L'histoire  de  cette 
assemblée  était  connue.  Après  la  déposition  du  patriarche 
Nicéphore,  Léon  l'Arménien  réunit  un  concile  d'évêques  icono- 
clastes qui  adhéra  au  concile  hérétique  de  754  et  répudia  le 
concile  de  Nicée  de  787.  Une  lettre  de  l'empereur  Michel  et  la 
vie  de  Théodore  Studite  conservent  le  souvenir  de  ces  faits.  Mais 
les  actes  de  ce  synode  hérétique  semblaient  perdus. 

En  fait,  ils  se  trouvent  reproduits  dans  un  ouvrage  encore 
inédit  du  patriarche  Nicéphore.  Ce  traité  est  l'œuvre  principale 


208  LIVRES    OFFERTS 

de  cet  auteur.  C'est  une  réfutation  méthodique  et  un  historique 
détaillé  de  riconoclastie.  Il  se  divise  en  deux  parties  :  la  première 
discute  les  décisions  des  conciles  hérétiques,  la  seconde  est  con- 
sacrée aux  témoignages  invoqués  par  les  assemblées.  L'ouvrage 
est  déjà  signalé  dans  le  catalogue  des  œuvres  de  Nicéphore, 
dressé  par  Banduri.  C'est  le  manuscrit  même  dont  s'est  servi 
Banduri,  qu'a  utilisé  M.  Serruys. 

Ce  manuscrit  fut  donné  par  Lascaris  à  François  P"".  C'est  un 
beau  codex  du  xiv^  siècle,  écrit  avec  soin.  Il  se  trouve  à  la 
Bibliothèque  nationale  de  Paris,  sous  le  n"  1250.  Les  citations 
hérétiques  y  sont  toujours  précédées  de  Tobèle.  C'est  grâce  à 
cette  circonstance  que  l'on  a  pu  réunir  sans  difTiculté  les  tron- 
çons épars  du  document  de  815. 

Après  avoir  donné  lecture  à  l'Académie  du  document  reconsti- 
tué, M.  Serruys  constate  que  si  cette  proclamation  contient  une 
allusion  méprisante  à  l'impératrice  Irène,  une  critique  acerbe  du 
deuxième  concile  de  Nicée,  et  une  adhésion  formelle,  —  mais 
inévitable,  —  au  concile  de  754,  elle  n'en  présente  pas  moins 
plus  de  circonspection  et  plus  de  modération  que  cette  assem- 
blée. Opposant  cette  attitude  à  la  violence  de  l'iconoclastie 
impériale  au  même  moment,  M.  Serruys  croit  qu'on  doit  distin- 
guer l'iconoclastie  dogmatique  de  l'iconoclastie  ofiicielle  dont  il 
faut  déterminer  les  causes  propres. 


LIVRES  offe:rts 


Le  Secrétaire  perpétuel  présente,  au  nom  de  notre  confrère, 
M.  le  duc  de  La  Trémoïlle,  un  ouvrage  intitulé  :  Madame  des  Ursins 
et  la  succession  d'Espagne ,  fraymcnts  de  correspondance ,  tome  II 
(Nantes,  1903,  10-4°). 

M.  Delisle  dépose  sur  le  bureau  do  l'Académie  la  pnhlicalion  que 
Mgr  Bellel  a  faite  de  la  Bio-bibliographie  de  notre  correspondant 
M.  le  chanoine   Ulysse  Clicvalicr.   Ce  simple  relevé   de  tiln-s  d'où- 


SÉANCE    DU    29    MAT    1903  209 

vrages  et  d'articles  suffit  pour  uiettre  en  relief  la  part  ([ui  revient  à 
M.  le  chanoine  Chevalier  dans  la  renaissance  en  France  des  éludes 
ecclésiastiques,  de  celles  surtout  qui  ont  pour  objet  la  littérature 
liturgique.  11  montre  aussi  l'étendue  des  services  que  nous  rendent 
journellement  des  dépouillements  opérés  avec  autant  de  critique  que 
de  patience. 

La  fête  de  famille  que  viennent  de  célébrer  les  amis  de  M.  le 
chanoine  Chevalier  coïncidait  avec  l'achèvement  de  la  Topo-bibliogra- 
phie. Ils  ont,  en  même  temps,  rendu  hommage  au  courage  avec  lequel 
notre  savant  et  infatigable  correspondant  se  remettait  à  l'œuvre 
pour  compléter  et  refondre  la  Bio-bibliographie  du  moyen  âge,  l'un 
des  plus  vastes  et  des  plus  utiles  répertoires  bibliographiques  que  la 
fin  du  xjx'=  siècle  ait  vu  paraître. 


SÉANCE  DU  29  MAI 


M.  le  maire  de  Chartres,  dans  une  lettre  qu'il  adresse  au 
Secrétaire  perpétuel,  prie  l'Académie  de  vouloir  bien  se  faire 
représenter  à  la  cérémonie  qui  doit  avoir  lieu,  à  Chartres,  le 
7  juin  prochain,  pour  l'inauguration  du  monument  élevé  à  la 
gloire  de  Pasteur  parle  département  d'Eure-et-Loir. 

Le  Secrétaire  perpétuel  fait  connaître  qu'il  a  été  décidé  que 
M.  Ghauveau,  délégué  de  l'Académie  des  sciences,  représentera 
l'Institut  à  cette  cérémonie. 

M.  Gagnât  fait  connaître,  de  la  part  de  M.  le  D'^  Carton,  que 
les  fouilles  de  Sousse,  subventionnées  par  l'Académie,  ont  com- 
mencé. Elles  ont  déjà  amené  la  découverte  de  lampes ,  de  petits 
autels  et  de  stèles  puniques,  ainsi  que  de  l'orchestre  d'un  théâtre. 
Voici  la  lettre  de  M.  le  D''  Carton  : 

Sousse,  12  mai  1903, 
Cher  Monsieur, 

Vous  seriez  bien  aimable  d'annoncer  à  l'Académie  des  inscriptions 
et    belles-lettres    que  je  viens  de  commencer,   à    El    Kenissia ,    les 


210  SÉANCE   DU    29   MAI    4903 

fouilles  pour  lesquelles  la  savante  Compagnie  a  eu  la  bienveillance 
de  m'accorder  un  subside. 

Je  me  suis  adjoint  M.  le  capitaine  Ordioni,  dont  le  zèle  vous  est 
bien  connu,  pour  la  direction  des  travaux.  Le  colonel  a  bien  voulu 
m'accorder  quelques  hommes,  et  les  fouilles  seront  faites  en  partie 
par  la  main-d'œuvre  civile,  en  partie  par  la  main-d'œuvre  militaire. 
Cela  me  permettra  d'acheter  trois  ou  quatre  oliviers  qu'il  faudra 
arracher  pour  dégager  ou  du  moins  explorer  le  théâtre.  Los  fouilles 
ont  porté  jusqu'ici  sur  deux  points.  La  nécessité  de  préparer  la  voie 
d'accès  à  l'orchesti-e  n'a  permis,  en  effet,  que  d'employer  quelques 
hommes  à  ce  travail,  et  on  a  pu,  pendant  quehjues  jours,  en  mettre 
en  un  autre  point  de  la  ville  antique  que  nous  explorons.  A  cet 
endroit,  que  je  pensais  être  la  nécropole,  on  a  trouvé  un  très  grand 
nombre  (près  d'une  centaine)  de  lampes  puniques,  de  petits  autels 
en  terre  cuite  cl  une  stèle  qui  rappelle  tout  à  fait  certains  monu- 
ments votifs  de  Carthage  et  d'iladrumète.  On  y  voit,  en  effet,  au 
centre,  les  cippes  ou  cônes  qui  se  trouvent  sur  les  stèles  du  Louvre 
envoyées  d'iladrumète  par  M.  l'abbé  Trihidez  ;  à  gauche,  est  l'image 
triangulaire,  en  haut  d'une  hampe;  à  droite,  le  caducée;  le  tout 
flanqué  de  deux  colonnes  cannelées  à  chapiteau  punique,  et  surmonté 
du  croissant  renversé  sur  le  disque.  A  la  i)arlie  supérieure,  qui  est 
brisée,  il  y  avait  peut-être  l'ura^us. 

Au  théâtre,  on  commence  à  descendre  vers  l'orchestre  par  un  des 
deux  voinitorla  situés  à  l'extrémité  de  la  scène.  Le  monument  semble 
être  enfoui  à  deux  mètres  de  profondeur. 

J'espère  pouvoir,  dans  quelques  jours,  annoncer  quelque  trou- 
vaille intéressante.  Les  travaux  seront  poussés  avec  activité. 

M.  l*li.  Berger  insiste  sur  rinlérêt  des  stèles  présentant  les 
trois  cônes  juxtaposés  ;  ces  stèles  confirment  les  conclusions  qu'il 
avait  développées  dans  le  temps  devant  l'Académie,  à  propos  de 
stèles  idenli((ues  à  celles-là,  découvertes  par  M.  labbé  Trihidc/. 

Il  profite  de  cette  occasion  pour  signaler  à  l'Académie  la 
découverte  de  deux  cippes  hémisphériques  avec  inscriptions  néo- 
puniques trouvés  par  le  D""  Carton  au  cours  d'une  excursion  de 
la  Société  archéologique  de  Sousse,  à  llenchir  Sidi  Khalifas. 

Ces  deux  inscriptions  paraîtront  dans  le  2"  Bulletin  de  la 
Société  archéologique  de  Sousse. 

M.  Li;(;i;i{  entretient  l'Académie  des  travaux  entrepris  pour  la 
conservation  de  la  croix  dite  de  Bohême  située  sur  le  champ  de 


SÉANCE    DU    29    MAI    1903 


211 


bataille  de  Crécy,  commune  d'Estrées-les-Crécy,  qu'il  a  déjà 
signalée  à  Tattention  de  ses  confrères  '.  Une  souscription  entre- 
prise sur  son  initiative  a  permis  de  déplacer  cette  croix,  située 
sur  un  terrain  particulier,  et  de  la  transporter  sur  un  terrain 
communal  appartenant  à  la  commune  d'Estrées-les-Crécy.  Elle 


est  désormais  élevée  sur  un  soubassement,  œuvre  de  M.  Millevoye, 
d'Amiens,  qui  porte  une  inscription  commémorative  et  qui 
signale  à  l'attention  des  passants  cette  précieuse  relique  histo- 
rique. Les  travaux  de  restauration  de  la  croix  sont  loin  d'avoir 
épuisé  le  total  des  souscriptions  qui  ont  déjà  dépassé  dix  mille 


1.  Voir  Comptes  rendus,  année  1902,  p.  270,  282. 


212  SÉAiVCE    DU    29    MAI    1903 

francs  et  auxquelles  la  Bohème  el  le  Luxembourg  ont  largement 
contribué.  Les  membres  du  comité ,  parmi  lesquels  figurent  un 
certain  nombre  de  nos  confrères  de  l'Institut  (MM.  l'>mile  Picot, 
Chuquet,  Luchaire,  Rocquain,  Schlumberger,  Thédenat),  se 
proposent  de  faire  élever  dans  le  bourg  de  Crécy  un  monument 
dun  caractère  artistique  pour  lequel  divers  projets  ont  déjà  été 
présentés. 

M.  IIkron  de  \'ili.kfosse  communique,  au  nom  de  ^L^L  de 
Gérin-Ricard  et  l'abbé  Arnaud  d'Agnel ,  une  note  sur  la  décou- 
verte d'un  trésor  monétaire  très  considérable,  faite  à  Tourves 
en  l.Sfif).  Les  détails  relatifs  à  cette  découverte  sont  consignés 
dans  un  acte  inséré  dans  un  des  registres  de  la  Cour  des  comptes 
de  Provence.  Toutes  ces  monnaies,  au  troisième  type  d'Apollon 
avec  revers  à  la  roue  accompagnée  des  lettres  MA  entre  les 
rayons,  avaient  été  frappées  à  ^L^rseille.  On  recueillit  une  telle 
quantité  de  numéraire  que,  d'après  le  rédacteur  du  document,  on 
l'évalua  à  la  charge  de  vingt  mules. 

M.  Charles  Bayet,  correspondant  de  l'Institut,  a  la  parole 
pour  une  communication  : 

«  Le  2  mai,  a  eu  lieu  à  Delphes  la  remise  au  gouvernement 
grec  des  fouilles  accomplies  dans  ces  dix  dernières  années  par 
l'Ecole  française  d'Athènes  sous  la  direction  de  M.  lloniolle.  On 
sait  comment  elles  ont  été  entreprises  grâce  aux  subventions 
votées  par  le  Parlement  et  combien  elles  ont  été  fructueuses. 

«  Auparavant  déjà,  MM.  Foucart  et  W'escher,  M.  Ilaussoullier 
avaient  ouvert  la  voie  cl  fait  à  Delphes  d'importantes  décou- 
vertes. 

«  Grâce  à  un  déblaiement  méthodique,  la  topographie  de  la 
ville  sacrée  a  été  fixée  sur  tous  les  points  :  les  emplacements  des 
temples,  des  trésors,  des  nioiumients  de  tout  genre  apparaissent 
nettement.  Malgré  les  ravages  qui  ont  accuinulé  les  ruines,  de  ce 
sol  que  recouvrait,  il  y  a  (juelques  années  encore,  le  village  de 
Kastro ,  sont  sortis  d'admirables  morceaux  d'architecture  et  de 
sculpture  dont  on  peut  juger  à  Paris  même  par  les  moulages  qui 
sont  au  Louvre.  Cette  grande  entreprise  scientifique  si  iieureuse- 


SÉANCE    DU    29    MAI     1908  213 

ment  conduite  fait  le  plu.s  grand  hoiuieurà  rarchéologie  française 
et  à  rÉcole  d'Athènes.  Aussi,  le  Ministre  de  l'instruction  publique, 
M.  Chaumié,   avait-il   tenu   à   présider  la   cérémonie  du  2  mai, 
accompagné  de  M.  Constans,  ambassadeur  de  France  à  Constan- 
tinople,  de  M.  d'Ormesson,  ministre  de  France  à  Athènes,  du 
directeur  des  beaux-arts  et  du  directeur  de  l'enseignement  supé- 
rieur. Le  gouvernement  grec  avait  délégué  M.  Mavromichalis, 
ministre    de    l'intérieur,    chargé    de    l'intérim    de    l'instruction 
publique,  et  M.  Carapanos,  ministre  de  la  marine,  bien  connu 
des  archéologues  par  les  fouilles  de  Dodone.  Trois  bâtiments  de 
la  marine  française  et  un  bâtiment  de  la  marine  grecque  mouil- 
laient en   rade  d'Itéa.  Les  invités  du  directeur  de  l'bxole  fran- 
çaise se  réunirent  dans   le    Musée  qui  vient  d'être  achevé.  Il  a 
été  construit  grâce  à  la  libéralité  de  M.  Syngros,  mort  récem- 
ment, dont,  par  un  juste  hommage,  le  buste  se    dresse  à    l'en- 
trée. L'architecte,   M.  Tournaire,  a  tenu  à  éviter  toute  inutile 
recherche;  il   n'a   cherché   qu'à  assurer  aux    monuments   de  la 
sculpture  qu'abrite  le  musée  une  installation  simple,  commode  et 
lumineuse.  On  y  circule  sans   peine   et  on  peut  étudier  chaque 
œuvre  dans  tous  ses  détails.  Dans  les  salles,  largement  ouvertes, 
les  monuments  se  succèdent  par  ordre  chronologique  et  forment 
ainsi    comme   une   admirable   histoire   de   la   sculpture    grecque 
depuis  le  vi*^  siècle  jusqu'à  la  domination  romaine.  C'est  au  pied 
de   la  restauration   du    portique   du   Trésor   de    Gnide   que    les 
discours  ont  été  prononcés.   M.  Chaumié,   dans   une   éloquente 
improvisation,   rappela  que   si   jadis   les    Gaulois   avaient  paru 
devant  Delphes  en  ennemis,  leurs   descendants  avaient  tenu  à 
réparer   l'outrage  fait   à  Apollon   en    rendant   pieusement  à   la 
lumière   les  ruines   de  son  sanctuaire.    MAL   Mavromichalis   et 
Carapanos  parlèrent  avec  une  affectueuse  courtoisie  de  l'amitié 
qui  unit  la   Grèce   et  la    France.   M.    Cavvadias,    directeur   des 
antiquités,  correspondant  de  l'Académie  des  inscriptions,  qui,  en 
toute  occasion,  s'est  montré  un  ami  sincère  de  l'Ecole  française 
et  a  facilité  ses   travaux,  fît  l'éloge  de  l'Ecole  et  celui  de   son 
directeur  dans  des  termes  émus.  Bien  d'autres  encore  prirent  la 
parole   pour    rappeler    les   services    rendus    par   l'Ecole    et   par 
AL    Homolle.  AL   HomoUe   à   son  tour   retraça    à   grands  ti'aits 
l'histoire  des  fouilles  et  remercia  de  tous  les  concours  qu  il  avait 

1903.  Ij 


214  SÉA>CE    DU    29    MM     \W.\ 

reucoiili'c's.    Celle   ra(lieuï>c  journée   aura    éle   pour  lui   la   juste 
récompense  de  longues  années  d'un  infatij^able  labeur.  » 

M.  Bayet  ajoute  :  «  Des  lettres  de  M.  de  Morj^'-an  du  mois  de 
lévrier  el  du  mois  de  mars  donnent  des  renseignements  sur  les 
fouilles  de  l'acropole  de  Suse.  On  a  mis  au  jour  une  statue  de 
bronze,  dun  mètre  20  de  hauteur,  dont  la  tète  est  malheureu- 
sement brisée,  et  qui  représente  la  reine  Na-pir-Azou,  femme 
du  roi  Ountach-Gal,  du  xvi'-  s.  environ  av.  J.-C.  Ces  détails  sont 
donnés  par  une  inscription.  La  statue  est  en  bronze  plein  et  fort 
lourde.  Outre  cette  pièce  importante,  on  a  retrouvé  nombre 
d'objets  intéressants,  et  M.  de  Morgan  est  fort  satisfait  des 
résultats  de  cette  nouvelle  campagne.  » 

M.  Ph.  Bekceb  communique,  de  la  part  de  M.  Perdrizet,  un 
petit  monument  acheté  par  lui  à  Saïda.  C  est  une  petite  j)laque 
(Ml  bronze,  qui  porte,  sur  la  face  et  sur  le  revers,  en  grec,  les 
mots  :  De  la  synaçjocjue  d'Ornilhocomé.  C'est  la  première  men- 
tion de  cette  synagog"ue  de  Juifs  parlant  g'rec  ou  de  Syriens 
hellénisés.  M.  Perdrizel  propose  d'identilier  Ornilhocomc  «  le 
bourg  des  Oiseaux  »  avec  la  ville  (VOrnilhojwlis  située  entre 
Tyr  et  Sidon ,  et  mentionnée  dans  plusieurs  textes  littéraires  de 
l'antiquité. 

M.  PoTTn:H  présente  à  l'Académie  un  fragment  de  vase  grec 
qui  représentait  un  cheval  modelé  en  ronde  bosse  el  qui  a  été 
récemment  acquis  par  le  Louvre  dans  une  vente  d'antiquités  à 
Paris.  C'est  un  vase  identique  à  celui  dont  les  fragments  oui  été 
retrouvés  par  ^L  de  Morgan  à  Suse,  en  Perse  ^voy.  Comptes 
rendus,  I9()'2,  p.  i"J(S).  Grâce  au  iiou\eau  fragment  (pii  porte 
une  signature  d'arliste,  nous  pouvons  maintenant  nommer  l'au- 
teur de  ces  intéressantes  cL'uvres  céramiques,  dont  la  leclmique 
est  remarquable.  Il  s'a|)pelait  Sotadès,  et  il  est  connu  par  une 
série  importante,  en  particulier  par  de  très  jolies  coupes  à  fond 
blanc  de  l'ancienne  collection  V'an  lîrenleghem,  actuellement  au 
Musée  Hritannique.  Nous  savons  donc  mainleuaiit  (piil  Iravail- 
lail  déjà  enlre  les  deux  guerres  médiques,  enlic  i'.H)  cl  \H(),  et 
(|iril  fabriquait  non  seulcmciil  des  coupes,  mais  aussi  de  très 
beaux   vases  plastiques.   Ces  découvertes   niiu\elles  accroissent 


sÉA^ci-:  Di    29  MAI    lîlOa  2lo 

beaucoup  rimporlance  qu'on  doit  attacher  dans  riiistoire  de  la 
céramique  grecque  à  cette  personnalité  artistique^. 

MM.  Capitan,  Breuil  et  Peyrony  signalent  à  l'Académie  de 
nouvelles  gravures  préhistoriques  qu'ils  ont  découvertes  sur  les 
parois  d'une  grotte  d'un  accès  fort  difficile,  la  grotte  de  Bernifal, 
située  aux  environs  des  Eyzies  (Dordogne). 

C'est  la  huitième  grotte  connue  à  parois  gravées  et  la  quatrième 
signalée  aux  environs  des  Eyzies. 

Elle  est  formée  de  trois  grandes  salles  d'une  longueur  totale 
de  72  mètres  à  parois  couvertes  de  stalagmites  épaisses.  Les 
figures  ne  sont  visibles  que  dans  la  salle  du  milieu,  plus  sèche. 
Elles  sont  au  nombre  de  vingt-six,  réparties  en  douze  groupes. 
Les  auteurs  en  présentent  les  calques  ou  dessins. 

On  peut  remarquer  une  tête  de  renne,  une  tête  de  caprin,  une 
tête  d'antilope  à  gros  museau  ressemblant  beaucoup  au  saïga  qui 
ne  vit  plus  maintenant  que  dans  les  steppes  du  nord  de  la 
Russie.  Un  bison  est  fort  bien  figuré.  Un  petit  cheval  courant  a 
les  caractères  du  cheval  sauvage  actuel  des  steppes  de  Mongolie, 
le  kertsag  ou  tarpan  (equus  Prjwalski). 

Deux  figurations  de  mammouths  recouvertes  d'une  couche  de 
stalagmite  montrent  les  caractères  de  l'espèce  :  longues  défenses 
recourbées,  front  haut  et  bombé,  toison  épaisse. 

Mais  ce  qui  est  spécial  à  cette  grotte,  c'est  le  nombre  élevé  (douze) 
des  signes  triangulaires  où  l'on  peut  voir  la  figuration  de  la  maison 
ou  de  la  hutte.  L'un  d'eux,  jusqu'ici  unique,  semble  représenter 
une  hutte  couverte  de  terre  ou  de  peaux  jetées  sur  la  charpente. 
Plusieurs  de  ces  figures  sont  gravées  sur  le  corps  des  mam- 
mouths. Elles  semblent  donc  ainsi  légitimer  l'hypothèse  suivante 
basée    sur   les    données    ethnographiques    actuelles.    Ce     serait 
l'extension  de  celle  proposée  par  AL  llamy  lors  de  la  présenta- 
tion à  l'Académie,  par  les  auteurs,  des  peintures  de  la  grotte  de 
Font-de-Gaume  :   les  préhistoriques   figurant  dans  le  fond    des 
grottes  les  animaux   qui   pouvaient  leur  être   utiles,    croyaient 
prendre  ainsi  sur  eux  un  pouvoir  magique.  Ils  les  enfermaient 
donc  virtuellement  en  effigies,  dans  le  fond  de  la  grotte,  et  enfin 
(si  on  admet  que  les  signes  triangulaires  représentent  des   mai- 
sons) ils  les  marquaient  de  ces  signes,  comme  une  bête  qui  vous 

1.   \'oir  ci-après. 


21()  l'autelh  du  vase  grec  trouvé  a  slse 

appartient  ;  ou  bien,  par  ce  moyen,  ils  croyaient  les  enfermer 
magiquement  dans  leur  demeure  représentée  ainsi  el,  par  là,  en 
devenir  encore  plus  maîtres  *. 


COMMUNICATIONS 


L  AUTEUR    DU    VASE    GREC    TROUVÉ    A    SUSE. 

NOTE    COMPLÉMENTAIRE 

DE     M.     E.     l'OTTlUU,     MEMUUE     DE     l'aCADÉMIE. 

J'ai  publié  dans  les  Comptes  rendus  (^02,  p.  428-438)  les 
fragments  d'un  curieux  vase  en  forme  de  cheval,  trouvé  par 
la  Mission  de  Mory-an  dans  les  fouilles  de  Suse.  J*ai  cherché 
à  démontrer  que  cette  poterie,  sortie  d'un  atelier  attique  du 
v''  siècle,  avait  dû  être  emportée  par  un  soldat  de  l'armée 
perse  après  le  sac  d'Athènes  en  48U.  D'après  la  beauté  de 
la  technique  et  de  la  matière,  j'avais  cru  pouvoir  attribuer 
cette  œuvre  à  l'une  des  meilleures  fabriques,  contemporaines 
d'Euphronios,  en  la  rapprochant  du  beau  vase  plastique  en 
forme  de  Sphinx  (jue  possède  le  Musée  Britannique.  Je  suis 
en  mesure  aujourd'lmi  d'aller  plus  loin  et  de  faire  con- 
naître le  nom  du  fabricant  lui-même.  Un  hasard  heureux  a 
fait  passer  en  vente  tout  récemment,  à  Paris,  un  fragment 
de  vase  qui  attira  mon  attention  par  sa  ressemblance  avec 
les  débris  de  Suse  (  Collection  d'antiquités  (jrecc/ucs  et 
romaines,  vente  du  II  au  1 'i  mai  \W-\.  p.  88,  n"  389).  Le 
Louvre  a  pu  l'accjuérir  et  j'ai  plaisir  à  le  mettre  sous  les 

1.   \'t)ii'  ci-aprc6. 


l'auteur  du  vase  grec  trouvé  a  suse  217 

yeux  de  1" Académie.  C'est  une  simple  base  sur  laquelle 
sont  posés  les  deux  pieds  de  devant  d  un  cheval,  brisés  au- 
dessus  du  boulet.  Long-.  0,11;  larg-.  0,88o;  haut.  0,037 
(voy.  la  figure). 

Quand  on  met  côte  à  côte  les  morceaux  trouvés  à  Suse 
et  le  nouveau  fragment ,  on  constate  que  l'argile  rosée  et 
le  noir  admirablement  lustré  ont  un  aspect  tout  à  fait  sem- 
blable ,  que  les  dimensions  des  socles  sont  à  peu  de  chose 
près  identiques,  que  de  part  et  d'autre  on  a  pris  soin  de 
réserver  la  couleur  de  la  terre  sur  l'arête  supérieure  du 
rebord,  formant  comme  une  longue  ligne  claire  entre  deux 
bandes  noires.  Les  parentés  de  sujet  et  d'exécution  sont  si 


ChEKO»''*' 


grandes  qu'on  pourrait ,  à  première  vue ,  croire  à  deux 
objets  sortis  du  même  moule  :  on  sait  que  pour  les  vases 
plastiques  on  usait  souvent  de  ce  procédé  mécanique  (voy. 
les  Monuments  Piot^  IX,  1903,  p.  137  et  note  1).  Cependant, 
en  mesurant  avi  compas  les  distances  qui  séparent  les  pieds 
de  l'animal  du  rebord  extérieur,  en  comparant  la  hauteur 
et  l'épaisseur  des  fragments,  on  remarque  quelques  petites 
(litlerences  qui,  à  mon  avis,  ne  permettraient  pas  de  s'arrê- 
ter à  cette  hypothèse.  Mais  ce  qui  est  certain,  c'est  l'iden- 
tité de  provenance  et  de  fabrication.  C'est,  sans  aucun 
doute,  la  main  du  même  ouvrier. 

Or,  le  nouveau  fragment  acquis  par  le  Louvre  porte  une 
inscription  gravée  en  petites  lettres  sur  la  partie  longue  de 
la  base. 


218  l'autelr  du  vase  grec  trouvé  a  suse 

50T.... 
EP.... 

Ce  qui  est  facile  à  restituer  :  IloT[âo£ç]  '-[oîs] ,  So-xoy;; 
ÏTzoiv.  (ou  kT.zir,7S'/). 

L'auteur  des  deux  vases  en  forme  de  cheval,  l'un  trouvé 
à  Suse,  l'autre  échoué  dans  une  vente  parisienne,  était  donc 
Sotadès,  céramiste  athénien  du  v'^  siècle,  bien  connu  par  les 
admirables  coupes  à  fond  blanc  qu'il  a  signées  et  qui,  de  la 
Collection  van  Branteghem,  ont  passé  au  Musée  Britannique 
(Frœhner,  Catalogue  de  la  Coll.  van  Branteghem,  18!)2, 
n»*  163-166;  Catalogue  Brit .  Mus.,  D  5,  6,  7). 

La  personnalité  de  Sotadès  était  déjà  fort  intéressante, 
car  la  forme  de  ses  coupes  et  les  sujets  pittoresques  qui  les 
décorent  attestent  une  profonde  originalité.  L'importance 
qu'on  peut  attribuer  à  son  œuvre  devient  plus  grande  encore, 
maintenant  (juon  peut  le  ranger  parmi  les  modeleurs  de 
vases.  J'ai  dit  ailleurs  {Monuments  Piot,  IX,  p.  154)  com- 
bien il  est  rare  de  voir  associés  dans  le  même  atelier  les 
deux  genres  de  fabrication ,  les  vases  peints  et  les  vases 
plastiques.  A  cet  égard,  Sotadès  doit  être  mis  hors  pair.  On 
pouvait  d'ailleurs  se  douter  de  ses  talents  de  modeleur,  en 
regardant  les  bols  de  la  Collection  van  Branteghem  [Cata- 
logue, n"''  159-162;  Muséum  of  fine  arts,  Boston,  1899,  p.  74, 
n"  53;  Catalog.  Brit.  Mus.,  D  8,  9,  10)  qui  sont  ornés,  non 
de  sujets  peints,  mais  l'un  dune  grosse  cigale  modelée  en 
relief,  les  autres  de  saillies  circulaires  alternativement  rouges 
et  noires.  On  y  sent  un  goût  particulier  pour  le  décor  plas- 
ticjue.  Nous  avons  maintenant  des  raisons  sérieuses  de  lui 
attril)uer,  outre  les  deux  vases  en  forme  de  chevaux,  le 
plus  beau  spécimen  du  genre,  le  Spbinx  du  Musée  de 
Londres,  posé  sur  une  base  très  sendilable  et  peint  tout 
entier  d'une  couverte  blancbc  ([ni  rappelle  la  techni(jue 
favorilr  (lu  ni.iitic  et   <[ui  est  comme  son  cachet  personnel 


FIGURES    GRAVÉES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE  219 

[Journal  of  hell.  studies,  VIII,  1887,  p.  1-5;  Atlas,  pi.  72- 
73;  Catal.  Brit.  Mus.  E  788.) 

Enfin,  si  nos  déductions  sont  exactes,  nous  pouvons 
situer  avec  exactitude  dans  la  chronolog'ie  ai-tistique  l'époque 
de  Sotadès.  II  exécutait  déjà  ses  belles  œuvres  plastiques 
entre  les  deux  guerres  Médiques,  de  490  à  480.  Tout  porte 
à:  croire  que  les  coupes  du  Musée  Britannique,  d'un  style  si 
libre  et  si  élégant,  sont  postérieures  à  cette  époque  et 
marquent  une  période  plus  avancée  dans  la  carrière  du 
maître. 

J'avais  d'abord  cru  le  nouveau  fragment  du  Louvre  iné- 
dit. Mais  M.  van  Branteghem  m'ayant  averti  qu'il  l'avait 
vu  autrefois  chez  M.  Bourguignon,  à  Naples,  j'ai  recherché 
dans  les  publications  relatives  à  cette  collection  et  j'ai  trouvé, 
en  effet,  la  description  de  notre  morceau  dans  un  article  de 
M.  Pollak  [Roemische  Mittheilungen,  XIII,  1898,  p.  87).  II 
aurait  été  recueilli  à  Capoue  (Santa  Maria  di  Capua  Vetere). 
M.  Pollak  fait  remarquer  fort  à  propos  que  le  Sphinx  du 
British  Muséum,  dont  nous  parlons  plus  haut,  est  précisé- 
ment de  la  même  provenance. 


LES    FIGURES    GRAVÉES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE 

SUR    LES    PAROIS    DE    LA    GROTTE    DE    RERMFAL    (dORDOGNE)  , 

PAR    MM.    LE  D""    CAPITAN,    l'aRBÉ    BREUIL    ET    PEYRONY. 

On  sait  que  les  grottes  dont  les  parois  ont  été  gravées 
ou  peintes  à  l'époqvie  paléolitique  sont  jusqu'ici  peu  nom- 
breuses. On  en  compte  sept  :  Altamira  en  Espagne  ;  la 
grotte  Chabot  sur  les  bords  de  l' Ardèche  ;  celle  de  Marsoulas 
(Haute-Garonne);  celle  de  Pair-non-Pair,  aux  environs  de 
Bordeaux,  et  trois  aux  environs  des  Eyzies  :  la  Mouthe, 
Font-de-Gaume  et  les  Combarelles. 


220  FIGURES    GRAVÉES    A    L  ÉPOOUE    PALÉOLITHIQUE 

"Nous  avons  déjà  eu  l'honneur  de  communiquer  à  l'Aca- 
démie les  résultats  de  nos  découvertes  et  de  nos  investiga- 
tions aux  Combarelles  et  à  Font-de-Gaume.  Nous  vou- 
drions aujourd'hui  lui  signaler  une  grotte  nouvelle,  celle  de 
lîernifal.  également  dans  les  environs  des  Eyzies,  où  nous 
îivons  découvert  une  série  i  vingt-six  figures  réparties  en 
dou7.e  groupes)  de  gravures  analogues  à  celles  de  la  grotte 
la  plus  voisine,  celle  des  Combarelles,  mais  avec  quelques 
particularités  qui  nous  ont  paru  dignes  d'attention. 

Situation  topographique.  —  Lorsque  des  Eyzies.  on  se 
rend  à  Sarlat,  on  suit  la  route  qui,  au  sud  du  village,  (juitte 
la  vallée  de  la  Vézère  et  s'engage  dans  h\  vallée  de  la 
Beune,  tributaire  de  la  Yézère.  Après  avoir  laissé  à  droite, 
sur  la  hauteur,  la  grotte  de  la  Mouthe,  en  sortant  presque 
des  Eyzies,  puis  i  kilomètre  environ  plus  loin,  celle  de 
Font-de-Gaume,  et  enfin  à  3  kilomètres  environ  des  Eyzies, 
celle  des  Combarelles,  on  tourne  vers  le  sud,  en  suivant 
toujours  la  route  de  Sarlal  qui  est  au  tond  de  la  vallée  de 
la  Beune. 

A  2  kilomètres  environ  de  cette  bifurcation,  on  arrive  au 
moulin  de;  Vieil-Mouly,  à  l'ouest  de  la  route.  On  s'engage 
alors  dans  un  sentier  ([ui  traverse  d'abord  le  fond  de  la 
vallée  tourbeuse,  puis  monte  ii  travers  ])ois  au  centre  à  peu 
près  d'une  gorge  circulaire.  A  oOO  mètres  environ  de  la 
route ,  et  à  20  mètres  au-dessus  du  fond  de  la  vallée ,  en 
plein  milieu  d'un  taillis  épais,  s'ouvre  un  orifice  (fort  diHi- 
cile  à  trouver  d'ailleurs)  (jui  ressemble  à  celui  d'un  puits 
étroit  mesurant  00  à  80  centimètres  de  diamètre.  11  faut  s'y 
laisser  glisser.  A  une  profondeur  de  1  "'  00  se  trouve  une 
corniche,  puis  Torificc  d'un  second  puits.  11  est  alors  néces- 
saire d'y  laisser  descendre  une  ('■chelle  de  'i  mètres  environ. 
par  la(pu'lle.  en  s'aidant  d'une  corde,  on  pénètre  dans  la 
grotte  en  y  entrant  ainsi  par  \v  plafond  d'une  des  salles, 
l'entrée  ancienne  se  trouvant  conqilètement  obstruée  parles 
éboidis  et  les  terres  accumulées. 


FIGURES    GRAVÉES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITÏIIQEE  221 

Description  de  la  yrolte.  —  La  grotte  se  compose  de 
trois  grandes  salles  réunies  par  des  couloirs.  La  première 
salle,  assez  vaste,  mesure  22  mètres  de  longueur  sur  une 
largeur  maxima  de  8  mètres  et  une  hauteur  moyenne  de  4  à 

5  mètres.  Elle  communique  par  un  couloir  étroit,  large  à 
peine  d'un  mètre,  avec  une  seconde  salle  de  5  mètres  envi- 
ron de  largeur  sur  12  de  longueur  et  5  à  8  de  hauteur. 
Enfin  un  nouveau  corridor  de  3  mètres  de  large  sur  une 
longueur  de   lo   mètres  conduit  dans  une  dernière  salle  de 

6  mètres  de  large  sur  une  longueur  de  20  mètres  environ. 
Aux  deux  extrémités  de  la  grotte,  des  corridors  pleins  de 
terre  indiquent  qu'elle  continue  dans  les  deux  sens. 

Les  parois  et  le  plafond  sont  particulièrement  humides 
et  recouverts  d'un  enduit  stalagmitique  en  général  épais, 
sauf  dans  la  seconde  salle.  Naturellement  cette  grotte  est 
absolument  obscure,  ce  qui  est  la  règle  pour  la  plupart  des 
grottes  à  gravures. 


Fig.  1.  Deux  «  signes  de  la  maison  ». 


Description  des  figures.  —  Les  figures  sont  surtout 
groupées  dans  la  seconde  salle  où  l'enduit  stalagmitique 
paraît  moins  épais.  Elles  sont  gravées  assez  profondément 
sur  la  paroi  calcaire  et  recouvertes  d'une  couche  de  stalag- 
mite mince,  mais  fort  dure.  Elles  sont  placées  de  0  "'  50  à 
1  ™  50  de  hauteur  au-dessus  du  sol  actuel. 


222  FIGURES    GRAVÉES    A    l'éPOQUE    PALÉOLITHIQUE 

Les  figures  qu'on  peut  nettement  distinguer  sont  les 
suivantes,  en  commençant  par  la  gauche  : 

N°l,  — A  40  mètres  de  l'entrée,  deux  signes  triangu- 
laires formés  de  traits  parallèles  multiples  empiétant  l'un 
sur  l'autre  et  affectant  la  disposition  que  montre  la  figure  1  ^ 
A  noter  la  forme  divergente  de  la  partie  supérieure  des 
traits  verticaux.  Dimensions  de  chacune  de  ces  fij^ures, 
23  centimètres   de  largeur  sur  20  de  hauteur. 

N*^  2.  —  Une  silhouette  vague  et  indéterminable  dos 
d'un  animal?). 


Fig.  2.  Figuration  d'une  liuttc  ^?) 

N"  3.  —  Une  jolie  tête  à  gauche  avec  départ  des  cornes 
bien  indiqué  ;  leur  partie  supérieure  se  perd  sous  la  stalag- 
tite.  Il  semble  bien  qu'il  s'agit  d'une  tète  de  renne. 


1.  Cette  figure,  ainsi  que  les  suivantes,  a  été  exécutée  |)ar  nous,  d'après 
nos  caUiues  et  dessins.  A  Hernifal,  eonitne  dans  nos  antres  grottes,  nous 
avons  fait  imus-inénies  relevés,  dessins  et  calciues  demi  nous  pniivnns  ainsi 
garantir  l'i.vactitude. 


FIGURES    GRAVEES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE  223 

N"  4.  —  Une  silhouette  incomplète  pouvant  représenter 
le  haut  de  la  tête  et  le  dos  d'un  éléphant. 

N°  5.  —  Un  nouveau  signe  triangulaire  auquel  fait 
suite  : 

N°  6.  —  Une  figure  de  forme  triangulaire  à  angles 
mousses  formée  d'un  trait  continu  et  semblant  recouvrir 
un  signe  triangulaire  à  traits  multiples  (fig.  2). 

Si  alors  on  passe  de  l'autre  côté  de  cette  même  salle, 
presque  en  face  de  ces  dernières  figures ,  sur  la  paroi  d'un 
étroit  diverticule,  on  trouve  : 

Un  panneau  montrant  quatre  images;  d'abord  : 

N°  7.  —  La  figuration  d'un  petit  équidé  courant  avec 
grosse  tête,  crinière  dressée,  queue  glabre  et  insérée  assez 
haut. 

Cet  animal  rappelle  soit  les  hémiones,  soit  plutôt  encore 
le  cheval  sauvage  actuel  du  désert  de  Mongolie,  le  kertag 
ou  tarpan  (equus  Prjwalski). 


Fig:.  3.  Petit  cheval.  En  dessous,  traits  peints  noirs,  à  droite  rouges. 


Derrière  cet  équidé,  existe  une  jolie  tête  qui  pourrait 
bien  se  rapporter  à  une  chèvre  ou  à  un  chamois. 

Au-dessous,  un  assez  grand  signe  triangulaire,  à  droite 
duquel  se  voit  un  petit  cheval  (fig.  3)  avec  traits  à  l'ocre 
rouge  et  au  manganèse.  La  technique  de  la  figuration  de  cet 


22i  F1GUKP:S    GRAVÉKS    a    l'époque    PALÉOLiniinl  f. 

animal  est  assez  curieuse,  comme  on  peut  le  voir,  et  dilîère 
de  celle  des  autres  animaux. 

N°  8.  —  l"n  peu  plus  à  droite  de  ce  panneau,  en  revenant 
vers  l'entrée  et  sur  la  paroi  d'un  autre  divcrticule  un  peu 


c 
o 


SI 

—  o 


te  cB 

a 


r-* 

■5.5- 

s   t. 


tt 


[dus  lar^e  ,    «m    \"il    le   corps    (ruii  clirval  ;i  drcilc  dont   la 
tète  est  dinicilement  perceptiMe  smis  la  stala|;niite. 


FIGURES    GRAVÉES    A    L  ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE 


22S 


N°  9.  —  En  revenant  toujours  vers  l'entrée,  on  trouve  à 
droite  de  la  figure  précédente  un  assez  grand  panneau.  A 
g-auche,  la  silhouette,  malheureusement  masquée  en  partie 
par  la  stalagmite,  d'un  éléphant  mesurant  environ  90  centi- 
mètres de  longueur  sur  70  de  hauteur.  Le  haut  front  bombé, 
la  trompe  et  les  défenses  longues  et  recourbées  sont  nette- 
ment indiquées,  la  queue  est  très  visible,  les  pattes  s'aper- 
çoivent sous  la  stalagmite  fort  dure,  ainsi  que  les  stries 
indiquant  les  poils  sous  le  ventre.  Deux  grands  signes 
triangulaires  se  voient  sur  la  tète  et  le  corps  de  l'animal. 

Derrière  lui  vient  un  mammouth  très  net,  mesurant  envi- 
ron 60  centimètres  de  longueur  sur  40  centimètres  de 
hauteur.  Front  bombé  ,  œil ,  trompe ,  queue  sont  bien  indi- 
qués.  Les   grosses  pattes   terminées    en  champignon  sont 


Fig.  5.  Signes  de  la  maison  placés  derrière  le  mammouth  de  la  fig.  4. 


très  visibles,  ainsi  que  les  traits  multiples  qui  indiquent  les 
poils  sous  le  ventre  de  l'animal  et  même  le  long  des  pattes. 


226 


FIGURES    GRAVÉES    A    L  ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE 


Deux  sig'iies  triangulaires  se  voient  sur  son  corps  [i'v^.  i). 
Derrière  lui,  deux  autres  signes  triangulaires  bien  com- 
plets, superposés  (fig.  5), 

N"  10.  —  Au-dessous  de  ce  dernier  signe  le  plus  bas 
placé  on  voit  le  corps  d'un  animal  à  droite  bien  dessiné. 
Malheureusement  la  tète  disparaît  sous  la  stalagmite.  Lui 
faisant  face,  tète  contre  tète,  un  bison  très  bien  caractérisé 
par  sa  bosse,  son  fanon  très  développé,  sa  grosse  tète,  ses 
cornes  courtes  et  la  touffe  de  poils  derrière  la  tête  (fig.  6). 
Il  mesure  50  centimètres  de  longueur. 


Fig.  G.  Gravure  de  bison. 


N"  1 1 .  —  Enfin  une  jolie  tète  dantilope  se  voit  un  peu 
plus  à  droite.  Elle  porte  derrière  l'oreille  vl  dans  rti'ii  des 
touches  peintes  en  noir.  Son  gros  museau,  la  disposition 
des  cornes  lui  doiiiu'nl  l'aspect  de  lantilope  saïga  qu'on  ne 
retrouve  plus  aujourd'hui  ([ue  dans  les  steppes  du  nord  de 
la  Russie  et  de  la  Sibérie. 

N"  12. — Signalons  enfin,  à  l'auliv  extrémité  de  la  grotte, 
dans  un  diverticule  très  èlioil,  une  pctilc  tète  peinte  en 
nianj.;;tnèse  dont  on  ne  voi[  ([uc  If  museau  cl  1  o-d.  la  stalag- 


FIGURES    GRAVÉES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE  227 

mite  recouvrant  le  reste.  On  peut  également  apercevoir  au 
dessus  de  cette  tête  quatre  traits  noirs,  et  en  arrière  deux 
grands  traits  peints  en  noir  également  accostés  chacun 
d'un  petit  trait  noir. 

Telles  sont  les  figures  que  nous  avons  pu  reconnaître 
très  nettement  sur  les  parois  de  la  grotte  de  Bernifal.  Il 
existe  bien  d'autres  traits  que  nous  n'avons  pu  encore 
identifier.  D'ailleurs  la  stalagmite  en  recouvre  un  grand 
nombre  et   masque  certainement  bien  des  figures. 

Telles  qu'elles  sont ,  celles  qui  sont  visibles  forment 
encore  un  intéressant  ensemble  de  vingt-six  figures  diffé- 
rentes réparties  en  douze  groupes. 

En  somme,  la  grotte  de  Bernifal  apporte  une  contribution 
nouvelle  à  cette  curieuse  question  des  origines  de  l'art 
décoratif.  Les  animaux  qui  y  sont  figurés  ont  les  mêmes 
caractères  que  ceux  des  autres  grottes  similaires.  Les  deux 
mammouths  présentent  l'aspect  typique  déjà  signalé  :  la 
forme  du  front,  les  longs  poils  tombant  sous  le  ventre  qui 
sont  caractéristiques  de  cette  espèce. 

Les  petits  chevaux  sont  aussi  très  typiques  et  semblent 
se  rapporter,  comme  nous  l'avons  vu,  à  des  animaux  voi- 
sins de  l'hémione  ou  du  kertag,  le  cheval  sauvage  encore 
existant  dans  les  steppes  de  la  Mongolie.  Le  grand  bison 
montre  bien  les  caractères  de  l'espèce. 

La  tète  d'antilope  si  bien  dessinée  est  un  peu  spéciale  et 
semble  se  rapporter  à  une  espèce  qui  n'est  guère  connue 
que  par  ses  représentations,  ses  ossements,  que  l'on  trouve 
dans  les  foyers  magdaléniens,  n'ayant  pas  de  caractères 
différents  de  ceux  de  tous  les  caprins.  La  figuration  d'une 
tête  à  museau  épais  pourrait  peut-être  être  attribuée  au 
saïga.  La  compai^aison  avec  les  photographies  des  spécimens 
encore  vivants  rend  cette  détermination  très  légitime. 

Mais  ce  qui  constitue  un  point  nouveau  dans  la  décora- 
tion de  ces  grottes,  c'est  la  série  des  figures  triangulaires 
que  l'on  peut  voir  représentées  douze  fois  sur  les  parois  de 


228  FIGIHES    GRAVÉES    A    L'ÉPdOri-;    PALÉOLITHIQUE 

notre  grotte.  Cette  li§^ure  était  déjà  connue,  nous  l'avons 
sig-nalée  aux  Combarelles,  gravée  de  chaque  côté  d'un  petit 
cervidé  ;  à  Font-de-Gaume  nous  l'avons  plusieurs  fois  rele- 
vée, entre  autres  peinte  deux  fois  sur  l'abdomen  d'un  gros 
bison. 

A  Bernifal ,  il  existe  toute  une  série  de  ces  curieuses 
images  avec  des  détails  assez  particuliers  (dont  on  peut  se 
rendre  compte  sur  les  dessins),  et  enfin  une  figure  inédite 
qui  vient  à  la  suite  des  précédentes;  elle  affecte  une  forme 
ovale  assez  particulière  (voir  fig.  2).  Il  est  à  remarquer 
aussi  que  ces  images  sont  également  tracées  sur  les  deux 
figurations  d'éléphants. 

Quelle  peut  être  la  signification  de  ces  figures  qui  n'ont 
jamais  été  signalées  en  aussi  grand  nombre  qu'à  Bernifal? 
Est-ce  un  signe  plus  ou  moins  symbolique,  comme  on  en 
trouve  sur  les  os  gravés  des  foyers  magdaléniens,  ou  la 
représentation  d'une  hutte?  En  faveur  de  cette  hypothèse 
on  pourrait  invoquer  la  figure  ovale  qui  termine  la  série 
des  images  triangulaires;  dans  ce  cas,  elle  pourrait  repré- 
senter une  hutte  couverte  de  peaux  (comme  celles  du 
Turkestan  actuel  par  exemple)  ou  de  terre,  comme  les  huttes 
des  Esquimaux  modernes. 

Quant  aux  figures  triangulaires,  elles  semblent  bien  repré- 
senter une  véritable  charpente,  toujours  avec  pièce  centrale, 
soit  simple,  soit  formée  de  faisceaux  de  pièces  s'élargissant 
souvent  par  en  haut,  comme  cela  s'observe  chez  beaucoup 
de  sauvages  actuels,  et  fermes  latérales.  On  pourrait  les 
dénommer  «  le  signe  de  la  maison  ».  Or,  si  on  accepte  cette 
détermination  (|ui  piniiit  lorl  rationnelle,  on  peut  se  deman- 
der quelle  est  la  signilication  de  ces  signes  tracés  sur  les 
deux  manmioutlis  de  Bernifal,  identi(jues  à  ceux  de  l'ont- 
de-Gaume  peints  sur  le  corps  du  grand  bœuf,  à  ceux  (|ui 
sont  gravés  de  chaque  côté  du  petit  cervidé  des  Comba- 
relles. On  peut  émettre,  pour  repondre  à  cette  (question,  une 
hypothèse  déduite  de  celle  proposée  par  M.  Ilaniy  à  l'Aca- 


FIGURES    GRAVÉES    A    l'ÉPOQUE    PALÉOLITHIQUE  229 

demie  des  Inscriptions  à  la  suite  de  notre  présentation  des 
figures  peintes  de  la  grotte  de  Font-de-Gaume.  M.  Hamy 
s'exprimait  ainsi  :  <(  Je  suppose  que  si  nos  troglodytes  ont 
ainsi  peint  ou  gravé  ces  singulières  images  d'animaux,  c'est 
avec  l'assurance  que  celui  qui  les  a  tracées  a  acquis  par  là 
même  sur  leurs  espèces  une  influence  analogue  à  celle  que 
possède  le  Blanc  devenu  le  maitre  de  I'Ixdien  dont  il  a  pu 
faire  le  portrait.  » 

Cette  interprétation  du  savant  professeur  du  Muséum 
est  fort  plausible.  Elle  cadre  bien  avec  la  psychologie  des 
sauvages  actuels  qui,  vraisemblablement,  doit  se  rappro- 
cher de  celle  des  préhistoriques. 

Appliquant  donc  ces  données  à  l'interprétation  des  signes 
représentant  les  huttes  qui  sont  gravées  sur  les  animaux, 
nous  dirons  d'abord  que  la  répétition  de  cette  particularité 
en  diverses  grottes  permet  de  supposer  qu'il  ne  s'agit  pas 
de  signes  gravés  au  hasard  sur  des  figures  existant  aupara- 
vant.   Si    donc  les   signes   tectiformes   ont  été    gravés   ou 
peints  sur  les  animaux  avec  une  intention  voulue,  on  peut 
émettre  une  première   hypothèse  :   le    magdalénien    aurait 
voulu  ainsi   marquer   l'animal   de  son    signe  de   propriété 
comme  le  touareg  marque  de  son  ivasm  les  animaux  qui  lui 
appartiennent,  cette  prise  de  possession  virtuelle  de  l'image 
de  l'animal  correspondant,  pour  le  troglodyte,  à  la  prise  de 
possession  réelle   de  l'animal   qui  peut   lui  être  utile.   On 
pourrait  aussi  supposer  que  traçant  le  signe  représentatif  de 
la  hutte  ou  de  l'étable  sur  la  figure  de  l'animal,  il  l'enferme 
ainsi  virtuellement,  par  une  sorte  de  convention  magique, 
dans  cette  hutte  ou  cette  étable  et  en  prend  ainsi  posses- 
sion d'une  façon  encore  plus  complète. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  interprétations  que  nous  ne 
présentons  d'ailleurs  que  comme  de  simples  hypothèses, 
il  n'en  reste  pas  moins  un  fait  nouveau  et  intéressant  que 
nous  révèle  l'étude  de  la  grotte  de  Bernifal,  c'est  celui  du 
grand  nombre  de  ces  signes  figuratifs  des  huttes  dont  plu- 

1903.  10 


230  LIVRES    OFFERTS 

sieurs  sont  gravés  sur  des  mammouths.  D'autres  lig-ures 
d'animaux  sont  également  intéressantes  et  se  rapportent  à 
des  espèces  variées. 

I'"u(in,  il  faut  également  noter  ce  fait,  c'est  que  sur  les 
huit  grottes  à  parois  gravées  et  peintes  à  l'époque  paléoli- 
thi({ue  qui  sont  connues  actuellement ,  quatre  se  trouvent 
aux  environs  des  Eyzies  et  dans  le  voisinage  les  unes  des 

autres et   certainement  on  en   trouvera    d'autres.   11  y 

avait  donc  là  un  centre  artistique  remarquable,  déjà  connu 
par  les  belles  gravures  et  sculptures  sur  os.  corne  et  ivoire 
des  stations  de  la  Madeleine,  des  Eyzies  et  de  Laugerie 
Basse  :  les  œuvres  d'art  des  parois  des  cavernes  s'y  rattachent 
donc  d'une  façon  incontestable. 

Ce  sont  ces  diverses  particularités  qui  nous  ont  engagés 
à  communiquer  à  l'Académie  le  résultat  de  nos  observations 
encore  inédites  et  les  premières  faites  dans  cette  grotte. 


M  NUES  OFFKHTS 


M.  Haubieh  de  Meynabd  a  la  parole  pour  un  liomniag'e  : 
«  .l'ai  riioniieui-  d'olTrir  à  l'Académie,  de  la  paii  (]e  M.  lU'iidiold 
Dozoinioris,  un  Plan  d'exécution  d'une  édition  crilit/ue  dca  h'ssnis  de 
Mont.iifjne  (Bordeaux,  l',l03,  in-8").  Celle  brochure  a  élé,  je  crois, 
mise  eiilre  les  mains  de  la  plupart  de  nos  confrères  par  l'auleur  lui- 
même  ;  je  n"ai  donc  qu'à  en  signaler  1res  rapidement  les  mérites. 

«  On  sait  quelle  autorité  notre- savant  correspondant  possède  dans 
toutes  les  (jueslions  relatives  à  Monlaii,nie.  Kdileur  d'une  réimpres- 
sion des  Essais,  il  a  vécu  pendant  plus  de  (rente  ans  dans  lintimilé 
du  grand  écrivain,  intimité  devenue  plus  étroite  depuis  la  décou- 
verte du  fameux  volume  de  Bordeaux  qui  renferme  de  si  précieuses 
annotations  de  la  main  de  Montaigne.  Le  travail  dont  M.  Dezeimeris 
trace  ici  les  grandes  lignes  donnerait  naissance  à  une  édition  synop- 
tique fpii  [)ernieltrail  di'  suivre  dans  tous  ses  développements  ce  que 


sé\ncl:  dl    5  ji'iN   1903  231 

Montaigne  appelait  «  le  train  des  mutations  de  sa  pensée  ».  Grâce  à 
une  ingénieuse  disposition  typographique  et  à  quelques  chiffres 
inscrits  en  marge,  on  saisirait  rapidement  tous  les  changements  qui 
se  sont  introduits  dans  le  texte  des  Essais,  depuis  l'édition  de  1588, 
du  fait  de  l'auteur  et  de  ses  éditeurs  successifs. 

.<  Un  pareil  programme  ne  pouvait  être  tracé  que  par  un  fin  lettré 
nourri  de  la  moelle  des  Essais.  J'ignore  les  motifs  qui  empêchent 
M.  Dezeimeris  de  mettre  lui-même  son  plan  à  exécution;  mais  (juelle 
que  soit  la  date  de  la  future  édition  vraiment  critique,  c'est  aux 
indications  si  judicieusement  données  par  notre  correspondant  que 
nous  devrons  de  connaître  dans  ses  plus  subtiles  fluctuations  le 
travail  de  pensée  qui  a  valu  à  la  littérature  française  un  de  ses 
immortels  chefs-d'œuvre.  » 


SÉANCE    DU   5   JUIN 


M.  le  Ministre  de  linslruction  publique  et  des  beaux-arts 
adresse  au  Secrétaire  perpétuel  l'ampliatiou  d'un  décret  en  date 
du  '2  juin  1903,  par  lequel  M.  le  Président  de  la  République  a 
approuvé  l'élection  de  M.  Maurice  Groiset  à  la  place  de  membre 
ordinaire  laissée  vacante  par  la  mort  de  M.  G.  Paris. 

Le  Secrétaire  perpétlel  donne  lecture  du  décret.  Il  introduit 
ensuite  M.  Maurice  Groiset  et  le  présente  à  l'Académie. 

Le  Président  souhaite  la  bienvenue  à  M.  Maurice  Groiset  et 
l'invite  à  prendre  place  parmi  ses  confrères. 

M.  G.  MoYAUx,  membre  de  l'Institut,  président  de  la  Société 
centrale  des  architectes  français,  écrit  au  Secrétaire  perpétuel 
que  la  grande  médaille  d'argent  de  la  Société  centrale  sera  remise 
à  M.  Durrbach,  ancien  membre  de  l'Ecole  française  d'Athènes, 
professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Toulouse,  à  la  distribution 
solennelle  des  récompenses  qui  aura  lieu  sous  la  présidence  de 


232  SÉANCE    DL-    :i    JLI.N     1VI03 

M.  le  Ministre  de  rinslruction  publique  et  des  beaux-arts,  le 
samedi  K{  juin,  à  1  heure,  dans  la  salle  de  llléniicycle  de  lÉcole 
des  Beaux-x\rts.  M.  Durrbach  avait  été  proposé  par  l'Académie 
pour  celle  dislinction  à  la  Société  centrale,  à  loccasion  de  ses 
fouilles  à  Délos. 

M.  Ph.  Bkrger  communique  à  l'Académie  une  inscription 
juive  trouvée  par  M.  Emile  Gautier  qui  accomplit  un  voyage 
scienlilique  dans  le  Sahara  central,  à  El  R"ormali,  dans  la  région 
du  Touat. 

Cette  inscription  provient  de  la  communauté  juive  établie 
autrefois  en  cette  région  et  qui  a  été  détruite,  ainsi  que  la 
prouvé  M.  René  Basset,  parla  persécution  religieuse  musulmane 
à  la  lin  du  xv''  siècle. 

M.  J.  Halévy  a  bien  voulu,  à  la  demande  de  M.  Berger,  étu- 
dier cette  inscription.  C'est  Tépitaphe  dune  femme,  morte  dans 
sa  jeunesse,  en  l'an  5089,  c'est-à-dire  13:29  de  notre  ère  '. 

M.  Gautier  annonce  qu'il  a  eu  connaissance,  au  cours  de  son 
voyage,  d'une  série  d'autres  inscriptions  rupestres  ou  autres. 
M.  Berger  demande  à  l'Académie  de  lui  accorder  une  subvention 
sur  les  fonds  de  la  fondation  Garnier,  pour  relever  les  monu- 
ments épigraphiques  du  Sahara  central. 

La  demande  de  M.  Berger  est  renvoyée  à  la  Commission 
Benoît  Garnier. 

M.  G.  SciiLU.MBERGER  doiiiie  Iccture  du  rapport  suivant  : 
«  L'Académie  ayant  renvoyé  à  mon  examen  la  série  d'études 
lr:nismises  à  M.  le  Ministre  des  alfaires  étrangères  par  notre 
consul  général  à  Jérusalem,  concernant  la  basilique  d  Abou 
(losch  ou  Kiriat  cl  Knab  près  Jérusalem,  (pii  a  été  donnée  à  la 
France  par  le  gouvernement  ottoman  en  1IS73,  j'ai  pris  connais- 
sance de  ces  documents  que  j'ai  étudiés  avec  le  |)lus  grand  soin. 
La  lecture  m'en  a  vivement  intéressé.  Outre  la  description  par 
le  H.  P.  bénédictin  dariadcr  de  diverses  antiquités  l'oi-l  pré- 
cieuses découvertes  dans  les  fouilles  faites  autour  du  sanctuaire, 
ces  documents  consistent   >ui-t<iiil   (buis  la   description   laite   [)ar 

I .    \'ii\r  l'i-iipri'S. 


SÉANCE    DU    O    JUIN    1903  233 

M.  A.  de  Picllat  des  peintures  qui  ont  été  retrouvées  dans 
l'église  de  Saint-Jérémie.  Ces  peintures,  malheureusement  très 
détériorées  ,  constituent  un  ensemble  décoratif  très  important 
dont  M.  A.  de  Piellat  a  fait  dans  son  rapport  une  description 
détaillée.  11  en  a  relevé  très  habilement  les  fragments  les  plus 
importants  sur  des  planches  annexées  à  son  travail.  Nous  avons 
là  sous  les  yeux  une  série  de  peintures  murales  infiniment  pré- 
cieuses qu'on  pourrait,  avec  M.  de  Piellat,  rapprocher  de  celles 
si  connues  de  l'église  de  la  Nativité  à  Bethléem,  signées  par  le 
maître  grec  Ephrem  en  Tannée  1169.  Dans  l'une  comme  dans 
l'autre  composition,  on  reconnaît  «  l'œuvre  d'une  main  grecque 
sous  une  influence  latine  »,  suivant  l'expression  très  juste  de 
M.  de  \'ogiié  dans  ses  Ecjlises  de  Terre  Sainte. 

«  On  ne  saurait  être  assez  reconnaissant  aux  RR.  PP.  Béné- 
dictins d'avoir  sauvé  de  la  destruction  cet  ensemble  décoratif  si 
important  pour  l'histoire  du  royaume  latin  de  Jérusalem.  J'espère 
que  le  gouvernement  français  leur  donnera  tous  les  encourage- 
ments possibles,  toute  l'aide  nécessaire.  L'esprit  éclairé  et  l'éru- 
dition de  ces  éminents  religieux  nous  sont  une  garantie  qu'aucune 
restauration  maladroite  ne  sera  entreprise,  que  seules  les  plus 
intelligentes  mesures  de  conservation  seront  adoptées.  Je  ne 
saurais  attirer  assez  l'attention  du  gouvernement  et  de  ses  repré- 
sentants en  Palestine  sur  ces  résultats  si  importants.  Je  sais  que 
M.  Boppe,  notre  si  distingué  consul  général  à  Jérusalem,  partage 
entièrement  cette  manière  de  voir,  et  ce  m'est  une  vive  satisfac- 
tion de  savoir  en  si  bonnes  mains  nos  intérêts  d'art  et  d'archéolo- 
gie en  Palestine.  » 

M.  H.  Omont,  au  nom  de  la  Commission  du  prix  Brunet , 
donne  lecture  du  rapport  suivant  : 

«  La  Commission  du  prix  Brunet  a  partagé  par  moitié  le  prix 
de  3.000  francs  entre  jNIM.  A.  Claudin,  pour  les  deux  premiers 
volumes  de  son  Histoire  de  Vimprimerie  en  France^  et  Auguste 
Molinier,  pour  les  trois  premiers  volumes  de  son  manuel  des 
Sources  de  V histoire  de  France. 

«  La  Commission  a  regretté  de  ne  pouvoir  accorder  qu'une 
mention  très  honorable  aux  deux  volumes  de  M.  Ernest  Coyecque 
de  Y  Inventaire  de  la  Collection  Anisson  sur  l'histoire  de  Vimpri- 
merie et  de  la  librairie  à  Paris.  » 


234  SÉANCE    DU    O    JUIN     1903 

M.    FoucART   l'ail    une  première  lecture  duii  mémoire  sur  le 
culte  de  Dionysos  en  Attique. 

M.  de  Mély  communique  à  l'Académie  la  photographie  d'une 
page  d'un  manuscrit  de  (iaignières,  représentant  une  aiguière 
de  porcelaine  blanche  richement  décorée  d'une  monture  de  ver- 
meil,  ornée  de  magnifiques  émaux.  Les  écussons  émaillés  et  le 
nom  de  Jehane,  gravé  en  relief  sur  le  biberon,  la  devise  inscrite 
sur  le  pied  :  u  Le  temps  est  venu,  Dieu  en  soit  loué  »,  permettent 
de  l'attribuer  à  Jeanne  V,  femme  d'André  d'Anjou-IIongrie,  roi 
de  Jérusalem,  de  Naples  et  de  Sicile,  (juelle  avait  épousé  en  1333 
et  qu'elle  fit  étrangler  en  1345. 

Cette  aiguière  appartenait  en  1711  au  dauphin  ;  en  1711^,  elle 
était  dans  le  cabinet  de  M.  Caumarlin,  c'est  là  que  (iaignières  la 
fit  dessiner. 

L'étude  de  cette  très  précieuse  pièce  d'orfèvrerie  présenle  un 
double  intérêt.  Alors  que  les  archéologues  les  plus  éminents  pré- 
tendaient que  tous  les  objets  de  porcelaine  mentionnés  dans  les 
inventaires  et  dans  les  comptes  antérieurs  au  xvi"  siècle  étaient 
simplement  des  objets  de  nacre,  puisque  à  ce  moment  la  porcelaine 
occidentale  n'était  pas  encore  inventée  et  que  les  Portugais 
n'avaient  pas  encore  introduit  en  lùirope  la  porcelaine  chinoise 
(1518),  elle  vient  prouver  que  les  trésors  royaux  renfermaient 
bien  des  objets  de  véritable  i)f)rrelaine  cliinoise,  regardés  d'ail- 
leurs comme  si  précieux  (pi'on  les  ornail  des  nionlurcs  les  plus 
riches.  L'exactitude  du  dessin  permet  ensuite  de  reconnaître  un 
échantillon  de  la  porcelaine  si  rare  de  Ti ng - Yao,  cé\lihre  sousles 
Soiuf  (9()()-|-279).  Enfin  M.  de  Mély  présente  à  l'Académie  une 
coupe  de  porcelaine  chinoise  de  la  même  fabrique,  en  même  temps 
qu'un  petit  vase  de  sa  collection,  décoré  de  Irigrammes  primitifs 
simplement  recouverts  d'un  émail  assez  imparfait,  mais  d'une 
antiquité  plus  grande  que  la  j)orcelaine  de  Tiinj-Yno. 

M.  Cii.WANNES   exprime  queUpies  doutes   sur   Icpotpie    de    la 
fabrication  du  vase  présenté  par  M.  de  Mély. 


23:; 


I 


COMMUNICATION 


UNE    INSCRIPTION    JUIVE    DU    TOUAT, 
PAR    M.     PHILIPPE    lîERGER,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE 


M.  Emile  Gautier,  qui  accomplit  un  voyage  d'études 
g'éographiques  et  géologiques  dans  le  Sahara  central,  m"a 
envoyé ,  par  l'intermédiaire  de  M.  René  Basset ,  la  copie 
d'une  inscription  juive  qu'il  a  relevée  au  Touat,  dans  l'oasis 
de  Bouda,  et  plus  exactement  au  ksar  de  R'ormali. 

((  La  pierre  sur  laquelle  est  gravée  l'inscription,  écrit-il, 
est  encastrée  à  la  base  d'un  pilier  en  pisé ,  qui  a  manifes- 
tement servi  jadis  de  support  à  la  bascule  d'un  puits  com- 
blé. Les  indiiçènes  ne  connaissent  ni  le  sens,  ni  la  lanarue 
de  l'inscription,  ni  sa  date,  ni  son  origine.  De  mémoire 
d'homme  elle  a  toujours  été  au  ksar  de  R'ormali. 

«  La  seule  face  visible  de  la  pierre  est  un  parallélo- 
gramme irrégulier  d'environ  0'"  30  sur  0'"  25.  La  pierre  est 
d'un  grès' rouge  très  dur.  L'inscription  me  paraît  d'un  tra- 
vail remarquable ,  au  moins  pour  le  pays  ;  sans  doute  la 
surface  de  la  pierre  n'a  même  pas  été  aplanie,  les  contours 
des  lettres  sont  souvent  éclatés  ;  mais  leur  dessin  est  très 
net,  leur  gravure  en  creux  très  profonde.  C'est  d'un  travail 
peu  soigné  à  coup  sûr,  mais  on  dirait  l'œuvre  d'un  profes- 
sionnel, et  non  d'un  sauvage  qui  s'amuse.  Les  habitants 
actuels  du  Touat  seraient  tout  à  fait  incapables  de  pro- 
duire quelque  chose  de  comparable.  » 

M.  René  Basset  n'a  pas  eu  de  peine  à  reconnaître  du 
premier  coup  dans  cette  inscription  une  inscription  juive,  et 
il  me  communique  à  ce  sujet  les  très  curieux  renseigne- 
ments qui  suivent  : 


2'AQ  UNE    INSCKlPTrON    JUIVE    DU    ÏOUAT 

((  Que  les  indigènes  ig-norent  la  nature  de  cette  inscrip- 
tion, la  chose  n'a  rien  d'étonnant.  Cependant  la  légende 
populaire,  [)ul)liée  il  y  a  moins  d'un  demi-siècle,  avait  con- 
servé le  souvenir  d'un  mouvement  anti-juif  dans  le  Gourara 
et  le  Touat ,  précisément  à  Bou  .\li  le  Rormali.  L'histoire 
de  cette  persécution  religieuse  qui,  à  la  fin  du  xv*"  siècle, 
fut  dirigée  par  le  marabout  célèbre  El  Mer'ili,  et  ruina  les 
communautés  juives  dont  la  synagogue  fut  détruite,  est  bien 
connue.  J'en  ai  parlé  dans  l'introduction  de  ma  iv"  série  de 
Notes  de  Lexicographie  berbère  [Journal  asiatique^  nov.- 
déc.  1887,  p.  381  et  suiv.)  ». 

L'inscription  retrouvée  par  M.  Gautier  est  un  témoin  de 
ces  anciennes  communautés  juives,  établies  en  plein  Sahara, 
environ  au  27**  degré  de  latitude  nord,  et  qui  ont  été 
détruites  par  la  persécution  à  la  fin  du  xv"  siècle  de  notre 
ère. 

Grâce  aux  lumières  de  AL  Joseph  Ilalévy.  à  cjui  j'ai  sou- 
mis la  copie  de  M.  Gautier,  je  suis  à  même  d'en  donner  ù 
l'Académie  la  traduction.  On  remarquera  (ju'à  plusieurs 
reprises  l'inscription  est  coupée  par  des  formules,  qui  ne 
sont  pas  écrites  en  entier,  mais  seulement,  suivant  l'habi- 
tude ,  par  la  lettre  initiale  de  chaque  mot  surmontée  d'un 
point. 

Tj;[s;p  -^"^Er  •  piSnlm]! 
uS.i  3K2  D[-i]y[7]î;  nnm 

1.  Ceci  est  le  tombeau  de  \Monispa?],  fille  d'Amram  : 
Quelle  repose  en  Eden! 

2.  de   \Zafhalor/?].  ri  elle  cfif  morte  dans   les   douleurs 
[de  renfantement). 

3.  le  samedi,  vingtième  d'Ah.  (jui  nous  apporte  la  paix! 
i.   en  Vannée  5089. 


UNE    INSCRIPTION    JUIVE    DU    TOUAT  237 

Ligne  1.  Le  nom  de  la  défunte  nSDJLlja  =  Monispa,  est 
douteux.  Au  contraire,  le  nom  de  son  père,  Amram  = 
□lay,  est  un  nom  très  connu  et  qui  est  parfaitement  en 
situation  ici. 

Ces  deux  noms  sont  suivis  de  la  formule  (p)!?  (nm)3 
«  qu'elle  repose  en  Paradis  »  (Hal.). 

Ligne  2.  Cette  ligne  débute  par  le  groupe  très  obscur 
p1in[n7]2.  Les  lettres  pl'^n  sont  certaines.  Le  3  initial  sem- 
blerait indiquer  qu'il  s'agit  d'un  nom  géographique  =  «  à 
(ou  ((  de  »)  Zithaloq  ».  Je  ne  le  donne  pourtant  qu'avec  de 
grandes  réserves.  —  A  la  fin  de  la  ligne  on  lit  :  "i"if-  «  dans 
les  douleurs  »,  ou  peut-être  yj21  ((  dans  sa  jeunesse  ». 

Ligne  3.  niUT^  «  avi  sabbat  de  »,  ou  «  en  la  semaine  de  »■. 
On  sait  en  effet  l'habitude  des  Juifs  de  désigner  chaque 
semaine  par  un  nom  spécial  ;  mais  il  semble  bien  qu'on  ait 
affaire  ici  au  jour  de  la  semaine  appelé  sabbat  et  non  à  la 
semaine  elle-même.  —  Le  nom  du  mois  de  Ab,  cjui  vient 
ensuite,  est  accompagné  des  trois  lettres  pointées  ^" Sn,  qui 
doivent  contenir  une  formule.  M.  Halévy  fait  observer,  d'une 
façon  fort  ingénieuse,  que  le  mois  de  Ab  étant  considéré 
comme  un  mois  funeste,  on  le  faisait  suivre  en  général  d'une 
épithète  destinée  à  adoucir  un  souvenir  pénible.  Il  suppose 
que  les  trois  lettres  ^^n  doivent  être  les  initiales  d'une 
formule  telle  que  :  mSujS  Nin  :  «  qui  nous  apporte  la 
paix  ». 

Ligne  4.  L'année  3089  corresponde  l'année  1329  de  notre 
ère. 

L'inscription  du  ksar  R'ormali,  datée  de  l'an  1329  de 
notre  ère,  conlirme  donc  de  la  façon  la  plus  heureuse  les 
renseignements  que  nous  avons  reproduits  plus  haut, 
d'après  M.  René  Basset,  sur  l'existence  d'une  communauté 
juive  dans  cette  région,  jusqu'au  xv^  siècle  de  notre  ère. 
Tout  le  monde  comprendra  l'intérêt  exceptionnel,  tant  au 
point  de  vue  historique  qu'au  point  de  vue  paléographique, 
de  la  découverte  que  nous  devons  à  M.  Gautier. 


238  UNE    INSCRIPTION    .UIVK    \)V    TOI' AT 

Dans  la  lettre  par  laquelle  il  nramionçait  cette  décou- 
verte, et  qui  est  datée  de  Adrar  de  Timmi  (Touat),  31  mars 
1903,  M.  Gautier  ajoutait  : 

«  Les  monuments  épigraphiques ,  dessins  rupestres, 
inscriptions  Tamacheq,  ne  sont  d'ailleurs  pas  rares  dans 
rOued  Zoulfana,  la  Saoura,  le  Touat,  le  Tadmaït,  le  Tidi- 
kelt,  le  Mouvdir. 

«  Je  sais  qu'il  en  existe  aux  points  suivants  :  Tar'it 
(dessins  d'animaux,  grandeur  nature);  —  Beni-Abbès  ou, 
plus  exactement,  Bou-Hadid  (dessins  schématiques  de  cha- 
meaux, inscriptions  arabes);  —  Ouled  Mahmoud,  une  inscrip- 
tion en  caractères  carrés  qui  semblent  avoir  de  l'analogie 
avec  ceux  de  l'inscription  de  R'ormali;  —  Abani ,  dans  le 
Fenourel,  district  du  ïouat  (inscriptions  noml)reuses  sur  la 
nature  desquelles  je  suis  mal  renseig^né)  ;  —  Oued  Tt)ureur, 
dans  le  Tadmaït,  à  quelques  centaines  de  mètres  de  Ilaci 
Inazen  (inscriptions  Tamacheq)  ;  —  une  gorg-e  du  Mouvdir 
parcourue  l'an  dernier  par  une  colonne  du  commandant 
Lapérine  (inscriptions  et  dessins  ruj)ostres  .  Je  ne  doute 
pas  que  la  liste  ne  soit  incomplète.   » 

Il  serait  à  souhaiter  que  l'Académie  pût  mettre  à  la 
disposition  de  M.  Gautier,  qui  fait  à  ses  frais  ce  voyage 
d'exploration,  une  certaine  somme,  prise  sur  les  fonds  du 
legs  Garnier,  pour  lui  [)c  rinettre  de  relever  les  inscriptions 
du  Sahara  central,  en  particulier  liiisc  ription  de  l'Ouled- 
Mahmoud,  qui  paraît  bien  être  aussi  une  inscription  juive,  et 
les  autres  de  même  nature  qui  pourraient  lui  être  signalées. 

Depuis  la  lecture  de  cette  note  à  l'Académie  j'ai  reçu  de 
M.  Gautier,  par  l'intermédiaire  de  M.  Basset,  restam[)age 
en  double  exemplaire  de  l'inscription  juive  d'Ali  JVormali. 
L'estampage  conlirine  presque  de  tous  points  la  lecture  de 
M.  Ilalévy.  Comme  il  nous  est  parvenu  trop  tard  pour  être 
inséré  dans  la  présente  communication,  nous  le  publierons 
dans  un  des  prochains  fascicules  du  Jhillctin.  Il  importe  en 


LTVRKS    OFFERTS  239 

ellet  de  mettre  sous  les  jeux  du  public  les  caractères  mêmes 
de  cette  très  curieuse  inscription ,  qui  a  le  grand  avantage 
d'être  datée  d'une  façon  certaine. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  offre,  au  nom  de  l'auteur,  M.  le  lieute- 
nant L.  Desplagnos,  une  Etude  sur  les  luinuU  du  Killi  dans  la  région 
de  Goundani  (Paris,  in-8°  ;  extr.  de  L' Anthropologie). 

M.  Omont  dépose  sur  le  l>ureau  le  tirage  à  part  d'une  communica- 
tion qu'il  a  faite  à  la  Société  nationale  des  antiquaires  de  la  France, 
dans  la  séance  du  14  janvier  1903,  sur  un  manuscrit  provenant  des 
Dominicains  de  Sainte-Croix  de  Ratisl)onne  et  acquis  par  la  Biblio- 
thèque nationale  (Paris,  1903,  in-8°,  avec  une  planche). 

M.  G.  ScHLUMBERGER  ofFrc  à  l'Académie,  au  nom  de  l'auteur,  M.  L. 
Bréhier,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Clermont,  un  exem- 
plaire du  mémoire  qu'il  vient  de  publier  dans  le  t.  XII  de  la  Byzanti- 
nische  Zeitschrift  sur  les  Colonies  d'Orientaux  en  Occident  au  com- 
mencement du  moyen  âge,  c'est-à-dire  entre  le  v"  et  le  vin"  siècle  : 

«  Depuis  longtemps,  en  France  comme  en  Allemagne,  les  historiens 
se  sont  appliqués  à  déterminer  les  éléments  romains  et  germaniques 
dont  l'amalgame  a  formé  la  civilisation  de  l'Occident.  Très  peu 
d'entre  eux  au  contraire  se  sont  demandé  si  des  influences  plus  loin- 
taines ne  s'étaient  pas  exercées  sur  la  société  barbare;  le  rôle  de  la 
culture  orientale  en  Occident  a  été  sinon  négligé  entièrement,  du 
moins  à  peine  signalé.  C'est  la  lacune  que  M.  Bréhier  a  tenté,  avec 
un  réel  succès,  de  combler  dans  le  mémoire  que  je  présente  aujour- 
d'hui à  l'Académie.  La  matière  était  fort  neuve.  Grâce  à  de  minu- 
tieuses recherches,  M.  Bréhier  n'en  est  pas  moins  arrivé  à  nous 
présenter  un  grand  nombre  de  faits  qui  fournissent  des  résultats  très 
intéressants.  11  commence  par  étudier  les  colonies  d'Orientaux,  c'est- 
à-dire  de  Grecs,  d'Asiatiques,  d'Égyptiens  qui  sous  le  nom  collectif 
de  «  Syriens  »  vinrent  s'établir,  à  l'époque  romaine  d'abord,  puis  à 
l'époque   barbare,    dans  les   principales    villes  d'Occident,  à  Rome 


240  LIVRES    OFFERTS 

surlout,  puis  clans  toute  l'Italio,  dans  les  Gaules,  la  Germanie, 
l'Espagne  et  jusqu'en  Grande-Bretagne.  Les  documents  fournis  j)ar 
l'auteur  sur  celle  occupation  ininterrompue  de  l'Occident  par  les 
Orientaux  jusqu'au  viii'' siècle  sont  fort  nombreux.  11  en  est  de  même 
pour  ceux  bien  plus  abondants  qu'il  a  réunis  dans  son  chapitre 
second,  lorsqu'il  a  voulu  déterminer  les  limites  de  cette  influence  de 
l'Orient  sur  l'Occidenl.  La  méthode  adoptée  par  lui  a  été  d'étudier 
les  importations  orientales  en  Occident  à  celle  époque,  importations 
commerciales  ,  importations  artistiques,  importations  d'ordre  intel- 
lectuel et  moral.  Les  paragraphes  consacrés  au  commerce  et  à  l'art, 
rénumération  des  productions  et  des  objets  d'art  arrivés  à  celle 
époque  du  fond  de  l'Orient  en  Italie,  en  Gaule,  en  Germanie,  la 
description  de  ceux  de  ces  objets  d'art  existant  encore,  la  plupart 
conservés  dans  les  trésors  de  nos  églises,  font  du  mémoire  de 
M.  Bréhier  une  mine  de  renseignements  les  plus  utiles  et  les  plus 
précieux.  Ils  nous  font  toucher  du  doigt  cette  influence  encore  si  peu 
connue  de  la-  civilisation  orientale  sur  toute  rEuroi)e  occidentale 
durant  le  haut  moyen  âge.  » 

M.  Oppert  présente,  au  nom  du  directeur  du  Musée  Britannique, 
les  cahiers  XVI  et  XVII  des  Cuneiform  texts  publiés  par  l'adminis- 
tration de  ce  grand  établissement  littéraire  et  archéologi({ue.  Ces 
deux  fascicules, forts  de  cinquante  planches  chacun,  ofl'rent  la  repro- 
duction de  briques  contenant  des  textes  sumérieiis  et  assyriens.  Le 
fascicule  XVI  contient  les  fragments  delà  collection  que  les  Assyriens 
nommaient  Utiikki  limniiti,  les  démons  malins.  L'édition  nouvelle 
complète,  par  de  nouveaux  documents,  les  inscrij)tions  déjà  connues 
et  qui  ont  été  traduites  dernièrement  dans  la  Magie  assyrienne  de 
M.  Fossey.  Le  fascicule  XVII  contient  des  textes  appartenant  à  la 
même  classe,  se  rapportant  surtout  au  traitement  magique  des 
maladies.  Par  la  publication  continue  des  textes  assyriens  conservés 
dans  le  grand  établissement  anglais,  l'administration  du  lirilish 
Muséum  a  acquis  im  nouveau  titre  à  la  gratitude  des  savants  et  a 
donné  un  exemple  à  suivre  à  d'autres  adminislrnlions  similaires. 

M.  Bartu  présente  de  la  part  de  l'auteur,  M.  Kielhorn,  correspon- 
dant de  l'Académie,  la  suite  de  la  liste  des  inscriptions  de  l'Inde  du 
Sud,  que  ce  savant  publie  dans  les  fascicules  de  VEpir/raphia  Indica. 

M.  Coi.i.iGNON  présente  ;i  l'Académie,  au  nom  de  M.  IIomoi.le,  deux 
fascicules  du  Bulletin  df  mrrexpondance  Iwllénir/ue  (1901,  \'I-\1I,  et 


SÉANCE    DC    12    JLIN     l'.lU3  241 

1902,  I-VI).  Il  signale  rintérôt  et  la  variété  des  articles  qui  rem- 
plissent ces  deux  fascicules,  en  particulier  les  études  de  M.  Homolle 
sur  les  frontons  du  temple  d'Apollon  à  Delphes,  celle  de  M.  Mendel 
sur  ses  fouilles  de  Tégée,  de  M.  Jamot  sur  ses  découvertes  à  Thespies, 
de  MM.  Demargne  (fouilles  à  Goulas),  Jouguet  (fouilles  au  Fayoum), 
Jouguet  et  Jardé  sur  les  inscriptions  de  Delphes,  Chapot  sur  les 
antiquités  de  la  Syrie  du  Nord. 

M.  Gagnât  offre,  de  la  part  de  M.  Ch.  Normand,  une  brochure  sur 
Ilammani  R'ihra  (Aquae  Calidae),  station  thermale  de  la  province 
d'Alger  (Paris,  1903,  in-8»). 


SÉANCE   DU    12   JUIN 


M.  Homolle,  directeur  de  l'École  française  d'Athènes,  adresse 
au  Président  la  lettre  suivante  : 

Monsieur  le  Président  et  cher  maître, 

J'ai  l'honneur  de  vous  informer  et  vous  prie  d'annoncer  à  l'Acadé- 
mie que  la  Commission  du  Congrès  archéologique  international 
d'Athènes,  réunie  sous  la  présidence  de  S.  A.  R.  le  Prince  héritier, 
a  voté  la  convocation  du  Congrès  pour  les  vacances  de  Pâques  de 
l'année  1903. 

L'Académie  recevra  sous  peu  une  invitation  à  cette  solennité 
scientifique,  avec  le  règlement  du  Congrès.  Je  n'ai  pas  voulu  tarder 
à  lui  faire  connaître  cette  nouvelle  qui  la  réjouira,  j'en  suis  con- 
vaincu, comme  tous  ceux  qui  s'intéressent  au  progrès  de  la  science 
archéologique. 

Comme  patronne  de  l'Ecole  française,  elle  apprendra  aussi,  je  n'en 
doute  pas,  avec  plaisir,  que  le  gouvernement  grec  et  la  Commission 
ont  tenu  à  rattacher  ce  Congrès  au  projet  dont  l'Ecole  française  avait 
pris  l'initiative,  lors  de  son  cinquantenaire,  qui  avait  reçu  partout  le 
meilleur  accueil  et  qui  aurait  été  exécuté   sans  la  guerre.   Il  a  été 


242 


SÉANCE    DU     12    JLl.N     1903 


dôcidc  égaltMiiont  que  le  français  serait  la  lanf;ue  oiïîcielle  du  Cou<;ivs, 
(jue  le  Directeur  de  FEcole  française  en  serait  le  Secrétaire  général, 
et  que,  si  le  Congrès  se  divisait  en  sections,  un  membre  de  lEcole 
d'Athènes  remplirait  dans  chaciue  section  les  fonctions  de  secrétaire. 

Nous  n'avons  à  tous  égards  qu'à  nous  féliciter  et  de  l'hommage 
rendu  à  notre  langue  et  de  l'estime  témoignée  à  notre  Kcole. 

C'est  aussi  le  seul  point  que  jaie  cru  devoir  vous  signaler  dès  à 
présent;  le  programme  qui  aous  sera  très  j)r()(iiaiiieiiu'iil  adressé 
vous  fera  connaître  tous  les  détails  de  l'organisation  projetée. 

Veuillez  agréer,  monsieur  le  Président  et  cher  maître,  les  assu- 
rances de  mon  respectueux  dévouement. 

T.     llo.MULLli. 

M.  Héron  de  Villekosse  coiiiniuniquc  à  rAcadémie,  au  nom 
du  R.  P.  Delatlre,  un  fragment  d'inscription  récemment  décou- 
vert à  Djebba,  l'antique  Thi(jih;i  : 

«  Mon  confrère,  le  R.  P.  Ileurtehise  ,  à  qui  ion  doit  déjà  la 
découverte  de  l'antique  (jilliuni,  a  eu  la  bonne  fortune  de  trou- 
ver dans  les  ruines  de  Djebba  un  fragment  d'inscription  qui  donne 
le  nom  antique  de  cette  localité.  Elle  s'appelait  Thicjihn  Bure 
comme  Thimidu  Bure  et  Thuhursicum  Bure  qui  sont  des  villes 
anciennes,  voisines  lune  de  lautre.  Dans  ces  appellations,  Tad- 
jonction  de  Bure  devait  être  destinée  à  distinguer  des  localités 
portant  le  même  nom.  On  connaît  une  seconde  Thin^ida  et  un 
second  Thul)ursicum.  Il  y  avait  aussi  une  autre  Thiijiha^  suivant 
la  lecture  faite  par  M.  Gagnât  dun  texte  fort  nuililé  existant 
depuis  longtemps  dans  lllenchir  Hammam  Zouakra'. 

Le  texte  de  Djebba  a  été  tiouvé  dans  les  ruines  dun  moulin 
que  mon  confrère  croit  dépoque  byzantine.  II  est  gravé  sur  une 
sorte  de  linteau,  bloc  long  de  1  ■"  T.").  haut  de  (>'"  30  et  épais  de 
0'"  l.').  Voici  d'ailleurs  cette  inscriplion  : 


CONSTANTINO     VICTORE      AC     TR 

/////////////////////////////////////////////  ET      CONSTAN 
BB  CAES-S-FLORET-THIGIB-BVR  DEVOTA 


VOT 
X  X 


1.     Cf.  Tissol,  (jéo(jr:ij)hic  coiiijjurée  ilc  Ut  pruvinte  ruDutine  d'Afrique, 
t.  II,  p.  626. 


SÉANCE    DC    12    JUIN    1<)03  243 

«  Hauteur  des  lettres,  0'"  06  aux  deux  premières  lignes  et 
0'"  07  à  la  troisième.  A  droite  de  l'inscription,  un  compartiment 
renferme  peut-être  l'acclamation  VOTA'XX.  Cependant  la  lec- 
ture VOT  n'est  pas  certaine. 

«  L'extrémité  de  la  pierre  sur  une  longueur  de  0'"  20  qui 
devait  être  engagée  dans  la  construction  ne  porte  aucune  trace 
de  lettres. 

«  La  seconde  ligne  a  été  en  grande  partie  martelée. 

«  A  la  troisième  ligne,  le  B  dans  BVR  est  à  peu  près  entière- 
ment effacé.  Les  autres  lettres  sont  absolument  certaines. 

«  Il  n'est  donc  pas  douteux  que  le  nom  antique  de  Djebba 
était  Thicjiha  Bure ,  et  mon  confrère  me  fait  remarquer  que 
Djebba  s'écrit  en  arabe  Decljehha,  mot  renfermant  un  clal  et  un 
djiin  qui  sont  deux  consonnes  incompatibles,  preuve  de  plus  que 
le  nom  actuel  est  d'origine  antique.  Il  a  conservé  presque 
intacte  sa  forme  primitive.  » 

M.  Héron  de  Villefosse  fait  observer  que  le  village  arabe  de 
Djebba  avait  déjà  fourni  une  inscription  intéressante,  relevée 
jadis  par  l'ingénieur  Daux  et  dont  la  copie  fut  retrouvée  dans  les 
papiers  de  L.  Renier  {Corp.  inscr.  lat.,  MIL  15445)  ;  mais  on 
ignorait  le  nom  antique  de  Djebba.  Grâce  à  la  nouvelle  décou- 
verte du  P.  Heurtebise,  on  le  connaît  maintenant.  Il  résulte  de 
cette  découverte  que  trois  points  antiques  situés  sur  le  versant 
nord  du  Djebel  Gorra,  à  une  faible  distance  les  uns  des  autres, 
et  placés  sur  une  même  ligne  en  se  dirigeant  de  l'est  à  l'ouest, 
s'appelaient  Thuhursicum  Bure,  Thimida  Bure  et  Thigiba 
Bure.  Il  semble  probable  que  le  surnom  de  Bure  doit  être 
une  expression  géographique  antérieure  à  l'époque  romaine  et 
servant  à  désigner  la  région  dans  laquelle  sont  situées  les  trois 
localités.  Il  faut  certainement  chercher  l'explication  du  mot 
Bure  dans  le  langage  punique. 

Le   fragment  appartient    à   une   inscription    en  l'honneur  de 

Constantin  le  Grand  :  Constantino  victore  ac  lr\iumphatore 

semper  Aucj[usio)]^ 

A  la  ligne  3,  les  points  placés  dans  les  mots  [no]*BB  CAES'S 
remplacent  vraisemblablement  des  lettres  martelées  ;  la  pierre 
devait  porter  primitivement  /io/;BB  CAES-^S.  Les  trois  Césars, 


244 


SÉANCE    DL     12    JUIN     1903 


fils  de  Constantin,  devaient  être  mentionnés,  Crispus,  Constantin 

le  jeune  et  Constance  :  [Crispo^  el  Conslan  lino  juniore  et 

Constante.  \\iYh^  le  meurtre  de  Crispus,  le  nom  de  ce  prince  fut 
martelé;  on  elFaça  en  même  temps  un  B  et  un  S  dans  chacun  des 
mots  indiqués  plus  haut;  on  remplaça  chacune  de  ces  lettres  par 
un  point.  Dans  cette  hypothèse,  l'inscription  aurait  été  f^ravée 
entre  les  années  323  et  326. 

Nous  ne  possédons  que  la  partie  droite  du  texte  :  on  y  ren- 
contre la  mention  des  vola  vicennalia  de  Constantin,  VOT'XX, 
dans  un  compartiment  séparé.  L'ouverture  de  la  vingtième  année 
du  règne  de  (Constantin  fut  célébrée  le  25  juillet  325  et  coïncida 
avec  la  tenue  du  concile  de  Nicée.  Il  devait  y  avoir  à  gauche  du 
texte  un  autre  compartiment  portant  une  mention  de  même 
nature,  comme  on  le  constate  notamment  sur  l'arc  de  Constantin 
à  Rome  [Corp.  inscr.  lat..,  \'l,  I  139)  et  sur  deux  inscriptions  de 
Sétif  [Ibid.,  Mil,  8477  et  8478). 

M.  Cagnat  fait  observer  que  dans  l'inscription  qu'il  a  copiée 
autrefois  et  qui  est  une  épitaphe,  on  lit  : 

Gimnia  te  genuit,   tenet    Thigihha  sepultuni. 

On  en  avait  conclu  que  la  ruine  où  Tépitaphe  a  été  découverte 
était  Thicjihha.  Il  serait  possible,  étant  donnée  la  trouvaille  du 
P.  Ileurtebise,  que  cette  ruine  fût,  au  contraire,  Gimma,  et  (jue 
le  personnage  eût  été  enterré  à  Djebba.  I.e  tombeau  où  se  lisait 
répita[)he  aurait  été,  dans  ce  cas,  un  cénotaphe,  ou  un  tombeau 
de  famille  sur  lequel  on  aurait  tenu  à  relater  son  nom. 


M.  Senart,  au  nom  de  la  Commission  du  Prix  ordinaire,  dont 
le  sujet  mis  au  concours  était  VEtude  d'une  période  de  l'his- 
toire de  l Indo-Chine,  annonce  que  la  Commission  a  décerné  le 
prix  au  mémoire  adressé  à  ce  concours  sous  la  devise  «  Seras  et 
Indos  ». 

Le  Priîsiukn  r  ouvre  le  pli  cacheté  qui  accomjiagnail  le  mémoire 
et  fait  connaître  que  l'auteur  est  M.  L.  Cadière,  de  la  Société  des 
Missions  étrangères  de  Paris. 

M.  Senart  fait  connaître  ensuite  (|iif  la  Commission  du  prix 
Stanislas  Julien  a  décerné  Ir  prix  a    M.  Mauiicc   Courant,  pour 


SÉANCE   DU    12   JUIN    1903  245 

son  Catalogue  des  livres  chinois,  coréens,  Japonais,  etc.  de  la 
Bibliothèque  nationale. 

M.  Bougiii'l-Leclercq,  au  nom  de  la  Commission  du  prix 
Bordin,  dont  le  sujet  mis  au  concours  était  :  Quels  ont  été  les 
sentiments  des  Romains  et  leurs  principes  de  gouvernement  à 
regard  des  Grecs  pendant  la  période  républicaine,  fait  le  rapport 
suivant  : 

«  La  Commission  a  décerné  le  prix  à  l'auteur  de  Tunique 
mémoire  présenté  au  concours  et  portant  la  devise  :  Furor  est, 
si  alienigenae  homines,  plus  lingua  et  moribus  et  legibus  quam 
maris  ierrarumque  spatio  discreti ,  hnec  tenuerint,  sperare 
quidquam  eodem  statu  mansurum  (Liv.  XXXI,  29j.  » 

Le  Président  ouvre  le  pli  cacheté  qui  accompagnait  le  mémoire 
et  y  lit  le  nom  de  M.  Colin,  ancien  membre  de  ll'^cole  française 
d'Athènes. 

M.  Ph.  Berger,  au  nom  de  la  Commission  des  prix  Bordin 
(Orient)  et  Saintour  (Orient),  lit  le  rapport  suivant  sur  les  deux 
concours  : 

(f  La  Commission,  dit-il,  s'est  trouvée  en  présence  d'un  con- 
cours remarquable  par  le  nombre  et  la  valeur  des  ouvrages  pré- 
sentés. Non  seulement  elle  a  dû  écarter  des  ouvrages  qui,  en 
d'autres  années ,  eussent  été  certainement  récompensés ,  mais 
elle  a  dû  n'accorder  que  des  récompenses  bien  faibles  à  des 
ouvrages  qui  représentaient  un  grand  effort  de  pensée  et  de 
travail.  » 

La  Commission  a  décidé  d'attribuer  : 

1°  Sur  le  prix  Bordin  : 

1.200  francs  à  M.  Guidi  pour  son  ouvrage  intitulé  Vocabolario 
amarico-italiano  ; 

1.000  francs  à  M.  Dussaud  pour  son  Histoire  et  reliqion  des 
Nosairis  ;  1 .000  francs  à  MM.  Dussaud  et  Macler  pour  leur  publi- 
cation intitulée  Voyage  archéologique  au  Safâ; 

800  francs  aux  Missionnaires  catholiques  du  Thibet  pour  leur 
Dictionnaire  Ihibétain-latin-français . 

1903.  17 


2t6  SÉANCE  Di:   12  Jii.N    1903 

Le  Prksident  donne  acte  à  ces  diverses  Commissions  de  prix 
des  conclusions  de  leurs  rapports. 

M.  Paul  jVIever,  au  nom  de  la  Commission  du  prix  Gobert, 
annonce  que  la  Commission  présente  pour  le  [)remier  prix  M.  G. 
Dupont-Ferrier,  pour  son  ouvrage  intitulé  :  Les  officiers  royaux 
des  hnilliarfes  el  sénéchaussées  et  les  insliln Inms  nuimu-chujues 
locales  en  France  à  la  fin  du  moijcn  âge,  el  pimi-  le  second  prix 
M.  Eugène  Déprez,  pour  son  volume  sur  Les  préliminaires  de  la, 
guerre  de  Cent  ans.  —  La  Papauté,  la  France  et  V Angleterre 
{1328-1342). 

La  discussion  et  le  vote  auront  lieu  dans  la  prochaine  séance. 

M.  Lugène  Revilloutlil  un  mémoire  sur  de  nouveaux  Evangiles 
apocryphes. 

Va\  dehors  des  Evangiles  selon  les  Hébreux  et  selon  les  l^gyp- 
ticns,  cahjués  sur  ceux  de  saint  Matthieu  et  de  saint  ^L^rc,  et 
dont,  pour  le  dernier  du  moins,  (juelques  fragments  probables 
nous  sont  récemment  parvenus,  rien  n'était  mieux  connu  par  les 
Pères  des  cinq  premiers  siècles  ([ue  les  Iwangilcs  de  saint 
Pierre,  des  XII  Apôtres  et  de  saint  Barthélémy.  M.  Bouriant  a 
retrouvé,  il  y  a  quelques  années,  dans  un  niaiiuscril  grec  (que 
Wessely  date  du  temps  de  Diocléticn  ou  de  Constantin"),  un  frag- 
ment important  de  ri-.vangile  de  saint  Pierre  (|ui  il  semblait 
l'ignorer)  avait  été  cité  par  Origène,  par  Théodoret.  etc.  Quant 
aux  Evangiles  des  XII  .\pôtres  et  de  saint  Barthélémy,  le  premier 
avait  été  cité  par  Origène,  par  saint  .\mbroise  et  par  saint 
Jérôme,  et  le  second  par  saint  Jérôme,  par  Bède  et  par  le  pape 
Gélase,  qui  le  condamne.  M.  Révillout  vient  de  trouver  dans  des 
manuscrits  coptes  trois  fragnienls  très  iinporlanls  de  ce  dernier 
Evangile  ,  donl  raulcnr  pnHcmhi .  l'apôtre  Barthélémy,  se  nomme 
expressément  à  la  première  personne,  comme  saint  Pierre  dans 
ri'^vangile  ipii  porte  son  nom.  Il  a  retrouvé  également  dans  des 
manuscrits  copies  plusieurs  fragments  très  importants  d'un 
autre  texte,  dont  les  j)remiers  morceaux,  se  reliant  à  ceux-ci, 
avaient  été  découverts  el  publiés  par  lui  en  LST,")  dans  ses  .Apo- 
cryphes coptes  du  Nouveau  Testament.  Sainl  Pierre  el  saint 
Barlhélemv  y   sont    lonjours    indKjues  à  la    Iroisième  personne. 


SÉANCE    UU    12   JLIN    1903  2i 


i  / 


Nous  navoiis  doue  pas  allaire  à  lÉvangile  de  saint  Pierre  ou  à 
celui  de  saint  Barthélémy,  et  tout  nous  prouve  qu'il  s'ag-it  dans  ce 
document  du  troisième  Evangile  apocryphe,  cité  par  les  Pères, 
c'est-à-dire  de  celui  des  XII  Apôtres. 

L'auteur,  qui  parle  aussi  parfois  à  la  première  personne,  tout 
en  nommant  chacun  des  apôtres  à  la  troisième,  et  qui  cite  lui- 
même  les  Evangiles  canoniques,  était  censé  avoir  recueilli  de  la 
bouche  des  divers  Apôtres  les  traditions  transmises  par  lui. 

M.  Révillout  fait  à  l'Académie  un  résumé  des  renseignements 
prétendus  historiques,  très  curieux,  y  contenus  sur  le  Christ,  que 
Tibère  voulait  nommer  roi  à  la  suite  d'un  rapport  de  Carius  (l'un 
de  ses  agents),  et  d'une  mission  de  l'apôtre  saint  Jean  à  Rome,  etc. 
Il  analyse  aussi  l'Evangile  de  saint  Barthélémy,  distinguant 
toujours  expressément  Marie  la  Silencieuse,  sœur  de  Marthe  et 
de  Lazare,  de  Marie-Madeleine. 

Les  Évangiles  de  saint  Pierre,  de  saint  Barthélémy  et  des 
XII  Apôtres  sont  les  seuls  apocryphes  jusqu'ici  connus,  d'ailleurs, 
qui  aient  le  même  plan  historique  que  les  l']vangiles  canoniques 
auxquels  ils  sont  parallèles.  Ceux  qui  avaient  été  publiés  par 
Tischendorf,  à  l'exception  (pour  une  période  bien  déterminée) 
des  Gesta.  Pilati,  n'étaient  que  des  Evangiles  de  l'enfance  ou  des 
Vies  de  la  Vierge,  de  saint  Joseph,  etc. 

M.  Révillout  a  retrouvé,  de  plus,  d'autres  fragments  analogues, 
assez  étendus,  dont  la  provenance  primitive  est  plus  douteuse. 
L'un,  peut-être  extrait  aussi  de  l'Evangile  de  saint  Barthélémy, 
nous  apprend  que  si  Jésus  trouva  Judas  aux  enfers,  c'est  que  ce 
dernier  savait  qu'en  y  passant  le  Sauveur  devait  emmener  tous 
les  morts  à  sa  suite.  Aussi  n'avait-il  pas  hésité  à  se  tuer  pour 
bénéficier  de  ce  privilège,  espérance  qui,  selon  l'Évangile  de 
saint  Barthélémy,  fut  déçue,  puisque  Jésus  emmenant  tous  les 
morts,  laissa  cependant  à  Lucifer  Caïn,  Judas  et  Hérode.  Un 
autre  nous  décrit  la  cène  célébrée  par  Jésus  et  par  les  Apôtres, 
et  pendant  laquelle  Thomas  lui  dit  que  les  juifs  voulaient  l'étran- 
gler comme  le  coq  alors  servi  sur  la  table.  Jésus  ressuscita  ce  coq 
qui  devait  chanter  trois  fois  cette  nuit- là  pour  rappeler  saint 
Pierre  au  repentir. 

Un  autre  intercale  au  milieu  du  récit  de  la  Passion  un  épisode 
singulier.  C'est   à  propos  de  Judas   qui   reçut   les  trente   pièces 


248  SÉANCE   Dr    12   JUIN    lîlO.'i 

frart,''ent  des  j^ninds-prétres.  On  iioup  dil  alors  que  la  femme  de 
Judas  était  nourrice  d'un  fils  de  Joseph  d'Arimathie.  Cet  enfant 
de  sept  mois  refusa  de  se  laisser  approcher  par  elle  en  la  traitant 
de  bête  féroce,  parce  que,  disait-il,  ces  g^ens-là  avaient  reçu  le 
prix  du  sang  innocent. 

Plus  curieuses  assurément  sont  d'autres  pages,  malheureusement 
très  fragmentées  et  qui  nous  peignent  Pilale  faisant  l'ofTice  déjuge 
d'instruction  à  propos  du  fait  de  la  Résurrection  du  Christ.  Ces 
pages  font  suite,  pour  ainsi  dire,  au  chapitre  xni  des  Gesta 
Pihih ,  c'est-à-dire  de  cet  apocryphe  célèbre  sans  cesse  cité 
comme  authentique  par  les  Pères  du  second,  du  troisième  et  du 
quatrième  siècle,  et  qui  (ïisclu'ndoit'  la  démontré)  constitue  les 
seize  premiers  chapitres  de  ce  quon  a  nommé  depuis  l'Kvangile 
de  Nicodème. 

A  la  lin  du  chapitre  xni,  il  était  dit  que  les  juifs  avaient  donné 
de  l'argent  aux  soldats  gardiens  du  tombeau  pour  dire  c|ue  les 
Apotrcs  avaient  enlevé  le  corps  de  Jésus.  Notre  apocryphe, 
dont  le  style  se  rapproche  beaucoup  de  celui  des  Gesta  Pilnli, 
raconte  que  Pilate,  voulant  s'informer  de  la  chose,  interrogea  avec 
beaucoup  d'habileté  les  soldats  les  uns  après  les  autres,  en  obtint 
des  renseignements  contradictoires  prouvant  leur  mensonge , 
alla  ensuite  expertiser  sur  les  lieux  avec  les  ennemis  du  Christ  et 
les  disciples.  11  eut  aussi  les  aveux  d'un  centurion  qui  avait 
assisté  à  la  Résurrection  et  auiiuel  il  conseilla  de  coid'esser  la 
vérité  sans  craindre  les  juifs.  Il  est  désormais  pleinement  con- 
vaincu, baise  les  linceuls  trouvés  dans  le  tombeau,  et  se  remé- 
more les  paroles  de  celui  quil  avait  condamné.  Aussi,  quand  les 
juifs  prétendent  que  le  corps  du  Sauveur  est  celui  qu'on  vient 
de  trouver  dans  un  puits  voisin,  il  s"y  rend,  fait  observer  <(ue  ce 
corps  (celui  d'un  des  deux  larrons)  était  encore  environné  de  ses 
bandelettes  et,  comme  les  prêtres  insistent,  il  ajoute  :  «  i''h  bien  I 
remelte/.-le  dans  le  tond^eau  !  »  Il  comptait,  en  elTet,  sur  un 
miracle. annoncé  par  Jésus,  lui  disant  :  «  Les  morts  ressusciteront 
dans  mon  tombeau.  » 

La  suite  de  cet  apocryphe,  attribué  expressément  à  (lamaliel, 
préteiidiiiil  a\oir  assisté  à  tout,  nous  manfjue  malheureusement. 

A   un    Lvangiic   de  leufance   encore  inconnu   a|iparliciit  sans 
doute  le  récit  des  aventures  de  Salonié.  Ces  aventures  sont  peu 


SÉANCE  DU  12  JUIN   1903  249 

édiliantes.  Salonié  paraît  dailleurs  avoir  joui  d'une  mauvaise 
réputation.  Le  plus  important  des  fragments  de  l'Évangile  selon 
les  Égyptiens  qui  nous  ait  été  cité  par  les  Pères,  est  justement 
relatif  à  une  conversation  entre  le  Christ  et  Salomé.  Salomé 
demande  au  Sauveur  :  «  Jusqu'à  quand  les  hommes  mourront-ils?  » 
Jésus  répondit  :  «  Tant  que  vous  autres  femmes  produirez  des 
enfants.  »  «J'ai  donc  bien  fait  de  n'avoir  point  d'enfants  »,  réplique 
Salomé.  Mais  Jésus  lui  dit  :  «  Nourrissez-vous  de  toutes  sortes 
d'herbes,  à  l'exception  de  celle  qui  est  amère.  »  Or,  l'herbe  qui 
est  amère  est  le  péché,  selon  tous  les  interprètes,  et  le  Sauveur 
reprochait  à  Salomé  sa  mauvaise  conduite  antérieure. 

Selon  notre  apocryphe,  Salomé  était  une  demi-mondaine  très 
connue,  qui  avait  autrefois  acquis  une  grande  fortune.  Le  saint 
vieillard  Siméon,  qui  bénit  le  Christ  à  sa  naissance,  était  allé 
alors  la  trouver  comme  si  la  réputation  de  sa  beauté  l'avait  attiré. 
Salomé  très  émue  croit  le  reconnaître  sans  en  être  certaine.  Sur 
sa  demande,  elle  l'emmène  dans  des  chambres  de  plus  en  plus 
secrètes,  pour  éviter  de  le  compromettre.  Enfin,  il  s'ouvre  à  elle 
de  ses  intentions  et  lînit  par  la  convertir,  l^lle  abandonna  alors 
sa  maison  et  ses  richesses.  Il  la  baptise  au  nom  de  la  Sainte 
Trinité,  qui  lui  a  été  révélée  sur  le  Jourdain,  que  le  Christ  devait 
plus  tard  visiter,  il  le  sait.  Salomé  se  retire  à  Bethléem  où  elle 
construit  des  lieux  de  refuge  pour  y  servir  les  voyageurs.  C'est 
là  que  viennent  plus  tard  Joseph  et  Marie.  Sur  la  demande  de 
Joseph,  Salomé  va  chercher  une  sage-femme  (comme  dans  le 
proto-évangile  de  saint  Jacques).  La  sage-femme  et  elle  devaient, 
d'après  le  dernier  texte,  assister  au  miracle  qui  lui  montra,  ainsi 
qu'à  Salomé,  en  Jésus  le  Fils  de  Dieu. 

«  Nous  avons  enfin,  conclut  M.  Revillout.  de  nouveaux  frag- 
ments relatifs  à  la  vie  de  saint  Jean-Baptiste,  à  la  vie  de  la 
\'ierge,  à  son  Assomption  miraculeuse,  à  la  vie  de  saint  Joseph 
et  à  celles  des  divers  Apôtres. 

<'  Ces  fragments  se  rapprochent  beaucoup,  comme  genre,  de 
ceux  que  nous  avions  rapportés  de  notre  mission  d'Italie  (1872- 
187.3)  et  publiés  en  partie  dans  notre  volume  d'Apocrvphes.  Nous 
aurions  une  foule  de  remarques  à  faire  sur  la  collection  nouvelle 
d'apocryphes  récemment  étudiés  par  nous.  Mais  ce  que  nous 
avons  dit   suffit  pour  en   donner  une    idée  sommaire,    et  nous 


2o0  sÉA.NCK  Di    I!)  niy   1903 

complons  bientôt  tout  faire  paraître  dans  le  g-ros  volume  que 
nous  préparons  et  qui  comprendra  la  lotalilé  des  documents 
coptes  de  ce  genre.  » 

M.  ForcAHT  commence  la  seconde  lecture  d'un  mémoire  sur  le 
culte  de  Dionysos  en  Atlique.  Après  avoir  indiqué  quelle  fut  la 
nature  de  ce  dieu  en  Thrace  et  à  Thèbes,  il  montre  que  les 
Athéniens  connurent  le  culte  de  Dionysos  dès  le  temps  de  leurs 
premiers  rois.  A  l^leusis,  il  fui  associé  à  Déméter  dès  l'origine, 
comme  l'inventeur  et  le  protecteur  de  ragricullure  ;  diirérent  du 
Dionysos  tliéhain  et  d'Iacchos,  il  forme  avec  la  déesse  un  couple 
(jui  semble  reproduire  celui  d'Isis  et  d'Osiris.  De  même  que  leurs 
modèles  égyptiens,  Dionysos  et  Déméter  sont  en  même  temps 
les  dieux  des  morts  et  les  maîtres  des  régions  souterraines  où 
rhomme  descend  après  la  mort. 


LI\  r,i:S    OFFERTS 


Le  SEciiKTAUti-:  pehpéti  el  oITre  à  l'Académie  : 

i"  An  nom  de  la  Société  archéol()gi(|ue  du  (lé|)arl("mt'iil  lic  Constan- 
tine,  une  pidjlicalion  intitulée  :  Souvenir  du  <li)i/u;inli'nnirc  ; 

2*"  Au  iiiiin  (le  M.  A.  Planchemiult ,  arcliivisle-paléogi-aphe ,  le 
Curlulaire  (ht  chiipUrc  de  S;iinl-L;iutl  iI'Anjji'ra  Angers,  l',IO:{,  2  vol. 
iii-lS":. 


SÉANCE    \)V    W)   JUIN 


Le  Pui.snn^.NT  annonce  la  mort  tle  M.  t^iiarles  de  draudmaison, 
correspondant  de  l'Académie,  décédé  à  Tours  le  I(i  juin.  M.  de 
Grandmaison  était  correspondant  depuis  ISUl'.  Ses  principaux 
ouvrages   sont    le    f.ihcr   de  srrris  (les  serfs  de   Marmouliers)  ; 


SEANCE    DU 


19  JUIN   1903  251 


une  Etude  sur  r/u'sfoire  des  arts  en  Tournine  au  XV*^  et  au 
XVI'^  siècle;  Classement  des  Archives  d'Indre-et-Loire,  o  vol. 
d'inventaires  (1878-1891). 

M.  Glermont-Gaxneau  présente  trois  inscriptions  grecques, 
gravées  sur  plaques  de  marbre,  qui,  découvertes  par  lui  en  1870 
à  Gaza,  avaient  été  depuis  transportées  subrepticement  à  Tyr. 
Avec  l'autorisation  de  l'Académie,  et,  grâce  au  petit  crédit  spé- 
cial dont  elle  dispose  depuis  quelques  années  pour  ce  genre 
d'opérations,  crédit  qu'il  serait  bien  désirable  de  voir  augmenter, 
il  a  réussi  à  les  acquérir  par  l'obligeante  entremise  du  P.  Paul 
de  Saint-Aignan  et  à  les  faire  venir  à  Paris.  Il  exprime  le  vœu 
qu'elles  soient  mises  à  la  disposition  du  Louvre  moyennant  le 
remboursement  des  frais  supportés  par  l'Académie,  ainsi  qu'il  a 
déjà  été  procédé,  dans  des  circonstances  analogues,  pour  d'autres 
monuments.  Ce  sont  trois  épitaphes  datées,  dont  l'une  présente 
un  intérêt  considérable  pour  la  chronologie  antique  ;  elle  nous 
permet,  en  effet,  de  déterminer  avec  la  plus  entière  précision  le 
point  de  départ  de  l'ère  de  Gaza  qui,  comme  l'a  établi  M.  Clermont- 
Ganneau',  doit  être  fixé  au  28  octobre  de  l'an  61  avant  Jésus- 
Christ.  Ces  documents  nous  font,  en  outre,  connaître  dans  tous 
ses  détails  le  calendrier  de  Gaza,  qui  était  modelé  sur  le  calen- 
drier égvptien,  avec  l'intercalation  des  cinq  jours  épagomènes, 
ou  complémentaires,  entre  le  23  et  le  29  août  (x^  et  xi'^  mois, 
Lôos  et  Gorpiaeos). 

Sur  l'avis  de  M.  Heuzey,  l'Académie  approuve  le  prélèvement, 
sur  les  fonds  destinés  à  cet  usage,  d'une  somme  de  68  francs 
pour  l'achat  de  ces  trois  pièces  qui  seront  rétrocédées  au  Louvre, 
moyennant  le  remboursement  du  prix  de  l'acquisition  et  des 
frais  de  transport. 


1.  Clermont-Ganneau ,  Archaeological  Researches  in  Palestine,  t.  II, 
p.  424  et  suiv.  Les  trois  inscriptions  en  question  y  sont  publiées  aux  p.  401, 
n"  2,  p.  410.  n°  13,  et  p.  411,  n°  15;  les  dates  des  deux  dernières  corres- 
pondent respectivement  au  16  octobre  505,  et  au  5  juin  563  de  notre  ère; 
c'est  cette  dernière  (ainsi  libellée  :  "  le  11  du  mois  de  Daesios,  l'an  623, 
selon  le  compiil  de  Gaza,  XI"  indiction  »]  qui  a  fourni  la  donnée  fondamen- 
tale pour  la  détermination  de  l'ère  de  Gaza. 


252  SÉANCE   DU    19   JllN    1903 

Le  Président  annonce  les  résolutions  que  rAcadémie  vient  de 
prendre  en  comité  secret. 

L  Académie  a  accordé  : 

l''  Sur  les  revenus  de  la  Fondation  Piot  : 

Une  somme  de  1.000  francs  à  M.  Degrand  pour  subventionner 
ses  fouilles  dans  le  tumulus  de  Costievo,  près  de  Philippopoli; 

Une  somme  de  "200  francs  à  ^U  Bertaux  pour  faire  exécuter 
les  photog:raphies  d'un  manuscrit  de  la  Bibliothèque  royale  de 
Naples,  attribué  à  Charles  VIIL 

2"  Sur  les  revenus  de  la  fondation  Benoît  Garnier  : 

Une  somme  de  2.000  francs  à  M.  l'huile  Gautier  pour  sa  mis- 
sion dans  le  Touat,  le  Gourara  et  le  Sahara  central,  alin  de  rele- 
ver dans  ces  réglions  les  monuments  épigraphiques  qui  y  ont  été 
signalés  dans  ces  derniers  temps. 

Le  Président  annonce  enfin  que  la  Commission  du  prix  Allier 
de  Hauteroche  (numismatique  ancienne)  a  décerné,  cette  année, 
le  prix  à  M.  Jules  Maurice,  pour  Tensemble  de  ses  travaux  sur  les 
émissions  monétaires  de  l'Empire  romain  pendant  la  période 
constantinienne. 

L'Académie  procède  au  vole  sur  les  conclusions  du  rapport  de 
la  Commission  du  prix  Goberl. 

Pour  le  premier  prix,  M.  Dupont-Ferrier  obtient  35  suffrages; 
M.  Godefroy,  1 . 

En  conséquence,  le  premier  prix  Gobert  estdécerné  à  ^L  Dupont- 
Ferrier,  pour  son  ouvrage  intitulé  :  Les  officiers  royaux  des 
bailliages  el.  sénéchaussées  et  les  iiistilutious  monarchiques  locales 
en  France  à  la  fin  du  moyen  âç/e. 

Pour  le  second  prix,  M.  Dépre/.  obtient  23  sulfrages  ;  .M.  Kleiu- 
clausz,  9;  il  y  a  4  bulletins  blancs. 

En  conséquence,  le  second  prix  Gobert  est  décerné  à  M.  Eugène 
Déprez,  pour  ses  Préliminaires  de  la  guerre  de  Cent  ans. 

M.  Pb.  Bkkger  commence  la  lecture  duii  mémoire  sur  la 
mission  de  M.  Perdri/.et  à  Sidon. 

\L  Perdrizet  a  étudié  sur  place  toutes  les  questions  se  rappor- 
tant à  remplacement  et  à  larchitecture  du  temi)le  dEsnioun, 
ainsi  qu'à  la  découverte  des  inscriptions  de  fondation.  Il  a  réussi 


LIVRES    OFFERTS  253 

à  se  procurer  trois  nouvelles  de  ces  inscriptions,  dont  deux  sont 
les  deux  parties  de  l'inscription  que  M.  Berger  avait  déjà  publiée 
sous  le  n°  i  d'après  un  estampage  défectueux. 

M.  Berger  présente  à  l'Académie  une  des  inscriptions  rappor- 
tées de  Sidon  par  M.  Perdrizet,  et  il  montre  sur  la  pierre  elle- 
même  les  signes  qui  permettent  d'en  affirmer  l'authenticité.  Il 
montre  enfui,  comme  objet  de  comparaison,  une  inscription 
fausse  qui  vient  du  même  endroit  et  il  fait  ressortir  les  profondes 
différences  des  deux  monuments. 

M.  FoucART  continue  la  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur  le 
culte  de  Dionysos  en  Attique. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  présente  : 

1°  Au  nom  de  M.  Oppert,  l'une  de  ses  premières  publications, 
Imprimée  en  1847  :  Das  Lautsystem  des  Altpersischen  (Berlin,  1847, 
in-8"),  et  L'année  de  Méton  (Paris,  1903,  in-8°;  extr.  de  la  Revue  des 
études  grecques)  ; 

2°  Au  nom  de  M.  Omont  :  Discours  prononcé  à  la  séance  générale 
du  Congrès  des  Sociétés  savantes  à  Bordeaux,  le  samedi  1S  avril  1903 
(Paris,  1903,  in-8°). 


SÉANCE    DU    26    JUIN 


An  nom  de  la  (jonimission  tle  la  l'ondaliou  JjciioîI  (ianiier. 
M.  IIamv  annonce  que  le  capitaine  Lenlanl  va  parlir  dans  une 
quinzaine  de  jours  pour  sa  mission.  Il  a  donné  à  son  canot  en 
fer,  qu'il  a  l'ait  construire  à  cet  elFel ,  le  nom  de  «  Benoît 
Garnier  ».  C'est  avec  une  partie  des  fonds  du  legs  Garnicr  quil 
a  été  construit.  Le  canot,  partant  de  Hezons ,  va  descendre  la 
Seine  pour  remonter  ensuite  le  Niger. 

M.  FoucART  continue  la  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur 
le  culte  de  Dionysos  en  Attique. 

M.  Philippe  Bkrger  cède  la  parole  à  M.  Perdrizet,  présent  à 
la  séance,  pour  rendre  compte  lui-même  de  sa  mission. 

M.  Perdrizet  rend  compte  de  la  mission  que  lui  avait  confiée 
l'Académie  et  qui  avait  pour  objet  l'étude  du  sanctuaire 
d'Echmoun,  près  Sidon.  Ce  sanctuaire  consistait  en  une  grande 
enceinte,  en  blocs  énormes,  qui  est  toujours  restée  apparente; 
elle  a  été  signalée  pour  la  première  fois  par  Gaillardot.  Les 
inscriptions  phéniciennes  au  nom  du  roi  Bodachtoret  qu'on  a 
trouvées  dans  les  fondations  sont  au  nombre  de  sept;  quatre  sont 
au  L()u\ie,  deux  au  musée  Ottoman,  une  à  IT  niversité  presby- 
térienne de  Beyrouth,  Le  sanctuaire  d'Echmoun,  dédié  dans  la 
première  moitié  iln  i\''  siècle,  fui  probablement  détruit  par 
Artaxerxès  en  348. 

L'Académie  procède  à  la  nomination  dune  commission  qui 
sera  chargée  de  vérifier  les  comptes  des  recettes  et  dépenses  de 
l'Académie  pendant  l'année  1902. 

i^iiiit  <lésitrnés  :  MM.  Scmlu.mberger  et  Longnon. 


■n' 


M.  \'ictor  Bérard  communique  à  l'Académie,  au  nom  de  M.  le 
professeur  llalblierr,  l'empii-iiile  d  un  sceau  égy])lien  ti-ouvé  dans 


SÉANCE  DU  26  JUIN  1903  2oo 

les  fouilles  d'Ha^ia  Triacla ,  près  de  Phaistos  (Crète).  Ce  sceau 
provient  des  ruines  d"un  tombeau  à  coupole.  Il  semble  avoir  fait 
partie  d'un  collier  d'or  dont  les  pendeloques  (lions  accroupis  et 
tètes  de  taureau)  sont  tout  semblables  ou  même  identiques  à 
celles  d'un  collier  trouvé  à  Mycènes  (vi''  tombeau).  Ce  sceau 
porte  le  nom  de  la  »  femme  royale  Tii  »,  femme  d'Aménophis  III. 
On  sait  que  les  fouilles  de  Mycènes  avaient  déjà  livré  un  scarabée 
de  la  même  reine  Tii  et  des  cartouches  du  même  Aménophis  III. 
Voilà  donc  une  date  de  concordance  entre  les  civilisations  de  la 
Crète  et  de  Mycènes.  Cette  date  nous  reporte  au  xv"^  siècle  avant 
J.-C.  :  c'est  exactement  la  date  que  nous  donne  la  Chronique 
de  Paros  pour  l'arrivée  en  Grèce  des  Kekrops,  Danaos,  Kadmos 
et  autres  colons  égypto-phéniciens. 

M.  E.Cartailhac,  correspondant  de  l'Institut,  fait  en  son  nom  et 
au  nom  de  M.  l'abbé  Breuil  une  communication  sur  les  peintures 
de  la  grotte  d'Altamira  près  Santander  (Espagne). 

Ces  peintures  couvrent  les  parois  et  le  plafond  de  la  grotte  ;  ce 
sont  des  figures  noires  d'animaux  et  de  signes  inintelligibles,  les 
premières  tracées  ;  puis  des  figures  triangulaires,  scaliformes,  et 
des    animaux    peints  en   rouge    plat  ;    par-dessus    cette   double 
couche,  de  nombreux  graffites,  figurant  des  cerfs,  biches,  huttes 
et  bonshommes  ont  été  légèrement  gravés;   enfin  une   dernière 
couche  de  peinture  a  été  pratiquée,  très  supérieure  aux  précé- 
dentes par  la  valeur  et  les  dimensions  des  animaux  représentés 
(sangliers,  biche,  cheval,  bisons);  ils  atteignent  2""  20,  et  sont  en 
rouge   et  noir.   Les  attitudes  sont  si  bien  saisies ,  ainsi  que  le 
modelé,  que  cela  suppose  des  artistes  à  culture  approfondie,  et 
dont  la  technique  s'était  peu  à  peu  améliorée.  L'identité  de  ces 
œuvres  d'art  avec  celles  des  grottes  françaises  est  absolue  ;  c'est 
l'œuvre  d'une  même  école  d'art,  obéissant  aux  mêmes  préoccupa- 
tions, suivant  des  coutumes  identiques.  Une  semblable  unité  et 
de  telles  coutumes  sont  si  frappantes  qu'il  faut  admettre  qu'elles 
étaient  le  résultat  de  pratiques  religieuses,  qui  nous  donneraient 
aussi  l'explication   de  ce   fait  que  seuls  certains  animaux,  tous 
comestibles,  ont  été  figurés  à  l'exclusion  de  tous  les  autres  ^ 

J ,  ^'oi^  ci-après. 


2:wi 


COMMI MCATION 


LKS   l'KiN  1 1  iii.s   l'itKiiisKMiKii  i:s   iii:   i.\   (;ii(»i  II':  i)'\i.i\MiitA 

A   s\Mii.i,A.\\     i;si'A(;M':j, 

><iir;   mi:   \i.   i.mii.i:  cAitiAii.iiAc,  (;mhui:si'()M)\m'  i»i;  r.' \": mikmiii, 

i;t    |)|;    m.    i."  muii-;    ii      i;i;i.i  il. 

Ln  ^lollc  d'Allimirn,  nu  snniincl  d'iino  cDllino  flo  ce  nom, 
prôs  Siiulillaiin  del  Mar,  j)roviiice  du  SauLaiidc-i',  l'ut  sifiï'nalée 
dôs  18S()  par  un  aiclK'olo^^uc  do  ce  pays.  M.  de  Sautuola, 
comme  rciircruiant  de  n()nd)rt'ux  dûhris  di;  cuisine  et  d'in- 
dustrie de  l'â^c  de  la  pierre,  et  des  p(;iiilures  en  rouge  et 
noir  li;^uraiil  dans  d  assez  <j;randes  dimensions  dlvei's  ani- 
maux, (les  peintures  élranges  étaieni  alors  uniques  en  leur 
f^'-enre,  leur  A^(!  n'était  pas  li.xé.  Les  Mnlrrimu  pnii/-  l'/iis^ 
/(lire  (le  I  lioiiiiiic  j)ul)lièi'ent  sur  cette  déeou\frle  \\\\  rapport 
iiumilieiix  de  M.  llarlt',  m^M'iiieiir  des  |)onts  et  chaussées, 
l'oil  au  eoii|-;iii|  de  l^ii-eln'olo^ie  pridiisl  ori([Ue  ,  et  (jui  avait 
l)ien  \()ulu  proliler  d  un  V(tya}^'-e  au  nord  de  l'ivsj^a^ne  pour 
pousscîr  jus(pi';i  la  j^'-rotte.  (lef  examen,  d'ailleurs  ra|)ide,  ne 
lui  pas  l'avoiaMe  ii  r.ill  rihui  ion  ;i  I  ;'i^;-e  de  |,i  pierre  de  ces 
peintures  souNcnt  très  |)eiTe(lioiiin''es,  très  Iraiclies  en 
apparence,  et  (prmic  lumière  artiliei(dle  assez,  vive  pouvait 
seule  éclairer  convenablement.  L'i'tude  de  cettt^  grotte  resta 
ainsi  su|)erli(ielle  et  incomplète.  Mais  dans  ees  dernières 
années,  <!t  dès  IS'.M»,  r;illenliou  lut  i  ;i|)ii('l(''c  sur  elle.  Des 
découvertes  (dl'ectuées  dans  jylusieurs  grottes  françaises, 
princi|)alemenl  |)ar  MM.  Mmile  llivière,  Daleau,  (lapitan  et 
par  nous-mêmes,  ont  di'inontré  (pie  roinementatioii  des 
cavernes  par  l.i  gravure  au  ti'ait  et  \)\\r  des  peinlures  en 
rouge  et  en  ninr,  a  ini  monii'nl  assez,  ancien  du  (pialeiMiaire 


LES    PEINTURES    DE    LA    GHOTTE    D  ALTAMIRA  2o  i 

et  de  l'âg-e  de  la  pierre,  était  un  fait  dont  il  importe  de 
rechercher  d  autres  exemples  et  d'étudier  avec  soin  tous  les 
aspects. 

Après  avoir  entendu  notre  communication  sur  la  grotte 
de  Marsoulas  (Haute-Garonne) ,  l'Académie  n'hésita  pas  à 
partager  cette  opinion  et  voulut  bien  nous  aider  à  pour- 
suivre ces  investigations. 

Quelques  semaines  après,  nous  nous  rendions  en  Espagne. 
L'examen  de  la  grotte  d'Altamira  exigea  un  mois  de  travail 
assidu.  Il  lui  fut  à  première  Aue  et,  grâce  à  notre  connais- 
sance des  autres  cavernes  ornées,  tout  à  fait  favorable.  Nos 
anciennes  objections,  celles  de  M.  Harlé  n'étaient  pas  sou- 
tenables;  et  M.  Harlé  lui-même,  retournant  pendant  les 
vacances  de  Pâques  à  Altamira,  vingt  ans  après  sa  première 
A-isite,  et  reconnaissant  enfin  l'ancienneté  des  peintures, 
adhérait  pleinement  à  nos  conclusions. 

La  région  appartient  au  calcaire  crétacé.  Son  aspect 
révèle  une  grande  circulation  souterraine  des  eaux.  Sur  de 
nombreux  points,  le  sol  a  des  ellbndrements  circulaires.  La 
grotte  est  entourée  de  semblables  dépressions  qui  révèlent 
des  grottes  écroulées.  Elle-même  est  le  type  parfait  de  cet 
accident.  On  marche  dans  plusieurs  galeries  sur  un  plafond 
tombé  dont  les  grandes  plaques  polygonales  sont  encore 
contiguës,  tandis  qu'une  assise  formant  voûte  est  craquelée 
et  soutenue  sur  de  vastes  largeurs  par  de  simples  pressions 
latérales.  La  ruine  sur  quelques  points  est  imminente,  et  la 
circulation  des  visiteurs  devient  de  jour  en  jour  plus  dan- 
gereuse. 

Une  série  d'amples  éboulements  a  ainsi  ouvert  la  première 
partie  de  la  caverne  sur  une  longueur  de  230  mètres.  Plus 
loin,  et  suivant  les  dislocations  préalables  de  la  roche, 
existent  des  galeries  étroites  et  surbaissées  dues  à  Laction 
des  courants.  L'une  d'elles  a  50  mètres  de  long. 

Les  traces  de  1  habitation  préhistorique  sont  considé- 
rables et  localisées  à  l'entrée.  L'homme  a  dû  fréquenter 


2o8  LES    PEINTURES    DE    LA    GROTTE    d'aLTAMIRA 

longtemps  et  longuement  cette  place.  Un  très  large  dépôt 
de  plus  d'un  mètre  d'épaisseur  couvre  le  sol  et  se  compose 
de  cendres  charbonneuses  pétries  de  coquilles  comestibles 
prises  à  la  mer  voisine  et  d'os  cassés.  A  ces  rebuts  de 
cuisine  sont  associés  abondamment  des  débris  d'objets 
ouvrés,  en  pierre  et  en  os. 

Des  portions  importantes  de  la  voûte  sont  tombées  de 
nos  jours  sur  ces  couches  irrégulières.  On  peut  reconnaître 
que  la  première  galerie  qui ,  dans  ces  parages ,  présente 
aujourd'hui  un  aspect  ruiné  et  menaçant,  était  pour  les 
anciens  hommes  un  vaste  souterrain  non  morcelé  où  pour- 
tant la  lumière  du  jour  ne  pouvait  porter  bien  loin. 

Une  partie  notable  du  plafond,  au  milieii  de  l'ébranlement 
général,  a  résisté  et  se  maintient  encore  sur  une  salle 
annexe  de  cette  galerie.  C'est  là  sur  une  surface  de  40  mètres 
de  long  sur  10  de  large  que  sont  accumulées  les  peintures 
polychromes  qui  avaient  attiré  l'attention  de  M.  de  Sautuola, 
et  dont  il  avait  publié  en  noir  une  petite  esquisse.  Notre 
enquête  nous  permet  d'assurer  que  plus  près  de  l'entrée  la 
voûte  était  également  peinte.  D'ailleurs  on  retrouve  dans 
les  galeries  qui  suivent,  et  juscju  au  fond  de  l'étroit  boyau 
qui  termine  la  caverne,  des  animaux  en  peintiu'e  noire, 
d'autres  gravés  au  trait  et  quantités  de  signes  singuliers. 

Les  signes  noirs  sont  distriliués  irrégulièrement  sur  les 
parois  de  droite  et  de  gauche  de  la  seconde  et  de  la  der- 
nière partie  du  souterrain.  Ils  sont  à  portée  de  la  main, 
mais  pas  toujours  aux  endroits  qui  s'aperçoivent  d'abord, 
ce  qui  permet  sans  doute  d'écarter  l'idée  que  ce  sont  des 
points  de  repère  pour  faciliter  la  circulation,  l^n  général 
plusieurs  traits  les  composent  et  leur  donnent  ([uekjue  ana- 
logie avec  des  caractères  d'écriture.  .Mais  ([uel([ue  simples 
qu'ils  soient,  réduits  à  deux  ou  trois  touches  ou  plus  com- 
[)li(jués.  ils  varient  sans  cesse,  on  n'en  \(Mt  pas  deux  si'iii- 
blables. 

Les  signes  [)urement   linéaires  font    place  quebiiu'fois   à 


LES    PEINTURES    DE    LA    GROTTE    d'aLTAMIRA  259 

des  fîg^ures  compliquées,  soit  à  des  silhouettes  d'animaux, 
bœufs,  chevaux,  poissons,  soit  à  des  imag-es  qui  ressemblent 
k  des  boucliers  ornés  de  dessins  variés. 

Quatre  signes  de  ce  genre,  mais  tout  à  fait  simples,  tels 
que  des  0  avec  deux  barres,  sont  au  plafond  d  une  anfrac- 
tuosité  étroite ,  haute ,  profonde  de  quelques  mètres  seule- 
ment, au  bout  de  la  première  galerie.  L'importance  mysté- 
rieuse de  ce  diverticule  est  affirmée  par  la  présence  d'autres 
signes  compliqués  et  les  seuls  qui  soient  tracés  en  rouge 
dans  les  galeries  profondes,  où  abondent  les  noirs.  A 
gauche ,  une  corniche  saillante  est  en  dessous  couverte  de 
bandes  étroites,  scaliformes,  qui  s'étalent  et  se  multiplient 
aux  endroits  larges ,  épousant  ainsi  toute  la  surface  dispo- 
nible. Les  parois  à  droite  sont  marquées  par  quelques 
rubans  pareils,  mais  vite  interrompus,  et  d'un  tracé  bizarre. 

Nous  retrouverons  les  signes  rouges  dans  une  grande 
salle  voisine  de  l'entrée. 

L'ancienneté  des  signes  noirs  est  démontrée  par  ce  fait 
qu'ils  sont  coupés  par  des  gravures,  du  moins  par  deux  des 
meilleures  et  des  plus  caractérisées  figures  tracées  à  la 
pointe  qui  constituent  la  seconde  série  des  œuvres  humaines 
de  la  caverne. 

Elles  représentent  des  animaux  à  l'exclusion  de  tout 
dessin  linéaire  ou  fantaisiste.  Semblables  à  des  esquisses 
d'album,  elles  sont  bizarrement  tracées  d'une  main  exercée; 
ce  sont  des  croquis  de  bœufs  et  de  chevaux,  surtout  des 
têtes  de  biches.  On  reconnaît,  sans  aucun  doute  possible, 
le  style,  la  facture  des  dessins  sur  os  de  notre  âge  du  renne, 
des  gravures  déjà  remarquées  sur  les  parois  de  nos  cavernes 
françaises. 

La  distribution  des  gravures  est  aussi  étrange  que  celle 
des  signes.  Elles  sont  parfois  sur  des  façades  d'un  abord 
difficile  ou  dans  des  recoins.  Trop  légères  pour  être  aperçues 
du  passant,  visibles  seulement  pour  celui  qui  les  recherche 
avec  expérience  et  une  bonne  lumière  artificielle,  elles  ne 


260  LES    PEINTURES    DE    LA    GKOTTE    DALTAMIRA 

peuvent  pas  être  une  décoration  banale.  Ce  n'est  pas  davan- 
tag'e  le  résultat  d'un  caprice,  puisque  nous  avons  des  docu- 
ments semblables,  des  dispositions  identiques  des  bords  du 
Rhône  à  la  Gironde  et  du  Périg^ord  aux  Pyrénées  canta- 
briques. 

Ça  et  là,  on  rencontre  des  concrétions  stalagmitiques 
dont  les  amples  cascades  descendent  des  cheminées  béantes 
de  la  voûte  ou  s'étalent  en  escaliers  aux  changements  de 
niveau  des  galeries  centrales.  Elles  sont  très  tendres  ordi- 
nairement et  portent  çà  et  là  des  traces  bien  distinctes.  Les 
unes ,  un  peu  partout ,  sont  de  larges  coups  de  griffe , 
vestiges  du  passage  des  ours  essayant  de  grimper  ou  de  se 
retenir  dans  une  glissade.  Les  autres,  plus  localisées,  sont 
des  contours  d'animaux  profondément  incisés,  souvent 
enchevêtrés.  De  tels  dessins ,  également  énergiques ,  som- 
maires et  confondus,  se  voient  exactement  dans  les  grottes 
d'Aigueze  (Gard)  et  de  Pair-non-Pair  (Gironde).  Celle-ci 
surtout  peut-être  regardée  comme  la  plus  ancienne  des 
cavernes  ornées.  L'indication  comparative  a  donc  sa 
valeur. 

Attachons-nous  maintenant  à  indiquer  les  œuvres  d'art 
multipliées  sur  le  plafond  de  la  première  salle.  Celui-ci  est 
fissuré  complètement  et  en  tous  sens.  Les  fentes  sont 
béantes;  de  plus,  l'épaisse  couche  qui  le  forme  s'est  séparée 
des  assises  supérieures  et  n'est  retenue  dans  son  mouve- 
ment de  descente  que  par  des  pressions  latérales.  Situation 
précaire  au  plus  haut  point  qui  s'est  aggravée  depuis  vingt 
ans.  Ce  plafond  est  ainsi  suspendu  à  deux  mètres  environ 
au-dessus  du  sol  dans  la  majeure  partie  de  la  salle;  mais 
d'un  côté  cet  intervalle  est  très  réduit  et  le  visiteur  ne  peut 
circuler  que  courbé  en  deux.  Les  changements  accomplis 
depuis  les  temps  préhistoriques  n'ont  pas  sensiblement 
modilié  cet  état  de  choses.  Cependant  cette  voûte,  même 
aux  endroits  ([uOu  ne  pcul  bien  voir  qu'en  se  couchant  sur 
la  terre,  ollVe  des  gravures  et  des  peintures. 


LES    PEINTIRES    DE    LA    GROTTE    d'aLTAMIRA  261 

Les  gravures  sont  disséminées  au  hasard,  sur  presque 
toute  la  surface,  et  si  nombreuses  que  nous  en  découvrions 
encore  au  dernier  moment  de  notre  séjour.  Ce  sont,  comme 
dans  les  profondeurs  de  la  caverne,  de  nouvelles  éditions 
de  nos  fins  graffiti  de  l'âge  du  renne.  On  observe  très  peu  de 
variété  dans  la  famie  figurée  :  des  chevaux,  des  bœufs,  un 
beau  cerf  à  ramure  très  développée  ,  surtout  des  têtes  de 
biches. 

Mais  en  outre  il  y  a  des  silhouettes  qui  nous  paraissent 
humaines,  bien  qu'elles  soient  d'un  dessin  très  inférieur  à 
celui  des  animaux.  Il  semble  que  l'artiste  ait  surtout  visé  à 
bien  marquer  un  geste  :  l'homme  étant  vu  de  profil,  les 
bras  sont  levés  dans  l'attitude  classique  des  adorants,  les 
mains  à  la  hauteur  de  la  figure. 

De  plus,  en  comparant  les  têtes,  on  peut  noter  que  dans 
la  plupart  le  visage  humain  disparaît  comme  s'il  était  rem- 
placé par  un  masque  à  museau  bestial.  En  les  examinant, 
on  ne  peut  que  songer  à  ces  déguisements  si  fréquents  chez 
les  primitifs  ayant  survécu  jusqu'à  nos  jours,  par  exemple 
chez  les  Peaux-Rouges  qui  en  faisaient  usage  dans  leurs 
cérémonies  religieuses. 

Çà  et  là,  plus  de  vingt  fois,  on  voit  un  dessin  gravé,  une 
foule  de  traits  divergeants  d'un  sommet  et  contenus  dans 
une  courbe  demi-circulaire  rappelant  la  manière  des  Eski- 
mos  pour  figurer  leurs  huttes. 

Une  série  de  peintures  en  noir  et  en  rouge  se  rattache  à 
ces  diverses  gravures ,  parce  qu'elle  constitue  avec  elles , 
sinon  avant  elles,  la  plus  ancienne  ornementation  du  pla- 
fond. Ces  peintures  représentent  des  animaux  et  sont  tan- 
tôt en  noir  des  croquis  d'une  touche  habile,  accentués  d'un 
trait  plus  large,  d'empâtements  même  pour  mettre  les 
reliefs  en  saillie,  tantôt  en  rouge  avec  teinte  plate  et  uni- 
forme couvrant  tout.  La  gravure  a  marqué  plus  ou  moins 
le  contour,  surtout  l'extrémité  des  membres  et  les  détails 
de  la  tête,  les  yeux,  le  museau.  Les  peintures  rouges  ont 

1903.  18 


2G2  LES    PEINTURES    DE    LA    GROTTE    d'aLTA!MIRA 

eilacé  parfois  les  peintures  noires  qui,  dans  toute  la  grotte, 
paraissent  ainsi  les  plus  anciennes. 

Ces  fresques  sont  fort  altérées  par  suite  de  leur  antiquité 
plus  haute,  probablement  aussi  à  cause  de  leur  situation  les 
exposant  au  lavage  par  les  eaux  de  condensation. 

Nous  avons  remarqué  l'une  d'elles,  roug-e,  composée  non 
pas  d'une  couche  unie,  mais  d'un  semis  de  taches,  d'un 
véritable  pointillé.  Le  même  système  est  pratiqué  pour  plu- 
sieurs figures  de  la  grotte  de  Marsoulas  (Haute-Garonne). 

Le  dessin  d'une  main  humaine,  de  petite  taille,  pourrait 
être  le  résultat  de  l'application  même  de  la  main  enduite  de 
rouge  suivant  le  procédé  bien  connu  en  Algérie ,  mais  en 
tous  cas  elle  a  été  repeinte. 

Enfin  un  espace  notable  du  plafond,  la  partie  centrale  et 
terminale,  est  garni  par  une  accumulation  de  signes  rouges. 
Là  un  signe,  contrairement  à  ce  que  nous  observions  pour 
les  signes  noirs ,  revient  fréquemment ,  mais  il  se  présente 
dans  tous  les  sens  et  forme  des  groupes  particuliers  et 
variés.  Il  est  évident  que  la  répétition  de  ce  signe  a  été 
systématique,  il  était  d'interprétation  courante.  On  peut 
du  moins  le  supposer.  II  pourrait  être,  comme  dans  les 
inscriptions  ornementales  ou  magi([ues  des  Eskimos,  l'image 
déformée  de  la  pirogue,  du  kajah.  Tout  cet  ensemble  de 
dessins  en  désordre  et  qu'il  a  été  malaisé  de  relever  avec 
le  plus  grand  soin  attend  une  explication. 

Mais  plus  loin,  recouvrant  les  gravures  et  les  peintures 
primitives,  s'étend  une  décoration  autrement  étonnante, 
d'une  valeur  bien  supérieure.  Vingt-cinq  animaux ,  soit 
vingt-et-un  bisons,  deux  sangliers,  un  cheval,  une  biche,  de 
1  "'  25  à  2'"  20  de  longueur,  sont  plus  ou  moins  juxtaposés. 
Ils  sont  placés  dans  tous  les  sens  et  posés  dans  un  profil 
atténué  (jui  dégage  en  général  les  quatre  pieds  et  sépare 
aussi  les  cornes  des  bovidés.  Ils  sont  debout,  sauf  cinq  bisons 
dont  les  membres  sont  ramenés  contre  le  corps  et  qui  alfectent 
ainsi  l'allure  des  bœufs   couchés   et   ruminant,    ou   mieux 


LES    PEINTURES    DE    LA    GROTTE    d'aLTA3I1RA  263 

ramassés  dans  un  bond  et  pointant  les  cornes  en  avant. 
Même  dans  ces  images  singulières,  l'exactitude  des  propor- 
tions, la  rigueur  des  lignes  laissent  peu  à  désirer.  Cette 
perfection  du  dessin  est  bien  secondée  par  une  technique 
perfectionnée ,  par  l'utilisation  de  toutes  les  teintes  et  des 
effets  qui  peuvent  résulter  du  mélange  et  de  la  juxtaposition 
du  noir  et  du  rouge.  Les  attaches  des  membres  et  les 
membres  eux-mêmes  se  détachent  en  relief  brusque,  grâce 
à  des  bandes  claires  obtenues  par  le  lavage  habile  de  la 
couleur.  Une  légère  gravure  préalable  ou  de  simples  raclages 
dessinent  ordinairement  l'esquisse  de  l'animal  représenté. 
Le  trait  des  pieds,  des  veux,  des  narines,  des  cornes  est 
plus  accentué.  Certaines  parties  ou  particularités  ne  sont 
parfois  que  gravées.  Souvent  les  reliefs  naturels  de  la  pierre 
ont  été  utilisés.  Les  larges  mamelons  qui  hérissent  le  pla- 
fond ont  déterminé  le  choix  de  la  place  et  la  direction  du 
corps  de  telle  sorte  que  tout  ou  partie  de  l'animal  se  pré- 
sente avec  l'apparence  d'une  sculpture  coloriée. 

Parmi  les  curiosités  de  ces  ouvrages ,  il  faut  citer  les 
superpositions.  Il  n'y  a  pas  seulement  d'abondantes  traces 
des  plus  anciennes  peintures  :  on  constate  que  de  grandes 
peintures  polychromes  ont  été,  elles  aussi,  à  moitié  effacées, 
lavées  pour  faire  place  à  d'autres.  Aurait-on  voulu  établir 
plusieurs  plans  dans  ces  représentations  figurées?  Un  jeune 
poulain  (?)  est  peint  sur  le  corps  d'un  cheval.  Ailleurs,  un 
sanglier  se  présente  avec  huit  pattes.  Une  première  figure 
avait  donc  cessé  de  plaire. 

Ainsi  les  peintures,  faites  incontestablement  à  l'aide  d'un 
pinceau,  et  qui  représentent  un  travail  considérable,  n'ap- 
partiennent pas  au  même  temps.  Comparées  à  celles  de 
Marsoulas  et  de  Font-de-Gaume ,  elles  témoignent  d'une 
réelle  supériorité,  d'une  évolution  de  l'art;  elles  supposent 
une  culture  ancienne  ,  des  traditions  bien  établies ,  des 
études  approfondies. 

Au  point  de  vue  de  l'âge  qu'il  convient  de  leur  attribuer, 


264  LES    PEINTURES    DE    LA    GROTTE    D  ALTAMIRA 

elles  se  prêtent  un  mutuel  appui.  Nous  n'avons  pas  à  Alta- 
mira  comme  à  Font-de-Gaume  de  puissantes  stala<^mites 
dont  l'arrivée  sur  les  peintures  d'une  fraîcheur  étonnante 
démontre  l'antiquité  des  œuvres  quoique  sans  la  préciser. 
Nous  n'avons  pas  l'imagée  du  mammouth  comme  à  Font- 
de-Gaume,  aux  Combarelles,  à  Aigueze,  fixant  cette  anti- 
quité. Mais  par  la  comparaison  de  nos  diverses  cavernes, 
qui  ont  toutes  des  traits  communs  à  côté  de  leurs  caractères 
spéciaux,  soit  pour  les  g-ravures,  soit  pour  les  peintures,  par 
l'étude  des  gisements  préhistoriques  de  ces  mêmes  stations, 
nous  aboutissons  à  une  conclusion  ferme.  La  différence  de 
la  latitude  sufTit  à  expliquer  certains  faits  obscurs,  quelques 
divergences. 

En  résumé,  les  gravures  et  les  peintures  de  la  grotte 
d'Altamira  appartiennent  à  une  époque  exactement  déter- 
minée qu'il  faut  placer  au  commencement  du  bel  âge  du 
renne  proprement  dit.  Ce  sont  des  œuvres  d'art  paléoli- 
thiques. 

Les  faits  observés  à  Altamira  montrent,  plus  complète- 
ment que  partout  ailleurs,  l'importance  qu'avaient  ces 
images  dans  les  préoccupations  et  la  vie  sociale  des  primitifs 
qui  les  ont  exécutées;  ils  laissent  soupçonner  l'existence 
dans  une  grande  partie  de  notre  Occident  des  mêmes 
croyances,  des  mêmes  pratiques  superstitieuses.  Ils  alfirment 
l'unité  de  la  population. 


LIVRES    OFFERTS  263 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  présente  au  nom  de  l'auteur,  M.  Guy  de 
Lusignan,  le  second  volume  du  Nouveau  dictionnaire  illustré  français- 
arménien.  I-Z  (Paris,  1903,  in-8°). 

Parmi  les  ouvrages  offerts  à  l'Académie,  le  Secrétaire  perpétuel 
signale  l'étude  de  M.  Charles  Joret  sur  la  Bataille  de  Formigny.  C'est 
un  recueil  de  toutes  les  descriptions  faites,  au  xv«  siècle,  du  célèbre 
combat,  qui  mit  fin  à  la  domination  anglaise  en  Normandie.  Les 
conclusions  auxquelles  arrive  l'auteur  diffèrent  singulièrement  de 
celles  des  historiens  modernes  ;  mais  comme  il  nous  donne  les  textes 
sur  lesquelles  il  s'appuie,  il  fait  ainsi  les  lecteurs  juges  de  la  ques- 
tion, et  nous  croyons  que  plus  d'un  se  rangera  à  son  avis. 


Le  Gérant.^  A.  Picard. 


MACO>",  PROTAT  FRERES,  IMPRIMEURS 


•w 


ACADEMIE 

DES 

INSCRIPTIONS    &    BELLES-LETTRES 

ANNÉE    1903 
ï  0  M  E     1 1 


MAÇON,     rilOTAT    FUliUKS.     IM  l'KI  M  i:  f  lt> 


ACADEMIE 


DES 


INSCRIPTIONS  &  BELLES-LETTRES 


COMPTES   RENDUS 


DES 


SEANCES     DE     L'ANNÉE 

1903 


TOME     II 


PARIS 
ALPHONSE   PICARD    ET   FILS,    ÉDITEURS 

MBRAIRES  DES  ARCHIVES  NATIONALES  ET  DE  LA  SOCIÉTÉ   DE   l'ÉCOI.E  DES  CHARTES 
82,      RUE      BONAPARTE,     S  "2 

M    D   CCCC   III 


Comptes  rendus  des  séances 


DE 


L'ACADEMIE   DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT    L'ANNÉE     1903 

PRÉSIDENCE    DE    M.    G.    PERROT 


SÉANCE   DU   3   JUILLET 


M.  le  marquis  de  Vogué  communique  à  l'Académie  l'estam- 
page, envoyé  par  M.  Maspero,  d'une  inscription  araméenne  gra- 
vée sur  une  stèle  de  grès  provenant  d'Assouan  (Syène,  Eléphan- 
tine)  et  conservée  au  musée  du  Caire.  Le  monument  est  mutilé 
en  haut  et  en  bas  :  l'inscription  ne  comprend  plus  que  cinq  lignes 
dont  trois  seulement  sont  intactes. 

Elle  se  traduit  ainsi  : 

fils  de  Marna  ou  Ahdmarna 

chef  de  la  garnison  de  Syène,  a  fait 
dans  le  mois  de  siivan,  qui  est  mehir, 
de  Vannée  sept  d'Artaxerxès  Roi 
[à] Dieu 

Le  nom  du  dieu  est  assez  mutilé  et  M.  de  Vogiié  se  réserve  de 
l'étudier  plus  à  loisir.  La  question  de  date  est  assez  délicate  et 
M.  de  Vogué  la  discute  sous  ses  divers  aspects  '. 


l.  Voir  ci-après. 
1903. 


19 


2f)8  SÉANCE    DU    3    JUILLET    1903 

M.  i)K  \'oGLÉ  analyse  ensuite  un  mémoire  du  R.  P.  Ronzevalle 
sur  un  bas-relief  trouvé  à  Emèse  et  sur  plusieurs  monuments 
palmyréniens*. 

M.  Gagnât  lit  une  lettre  de  M.  le  D''  Carton  sur  l'état  des 
fouilles  qu'il  exécute  à  El  Kenissia,  près  de  Sousse,  pour  le 
compte  de  l'Académie,  avec  le  concours  de  M.  le  capitaine 
Ordioni. 

Le  dégagement  du  théâtre  est  poursuivi  méthodiquement.  On 
y  a  découvert  presque  entièrement  les  parascenia,  le  mur  du 
fond  de  la  scène  et  une  partie  de  l'orchestre. 

Les  découvertes  les  plus  intéressantes  sont  faites  dans  un 
sanctuaire  orienté  à  l'est,  et  qui  renferme  des  autels  en  maçon- 
nerie, entourés  de  stèles  votives  à  emblèmes  puniques.  Au  pied 
de  ces  dernières,  plus  de  deux  cents  lampes  puniques,  des 
ossuaires  renfermant  les  restes  de  petits  animaux  sacrifiés  ont  été 
découverts  à  côté  de  bride-parfums ,  de  statuettes  en  terre 
cuite,  etc.  .Au  fond  de  l'aire  sacrée,  on  découvre  en  ce  moment 
un  grand  escalier  dont  les  marches,  en  partie  seulement  mises 
à  jour,  peuvent  être  suivies  déjà  sur  20  mètres  de  longueur  2. 

M.  S.  Reinacu  a  la  parole  : 

«  Je  demande  la  permission  d'annoncer  à  l'Académie  une 
découverte  importante  en  elle-même,  plus  importante  par  les 
espérances  qu'elle  fait  concevoir. 

«  Dans  un  lot  de  papyrus  découverts  par  eux  à  Oxyrhynchus, 
ALVl.  Grenfell  et  llunt  ont  déchiffré  des  fragments  considérables 
d'une  epitome  de  Tite-Live,  livres  .'^-39  et  19-55. 

«  Les  livres  49-55  ne  nous  sont  pas  parvenus,  et  la  nouvelle 
epitome  est  fort  différente  de  celle  que  nous  possédons. 

«  On  sait  que  les  papyrus  latins  sont  relativement  rares.  Le 
fait  que  Tilc-Live  est  représenté  parmi  les  auteurs  que  l'on  lisait 
et  que  Ion  résumait  en  l''gypte  à  l'époque  romaine  est  bien 
propre  à  éveiller  la  curiosité. 


1.  Voir  ci-aprcs. 

2.  Voir  ci-après. 


INSCRIPTION    ARAMÉENNE    TROUVÉE    EN    EGYPTE  269 

«  MM.  Grenfell  et  Hunt  annoncent,  en  outre,  la  découverte 
d'une  nouvelle  série  de  sentences  attribuées  à  Jésus-Christ  et 
celle  d'une  ode  qu'ils  attribuent  à  la  prêtresse  Corinne. 

«  A  aucune  époque,  depuis  le  xv"  siècle,  le  trésor  de  la  littéra- 
ture antique  ne  s'est  enrichi  aussi  rapidement  que  de  nos  jours  ; 
et  l'on  peut  dire,  malgré  les  résultats  acquis,  que  le  travail 
d'exhumation  systématique  des  papyrus  est  encore  à  ses  débuts.  » 

M.  Bréal  rappelle  que,  il  y  a  deux  ans,  il  disait  que  l'Eg^ypte 
serait  une  mine  féconde  à  exploiter  en  fait  de  découvertes 
antiques.  Il  ne  croyait  pas  que  la  découverte  signalée  par  M.  S. 
Reinach  viendrait  lui  donner  si  vite  raison.  Il  se  demande  pour- 
quoi la  France  ne  prend  pas  une  part  plus  grande  à  ces  décou- 
vertes, et  il  exprime  le  vœu  qu'une  somme  soit  prélevée,  tous 
les  ans,  sur  les  reVenus  de  la  Fondation  Piot,  pour  achat  de 
papyrus. 

La  pi^oposition  de  M.  Bréal  est  renvoyée  à  l'examen  de  la 
Commission  Piot. 

L'Académie  procède  à  l'élection  d'un  membre  de  la  Commis- 
sion du  prix  Prost. 
M.  LoNGNON  est  réélu. 

M.  FoucART  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur  le  culte  de 
Dionysos  en  Attique. 


COMMUNICATIONS 


INSCRIPTION    ARAMÉENNE    TROUVÉE    EN    EGYPTE, 
PAR    M.    LE    MARQUIS    DE    VOGUÉ,    MEMliRE    DE  l'aCADÉMIE. 

Le  monument  provient  d'Assouan  et  est  conservé  au 
musée  du  Caire.  C'est  une  stèle  de  grès  qui,  dans  sa  forme 
primitive,  était  plus  haute  que  large.  Mutilée  en  haut,  en 
bas  et  légèrement  sur  la  droite,  elle  mesure  aujourd'hui  0  '"  26 


270  INSCRIPTION    ARAMÉENNE    TROUVÉE    EN    EGYPTE 

de  haut  sur  0  "  45  de  large.  Les  lettres  sont  gravées  avec  un 
certain  soin,  les  mots  sont  séparés,  les  lignes  sont  comprises 
entre  des  traits  parallèles,  distants  de  0'"  052. 
Nous  la  lisons  ainsi  qu'il  suit  : 


NJIQ  12 

vni2  in  ]VD  UV2 


Le  premier  mot  visible  paraît,  ii  première  vue,  devoir  se 
lire  12,  pis  de,  et  s'appliquer  à  l'auteur  de  l'inscription,  dont 
le  nom  devait  se  trouver  à  la  ligne  précédente,  actuellement 
disparue.  Pourtant,  une  objection  se  présente  :  la  seconde 
lettre  est  un  peu  courte  pour  un  resch  :  si  l'on  veut  bien 
examiner  la  photographie  jointe  à  cette  note,  on  remar- 
quera que  dans  tout  le  reste  de  l'inscription  les  daleth  et  les 
resch  sont  soigneusement  différenciés  par  la  longueur  de 
leurs  hastes  respectives;  on  remarquera  ensuite  que  les 
deux  lettres  de  ce  mot  12  sont  liées  eL  offrent  la  plus  frap- 
pante analogie  avec  les  deux  lettres  également  liées  qui  se 
trouvent  à  la  fin  de  la  seconde  ligne  où  elles  entrent  dans 
la  composition  du  mot  incontestable  12",  a  fait .  On  remar- 
quera enfin  que  le  commencement  de  la  première  ligne 
paraît  mutilé  et  qu'une  lettre  peut  avoir  disparu  dans  la 
cassure  de  la  pierre.  On  peut  donc  supposer  que  cette  lettre 
était  un  V  et  lire  au  lieu  de  n:id  12,  fils  de  Marna,  le  nom 
propre  N2iai2y,  Ahdmarna,  qui  est  au  moins  aussi  satisfai- 
sant. On  a  cru  lire  sur  une  inscription  très  mutilée  de 
Chypre  (C.  /.  .S.,  I,  n"  16)  le  nom  ^:i^2-2y  qui  serait  l'équi- 
valent phénicien  du  nom  araméen. 

Les  trois  lignes  qui  suivent  n'ollVent  aucune  difficulté  ;  à 


o 

CM 


O 
0^ 


1 


INSCRIPTION    ARAMÉENNE    TROUVÉE    EN    EGYPTE  271 

la  dernière  le  mot  N*n;N,  Dieii^  est  seul  certain  :  nous  tra- 
duirons donc  : 

.  ,  .  .fils  de  Marna  ou  Abdmaima,  chef  de  la  garnison  de 
Syène^a  fait  dans  le  mois  de  siwan,qui  est  rnéhir,de  l'année 
sept  d'Artaxerxès  Roi  [à] Dieu 

L.  2.  11D.  La  ville  de  Syène,  frontière  de  l'Eg-ypte  et  de 

la  Nubie,  aujourd'hui  Assouan  rj'j-^'  ;  il  est  probable  que 
le  nom  se  prononçait  alors  comme  aujourd'hui  Souan  ;  cette 
prononciation  est  d'accord  avec  l'orthographe  égyptienne 

^^  {^Brugsch,  Dictionnaire  géoyr.  de  Vanc.  Egypte,  p.  6G6). 
Nous  pensons  que  cette  orthographe  est  aussi  celle  de  la 
Bible.  Le  nom,  il  est  vrai,  se  trouve  deux  fois  dans  Ézéchiel 
(XXIX,  10  et  XXX,  6)  écrit  HJID,  mais  nous  pensons  avec 
Gesenius  que  dans  les  deux  cas  le  n  final  est  locatif;  le 
prophète  annonce  que  l'Egypte  sera  ravagée  dans  son 
entier  et,  pour  exprimer  cette  idée ,  il  dit  :  ^^y^  ^"'"^^'^P 
«  depuis  Magdol  jusqu'à  Syène  »  ,  c'est-à-dire  depuis  la 
ville  frontière  du  Nord  jusqu'à  la  ville  frontière  du  Sud  : 
en  faisant  abstraction  de  cette  désinence,  il  reste  pour  le 
nom  de  la  ville  le  mot  11D  identique  à  celui  de  notre  inscrip- 
tion. Les  Septante  le  transcrivent  ZIouyjvy],  les  Grecs  en  ont 
fait  Hur^v/]. 

Les  Perses  ne  dépassèrent  pas  ce  point  ;  une  garnison 
l'occupait  et  gardait  la  frontière  :  l'auteur  de  ^inscription 
était  le  chef  de  cette  garnison  ;  K^Ti  21,  le  mot  N'Sti  dési- 
gnant un  corps  de  troupe,  avec  une  acception  analogue  à 
celle  de  notre  mot  forces. 

Le  relatif  ""î  est  un  peu  effacé,  mais  il  est  certain. 

L.  3.  '[*l''P,  siivan,  troisième  mois  du  calendrier  hébraïque, 
qui  concorde  ici  avec  le  mois  égyptien  "iTîa,  Méhir,  deuxième 
mois  de  la  tétraménie  d'été  ou  sixième  mois  de  l'année. 

L.  4.  UJDunmN.  Nom  du  roi  de  Perse  que  les  Grecs  ont 


272  INSCRIPTION    ARAMÉENNE    TROUVÉE    EN    EGYPTE 

transcrit  'Ap-xcipz-q;  et  qui,  sous  cette  forme,  s'est  introduit 
dans  la  langue  courante  de  l'histoire.  L'orthographe  de 
notre  inscription  est  identiquement  celle  que  les  Eg'yptiens 
ont  adoptée  dans  la  transcription  hiérog-lyphique  du  même 
nom;  les  lettres  correspondent  exactement  les  unes  aux 
autres  : 


Il  faut  donc  prononcer ylr^a/i-.ses-sa  et  vocaliser  ^'CùTirTix. 
Je  laisse  aux  savants  compétents  le  soin  de  rechercher 
comment  cette  transcription  se  concilie  avec  la  forme  réelle 
du  nom  perse  telle  qu'elle  est  connue  par  les  inscriptions 
cunéiformes,  et  celui  d'expliquer  l'introduction  de  la  lettre  R 
dans  la  transcription  g-recque  'Ap-açÉp^Yjç.  D'après  M.  Justi 
[Iranisches  Namenhuc/i,  p.  34),  le  nom  perse  des  inscrip- 
tions est  «  ArtaysaOra  » ,  le  son  ((  6r  »  étant  rendu  par  un 
seul  caractère  ;  d'après  le  même  auteur,  le  même  nom , 
sur  le  vase  triling-ue  de  Saint-Marc  de  Venise,  est  écrit 
«  Arta'/casda  ».  Dans  les  transcriptions  babyloniennes,  il  est 
((  Artaksatsu  »,  selon  M.  Oppert  ((  Artaksassu  »  [C.  I.  S., 
II,  n°  67).  On  voit  qu'il  règ-ne  une  certaine  incertitude  sur 
cette  matière.  Il  n'y  en  a  aucune  sur  la  concordance  de  la 
transcription  araméenne  et  de  la  transcription  égyp- 
tienne. 

Dans  la  Bible,  ce  nom  est  appliqué  à  deux  personnages 
différents  :  au  roi  qui  interronq)il  la  reconstruction  du 
temple  de  Jérusalem,  et  à  celui  (|ui,  au  contraire,  favorisa  la 
renaissance  Israélite.  Le  nom  du  premier  de  ces  rois  est  écrit: 
Nnc-wnmx  (Rsdras,  IV,  7);  celui  du  second  NnD'>:*nnix  -  Esdras, 
VII,  7,  11,  12,  etc.). 

Le  second,  comme  nous  pensons  le  démontrer,  est  le 
même  que  celui  de  notre  inscription.  On  remarquera  que 
l'orthographe  est  la  même,  sauf  pour  la  terminaison,  où  le 


INSCRIPTION    ARAMÉENNE    TROUVÉE    EN    EGYPTE  27.3 

UT  final  est  durci  en  n,  mais  le  D  caractéristique  se  trouve 
également  dans  l'une  et  dans  l'autre  transcription. 

Trois  souverains  du  nom  d'Artaxerxès  ont  régné  sur  la 
Perse  :  Artaxerxès  I  Longuemain  (46.j-42o),  Artaxerxès  II 
Memnon  (40S-358)  et  Artaxerxès  III  Ochus  (358-342).  Mais 
de  ces  trois  souverains  le  premier  seul  a  exercé  sur  l'Egypte 
une  autorité  continue  et  relativement  paisible.  Quand  le 
second  est  monté  sur  le  trône,  l'Egypte  avait  déjà  secoué  le 
joug  étranger  :  les  dynastes  indigènes  avaient  repris  le  pou- 
voir pour  le  garder  soixante  et  quelques  années.  Ce  n'est  que 
dans  la  16"  année  de  son  règne  qu'Artaxerxès  III  soumit  de 
nouveau  l'Egypte  et  y  rétablit  le  régime  qui  dura  jusqu'à  la 
conquête  d'Alexandre.  Le  seul  de  ces  trois  monarques  qui 
ait  pu  tenir  garnison  à  Syène  pendant  la  septième  année  de 
son  règne  est  donc  Artaxerxès  I,  et  l'inscription  est  de 
l'année  458  av.  J.-G.  Les  inscriptions  hiéroglyphiques  au 
nom  d'Artaxerxès  trouvées  jusqu'ici  appartiennent  au 
même  règne  :  deux  sont  datées  des  années  5  et  16  '.  Elles 
sont  donc  à  peu  près  contemporaines  de  notre  monument. 
On  s'accorde  aussi  généralement  à  considérer  le  roi,  pro- 
tecteur d'Esdras,  comme  le  même  Artaxerxès  I.  Notre 
monument  est  donc  exactement  contemporain  du  précieux 
document  inséré  dans  le  récit  d'Esdras,  la  lettre  royale,  le 
firman  qui  lui  est  remis  pour  les  «  satrapes  et  pachas  de 
l'autre  côté  du  fleuve  »  et  qui  est  de  cette  même  année  sept 
du  roi  de  Perse  (Esdras,  VII,  7).  La  langue  de  ce  document 
original  est  celle  même  de  notre  inscription,  sauf  que  le 
relatif  """t  a  été  modernisé  en  n  par  les  scribes  des  époques 
plus  récentes.  La  concordance  ne  manque  pas  d'intérêt. 

L.  o.  Le  commencement  de  la  ligne  a  beaucoup  souffert  : 
il  contient  le  nom  du  dieu  auquel  la  stèle  était  consacrée  ; 
la  lecture  en  est  difficile  ;  les  lettres  certaines  sont  "Ti.Ji.l, 

1.  Rosellini,  Mon.  delV  Egitto,  P.  I,  t.  II,  p.  185,  pi.  XII.  —  Lepsius 
Denkmàler,  I\eues  Reich,  Abt.  III,  pi.  283.  —  Longpérier,  Revue  archéol., 
t.  I,  p.  447  et  497. 


274  INSCRIPTION    ARAMÉENNE    TROUVÉE    EN    EGYPTE 

la  seconde  est  un  :  ou  un  î.  Notre  savant  confrère, 
M.  Maspero,  ne  retrouve  pas  dans  ces  lettres  les  éléments 
d'un  nom  connu  du  Panthéon  égyptien;  on  n'est  même  pas 
sûr  que  le  1  soit  le  début  du  nom  ;  c'est  probable  pourtant, 
car  il  faut  réserver  au  commencement  de  la  ligne  la  place 
nécessaire  à  la  préposition  S.  Force  nous  est  de  laisser  la 
question  en  suspens. 

Nous  avouons  aussi  notre  impuissance  à  assignerune  signi- 
fication raisonnable  au  mot  qui  termine  la  ligne  mil,  drwt, 
sans  doute  une  épithète  de  la  divinité  adorée  par  le  chef  de 
la  garnison  perse  de  Syène. 

Il  nous  reste  à  dire  un  mot  de  la  paléographie  de  notre 
texte  :  le  fait  qu'il  est  daté  donne  une  valeur  spéciale  aux 
indications  qu'il  peut  fournir.  En  l'absence  de  cette  date, 
nous  ne  lui  aurions  certainement  pas  attribué  un  âge  aussi 
reculé  :  nous  lui  aurions  assigné  non  la  première  moitié  du 
v'' siècle,  mais  la  seconde.  En  effet,  les  deux  lettres  caracté- 
ristiques,  celles  qui  nous  ont  servi  à  établir  les  règles  de 
cette  période  de  la  paléographie  araméenne',  le  zaïn  et  le 
iod,  s'y  trouvent  avec  la  forme  récente  ^|  qui,  en  Mésopo- 
tamie du  moins  et  en  Syrie ,  n'apparaît  pas  avant  les  der- 
nières années  du  v''  siècle.  Un  texte 2,  daté  de  l'an  18  du 
même  Artaxerxès  (437  av.  J.-C.^l  et  écrit  à  Babylone,  con- 
tient encore  la  forme  archaïque  "Z_.  H  <^'st  vrai  qu'en  posant 
ces  règles  nous  avons  eu  le  soin  de  déclarer  qu'elles  n'avaient 
rien  d'absolu  et  que  les  limites  fixées  par  nous  pouvaient 
varier  suivant  les  lieux  et  suivant  la  distance  de  provinces 
plus  ou  moins  éloignées  les  unes  des  autres.  Nous  sommes 
obligés   aujourd'hui   de  reconnaître   que  la  nmtation   s'est 
opérée  en  Egypte  un  peu  plus  tôt  qu'en  Mésopotamie.  L'écri- 
ture que  nous  avons  appelée  de  transition ,  celle  qui ,  avec 
des  formes  seml)lables  à  celles  de  notre  inscription,  contient 

1.  Voy.  Corpus  Inscr.  Sem.,  II*  partie,  L.  I,  p.  m. 

2.  C.  /.  5'.,  11°  partie,  n"  67. 


INSCRIPTION    ARAMÉENNE    TROUVÉE    EN    EGYPTE  275 

encore  les  formes  archaïques  du  zaïn  et  du  iod ,  "-"LTh.-,  se 
trouve  en  Egypte  sur  la  stèle  datée  de  l'an  4  de  Xerxès  ^ 
(482  av.  J.-C).  C'est  donc  entre  cette  date  et  l'an  458  qu'il 
faut  placer  la  modification  de  ces  caractères. 

N'oublions  pas  d'ailleurs  que  l'inscription  de  la  pierre  à 
libations  du  Sérapéum  (C.  /.  5.,  11° p.,  n»  123),  dans  laquelle 
le  iod  a  invariablement  la  forme  H,  contient  aussi  des  heth^ 
des  resch  et  des  daleth  à  boucles  fermées,  d'un  aspect  tout 
à  fait  archaïque.  L'époque  de  transition  a  donc  eu,  en 
Egypte,  des  limites  assez  indécises,  et  cette  indécision 
même  donne  une  certaine  latitude  dans  l'application  des 
règles  ordinaires  de  la  paléographie. 

Nous  maintiendrons  donc  à  la  stèle  araméenne  d'Assouan 
la  date  de  458  avant  notre  ère. 


P.-S.  —  Depuis  l'impression  de  ce  qui  précède,  nous 
avons  reçu  de  M.  Maspero  un  excellent  cliché  fait  au  Caire 
d'après  le  monument  même  et  à  l'aide  duquel  a  été  exécutée 
la  planche  jointe  à  la  présente  communication.  Certains 
détails,  qui  n'apparaissaient  pas  sur  l'estampage,  sont  ici 
visibles  et  sont  de  nature  à  inspirer  quelques  observations. 

Le  trait  qui  suit  les  deux  premières  lettres  de  la  première 
ligne  et  qui  m'avait  paru,  sur  l'estampage,  être  le  fait  d'un 
accident,  semble  bien  devoir  être  considéré  comme  tracé 
avec  le  même  instrument  et  par  la  même  main  que  le  reste 
du  texte  :  ce  serait  alors  un  zaïn  ;  après  le  mot  suivant  il 
semble  aussi  qu'on  doive  lire  le  prénom  n:T.  Si  ces  deux 
lectures  sont  admises,  il  y  aura  lieu  de  reviser  l'interpréta- 
tion du  commencement,  et  de  substituer  une  conjecture  à 
une  autre,  sans  toutefois  espérer  atteindre  à  la  certitude.  Au 
premier  mot  de  la  cinquième  ligne,  la  seconde  lettre  visible 
paraît  bien  être  un  /j/ie,  mais  la  lacune  reste  aussi  indéchif- 

1.  G.  /.  S.,  I^  partie,  n»  122. 


276  BAS-RELIEF    TROUVÉ    A    ÉMÈSE 

frable  et  la  forme  du  nom  divin  aussi  obscure.  Enfin  il  est 
évident,  d'après  les  traces  visibles,  que  l'inscription  se 
continuait  au  delà  de  la  cinquième  ligne. 


ANALYSE     D  UN     MÉMOIRE     DU     R.    P.     RONZEVALLE 

SUR  UN   HAS-RELIEF  TROUVÉ  A   ÉMÈSE 

ET    PLUSIEURS    MONUMENTS    PALMYRÉMENS, 

PAR    M.    LE   MAKQUTS    DE    VOGUÉ,    MEMBRE  DE    l'aCADÉMTE. 

Le  R.  p.  Ronzevalle,  missionnaire  en  Syrie,  l>ien  connu 
de  l'Académie  par  ses  travaux  et  ses  recherches  sur  les 
monuments  et  les  inscriptions  antiques,  a  communiqué  à 
l'Académie,  dans  sa  siance  du  18  avril  1902  {Comptes 
rendus,  1902,  p.  235),  la  photographie  d'un  curieux  bas- 
relief  découvert  à  Iloms,  l'ancienne  Emèse,  et  entré  depuis 
cette  époque  dans  une  collection  européenne.  Cette  com- 
munication était  accompagnée  d'une  explication  très  som- 
maire que  l'auteur  se  réservait  de  compléter  ultérieurement. 
Ce  complément  est  parvenu  à  l'Académie  sous  la  forme 
d'un  mémoire  très  éten;hi  :  il  a  été  remis  à  M.  (h>  Vogué 
qui  s'est  chargé  de  l'analyser  et  en  rend  compte  dans  les 
termes  suivants. 

Il  rappelle  d'abord  que  le  monument,  mutilé  sur  toutes 
ses  faces,  ne  présente  plus  que  trois  ligures  :  l'une  ;i  droite, 
virile,  portant  une  lance  et  accompagnée  du  nom  Kipajvco; 
la  seconde,  féminine,  drapée,  accompagnée  du  nom  'AOr,va; 
la  troisième,  virile,  en  costume  d'odicier  romain,  la  tète 
entourée  d'un  nimbe  à  rayons  solaires;  le  nom  cjui  l'accom- 
pagnait a  disparu  dans  la  cassure  ;  d'une  (jualrième  ligure 
à  gauche,  il  ne  reste  qu'un  fragment  de  pied. 


BAS-RELIEF    TROUVÉ    A    ÉMÈSE  277 

Une  inscription  grecque,  en  deux  lignes,  est  gravée  sur  la 
base;  le  P.  Ronzevalle  la  lit  et  la  restitue  ainsi  qu'il  suit  : 


[c  osiva  Tou  osïvo;]   y-àp  (jwr/jp-aç   aû-ou   y.è  -[wv   Té/.vwv  (?) 
àvsGYjxev]. 

Il  voit,  dans  la  première  figure  à  droite,  le  dieu  Bel ,  le 
grand  dieu  de  Palmvre,  que  l'auteur  du  bas-relief  aura 
identifié  avec  Jupiter  Keraunios,  à  cause  de  certaines  analo- 
gies d'attributs.  La  fisrure  d'Aglibol ,  le  dieu  lunaire,  est 
bien  connue  :  elle  est  caractérisée  par  un  grand  croissant 
attaché  aux  épaules  du  personnage  imberbe  qui  le  repré- 
sente et  qui  porte  d'ordinaire  le  costume  d'un  officier 
romain;  cette  figure  ne  se  trouve  pas  sur  ce  qui  reste  du 
bas-relief  :  c'était  celle  qui  a  disparu  dans  la  mutilation  de 
gauche.  Le  personnage  qui  suit  du  même  côté  correspond 
donc  au  'lapfiojXw  de  l'inscription  :  c'est  larhibol,  le  dieu 
palmyrénien  bien  connu  ;  mais  ici  se  présente  une  difficulté  : 
larhibol  a  été  jusqu'à  présent  considéré  comme  une  divi- 
nité lunaire.  M.  de  Vogiié  a  plus  que  tout  autre  contribué 
à  accréditer  cette  attribution  :  il  a  cru  avoir  démontré  que 
le  nom  larhihol  est  identique  au  Me  no  tyran  nus  des 
inscriptions  romaines,  épithète  d'Attys  [Syrie  centrale^ 
Inscriptions,  p.  63),  dieu  classé  jusqu'à  présent  parmi  les 
divinités  lunaires  ;  or  la  figure  du  bas-relief  d'Emèse,  nim- 
bée de  rayons,  est  évidemment  de  nature  solaire  ;  d'où  une 
contradiction  apparente.  Le  P.  Ronzevalle  la  résout  en 
démontrant  par  de  nombreux  exemples,  heureusement 
rapprochés,  que  larhibol  était  bien  une  divinité  solaire. 

Son  principal  argument  est  tiré  d'une  tessère  en  terre 
cuite,  provenant  de  Palmyre  et  appartenant  aujourd'hui  à 
M.  Schlumberger.  Ce  petit  monument ,  dont  il  donne  une 


278 


BAS-RELIEF    TROUVÉ    A    ÉMÊSE 


très  minutieuse  et  très  savante  description,  porte  sur  une 
de  ses  faces  la  fig-ure  de  deux  divinités  viriles,  imberbes, 
armées,  identiques  de  costume  et  d'aspect,  sauf  que  l'une 
porte  sur  ses  épaules  le  croissant  caractéristique  d'Aglibol 


Tessère  en  terre  cuite  de  Palmyrc. 
(Agrandissement.) 


et  l'autre  sur  sa  tête  le  nimbe  radié  d'une  divinité  solaire  : 
la  première  est  accompagnée  du  nom  ''^'2'iyj,  la  seconde  du 
nom  Sl2''n"|i  très  distinctement  écrit  :  le  doute  n'est  donc  pas 
possible,  c'est  larhibol.  M.  de  Vog-ûé  ne  peut  que  s'incliner 


BAS-RELIEF    TROUVÉ    A    ÉMÈSE  279 

devant  Tévidence  des  faits,  tout  en  faisant  observer  que  cette 
rectification  ne  détruit  pas  nécessairement  l'identification 
qu'il  a  proposée  de  larhibol  et  de  Ménotyrannus  ;  elle  oblige 
seulement  à  reconnaître  aussi  à  ce  dernier  dieu  un  caractère 
solaire,  ainsi  qu'à  Attys,  conclusion  qui  n'est  pas  incom- 
patible avec  le  rôle  attribué  à  ce  dieu,  comme  parèdre  de 
déesses ,  d'un  caractère  lunaire  et  tellurique ,  telles  que 
Vénus  ou  Cybèle. 

La  figure  féminine  qui  se  voit  sur  le  bas-relief  d'Emèse, 
entre  Bel  et  larhibol,  n'offre  aucun  des  attributs  de  Minerve 
Athénè ,  malgré  le  nom  d"A6Y]va  qui  l'accompagne.  Aussi 
le  P.  Ronzevalle  ne  la  considère-t-il  pas  comme  la  divi- 
nité grecque  :  il  estime  que  ce  nom,  étranger  à  la  Syrie, 
aura  été  écrit  par  suite  d'un  de  ces  rapprochements  arbi- 
traires, bâtis  sur  des  analogies  apparentes,  qui  sont  fré- 
quents dans  la  mythologie  antique  et  sont  du  même  ordre 
que  le  rapprochement  de  Bel  et  de  Zeus  Keraunios.  11  pense 
que  le  vrai  nom  de  la  déesse  est  Sémiramis,  nom  qu'il 
déduit  de  la  restitution  assez  hardie  du  dernier  mot  de 
l'inscription  gravée  sur  la  plinthe  du  bas-relief.  Nous  ne 
saurions  reproduire  la  longue  et  érudite  dissertation  par 
laquelle  l'auteur  essaie  de  justifier  cette  identification  et  de 
démontrer  que  le  culte  de  Sémiramis  occupait  une  place 
importante  parmi  les  cultes  syriens  :  nous  ne  pouvons  nous 
empêcher  de  penser  que  son  argumentation ,  basée  sur  la 
reconstitution  hypothétique  d  un  mot  très  mutilé,  repose 
sur  des  fondements  bien  fragiles  et  qu'il  serait  imprudent 
d'admettre  ses  conclusions  sans  attendre  qu'elles  soient 
confirmées  par  des  documents  plus  explicites. 

Le  P.  Ronzevalle  se  livre  ensuite  à  une  discussion  très 
approfondie  du  caractère  spécial  des  divinités  palmyré- 
niennes  :  il  s'y  montre  très  au  courant  de  tous  les  monu- 
ments découverts  dans  les  ruines  de  la  célèbre  cité  et 
des  travaux  auxquels  ils  ont  donné  lieu.  Par  d'ingénieux 
rapprochements,  par  la  discussion  des  opinions  émises,  il 


280 


BAS-RELIEF    TROUVÉ    A    ÉMÈSE 


s'efforce  de  démontrer  que  Malakbel  était  une  forme  secon- 
daire du  soleil ,  caractérisée  par  l'absence  de  nimbe  radié , 
que  Bel  était  le  dieu  suprême,  que  le  mot  m'',  partie  inté- 
grante du  nom  diarhibol,  n'est  pas  nécessairement  le  mot 
signifiant  lune  en  hébreu  ;  il  donne,  des  tessères  mytholo- 


.-..^i 


ïessère   de   l'almyrc. 
(Agrandissement.) 

g-iques  si  nombreuses  provenant  de  Palmyre,  des  explica- 
tions nouvelles  et  parfois  meilleures  que  celles  de  ses 
devanciers,  mais  il  émet  aussi  des  hypothèses  qu'il  serait 
didicile  d'accepter  sans  réserves.  Nous  espérons  qu'une 
publication  intégrale   de  son  travail  permettra  aux  spécia- 


BAS-RELIEF    TROUVÉ    A    ÉMÈSE  281 

listes  de  profiter  des  faits  qu'il  a   acquis  et  de  discuter  les 
problèmes  qu'il  a  soulevés  sans  les  résoudre. 

Parmi  les  monuments  nouveaux  qu'il  a  produits  se 
trouve  une  très  intéressante  tessère  en  terre  cuite  de  0™  021 
sur  0"^  016  aujourd'hui  conservée  à  l'Université  Saint- 
Joseph  de  Beyrouth.  Elle  représente  le  buste  du  dieu 
Malakbel  imberbe ,  la  tête  recouverte  d'une  abondante 
chevelure  bouclée,  sans  rayons,  accompagnée  de  l'inscrip- 
tion en  deux  lignes  : 

SidStd         Malakhel 
iQin  la         Gad  Taïmai 

Ce  texte  confirme  la  restitution  que  M.  Mordtmann  a  faite 
des  mêmes  mots  dans  une  inscription  de  Palmyre  (Vogiié, 
n°  3,  Inscr.^  p.  7),  où  ils  accompagnent  également  le  nom 
de  Malakbel  et  correspondent  au  grec  Tùy-Q  0ai;j.£îoç,  «  la  for- 
tune de  Taïniaï^  ».  Le  P.  Ronzevalle  considère  que  cette 
expression  ne  désigne  pas  une  personnification  de  Malakbel, 
mais  une  divinité  distincte,  opinion  qui  ne  paraît  pas  s'ac- 
corder avec  la  teneur  du  petit  monument  qu'il  décrit. 

Le  mémoire  du  P.  Pionzevalle  se  termine  par  la  descrip- 
tion d'un  monument  funéraire  également  trouvé  à  Homs  et 
qui  ne  manque  pas  d'intérêt  :  il  représente  un  buste  de 
femme,  d'un  style  meilleur  que  la  plupart  des  sculptures 
analogues  provenant  de  Palmyre,  et  qui  est  accompagné  de 
l'inscription  suivante  gravée  en  caractères  palmyréniens  : 

xî;i3,  m2       457  nju7  nurn 
nnx 

1.   yoy.  Glermont-Ganneau,  Rec.  d'arch.  orient.,  III,  p.  164,  244. 


282  BAS-RELIEF    TROUVÉ    À    ÉMÊSÈ 

Hélas!  Salmat  fille  de  Bor'a  fils  de  Zabd'athi;  femme  de 
NBOLA  fils  de  NBOZA,  [elle  est  morte  au  mois]  de  Tisri 
de  Vannée  457  (14o  ap.  J.-C). 

Le  P.  Ronzevalle  croit  pouvoir  déduire  des  circonstances 
de  ces  deux  découvertes ,  que  le  bas-relief  et  le  buste  ont 
été  exécutés,  non  à  Palmyre,  mais  à  Emèse  même,  et  il 
conclut  de  ce  fait,  supposé  démontré,  que  Técriture  dite 
palmyrénienne.  n'a  pas  seulement  été  en  usage  dans  la 
grande  cité  araméenne,  mais  qu'elle  a  été  employée  dans 
toute  la  Syrie  proprement  dite  :  il  propose  de  l'appeler 
syrienne. 

M.  de  Vogué  croit  difficile  de  prouver  que  les  monuments 
ne  proviennent  pas  de  Palmyre.  Le  buste  funéraire  paraît 
appartenir  à  une  famille  dont  le  tombeau  existe  à  Palmyre 
et  dont  la  généalogie  a  pu  être  reconstituée.  Les  portraits 
sculptés  que  renfermait  ce  tombeau  ont  été  enlevés  et  se 
trouvent  aujourd'hui  dispersés  dans  diverses  collections 
d'Europe  et  de  Syrie  ;  le  buste  semble  provenir  de  la  même 
source.  Quant  au  grand  bas-relief,  des  témoins,  que  le 
P.  Ronzevalle  assure  être  dignes  de  foi,  affirment  qu'il  a 
été  trouvé  dans  les  fondations  d'une  maison  ancienne  ;  cette 
circonstance,  même  en  la  supposant  démontrée,  ne  suffît 
pas  à  elle  seule  à  détruire  les  arguments  tirés  des  noms  des 
divinités,  de  la  nature  de  la  pierre,  de  tous  les  détails  qui 
rattachent  le  monument  à  la  ville  de  Palmyre  :  il  a  pu  en 
être  emporté  à  une  date  éloignée ,  et  avoir  été  enfoui  à  la 
suite  de  démolitions  et  de  reconstructions. 

Ces  deux  monuments  ne  suffisent  donc  pas  à  démontrer 
la  thèse  du  P.  Ronzevalle  sur  l'alphabet  palmyrénien,  au 
moins  dans  ce  qu'elle  paraît  avoir  de  trop  absolu.  ^L  de 
Vogué  est  d'ailleurs  tout  disposé  à  admettre  que  l'usage  de 
cet  alphabet  n'a  pas  été  strictement  limité  au  territoire  de 
Palmyre  :  il  a  pu ,  pendant  les  premiers  siècles  de  notre 
ère,  être  plus  ou  moins  employé  dans  la  Syrie  septentrionale. 


FOUILLES    EXÉCUTÉES    A    EL    KENiSSIA  283 

dans  la  région  jjlus  ou  moins  étendue  qui  subissait  l'in- 
fluence de  la  grande  cité  commerçante,  à  l'époque  de  sa 
remarquable  prospérité,  mais  on  ne  saurait,  sans  autres 
preuves,  aller  au  delà.  On  sait  en  effet,  par  les  monuments 
connus  jusqu'ici,  qu'à  la  même  époque  l'écriture  des  popu- 
lations nabatéennes  de  la  Syrie  méridionale,  bien  qu'appar- 
tenant à  la  même  famille  épigraphique,  et  celle  des  popula- 
tions aramaïsantes  de  la  Galilée ,  se  distinguaient  par  des 
caractères  spéciaux. 


RAPPORT    DE    M.    LE    D''    CARTON 
SUR    LES    FOUILLES    EXÉCUTÉES    A    EL    KEMSSIA ,     PRÈS    DE    SOUSSE 


5 


L'enlèvement  des  terres  qui  recouvrent  le  théâtre  a  mis 
au  jour  un  édifice  de  dimensions  assez  exiguës,  mais  dont 
le  plan  se  lit  maintenant  très  nettement.  Les  deux  vornito- 
ria  placés  aux  extrémités  de  l'hémicycle  sont  dégagés.  La 
moitié  des  parascenia,  le  mur  du  fond  de  la  scène  et  une 
partie  de  l'orchestre  sont  actuellement  découverts. 

La  pierre  de  taille  étant  ici,  comme  dans  tous  les  envi- 
rons de  Sousse,  à  peu  près  introuvable,  presque  tout  le 
monument  est  en  blocage,  que  l'on  avait  revêtu  de  stuc. 
Mais  on  y  a  retrouvé  un  certain  nombre  de  pierres  intéres- 
santes pour  l'étude  de  sa  décoration  :  gradins  taillés,  par 
économie,  en  forme  de  prisme  triangulaire,  corniches  sim- 
plement épannelées  et  qui  ont  dû  recevoir  un  revêtement 
de  stuc  figurant  les  détails  de  l'ornementation,  dalles  ayant 
revêtu  le  sol  de  l'orchestre,  etc. 

Devant  l'entrée  d'un  vomitorium,  on  a  trouvé,  sous  la 
surface  du  sol  antique  ,  un  magnifique  pilier  en  grandes 
pierres  de  taille,  qui  doit  être  le  vestige  d'un  édifice  anté- 

1903.  20 


284  FOUILLES    EXÉCUTÉES    A    EL    KENISSL\ 

rieur  au  théâtre,  et  dont  on  retrouvera  peut-être  d'autres 
traces. 

Ksiba,  dont  le  nom  antique  nous  est  encore  inconnu,  a, 
en  effet,  dû  être  un  centre  de  quekjue  importance  à  l'époque 
punique,  à  en  juger  par  ce  qui  a  été  découvert  dans  le 
sanctuaire  que  jai  déjà  signalé  très  brièvement  à  l'Acadé- 
mie dans  un  rapport  antérieur. 

Les  travaux,  poussés  depuis  avec  activité,  ont  fait  décou- 
vrir un  ensemble  des  plus  intéressants,  et  il  est  possible  de 
donner  dès  maintenant  une  idée  de  l'aspect  qu'il  présen- 
tera probablement,  lorsqu'il  sera  complètement  dégagé. 

Un  mur  en  blocage,  reconnu  actuellement  sur  une  lon- 
gueur de  ()0  mètres,  limitait  vers  le  Nord  un  rectangle  ou 
un  carré  à  l'intérieur  duquel  on  a  découvert  un  nombre 
prodigieux  d'ex-voto  puniques,  rappelant  l^eaucoup,  par 
leur  couleur  et  leur  disposition ,  ceux  de  Dougga ,  de 
Tubernuc  et  de  Maxula.  Chacun  d'eux  comprenait  deux  ou 
trois  lampes  puniques  (il  en  a  été  trouvé  plus  de  200)  avec 
ou  sans  pied,  du  type  habituel,  à  trois  becs  plus  ou  moins 
fermés,  et  qui  ont  été  aUumées.  comme  le  prouve  un  liseré 
de  noir  de  fumée  déposé  sur  les  ouvertures.  A  côté  de  ces 
lauqîes  était  une  ^  olla  »  à  panse  assez  élancée,  fermée  par 
un  couvercle  en  terre,  et  renfermant  les  restes  de  petits 
animaux  sacrifiés.  C'est  prolial^lement  l'existence  de  ces 
«  ossuaires  »  qui  a  poussé  mes  prédécesseurs  à  Ksiba,  et  en 
particulier  M.  Molins,  à  croire  qu'il  y  avait  ici  une  nécropole. 
Eu  (k'hors  de  ces  deux  sortes  de  récipients,  le  contenu 
classique  de  chaque  ex-voto  comprenait  encore  plusieurs 
petits  unguentRria  fusifornies ,  et  une  ou  deux  petites 
burettes,  en  terre  cuite. 

D'autres  objets  ont  éti-  Ironvi's,  mais  moins  fréquem- 
ment, il  côté  des  précédents  :  pt-tits  brûle-parfums  en  terre 
cuite  ou  en  calcaire,  en  forme  d'autels  «  cornus  »,  un  avant- 
bras  de  statuette  de  grandes  dimensions,  et  d'autres  sta- 
tuettes v\\  li'rre  cuite,  le  plus  souvent  brisées. 


FOUILLES    EXÉCUTÉES    A    EL    KENISSIA  285 

Ces  dernières  sont  d'un  modèle  assez  g^rossier,  en  terre 
mal  cuite.  L'une  d'elles  représente  une  femme  debout, 
tenant  devant  elle,  sur  sa  poitrine,  une  boîte  à  parfums,  où 
elle  puise  de  la  main  droite,  et  de  laquelle  semble  pendre 
une  espèce  de  bourse,  peut-être  un  sachet  renfermant  des 
grains  d'encens. 

Une  autre  de  ces  statuettes  représente  un  personnage 
accroupi,  ayant  sur  les  genoux  une  grappe  de  raisins.  Une 
autre  enfin  représente  un  personnage  serrant  sur  sa  poi- 
trine une  colombe,  de  la  main  droite,  et  tenant  une  boîte 
de  la  main  gauche. 

On  a  émis  l'opinion  que  quelques-uns  de  ces  petits  monu- 
ments représentaient  des  divinités  :  je  me  demande  si  ce  ne 
sont  pas  tout  simplement  des  dédicants. 

Coïncidence  curieuse  et  qui,  à  mon  avis,  n'est  pas  for- 
tuite, ces  statuettes  sortent  certainement  du  même  moule 
que  celles  de  la  collection  Gandolfe,  qui  ont  été  photogra- 
phiées par  M.  Gagnât  et  reproduites  par  lui  dans  ses  Explo- 
rations (2*"  fascicule). 

On  a  supposé  que  ces  dernières  provenaient  de  l'Henchir 
Biniana.  Il  résulte  de  mes  propres  informations  que  cette 
provenance  semble  douteuse,  et  il  est  possible  que  ces 
petits  monuments  proviennent  du  sanctuaire  étudié  ici, 
lequel  semble  malheureusement  avoir  été  bouleversé  à 
plusieurs  reprises  pour  la  recherche  du  bibelot.  Chaque 
ex-voto  ou  groupe  d'objets,  enfoui  dans  le  sol,  était  accom- 
pagné de  stèles. 

L'une  d'elles,  que  j'ai  déjà  signalée,  offre  trois  cônes 
posés  chacun  sur  un  piédestal  flanqué  de  hampes  portant 
à  droite  une  image  triangulaire  dite  de  Tanit,  à  gauche  le 
caducée.  Elle  rappelle  tout  à  fait,  et  comme  façon  et  comme 
symbolique,  les  monuments  envoyés  au  Louvre  par  M.  l'abbé 
Trihidez  et  trouvés  à  Sousse. 

Sur  une  autre  stèle,  les  cônes  tendent  à  l'anthropomor- 
phisme :  le  cône  central  a  une  face  humaine  grossière,  les 


286  FOUILLES    EXÉCUTÉES    A    EL    KEMSSIA 

cônes  latéraux  ont  seulement  un  cou  bien  dessiné,  mais  pas 
de  tête. 

Parmi  les  autres  pierres  qui  ont  été  trouvées,  je  dois 
signaler  celle  où  est  représenté  une  «  Tanit  »  à  posture 
bizarre,  ouverte  en  bas.  Beaucoup  portent  les  palmettes  et 
cet  emblème  en  forme  de  gril  que  je  soupçonne  représenter 
quelque  étendard.  La  plupart  de  ces  petits  monuments  sont 
extrêmement  grossiers.  Ce  sont  souvent  de  simples  galets 
empruntés  au  lit  de  la  rivière  voisine,  et  je  me  demande  si 
cette  grossièreté  n'est  pas  voulue  et  due  à  quelque  influence 
d'un  culte  bétylique. 

Ces  stèles  étaient  plantées  autour  de  gros  cubes  de 
maçonnerie  que  l'on  a  pris  jusqu'ici  pour  des  mausolées,  et 
qui  me  semblent  être  des  autels. 

La  découverte  la  plus  imposante  qui  ait  été  faite  en  ce 
point  est  celle  d'un  escalier  gigantesque  par  sa  largeur.  On 
en  a  découvert  actuellement  une  trentaine  de  mètres,  et 
lune  de  ses  extrémités  seulement  est  au  jour.  Auprès  de 
celle-ci  est  une  cella^  et  un  autre  escalier,  plus  petit  et  plus 
profond,  qui  semble  avoir  été  caché  et  recouvert  en  partie 
par  le  grand.  En  arrière  de  l'escalier  s'étend  une  plate- 
forme d'environ  2  mètres  de  largeur,  et  derrière  lui  une 
autre  marche. 

L'impression  première  produite  sur  moi  par  cet  ensemble 
est  celle  de  quelque  vaste  sanctuaire  avec  area  précédant 
de  petites  cellœ ,  rappelant  assez  celui  de  Baal-Saturne  que 
j'ai  étudié  à  Dougga. 

J'ajouterai  à  ce  qui  précède  que  le  grand  emmarchement 
est  tourné  vers  l'est. 

Jusque  maintenant,  toutes  les  stèles  trouvées  sont  anépi- 
graphes,  et  il  a  été  impossible  de  les  dater  d'une  manière 
même  approximative.  L;i  présence  (U-s  lanqies  puniques 
t'ih'-même  ne  me  semble  pas  concluanlc  h'ui-  l'onne  ayant 
pu  être  conservée,  h  titre  simplement  rituel,  dans  un  sanc- 
tuaire néo-punique. 


LIVRES    OFFERTS  287 

Les  travaux  vont  être  poussés  en  ce  point  avec  précau- 
tion, et  on  peut  espérer  qu'ils  permettront  de  jeter  quelque 
lumière  non  seulement  sur  l'histoire  de  la  petite  ville,  mais 
encore  sur  celle  de  la  relig-ion  punique. 

Quelques  sondag-es  pratiqués  en  d'autres  endroits  de  la 
ville  antique  ont  fait  découvrir  des  mosaïques  à  ornements 
géométriques  qui  ne  sont  pas  encore  entièrement  dégag'ées, 
des  chambres  aux  parois  ornées  de  fresques,  un  ensemble 
formé  d'un  vaste  rectang^le  ouvert  à  l'est,  au  fond  duquel 
sont  de  très  grandes  citernes  (du  type  des  citernes  publiques") 
et  dont  les  deux  côtés  sont  formés  par  une  série  d'édicules 
de  petites  dimensions ,  se  faisant  face ,  s'ouvrant  sur  le 
rectangle,  au  sol  revêtu  de  mosaïques,  et  ayant  dû  renfermer 
des  appliques  en  marbres  variés  et  très  riches.  J'ig-nore, 
jusque  maintenant,  si  l'on  est  en  présence  d'un  sanctuaire, 
d'une  place  publique  ou  du  «  macellum  ». 

J'ajouterai  en  terminant  que  Ton  trouve,  aux  environs 
immédiats  de  Ksiba ,  des  groupes  de  ruines  intéressants , 
que  je  me  propose  d'étudier  un  jour. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  de  rAcadémie  la 
première  partie  du  tome  XXXVIII  des  Notices  et  eottraits  des  manu- 
scrits de  la  Bibliothèque  nationale  (Paris,  1903,  in-4°). 

Le  Secrétaire  perpétuel  offre  ensuite  : 

1°  Au  nom  de  notre  confrère,  M.  Emile  Picot,  un  recueil  de  Chants 
historiques  français  du  XVI''  siècle.  Bègnes  de  Louis  XII  et  de  Fran- 
çois /«■•  (Paris,  1903,  in-S")  ; 

2°  Au  nom  de  M.  Vincenzo  Crescini,  une  brochure  intitulée  Gastone 
Paris  (Venezia,  1903,  in-S"). 


288  LIVRES    OFFERTS 

M.  Cleumont-Ganneau  offre  à  lAcadémie,  de  la  part  des  auteurs, 
M.  le  D""  Lortet ,  corres[)ondant  de  l'Académie  des  sciences,  et 
M.  Gaillard,  chef  des  travaux  au  Muséum  de  Lyon,  un  ouvrage  inti- 
tulé :  La  faune  mnmifiâp  de  l'ancienne  Egypte. 

Ce  beau  volume  ,  ilhislré  par  de  nombreuses  gravures  exécutées 
avec  une  scrupuleuse  exactitude,  n'intéresse  pas  moins  l'archéologie 
que  l'histoire  naturelle.  11  contient  les  résultats  détaillés  de  l'examen 
scientifique  aucjuel  les  auteurs  ont  soumis  des  centaines  de  momies 
comprenunt  des  spécimens  des  animaux  les  plus  divers  :   mammi- 
fères,  oiseaux,  reptiles,  poissons  et  même  mollusques.  11  constitue 
une  premièi-e  série,  les  auteurs  se  proposant  de    poursuivre  cette 
étude  ({ui,  jusqu'à  ce  jour,  n'avait  pas  été  faite  d'une  façon  systéma- 
tique. Elle  soulève  des  questions  très  importantes,  depuis  celle  de 
l'idée  religieuse  à  laquelle  obéissaient  les  Egyptiens  en  faisant  ainsi 
au  corps  de  l'animal,  comme  au  corps  de  l'homme,  les  honneurs  de 
l'embaumement,  jusqu'à  celle  de  la  fixité  des  formes  anatomiques  à 
travers  les  siècles.  11  ne  semble  pas  jusqu'ici  qu'on  ait  constaté  des 
différences  morpliologiejues  appréciables  avec  les  espèces  congénères 
et   contemporaines.  L'ibis  seul   paraît  faire    une    exception    que  je 
crois  devoir  signaler  :  la  longueur  du   tarse  chez  l'ibis   momifié  est 
notablement  supérieure  à  celle  qu'on  observe  chez  l'ibis  actuel,  96  à 
124  millimètres  chez  le  premier,  80  à  10")  millimètres  chez  le  second. 
Ce  raccourcissement  reniar(jual)le  des  membres  postérieurs  est  attri- 
bué par  le  D''  Lortet  à  une  modification  des  conditions  d'existence  de 
cet  oiseau  de   marais.  Quant  au  principe   même  de  l'emijaumement 
des  animaux,  pratiqué  sur  une  si  grande  échelle  par  les  Egyptiens, 
l'auteur  incline  à  l'expliipier  par  une  conception  plutôt  philosophique 
que  religieuse  et  il  le  rallaclie  nettement  à  la  doctrine  de  la  métemp- 
sycose. 

M.  le  M'*  DE  Vogué  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  .lai  l'honneurde  déposer  sur  le  bureau  de  l'Académie  le  3«et  der- 
nier fascicule  du  tome  I'  '  de  la  jjartie  araméenne  du  Corpus  insfrijiHo- 
luini  semidcariim.  11  comprend  la  suite  des  inscriptions  nabaléennes 
trouvées  dans  la  région  de  Pétra,  et  la  moitié  environ  des  inscriptions 
sinaïtiipies.  11  s'est  écoulé  depuis  la  publication  du  fascicule  précé- 
dent un  laps  de  temps  plus  considérable  que  nous  l'aurions  voulu. 
Les  explorations  successives  de  Pétra  nous  on!  oliii^é,  en  ihius  appor- 
tant de  nouveaux  documents,  de  remanier  plusieurs  fois  le  texte 
relatif  à  cette  partie  du  Corpux.  D'autre  part,  la  préparation  du  texte 
des  insciiptions  sinaïliques,  euai)parence  fort  simple,  rencontrait  des 


LIVRES    OFFERTS  289 

difficultés  particulières.  Il  a  fallu  attendre  tout  d'abord  d'avoir  Ten- 
semble  des  planches  sous  les  yeux,  afin  d'identifier  les  textes  publiés 
antérieurement  avec  les  copies  de  M.  Bénédite;  ce  travail  fastidieux, 
mais  indispensable,  n'a  pu  être  mené  à  bonne  fin  qu'à  l'aide  de  tables 
provisoires  qui  ont  exigé  la  confection  de  plus  de  huit  mille  fiches,  et 
la  comparaison  minutieuse  de  toutes  les  copies  entre  elles.  Enfin,  à 
cause  des  nombreux  rapprochements  qu'il  était  nécessaire  de  faire 
entre  certaines  inscriptions,  il  a  été  impossible  de  mettre  ce  fascicule 
à  l'impression  avant  que  les  planches  et  le  texte  du  fascicule  suivant 
n'aient  été  définitivement  établis.  Nous  avons  donc  en  réalité  préparé 
deux  fascicules  assez  volumineux.  Le  bon  à  tirer  de  celui  que  je 
présente  aujourd'hui  a  été  donné  à  l'Imprimerie  nationale  il  y  a  plus 
d'un  an  ;  la  copie  du  fascicule  suivant  a  déjà  été  remise  à  cet  établis- 
sement, et  nous  formons  le  vœu  que,  sans  se  départir  en  aucune 
façon  du  soin  minutieux  qu'il  apporte  à  la  publication  de  notre  grande 
œuvre,  il  n'en  retarde  pas  trop  l'apparition  par  des  lenteurs  nouvelles. 
Si  notre  désir  se  réalise,  nous  pourrons  présenter  à  l'Académie,  dès 
l'année  prochaine,  le  l'^''  fascicule  du  tome  second,  qui  comprendra  la 
fin  des  inscriptions  nabatéennes.  II  ne  restera  plus  à  publier,  pour 
compléter  la  partie  araméenne,  que  les  inscriptions  palmyréniennes. 
Mais  aussi  il  sera  nécessaire  d'ajouter  à  notre  second  volume  un 
supplément  contenant  les  inscriptions  découvertes  depuis  que  notre 
publication  est  commencée;  cette  tâche  nous  sera  grandement  faci- 
litée par  le  Répertoire  d'épigraphie  sémitique  dans  lequel  la  matière 
aura  déjà  été  soigneusement  élaborée.  » 

M.  de  Vogué  offre  ensuite  à  l'Académie,  de  la  part  de  l'auteur, 
M.  René  Dussaud,  le  rapport  de  la  mission  qu'il  a  remplie ,  dans  le 
Safa ,  le  Haouran  et  les  autres  régions  désertiques  de  la  Syrie 
moyenne  (Paris,  1903,  in-S"). 

Ce  travail,  fait  en  collaboration  avec  M.  Macler,  renferme  un 
nombre  considérable  de  textes  nouveaux,  recueillis  avec  le  plus 
grand  soin,  expliqués  et  commentés  avec  science.  Il  comprend  en 
outre  la  plus  grande  collection  d'inscriptions  safaïtiques  qui  ait  été 
relevée  depuis  celle  que  M.  de  Vogiié  a  rapportée  avec  Waddington 
en  1862.  Seulement  MM.  Dussaud  et  Macler  ont  sur  lui  l'avantage 
d'avoir  su  déchiffrer  ces  textes  difficiles.  On  trouvera  dans  leur 
rapport  un  glossaire  très  complet  de  la  langue  de  ces  inscriptions  et 
de  nombreux  aperçus  sur  les  mœurs,  les  croyances,  l'état  social 
des  populations  arabes  qui  les  ont  gravées  dans  les  premiers  siècles 
de  notre  ère.  L'Académie  reconnaîtra  avec  satisfaction   que  M,   R. 


200  LIVRES   OFFERTS 

Dussaïul  a  entièrement  répondu  aux  espérances  qu'elle  avait  fondées 
sur  la  mission  qu'elle  lui  avait  confiée. 

A  ce  rapport  est  jointe  une  intéressante    brochure  sur  diverses 
questions  de  mythologie  syrienne. 

M.  Oppert  présente  de  la  part  de  l'auteur,  M.  \v  chanoine  François 
Martin,  un  ouvrage  intitulé:  Textes  religieux  assijriciis  ri  Ijahylnnims 
(Paris,   1903,   in-8«).  Cet  ouvrage  est  la  traduction  des  poèmes  reli- 
gieux publiés  surtout  par  M.  Craigh,  en  partie  bilingues,  en  sumérien 
avec   la  traduction   assyrienne.    L'œuvre   fait   grand   honneur  à   son 
auteur,   qui   a    étudié  la  situation   des   personnages    sacerdotaux    et 
donné,  des  différentes  pièces,  en  partie  poétiques,  une  traduction  i\\\\ 
a  rendu  exactement  le  sens,  dans  bien  des  cas  obscur.  Cet  ouvrage 
présente  pour  les  vétérans  de  la  science  assyriologi«iue  la  preuve 
consolante  qu'en  France,  contrairement  à  ce  qui  est  remarqué  pour 
d'autres  pays,  cette  nouvelle  science  n'est  pas  en  état  de  décrois- 
sance. 

M.  Oppf.ht  présente  ensuite  do  la  part  de  son  frère,  M.  Gustave 
Oppert,  une  très  savante  et  minutieuse  étude  sur  Tharshih  et  Ophir 
(Berlin,  1903,  in-8°).  L'auteur,  qui  ne  laisse  de  côté  aucun  document 
antique,  résout  la  question  de  Tharshih  dans  le  sens  de  l'identification 
avec  Tartessus  d'Espagne,  contrairement  à  d'autres  opinions  «pii  se 
sont  fait  jour,  en  donnant  toutefois  au  nom  de  Tharshih  une  significa- 
tion plus  étendue  que  celle  de  la  ville  de  Tartessus  et  englobant  une 
grande  partie  de  l'Espagne  méridionale.  Quant  à  Ophir,  M.  Oppert  se 
décide  pour  l'opinion  généraienn-nt  admise  aujourd'hui,  (pii  identifie 
rOphirde  Salomon  avec  la  partie  méridionale  de  rAfri(pie  orientale. 
Sul)sidiairement,  l'auteur  étend  la  désignation  d'Ophir  à  l'Inde,  en  se 
fondant  sur  difTérentes  raisons  étymologicjues.  Le  travail  démontre 
que  l'auteur,  pour  résoudre  cette  question  intéressant  le  commerce 
antique,  s'est  engagé  dans  des  études  laliorieusemcnl  conduites. 

M.  Babelon  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  de  déposer  sur  U-  l)ureau,  de  la  part  de  fauteur, 
M.  le  docteur  Jules  Bouvier,  une  brochure  intitulée  :  Les  rois  phéni- 
ciens (le  Sidon  ,  d'après  leurs  monnaies  sous  la  di/nastie  des  Acliémé- 
nides  (extrait  de  la  Revue  de  nuinismulii/ue  de  l'.l02).  M.  Bouvier 
reprend  dans  ce  travail  numismatique  le  problème  si  intéressant  et 
qui  est  d'actualité  même,  au  sein  de  l'Académie,  de  la  succession 
chronologique  des  rois  de  Sidon  avant  l'arrivée  d'Alexandre.  Il  a  uti- 


LIVRES    OFFERTS  291 

lise  avec  compétence  et  critique  un  grand  nombre  de  monnaies,  pro- 
venant de  trouvailles  nouvelles  et  entrées  dans  sa  collection  parti- 
culière, qui  étaient  demeurées  inconnues  jusqu'ici.  C'est  en  s'appuyant 
sur  ces  nouveaux  documents  que  M.  Rouvier  croit  pouvoir  établir 
chronologiquement  une  série  indiscontinue  de  quatorze  rois  sido- 
niens  depuis  Tetramnestos,  vers  475  avant  J.-C,  jusqu'à  Abdalonyme 
en  332.  Je  crois,  pour  ma  part,  que  cette  liste  doit  être  réduite  et  que 
plusieurs  des  groupes  monétaires  établis  par  M.  Rouvier  appar- 
tiennent non  pas  à  des  rois  différents,  mais  à  un  seul  et  même 
prince.  Quelque  réserve  qu'on  puisse  faire  à  ce  point  de  vue  sur  la 
liste  de  M.  Rouvier,  il  demeure  acquis  que  son  travail  doit  être 
désormais  la  base  des  recherches  qui  pourraient  encore  être  entre- 
prises sur  la  chronologie  sidonienne  dans  la  période  de  la  domination 
achéménide  sur  la  Phénicie,  et  c'est  à  ce  titre  que  je  le  recommande 
en  particulier  aux  épigraphistes  qui  ont  tant  agité  la  question  de  la 
place  à  assigner  au  règne  d'Eschmounazar  et  à  la  dynastie  de  ce 
prince.  » 

M.  S.  Reinach  présente  à  l'Académie,  de  la  part  des  auteurs, 
M.  Louis  Chassaigne  et  Gustave  Chauvet,  un  ouvrage  intitulé  ;  Ana- 
lyses des  bronzes  anciens  du  département  de  la  Charente  [Ruîïec,  1903, 
in-8°). 

Cette  monographie,  due  k  la  collaboration  d'un  chimiste  et  d'un 
archéologue,  est  fort  importante;  elle  établit,  d'une  manière  défini- 
tive, que  les  bronzes  très  anciens  de  la  Charente  sont  de  fabrication 
indigène,  parce  qu'ils  présentent,  dans  leur  composition,  des  diffé- 
rences essentielles  avec  les  bronzes  analogues  de  l'Europe  centrale. 

M.  G.  Perrot  offre,  de  la  part  de  M.  Gauckler,  correspondant  de 
l'Académie  et  directeur  du  service  des  antiquités  à  Tunis,  le  Compte 
i^e?idu  de  la  marche  du  service  en  1902  (Tunis,  1903,  in-8°),  rapport 
adressé  au  résident  général,  et  le  septième  fascicule  de  VEnquête  sur 
les  installations  hydrauliques  romaines  en  Tunisie  (Tunis,  1903,  in-8°), 
jadis  entreprise  par  ordre  de  M.  Millet,  alors  résident. 

Dans  le  Compte  rendu,  on  remarquera  des  renseignements  inédits 
sur  les  résultats  qui  ont  été  donnés  par  les  principaux  chantiers  de 
fouilles  que  le  service  a  entretenus,  au  cours  de  la  dernière  année, 
à  Cartilage,  à  Dougga,  à  El-djem,  à  Bougrara ,  à  Ferryville,  à 
Chebba,  etc. 

Le  cahier  de  Y  Enquête  est  plus  important  que  les  deux  fascicules 
précédents  ;  il  renferme,  entre  autres  études  de  détail,  une  très  bonne 


292  SÉANCE    DU    10    JUILLET    1903 

monographie  de  ralimentation  en  eau  du  Kef,  qui  est  due  à  un  des 
meilleurs  collaborateurs  du  service,  le  lieutenant  du  génie  Renault. 

M.  E.  PoTTiER  fait  hommage  à  l'Académie,  de  la  part  de  M.  G. 
Vasseur,  professeur  de  géologie  à  l'Université  d'Aix-Marseille,  d'une 
Note  sur  V industrie  ligure  en  Provence  au  temps  de  la  colonie 
grecque  (47  pages  et  5  planches  ;  extrait  des  Annales  de  la  Faculli'  des 
sciences  de  Marseille,  t.  Xlll,  fasc.  III).  M.  Vasseur  a  exploré  avec 
beaucoup  de  soin  un  plateau  rocheux,  situé  entre  Aix  <>t  Marseille, 
qui  constitue  une  position  stratégique  facile  à  défendre  et  (}ui  avait 
dû  attirer  de  bonne  heure  l'attention  des  populations  primitives;  on 
y  avait  remarqué  depuis  longtemps  des  vestiges  antiques  et  on  y  avait 
ramassé  des  monnaies  grecques.  Par  des  fouilles  bien  conduites, 
M.  Vasseur  a  réussi  à  enrichir  considérablement  le  groupe  d'antiquités 
recueillies  sur  ce  point  :  silex,  monnaies,  terres  cuites,  poteries,  et 
il  a  pu  suivre,  pendant  la  durée  d'environ  cinq  siècles,  du  vin"  au  i*'"' 
av.  J.-C,  la  possession  de  ce  plateau  p.u-  une  population  qu'il  croit 
devoir  rattacher  à  la  race  ligure,  en  se  servant  sur  ce  point  des 
derniers  travaux  publiés  par  MM.  Michel  Clerc  et  Camille  Jullian.  Je 
signalerai  surtout  la  découverte  de  poteries  de  style  géométricjue,  de 
fragments  probablement  ioniens  à  figures  noires  et  rouges,  qui 
attestent  des  relations  avec  les  contres  grecs  dès  le  vu"  et  vi"  siècle 
et  qui  sont,  je  crois,  avec  les  œnochoés  du  type  de  Santorin  cpie 
possède  le  Musée  de  Marseille  (Dumont  et  C.hapWin, Céramirj .  grecq., 
Il,  p.  120),  les  documents  k>s  plus  anciens  qu'on  ait  encore  trouvés 
en  France  en  fait  d'importations  de  céramique  grecque. 


SKANCK   DU    10   JUILLET 


M.  le  Ministre  de  rinstruolion  pMhIi(|ue  et  des  beaux-arts,  dans 
une  lettre  qu'il  adresse  au  Président  de  l'Institut,  annonce  que 
la  distrihnliiin  des  jji'ix  du  (concours  général  ciilic  les  lycées  et 
collèges  de  la  Seine  et  de  Versailles  aura  lieu  sous  sa  présidence 
le  30  juillet, 'à  10  heures  du  matin,  à  la  SorI)onne,ct  il  exprime  le 


SÉANCE    DU    10    JUILLET    1903  293 

-  désir  que   rinstitut  soit  représenté  à   cette   cérémonie  par  une 
députation  officielle. 

L'Académie  désigne  MM.  Perhot,  Wallon  et  Dieulafoy. 

Le  secrétaire  du  Comité  formé  pour  ériger  une  statue  à  Jules 
Simon  informe  lAcadémie  que  l'inauguration  du  monument 
aura  lieu  dimanche  prochain,  12  juillet,  à  9  heures  du  matin, 
place  de  la  Madeleine,  et  il  adresse  quelques  cartes  d'invitation 
pour  être  mises  à  la  disposition  des  membres  de  l'Académie. 

M.  Emile  Picot,  au  nom  de  la  Commission  du  prix  de  La  Grange, 
fait  le  rapport  suivant  : 

«  J'ai  l'honneur  de  présenter  à  TAcadémie  le  rapport  de  la 
Commission  du  prix  de  La  Grange.  La  Commission  a  décerné 
ce  prix  à  M.  A.  Guesnon,  pour  l'ensemble  de  ses  travaux  publiés 
dans  Z,e  moyen  âge  et  ailleurs,  sur  les  trouvères  artésiens.  L'Aca- 
démie n"a  pas  oublié  l'importante  communication  que  M.  Guesnon 
lui  a  faite,  dans  sa  séance  du  "28  juillet  1899,  sur  un  registre  de 
la  Confrérie  des  jongleurs  et  des  bourgeois  d'.\rras  ,  commencé 
au  début  du  xni''  siècle  et  continué  sans  interruption  jusqu'après 
le  milieu  du  xiv".  L'étude  de  ce  registre  a  permis  à  l'auteur  de 
fixer  la  date  de  la  mort  d'un  certain  nombre  de  nos  anciens 
poètes,  en  particulier  de  Jean  Bodel  et  de  Jean  Bretel.  » 

M.  DE  Barthélémy,  au  nom  de  la  Commission  du  prix  Prost , 
donne  lecture  du  rapport  suivant  : 

«  La  Commission  ,  pour  le  concours  Prost,  a  décidé  de  don- 
ner, sur  les  arrérages  de  la  fondation,  deux  récompenses  : 

«  1°  Une  récompense  de  900  francs  à  ^L  Ptister  pour  le  tome  I'"^ 
de  son  Histoire  de  Nancy  ; 

«  2°  Une  récompense  de  300  francs  à  M.  Paul  Marichal,  pour 
un  travail  intitulé  :  Remarque?  chronologiques  et  topographiques 
sur  le  Carfulaire  de  Gnrze.  » 

LWcadémie  donne  acte  à  ces  deux  Commissions  des  conclusions 
de  leurs  rapports. 


294  SÉANCE    DU    10    JUILLET    1904 

M.  Salomon  REiNACH,au  nom  de  la  Commission  des  antiquités 
de  la  France,  donne  lecture  du  rapport  sur  le  Concours  de  cette 
année. 

Le  rapport  est  approuvée 

M.  FoucART  achève  la  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur 
le  culte  de  Dionysos  en  Atlique. 

M.  Maurice  Croiset  lit  une  note  sur  le  sens  du  mot  oiV-y,  et 
ridée  de  justice  dans  Homère.  Il  montre  que  la  langue  homérique 
ne  contient  aucun  mot  qui  exprime  l'idée  abstraite  de  justice, 
dans  toute  son  étendue.  Le  terme  o^xr,  signifie  proprement 
«  déclaration  »  et  s'applique  spécialement  à  une  sentence  arbi- 
trale. La  sentence  de  l'arbitre  a  été  comme  le  noyau  autour 
duquel  se  sont  cristallisées  des  notions  éparses,  et  le  terme  qui  la 
désignait  est  devenu  peu  à  peu  le  nom  de  la  vertu  sociale  par 
excellence.  Mais  cette  élaboration  ne  s'est  accomplie  que  dans  la 
période  postérieure  à  la  composition  des  poèmes  homériques. 

1.  '\'(>ir  ci-après  (Appendice). 


APPENDICE 


RAPPORT 

FAIT    AU    NOM    DE    LA    COMMISSION  DES   ANTIQUITÉS  DE   LA    FRANCE 

SUR  LES  OUVRAGES  ENVOYÉS  AU  CONCOURS  DE  l'anNÉE  1903, 

PAR    M.    SALOMON    REINACH ,    MEMRRE    DE    l' ACADÉMIE , 

et  lu  dans  la  séance  du  10  juillet  1903. 

Messieurs  , 

Notre  Commission  n'a  pas  attendu ,  pour  vous  faire  la 
confidence  de  ses  embarras  ,  qu'elle  eût  achevé  le  travail 
dont  vous  l'avez  chargée.  A  deux  reprises,  l'un  de  nous  s'est 
adressé  à  l'Académie  pour  obtenir  d'elle  que  certains 
ouvrages  spéciaux  fussent  dirigés  dans  des  voies  moins 
encombrées  et  que  le  nombre  des  mentions  dont  nous 
disposons  fût  accru.  Vous  avez  bien  voulu,  en  dernier  lieu, 
nous  autoriser  à  proportionner  le  chiffre  des  récompenses  à 
l'importance  et  à  la  valeur  du  concours;  c'est  là  une  déci- 
sion dont  nous  devons  d'abord  vous  remercier,  car  elle  nous 
permet  d'assurer  le  témoignage  public  de  votre  estime  à 
des  auteurs  qui  ont  tout  fait  pour  la  mériter. 

Le  Concours  de  1902  n'avait  réuni  que  19  concurrents, 
contre  34  en  1901,  31  en  1900  et  35  en  1899  ;  nous  avons 
eu,  cette  année,  à  examiner  33  envois,  formant  un  ensemble 
de  46   volumes  ou  brochures.  Un    premier  classement   a 


296  CONCOLRS    DES    ANTIQUITÉS    DE    LA    FRANCE 

donné  ce  résultat  remarquable  que  treize  envois  ont  été 
jugés  (li<:fnes  de  prétendre  aux  neuf  récompenses  dispo- 
nibles; si  ce  nombre  n'avait  pas  été  aug-menté  par  l'addi- 
tion d'une  médaille  et  de  trois  mentions,  nous  aurions  été 
placés  dans  la  nécessité  pénible  de  méconnaître  le  savoir  et 
le  talent.  Grâce  ii  la  bienveillance  de  l'Académie,  nous 
pouvons  attribuer  douze  récompenses  ;  un  ouvragée  dune 
incontestable  valeur,  celui  de  M.  l'abbé  Vacandard  sur  saint 
Ouen,  évêque  de  Rouen,  n'a  été  écarté  qu'en  vue  d'un  autre 
Concours,  auquel  il  a  paru  expédient  de  le  réserver. 

Le  titulaire  de  la  première  médaille  est  M.  l'abbé  Angot, 
auteur  du  Dictionnaire  historique  de  la  Mayenne^  dont  le 
premier  volume,  comprenant  les  lettres  A-C,  avait  été 
soumis  à  votre  Commission  en  1901.  (]e  Dictionnaire^ 
aujourd'hui  terminé,  fruit  de  vingt-cin(}  ans  de  travail,  est 
con^u  sur  le  même  plan  que  le  Dictionnaire  de  Maine-et- 
Loire  du  regretté  (^élestin  Port;  mais  alors  que  d'autres 
imitateurs  de  Port  étaient  demeurés  loin  de  leur  modèle, 
celui-ci  s'en  est  rapproché  autant  que  le  permettait  l'état 
des  archives  locales,  beaucoup  moins  riches  pour  le  Maine 
occidental  que  pour  l'Anjou.  Quand  on  songe»  que  l'auteur 
est  un  modeste  ecclésiastic{ue  ,  curé  d'une  bourgade  des 
environs  de  Laval ,  on  est  vraiment  confondu  de  la  masse 
extraordinaire  de  documents  qu'il  a  pu  mettre  en  œuvre, 
de  l'esprit  criticjui'  ([uil  a  porté  dans  ce  travail,  de  la  discré- 
tion toute  scientili(iuc  avec  la(juelle  il  a  sacrifié  une  grande 
partie  des  notes  et  documents  recueillis  par  lui  ])our  ne 
donner  (jue  ICssrnti.'l  sous  une  fornu-  précise,  dans  des 
notices  d  une  éiéij^ante  sobriété.  M.  l'abbé  Any^ot  n'a  rien 
négligé  pour  faire  de  son  hidinnnairc  une  œuvre  vraiment 
originale;  il  n'a  jamais  utilisé  sans  contrôle  le  travail  de 
ses  devanciers  et  quand  cui  c()nq)are  ses  articles  à  ceux  de 
tel  de  ses  prédécesseurs,  on  reconiuiîi  aisément  ce  qu  il  y  a 
ajouté  de  renseignements  puisés  à  bonne  source,  ce  qu'il  a 


CONCOURS    DES    ANTIQUITÉS    DE    LA    FRANCE  297 

rectifié  ou  éliminé  à  bon  escient.  Assurément,  dans  un 
aussi  vaste  ensemble,  comprenant  plus  de  1.700  grandes 
pages,  il  s'est  glissé  quelques  menues  inexactitudes  ;  mais 
le  même  soin,  la  même  sûreté  de  méthode  paraissent  dans 
toutes  les  colonnes  du  Dictionnaire.  C'est,  pour  tout  dire, 
un  ouvrage  monumental,  qui  mérite  désormais  d'être  cité 
comme  un  modèle  et  que  nous  avons  eu  un  véritable  plaisir 
à  récompenser. 

La  seconde  médaille  est  attribuée  à  M.  Stéphane  Gsell, 
auteur  d'un  ouvrage  en  deux  volumes  sur  les  monuments 
antiques  de  l'Algérie.  C'est  le  travail  le  plus  considérable  et 
peut-être  le  meilleur  dont  l'archéologie  de  l'Afrique  fran- 
çaise ait  encore  été  l'objet.  11  porte  enfin  l'ordre  et  la  clarté 
dans  la  masse  énorme  de  matériaux  qui  s'étaient  accumu- 
lés depuis  la  conquête,  tant  dans  les  grandes  publications 
de  luxe,  restées  inachevées,  que  dans  les  longues  séries  de 
volumes  publiés  par  les  sociétés  savantes.  Mais  cet  ouvrage 
n'a  rien  d'une  compilation.  L'auteur  connaît  admirablement 
l'Algérie  ;  il  a  payé  de  sa  personne  en  dirigeant  des  fouilles, 
en  explorant  des  régions  peu  étudiées,  où  il  a  recueilli  des 
centaines  de  textes  épigraphiques  inédits,  dressé  les  plans 
de  monuments  romains  et  d'églises  chrétiennes.  Son  vaste 
savoir  archéologique,  dont  témoignait  déjà ,  presque  au 
début  de  sa  carrière  de  savant,  la  belle  relation  des  fouilles 
qu'il  conduisit  à  Vulci,  lui  a  permis  d'exprimer  des  opi- 
nions personnelles  et  autorisées  sur  les  monuments  les 
plus  divers,  depuis  les  dolmens  jusqu'aux  chapelles  byzan- 
tines. Ce  manuel  d'archéologie  algérienne  sera  particuliè- 
rement précieux  à  une  époque  où  les  fouilles  et  les  explo- 
rations méthodiques  ont  pris  un  si  grand  développement 
dans  ces  réglons.  M.  Gsell  est  trop  modeste  en  traitant  son 
ouvrage  de  prématuré  et  d'incomplet.  11  arrive  à  son  heure; 
il  donne  tout  ce  qu'on  pouvait  attendre,  tout  ce  qu'on  pou- 
vait raisonnablement  demander.  Les  progrès  ultérieurs  des 


298  COxNCOLRS    DES    ANtIQtiTÉS    DE    LA    FRANCE 

études  africaines  seront  dus,  dans  une  large  mesure,  à 
l'influence  d'un  livre  long-temps  attendu  qui  marque  exacte- 
ment Tétat  de  nos  connaissances  et  devient  le  point  de 
départ  obligé  de  toute  recherche  nouvelle  sur  ce  terrain. 

M.  Espinas,  auquel  nous  décernons  la  troisième  médaille, 
est  l'auteur  d'un  livre  excellent  sur  les  finances  de  la  com- 
mune de  Douai,  depuis  les  origines  jusqu'au  xv'"  siècle.  C'est 
le  fruit  d'un  dépouillement  minutieux  des  archives  de  la 
ville  de  Douai ,  éclairé  par  des  rapprochements  continuels 
avec  les  actes  relatifs  au  régime  financier  des  autres  villes 
de  la  Flandre.  Nombre  de  questions  importantes  ont  été 
traitées  par  M.  Espinas  d'une  façon  très  instructive  et  à 
laide  de  documents  nouveaux,  par  exemple  l'intervention 
de  la  commune  dans  la  tutelle  des  mineurs  et  la  constitution 
des  rentes  perpétuelles  ou  viagères  créées  au  profit  des 
souscripteurs  aux  emprunts  municipaux.  L'auteur  ])araît 
avoir  lu  très  attentivement  tout  ce  qui  a  été  écrit  en  France 
et  en  Allemagne  sur  les  communes;  son  érudition  est  d'ail- 
leurs vivifiée  par  un  long  commerce  avec  les  sources  origi- 
nales, qui  l'a  mis  à  même  de  prendre  parti  dans  des  ques- 
tions singulièrement  ardues  et  parfois  obscures.  Cette 
histoire  financière  d'une  ville  est  bien  plus  (ju'une  mono- 
graphie d'intérêt  local  :  elle  constitue  un  chapitre,  indispen- 
sable désormais  aux  médiévistes,  de  l'histoire  économique 
et  fiscale  de  notre  pays. 

MM.  Léon  Maître  et  Paul  de  Berlhou,  auxquels  revient 
la  ([uatrième  médaille,  ont  publié,  d'après  un  manuscrit  de 
la  Hibliothè((ue  nationale.  V Ilinérairc  de  liretnr/ne  de 
Dubuisson-Aubenay.  Ce  Dubuisson  fui  un  des  hommes  les 
plus  instruits  de  la  première  moitié  du  xvii'  siècle  ;  travail- 
leur infatigable,  il  a  laissé  de  nombreux  manuscrits  qui 
témoignent  d'un  goût  éclairé  pour  l'histoire,  la  géographie 
et  les  antiquités.  Le  manuscrit  (jue  nous  possédons  est  la 


CONCOURS    DES    AiNTIQUlTÉS    DE    LA    FRANCE  299 

mise    en   œuvre  des   notes    recueillies  par   lui    durant  un 
séjour  de  six  mois  qu'il  fît  en  Bretag-ne,  de  septembre  1637 
à  la  fin  de  février,  à  la  suite  de  Jean  d'Estampes- Valençay, 
chargé    en    Bretagne    d'une     mission     administrative.     Si 
Dubuisson  fut  un  voyageur  curieux  et   bien   informé ,    on 
peut  dire  qu'il  a  trouvé  des  éditeurs  dignes  de  lui.  Le  texte 
de  Vltinéraire  a  été  établi  avec  soin  ;   ce  n'était  point  là 
une  tâche  facile,  car,  outre  que  l'écriture  du  manuscrit  est 
très  fine ,  la  lecture  en  est  souvent  rendue  pénible  par  les 
ratures  et  les  surcharges.  L'annotation  de  MM.  Maître  et  de 
Berthou   est  d'une  extrême  richesse  ;    par   moments ,    elle 
semble  même  trop  riche,  mais  les  informations  cju'elle  nous 
apporte  en  grande  abondance  ont  toujours  été  puisées  aux 
meilleures  sources  et  dûment  contrôlées.  L'intérêt  de  cette 
publication  n'est  pas   seulement  considérable  pour  la  con- 
naissance de  l'état  de  la  Bretagne  au  xvn*'  siècle,  mais  pour 
celle  des  antiquités  de  ce  pays  ;  car  Dubuisson  a  vu  et  décrit 
les  monuments  «  celtiques  »  des  environs  de  Locmariaker 
alors  cju'ils  n'étaient  pas  encore  aussi  détériorés  qu'aujour- 
d'hui. Ce  qu'il  dit  des  voies  romaines  est  également  important 
à  retenir,  car  le  tracé  de  ces  voies  était  bien  plus  reconnais- 
sable  en  1637  que  de  nos  jours.  MM.  Maître  et  de  Berthou 
auraient  rendu  service  à  la  science  rien  qu'en  publiant  le 
texte  de  Dubuisson;  comme  ils  l'ont  édité  avec  des  notes 
copieuses  et  savantes,  ils  ont  fait  à  la  fois  œuvre  utile  et 
œuvre  d'érudits. 

La  première  mention  est  décernée  k  Dom  H.  Dijon, 
auteur  d'une  monographie  historique  et  archéologique  sur 
l'église  abbatiale  de  Saint-Antoine  en  Dauphiné.  C'est  une 
étude  consciencieuse  et  bien  documentée  sur  un  des  plus 
beaux  monuments  gothiques  du  sud-est  de  la  France. 
Construite  entre  la  fin  du  xiii®  siècle  et  la  fin  du  xv*",  cette 
église  offre  des  spécimens  de  toutes  les  variétés  de  l'art 
gothique  depuis  son  apparition  dans  la  vallée  du  Rhône 
jusqu'aux  approches  de  la  Renaissance.  Dom  Dijon  a  fait, 

1903.  21 


300  CONCOURS   DES    ANTIQUITÉS    DE   LA   FRANCE 

avec  beaucoup  de  sag-acité,  le  départ  entre  ces  diverses 
variétés.  Il  a  résumé  très  clairement,  et  avec  plus  de  préci- 
sion qu'on  ne  l'avait  fait  jusqu'ici,  l'histoire  de  ré<i^lise  de 
Saint- Antoine;  dans  une  seconde  partie,  il  en  a  donné  une 
description  minutieuse,  ne  négligeant  rien  de  ce  qui  pouvait 
contribuer  à  l'interprétation  des  œuvres  d'art  de  l'abbaye. 
Partout  il  a  fait  preuve  d'un  jugement  sain  et  indépendant, 
joint  à  une  intelligence  remarquable  de  la  beauté  artistique 
et  à  une  judicieuse  appréciation  des  styles  ;  ces  qualités 
apparaissent  particulièrement  dans  l'étude  qu'il  a  consacrée 
au  portail ,  œuvre  à  laquelle  travailla  Le  Moiturier  d'Avi- 
gnon, comme  l'a  démontré  M.  Marquet  de  Vasselot,  et  oii 
d'autres  ont  voulu,  sans  doute  à  tort,  reconnaître  l'influence 
de  n)aîtrcs  italiens. 

La  seconde  mention  récompense  le  volume  de  M.  Labande, 
Études  d'histoire  et  d'archéologie  romane^  Provence  et  £as- 
Lanç/uedoc^  éyliscs  et  chapelles  de  la  région  de  Bagnols- 
sur-Cèze.  Un  modeste  travailleur  de  province,  Léon  Alègre, 
avait  passé  sa  vie  à  étudier  l'histoire  et  les  antiquités  des 
environs  de  Bagnols,  où  il  a  fondé  une  bibliolhè(jue  et  un 
musée.  Le  crayon  en  main,  il  parcourait  les  campagnes  du 
Gard  et  de  Vaucluse  à  une  époque  où  une  foule  de  monu- 
ments religieux,  détruits  depuis  ou  défigurés  par  des  restau- 
rations, étaient  encore  debout  ou  presque  intacts.  Il  a  laissé, 
entre  autres  preuves  de  son  activité,  une  curieuse  collection 
de  croquis  représentant  des  églises  et  chapelles  romanes 
de  la  contrée.  L'Académie  de  Vaucluse  a  chargé  M.  Labande 
d'en  accompagner  la  publication  d'un  texte  explicatif,  dont 
il  a  soumis  un  tirage  à  part  ;i  notre  examen.  M.  Labande  est 
un  archéologue  sagace  et  averti,  qui  a  tiré  le  meilleur  parti 
des  documents  qui  lui  étaient  confiés  ;  non  seulement  il  a 
décrit  avec  soin  une  cinquantaine  d'édifices,  mais  il  a  joint 
à  ses  descriptions  des  renseignements  historiques  d'un  vif 
intérêt.  Enfin,   dans  deux  chapitres   rédigés  par  lui,   il   a 


CONCOURS    DES    ANTIQUITÉS    DE    LA    FRANCE  30l 

résumé  tous  les  caractères  des  monuments  religieux  de  la 
région,  appartenant  à  l'époque  romane.  On  trouve  aussi, 
dans  ce  volume ,  des  reproductions  exactes  de  plusieurs 
bas-reliefs  gallo-romains  qui  n'avaient  pas  encore  été  étu- 
diés avec  l'attention  qu'ils  méritent.  C'est,  en  somme,  un 
travail  archéologique  fort  estimable  qui,  perpétuant  le  sou- 
venir d'Alègre,  fait  également  honneur  à  l'Académie  de 
Vaucluse  et  au  savant  qu'elle  en  a  chargé. 

M.  le  vicomte  de  Romanet  obtient  la  troisième  mention 
pour  un  ouvrage  sur  la  Géographie  du  Perche  et  la  chrono- 
logie de  ses  comtes,  suivi  de  pièces  justificatives  formant  le 
Cartulaire  de  cette  province.  L'auteur  a  travaillé  quinze  ans 
à  ce  livre,  qui  apporte  à  l'histoire  locale  nombre  de   faits 
nouveaux  et  d'une  réelle  importance.  Il  ne  s'est  pas  contenté 
de  déterminer,  avec  plus  de  précision  que  ses  devanciers, 
les  origines  et  la  formation  du  comté  du  Perche  ;  il  a  aussi 
rectifié  sur  plusieurs  points  la  succession   des  comtes  de 
cette  province  ,  telle  que  l'avaient  établie  les   Bénédictins 
dans  VArt  de  vérifier   les  dates.    On  doit  signaler   encore 
l'intérêt  que  présente  le  troisième  chapitre,  relatif  à  la  suc- 
cession du  Perche,  ouverte  en  1226  par  la  mort  du  comte 
évèque   Guillaume.  Le    Cartulaire  du   Perche,   formant   la 
seconde   partie   du    volume,    ne  comprend   pas    moins    de 
215  pièces  puisées  aux  sources  les  plus  diverses;  le  texte 
de  ces  documents  a  été  établi  avec  soin,  bien  que  la  correc- 
tion typographique  laisse  à  désirer.  Quelques  menues  erreurs, 
que  l'on  peut  relever  çà  et  là,  n'empêcheront  pas  ce  livre 
d'occuper  un  bon  rang  parmi  les  monographies  que  l'his- 
toire de  nos  anciennes  provinces  a  suscitées. 

La  quatrième  mention  est  attribuée  à  l'ouvrage  de 
M.  l'abbé  AUiot,  ^isites  archidiaconales  de  Josas  au 
XV^  siècle.  Le  registre  des  Archives  nationales  qu'a  publié 
l'auteur  embrasse  une  période  de  treize  ans,  1458-1470;  il 


302        CONCOURS  DES  ANTIQUITÉS  DE  LA  FRANCE 

renferme  le  procès-verbal  de  1273  visites  dans  les  églises 
dun  archidiaconé  qui  occupait  la  partie  méridionale  du 
diocèse  de  Paris.  Ce  document  abonde  en  renseignements 
sur  l'état  matériel  et  moral  des  paroisses  placées  sous  la 
juridiction  de  l'archidiacre  de  Josas.  La  misère  y  était 
grande  et  les  désastres  de  la  guerre  de  Cent  ans  étaient  loin 
d'être  réparés  quand  les  troubles  des  premiers  temps  du 
règne  de  Louis  XI  s'y  firent  cruellement  sentir.  Les  mœurs 
des  populations  laissaient  beaucoup  à  désirer  et  celles  du 
clergé  étaient  loin  d'être  irréprochables.  L'archidiacre  en  a 
tracé  un  assez  triste  tableau,  dont  M.  labbé  Alliot  donne 
un  résumé  judicieux  et  instructif.  Les  procès-verbaux  de 
visites  de  paroisses  rurales  sont  fort  rares  avant  le  xvi'^  siècle  ; 
cette  circonstance  augmente  l'intérêt  d'une  publication  faite 
avec  soin  et  conscience  qui ,  outre  les  informations  quelle 
apporte  sur  la  condition  des  paysans,  enrichit  de  beaucoup 
de  détails  curieux  1  histoire  de  plusieurs  paroisses  des  envi- 
rons de  Paris. 

C'est  à  la  mémoire  de  M.  de  Hoc;hemonteix  (pie  nous 
rendons  hommage  en  décernant  la  cinquième  mention  à  son 
beau  volume ,  Les  églises  romanes  de  la  Haute-Bretagne. 
Archéologue  érudit,  bon  observateur,  M.  de  Rochemonteix 
avait  consacré  de  longues  années  à  l'étude  de  l'école  d'Au- 
vergne, une  des  premières  dont  l'existence  ait  été  reconnue, 
mais  dont  on  était  loin  d'avoir  encore  fixé  exactement  les 
caractères.  Ce  n'est  pas  à  dire  que  l'auteur  ait  épuisé  la 
question  ni  abouti,  sur  tous  les  points  en  litige,  k  des  conclu- 
sions inatta(|uables;  mais  son  ciuvre  conservera  une  réelle 
valeur  grâce  à  l'exactitude  des  descriptions  dont  elle  est  rem- 
plie et  à  l'excellence  des  illustrations  qui  les  accompagnent. 

M.  Pagart  d"IIermans;nf .  titulaire  de  la  sixième  men- 
tion, est  depuis  longtemps  connu  di'  1  Académie  pour  ses 
intéressantes  éludes   sur  le    nord-est  di'   la   l'rance.  L'(»u- 


CONCOURS  DES  ANTIQUITÉS  DE  LA  FRANCE        303 

vrag"e  qu'il  nous  a  adressé ,  Les  officiers  de  ville  attachés  à 
Vancienne  administration  municipale  de  Saint-Omer  et  les 
argentiers^  est  un  recueil  de  quatre  excellentes  monog-ra- 
phies  ayant  pour  objet  les  conseillers  et  les  procureurs  de 
ville,  les  greffiers  et  les  argentiers  de  Saint-Omer.  Dans 
chacune  d'elles  on  peut  relever  des  détails  inédits  et  des 
réflexions  judicieuses.  M.  Pagart  d'Hermansart,  tout  en 
suivant  ses  personnages  municipaux,  rencontre  sur  sa  route 
des  faits  historiques  d'une  portée  générale,  des  transforma- 
tions juridiques,  dont  il  saisit  bien  le  sens  et  le  caractère. 
Il  y  a  là  des  qualités  qui  rehaussent  l'érudition  et  rendent 
plus  fécondes  les  minuties  où  elle  se  complaît. 

Dans  un  concours  dune  force  moyenne,  ce  n'est  certes 
pas  une  septième  mention  que  l'on  eût  attribuée  au  volu- 
mineux manuscrit  de  MM.  Henry  de  Gérin-Ricard  et  de 
M.  l'abbé  Arnaud  d'Agnel  sur  les  antiquités  de  la  vallée 
d'Arc.  Quand  les  auteurs  de  ce  savant  mémoire  l'auront 
imprimé  avec  les  cartes  et  les  illustrations  qu'il  comporte, 
nous  posséderons,  pour  une  région  de  la  Provence,  une 
monographie  archéologique  qui  pourra  être  proposée  en 
exemple.  MM.  de  Gérin-Ricard  et  Arnaud  d'Agnel  ont 
exploré  longuement  le  pays  ;  ils  en  connaissent  toutes  les 
particularités  géographiques,  toutes  les  voies  de  communi- 
cation, tous  les  monuments;  en  outre,  ils  sont  informés  de 
tous  les  travaux  antérieurs,  sans  en  excepter  les  collections 
manuscrites.  Leur  ouvrage,  d'ailleurs,  ne  contient  pas  seule- 
ment des  faits  topographiques  et  archéologiques ,  mais  des 
recherches  d'une  portée  plus  générale  sur  la  condition  du  pays 
au  temps  des  Romains.  On  ne  peut  que  souhaiter  la  publi- 
cation d'un  manuscrit  dont  les  erreurs  de  détail,  d'ailleurs 
peu  nombreuses,  disparaîtront  sans  doute  à  l'impression. 

M.  Portai,  qui  obtient  la  huitième  mention,  a  écrit, 
d'après  les  sources,  une  intéressante  histoire  de  la  ville  de 


304  CONCOURS    DES    ANTIQUITÉS    DE    LA    FRANCE 

Cordes,  dans  le  Tarn.  L'auteur  a  tiré  un  excellent  parti  des 
archives  départementales  et  communales  dont  il  a  la  garde 
et  l'inspection  :  chemin  faisant,  en  élucidant  le  passé  d'une 
petite  ville,  il  a  mis  en  lumière  des  faits  intéressants  pour 
l'histoire  de  France,  par  exemple  au  sujet  des  francs  archers 
sous  Charles  VII  et  à  la  fin  du  règne  de  Louis  XI.  Le  méca- 
nisme des  institutions  communales ,  les  persécutions  reli- 
gieuses du  temps  de  l'hérésie  alhigeoise,  l'organisation  de 
l'enseignement  au  W"  siècle,  d'autres  questions  encore, 
ont  été  exposées  avec  netteté  et  précision.  La  plus  grande 
partie  du  livre  concerne  une  épo({ue  qui  sort  du  cadre  assi- 
gné à  ce  concours  ;  c'est  par  ce  motif  seul  qu'il  est  nommé 
à  -cette  place,  et  non  dans  un  rang  plus  élevé. 

La  neuvième  mention  est  décernée  à  M.  Ch.  Porée,  pour 
une  substantielle  monographie  :  Le  consulat  et  l' administra- 
tion municipale  do  la  ville  de  Mende.  On  y  trouve  des 
pièces  importantes  qui  éclairent  d'une  lumière  nouvelle 
quelques  épisodes  de  l'histoire  du  tiers-état  dans  le  Midi  de 
la  France ,  en  particulier  les  longues  luttes  que  les  habi- 
tants de  Mende  eurent  à  soutenir  contre  leurs  évêques. 
L'établissement  du  consulat  en  14(57,  dû  à  Louis  XI,  a  éga- 
lement été  l'objet  d'une  bonne  étude;  M.  Porée.  (jui  est 
archiviste,  publie  correctement  les  textes  et  sait  en  faire 
ressortir  les  enseignements. 

D'autres  travaux,  Messieurs,  auraient  certainement  été 
mentionnés  en  bonne  place  si  la  force  exceptionnelle  du 
Concours  n'avait  porté  préjudice  à  leurs  auteurs.  Qu'il  nous 
soit  du  moins  permis  de  signaler,  sans  prétendre  en  épui- 
ser la  liste,  quelques  ouvrages  utiles  et  estimables,  le  Tou- 
lon ancien  de  M.  Mougin,  les  études  archéologiques  de 
M.  Robert,  la  monographie  de  M.  Rance  de  Guiseuil  sur 
les  chapelles  de  Notre-Dame  de  Dole,  YUxellodunum  de 
M.  Gras,  Vltinéraire  de  la  reine  Marguerite  de  Valois  en 


CONCOURS    DES    ANTIQUITÉS    DE    LA.    FRANCE  305 

Gascogne,  de  M.  Ph.  Lauzun,  la  belle  publication  du  Psau- 
tier huguenot  par  M.  H.  Expert,  Y  Histoire  de  Parisot 
(Tarn-et-Garonne)  par  M.  J.  Lombard.  Ces  livres,  et 
d'autres  encore  que  nous  avons  lus,  attesteraient,  à  défaut 
de  ceux  que  nous  avons  désignés  à  vos  suffrages,  le  niveau 
élevé  auquel  sont  parvenues  et  où  se  maintiennent  dans 
notre  pays  les  études  d'archéologie  et  d'histoire  dont  il  est 
l'objet. 

Les  Membres  de  la  Commission  des  Antiquités  de  la  France, 

Léopold  Delisle,  Paul  Meyer,  Héron  de  Villefosse, 
Auguste  Longnon,  Paul  Viollet,  Anatole  de 
Barthélémy,  R.  de  Lasteybie,   Salomon  Reinach. 

L'Académie,  après  avoir  entendu  la  lecture  de  ce  rapport, 
en  a  adopté  les  conclusions. 

Certifié  conforme  : 
Le  Secrétaire  perpétuel, 
II.  Wallon. 


306 


LIVRES  OFFERTS 


M.  Barth  offre,  de  la  part  de  Tauteur,  M.  Kielhorn,  correspondant 
de  l'Académie,  la  suite  de  la  «  Liste  des  inscriptions  de  l'Inde  du 
Sud  »,  que  ce  savant  publie  dans  VEpujraphia  iiulica. 

M.  DE  VoGi'É  offre  à  TAcadcmie  de  la  part  de  M.  Ch.  Kohler,  secré- 
taire de  la  rédaction  de  la  Revue  de  l'Orient  latin,  deux  ouvrages  : 

1°  Anali/se  et  extraits  des  chartes  de  Vabhaye  de  N.-D.  de  la 
vallée  de  Josaphat  (Paris,  1900,  in-8°;  cxlr.  de  la  Revue  de  V Orient 
latin).  Après  la  chute  du  royaume  de  Jérusalem,  les  archives  de 
cette  célèbre  abbaye  furent  transportées  en  Sicile  :  une  partie  des 
orio-inaux  retrouvés  aux  archives  de  Palerme  par  M.  Fr.  Delaborde 
ont  été  publiés  par  lui.  Il  n'a  pas  eu  connaissance  d'un  registre  con- 
servé à  la  bibliothèque  communale  de  cette  ville  et  contenant  d'an- 
ciennes copies  de  documents  qui  ont  disparu.  Ce  sont  les  pièces  de 
ce  registre  que  M.  Kohler  a  analysées  avec  grand  soin  et  accompa- 
gnées de  commentaires  qui  en  rehaussent  la  valeur. 

2°  Mélanges  pour  servir  à  r histoire  de  l'Orient  latin  et  des  Croisades. 
C'est  un  recueil  d'articles  insérés  dans  la  Revue  de  l'Orient  latin,  con- 
cernant pour  la  {)lupart  des  documents  inédits  d'un  réel  intérêt  et 
étudiés  avec  une  rare  compétence.  Le  volume  contient  en  outre  le 
dépouillement  complet,  en  ce  qui  touche  la  Palestine,  les  i)èlerinoges, 
les  croisades  et  l'Orient  latin,  des  Acta  sanctorum  des  BoUandistes  : 
travail  considérable  et  d'une  grande  utilité  pour  les  chercheurs. 

M.  G.  Scni.uMHEnGKR  offre  à  l'Académie  de  la  part  de  M""*  Auguste 
Brachet  un  exemplaire  du  volume  de  son  défunt  mari,  intitulé  : 
Patholnr/ie  mentale  des  rois  de  France.  Louis  XI  et  ses  ascendants; 
une  vie  humaine  étudiée  à  travers  six  siècles  d'hérédité  (Paris,  1903, 
in-R»),  volume  dédié  à  la  mémoire  de  Littré,  éditeur  (rilippocrate, 
et  dont  cette  femme  aussi  iuslruite  que  distinguée  vient  de  terminer 
la  publication. 

«  Une  première  édition  de  ce  grand  ouvrage,  Urée  à  petit  nombre 
en  1896,  n'avait  point  été  mise  en  vente.  Auguste  Brachet,  déjà  fort 
malade,  avait  commencé  la  pid)licalion  de  cette  seconde  édition  très 
améliorée.  La  mort  est  venue  interrompre  ce  travail  que  sa  coura- 
geuse veuve  vient  de  conduire  à  bien  avec  un  soin  pieux. 


LIVRES    OFFERTS 


307 


«  Ce  livre  n'est  pas  celui  de  toulle  monde.  Il  suscitera  certainement 
de  nombreuses  et  ardentes  polémiques.  On  pourra  chercher  à  éta- 
blir, peut-être  victorieusement,  que  la  thèse  de  M.  Brachet  n'est  pas 
la  bonne.  Ce  n'en  est  pas  moins  une  œuvre  do  premier  ordre, 
passionnante,  féconde  en  aperçus  entièrement  nouveaux,  qui  surtout 
a  nécessité  d'immenses  recherches.  M.  Brachet  a  commencé  dès  1870, 
sur  le  conseil  de  son  maître  Littré,  à  écrire  l'histoire  pathologique 
(inétudiée  jusqu'ici)  dos  dynasties  européennes.  Il  ne  se  décida  que 
plus  tard  à  déférer  au  conseil  de  l'homme  qui,  on  ce  siècle,  a  le 
mieux  connu  l'histoire  de  la  médecine,  et  à  affronter  cet  immense 
labeur  en  le  limitant  toutefois  à  un  seul  chapitre  :  l'histoire  patho- 
logique de  la  royauté  française.  Dans  le  livre  que  je  présente  à  l'Aca- 
démie, il  a  tenté  d'expliquer  Louis  XI  par  l'étude  pathologique  de 
ses  ascendants  en  remontant  jusqu'à  six  siècles  en  arrière.  11  serait 
difficile  de  trouver  un  ouvrage  plus  difficile  à  résumer  et,  pour  ma 
part,  je  déclare  simplement  qu'une  telle  œuvre  est  au-dessus  de  mes 
forces.  11  faudrait  résumer  longuement  chaque  chapitre.  Le  lecteur 
n'a  qu'à  ouvrir  le  livre,  il  ne  le  posera  plus.  Seulement  pour  plaire  au 
désir  pieux  de  la  veuve  de  mon  ancien  ami,  j'attirerai  plus  spéciale- 
ment l'attention  sur  quelques  chapitres  plus  particulièrement  curieux, 
celui  par  exemple  où  Brachet  a  étudié  la  terrible  épidémie  qui  frappa 
l'armée  de  la  croisade  au  siège  de  Saint-Jean-d'Acre  au  printemps  de 
l'an  1191  et  à  laquelle  faillirent  succomber  les  deux  rois  Philippe 
Auguste  et  Richard  Cœur  de  Lion,  et  qui  n'était  autre  que  la  suette  ; 
celui  aussi,  si  dramatique,  sur  l'épisode  du  mariage  de  Philippe 
Auguste  et  d'ingeburge  de  Danemark.  » 

M.  L.  Léger  offre  de  la  part  de  M.  le  professeur  Modestov  un  tra- 
vail intitulé  :  La  questione  etrusca  (extrait  de  la  Rivista  d'Ilalia. 
Rome,  juin  1903).  M.  Loger  a  déjà  appelé  l'attention  de  l'Académie 
sur  les  travaux  antérieurs  de  M.  Modestov  (voir  Comptes  rendus, 
année  1902,  p.  18). 

M.  Clermont-Ganneau  offre  à  l'Académie,  de  la  part  do  l'auteur,  le 
P.  Barnabe  d'Alsace,  un  petit  volume  imprimé  à  Jérusalem  et  inti- 
tulé :  Questions  de  topographie  palestinienne.  Le  lieu  de  la  rencontre 
d'Abraham  et  de  Melchisédech,  avec  un  appendice  sur  le  tombeau  de 
sainte  Anne  à  Jérusalem  (Jérusalem,  1903,  in-S»,  avec  une  carte  et 
quatre  plans).  L'auteur  y  traite  avec  la  méthode  critique  divers  pro- 
blèmes posés  par  la  tradition  biblique  et  évangélique  sur  le  terrain 
de  la  géographie  et  de  l'archéologie. 


308  LIVRES    OFFERTS 

M.  DiEULAFOY  offre  à  l'Académie  de  la  part  de  son  auteur,  M.  Beu- 
danl,  administrateur-adjoint  de  commune  mixte,  un  choix  de  textes 
écrits  en  arabe  moderne  et  extraits  dune  revue  excellente,  le 
«  Machriq  »  :  Un  coup  d'œil  nur  Farahe  moderne  (Alger,  1901,  in-8°). 
Ces  textes,  accompagnés  dune  traduction  française,  peuvent  être 
d'un  grand  secours  pour  les  élèves  désireux  de  se  perfectionner  dans 
l'élude  de  la  langue  parlée  de  nos  jours  par  les  lettrés.  «  Je  me  serais 
d'ailleurs  gardé  d'en  faire  l'éloge  —  ajoute  M.  Dieulafoy  —  si  je  n'avais 
pris  l'avis  de  nos  savants  confrères.  » 

M.  Dieulafoy  offre  ensuite  à  l'Académie,  de  la  part  de  M.  José 
Gestoso  y  Ferez,  bibliotliécaire-archiviste  de  la  ville  tle  Séville,  un 
nouveau  travail  relatif  à  des  documents  colombiens  ignorés  jusqu'ici  : 
Nuevos  documenlos  Colomhinos,  par  M.  José  Gestoso  y  Ferez  (Séville, 
1902,  in-8°).  11  rappelle  que  c'est  à  ce  savant  que  sont  dues  les  Études 
sur  Séville  monumentale,  le  Dictionnaire  des  artistes  et  ouvriers  d'arts 
appartenant  aux  écoles  de  la  même  ville  et  de  nombreux  travaux 
qu'il  a  eu  déjà  l'honneur  de  présenter  à  l'Académie. 

Aujourd'hui,  il  s'agit  d'une  enquête  ouverte  à  la  requête  d'un 
Chartreux,  frère  Gaspar  Gorricio,  pour  prouver  l'authenticité  d'une 
concession  de  terrain  faite  dans  les  Indes  Occidentales  par  les  rois 
catholiques  en  faveur  de  Christophe  Colomb.  Cette  enquête,  intéres- 
sante par  elle-même,  l'est  surtout  parce  qu'elle  contient  une  amplia- 
lion  du  décret  royal  dont  on  a  depuis  découvert  l'original  dans  les 
archives  de  la  duchesse  de  Berwick  et  d'Albe. 

A  cette  enquête  sont  joints  quinze  documents,  également  ignorés, 
extraits  des  Archives  générales  du  Frotocole  et  ayant  également  trait 
à  Colomb  ou  à  ses  héritiers.  Ce  sont  des  baux,  des  reçus  et  notam- 
ment des  procurations  données  par  le  grand  navigateur  avant  de 
s'embarquer. 

M.  H.  Omont  dépose  sur  le  bureau,  au  nom  de  M.  Daniel  Serruys, 
ancien  membre  de  l'Ecole  française  de  Rome,  un  exemplaire  de  son 
Cnlalogue  des  manuscrits  conservés  au  gymnase  grec  de  Salonique 
(Paris,  1903,  in-S",  82  pages;  extrait  de  la  Revue  des  bibliothèques, 
janv. -avril  1903)  : 

«  La  bibliothè(|ue  du  gymnase  grec  de  Salonique  se  compose  d'un 
petit  nombre  de  manuscrits  récents,  qui  constituent  le  fonds  de 
l'école  proprement  dite,  et  d'une  centaine  de  manuscrits  anciens  pro- 
venant de  la  collection  métropolitaine,  en  partie  détruite  récemment 
par  un  incendie.  Dans  un  court  séjour  à  Salonicjue,  M.  D.  Serruys  a 
pu  très  heureusement  débrouiller  le  chaos  dans  lequel  se  trouvaient 


LIVRES    OFFERTS  309 

les  manuscrits  échappés  au  feu;  il  en  a  rédigé  avec  beaucoup  de  soin 
un  inventaire  détaillé,  et  on  lui  sera  reconnaissant  de  la  publication 
de  ce  catalogue,  qui  permet  de  se  rendre  un  compte  très  exact  de  ce 
que  contiennent  les  manuscrits  grecs,  au  nombre  de  150  environ, 
aujourd'hui  encore  conservés  au  gymnase  grec  de  Salonique.  » 

M.  Châtelain  présente  la  notice  suivante  :  Eugène  Mûntz.  Notice 
biographique,  par  C.  Enlart  ;  Bibliographie,  par  G.  de  Manteyer 
(extrait  des  Mélanges  d'archéologie  et  dliistoire  publiés  par  l'École 
française  de  Rome,  t.  XXIII  ;  Rome,  1903,  in-S"). 

Il  La  notice  biographique  est  due  à  M.  Enlarl,  collaborateur  d'Eugène 
Mûntz  à  la  Bibliothèque  de  l'École  des  Beaux-Arts,  et  fort  compétent 
sur  le  sujet.  La  bibliographie,  œuvre  de  M.  G.  de  Manteyer,  comprend 
448  numéros,  sans  compter  les  articles  de  la  Revue  critique  et  ceux  de 
la  Grande  Encyclopédie;  elle  doit  être  absolument  complète,  ayant 
été  contrôlée  par  l'auteur  lui-même  en  1900.  Enfin,  M.  Léon  Dorez  a 
ajouté  la  liste  des  publications  de  Mûntz  de  1900  à  1902.  En  attendant 
la  notice  que  je  dois  écrire  prochainement  sur  mon  regretté  prédé- 
cesseur, je  suis  heureux  d'offrir  à  l'Académie  cet  hommage  collectif 
de  trois  anciens  membres  de  l'École  française  de  Rome,  qui  facilitera 
singulièrement  la  tâche  de  tous  ceux  qui  voudront  étudier  la  vie  et 
les  ouvrages  d'Eugène  Mûntz.  » 

M.  Delisle  offre  à  l'Académie  de  la  pai't  de  M.  Germain  Lefèvre- 
Pontalis  un  ouvrage  intitulé  :  Les  sources  allemandes  de  Vliistoire  de 
Jeanne  d'Arc.  Eberhard  Windecke  (Paris,  1903,  in-8°). 

M.  Germain  Lefèvre-Pontalis  a  entrepris  d'étudier  l'histoire  légen- 
daire de  Jeanne  d'Arc  en  Allemagne.  Dans  le  volume  présenté  à 
l'Académie,  il  a  soumis  à  une  critique  très  perspicace  les  récits 
relatifs  à  la  Pucelle  qu'un  chroniqueur  mayençais  de  la  première 
moitié  du  xV  siècle  a  insérés  dans  la  Chronique.  Il  en  a  recherché 
les  origines,  en  a  discuté  le  texte  et  les  a  comparés  avec  les  autres 
témoignages.  Les  développements  qu'a  pris  le  commentaire  nous  ont 
valu  des  observations  originales  et  très  judicieuses  sur  divers  points 
de  l'histoire  de  Jeanne  d'Arc.  C'est  ainsi  que  l'auteur  a  été  conduit  à 
discuter  la  question  de  l'authenticité  de  la  fameuse  lettre  adressée 
aux  Anglais  par  Jeanne  d'Arc.  L'insertion  de  cette  lettre  dans  la 
Chronique  allemande  lui  a  fourni  un  nouvel  argument  pour  réfuter 
les  objections  qui  lui  ont  été  faites  dans  ces  derniers  temps. 


SÉANCE   DU    17   JUILLET 


M.  Finot,  directeur  de  Tl-lcole  française  d'Extrême-Orient, 
adresse  au  Secrétaire  perpétuel  la  lettre  suivante  : 

Hanoï,  le  12  juin  1903. 
Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel , 

J'ai  le  regret  d'annoncer  à  l'Académie  qu'une  partie  des  collections 
de  l'École  française  a  été  détruite  par  le  cyclone  qui  a  dévasté  la 
ville  de  Hanoï  dans  la  nuit  du  7  juin. 

Ces  collections  étaient  restées  dans  la  salle  qu'elles  occupaient 
durant  l'Exposition,  à  l'extrémité  gauche  du  Palais.  Nous  n'atten- 
dions que  l'achèvement  des  travaux  de  réparation  nécessités  par 
l'état  de  ce  bâtiment,  pour  y  installer  notre  musée.  L'ouragan  a 
éclaté  avec  une  force  et  une  rapidité  telles  qu'aucune  mesure  de  pré- 
servation n'a  pu  être  prise.  Les  fenêtres  arrachées  par  le  vent 
livrèrent  passage  à  des  torrents  de  pluie.  Les  hautes  et  massives 
portes-fenêtres  qui  fermaient  les  deux  extrémités  de  la  salle  furent 
violemment  descellées  et  précipitées  à  l'intérieur,  écrasant  les 
vitrines  sous  leur  poids. 

Pendant  ce  temps  notre  bibliothèque  était  également  en  péril.  Une 
partie  de  la  toiture  était  enlevée  et  l'eau  ruisselait  ;t  travers  les 
plafonds,  noyant  les  papiers  et  les  livres.  La  nuit  se  passa  à  les 
pro  léger. 

Nous  pouvons  aujourd'hui  nous  rendre  compte  des  dommages 
subis.  Ils  sont  considéiables,  mais  heureusement  fort  loin  de  la 
destruction  totale  que  nous  avons  un  instant  redoutée.  La  perle  la 
plus  sensible  est  celle  (l'un  bon  nombre  de  magnifiques  porcelaines 
chinoises  et  de  manuscrits  précieux.  Mais  d'autre  part  nous  avons  eu 
lagréable  surprise  do  constater  ([ue  notre  série  de  peintures  chinoises, 
sans  égale  en  Kurope,  avait  victorieusement  résisté  h  l'action  de 
l'eau  et  que  la  plupart  d'entre  elles  reparaissaient,  une  fois  séchées, 
avec  quelques  taches  sans  doute,  mais  avec  la  netteté  de  leurs  con- 
tours et   la   beauté  de    leur  coloris.  Les  jades  et   les  bronzes  sofft 


SÉANCE    DU    17    JUILLET    1903  311 

intacts.  Une  partie  des  cloisonnés  a  été  épargnée.  La  bibliotiièque  a 
relativement  peu  souffert. 

Nous  avons  évacué  le  palais  de  l'Exposition,  qui  devra  être  à  nou- 
veau restauré  et  aménagé.  La  création  d'un  musée  est,  par  suite, 
indéfiniment  ajourné. 

Le  cyclone  a  ruiné  partiellement  les  magasins  et  les  ateliers  de 
notre  imprimeur,  M.  Schneider.  Notre  Bulletin  éprouvera  de  ce  chef 
quelques  retards  et  certaines  difïïcultés  d'exécution, mais  la  publica- 
tion n'en  sera  pas  interrompue. 

En  informant  l'Académie  de  ce  malheureux  événement,  je  tiens  à 
lui  donner  l'assurance  que  l'École  en  sort  appauvrie  sans  doute,  mais 
non  désorganisée,  et  que  l'œuvre  scientifique  entreprise  ici  sous  son 
haut  patronage  se  poursuivra  avec  la  même  activité  que  par  le  passé. 

Veuillez  agréer,  monsieur  le  Secrétaire  perpétuel,  l'expression  de 
mes  respectueux  sentiments. 

L.     FiNOT. 

La  lecture  de  cette  lettre  est  écoutée  avec  un  douloureux 
intérêt.  Les  remerciements  de  l'Académie  seront  adressés  à 
M.  Finot  et  à  son  personnel  pour  l'énergie  qu'ils  ont  mise  à 
préserver  autant  qu'il  était  possible  les  collections  de  l'Ecole. 

M.  Gagnât  écrit  au  Secrétaire  perpétuel  pour  le  prier  d'annon- 
cer à  l'Académie  qu'il  a  été  avisé  d'une  découverte  faite  à  Souk- 
Ahras  par  M.  le  D""  Rouquette,  médecin-major.  Il  s'agit  d'une 
fort  belle  lampe  de  bronze  trouvée,  avec  une  partie  de  son  can- 
délabre, dans  les  ruines  d'un  édifice  de  l'époque  chrétienne. 

M.  Ph.  Berger  adresse  au  Secrétaire  perpétuel  la  lettre  sui- 
vante : 

Giromagny,  le  H  juillet  1903. 

Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel, 

Le  R.  P.  Delattre  m'annonce  la  découverte  de  deux  nouvelles  urnes 
à  inscriptions.  Voici  ce  qu'il  m'écrit  à  ce  sujet  : 

«  Je  suis  heureux  de  pouvoir  joindre  à  ma  lettre  le  croquis  de  deux 
amphores  à  queue  ou  «  urnes  à  queue  »,  comme  je  les  appelle,  depuis 
que  j'ai  commencé  à  les  trouver  dans  les  sépultures  de  la  nécropole 
voisine  de  Sainte-Monique. 


312 


SÉANCE    DU    17    JUILLET    1903 


«  Vous  savez  que  ces  sortes  d'amphores,  qu'il  ne  faut  pas  con- 
fondre avec  les  amphores  à  base  conicjue  toujours  plus  grandes,  se 
rencontrent  dans  presque  toutes  les  sépultures  puniques  du  iv''  siècle. 
Mais  il  est  excessivement  rare  d'en  trouver  ayant  reçu  une  inscrip- 
tion. Depuis  le  commencement  des  fouilles  nous  n'en  avions  trouvé 
que  cinq,  dont  deux  portant  une  inscription  écrite  à  l'encre  et  trois 
avec  caractères  tracés  au  charbon  ou  à  l'aide  d'une  sorte  de  ci'ayon. 


Suite  de  L'Inscription, 
en  A. 


Urne  à  inscription  trouvée  à  Garlhage. 


Parmi  ces  trois  dernières,  deux  sorties  d'une  même  tombe  donnaient 
le  nom  du  défunt  :  Eschmounazar  (voyez  .?«  /?iots  de  fouilles,  p.  0, 
fig.  14). 

«  C'est  une  paire  de  même  genre  que  nous  venons  de  trouver. 
Chaque  exemplaire  porte  écrit  au  charbon  :  Tombeau  de  Bodasloreih, 


SÉANCE   DU    17    JUILLET    1903  313 

avec  le  nom  du  Carthaginois  suivi  de  quatre  lettres  dont  je  vous 
laisse  déterminer  le  sens. 

«  Dans  la  même  chambre  on  recueillit  encore  trois  autres  urnes  à 
queue,  mais  comme  à  l'ordinaire  sans  inscription.  Ces  sortes  d'urnes 
étaient  destinées  à  renfermer  des  liquides ,  et  nous  en  avons  trouvé 
un  bon  nombre  encore  bouchées  à  l'aide  d'un  gâteau  d'argile  appliqué 
à  la  main.  » 

Les  quatre  lettres  auxquelles  fait  allusion  le  R.  P.  Delattre  sont 
assez  malaisées  à  interpréter.  Grâce  à  leur  i-eproduction  sur  les  deux 
vases,  on  peut  les  déterminer  avec  assez  de  certitude.  Elles  doivent 
se  lire  ^1N*  ou  (T'Xl.  La  cambrure  de  la  première  lettre  empêche  d'y 
voir  un  kaf;  quant  à  la  dernière,  on  serait  tenté,  malgré  la  longueur 
de  la  queue,  de  la  prendre  pour  un  iod;  mais  le  second  exemplaire 
présente  les  traces  de  trois  barres  transvei'sales  qui  ne  peuvent 
guère  s'appliquer  qu'à  un  hé.  S'il  en  est  ainsi,  il  faudrait  prendre  le 
vav  dans  le  sens  de  la  conjonction  «  et  »,  les  trois  lettres  finales 
représentant  un  second  nom  propre. 

Il  faudrait  alors  traduire  :  Tombeau  de  Eodasforelh  et  de  Arah, 
malgré  ce  que  cette  double  mention  a  d'insolite. 

Si,  au  contraire,  la  dernière  lettre  est  un  iod,  peut-être  pour- 
rait-on chercher  dans  ces  quatre  lettres  un  ethnique  qui  resterait  à 
trouver  <. 

En  tous  cas,  ces  vases  étant  destinés  à  renfermer  des  liquides,  le 
mot  keber  «  tombeau»  ne  désigne  pas  le  vase  lui-même,  mais  la 
chambre  funéraire  à  laquelle  ce  vase  appartenait. 

M.  Hamy,  dans  une  lettre  qu'il  adresse  au  Secrétaire  perpé- 
tuel, communique  à  l'Académie  les  dernières  nouvelles  qu'il  a 
reçues  de  la  mission  Chevalier  subventionnée  sur  les  fonds  de 
la  fondation  Benoît  Garnier. 

C'est  d'abord  une  lettre  du  14  mars  de  M.  l'interprète  de 
l""*^  classe  Grech ,  résident  de  France  à  Ndellé,  qui  annonce  le 
départ,  à  la  date  du  9  mars  1903,  de  MM.  A.  Chevalier  et  Courtet 
dans  la  direction  du  lac  Mamoun.  C'est  grâce  à  l'intervention  de 
M.  Grech  que  nos  explorateurs  ont  obtenu  de  Snoussi  les 
moyens  de  transport,  les  vivres,  etc.,  nécessaires  à  cette  entre- 


1.  J'ai  aussi  songé  à  une  formule  funéraire,  quoique  le  laconisme 
habituel  de  ces  petits  textes  ne  se  prête  guère  à  une  semblable  interpré- 
tation. 


314  SÉANCE    DL:     17    JUILLET    1903 

prise,  un  guide  recommandable ,  Aïssa  Oui  Kr  Rif,  et  une 
escorte  de  huzingierre  capable  de  tenir  tête  aux  indigènes,  11 
était  convenu  que  nos  explorateurs  resteraient  toujours  au  lac 
Manioun ,  qu'ils  en  feraient  le  tour  et  quils  reviendraient  à 
Ndellé  par  un  autre  chemin. 

Une  seconde  lettre,  datée  du  10  avril,  est  de  M.  Chevalier  qui 
annonce  le  retour  des  explorateurs  de  Mamoun  et  la  réussite  de 
leur  entreprise. 

«  Nous  avons  pu  voir,  écrit  M.  Chevalier,  un  coin  du  I)ar 
Kounga,  et  entrer  en  relation  avec  les  chefs  des  GouUa  Ilomer, 
habitants  du  Mamoun.  Jai  été,  continue-t-il ,  un  peu  déçu  en 
trouvant  seulement,  autour  dune  nappe  deau  étendue,  un 
immense  marais  avec  çà  et  là  des  llaques  d'eau  et  des  canaux 
remplis  de  plantes  aquatiques,  habiles  par  des  hippopotames  et 
des  lamantins. 

«  Il  n'est  pas  douteux  qu'une  grande  partie  de  la  région  est 
complètement  couverte  d'eau  à  l'hivernage. 

«   Il  n'y  a  nulle  part  de  li'ace  d'habitation  sur  pilotis 

Les  Karas  et  les  Fongoros  habitent  les  premiers  à  l'Est ,  les 
seconds  au  N.-E.  du  Mamoun,  » 

La  mission  se  reconstituait,  au  moment  du  départ  de  la  lettre 
de  M.  Chevalier,  pour  prendre  la  route  du  Fort  Archambaull. 
Nos  voyageurs  espéraient  arriver  au  Tchad  à  la  fin  de  juillet,  au 
moment  de  la  crue. 

M.  Maxime  Gollignon  donne  lecture  d'une  élude'  sur  une  lêlc 
en  marbre  provenant  d'Egypte,  acquise  par  le  Louvre  en  1901. 
C'est  une  tête  plus  grande  que  nature,  représentant  un  athlète 
aux  oreilles  tuméfiées.  Le  style,  l'expression  du  regard  dirigé 
vers  le  haut,  font  songer  à  l'école  de  Scopas,  et  dénotent  un  ori- 
ginal grec.  La  provenance  égyptienne  ajoute  à  l'intérêt  du  monu- 
ment. C'est  un  document  important  pour  l'étude  des  rapports 
artistiques  entre  ri''gyple  des  Ptolémée  et  les  écoles  de  la  Grèce 
propre  dont  l'influence  s'est  exercée  à  Alexandrie  au  début  de  la 
période  gréco-égyptienne.  La  têlo  du  Louvre  offre  en  outre  une 
particularité  curieuse  pour  l'étude  de  la  techni<pie  du  marbre. 
Le  nez  et  le  menton  présentent  des  sections  nettes,  à  la  surface 
soigneusement  polie,  in(li(pi;iiit  l'emploi  de  moi-ceaux  rapportés. 


LES    ((    GOURDEIZIOU    »    BRETONS  315 

MM.  Salomon  Reinacu  et  Gauckler,  correspondant  de  Tlnsti- 
tut,  présentent  au  sujet  de  cette  communication  quelques  obser- 
vations. 

L'Académie  fixe  au  13  novembre  la  date  de  sa  séance  publique 
annuelle.  Elle  désignera,  vendredi  prochain,  celui  de  ses  membres 
qui  sera  chargé  de  faire  une  lecture  dans  cette  séance. 

M.  d'Arbois  de  Jubainville  a  la  parole  pour  une  communica- 
tion : 

«  Il  y  a  dans  l'année  bretonne  une  période  initiale  commen- 
çant soit  le  '25  décembre  soit  le  1'''' janvier.  Elle  dure  douze  jours, 
elle  s'appelle  gourdeiziou ,  c'est-à-dire  littéralement  «  les  sur- 
jours »,  «  les  jours  supplémentaires)).  Ce  sont  ceux  qui,  ajoutés 
aux  354  jours  de  l'année  lunaire,  en  font  une  année  solaire  de 
366  jours.  Ces  douze  jours  se  retrouvent  avec  une  valeur 
mythique  en  Allemagne  :  pendant  ces  douze  jours  a  lieu  la  chasse 
de  Wotan  ou  Odin.On  les  trouve  aussi  dans  l'Inde  où,  comme  en 
Bretagne,  ils  présagent  le  temps  qu'il  fera  pendant  l'année  dans 
chacun  des  douze  mois  correspondants.  Il  y  a  là,  à  l'origine,  une 
distinction  savante  entre  l'année  solaire  et  l'année  lunaire  qui, 
probablement,  a  été  empruntée  aux  Babyloniens  par  les  Indo- 
européens. C'est  une  découverte  due  à  MM.  J.  Loth  et  Vallée  ^.  » 


COMMUNICATION 


LES    «  GOURDEIZIOU  »    BRETONS    ET    LEUR  ORIGINE    BABYLONIENNE, 
PAR    M.    d'aRBOIS    DE    JUBAINVILLE,   ME3IBRE    DE    l'aCADÉMIE. 

Quel  a  été  le  domicile  primitif  des  Indo-européens?  Une 
raison  a  été  donnée  pour  le  rapprocher  du  grand  empire 
babylonien,  c'est  l'importance  prise  par  le  nombre  douze 

1.  Voir  ci-après. 

1903.  22 


316  LES    «    GOLRDEIZIOU    »    BRETONS 

chez  les  Indo-européens.  Cette  importance  est  en  contra- 
diction avec  le  système  décimal  qui,  dans  le  g^roupe  indo- 
euiopéen,  sert  de  base  à  la  formation  des  noms  de  nombre. 

Un  emploi  caractéristique  du  nombre  douze  vient  d'être 
mis  en  lumière  par  une  découverte  encore  inédite  qu'a  faite 
notre  confrère  M.  .1.  Loth,  en  associant  sur  ce  point  ses 
oITorfs  avec  ceux  d  un  autre  breton  M.  Vallée.  On  sait 
qu  une  croyance  superstitieuse,  répandue  en  Allemag^ne, 
met  la  chasse  mythique  de  Wotan  ou  du  démon  dans  les 
douze  nuits  qui  se  comptent  du  2o  décembre  au  6  janvier; 
elles  correspondent  aux  douze  nuits  saintes  qui.  dans  hi 
littérature  brahmanique,  sont  1  imag-e  de  l'année  sui\ante. 
On  a  reconnu  dans  les  jours  correspondant  à  ces  douze 
nuits  les  jours  supplémentaires  au  moyen  desquels  l'année 
lunaire  de  334  jours  se  transforme  en  une  année  solaire  de 
366  jours. 

Ces  douze  jours  sont  encore  connus  en  Bretag'ne  :  dans 
la  Cornouaille,  c'est-à-dire  dans  l'ancien  duché  de  Quimper, 
on  les  appelle  (jour-deiziou  ou  gourdeziou ,  mot  qui  veut 
dire  «  jours  en  sus  »,  ((  jours  supplémentaires  »,  littérale- 
ment «  sur-jours  ».  Guiir  est  le  même  mol  (|ue  la  préposi- 
tion grecque  'jrAp.  Le  sens  de  gourdeiziou  est  établi  par  un 
autre  usage  de  ce  mot  :  il  est  employé  pour  désigner  les 
jours  qui  sont  en  sus  de  la  durée  ordinaire  ([u'a  la  gesta- 
tion des  animaux  femelles.  Il  y  a  des  vaches  qui  ta  relent  à 
vêler  plus  que  les  autres,  on  parle  de  leurs  goiirdcio  dans  le 
Goelo,  subdivision  du  diocèce  de  Saint-Brieuc.  ot  (/ourdcio 
est  la  prononciation  locale  du  gourdcziou  cornouaiUais. 

En  Cornouaille  comme  en  Allemagne ,  les  douze  jt)urs 
sont  ceux  qui  s'écoulent  du  23  décembre  au  (1  janvier,  c'est- 
à-dire  que,  conformément  à  un  \u'il  usage  cinétien,  on  fait 
commencer  l'année  au  25  décembre.  C'est  en  1732  (pu- 
Grégoire  de  Hostrenen  a  publié  son  l)i(/l'iiiii;(i/-c  français- 
breton.  On  y  lit  (pie  ces  dt)uze  jours  étaient  les  |)remiers  de 
Tannée;  —  c'est  comme  les  douze  nuits  des  Indous,  —  et 


LES    <(    GOURDEIZIOU    »    BRETONS  317 

Grégoire  de  Rostrenen  parle  de  «  l'opinion  qu'a  le  peuple 
que  la  qualité  de  ces  douze  premiers  jours  de  l'an  dénote 
celle  des  douze  mois  ».  C'est  la  doctrine  brahmanique. 

Cette  période  de  douze  jours  ou  douze  nuits  est  donc  une 
croyance  indo-européenne;  elle  résulte  de  la  connaissance 
de  Tannée  solaire  et  de  son  rapport  avec  Tannée  lunaire.  Il 
est  difficile  d'admettre  qu'une  notion  astronomique  aussi 
précise,  associée  au  nombre  douze,  ne  soit  pas  d'origine 
babylonienne. 

J'ai  déjà  fait  observer  que  le  char  du  guerrier  chez  les 
Grecs  homériques  et  celtiques,  et  les  javelots  dont  ce  guer- 
rier est  armé  paraissent  d'origine  hittite.  La  monogamie 
des  Grecs,  des  Romains,  des  Irlandais  ressemble  beaucoup 
à  celle  que  nous  trouvons  dans  la  loi  d'Hammurabi,  §  146 
et  suivants. 

Remarquons  bien  ceci,  §  170  :  Si  quelqu'un  a  des  enfants 
de  son  épouse  légitime  et  d'une  femme  esclave,  les  enfants 
de  la  femme  esclave  n'hériteront  pas,  à  moins  que  le  père 
n'ait  décidé  que  les  fds  de  l'esclave  seraient  égaux  aux  fils 
de  la  femme  légitime.  C'est  un  droit  que  le  père  romain  n'a 
pas,  mais  si  le  père  babylonien  n'exerce  pas  ce  droit,  sa 
succession,  comme  à  Rome,  va  aux  enfants  de  l'épouse 
légitime  à  l'exclusion  des  enfants  de  la  femme  esclave. 

La  prêtresse  vierge  dont  il  est  question  aux  §  178  et  sui- 
vants nous  offre  le  prototype  de  la  vestale  romaine  et  de 
la  déesse  vierge  Artémis  des  Grecs. 

II  semble  donc  y  avoir  eu  à  une  époque  fort  reculée,  plus 
de  deux  mille  ans  avant  notre  ère,  contact  entre  les  Indo- 
européens et  les  Babyloniens,  et  un  des  faits  qui  Tétabht  est 
la  découverte  faite  par  MM.  J.  Loth  et  Vallée  du  sens  qu'a 
le  mot  breton  gourdeiziou. 

Ajoutons  enfin  que  la  déesse  Ana  ou  Anii ,  mère  des 
dieux  en  Irlande,  suivant  le  glossaire  de  Cormac,  fin  du 
ix"  siècle  ou  commencement  du  x°,  paraît  identique  à  une 
divinité  babylonienne  :  Ana  chez  les   Babyloniens  est  le 


318  SÉANCE    DU    24    JUILLET    1903 

ciel,   dont  la  forme  masculine  Anou  et  la  forme  féminine 
Anat  forment  un  couple  divin  de  qui  toute  chose  est  née. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  le  deuxième  fasci- 
cule des  Comj)les  rendus  des  séances  de  lAcadéraie  pour  rannée  1903, 
mars-avril  (Paris,  1903,  in-S"). 

11  ofTrc  011  outre  au  nom  de  Tauleur,  M.  Andréa  Moschelti,  direc- 
lour  (lu  Musée  de  Padoue,  un  ouvrage  intitulé  :  //  Museo  civico  di 
Padova  (Padova,  1903,  in-4<'). 


SÉANCE   DU    24  JUILLET 


M.  PoTTiER ,  président  de  la  Société  des  études  grecques, 
transmet  un  vu'u  émis  par  rAssociation  pour  que  1  Académie 
des  inscriptions  donne  suite  à  un  iirnjet  qui  émane  du  Congrès 
des  sciences  historiques,  tenu  à  Rome  en  190;L  On  a  proposé 
de  faire  une  publication  des  écrivains  byzantins  ayant  traité  de  la 
philosophie ,  un  Corpus  philosophorum  dont  les  ouvrages  sont 
encore  inédits.  Le  Congrès  a  demandé  que  les  représentants  de  la 
science  française  se  missent  d'accord  avec  les  savants  italiens 
pour  faire  recherciicr  dans  les  bibliothèques  privées  ou  publiques 
les  manuscrits  de  ce  genre,  pour  en  dresser  un  état  exact. 
L'Association  des  études  grecques,  saisie  de  ce  projet  par  un  de 
ses  membres,  M.  Paul  Tannery,  a  estimé  qu'elle  devait  s'adresser 


SÉANCE   DU    24    JUILLET    1903  319 

à  rAcadémie  pour  lui  demander  de  s'associer  à  ce  vœu  et  de 
l'appuyer,  en  recherchant  par  quels  moyens  pratiques  on  pourrait 
donner  suite  à  cette  proposition. 

Le  Président  pense  qu'on  pourrait  nommer  une  commission, 
composée  d'hellénistes  et  de  byzantinistes,  qui  étudierait  la  ques- 
tion et  présenterait  un  rapport  au  mois  d'octobre. 

L'Académie  désigne  MM.  Alfred  et  Maurice  Croiset,  Weil, 
ScHLUMBERGER,  PoTTiER,  pour  faire  partie  de  cette  Commission. 

Le  Secrétaire  perpétuel  donne  lecture  de  son  rapport  sur  les 
travaux  des  Commissions  de  publication  de  l'Académie  pendant 
le  premier  semestre  de  1903  ^ 

M.  Gagnât,  au  nom  de  la  Commission  du  prix  Bordin,  fait  le 
rapport  suivant  : 

«  La  Commission  a  reçu  deux  mémoires  sur  la  question  mise 
au  concours  :  Etude  des  monographies  qui  composent  /'  «  Histoire 
Auguste  ».  Elle  estime  que  le  prix  doit  être  partagé  également 
entre  les  deux.  » 

Le  Président  donne  acte  à  la  Commission  des  conclusions  de 
son  rapport.  Il  ouvre  ensuite  les  plis  cachetés  qui  accompa- 
gnaient les  deux  mémoires  et  y  lit  : 

«  Pour  le  mémoire  inscrit  sous  le  n°  1,  le  nom  de  M.  Charles 
Lécrivain,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Toulouse; 

u  Pour  le  mémoire  inscrit  sous  le  n°  2,  le  nom  de  M.  Léon 
Homo,  ancien  membre  de  l'Ecole  française  de  Rome.  » 

Les  noms  de  MM.  Lécrivain  et  Homo  seront  proclamés  dans 
la  séance  publique  annuelle  de  l'Académie. 

L'Académie  désigne,  comme  lecteur  à  sa  séance  publique 
annuelle,  M.  Maurice  Croiset. 

M.  Salomon  Reinach  montre  à  l'Académie  les  photographies 
de  huit  têtes  en  pierre,  de  grandeur  naturelle,  qui  n'ont  pas 
encore   été  étudiées    par  les   archéologues.    Sept  d'entre   elles 

1.  Voir  ci-après. 


320  SÉANCE    DU    24    JUILLET    1903 

décorent  les  angles  des  croisées  d'ogives  dans  la  chapelle  du 
château  de  Saint-Germain,  construite  vers  1240  par  saint  Louis, 
défigurée  sous  Louis  XI\',  restaurée  de  nos  jours  par  M.\L  Millet 
et  Daumet  et  convertie,  depuis  1900,  en  un  Musée  des  monu- 
ments chrétiens  de  la  Gaule.  De  ces  huit  têtes,  six  sont  des  têtes 
d'homme;  deux  têtes  d'homme  et  une  tête  de  femme  portent  la 
couronne  royale.  M.  Reinach  essaye  d'établir  que  ce  sont  des 
portraits  contemporains  de  saint  Louis,  de  sa  mère  Blanche  ou 
de  sa  femme  Marguerite,  de  sa  sœur  Isabelle,  de  ses  trois  frères 
encore  vivants  en  1240,  Robert,  Alphonse  et  Charles,  enfin  de 
ses  deux  frères  morts  en  bas  âge,  Philippe  et  Jean.  L'iconogra- 
phie de  saint  Louis  et  de  sa  famille,  jusqu'à  présent  très  pauvre 
ou  môme  nulle,  se  trouve  ainsi  constituée  par  des  documents 
dont  la  valeur  d'art  est  incontestable  et  qui  présentent,  suivant 
M.  Reinach,  toutes  garanties  d'authenticité. 

M.  Abel  Lefranc,  professeur  à  l'I'xole  des  Hautes  Etudes,  fait 
une  communication  sur  un  prétendu  V"  livre  original  du  Pan- 
tagruel de  Rabelais,  imprimé  en  1549,  demeuré  entièrement 
inconnu  jusqu'en  1900,  et  dont  un  exemplaire  unique  fut  alors 
découvert  —  à  Prague,  croit-on  —  par  un  grand  libraire  de 
Munich.  Bien  que  la  presse  érudile  de  tous  les  pays  se  soit  occupée 
de  cette  trouvaille  retentissante  et  que  l'on  fût  généralement 
d'accord  pour  ne  pas  reconnaître,  dans  ce  livre,  la  main  de 
Rabelais,  aucune  des  questions  de  critique  que  soulève  son  texte 
n'avait  encore  été  résolue.  M.  Abel  Lefranc  expose  à  l'Académie 
la  solution  complète  et  définitive  de  ce  problème  d'histoire 
littéraire.  A  l'aide  de  (|uelques  extraits  du  mystérieux  volume 
publiés  par  divei'ses  revues  savantes,  il  est  parvenu  d'abord 
à  en  décou\  lii"  les  deux  sources  littérales  et  ensuite  à  en  reconsti- 
tuer de  la  façon  la  plus  sûre  le  texte  intégral.  Le  pseudo-Rabelais 
■  de  1549  est  le  résultat  d'une  combinaison  d'un  certain  nombre 
de  chaiMlrcs  :  1"  d'une  traduction  française  anonyme,  parue 
chez  1'".  .Liste,  à  Lyon,  et  chez  D.  Janot,  î\  Paris,  de  la  célèbre 
Nef  (les  fous  publiée  en  1 49  i  par  le  slrasbourgeois  Sébastien 
Brant,  et  2"  d'un  autre  ouvrage  intitulé  :  Les  Jiecjnars  Iraversnnl 
les  pei'i lieuses  vityes  des  folles  fanées  du  monde,  par  Jean 
Bouchet,de  Poitiers,  ami  intime  de  Rabelais,  publié  chez  Vérard, 


RAPPORT    DU    SECRÉTAIRP]    PERPÉTUEL  321 

vers  1507,  et  souvent  réédité  depuis.  La  substance  du  volume  de 
1549  est  totalement  empruntée  à  ces  deux  textes  antérieurs  de 
cinquante  ans,  ou  environ,  à  son  apparition. 

L'auteur  du  faux  V"  livre  s'est  contenté  d'entremêler  ou  de 
juxtaposer  une  série  de  chapitres  copiés  servilement  tantôt  dans 
l'un  ,  tantôt  dans  l'autre  de  ces  ouvrages.  11  s'agit  donc  d'un 
simple  plagiat  littéraire.  L'auteur  de  cette  édition,  devenue  si 
célèbre  depuis  trois  ans,  a  pris  le  grand  nom  de  Rabelais  pour 
assurer  à  sa  rapsodie  un  succès  qu'elle  ne  pouvait  atteindre  par 
elle-même. 


APPENDICE 


RAPPORT  DU  SECRÉTAIRE  PERPETUEL  DE   l'aGADÉMIE   DES  INSCRIPTIONS  ET 

belles-lettres  sur  les  travaux  des  commissions  de  publication 
de  cette  académie  pendant  le  premier  semestre  de  1903,  lu  dans 
la  séance  du  24  juillet  1903. 

Messieurs  , 

Depuis  le  dernier  rapport,  TAcadémie  a  publié  les  volumes 
suivants  : 

1°  le  tome  37  des  Notices  et  extraits  des  manuscrits  conte- 
nant le  Synodicon  orientale  ou  Recueil  des  synodes  nestoriens 
édités  et  traduits  par  M.  J.-B.  Chabot; 

20  }j^  jre  partie  du  tome  38  du  même  recueil  contenant  divers 
articles  qui  ont  été  déjà  publiés  en  tirage  à  part  :  Le  manusci-it 
hébreu  n°  1388  de  la  Bibliothèque  nationale  {une  ILigr/adah 
pascale)  et  V iconographie  juive  au  temps  de  la  Renaissance,  par 
M.  Moïse  Schwab;  —  Le  livre  des  appareils  pneumatiques  et 
des  machines  hydrauliques  par  Philon  de  Byzance,  édité  d'après 
les  versions  arabes  d'Oxford  et  de  Constantinople  et  traduit  en 


322  RAPPORT    DU    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL 

français  par  le  baron  Carra  de  Vaux,  membre  du  conseil  de  la 
Société  asiatique  de  Paris;  —  Notice  du  ms.  nouv.  iicq.  franc. 
10050  de  la  Uibliolhc([iie  nationale,  contenant  un  nouveau 
texte  français  de  la  Fleur  des  Histoires  de  la  terre  d'Orient 
de  Hayton,  par  M.  II.  Omont  ;  —  Notice  d'un  manuscrit  de 
Trinity  Collège  [Cambridcje),  contenant  les  vies,  en  vers  fran- 
çais,  de  saint  Jean  l'Auntônier  et  de  saint  Clément,  pape,  par 
M.  Paul  Meyer;  —  Notice  du  ms.  nouv.  acq .  lat.  763  de  la 
Bihliolhèque  nationale,  contenant  plusieurs  anciens  glossaires 
grecs  et  latins,  et  de  quelques  autres  manuscrits  provenant  de 
Saint-Maximin  de  Trêves,  par  M.  M.  Omont; 

3"  le  troisième  et  dernier  fascicule  du  tome  1"  de  la  partie  ara- 
méenne  du  Corpus  inscriptionum  semiticaru m.  Ce  ïasc'icu\e  com- 
prend la  suite  des  inscriptions  nabaléennes  trouvées  dans  la 
région  de  Pétra,  et  la  moitié  environ  des  inscriptions  sinaïtiques. 

Et  des  ouvrages  publiés  sous  le  patronage  de  l'Académie  ont 
paru  les  fascicules  Iti,  17  et  19  (le  18"  a  précédemment  paru)  des 
Mémoires  et  monuments  Piot. 

Voici  la  situation  des  autres  ouvrages  en  cours  d'impression  : 

Historiens  orientaux  des  Croisades.  Tome  V. —  L'impression 
de  ce  volume  n'a  pas  été  interrompue  pendant  le  premier  semestre 
de  cette  année.  Quatorze  feuilles  sont  tirées  et  cinq  feuilles 
viennent  d'être  envoyées  à  l'Imprimerie  nationale  en  bon  à  tirer. 
M.  Barbier  de  Meynard  compte  mettre  à  prolit  le  temps  dont  il 
peut  disposer  plus  largement  pendant  le  second  semestre  pour 
terminer  la  traduction  de  l'appendice  [Ez-Zeil]  qui  termine  la 
chronique  arabe  des  Deux  jardins. 

Historiens  arméniens,    i'.   11.  La    préface,    qui    retardait 

depuis  si  longtemps  la  publication  de  ce  volume,  est  iiuioiinl  hui 
écrite.  Elle  a  été  rédigée  par  M.  Kohler  sous  la  direction  de 
notre  regretté  confrère  M.  Gaston  Paris.  Le  manu.^^crit  va  être 
envoyé  à  l'Imprimerie  et  le  volume  ne  lardera  pas  î\  paraître. 

Recueil  des  historiens  de  France,  l.  .\X1\'.  —  La  table  de  la 
Chronique  de  l'Anonyme  de  Béthune,  qui  termine  le  volume,  est 
bonne  à  mettre  en  pages. 


RAPPORT    DU    SËCRÉTATRE    PERPÉTUEL  323 

De  la  partie  préliminaire  de  ce  volume  les  cahiers  1-26  sont 
en  bons  à  tirer;  —  les  cahiers  27-41  sont  en  épreuves:  —  le 
reste  est  ou  composé  en  placards  ou  livré  en  manuscrit  aux 
compositeurs. 

Pour  la  nouvelle  série  in-4°  du  «  Recueil  des  historiens  de 
France  »,  le  tome  II  des  Ohituaires  a  "22  feuilles  bonnes  à  tirer; 
les  Introductions  des  tomes  I  et  IV  des  Pouillés  sont  en  prépa- 
ration ;  celle  du  tome  111  comprend  déjà  10  feuilles. 

Histoire  littéraire  de  la  France^  t.  XXXIII.  —  Un  nouvel 
article  de  M.  Paul  Meyer,  Compilation  de  V Historia  Monacho- 
rum  de  Bu  fin,  a  été  envoyé  pour  ce  volume  qui  comprend 
aujourd'hui  44  feuilles. 

Mémoires  de  l'Académie,  t.  XXXVII,  l'^  partie.  — Même 
situation  que  dans  le  précédent  rapport. 

Mémoires  des  savants  étrangers,  1""^  série,  t.  XI,  2*^  partie.  — 
Ce  volume  a  reçu  une  notice,  qui  vient  de  paraître  en  tirag-e  à 
part,  de  M.  Euting-,  correspondant  de  l'Académie,  sur  un  papyrus 
égypto-araméen  de  la  Bibliothèque  impériale  de  Strasbourg. 

Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXXVIII,  V^  partie.  — 
Il  a  été  envoyé  tout  récemment  à  Tlmprimerie  nationale  quinze 
notices  que  notre  regretté  confrère  M.  Hauréau  avait  rédig'ées 
pour  ce  recueil  et  qui  ont  été  revues  par  MM.  Delisle  et  P.  Meyer. 

Corpus  inscriptionum  semiticarum ,  partie  araméenne.  —  Le 
3^  fascicule  du  tome  I,  comme  nous  Tavons  annoncé  plus  haut, 
vient  de  paraître.  Une  partie  de  la  copie  du  l-''  fascicule  du 
tome  II  a  été  envoyée  à  l'Imprimerie.  Ce  fascicule  comprendra 
la  fin  des  inscriptions  nabatéennes,  et  il  ne  restera  plus  à  publier, 
pour  compléter  la  partie  araméenne,  que  les  inscriptions  palmy- 
réniennes. 

Pour  la  partie  himyarite,  même  situation,  de  même  que  pour 
la  partie  phénicienne. 

Une  nouvelle  livraison  du  Répertoire  d'épigraphie  sémitique, 
comprenant  six  feuilles  d'impression,  est  actuellement  mise  en 
pages  et  paraîtra  très  prochainement. 


324 


KAPPrtRT    DU    SECRETAIRE    PERPETUEL 


Recueil  des  inscriptions  grecques.  —  A  la  date  du  1*'  juillet, 
il  a  été  imprimé,  faisant  suite  au  2*  fascicule  du  tome  III,  (juafre 
feuilles,  et  faisant  suite  au  2'^  fascicule  du  tome  I,  une  feuille.  Le 
reste  des  deux  fascicules  [3"  du  tome  1  et  3*"  du  tome  II)  est  à 
l'impression. 


Charles  et  diplômes.  —  M.  d'Arbois  de  Jubainville  nous 
adresse  le  rapport  suiwint  : 

((  L'édition  des  actes  de  Philippe  I*""  entreprise  par  M.  Pi-ou  est 
aujourd'hui  presque  entièrement  en  épreuves.  Le  bon  à  liier  des 
quatorze  premières  feuilles  a  été  donné.  Une  circulaire  adressée 
par  M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  aux  archivistes  des 
départements  a  eu  j)our  résultat  l'envoi  du  catalogue  des  diplômes 
royaux  conservés  en  original  ou  en  copie  dans  la  plupart  des 
archives  départementales  et  qui  émanent  soit  des  derniers  Caro- 
ling-iens  soit  des  premiers  Capétiens,  depuis  l'année  840  jusqu'à 
l'année  I22IL  Chacun  des  futurs  éditeurs  des  actes  royaux  a  reçu 
la  copie  de  ce  qui,  dans  ces  catalogues,  concerne  le  roi  ou  les 
rois  dont  il  doit  publier  les  diplômes. 

«  Quant  au  dépouillement  qui  se  fait  à  la  Bibliothèque  nationale, 
département  des  manuscrits,  voici  la  liste  des  collaborateurs  avec 
l'indication  des  fonds  ou  des  parties  de  fonds  dépouillés  par  eux 
depuis  la  fin  du  mois  de  décembre  dernier  : 

«  M.  Lauer,  volumes  285-01)0  de  la  collection  Moreau  ; 

«   M.  Poupardin,  fonds  jiréipiigny  ;  n"^  1- 18613  du  fonds  latin  ; 

(c  M.  Halphen,  Mélanges  Colbert;  les  cinq  premiers  volumes 
de  la  collection  de  Champagne  ; 

«  M.  Bourgin,  les  dix-neuf  premiers  volumes  de  la  collection 
de  Bourgogne; 

«  M.  Martin,  collection  De  Camps;  les  dix-neuf  premiers 
Aolumes  de  la  colleclion  fonlaiiion  ; 

«  M.  Giard,  collection  Du  Chesne.  » 

On  voit  l'utile  concours  dont  notre  savant  confrère,  ancien 
élevé  de  l'I'A'ole  des  Chartes,  s'est  assuré  parmi  les  élèves  récem- 
ment sortis  de  cette  l'X'ole. 

11.    Wau.on. 


325 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  offre  à  TAcadémio,  au  nom  do  Tauteur, 
M.  Guesnon,  quelques-unes  des  publications  qui  lui  ont  valu  récem- 
ment le  prix  de  La  Grange  : 

Recherches  biographiques  sur  les  trouvères  artésiens  (Paris,  1895, 
in-S")  ; 

Nouvelles  recherches  biographiques  sur  les  trouvères  artésiens 
(Paris,  1902,  in-S")  ; 

La  satire  à  Arras  au  XIII^  siècle  (Paris,  1900,  in-S'')  ; 

Une  édition  allemande  des  chansons  d'Adam  de  La  Haie  (Paris, 
1901,  in-8o;  extr.  du  Moyen-Age). 

M.  Delisle  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie,  au  nom  de  M.  G. 
Maçon,  conservateur  adjoint  du  Musée  Condé,  une  brochure  inti- 
tulée :  Chantilly  et  le  connétable  Henri  de  Montmorency  (Senlis.  1903, 
in-8°). 

M.  Saglio  offre  à  l'Académie  le  34«  fascicule  du  Dictionnaire 
des  antiquités  grecques  et  romaines.  Ce  fascicule  débute  par  un 
considérable  article  de  M.  Ardaillon,  de  l'Université  de  Lille,  sur 
l'exploitation  des  mines  chez  les  anciens  et  se  termine  par  un  travail 
sur  les  Mores,  c'est-à-dire  sur  la  coutume  et  le  droit  coulumier,  par 
M.  Edouard  Cuq,  de  la  Faculté  de  droit  de  Paris.  Comme  toujours, 
des  remerciements  doivent  être  adressés  à  plusieurs  membres  de 
l'Académie,  à  MM.  Gagnai,  Babelon,  Bouché-Leclercq,  à  M.  Boissier 
qui  a  écrit  sur  le  mime  latin  un  vif  et  savant  article;  M.  Dalmeyda  a 
rédigé  la  partie  grecque  du  même  sujet  avec  une  parfaite  connais- 
sance des  derniers  travaux  auxquels  il  a  donné  lieu.  Les  autres 
articles  sont  dus  pour  la  plupart  à  des  professeurs  de  nos  Univer- 
sités :  MM.  Albert  Martin,  correspondant  do  l'Académie  ;  Clerc,  Lafaye, 
Fougères,  Dûrrbach,  Beauchet,  Lécrivain,  Toutain,  Fabia,  de  Ridder. 

A  côté  d'eux  méritent  d'être  particulièrement  nommés  M.  Franz 
Cument  qui  a  traité  de  Mithra  et  de  son  culte,  sujet  qui  lui  appartient 
de  droit  et  qu'on  ne  peut  désormais  aborder  sans  recourir  à  lui  ;  et 
M.  Karo,  jeune  savant  italien,  actuellement  professeur  à  l'Université 
de  Bonn,  auteur  d'un  article  sur  les  colliers  [monile). 


326  SÉANCE    DU    34    JUILLET    1903 

M.  Clermont-Ganneau  dépose  sur  le  bureau  de  rAcadémie  les 
livraisons  20-23  du  tome  V  de  son  Recueil  d'archéologie  orientale 
(Paris,  1903,  in-8°),  dont  voici  le  sommaire:  §  50.  Inscriptions 
grecques  de  Djerach;  — ^  §  51.  Sur  deux  épitaphes  puniques  ;  —  §  52. 
La  notion  de  la  sainteté  chez  les  Sémites  ;  —  §  53.  La  «  Porte  de 
Nicanor  »  du  Temple  de  Jérusalem  (pi.  Vil);  —  §  54.  L'autel  de 
Kadès  ;  —  §  55.  Le  mont  Hermon  et  son  dieu,  d'après  une  inscription 
inédile  (pi.  Vlll);  —  i;  56.  Ficliex  et  notules:  Nouvelle  inscription 
phénicienne  de  Sidon  ;  —  Inscription  nabaléenne  dOunim  el-Qotain  ; 
Inscriptions  grecques  du  Haurân  ;  —  Kaioumas  ;  —  Inscriptions 
grecques  de  Bersabée;  —  La  prise  de  Jérusalem  par  les  Perses;  — 
Inscriptions  grecques  d'Antinoé;  —  Beo;  'Afî[JiOr,vo;  et  'Aramta. 


SÉANCE    DU    31    JUILLET 


M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  et  des  beaux-arts 
adresse  au  Secrétaire  perpétuel  la  lettre  suivante  : 

«  Le  Comité  d'admission  du  groupe  III  de  l'Exposition  inter- 
nationale de  Saint-Louis  (États-Unis)  en  1904  vient  d'appeler 
mon  attention  sur  l'intérêt  que  présenterait  la  participation  de 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  à  cette  importante 
manifestation  scientifique. 

«  Je  vous  serais  reconnaissant  de  me  faire  connaître,  dans  le 
plus  bref  délai,  s'il  est  dans  les  intentions  de  votre  Compagnie 
d'y  prendre  part,  et,  dans  l'alfirmative,  je  vous  prierai  de  m  in- 
diquer les  publications  quelle  désirerait  y  faire  figurer.  » 

Le  Président  fait  observer  (|ue  l'Académie  n'a  pas  l'habitude 
de  prendre  part  aux  T^xpositions.  La  nature  de  nos  travaux  ne 
comporte  pas  l'envoi  de  volumes,  qui  ne  seraient  que  des  parties 
de  nos  collections. 

L'Académie  adopte  lavis  du  Président. 


SÉANCE    DU    31    JUILLET    1903  32*7 

M.  Philippe  Berger  adresse  au  Secrétaire  perpétuel  la  lettre 
suivante  : 

Ballon  d'Alsace,  le  24  juillet  1903, 
Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel, 

La  région  du  Donon,  si  riche  en  antiquités  préhistoriciues  et  gallo- 
romaines,  vient  encore  de  nous  livrer  un  monument  antique,  sur 
lequel  je  crois  devoir  appeler  l'attention  de  l'Académie. 

C'est  une  grotte,  creusée  dans  la  paroi  de  la  montagne,  très 
abrupte  en  cet  endroit,  au  lieu  dit  la  Roche  de  Trupt.  Elle  se  compose 
dune  grande  chambre  et  de  deux  chambres  plus  petites  situées  au- 
dessus  'de  la  première,  dont  le  faîte  et  les  parois  sont  formés  de 
grandes  dalles  de  pierre.  Une  dalle  plus  grande  que  les  autres,  incli- 
née à  45  degrés,  protégeait  l'entrée  de  la  grotte.  L'auleur  de  la 
découverte,  M.  Frœlich,  a  publié  la  description  de  ce  monument  dans 
le  dernier  numéro  du  Bulletin  de  la  Société  géographique  de  l'Est. 

Ayant  appris  par  lui  que  cette  grotte  portait  en  plusieurs  endroits, 
soit  sur  le  banc  qui  en  occupe  toute  la  profondeur,  soit  sur  les  parois 
latérales,  des  caractères  graphiques,  je  l'ai  prié  d'en  faire  prendre  la 
copie. 

Je  vous  envoie  ci-jointe  la  photographie  du  dessin  fait  avec  grand 
soin  par  M.  Paul  Rœderer.  M.  Frœlich  l'accompagne  d'une  note 
rédigée  avec  le  concours  de  M.  Perdrizet. 

Les  caractères  atteignent  jusqu'à  une  hauteur  de  0™  70  ;  ils  ont  été 
obtenus  par  le  raclage  de  la  surface  au  moyen  d'une  pierre. 

Il  ne  faut  pas  les  confondre  avec  d'autres  signes,  des  croix  bou- 
lonnées et  même  un  commencement  d'inscription  grecque,  qui  ont 
été  gravés  avec  une  pointe  métallique.  Nous  retrouvons  là  la  succes- 
sion d'inscriptions  d'époques  différentes  dont  beaucoup  de  monu- 
ments préhistoriques  nous  otTrcnt  l'exemple. 

Il  m'a  semblé  reconnaître  une  certaine  analogie  entre  ces  carac- 
tères et  ceux  que  M.  Cartailhac  a  retrouvés  mêlés  à  des  figures 
d'animaux  au  cours  de  sa  récente  mission  en  Espagne.  Aussi  j'ai 
pensé  qu'il  ne  serait  pas  sans  intérêt  pour  l'Académie  de  les  avoir 
sous  les  yeux  et  de  pouvoir  les  comparer. 

Veuillez  agréer.  Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel,  l'expre&bion  de 
mon  bien  respectueux  attachement. 

P.  S.  —  Je  vous  serais  reconnaissant  d'insérer  à  la  suite  de  cette 
lettre  la  note  de  M.  Frœlich  dans  nos  Comptes  i^endusK 

1.  Voir  ci-après. 


328  SÉANCE    DU    31     JLILLKT     1903 

M.  Ha.mv  adresse  au  Secrétaire  perpétuel  la  lettre  suivante  : 

Le  Wast,  par  Colembert  (Pas-de-Calais),  23  juillet  1903. 
Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel  et  très  honoré  confrère. 

Je  groupe  et  je  vous  adresse,  pour  que  nos  confrères  et  en  parti- 
culier les  membres  de  la  commission  Benoit  Garnier  puissent  en 
prendre  connaissance,  un  article  fort  bien  renseigné  que  vient  de 
publier  la  Dépêche  coloniale  sur  la  mission  Lenfant  que  l'initiative  de 
TAcadéraie  a  permis  d'organiser.  Vous  remarquerez  que  l'auteur  de 
cet  article  rend  justice  à  notre  Compagnie  qui  montre,  dit-il  très 
justement,  que  les  initialioes  nniionnles  les  plus  modernes  ne  lui  sont 
pas  indifférentes. 

Notre  voyageur  est  parti  dans  d'excellentes  conditions,  le  lo  de  ce 
mois,  sur  lo  Paraguay,  des  Chargeurs  réunis;  il  complétera  son 
détachement  à  Dakar  et  ira  débarquer  à  Foreados,  dans  l'enclave 
française  du  Bas-Niger,  où  il  organisera  sa  tentative  de  pénétration 
sur  le  Logone  et  le  Tchad  par  la  Bénoué,  la  Mayokabbi  et  les  marais 
de  Toubouri. 

Je  vous  prie  de  communiquer  ces  nouvelles  à  l'Académie,  qui  sera 
très  exactement  tenue  au  courant  des  progrès  de  Tenlreprise  qu'elle 
patronne  si  généreusement. 

L'article  signalé  par  M.  le  D""  Ilamy  est  mis  à  la  disposition 
des  membres  de  l'Académie. 

M.  Clermont-Ganneau  fait  la  communication  suivante  : 
«  M.  de  Mathuisieulx  a  rapporté  de  Leptis  Magna  (Tripoli- 
tainc)  la  photographie  dune  longue  inscription  romaine  dont 
M.  Gagnât  vient  de  donner  une  transcription.  M.  Glermout- 
Ganneau  rappelle  que  plusieurs  années  auparavant  il  avait 
exploré  lui-nicnic  les  mines  remarquables  de  celte  ville;  il  y 
a\  ait  pris  un  estampage  de  cette  même  inscription  ainsi  que  de 
plusieurs  autres  encore  inédites.  Grâce  à  cet  estampage,  il  a  pu 
combler  les  lacunes  du  premier  décliiirrement  et  reconnu  qu'il 
s'agissait  d'un  décret  de  Leptis  Magna,  dédiant  une  statue  hono- 
rifique au  gouverneur  de  la  province  de  Tripolitaine,  Flavius 
\'ictor  Calpurnius,  personnage  qui  apparaît  ici  pour  la  première 
fois.  M.  Clermont-Ganneau  a  réussi,  en  outre,  à  décliilTrcr  le 
nom  même  de  la  ville,  sous  la  forme  de  Lepcis  au  lieu  de  Leptis, 


SÉANCE    DU    31    JUILLET    1903  329 

forme  très  intéressante  pour  la  philologie  punique.  Parmi  les 
autres  inscriptions  découvertes  par  lui  dans  la  région  de  Leptis 
Magna,  M.  Clermont-Ganneau  signale  une  dédicace  à  la  grande 
déesse  carthaginoise  qualifiée  de  Celestis  sanctissima  '.   » 

M.  Omont  et  Châtelain  sont  adjoints  à  la  Commission  nommée 
dans  la  dernière  séance  pour  étudier,  sur  la  proposition  de 
M.  E.  Pottier,  le  projet  dune  publication  dun  Corpus  des  phi- 
losophes byzantins. 

M.  Bouché-Leclercq  donne  lecture,  au  nom  de  M.  d'Arbois  de 
JuBAiNviLLE,  de  la  note  suivante  : 

((  Par  Columelle,  De  re  rustica,  livre  I,  c.  1,  §6,  et  par  Isidore 
de  Séville,  Origines,  t.  XV,  c.  15,  §  6,  nous  savons  que  les 
Gaulois  avaient  une  mesure  de  surface  rurale  qu'ils  appelaient 
candeluin.  Candetum  pour  canletum  est  un  dérivé  du  nom  de 
nombre  gaulois 'canton  «  cent  ».  Le  candelum  était  un  carré  dont 
le  côté,  comme  nous  l'apprenons  par  Columelle  et  Isidore,  était 
long  de  cent  cinquante  pieds  romains;  ce  côté  consistait  donc  en 
un  multiple  par  cent  d'une  mesure  gauloise  de  longueur  égale  à 
un  pied  romain  et  demi.  Or  le  pied  romain  et  demi ,  c'est  la 
coudée,  cubitus  en  latin'-,  égale  à  quatre  cent  quarante-quatre 
millimètres;  le  pied  romain  vaut  0"'  -iQôdont  la  moitié  cstO™  148 
qui  ajoutés  à  0"^  -296=  0"  444. 

«  La  coudée,  qui  explique  ainsi  le  candetum  rural  des  Gau- 
lois, rentl  compte  également  de  la  lieue  gauloise.  On  sait  que  la 
lieue  gauloise,  leuga,  égalait  un  mille  romain  et  demi-^.  Le  mille 
romain  ,  c'est  mille  passus,  et  chaque  passus  =^  cinq  pieds;  le 
mille  romain  contient  donc  cinq  mille  pieds;  par  conséquent  la 
lieue  gauloise  contient  cinq  mille  coudées  ou  cinquante  fois  le 
côté  du  candelum  rural  gaulois.  Le  passus  romain  vaut  1'"  48, 
le  mille  romain  1 .480  mètres,  la  lieue  gauloise  1.480  mètres  plus 
740  =  2.220  mètres.  Or,  2.220  mètres  =  0"' 444 X  5.000  et  aussi 
44™  4  (côté  du  candetum)  X  50. 

1.  Voir  ci-après. 

2.  \'ilruvc,  1.  III,  c.  1,  §  7. 

3.  Voir  les  textes  réunis  par  Alfred  Ilolder,  Altkellischer  Sprachsclialz , 
t.  II,  col.  197,  198. 


330  SÉANCE    DU    31    JUILLET    1903 

«  A  côté  du  candetum  rural,  les  Gallo-romains  avaient,  suivant 
Columelle  et  Isidore ,  un  candelum  urbain  dont  le  côté  égalait 
cent  pieds  romains,  soit  29™  60  au  lieu  de  44™  4.  Son  introduc- 
tion paraît  avoir  été  le  résultat  de  la  conquête  romaine.  Les 
Romains  construisirent  en  Gaule  un  grand  nombre  de  villes 
nouvelles:  Auçfusta,  Aoust  (Drôme);  Augusta,  Aoste  (Isère); 
Augusta  Suessionum,  Soissons  ;  Augusla  Viromanduorum, 
Vermand  ;  Auguslo-bona ,  Troyes;  Augusto-danum ,  Autun; 
Augusto-durum,  Baveux;  Augusto-magus ,  Senlis;  Augusto- 
/leme/um, Clermont-Ferrand;  Augusto-ritum,  Limoges;  Caesaro- 
diinam.  Tours;  Caesaro-magus,  Beauvais;  Julio-bona,  Lille- 
bonne;  Julio-magns,  Angers.  De  là,  par  une  sorte  de  transac- 
tion, l'introduction  d'un  candelum  urbain,  multiple  du  pied 
romain,  tandis  que,  pour  la  mesure  des  champs,  on  conservait 
Tantique  candelum  gaulois,  multiple  de  la  coudée,  comme  la 
lieue  gauloise,  supplantée  par  le  mille  romain  au  sud  de  Lyon.  » 

M.  Mmile  Mâle,  prolesseur  au  Lycée  Louis-le-Grand,  étudie 
linlluence  du  théâtre  sur  l'art  à  la  fin  du  moyen  âge.  Il  montre 
que  la  représentation  des  Mystères  a  fait  entrer  dans  la  peinture 
et  dans  la  sculpture  du  xv"  siècle  plusieurs  thèmes  nouveaux.  Il 
explique  de  la  sorte  quelques  œuvres  d'art  qui  étaient  demeu- 
rées énigmatiques.  Deux  miniatures  de  Fouquet  à  Chantilly 
montrent  une  vieille  femme  guidant  les  soldats  au  jardin  des 
Oliviers  et  forgeant  les  clous  de  la  croix.  Ce  personnage  figure 
dans  les  Mystères  ;  ce  qui  prouve  que  Fouquet  en  peignant  sa 
célèbre  suite  de  la  Passion  s'est  sans  cesse  inspiré  du  théâtre  de 
son  temps.  Une  foule  d'autres  œuvres  d  art,  le  vitrail  de  l'Ascen- 
sion à  Saint-Taurin  d  Évreux,  le  \itr;ill  de  Justice  et  Miséricorde 
à  Saint-Patrice  de  Rouen,  la  Cène  de  Thierry  Bouts  à  Louvain, 
le  tableau  des  saintes  femmes  au  tombeau  attribué  à  Hubert  van 
Kyck,  etc.,  reproduisent  très  exactement  des  scènes  du  théâtre 
du  xv**  siècle.  Les  Mystères  n'ont  pas  seulement  intrctduit  dans 
l'art  des  scènes  nouvelles,  ils  ont  profondémcnl  modifié  la  vieille 
iconograj^hic  du  \in"  siècle,  et  inspiré  aux  ;irti>lcs  des  agence- 
ments tout  nouveaux. 

M.  Charles  Jomn  lit  une  notice  de  M.  le  D'  lionnel,  assistant 
au   Muséum   d'histoire    naturelle,    sur    un    manuscrit    arabe  de 


INSCRIPTIONS    DE    LA    ROCHE    DE    TRUPT  331 

Dioscoride,  de  la  Bibliothèque  nationale,  orné  de  miniatures 
curieuses,  car  elles  ressemblent,  pour  la  plupart,  à  celles  d'un 
manuscrit  grec  du  même  Dioscoride,  et  nous  montre  que  tous 
deux  ont  eu  une  source  commune  beaucoup  plus  ancienne. 

M.  Léon  Dorez  signale  cinq  actes  de  vente,  datés  de  1315  à 
1345,  et  qui  pourraient  autoriser  dans  une  certaine  mesure  à 
croire  que  la  famille  de  Jeanne  d'Arc  était  d'origine  lorraine. 


COMMUNICATIONS 


LES    INSCRIPTIONS    DE  LA    ROCHE    DE    TRUPT, 
PAR    31.    FRŒLICH. 


L'inscription  elle-même  couvre  dans  toute  sa  long^ueurle 
banc  de  la  caverne  inférieure ,  ainsi  que  la  paroi  formant 
dossier  au  banc.  Une  copie  minutieuse  en  a  été  exécutée  par 
mon  coUèf^ue  et  ami  M.  Paul  lîœderer,  qui  a  fait  deux 
visites  à  la  roche  de  Trupt,  le  13  et  le  14  juillet. 

La  longueur  de  Tinscription  (qui  est  aussi  la  longueur  du 
banc  et,  en  même  temps,  la  profondeur  de  la  caverne)  est 
de  2  m.  80. 

La  hauteur  des  plus  grands  caractères  est  d'environ 
70  centimètres. 

Pour  avoir  la  disposition  exacte  des  inscriptions,  il  con- 
vient de  plier  la  photographie  à  angle  droit  dans  le  sens  du 
trait  qui  sépare  les  deux  grandes  lignes. 

L'examen  de  l'inscription  donne  une  toute  autre  impres- 
sion que  celle,  très  superficielle,  que  j'avais  rapportée  de 
ma  première  visite. 

1903.  23 


1^32  INSCRIPTIONS    DE     LA     HOCHE    DE    TKLI'T 

Sauf  le  mot  inachevé  (?)  à  droite,  gravé  par  un  instru- 
ment en  métal  tranchant,  les  deux  lignes  principales  se 
rapprochent  des  alphabets  étrusques,  osques,  ligures,  gau- 
lois, italiotes,  phéniciens,  dont  parle  M.  Camille  Jullian 
dans  la  Revue  des  études  anciennes  de  Bordeaux,  tome  II, 
1900;  Notes  (jallo-romaines.Y ,  Plac/uede plonih  d'Eyguière 
(p.  47-55)  et  VI,  Inscription  de  Carpentras  (p.  136-141  j. 

Les  deux  lignes,  aux  caractères  de  grandeurs  si  inégales, 
sont  gravées  par  un  seul  et  même  procédé,  c'est-à-dire 
évidemment  au  moyen  d'une  pierre  :  ce  n'est  ni  de  la  taille, 
ni  de  la  gravure,  mais  du  raclage,  travail  de  longue  persé- 
vérance. Au  diamètre ,  les  creux  se  présenteraient  ainsi  : 
////////Y///////  •  Ces  creux,  dans  les  pleins,  ont  jusqu'à  2  à  3  cen- 
timètres de  profondeur,  sur  2  à  4  centimètres  d'épaisseur, 
tandis  qu'aux  extrémités,  les  creux  remontent  insensible- 
ment jusqu'à  la  pointe,  où  ils  se  confondent  pour  ainsi  dire 
avec  la  surface  de  la  pierre. 

Les  nombreuses  petites  croix  *f*  (d'exorcisme?)  sont  gra- 
vées à  l'aide  de  pointes  métalliques;  elles  n'ont  donc,  en 
tout  cas,  rien  de  commun  avec  les  grands  caractères. 

La  dernière  croix  au  bas,  à  gauche,  bien  que  sans  les 
quatre  boules,  est  une  des  croix  postérieures,  tandis  que  le 
signe  ^  à  coté  fait  partie  des  inscriptions  primitives. 

Le  poisson,  salamandre  ou  lézard,  est  d'une  gravure  com- 
parable à  celle  deshiéroglyphes  derobélisque,7r777777777'//77(dia- 
mètre)  ;  la  figure  est  descendue  à  vif  et  à  plat;  elle  est  donc 
gravée  au  métal  et  n'a  rien  de  commun  non  plus,  par  con- 
séquent, avec  la  gravure  des  caractères. 

Sur  le  petit  rectangle,  à  gauche,  sont  reproduites  des 
inscriptions  gravées  sur  le  sol  d'une  des  deux  cavernes 
supérieures  ;  elles  paraissent  aussi  plus  récentes. 

D'après  M.  Perdrizet,  si  l'inscription  se  trouvait  en  pays 
grec,  on  pourrait  peut-être  se  permettre  de  considérer  les 
caractères  paraissant  grecs  comme  l'amorce  de  la  dédicace 
riANIK  ^INYMOAIlj  ;  si  l'inscription  est  restée  inachevée, 


LEPCIS    ET    LEPTIS    MAGNA  333 

c'est  parce  que  le  graveur  aurait  gauchement  fait  ses  pré- 
visions et  se  serait  laissé  arrêter  en  route  par  le  gros  trait 
primitif  d'un  creux  très  profond. 

M.  Jullian  paraît  localiser  l'emploi  de  son  caractère  aux 
régions  du  Midi,  et  voici  qu'il  se  révèle  dans  le  Nord-Est! 

Les  deux  inscri^stions  décrites  par  M.  Jullian  dans  la 
Revue  des  études  anciennes  de  Bordeaux  se  rapportent  à  des 
petites  plaques  de  plomb.  Elles  sont  minuscules  compara- 
tivement à  l'inscription  de  la  Roche  du  Trupt  qui ,  je  le 
répète,  a  2  m.  80  de  long.  A  en  juger  d'après  les  articles 
de  M.  Camille  Jullian,  elle  serait  d'une  extrême  impor- 
tance. 

L'estampage  serait  donc  une  assez  longue  opération,  et, 
en  raison  de  la  grande  dimension  des  caractères,  il  faudrait 
le  pratiquer  non  pas  avec  du  papier,  mais  avec  des  feuilles 
de  carton-buvard.  L'eau  nécessaire,  il  est  vrai,  ne  manque- 
rait pas  :  il  existe  une  source  ou  plutôt  un  ruisselet  descen- 
dant de  plus  haut,  à  une  cinquantaine  de  mètres  sur  la  droite 
du  rocher. 


LEPCIS     ET     LEPTIS     MAGNA, 


PAR    31.    CLERMONT-GANNEAU,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE. 


M.  Méhier  de  Mathuisieulx  vient  de  publier'  une  intéres- 
sante étude  sur  les  ruines  de  Leptis  Magna,  la  célèbre  cité 
africaine,  patrie  de  l'empereur  Septime  Sévère.  Il  rappelle 
qu'avant  lui  ces  ruines,  les  plus  remarquables  peut-être  de 
l'Afrique  du  Nord,  ont  été  très  rarement  visitées.  La  chose 
s'explique  par  les  difficultés  de  toute  sorte  auxquelles  se 
heurte  le  moindre  voyage  en  Tripolitaine.   Ces  difficultés 

1.  Noav.  archives  des  miss,  scient.,  X,  pp.  245-277. 


334  LEPCIS    ET    LEPtiS 

n'ont  fait  que  croître  depuis  une  dizaine  d'années,  par  suite 
d'une  situation  politique  très  délicate  sur  laquelle  je  n'ai 
pas  à  insister.  Il  faut  féliciter  le  courag^eux  explorateur 
d'avoir  réussi  à  en  triompher. 

Aux  noms  qu'il  cite  de  ses  devanciers,  très  peu  nombreux, 
Durand,  Delaporte,  Smith,  Barth,  Rohlfs  et  Cowper,  je 
demanderai  la  permission  d'ajouter  le  mien.  J'ai  eu  en  effet, 
au  cours  d'une  exploration  entreprise  en  Tripolitaine  et  en 
Cyrénaïque,  l'occasion  de  visiter  Leptis  Magna,  quelques 
années  avant  lui.  Profitant  de  certaines  circonstances  excep- 
tionnellement favorables,  j'ai  pu  y  séjourner  du  23  au 
27  mars  1893,  et  y  exécuter  bon  nombre  de  relevés  archéo- 
logiques et  épigraphiques ,  croquis,  photograjjhies,  estam- 
pages, qui,  jusqu'ici,  sont  malheureusement  demeurés  iné- 
dits, comme,  d'ailleurs,  tous  les  autres  résultats  de  cette 
longue  et  laborieuse  campagne  dont  les  hasards  m'ont 
entraîné  bien  au  delà  des  limites  de  mon  plan  primitif. 

Quand  j'aurai  le  loisir  de  mettre  en  œuvre  ces  divers 
matériaux,  je  crois  que  je  pourrai  sur  plus  d'un  point  et,  en 
particulier  sous  le  rapport  de  l'épigraphie,  compléter  utile- 
ment la  relation,  du  reste  très  consciencieuse,  de  M.  de 
Mathuisieulx.  Je  me  bornerai,  pour  aujourd'hui,  à  parler 
avec  quelque  détail  d'un  des  monuments  vus  irar  lui  à 
Leptis  Magna. 

M.  de  Mathuisieulx  dit  n'avoir  relevé  dans  les  ruines  de 
Leptis  que  trois  inscriptions  romaines ,  dont  une  seule  ne 
ligure  pas  encore  au  Corpus  Inscr.  La  t.  11  en  a  exécuté  une 
photographie  qui  a  permis  à  M.  Gagnât  d'en  entreprendre 
le  déchiffrement.  Or,  en  me  reportant  à  mon  carnet  de 
voyage  (p,  159j,  j  ai  constaté  que  j  avais  déjà,  de  mon  côté, 
relevé  cette  inscription  en  1895.  J'en  avais  pris  alors  un 
bon  estampage.  Je  regrette  que  mon  savant  confrère  ne 
l'ait  pas  eu  à  sa  disposition  ,  car  il  lui  aurait  permis  d'in- 
troduire dans  sa  lecture  et  ses  compléments  plusieurs  modi- 
fications et  améliorations  dont  ({uclques-unes  ,  comme  on 
va  le  voir,  sont  d  une  réelle  importance. 


LEPCIS    ET    LEPTIS    MAGNA  335 

Je  reproduis  ci-dessous  la  transcription  de  M.  Cag-nat,  et 
je  la  fais  suivre  des  leçons  nouvelles  fournies  par  mon 
estampage  ;  celui-ci  ne  commence  qu'à  la  lig-ne  4. 

L'inscription  est  gravée  sur  un  beau  cippe  quadrangu- 
laire,  de  marbre  blanc,  mouluré,  A  partir  de  la  lig-ne  17, 
les  caractères  deviennent  de  plus  en  plus  petits  et  sont 
d'une  exécution  négligée  ;  ils  tombent  de  0  '"  04  à  0  "'  02  de 
hauteur  ^. 

1  \N  1//////////////////////////// 

.   2  //////////////////////////////// 

3  I//////////////////////////////7/ 

:  4  \  O  M ////////////!//////// 

5  |H  O  N  E  s  T  I  S  S 

6  /CNOSCENDI 

7  /pERPENSO-Q 

8 -/mEATO//////////OB 

9     .^ayi  'ÈM    PVB-ET   ORclinem 

10  f/ec«r|  O  N  V  M     OpERIBVS     FECER''^     «m 

11  PLIOREM-INSTAVRATORI    MOENIVM    puhli 

12  CORVM-QVOD    EIVS    INNVMER^'*    C\RC^   se 

13  AC  SVOS  OFFICIA  SVPRA  GENITALIS  Cli"'^ 

14  AFFECTVM    IIICIS    MAGNA    INCLITA    f\de 

15  DEVOTIONE   PRAEST^NS  MVLTA  TRANSme 

16  RITA    MIR//////AMIB  ^ENACISSIMa    MEMOR'a 

17  ORD\U\ll,llllllllllll/llllROSiyC\llllllllllll/Hlllllllll/l' 

18  PRMIIIIillllllllllll/paTROHO   SVO//////////M    Hllde 

19  CREVIT  INDIVIDVVM   MVTVI  AMORIS  AFFec 

20  T\/Mlllll/llll/   OPII/I  CONSTITVIT   ^-^C    DEDIC 

Ligne  4  :  après  M  ,  on  distingue  la  partie  inférieure  de 
deux  hastes  pouvant  avoir  appartenu  à  un  N.  Après  le  I 
isolé,  un  V. 

1.  Il  faut  tenir  compte,  pour  le  déchinVement  des  parties  frustes,  de  ce 
que  les  m  sont  du  type  M- 


336  LEPCIS    ET    LEPÏIS    MAGNA 

L.  6  :  GNOSCENDI. 
L.  7  :  QV-. 

L.  8  :  ?  corn  M  EATO/'c  ,  ou  —  ri?  traces  des   deux  der- 
nières lettres. 

L.  9,  à  la  fin,  il  semble  y  avoir  E'AQNlIlllIlHlj ,  et  non 
ET  ORdinem. 

L.  \0  :  la  restitution  [decur]ionum  devient  très  problé- 
matique si  l'on  doit,  comme  je  crois,  écarter  celle  de 
or[dinem]  à  la  ligne  précédente  ;  de  plus ,  il  y  a  immédia- 
tement avant  le  I ,  un  pied  de  haste  verticale  qui  semble 
l'exclure  matériellement.  La  restitution  o[o]eribus  est  éga- 
lement à  écarter  :  la  première  lettre  est  un  G  certain,  et  il 
y  a  place  ensuite  pour  deux  lettres,  et  non  pour  une  seule  ; 
je  propose  :  Gf/îERIBVS. 

L.  il  :  la  ligne  se  termine  exactement  à  PVB.  contre  le 
bord  de  l'encadrement  ;  la  syllabe  //,  dont  naturellement  la 
restitution  s'impose,  doit  donc  être  gravée  hors  cadre.  Cette 
observation  s'applique  à  quelques  autres  fins  de  lignes 
subséquentes. 

L.  12  :  CIRCA  SE. 
L.  13  :  CIVIS. 

L.  14  :  lire  LEPCIS,  absolument  certain,  avec  L  traitée 
en  majuscule,  au  lieu  du  groupe  incompréhensible  IIICIS  ; 
c'est  le  nom  de  Leptis  Magna ,  sous  une  forme  extrê- 
mement intéressante  sur  buiuelle  je  reviendrai  tout  à 
l'heure.  A  la  fin,  FI  DE. 

L.  15,  à  la  fin,  et  1.  Ki,  au  début:  MVLTIFARIAM 
SENS(<'  RIT  ;  ici  encore,  le  deuxième  E  doit  être  gravé 
hors  cadre, 

L.  16.  après  RIT.  terminaison  de  aonnerit,  je  lis  : 
MERITO  r?/)M   El//.s  /ENACISSIME   MEMOR  PiiR? 

L.  17  :  ORDINI  S  (ainsi  séparé  anormalement)  V/r.  (?)  et 
POPViii  /'IROS.  Il  "  y  a  pas  trace  de  point  après  le  second 
P.  Il  est  très  didicile  de  voir,  par  suite  du  mauvais  état  de 
la   pierre,   s'il   faut   lire    POP  iili)    ou    POPVLI.   en    toutes 


LEPCIS    ET    LEPTIS    MAGNA  337 

lettres,  et,  d'autre  part,  si  nous  avons  affaire  à  des  VIII  — . 
des  VII  — ,  ou  des  ||  viri.  On  pourrait  hésiter  encore  entre 
V  [quinque],  Il  — ,  ou  III  viros.  En  tout  cas,  il  semble  bien 
qu'il  s'agit  d'une  commission  municipale  représentant  à  la 
fois  le  Sénat  des  deux  classes  et  le  peuple.  Puis  :  FL* 
V/CTO/I  Ca/PVRNIO  V(./).)- 

L.  18  :  PRAESIDI  PRO*'.  TWipoL  PATRONO  SVO  Sta- 
/VAM   DE. 

L.  19  :  entre  CREVIT  et  INDIVIDVVM,  intercaler  ET  Oh. 
A  la  fin,  AFFEC. 

L.  20  :  entre  TVM  et  CONSTITVIT,  lire  :  EAmdEm  SE 
PROPTeR.  A  la  fin,  AC  DEDICA. 

L.  21  (omise)  :  se  compose  uniquement  de  la  svllabe 
VIT  g-ravée  en  rejet,  et  en  caractères  cursifs,  au  milieu  de 
la  ligne;  c'est  la  fin  du  mot  dedicavit. 

Grâce  à  ces  diverses  corrections,  dont  plusieurs  —  et  non 
les  moindres  —  sont  certaines,  nous  obtenons,  du  moins  à 
partir  de  la  ligne  9,  un  texte  à  peu  près  cohérent  et  qui 
prend  en  outre  une  véritable  valeur  historique  : 

1 ni 

2 

3 

4 omn  .  .  .  iii 

5 honestiss[im 

6 gnoscendi 

7 pej-penso^   qii  .  .  .  . 

8 ?  com]meato[r]i?  ob  .  .  .  . 

9  qui  [r]em  puh{licam)  exqii .  .  . 

10  t]ionum  g[en\eribus  feceri[t  am-\ 

1 1  plioi-em  ,  instaurafoT-i  mœnium  puh[li-] 

12  corvm ,  quod  eiiis  innumer[a]  circa  se 

13  ac  siios  officia   s[u]pra  genitahs  civis 

14  affectum  Lepcis  Magna,  inclifa  fid[e], 

15  devotione  praes[la]ns,  mullifariam  sens[e-] 

16  rit,  nie[ritoru\m  ei[u.s  t]enacissime  menior,  [per] 


338  LEPniS    KT    LEPTIS    MAGNA 

17  ordinis? utr[iusqiie?)[et]populi' ???  v  iros,  Fl[avio)  V[i]clo[r\i 

C[a(  purnio,  v[iro)  [p{erfectissimo)], 

18  praesiJi pro[viinci!e)]  TnpolitaiuL'),palronosuo,slat]uam  de- 

19  crevil  et,  o[/>]  individuum  mutui  amoris  affec- 

20  /uw,  ea[ind]e[m]  sepropl[e]r  consliluil  ac  dedi'ca- 

21  vit 

Comme  on  le  voit,  il  s'agit  de  Térection  d'une  statue 
honorifique  faite  par  la  ville  de  Leptis  Magna,  et  par  les 
soins  du  comité  exécutif  de  sa  municipalité,  à  son  patron, 
gouverneur  de  la  province  de  Tripolitaine,  Flavius  Victor 
Calpurnius,  en  reconnaissance  de  services  considérables 
qu'il  lui  avait  rendus.  Le  nom  de  ce  personnage,  jusqu'ici 
inconnu,  vient  enrichir  la  liste  encore  si  pauvre^  des  gou- 
verneurs de  cette  province.  Il  est  regrettable  que  la  dispari- 
tion du  préambule,  qui  contenait  peut-être  le  nom  de  1  em- 
pereur régnant,  ne  nous  j^ermette  pas  de  déterminer  l'époque 
du  document  ;  il  aurait  peut-être  fait  faire  un  pas  à  une 
question  très  controversée  parmi  ceux  qui  s'occupent  de 
l'histoire  de  l'Afrique  romaine,  celle  de  la  date  de  la  création 
de  la  Tripolitaine  comme  province  autonome.  Je  laisse  aux 
spécialistes  le  soin  de  voir  si  l'on  ne  pourrait  pas,  du  moins, 
tirer  à  cet  égard  ([uelque  indice  chronologique,  de  l'écriture 
et  du  style  de  cette  inscription.  Pour  ma  part,  je  croirais 
volontiers  qu'elle  n'est  pas  antérieure  au  règne  de  Dioclétien; 
je  n'oserais,  pourtant,  rien  adirnuT,  n'étant  pas  ici  sur  mon 
terrain  familier. 

Je  me  bornerai  à  appeler  l'attention  sur  un  point  qui 
intéresse  pai'ticulièrement  la  philologie  punicjue  :  la  forme 
Lepcis^  sous  laquelle  apparaît  ici  le  nom  de  cette  célèbre 
ville  généralement  connue  sous  celui  de  Leptis.  Déjà,  l'on 
avait  été  conduit,  par  d'autres  considérations,  à  admettre 
que  la  forme  originale  devait  être  Lcpcis  et  que  Leptis  n'en 


J.  \'oir  Pallu  de  Lesserl,  Fastes  des  provinces  africaines,  II,  pp.  299-304. 


LEPCIS    ET    LEPTIS    MAGNA  339 

était  qu'une  altération  consacrée  par  Tusag-e.  On  a,  dans 
une  inscription  trouvée  à  Lambèse,  l'ethnique  Lepcitana 
appliquée  à  une  femme  d'orig-ine  servile  {yerna).  D'autre 
part,  nous  possédons  une  série  de  monnaies  attribuées  à 
Leptis,  où  le  nom  de  cette  ville  est  écrit  en  caractères 
puniques  ou  néo-puniques  :  "ipS; ,  Lepki.  Mais  ces  témoi- 
gnag-es  épig-raphique  et  numismatique  étaient  discutables 
dans  une  certaine  mesure.  La  forme  Lepcitana  pouvait  être 
due  à  une  incorrection  accidentelle;  la  même  inscription 
porte  FIXIT  =  VIXIT.  Quant  à  l'attribution  à  Leptis  des 
monnaies  à  lég^endes  puniques,  elle  pouvait  être  contestée. 
Et  puis,  on  était  toujours  en  droit  d'alléguer  que,  dans  l'un 
comme  dans  l'autre  cas,  il  pouvait  s'agir  non  de  Leptis 
Magna  de  la  Tripolitaine,  mais  de  Leptis  Parva  de  la  Byza- 
cène.  Aujourd'hui,  l'hésitation  n'est  plus  permise,  La  leçon 
de  la  pierre  est  indubitable  et,  comme  nous  avons  affaire  à 
un  document  officiel,  de  provenance  assurée,  elle  doit  faire 
foi  pour  nous.  L'existence  de  la  forme  Lepcis  est  désormais 
établie.  Cette  forme  —  à  prononcer,  bien  entendu,  Lepkis, 
avec  le  c  dur  —  doit  être  la  forme  autochtone,  punique  ou, 
plutôt  libyco-numide^.  La  transformation  en  Leptis,  forme 
consacrée  par  l'usage,  peut  être  due  soit  à  un  besoin  eupho- 
nique de  l'oreille  ou  de  la  bouche  gréco-latine, soit  à  l'influence 
d'une  étymologie  populaire,  voire  à  ces  deux  causes  réunies. 
Au  point  de  vue  de  cette  dernière,  il  faut  tenir  compte 
d'une  paronomasie  possible  entre  AéTciiç  et  astïtt^  «petite», 
paronomasie  visant  peut-être  les  déterminatifs  distinctifs 
des  deux  Leptis  homonymes.  Magna  et  Parva  (cf.  Lepti- 
minus). 

Cette  inscription  n'est  pas  la  seule  que  j'ai  rapportée  de 
Leptis  Magna.  J'en  ai  recueilli,  soit  dans  les  ruines  de  la 


1.  Cf.  ce  que  nous  dit  Salluste  [Guerre  de  Jugurtha,  78,  4)  du  changement 
survenu  dans  la  langue  parlée  à  Leptis  Magna  :  «  ejus  civitatis  lingua  modo 
conversa  connubio  Numidaruni  ;  leges  cultusque  pleraque  Sidonica.  » 


340  LKPCIS    I;T    LEPIIS    .M\(i.\A 

ville  même,  soit  dans  les  environs,  plusieurs  autres  qui  ont 
échappé  à  M.  de  Mathuisieulx.  Je  ne  me  suis  attaché  qu'à 
celles  qu'en  raison  de  leur  position  je  supposais  n'avoir  pas 
déjà  été  vues  par  mes  devanciers.  Dans  le  nombre,  je  signa- 
lerai l'épitaphe  suivante,  dont  j'ai  pris  un  estampag-e. 

Gros  bloc  cubi(jue  dont  la  face  antérieure  est  seule  dres- 
sée ;  trouvé  près  d'un  sépulcre  récemment  fouillé  ,  un  peu 
avant  d'arriver  aux  ruines  de  Leptis  Dans  un  cartouche  à 
oreillettes  triangulaires.  Hauteur  des  lettres  0'"  04  et  0"^  03. 

CALPVRNIAE    BARGYdDENI 

E/ 
CALPV  R  N  I  O  •  CEREALI-ET 
CALIRNIO-CANDIDO 
FECIT    CAJLPVRNIA    LiCINIA    SADITH 
|/|/RENTIBVSSVIS-EIIRATI\1!IETATISCIVSA 

Calpurnipe  Barguddenie\t\  Calpurnio  Cereali  et  Cal[pu]r- 
nio  Candido,  fecit  C[a/p]urnia  Licinia  Sadith  [pa\rentibus 
suis  e[i  f^rat[rï\^  \pi\etatis  c[a\usa. 

On  remarquera  dans  cette  famille  la  fréquence  du  nom 
de  Calpurnius]  il  avait  pu  être  rendu  populaire  à  Leptis 
Magna  par  le  gouverneur  de  la  Tripolitaine  à  (jui  la  ville 
était  redevable  de  tant  de  bienfaits.  Les  noms  /iar;/uddenus^ 
et  Sadith  sont  intéressants  pour  l'onomastique  punicjue  ;  il 
est  à  noter  que  ce  dernier  est  transcrit  sans  désinence 
latine,  fait  qui  s'observe  surtout  dans  les  noms  propres 
féminins. 

Sur  un  bh)c  do  calcaire  mouluré,  do  0'"   ."()  i\e  largeur, 

1.  Api)arcnf(''  vrnis('iiil)lal)lomonl  aux  noms  africains  Gi/(/(iem,Gi/(/(/cni,otc. 
L'origine  de  l'élément  initial  bar  demeure  obscure:  on  ne  saurait  évidem- 
ment songer  ici  à  l'araméen. 


LEPCIS    ET    LEPTIS    MAGNA 


341 


gisant  isolé  sur  la  plag-e,   peu  avant  d'arriver  aux   ruines 
de  Leptis.  Le  dessus  du  cippe  est  concave  (copie)  : 


DISMANVSI3VS 
C  L  A^  D  A  I   /  A  B  N  A 
S  O  T  E  R  I  C 


Diis  Manihus.  Claud[i)e  [S]ah[i)nse  [?)  Soteri[cus'l] 

Vers  Kasr  ed-Douêirât,  dans  le  sud  de  Khoms,  grand 
mausolée  architectural,  ruiné,  en  forme  de  tour  carrée  à 
deux  étages  (photographié  sur  deux  faces);  débris  d'une 
statue  en  marbre  ;  blocs  sculptés  épars  autour  ;  parmi  eux 
un  fragment  du  toit  en  pierre  orné  d'imbrications  arrondies. 

A  vingt  minutes  plus  au  sud,  autre  monument  funéraire  du 
même  type  (photographié)  ;  sur  un  bloc  de  marbre  tombé 
au  pied ,  et  portant  une  amphore  sculptée  sur  la  face  laté- 
rale gauche  (copie)  : 


i 


U  I  E  S-  I  VV 

B  V  S  •  B  O  |/|// 


I 


M  E  M  O  R  I  A 
B  I  A  E  •  A  N  N 
\  r  A  E  •  Q  V  A  E 
I  I  S • XV  I  •  V 
ALI  PVDICITI   ï 


[Dn]s   [Maiii]bus?   Bo[nse] 
memoria[e]  [?  Vi\hiae  Ann[i8e\ 
....  nse,  quœ  [vixit  ann]is 
XVI,  \yirgin\ali  pudiciti[a\. 


342 


LEPniS    ET    LEPTIS    MAGNA 


Épitaphe  d'une  jeune  lille  morte  à  seize  ans. 

Même  mausolée;  sur  un  autre  bloc  de  marbre  blanc, 
mouluré,  à  moitié  enfoui  et  déterré  à  grand' peine.  Dans 
encadrements  variés.  Hauteur  totale  :  0'"  30.  Longueur  de 
la  ligne  9=^  0"^  34.  Copie  : 


<^>  N  V  M  C^  D  E/// 

^^            ///// 

\        ///// 

/  NB//// 

Am  0  R  1 

Ia  0  G  E 

Àj  I  a  N  0 

^^yN  1  s  A  N  N  V  1 

^-rflGAGAENEROS 

TATEORNATIQVIVIX 

ANNXXII    MIIIC^ET 

"^BEAAA///////SSV; 


I  V  M  C  I  V  I  V  M  S  V  O  '///^ 


L.  1  :  [?aeter]num  de....K  —  L.  2  :    /)//.s-  Ma]n[i]b[us]? 
L.    3   :    [Bonse    nic\niori[œ]?''.  —  L.   4-9  :    [D\ioge[nis?] 


1.  De[o]'?  Je  n'ose  penser  à  leternum  decUis].  Je  ne  sais,  cl  n'ai  i)as  le 
temps  de  vérifier  si  rexprossion  se  leirouve  dans  l'épi^'raphie  funéraire 
d'AIViciue.  Klle  rappellciait  quelque  peu,  en  tout  cas,  la  fornuile  palmyré- 
nienne  N^^"">...ipi'l,  bI;  TEtijiriv  a!(ov;av. 

2.  Heslilulion  sup:},a'rée  par  l'insci-iplinn  ])récé(l<'nte.  Il  vaudrait  pcul-être 
mieux,  dans  l'une  et  l'autre,  i-estiliier  l/unn  mcmuria  ,  et  délaclier  au  datif 
les  noms  des  défunts. 


LEPCIS    ET    LEPÏIS    MAGNA  343 

.  .  .ntiano?  [?ordi]nis  aniiui?  [? lo]n[g)a  gaenerositate  [sic] 
ornati^qui  vix[it^^  ann{os)  XXII,  mienses)  III,  et... —  L.  11  : 
civium  suo[rum]. 

Tout  près  du  mausolée,  dans  la  marg-elle  d'un  puits  : 
fragment  de  statue  en  marbre  blanc,  homme  vêtu  de  la 
toge,  tenant  un  rouleau  (?)  de  la  main  gauche;  probable- 
ment le  défunt,  ou  un  des  principaux  défunts. 

Je  mentionnerai  aussi,  seulement  pour  mémoire,  un  cer- 
tain nombre  de  signes  lapidaires  très  curieux  que  j'ai 
découverts  (copies  et  estampages)  gravés  au  centre  de  plu- 
sieurs blocs  entrant  dans  la  construction  du  soubassement 
d'un  des  pilastres  à  tambours  semi-circulaires,  encore  debout 
(au  point  marqué  N  sur  le  plan  de  M.  de  Mathuisieulx)  ^. 
Plusieurs  de  ces  signes  sont  empruntés  k  l'alphabet  latin 
W^  —  AB  ;  d'autres  à  l'alphabet  punique  ou  néo-punique  : 

^  ^*V*  ^^^  ^^^^  tantôt  isolés,  tantôt  groupés  deux  à  deux  ; 
on  remarquera  que ,  dans  les  groupes  de  deux  ,  les  lettres 
associées  se  suivent  dans  leur  ordre  alphabétique  respectif  : 
a-j-A,  qoph  -j-  rech.  Sur  un  autre  bloc  détaché  auprès  de 
la  grande  dédicace  au  gouverneur  Victor  Galpurnius  :  un  H- 
Enfin,  puisque  l'occasion  s'en  présente,  j'ajouterai  que 
j'ai  pu  faire  l'excursion  d'El-Mergeb  (spécula,  Gv.zr.ii)  occu- 
pant une  position  dominante  dans  l'ouest  de  Leptis  Magna, 
excursion  que  M.  de  Mathuisieulx  regrette  avec  raison  de 
n'avoir  pas  faite.  J'y  ai  découvert  l'emplacement  d'un 
ancien  sanctuaire  qui  était  consacré  à  la  grande  déesse 
punique  qualifiée  de  Caelestis  Sanctissima ,  et  qui  s'est 
transformé,  dans  la  tradition  locale,  en  un  sanctuaire  très 
vénéré,  placé  sous  l'invocation  de  Sidna  Ali.  On  j  remarque 
une  sorte  de  grande  plate-forme  taillée  dans  le  roc ,  avec 

1.  Cf.  la  gravure  photographique,  pi.  IV,  op.  cit. 

2.  Doit  être  un  M  latin  renversé  plutôt  qu'un  i  grec  ou  un  W  phénicien 
archaïque. 


344  LEPCiS    ET    LEPTIS    MAGNA 

une  paroi  verticale  faisant  face  au  sud.  Cette  paroi  est 
percée  de  trous  en  formes  de  niches  grossières,  où  les  indi- 
gènes viennent  encore  déposer  leurs  ex-votos,  lampes,  etc. 
Au  pied,  j'ai  lieu  de  croire  qu'il  existe  une  caverne  sacrée 
qu'il  serait  intéressant  d'explorer.  Sur  cette  paroi  est  gravée 
une  inscription  romaine,  qui  est  inédite,  je  pense  ;  tout  au 
moins  ne  figure-t-elle  pas  au  Corpus  I.  L.  Elle  consiste  en 
une  ligne  longue  de  3  '"  23,  avec,  au-dessous,  une  seconde 
ligne  très  courte,  en  caractères  beaucoup  plus  petits,  for- 
mant rejet.  Les  dimensions  du  texte,  sa  position  et  surtout 
un  vent  terrible  qui  souillait  alors  sur  le  plateau,  ne  m'ont 
pas  permis  de  l'estamper.  Voici  le  fac-similé  de  la  copie  de 
mon  carnet,  hauteur  des  lettres,  0""  12  en  moyenne  : 


eCLLST  1  SÎANLTlSSlA\APKQN]\Ar!|^^^\AVS 
Celestis  sancfissima,  propitia camus 


Je  ne  sais  au  juste  comment  restituer  les  caractères 
douteux  et  mutilés  intervenant  enlve  propitia  et  eamus\  il 
est  dilïicile  d'en  tirer  matériellement  :  propitinm  1c  JihIjch- 
mus,  ce  qui  donnerait  un  sens  assez  satisfaisant. 

Dans  le  trajet  entre  Khoms  et  Kl-Mergeb,  j'ai  rencontré 
toute  une  série  de  magnifiques  mausolées  construits  en 
forme  de  tours  carrées,  sur  des  monticules  couverts  de 
ruines.  Au  pied  de  l'un  d'eux,  parmi  les  blocs  jonchant  le 
sol,  j'en  ai  trouve;  un  port;iiil  linscription  suivante  gravée 
dans  un  cadre  mouluré.  La  Iii;iu'  I  est  en  caractères  phis 
grands. 


LEPCIS    ET    LEPTIS    MAGNA  345 


I  ■  TE  LAAA 

E  D  I  C 
S  A   T  V  R   N 

l\H\IP'll 


I[ulio)  Tela[moni\ ,  rnedic[o]  Satiirn  =  \ini  f[ilio)] (ou  : 

Saturn[ina]  [v]ir[o]  p[osuit]?  ou  peut-être  mieux  :  Satiirn- 
[inus]  \ pat\ri  eic?) 

Avec  réserve  sur  les  cas,  bien  entendu. 

Le  nom  de  Telamo  ou  Telamon  semblerait  indiquer  une 
orig-ine  ou  des  attaches  grecques  du  personnage,  ce  qui  ne 
serait  pas  en  désaccord  avec  sa  profession.  Déjà  Leptis 
Magna  nous  avait  fourni  l'épitaphe  trilingue,  latine,  grecque 
et  néo-punique,  d'un  médecin,  Boncar  Clodius,  et  de  sa 
mère  Byrycth  (3^-1^)  '. 

Un  de  mes  plus  grands  regrets,  en  quittant  Khoms,  a  été 
de  laisser  derrière  moi  un  magnifique  monument  provenant 
des  ruines  de  Leptis,  un  bas-relief  en  marbre  d'une  beauté 
singulière  représentant  trois  femmes  drapées  (les  Charités?), 
marchant  à  la  file,  de  profil,  à  gauche,  et  se  tenant  par  les  pans 
de  leurs  tuniques.  Je  l'avais  découvert,  caché  chez  un  indi- 
gène-, au  moment  de  mon  départ,  trop  tard  pour  en  prendre 
une  photographie.  J'avais  essayé  d'acquérir  ce  morceau  qui 
aurait  fait  bonne  figure  au  Louvre;    malheureusement,  là 


1.  CI.  L.,  VIII,  SuppL,  15-16. 

2.  M.  de  Mathuisieulx  m'apprend  qu'un  richissime  Anglais,  M.  Co^vpe^, 
qui  a  passé  à  Khoms  quelques  mois  après  moi,  a  acquis  ce  superbe  mor- 
ceau au  prix  de  500  francs.  On  lui  en  aurait  olTert,  depuis,  50.000  francs 
qu'il  a  refusés,  ayant  l'intention  d'en  faire  don  au  British  Muséum.  Il  en  a 
publié,  paraît-il,  la  photographie  dans  un  volume,  intitulé  The  Hills  of  the 
Grâces,  qui  ne  m'est  pas  encore  accessible. 


346  LIVRES    OFFKRTS 

encore,  j'ai  été  arrêté  par  rexiguïté  de  mes  ressources  et 
j'ai  déploré,  une  fois  de  plus,  de  n'avoir  pu  obtenir,  comme 
je  l'avais  demandé  au  moment  d'entreprendre  cette  mission, 
l'allocation  d  un  petit  crédit  éventuel  qui  m'aurait  permis 
de  profiter  et  de  cette  occasion  et  d'autres  encore  du  même 
genre  qui  se  sont  offertes  à  moi  au  cours  de  mon  vovage  '. 


LiviiEs  offp:rts 


Le  Président  offre,  au  nom  cIcM.deBoislisle,  le  cinquante-septième 
volume  de  sa  publication  des  Mémoires  de  Saint-Simon  Paris,  1903, 
in-8"j.  Si  M.  de  Boislisle  était  présent,  il  le  complimenterait  du  zèle 
avec  lequel  il  poursuit  cette  publication,  sans  que  les  volumes  qui  se 
succèdent  d'année  en  année  cessent  de  témoigner  d'un  travail 
approfondi. 

M.  Omont  dépose  sur  le  bureau  un  volume  quil  vient  de  i)uljlier  : 
Listes  des  recueils  de  fac-similés  et  des  reproductions  de  manuscrits 
conservés  à  la  Bibliothèque  nationale  (Paris,  1903,  in-8°  ;  extr.  de  la 
Revue  des  Bibliothèques). 


1.  C'est  ainsi  ique  j'ai  dû,  faute  de  quelques  centaines  de  francs,  laisser 
ccliapper  A  Bcnfrliazi  de  belles  ampliores  ijanatlu'-naïqucs,  signées  et  datées, 
provenant  de  Cyrène,  et,  en  Crèle,  une  lanlette  de  terre  cuite,  avec 
inscription  préhistorique,  provenant  de  (>nossos,  le  premier  spécimen 
connu  de  celles  recueillies  depuis  par  M.  Kvans  (voir  ma  communication, 
Comptes  rendus,  1901,  p.  i3  et  16.sj. 


SÉANCE  DU  7  AOUT 


M"'®  Lahure  a  envoyé  au  Secrétaire  perpétuel  une  photogra- 
phie du  lancement  du  canot  »  Benoît  Garnier  »  qui,  de  Bezons, 
est  parti  pour  le  lac  Tchad  où  il  doit  conduire,  par  le  Niger  et 
ses  affluents,  le  capitaine  Lenfant.  Le  fds  de  M""^  Lahure  est  un 
compagnon  du  capitaine  Lenfant  dans  cette  importante  explo- 
ration, aux  fonds  de  laquelle  la  fondation  Benoît  Garnier  a 
concouru. 

M.  CoLLiGNON,  au  nom  de  AL  Xaville,  correspondant  de  l'Institut, 
donne  lecture  d'une  note  sur  le  fronton  oriental  du  temple  de 
Zeus  à  Oljmpie  L 

MM.  Heuzey  et  PoTTiER  présentent  à  ce  sujet  quelques  obser- 
vations. 

M.  HoMOLLE  entrelient  l'Académie  des  fouilles  de  Délos  et 
donne  lecture,  à  ce  sujet,  des  extraits  suivants  de  deux  lettres 
qu'il  a  reçues  de  AL  Diirrbach  ,  membre  de  l'École  française 
d'Athènes  : 

Myconos,  dimanche  26  juillet  1903. 

La  semaine  épigraphiqiie  a  été  un  peu  meilleure.  Un  des  premiers 
coups  de  pioche,  à  l'angle  Nord-Ouest  du  sanctuaire,  a  mis  à  jour, 
dans  un  mur,  un  assez  gros  fragment  de  compte,  —  une  cinquantaine 
de  lignes,  —  datant,  je  crois,  du  milieu  du  iii^  siècle.  En  outre, 
d'autres  petits  fragments  se  sont  trouvés  dans  les  mêmes  parages, 
que  nous  allons  continuera  explorer. 

Sur  la  terrasse  au  Sud-Est  du  temple,  non  loin  de  la  base  de 
f'.^iKapTÎôr,;,  on  a  rencontré  un  énorme  trou  dans  le  rocher,  et  on 
s'est  aperçu  à  le  déblayer  qu'il  était  rempli  de  morceaux  de  marbre, 

1.  Voir  ci-après. 

1903.  24 


348  SÉANCE    DU    7    AOUT    1903 

colonnes,  pièces  d'architecture,  etc.  On  en  a  retiré  un  certain  nombre 
de  fragments  (rinscriptions,  morceaux  de  comptes,  décrets  de  proxénie 
assez  maltraités,  un  décret  en  l'honneur  de  P.  Cornélius  Scipion,  —  un 
autre,  fort  rongé  aussi,  en  faveur  d'un  musicien-poète,  —  une  dédi- 
cace archaïque,  un  disliipie  gravé  sur  le  pourtour  d'un  chapiteau 
votif  ('ApT£jj.[Oo;  xoo'  'à^aÀri.'  [àvÉOs/.cV  AEME.  POM—  ajTcT —  ajTo;  xal 
r.7.Xoi;  î-jyjx'j-v/ot  fJîy.oL-h].  Tout  cela  n'est  pas  encore  merveilleux;  mais 
c'est  au  moins  l'indication  que  Délos  n'est  pas  épuisée,  et  j'espère 
que  nous  trouverons  encore. 

Les  diirérents  chnnliers  continuent  dans  les  directions  (jue  nous 
avons  signalées  et,  sur  certains  points,  la  fouille  prend  déjà  tournure. 
Ma  maison  est  aujourd'hui  complètement  débhiyée;  je  l'aurais  crue 
plus  riche;  nous  n'avons  trouvé  en  [)lace  ni  slucs  de  belle  qualité  ni 
mosaïque  intéressante;  elle  n'aura  sa  valeur  que  dans  l'ensemijli' (pie 
je  fais  ncïttoyer.  Le  déblaiement  de  ce  côté  est  très  long,  bien  (pie 
deux  équipes  y  travaillent;  ramoncellemcnt  des  terres  et  des  pierres 
est  énorme.  De  ce  côté,  c'est-à-dire  sur  le  front  Est  du  Tétragone,  je 
crois  (ju'il  faut  renoncer  à  trouver  les  restes  de  quelque  édilice  public; 
je  ne  \ois  [nnloul  (pie  des  murs  de  maisons  p;irticulières,  et  j'ai 
1  impression  (pie  du  coté  Sud  les  iiiais(His  eominenceiil  aussi  tout  de 
suite,  de  sorte  que  je  ne  verrais  pas  pour  le  moment  (.l'iiilérèl  à 
diriger  de  ce  c(jté  les  recherches 


Délos,  mardi  28  judlel  1903. 

L'objet  de  ce  mot,  que  Soliri  va  emporter  tout  à  l'heure,  est  de 
vous  faire  savoir  que  le  trou  dont  je  vous  ai  [)arlé  avant-hier  —  devant 
le  temple  —  continue  à  fournir  d'une  manière  inespérée  marbres  et 
inscriptions.  Il  a  fallu  établir  une  chèvre  pour  extraire  les  marbres  ; 
car  ce  puits,  taillé  à  pic  dans  le  rocher,  a  un  diamètre  de  o  à  6  mètres, 
et  on  est  à  une  profondeur  de  3  à  4  mètres.  Quatre  ouvriers  se 
meuvent  avec  peine  au  fond  dans  l'eau  et  la  boue.  Nous  en  avons 
retiré  déjà  une  douzaine  de  textes;  il  y  en  aura  d'autres  selon  toute 
apparence.  Parmi  les  inscriptions  trouvées  depuis  dimanche,  il  y  a 
un  très  long  fragment  d'inventaire  athénien,  90  lignes  environ  : 
marbre  et  écriture  identi(jues  à  la  grande  plaque  de  Callislratos  que 
j'ai  copiée  l'an  dernier  à  Myconos,  —  une  série  de  trois  dodécades 
avec  les  trois  noms  d'archontes,  conduites  par  le  prêtre  à  vie  et 
épimélète  C.  Musonius  Rufus  (cette  série  doit  être  antérieure  à  celle 
qu'a  pu!)iiée  (^olin  et  à  ma  projire  liste  de  l'an  dernier;  je  la  croirais 
du  1"''  siècle  de  notre  ère),  —  deux  débuts  de  déciets  (jui  s  arrêtent 
malheureusement  trop  tôt  : 


SÉANCE    DU    7    AOUT    1903  349 

1"  "ESoÇîv  T^i  [ÎO'jXrji  xatxôji  SrJpLco'..  "Aji-voç  TXrjai[JLévou 

£'.;;£'/     ÈtïîiÔt)    EuTuyo?     <I»tXo)TOJ    Xto?    otxîov    sv 
[i\T)']Xoji  xal  3'jv£pya!^du.ivo;  àrro  to'j  Btzat'ou  [toiji; 

AAXI'N      TzXc'o'JCTlV     k'vT£      TOÏÇ      ïfJLTUpOaOcV 

["y(_povot;   ôicj  téXïi  to'j;    t£    Ôsoù;    a£6o'[i.£vo;    >'-a[îJ 
upoji    xat    ArjXio'j;    xaî    vuv    Sià    tv)'/ 

[XfDV 

2"  Début  intact;  à  gnuche,  il  manque  deux  ou  trois  lettres  : 

.  ,  .owpo;  OcOsâvrov  tlr.v/'  iiT'oOrj  Mvr,'- 
[axJXxo;  TEÀEaapytôo'j  ArjÀioç  TZOo'Çvn- 
[a;    aùjxwt    'jr:<xpy oJiriZ   [j.z-x    tojv    A- 

[TirxjaTp'.x.r,;    -oAÀà;    xa!    [J-^'[i- 

[Xàç]    yp£Î[a;]  ;:ap£ayr|7at    T(JJi    or[|j.ojL 

r  X7];    aTzaviiixiat.    aîxoyxa- 

A  l'aou;  a)Cp£cX£v  rj   7:0X1; 

ÈjyupaTavxaç  à-£7- 

[x£iX£v j--oXXâxi;    -f^'.  -J- 

[Xct  ]  E'.a:  xa!  xo-Jxo 

à-oûoOvai 
eJÎç   Arp.ov 

£VOX 


M.  PoTTiER  lit  une  note  de  M.  Degrand,  consul  de  France  à 
Philippopolis,  sur  une  sculpture  rupestre  des  environs  de 
Schumla.  Elle  représente  un  cavalier,  suivi  d'un  chien,  com- 
battant une  bête  fauve.  Elle  est  accompagnée  d'une  assez  longue 
inscription  que  l'on  n"a  pas  encore  pu  déchilTrer,  car  le  relief  se 
trouve  à  environ  30  centimètres  de  hauteur  sur  une  falaise  à  pic. 

M.  Pottier  exprime  le  vœu  que  M.  Degrand  puisse  utiliser  une 
partie  des  fonds  qui  lui  ont  été  alloués  sur  le  legs  Piot  pour 
prendre  un  moulage  du  bas-relief  et  de  l'inscription. 

M.  Salomon  Reinach  présente  à  l'Académie  une  note  de 
M.  Emile  Bourguet,  maître  de  conférences  à  la  Faculté  des  lettres 
de  Montpellier,  sur  le  système  métrologique  de  Pheidon  d'Argos. 
Il  résulte  d'une  inscription  de  Delphes  que,  dans  ce  système,  le 
médimne  contenait  45  1.  46.  La  table  à  mesures  trouvée  à  Gytheion 
est  conforme  à  ce  système  et  prouve  en  outre  que  Pheidon  avait 


350 


FRONTON    DU    TEMPLE    DE    ZEUS    A   OLYMPIË 


adopté   une  seule  échelle  pour  les  mesures  des   solides   et    des 
liquides. 

M.  Glermont-Ganneali  fait  une  nouvelle  communication  sur  les 
sépulcres  à  fresques  de  Guigariche  et  le  culte  de  Mithra  en 
Afrique.  ' 

Il  croit  devoir  renouveler  le  vœu  qu'on  ne  laisse  pas  partir 
un  missionnaire  sans  lui  donner  les  moyens  de  profiter  des 
bonnes  occasions  qui  peuvent  s'offrir  à  lui  d'acquérir  des  objets 
intéressants.  Il  fait  observer  qu'il  a  lui-même  éprouvé  l'in- 
convénient de  l'état  de  choses  actuel  lors  de  ses  voyages  en 
Cyrénaïque,  en  Crète  et  en  Tripolitaine  (1895).  C'est  ainsi  qu'il 
a  dû  renoncer  à  acquérir  pour  des  prix  très  modiques  : 

1'^  En  Cyrénaïque,  de  grandes  amphores  panathénaïques  avec 
des  noms  darchontes  inédits,  utilisables  pour  la  chronologie; 

2*^  En  Crète,  la  première  tablette  de  terre  cuite  portant  des 
caractères,  connue  antérieurement  aux  découvertes  de  M.  Evans  ; 

3*^  En  Tripolitaine,  un  beau  bas-relief  en  marbre  de  Leptis 
Magna,  acquis  plus  tard  pour  501)  francs  par  un  touriste  anglais. 


COMMUNICATIONS 


A   PHOPOS  DU   FRONTON  ORIENTAL  DU   TEMPLE   DE  ZEUS  A  OLVMPIE. 

UNE    IIVPOTIIÈSE, 
PAK    M.     NAVILLi:,    COURESPONDANT   DE     L  INSTITUT 

L'interprétation  de  la  scène  qui  orne  le  fronton  oriental 
du  temple  de  Zeus  à  Olympie  n'a  pas  encore  été  donnée 
dune  manière  satisfaisante.  Ce  ne  sont  pas  les  essais  ({ui 
ont  manqué.  On  peut  s'en   rendre  compte  à  la  lecture  de 

J .   Ynir  ci-aprrs. 


FRONTON  DU  TEMPLE  DE  ZEUS  A  OLYMPIE        331 

l'intéressant  travail  de  M.  Wernicke^,  qui  passe  en  revue 
toutes  les  reconstitutions  faites  depuis  la  découverte  des 
sculptures,  et  qui  en  propose  une  nouvelle.  Les  unes  comme 
les  autres  conduisent  à  des  résultats  dont  aucun  n'est  défi- 
nitif. Qu'on  place  les  figures  comme  l'on  veut,  qu'on  mette 
Pélops  à  la  droite  du  dieu  ou  à  sa  gauche,  que  tel  person- 
nage secondaire  soit  devant  les  chevaux  ou  tel  autre,  l'en- 
semble fait  un  contraste  frappant  non  seulement  avec  le 
fronton  occidental,  mais  avec  la  plupart  des  frontons  qui 
nous  ont  été  conservés. 

Ces  sculptures  représentent  en  général  un  moment  très 
court  de  l'événement  qu'elles  rappellent.  Ce  n'est  pas  tout 
à  fait  ce  que  nous  appellerions  une  photographie  instanta- 
née, mais  c'est  quelque  chose  qui  s'en  rapproche  beaucoup. 
Voyez  le  fronton  occidental  d'Olympie  ;  c'est  un  épisode 
pris  sur  le  fait  de  la  lutte  héroïque  entre  les  Centaures  et  les 
Lapithes.  Un  Centaure  vient  de  saisir  Déidamie ,  Pirithoûs 
se  précipite  à  son  secours,  et  immédiatement  le  dieu,  qui 
est  peut-être  considéré  comme  invisible,  intervient  pour 
délivrer  ses  protégés.  Tout  cela  n'a  aucune  durée.  La  pose 
de  Déidamie,  elle  l'a  eue  quelques  secondes  à  peine,  et  le 
geste  du  Centaure  n'a  pas  duré  plus  longtemps.  De  même 
dans  les  frontons  du  Parthénon,  comme  dans  celui  de  l'Ouest 
par  exemple,  nous  voyons,  pour  employer  les  mots  de 
M.  Collignon,  «  Athéna  le  corps  rejeté  sur  la  gauche  par 
un  mouvement  violent,  Poséidon  par  un  mouvement  inverse 
se  reculant  vivement  vers  la  droite.  »  Ici  encore,  le  sculpteur 
avait  choisi  un  moment  de  l'action  extrêmement  court. 

Rien  de  semblable  dans  le  fronton  oriental  d'Olympie. 
Pausanias  nous  dit  qu'il  représente  les  préparatifs  de  la 
course  en  chars  d'Oinomaos  et  de  Pélops  :  to  èp^ov  tou 
opé[j.o'j  T.ctpoi  ày.çoTspwv  èv  Trapaay.suyj.  Mais  n'y  a-t-il  que  cela? 
Pausanias  a-t-il  saisi  l'idée  qui  a  inspiré   l'artiste?  A-t-il 

1.  Jahrbuch  des  k.  Deutschen  Inst.,  vol.  XII,  p.  165. 


352  FRONTON   DU    TK.MPLE    DE  ZRUS    A    OLYMPIE 

fait  quelque  effort  pour  la  saisir?  Ou  plutôt  ne  s'est-il  pas 
borné  à  nous  répéter  ce  qu'on  disait  de  son  temps  à  Olympie, 
où  peut-être  la  tradition  relative  au  sens  de  ces  sculptures 
s'était  perdue?  Car  à  considérer  ce  fronton,  tel  qu'il  est 
reconstitué  au  musée  d'Olvmpie,  on  est  frappé  d'emblée  du 
manque  d'intérêt  de  la  composition.  Les  personnages  se 
présentent  comme  les  figurants  d'un  cirque  qui  viennent 
saluer  les  spectateurs  avant  de  commencer  leurs  exercices, 
et  qui  attendent  les  applaudissements.  Aucun  mouvement 
quelconque,  et  surtout  aucun  élément  dramatique  qui 
anime  cette  scène  dont  la  froideur  paraît  choquante  dans 
vin  monument  comme  celui-là. 

On  s'attendrait  à  ce  qu'à  l'entrée  du  temple  de  Zeus , 
d'un  édifice  aussi  fameux ,  qui  devait  contenir  la  statue  de 
Phidias,  on  eût  placé  une  scène  attirant  les  regards,  et  sur- 
tout évo(juant  chez  les  spectateurs  un  sentiment  de  .sympa- 
thie pour  l'un  ou  l'autre  des  héros,  une  curiosité  anxieuse 
sur  l'issue  de  la  redoutable  partie  qui  va  se  jouer.  Mais  si 
l'on  se  contente  de  l'interprétation  reçue,  qui  est  celle  de 
Pausanias,  il  n'y  a  là  rien  qui  fasse  éprouver  au  spectateur 
autre  cho.se  qu'une  admiration  calme  de  la  technique  et  du 
style  des  figures.  On  se  demande  quelle  a  été  l'idée  de 
l'artiste,  et  même  s'il  en  avait  une,  ou  s'il  a  voulu  simple- 
ment nous  montrer  une  galerie  de  personnages  de  l'époque 
de  Pélops  et  d'Oinomaos. 

Voici  deux  héros  qui  s'apprêtent  à  monter  sur  leurs  chars. 
Lequel  sera  le  vainqueur?  Rien  ne  nous  le  fait  prévoir  ;  et 
pourtant,  puisque  Pélops  doit  devenir  le  héros  d'Olympie, 
il  serait  naturel  que  quelque  chose,  ne  fût-ce  qu'un  geste, 
indiquât  que  son  triomphe  est  assuré.  Ce  geste,  Zeus  ne  le 
fait  pas;  il  tourne  la  tête  du  côté  de  Pélops,  mais  il  reste 
impassible,  ot  l'on  ne  saurait  dire  (juel  rôle  joue  dans  ces 
préparatifs  le  grand  dieu,  la  divinité  du  temple  et  de  la 
localité,  qui  assiste  en  simple  spectateur  ;  tandis  que,  comme 
Athéna  au  Parthénon,  il  devrait  être  la  personne  centrale, 


FRONTON  DU  TEMPLE  DE  ZEtS  A  OLYMPIE        353 

à  laquelle  toute  la  scène  se  rattache,  et  de  la  A-olonté  de 
laquelle  dépend  la  manière  dont  l'événement  se  déroule. 

Ces  diverses  considérations,  les  lacunes  si  manifestes  que 
révèle  l'interprétation  dont  on  s'est  contenté  jusqu'à  pré- 
sent, m'ont  conduit,  à  la  suite  de  deux  visites  à  Olympie,  à 
rechercher  s'il  n'y  avait  pas  une  autre  explication  qui  pût 
introduire  dans  la  scène  l'élément  dramatique  qui  a  l'air  de 
faire  complètement  défaut.  Il  n'y  a  là,  je  ne  puis  assez  le 
répéter,  qu'une  hypothèse,  à  l'appui  de  laquelle  je  ne  saurais 
apporter  aucun  argument  tiré  de  la  tradition,  et  dont  je  ne 
puis  en  somme  plaider  que  la  vraisemblance. 

Les  figures  qui  ont  été  le  point  de  départ  de  l'hypothèse, 
c'est  le  groupe  de  droite  composé  du  vieillard  assis  à  terre 
et  s'appuyant  sur  sa  main  gauche,  tandis  qu'il  se  prend  la 
barbe  de  la  main  droite;  derrière  lui,  un  jeune  homme  qui 
joue  avec  son  pied  ;  puis  dans  l'angle,  celui  qu'on  a  appelé 
le  Kladeos  et  M.  Furtwàngler  un  spectateur,  et  qui  paraît 
prêter  une  attention  intense  à  ce  qui  se  passe.  Il  s'avance 
autant  qu'il  peut  et  tend  l'oreille  ;  évidemment,  ce  qu'on  dit 
ou  ce  qu'on  va  faire  le  préoccupe  vivement. 

Le  vieillard  est  affaibli  par  l'âge.  11  a  besoin  de  son  bras 
gauche  pour  se  maintenir  à  moitié  soulevé  ;  le  geste  qu'il  fait 
en  se  prenant  la  barbe  de  la  main  droite,  c'est  un  geste  de 
douleur,  ou  même  de  désespoir,  quelque  chose  comme  ce 
que  fait  Priam  lorsque,  n'aj'ant  pu  obtenir  d'Hector  qu'il 
renonce  à  combattre  Achille,  il  saisit  de  ses  deux  mains  ses 
cheveux  blancs  pour  se  les  arracher.  Si  nous  voulons  nous 
rendre  compte  des  sentiments  qui  animent  les  divers  per- 
sonnages, c'est  au  geste  qu'il  faut  regarder  bien  plus  qu'à 
l'expression  du  visage.  Celle-ci  est  presque  nulle,  ou  fort 
peu  marquée.  A  voir  dans  le  fronton  occidental  la  tête  de 
Déidamie  ou  celle  de  Pirithoûs,  on  ne  se  douterait  pas  que 
l'épouse  est  attaquée  de  la  manière  la  plus  brutale  par  un 
Centaure,  et  que  l'époux  est  dans  le  fort  de  la  mêlée  et  frappe 
de  grands  coups  pour  délivrer  Déidamie.  De  même,  la  physio- 


354        FRONTON  DU  TEMPLE  DE  ZEUS  A  OLVMPIE 

nomie  du  vieillard  ne  nous  indique  pas  toute  la  profondeur 
de  son  chagrin  :  il  faut  le  geste,  si  caractéristique,  pour  le 
faire  ressortir  clairement  à  nos  yeux. 

Mais  qui  peut  être  ce  vieillard  si  douloureusement  affecté 
par  les  préparatifs  de  la  course?  C'est  ici  que  je  me  permets 
de  hasarder  une  conjecture,  que  je  tire  par  analogie  de  la 
tragédie  d'Œdipe  Uoi.  Je  crois  que  c'est  un  Tirésias,  un 
devin,  qui  était  peut-être  connu  dans  la  tradition  locale  de 
1  Klide.  Il  est  venu  dire  à  Oinomaos  que  Zeus  lui  défend  de 
faire  cette  course,  et  que  s'il  contrevient  à  cet  ordre,  s'il 
s'obstine  à  provoquer  Pélops ,  il  marche  à  une  catastrophe 
inévitable.  On  connait  la  scène  où  le  prophète  aveugle  de 
Thèbes  révèle  à  OEdipe  que  c'est  lui  qui  est  le  criminel,  qui 
a  attiré  sur  sa  ville  la  colère  des  dieux.  Le  roi  s'emporte 
contre  le  devin,  et  ne  veut  rien  entendre;  et  Tirésias  s'éloigne 
en  déclarant  à  OEdipe  que  l'accomplissement  de  ses  paroles 
n'est  que  trop  certain.  Ici  nous  ne  connaissons  pas  de  devin 
ou  de  prophète  ;  du  moins  la  légende  n'en  a  pas  conservé  le 
souvenir.  Nous  savons  seulement  par  ApoUodore  qu'il  y 
avait  eu  un  oracle  d'après  lequel  Oinomaos  devait  périr  de 
la  main  de  son  gendre.  Maintes  fois  il  crut  faire  mentir  la 
prophétie  en  provoquant  les  prétendants  à  une  course  de 
chars  dans  laquelle  il  les  tuait  traîtreusement.  Mais  en  dépit 
de  tous  les  eftorts  d'Oinomaos  l'oracle  devait  s'accomplir. 
Et  lorsque  les  deux  héros  s'apprêtent  à  se  lancer  dans  cette 
course  qui  doit  être  fatale  à  Oinomaos ,  le  moment  que 
Pausanias  appelle  les  préparatifs,  ■zxpx^v.vjr,,  ne  prend-il  pas 
un  autre  caractère,  si  l'on  sait  que  le  roi  a  reyu  un  avertis- 
sement solennel ,  et  qu'il  n'a  pas  voulu  en  tenir  compte? 
Faites  du  vieillard  un  devin,  un  prophète,  ce  qui  paraît 
tout  h  fait  en  harmonie  avec  l'apparence  que  le  sculpteur  lui 
u  donnée,  et  vous  introduisez  dans  la  représentation  l'élé- 
ment dramatique  (ju On  y  chercherait  vainement  sans  cela. 

Comme  Tirésias,  le  vieillard   faible  et  chancelant  a  été 
amené  par  un  jeune  homme  qui  est  assis  derrière  lui,  et  qui 


FRONTON  DU  TEMPLE  DE  ZEUS  A  OLYMPIE        3S3 

ne  s'inquiète  nullement  de  ce  qui  se  passe.  Il  est  tout 
occupé  de  son  pied,  où  il  s'est  peut-être  blessé  en  marchant. 
Le  vieillard  a  annoncé  à  Oinomaos  que  l'oracle  ou  la 
volonté  de  Zeus  s'oppose  à  ce  qu'il  essaie  de  lutter  avec 
Pélops,  et  que  la  désobéissance  ne  peut  que  lui  être  fatale. 
Mais  Oinomaos  n'a  pas  plus  de  respect  pour  les  avertis- 
sements du  devin,  qu'OEdipe  pour  les  révélations  de  Tirésias. 
Et  c'est  le  moment  où  Oinomaos,  bravant  volontairement  la 
défense  du  dieu,  va  monter  sur  son  char,  et  où  le  vieillard, 
atterré  des  conséquences  qu'il  n'entrevoit  que  trop  claire- 
ment, fait  un  geste  de  désespoir;  c'est  ce  moment,  de  très 
courte  durée,  que  l'artiste  a  choisi  pour  le  fixer  par  la 
sculpture.  On  conviendra  que  cette  interprétation  donne  à  la 
scène  un  intérêt  dramatique  qu'elle  n'avait  pas  auparavant. 
Il  ne  s'ag-it  plus  de  figurants  qui  se  présentent  simplement 
au  spectateur,  mais  de  deux  héros  qui  vont  se  lancer  dans 
une  joute  tragique.  Quand  chacun  monte  sur  son  char,  on 
sait  que  l'un  d'eux,  aveug-lé  par  sa  présomption,  va  payer  de 
la  vie  son  mépris  pour  les  ordres  de  Zeus.  Le  devin  qui  est 
là,  et  sur  la  figure  duquel  se  peint  la  consternation  la  plus 
profonde,  a  parlé  en  vain  :  le  roi  est  resté  sourd  à  sa  voix. 
Il  me  semble  aussi  que  celte  interprétation  donne  vme 
certaine  vie  à  la  fig-ure  de  Zeus,  et  explique  jusqu'à  un  cer- 
tain point  sa  présence;  quand  même,  je  ne  puis  m'empêcher 
de  croire  qu'il  est  supposé  invisible.  Zeus  est  ici  le  pouvoir 
suprême  dont  les  ordres  ont  été  exprimés  par  la  bouche  du 
devin.  D'un  côté,  son  protég-é  Pélops;  de  l'autre,  Oinomaos 
en  révolte  contre  la  volonté  du  dieu.  Le  passant  arrivant 
devant  le  temple,  et  levant  les  yeux  vers  le  fronton,  voyait 
ici  le  favori  du  dieu,  le  futur  héros  d'Olympie  vers  lequel 
le  dieu  tournait  la  tête,  et  là  le  rebelle  averti  courant  aveu- 
g-lément  à  sa  perte  ;  et  il  pouvait  en  tirer  un  enseig-nement 
sur  le  danger  qu'il  y  avait  à  violer  les  commandements  du 
grand  dieu  du  temple  :  «  Discite  justitiam  moniti  et  non 
temnere  divos  ». 


356  FRONTON    DL"    TFCMPLE    DE    ZKLS    A    Ol.VMl'll-: 

Comme  pour  OE  lipe  Roi,  une  œuvre  littéraire  avait-elle 
conservé  le  souvenir  dune  scène  de  ce  ^enre  ?  Nous  savons 
que  Sophocle  avait  composé  une  tragédie  d'Oinomaos.  Y 
avait-il  introduit  un  Tirésias?  Nous  Tig-norons  absolument, 
et  nous  n'avons  aucune  raison  de  le  supposer,  pas  plus  que 
le  contraire.  Le  point  de  vue  qui  vient  d'être  développé  est, 
ainsi  que  je  le  disais  au  début,  une  hypothèse  que  je  livre  à 
l'appréciation  des  archéologues.  Ce  qui  me  paraît  la  légiti- 
mer, c'est  qu'elle  fait  voir  ce  fronton  sous  un  jour  plus  favo- 
rable. Elle  suppose  chez  l'artiste  un  plan,  une  idée,  l'inten- 
tion de  représenter  le  moment  solennel  qui  va  décider 
l'action,  l'instant  oîi  Oinomaos  prend  cette  résolution  fatale 
dont  les  conséquences  sont  irrévocables.  Ces  conséquences 
sont  en  même  temps  un  enseignement  à  l'adresse  de  ceux 
qui  bravent  volontairement  les  commandements  de  Zeus. 
Enfin,  cela  met  de  l'unité  dans  cette  scène,  où  l'on  ne  voyait 
que  des  personnages  rangés  côte  à  côte,  sans  rien  qui  les 
rattachât  les  uns  aux  autres.  Sans  doute  il  n'est  pas  possible 
d'apporter  de  preuves  positives  à  l'appui  de  cette  interpré- 
tation. Néanmoins,  devant  une  œuvre  comme  ce  fronton,  ce 
que  nous  avons  à  rechercher  en  premier  lieu,  c'est  où  l'artiste 
a  puisé  son  inspiration.  Et  si,  ne  le  découvrant  pas  à  première 
vue,  nous  nous  contentons  trop  facilement  de  l'explication 
de  Pausanias.  j'estime  que  nous  faisons  tort  à  l'artiste,  car 
nous  lui  refusons  toute  inspiration,  et  nous  constatons  qu'il 
a  choisi  le  plus  fameux  temple  de  la  Grèce  pour  y  étaler  la 
faiblesse  de  sa  conception  artistique. 


337 


LES     SÉPULCRES    A     FRESQUES     DE     GUIGARICHE 

ET    LE    CULTE    DE    MITHRA    EX    AFRIQUE, 

PAR    M.    CLERMONT-GANNEAU,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE. 

Les  deux  tombeaux  antiques  décorés  de  fresques  et  d'ins- 
criptions peintes,  dont  j'ai  parlé  plus  haut  (pp.  79  et  116) 
ont  été  découverts  au  lieu  dit  Guig-ariche.  à  7  kil.  à  l'ouest 
de  Tripoli  de  Barbarie,  à  oOO  mètres  environ  de  la  mer,  au 


1.  Guigariche.  —  Sépulcre  A. 

bord  de  la  route  qui  se  dirige  vers  la  frontière  tunisienne. 
Ils  consistent  en  deux  chambres  contig^uës  creusées  dans  le 
roc  tendre,  dans  lesquelles  on  descend  par  un  escalier  de 
7  marches  ;  l'une  est  à  ciel  ouvert,  l'autre  plafonnée  par  le 


358      LES  SÉPULCRES  A  FRESQUES  DE  GUIGARICHE 

roc.  Chacune  d'elle  contient  une  niche  carrée ,  recouvrant 
une  cuve  funéraire  avec  son  couvercle  plat  encore  scellé. 
Les  deux  niches,  ainsi  que  leurs  couvercles  et  les  parties 
adjacentes  de  la  paroi,  sont  revêtues  d'un  enduit  stuqué  sur 
lequel  ont  été  exécutées  les  décorations  peintes  k  fresque, 
d'une  grande  richesse  de  couleurs. 

Sépulcre  A.  —  Les  peintures  ont  beaucoup  souffert.  Au 
fond  de  la  niche  :  au  milieu  d'arbres  et  darbustes,  un 
homme  étendu  (la  tête  est  détruite) ,  accoudé  sur  le  bras 
gauche,  vêtu  d'une  riche  tunique.  Ce  doit  être  le  portrait 
du  défunt.  Sur  les  parois  latérales,  deux  génies  (nus)  éten- 
dus,  et  portant  les  mains  à  leur  tête  en  signe  d'aiïliction. 
Sur  la  paroi  de  la  cuve,  une  scène  en  grande  partie  détruite  ; 
on  n'y  distingue  plus  qu'un  personnage  vêtu  d'une  tunique 
longue,  debout,  de  face,  et  étendant  les  bras.  Au-dessus  de 
la  niche,  dans  un  cartouche  rectangulaire  accosté  de  deux 
paons,  en  caractères  peints  en  ]>lanc  sur  fond  rouge  clair  : 

A  E  L  I  V  S  M  A  /  // V  S  I  V  R  A  T  A  N  I 

BIXIT    ANNVS//////////////////- 
P  L  V  S    M  !/////////////////• 

Aelius  Mag[nus]   lurntani  (filius),  [v)ixif.  ann[o)s , 

plus  mi[nus]. 

Sur  le  couvercle,  un  lion  bondissant  à  gauche,  la  partie 
antérieure  détruite  ;  au-dessus  : 

/////ILEOIACET,  [qu]i  Icojacct. 

La  restitution  se  justifie  par  la  teneur  de  l'épigraphe  de 
l'autre  sépulcre  qui  fait  le  pendant  de  celle-ci. 

Sépulcre  B.  —  Beaucoup  mieux  conservé  et  d'une  exé- 
cution supérieure  sous  le  rappm  t  du  dessin,  de  la  couleur  et 
de  la  richesse  de  la  décoration.  Au  l'oiul  de  la  niche  :  dans 


1 

I 


f 


LES    SEPULCRES    A    FRESQLES    DE    GUIGARICHE 


359 


360  LES    SÉPULCRES    A    FRESQUES    DE    (iUIGARlCHE 

un  grand  médaillon  circulaire  encadré  dans  une  couronne 
jaune,  enrichie  de  pierreries,  buste  de  femme  vue  de  face, 
tenant  de  la  main  gauche  un  rouleau  de  papyrus  ou  parche- 
min, la  droite  appliquée  sur  la  poitrine;  à  Tannulaire  gauche, 
bague   ornée   d'une    gemme    bleue    (saphir?);    coiffure    en 
forme  de  serre-tête   volumineux,  grande  écharpe  blanche 
faisant  guimpe ,  robe  bleu  clair.  Le  médaillon  est  soutenu 
à  droite  et  à  gauche   par  deux  jeunes   femmes  vêtues  de 
longues  robes,  Tune  rouge  foncé  avec  bande  verte,  l'autre 
verte  avec  bande  rouge  ;   dans  le  champ  sont  semées  des 
roses  rouges  à  tiges ,  peut-être  une  allusion  à  la  fête  funé- 
raire des  rosalia  ?  Faces  latérales  de  la  niche  :  deux  génies 
ou  personnages  allégoriques,  nus,  étendus,  éplorés,  sur  une 
draperie  rouge,  appuyés  sur  un  faisceau (?).  Sur  le  plafond 
de   la    niche,    un    paon   faisant   la    roue.    Au-dessous,   sur 
la   paroi   de   la   cuve,   scène  du   cirque  :  course   de  quatre 
chars  quadriges,  dont  un  culbuté  par  suite  d'un  accident, 
entre  les  deux  metse  en  forme  de  massif  à  trois  cônes  aigus. 
Les  cochers  portent  des   toques   et    casaques   de  couleurs 
variées   indiquant  les  écuries  auxquelles  ils  appartiennent. 
Sur  la  paroi ,  à  droite  et  à  gauche  de  la  niche ,  deux  per- 
sonnages   debout ,  de   face ,    imberbes ,   vêtus  de    tuniques 
courtes  richement  brodées,  tenant  chacun  un  chandelier  bas 
à  bobèche  conique  évasée,  d'où  sort  un  long  cierge  allumé. 
Sur  la   paroi,  au-dessus  de  la    niche,    dans   une   couronne 
jaune,  ornée  de  gemmes  bleues  et  soutenue  par  deux  génies 
nus  et  ailés  (ailes  bleues,  draperies  rouges  flottantes),  une 
palme  à  la  main,  inscription  peinte  en  blanc  sur  fond  rouge  : 

D-M-S- 

AELT  AARISVTH 

VIXITANNVS 

SEXAGINTA 

PLVSMINVS 

D[iis)  M^Htiibus)  (s)acruni.  AeL[i)a  Arisutli,  vixit  ann[o)s 
scxaginla^  [Ans  ininu.s. 


LES    SÉPULCRES    A    FRESQUES    DE    GUIGARICHE 


361 


Sur  le  couvercle  de  la  cuve  :  une  lionne  (caractérisée  par 
l'absence  de  crinière),  bondissant  à  gauche;  sur  le  corps 
même  de  l'animal,  en  caractères  rouge  foncé  : 

QVAELEAIACET,  quas  lea  Jacet. 


3.  Guigariche.  —  Sépulcre  B. 


Le  principal  intérêt  de  ce  monument,  remarquable  à  tous 
ég-ards,  c'est,  comme  je  l'ai  indiqué,  qu'il  jette  une  lumière 
inattendue  sur  un  des  points  les  plus  obscurs  et  les  plus 
controversés  du  culte  de  Mithra  :  ralïiliation  des  femmes  à 
ce  culte.  Le  mari  et  la  femme,  ensevelis  cote  à  côte  dans 
ces  riches  sépulcres ,  avaient  respectivement  les  grades  de 
Lion  et  de  Z/fo/i/ie  correspondant  au  quatrième  degré  de  l'ini- 
tiation ;  par  conséquent,  ils  appartenaient  à  la  catégorie  des 
[xe-i/cv-s;  «  participants  »  (à  la  communion  sous  les  trois 
espèces,  pain,  eau  et  vin),  catégorie  supérieure  à  celle  des 
simples  iJ-Y)p£-oDv-£ç  «  servants  ».  Le  grade  de  Lion  apparaît 
souvent  dans  les  inscriptions;  celui  de  Lio/i/ie  était  jusqu'ici 
sans  exemple.  Cette  découverte  vérifie  le  dire  de  Porphyre 


362  LES  SÉPULCRES    A    FRESQUES    DE    GUIGARICHE 

(f/e  Ahst.  IV,  16)  qui,  h  côté  des  Lions  mithria({ues,  men- 
tionne les  femmes  Oa(vac  «  Hyènes  »  ;  elle  justifie,  en  outre,  la 
correction  Asa-^vx;  «  Lionnes  »,  qu'on  avait  proposée  depuis 
longtemps  d'introduire  dans  ce  passage.  Elle  rend  très  pro- 
bable l'opinion  qui,  malgré  certaines  objections',  voulait 
reconnaître  des  adeptes  mithriaques  dans  les  XéovTsç  et  les 
àcTc'c  [Aigles,  degré  mithriaque  supérieur)  dans  diverses 
inscriptions  grecques  d'Asie  Mineure-.  On  remarquera  que, 
dans  le  mausolée  d'où  proviennent  ces  dernières  inscrip- 
tions, le  couvercle  d'un  des  sarcopliages  est  surmonté  d'un 
grand  lion  couché,  qui  rappelle  tout  à  fait  celui  des  cou- 
vercles de  nos  cuves  funéraires  de  Tripolitaine.  Il  est  à 
supposer  que  les  deux  personnages  tenant  à  la  main  des 
cierges  allumés  sont  dans  un  rapport  étroit  avec  les  céré- 
monies des  mystères  de  Mithra.  Je  reviendrai  ailleurs  sur 
cette  question  fort  importante  de  l'introduction  des  mystères 
mithriaques  en  Afrique,  où,  jus([u"ici,  on  n'en  avait  constaté 
l'existence  que  dans  de  rares  inscriptions  d'origine  étran- 
gère (à  Lambèse  et  dans  les  garnisons  des  défilés  de  l'Aurès 
et  de  la  lisière  du  Sahara  ,  épitaphes  de  divers  ofFiciers  et 
centurions). 

Je  me  bornerai  aujourd'hui  à  appeler  l'attention  sur  les 
noms  de  nos  défunts,  noms  ([ui  les  caractérisent  nettement 
comme  Africains  pur  sang.  Aelius  Maxinms  est  fils  de  Iiirn- 
tanus  ;  ce  patronymique  (jui  rajipelle  le  nom  néopuni(|ue 
imy"»  (néopunique  n"  2o)  ou  lyriv  [id.  n"  ")i\  répond,  en 
tout  cas,  exactement  à  celui  de  "J-ZnyiV,  transcrit  lunilhe 
(génitif)  dans  l'inscription  bilingue  d'El-Amrouni'*  (confins 
de  la  Tripolitaine  et  de  la  Tunisie).  Le  nom  de  lurn/.iniis 

1.  Cumnnt,  Textes  el  monuments  (ujurès  <lii  cnlli'  île  Millini.  II.  p.  172. 

2.  StcrrcU,  The  Wolfe  ej-peililion.  iv  •  l.'j.'Ul.)  1,  iv  2t). 

3.  (jlerm<ml-(îaiii)ciiii,  A'//;(/('.s  (l'iirchèolixjie  orientale,  l.  1,  p.  lôij  et  sui\-. 
On  sait  que  la  nasalisation  finale  dans  les  noms  propres  néo-puniques  est 
très  insla])le,  et  disparaît  souvent  dan»;  les  lianscriptions  latines  :  Iiirntx  = 
Itir;itlue,  est  pour  liiralliani.  On  renianjuera,  en  outre,  (pie  le  défunt  porte, 
comme  le  nôtre,  le  nom  de  Muximiis,  transcrit  N'Zw'ZV*^. 


LIVRES    OFFERTS  363 

est  vraisemblablement  libvco-nuniide.  Celui  de  la  femme, 
Arisiith,  au  contraire,  est  purement  sémitique;  c'est  la 
transcription  du  nom  de  femme  nU7nx  ,  très  fréquent  dans 
l'onomastique  punique,  étroitement  apparenté  à  l'hébreu 
rtt''"'s\*,  desiderium,  et  apparemment  abrégé  du  nom  féminin, 
non  moins  fréquent  :  ^VznuJlN' ,  desideriiim  Baali.  La  façon 
dont  est  rendue  ici  la  vocalisation  de  la  finale,  uth  et  non  eth 
ou  ath^  est  très  intéressante  pour  la  philologie;  elle  semble 
plutôt  correspondre  à  la  terminaison  m ,  des  substantifs 
féminins  abstraits,  qu'à  la  terminaison  ni  du  pluriel  féminin. 
Je  reviendrai  ailleurs  sur  ce  point.  Je  ferai  seulement  remar- 
quer, pour  l'instant,  que  le  nom  est  transcrit  pour  ainsi  dire 
à  nu,  sans  l'addition  d'une  désinence  latine.  C'est  un  fait 
qui  se  produit  surtout  dans  la  transcription  des  noms 
propres  féminins;  comparer  Bijrycth  et  Sadith,  dans  des 
inscriptions  de  Leptis  Magna  '. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  : 
i"  VAnnuaire  général  de   V Indo-Chine  pour   1903   (Hanoï,    1903, 

in-8o); 

2"  Bibliothèque  de  l'École  des  Chartes.  Table  des  lonies  XLl-LX 

{1880-1899),  par  M.  Dieudonné  (Paris,  1903,  în-8°). 

1.  Cf.  supra,  p.  340  et  345. 


1903.  25 


SÉANCE  DU   14  AOUT 


M.  Clermont-Ganneau  reprend  Fétude  d'un  papyrus  araméen 
découvert  récemment  en  Egypte  et  publié  par  M.  J.  Euling  dans 
la  2"  partie,  P"  série  du  t.  XI  des  Mémoires  présentés  pur  divers 
sav/iJ}fs  à  VAcHclémie  des  inscriptions  et  helles-lettres.  W  fait 
d'abord  ressortir,  en  quelques  mots,  l'importance  historique  de 
ce  document  qui  est  daté  en  toutes  lettres  de  Tan  XI \'  du  roi 
Darius  et  mentionne  un  salrape  d'Egypte  nommé  Arsamès; 
ainsi  se  trouve  confirmée  d'une  façon  inespérée,  comme  l'a 
reconnu  du  reste  M.  Euting,  l'opinion  de  M.  Clermont-Ganneau 
qui,  conlrairemenl  à  celle  reçue  jusqu'alors,  avait  proposé 
autrefois  de  classer  à  l'époque  perse  et  non  pas  ptolémaïque  les 
divers  monuments  aramécns  trouvés  en  Egypte.  M.  Clermont- 
Ganneau  rectifie  ensuite,  sur  une  série  de  points  très  importants, 
les  lectures  et  la  traduction  de  M.  Euting.  11  montre  qui!  s'agit, 
en  réalité,  d'une  requête  adressée  au  satrape  gouverneur  d'l*]gypte, 
pour  dénoncer  les  agissements  criminels  des  prêtres  égyptiens 
du  Serapéum  ([ui,  après  avoir  gagné  à  prix  d'argent  le  sous- 
gouveraeur  de  l'endroit,  avaient  profité  de  travaux  de  réparations 
exécutés  à  la  forteresse  d'Eléphantine,  dans  la  Ilaute-Egypte, 
pour  boucher  un  puits  servant  aux  besoins  de  la  garnison  de 
cette  place-frontière.  Il  est  probable  que  ce  puits  n'est  autre  que 
celui  du  fameux  nilomètre  qu'on  voit  encore  aujourd'hui  dans 
l'Ile  d'Eléphantine,  laquelle  est  désignée  dans  le  document 
araméen  sous  son  nom  égyptien  de  Yèh  ou  Yèhou.  Les  pétition- 
naires, après  ii\oii-  rajipeli'  (|u"ils  ont  toujours  été  de  fidèles 
sujets  du  grand  roi,  invitent  le  satrape  à  faire  ouvrir,  par  l'in- 
termédiaire des  autorités  perses  de  la  région  ,  une  entpiète  qui 
démontrera,  disent-ils,  le  bien-fondé  de  l'accusation  articulée  par 
eux. 


SÉANCE  DU  21  AOUT 


M.  le  Ministre  de  Tinslruction  publique  et  des  beaux-arts 
transmet  à  rAcadémie  les  mémoires  de  MM.  Jardé,  Bizard  et 
Xoual,  membres  de  TEcole  française  d'Athènes, 

Renvoi  à  la  Commission  des  Ecoles  françaises  d'Athènes  et  de 
Rome. 

Dans  une  autre  lettre,  M.  le  Ministre  fait  connaître  à  l'Acadé- 
mie que  M.  le  Directeur  de  l'Ecole  française  d'Athènes  lui  a 
exprimé  le  désir  de  voir  accorder  une  troisième  année  de  séjour 
à  ladite  Ecole  à  MM.  Jardé  et  Lefebvre  et  une  deuxième  année 
à  M.  Bizard. 

Renvoi  à  la  même  Commission. 

M.  Finot ,  directeur  de  l'Ecole  française  d'Extrême-Orient, 
écrit  au  Secrétaire  perpétuel  pour  lui  faire  connaître  à  quelles 
dates  expire  le  terme  de  séjour  des  trois  pensionnaires  actuels  de 
l'École  :  M.  Parmentier,  le  6  octobre  1903;  M.  Maître,  le  31  dé- 
cembre 1903;  M.  Huber,  le  31  décembre  1903.  MM.  Parmentier 
et  Maître  sollicitent  une  prolongation.  Quant  à  M.  Huber,  son 
temps  d'études  paraît  suffisant,  et  la  bourse,  dont  il  est  titulaire, 
peut  être  considérée  comme  disponible  à  partir  du  l*^""  janvier 
prochain. 

Renvoi  à  la  Commission  de  l'Ecole  française  d'Extrême- 
Orient. 

M.  Degrand,  consul  de  France  à  Philippopolis,  à  qui  l'Acadé- 
mie a  accordé,  sur  les  fonds  Piot,  une  subvention  pour  achever 
ses  fouilles  dans  le  tumulus  de  Costievo ,  adresse  à  l'Académie 
une  note  sur  une  récente  trouvaille  faite  dans  sa  circonscription  : 
le  trésor  de  Izguerli. 

Renvoi  à  la  Commission  Piot. 


366  LIVRES    OFFERTS 

M.  L,  Delisle  lit  une  note  relative  à  un  manuscrit  de  saint 
Augustin  sur  papyrus,  dont  une  partie  est  à  Genève,  l'autre  à 
Paris.  Un  feuillet  autrefois  signalé  par  M.  de  Murait,  qui  n'avait 
pu  l'identifier,  vient  d'être  reconnu  à  la  Bibliothèque  impériale 
de  Saint-Pétersbourg  par  M.  Ludwig  Traube,  correspondant  de  g 

l'Académie  à  Munich.  M.  Delisle  rappelle  les  vicissitudes  éprou- 
vées parles  manuscrits  de  la  Bibliothèque  de  Saint-Germain-des- 
Prés,  dont  faisait  partie  le  manuscrit  en  question. 

M.  Bouché-Leclercq  ,  qui  achève  en  ce  moment  l'impression 
du  premier  volume  d'une  Histoire  des  Lagides,  communique  à 
l'Académie  une  note  relative  à  l'un  des  nombreux  problèmes 
historiques  agités  dans  le  second  volume.  Il  s'agit  de  déterminer 
la  personnalité  de  deux  Ptolémées  dont  les  noms  spécifiques, 
inconnus  des  historiens  anciens,  figurent  sur  les  listes  du  culte 
dynastique ,  Ptolémée  Eupator  et  Ptolémée  Néos  Philopator.  La 
conclusion  de  cette  étude  est  que  Ptolémée  Eupator  était  un  fils 
de  Ptolémée  \l  Philométor,  et  Néos  Philopator,  le  fils  de 
Ptolémée  Evergète  II  que  les  historiens  appellent  Memphitès. 
En  ce  qui  concerne  les  numéros  d'ordre,  M.  Bouché-Leclei'cq 
estime  qu'il  vaudrait  mieux  suivre  la  tradition  antique  en  laissant 
hors  cadre  ces  princes  qui  n'ont  pas  régné  ;  mais  l'usage  de  les 
intercaler  dans  la  série  des  rois  ayant  prévalu ,  il  se  rallie  au 
système  qui  attribue  le  numéro  VII  à  Eupator  et  le  numéro  IX 
à  Néos  Philopator. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  L.  Delisle  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  un  mémoire 
intitulé  :  Deux  lettres  de  Nicolas  Le  Fèvre  au  Père  Sirmond  [1396- 
1599),  suivies  d'une  note  autographe  de  S.  A.  R.  le  duc  d'Aumale  sur 
son  exemplaire  des  opuscules  de  N.  Le  Fèvre  (Nogent-le-Rotrou, 
1903,  in-S").  M.  Delisle  a  dédié  cette  publication  à  M.  Gaston  Boissier, 


SÉANCE  DU  28  AOUT  1903  367 

secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  Française,  membre  de  l'Académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres,  à  l'occasion  de  son  80"=  anniversaire 
(15  août  1903). 

M,  Héron  de  Villefosse  offre  à  l'Académie  au  nom  de  l'auteur, 
M.  le  docteur  Carton,  médecin  militaire,  président  de  la  Société 
archéologique  de  Sousse,  un  travail  intitulé  :  L'hypogée  du  labyrinthe 
de  la  nécropole  d'Hadruniète  (extr.  de  la  Société  archéologique  de 
Constantine,  in-8°,  1903). 

Au  mois  de  septembre  1892,  M.  G.  Doublet  entretenait  l'Académie 
des  inscriptions  d'une  célèbre  mosaïque  découverte  à  Hadrumète  en 
1860  et  représentant  Thésée,  le  Minotaure  et  le  labyrinthe;  il  en 
racontait  la  disparition,  en  publiait  un  dessin  et  en  expliquait  les 
scènes  (Comptes  re/idus^  1892,  p.  318-329).  M.  le  docteur  Carton  a  pu 
reconstituer,  à  l'aide  de  renseignements  fournis  par  le  capitaine 
Hannezo,les  principales  dispositions  de  l'hypogée  où  cette  mosaïque 
avait  servi  de  pavage;  il  donne  d'intéressantes  indications  sur  les 
trouvailles  faites  autrefois  à  l'intérieur  du  monument  funéraire;  il 
insiste  particulièrement  sur  la  forme  extérieure  du  tombeau  encore 
apparent  et  qui  lui  paraît  offrir  un  type  jusqu'ici  unique  en  Afrique. 

M.  Oppert  dépose  sur  le  bureau  une  note  intitulée  lahveh?  qu'il  a 
publiée  dans  la  Zeitschrift  fur  Assyriologie  (Strasbourg,  1903,  in-8°). 


SÉANCE    DU    28   AOUT 


Le  Président  du  Comité  du  monument  Charles-François  Dupuis, 
ancien  membre  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres, 
invite  la  Compagnie  à  se  faire  représenter  à  l'inauguration  de  ce 
monument,  qui  aura  lieu  le  dimanche  27  septembre  prochain,  à 
Échevannes  (Côte-d'Or). 

L'Académie,  dont  les  membres  sont  en  ce  moment  presque 
tous  absents  de  Paris,  regrette  de  ne  pouvoir  se  faire  représenter 
à  cette  cérémonie. 


368  SÉANCE   DU    28    AOUT    1903 

Le  Président  annonce  que  l'Académie  a  accordé  une  prolonga- 
tion d'une  année  de  séjour  à  MM.  Parmentier  et  Maître,  pen- 
sionnaires de  l'École  française  d'Extrême-Orient. 

M.  Châtelain  communique  diverses  notes  écrites  en  tachygra- 
phie  latine  dans  le  manuscrit  de  Tours  n"  286,  qui  contient  le 
traité  de  saint  Augustin  sur  la  musique.  Un  feuillet  laissé  en 
blanc  par  le  copiste  (fol.  115  v°)  a  été  couvert  de  notes  étymo- 
logiques et  historiques,  entre  autres  sur  les  vêtements  du  grand- 
prêtre  des  Hébreux.  L'intérêt  de  ces  notes  consiste  surtout  dans 
le  rapprochement  qu'on  peut  faire  avec  des  gloses  analogues, 
déchilîrées  jadis  par  Julien  Havet  dans  un  autre  manuscrit  de 
Toui's  dont  il  ne  subsiste  qu'un  feuillet  sauvé  de  la  destruction 
par  M.  Desnoyers  et  conservé  aujourd'hui  à  la  Bibliothèque 
nationale  (voy.  Comptes  rendus,  1886,  p.  381  j.  Ces  diverses 
gloses  se  complètent  réciproquement,  et  avec  l'une  on  peut  arri- 
vera lire  plus  facilement  l'autre,  dont  les  caractères  sont  presque 
efîacés. 

Dans  le  manuscrit  de  Tours  n'^  106,  à  propos  de  l'incendie  de 
la  basilique  de  Tours  allumé  en  903  par  les  Normands,  la  lecture 
rectifiée  dune  note  tironienne  permet  de  reconnaître  un  monas- 
tère au  lieu  d'une  place  forte. 

M.  Sknakt  lit  un  mémoire  de  M.  Adhémar  Leclôre,  résident  de 
France  au  Cambodge,  sur  la  charte  de  fondation  d'un  monastère 
hindou  du  xvii"  siècle  '. 


1.  Voir  ci-après. 


369 


COMMUNICATION 


MÉMOIRE    DE    M.    ADHÉMAR    LECLÈRE, 

RÉSIDENT     DE     FRANCE      AU     CAMBODGE, 

SUR  UNE  CHARTE  DE  FONDATION   d'uN   MONASTÈRE  BOUDDHIQUE 

OÙ     IL    EST    QUESTION 
DU     ROI     DU     FEU     ET     DU     ROI     DE     l'eAU. 

I.  —  L'histoire  du  Cambodg-e  ancien  et  même  moderne 
nous  otTre  un  grand  nombre  de  problèmes  dont  la  solution 
n'est  pas  facile  à  donner.  L'un  d'eux  est  relatif  aux  deux 
personnages  que  les  Cambodg-iens  désignent  sous  le  nom  de 
sdach  phlœung  ((  roi  du  Feu  »  et  de  sdach  tuk  «  roi  de  l'Eau  », 
et  qui  se  désig-nent  eux-mêmes  sous  le  nom  de  patao  ya  et 
de  patao  nhé,  mots  qui  ont  le  même  sens.  Ces  deux  rois 
sont  les  chefs,  sans  aucune  autorité  politique,  d'une  tribu 
sauvage  ,  les  Jaray,  établie  au  Nord  du  haut  plateau  situé 
entre  le  Srê-Pok  ou  Boung-Krong-  à  l'Ouest,  et  la  chaîne 
annamitique  à  l'Est,  entre  les  parallèles  13  et  14  et  les  lon- 
gitudes lOo  et  106.  Cette  région  est  traversée  du  Sud  au 
Nord  par  la  route  qui,  partant  de  Kratié  (au  Cambodge), 
passant  par  le  ban  Dou  (ou  Darlak) ,  remonte  au  Nord  et 
conduit  à  la  mission  catholique  de  Kantoum ,  au  pays  des 
Bahmars. 

Cette  tribu  sauvage,  ainsi  que  les  tribus  dont  l'habitat  est 
plus  au  Sud,  les  Rhadès,  les  Aray  et  les  Raglay,  parle  la 
langue  chame  qui,  vous  le  savez,  Messieurs,  est  un  dialecte 
d'origine  malaise.  Ces  tribus  n'ont  aucune  forme  de  gou- 
vernement et  pas  même  de  chefs  de  villages  reconnus  et 
proclamés  ;  elles  n'ont  pas  de  lois,  mais  seulement  des  cou- 
tumes qui  se  ramènent  à  presque  rien.   Elles  vivent  dans 


370  LES  ROIS  ur  feu  et  de  l'eau 

un  état  de  guerre  perpétuel,  non  seulement  avec  les  vil- 
lages des  races  ou  des  peuplades  voisines,  mais  entre 
villages  de  même  origine.  Les  habitants  sont  presque  nus 
puisque  leur  seul  costume  est  une  longue  écliarpe ,  large 
de  cinquante  centimètres  à  peine  ,  qui ,  après  avoir  fait  le 
tour  de  la  taille  et  passé  entre  les  jambes,  retombe  dun 
bout  en  petit  tablier  devant,  et,  de  l'autre  bout,  le  long  de 
la  cuisse  droite,  après  un  nœud  bouclé  sur  la  hanche.  Ils 
croient  aux  sorciers,  aux  fétiches,  aux  sorts  jetés,  et  c'est 
toute  leur  foi.  Ce  sont  donc  de  vrais  sauvages.  Or,  d'où 
vient  qu'ils  parlent  le  dialecte  cham,  c'est-à-dire  une  langue 
qui  fut  celle  d'un  peuple  de  llndo-Chine  qui  a  perdu  sa 
nationalité  et  qui  n'existe  plus  qu'à  l'état  de  pauvre  tribu 
refoulée  opprimée  par  les  Annamites,  à  l'extrémité  sud  du 
pays  qui  fut  leur  royaume,  un  royaume  puissant  de  civilisa- 
tion et  de  foi  hindoues?  Ce  n'est  pas  le  moment  de  le 
rechercher. 

Un  autre  problème  plus  spécial  aux  Jaray  se  pose  en  ces 
termes  :  «  De})uis  la  plus  haute  antiquité ,  disent  les  Cam- 
body^iens  et  les  Jarav,  nous  avons  des  relations  ensemble.  » 
Et  les  Jaray  ajoutent  :  «  Avec  les  Cambodgiens  nous  avons 
combattu  les  ennemis  du  Nord,  de  l'Est,  du  Sud  et  de 
l'Ouest.  »  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  le  roi  du  Cambodge 
envoyait  encore,  il  y  a  quarante  ans,  un  tribut  (?)  au  roi  du 
Feu  et  au  roi  de  l'Eau,  et  que  ceux-ci,  en  retour,  lui  adres- 
saient un  peu  d'ivoire ,  une  corne  de  rhinocéros  et  chacun 
un  pain  de  cire  d'abeille  portant  l'empreinte  de  leur  pouce 
droit.  C'était  le  reçu  qu'ils  donnaient  du  tribut  et  leur 
signature.  Nous  connaissions  ce  fait  depuis  longtemps. 
M.  Moura  l'avait  signalé  dans  son  lioi/aiime  ihi  Cambodge 
et  d'autres  écrivains  l'avaient  relaté.  Moi-même,  j'avais  fait 
il  Kratié  —  d'où  partait  en  dernier  lieu  \e  tribut  et  où 
])aivenaient  les  ])ains  de  cire,  —  une  enquête  et  recueilli 
quehjues  notes  que  j'ai  publiées;  mais  aucun  document  otïi- 
ciel  n'avait  encore  été  produit,  et  même  on  ne  savait  plus 


LES    ROIS    DU    FEU   ET    DE    l'eAU  371 

très  exactement  quels  étaient  les  objets  que  le  roi  du  Gam- 
bodg-e  envoyait  et  en  quel  équipage  cet  envoi  avait  lieu. 

11.  —  Je  viens  de  découvrir  un  intéressant  document  qui, 
sans  me  révéler  Torigine  ,  la  cause  de  ce  tribut  du  roi  du 
Cambodf^e  aux  rois  du  Feu  et  de  l'Eau,  les  pataos  des  Jaray, 
démontre  qu'il  était  déjà  une  redevance  au  commencement 
du  XVII''  siècle,  en  l'an  1601  de  notre  ère,  et  qu'il  était  déjà, 
à  cette  époque,  considéré  comme  très  ancien.  Ce  document 
est  une  véritable  charte  de  fondation  d'un  monastère  boud- 
dhique, le  véath  (Vihara)  de  Sàmbok,  un  petit  villag-e  situé 
sur  la  rive  g-auche  du  Mékong  et  qui  était  encore  une  ville 
importante  au  xvu*'  siècle.  Sàmbok,  dans  cette  charte  du 
roi  Saupor  ou  Sauriyopor,  est  dit  porte  du  royaume  [thvéa 
nokor),  et  son  gouverneur  est  chargé  de  transmettre,  à  la 
capitale,  les  lettres  et  autres  objets  qui  sont  envoyés  au  roi 
du  Cambodge  par  les  rois  du  Laos,  et  de  transmettre  au 
sdach  phlœung  et  au  sdach  tuk  des  Jaray  les  objets  que  le 
roi  leur  envoie  tous  les  trois  ans. 

Cette  charte  comprend  donc  deux  parties  :  la  partie  rela- 
tive à  la  charte  de  fondation  du  monastère,  et  la  partie 
relative  au  roi  du  Feu  et  de  l'Eau. 

La  première  partie  sur  laquelle  je  passerai  rapidement, 
parce  qu'elle  ne  se  rattache  à  la  seconde  que  très  incidem- 
ment, comporte  l'ordre  royal  donné  à  deux  hauts  fonction- 
naires, —  le  Prah  Maha  Mataréach  et  TOkiiha  Kamarâthi- 
réach,  —  d'élever  avec  des  matériaux  royaux  le  Prah 
Vihara,  le  Prah  Çhî  ou  sainte  statue,  et  le  Prah  Chetdey 
ou  saint  cetiya ,  au  srok  Sàmbok ,  la  «  porte  du  saint 
royaume  »;  puis  l'ordre  de  conduire  et  d'affecter  à  ce 
monastère,  à  titre  de  khnhôm  ou  esclaves,  quarante  familles 
d'esclaves  royaux  qui  sont  dites  «  dans  la  détresse  et  venues 
en  grâce  »  [Komsat  mok  prôs),  expression  qui  désig^ne certai- 
nement des  familles  réduites  en  esclavage  d'État  à  la  suite 
d'un  crime  ou  d'une  faute  g-rave  de  leur  chef.  Les  noms  des 
quarante  chefs  de  famille  sont  tous  donnés,  et  chaque  nom 


372  LES    ROIS    DU   FEU    ET    DE    l'eaU 

est  suivi  du  mot  kriwr,  famille,  c'est-à-dire  «  avec  sa 
famille»). Tous  ceux-là, dit  la  charte,  sont  amenés,  employés, 
affectés  à  la  garde  {rakhasa)  du  Prah  Vihara,  du  Pral.i  Çhî, 
du  Prah  Cetiva. 

Ensuite  Tordre  royal  détermine  les  limites  du  territoire 
donné  en  offrande  au  Prah  Srey  Ratana  Trey,  et  il  répète, 
en  cambodgien,  «  trois  précieux  joyaux  ».  Ce  territoire 
s'étend  le  lonsr  du  errand  fleuve,  de  Tembouchure  de  la 
rivière  Kandal-Chrum  à  rem]>ouchure  de  la  rivière  Kakot, 
puis  derrière  jusqu'aux  rizières  Kung  et  Trêng  au  Nord  et 
jusqu'à  la  mare  Skor  au  Sud.  Et  la  charte  nomme  les 
rivières,  les  mares  qui  font  partie  de  cet  apanage  sacré 
destiné  à  fournir  le  bois,  le  rotin,  l'herbe  à  toiture  néces- 
saire à  l'entretien  par  les  quarante  familles  de  khnhom  du 
monastère  et  du  temple,  afin,  dit  la  charte,  «  qu'on  ne 
laisse  pas  déchoir  la  sainte  fondation  -).  Et  l'Oknha  ^'ongsa 
Anchit,  qui  est  un  petit  dignitaire  à  six  degrés  encore 
existant,  est  chargé  de  commander  les  komlah  ou  esclaves 
du  monastère.  Les  descendants  de  ces  komlah  du  xviT  siècle 
étaient  encore  esclaves  du  monastère  de  Sàmbok,  il  y  a 
quelques  années,  et  c'est  nous  qui  les  avons  libérés  en  leur 
abandonnant  le  territoire  sacré  sur  lequel  eux  et  leurs 
ascendants  avaient  peiné  pendant  trois  siècles. 

En  outre  de  ces  esclaves  et  de  ce  territoire ,  le  roi  don- 
nait au  monastère  la  moitié  du  produit  de  l'impôt  perçu 
dans  «  le  bienheureux  et  prospère  village  »  sur  les  commer- 
çants qui  y  apportaient  du  bétel,  des  plateaux  en  bois  et  à 
pied,  dits  fôk,  des  plateaux  en  bois  sans  pied,  dits  spok^  des 
malles,  des  vaisselles,  des  étoffes.  J'observe  que  le  mot 
impôt,  /)an,  est  dit  kàp. 

L'autre  moitié  du  produit  de  l'impôt,  —  et  c'est  par  elle 
que  nous  revenons  au  roi  du  Feu  et  au  roi  de  l'Eau,  —  est 
la  part  du  gouverneur  de  la  province,  non  parce  qu'il  est  le 
ciu'f  du  pays,  —  cela  est  visible,  —  mais  parce  qu'il  a  à 
assurer  le  service  des  lettres  royales  et  des  présents  venant 


LES    ROIS    DU  FEU    ET    DE    l'eAU  373 

du  Laos  et  celui  des  objets  que  le  roi  envoie  tous  les  trois 
ans  aux  rois  des  Jaray.  A  cet  effet,  il  est  remis  au  g'ouver- 
neur,  en  outre  de  la  moitié  des  impôts  ci-dessus  dits,  un 
palanquin  royal  pour  porter  en  cérémonie  ces  lettres  ou  pré- 
sents et  deux  parasols  pour  les  abriter,  plus,  chaque  année 
probablement,  deux  mesures  de  riz  blanchi,  trois  mesures 
de  sel,  trois  cents  noix  d'arec,  trois  cents  feuilles  ou  paquets 
de  feuilles  de  bétel,  deux  pots  de  chaux  à  chiquer  et  quatre 
livres  de  tabac. 

III.  —  La  seconde  partie  de  la  charte  porte  :  «  Voici  la 
loi  relative  aux  objets  qu'on  conduira  au  roi  du  Feu  et  au  roi 
de  l'Eau»,  et  tout  de  suite  vient  la  liste  de  ces  objets  : 
deux  éléphants  mâles,  deux  palanquins  de  couleur  rouge 
avec  étoiles  pour  monter  ces  éléphants,  soixante  buffles, 
deux  lang-outis  à  brodures,  deux  vêtements  à  rayures,  deux 
matelas,  deux  oreillers,  deux  coussins  pour  aisselles,  deux 
nattes  de  Poursat,  deux  autres  nattes  en  chi  chuot  (?i,  deux 
radeaux,  deux  services  à  riz,  deux  à  eau,  deux  costumes 
rouges  complets,  deux  paires  de  tambourins,  deux  paires 
de  flûtes  grandes  et  petites,  deux  parasols  à  longs  manches, 
deux  bols  de  cinq  couleurs,  cent  bols  à  riz,  cent  bols  à 
soupe,  cent  serviettes,  cent  bols  à  bord,  deux  voitures  de 
sel,  cinq  cents  lingots  de  fer,  vingt  lingots  de  plomb,  deux 
paires  de  peignes  fins  et  non  fins,  quatre  ciseaux  à  bois  à 
manche  cerclé,  deux  langoutis  de  cérémonie  de  chacun  cinq 
coudées ,  deux  cents  aiguilles ,  deux  pièces  d'étotfe  dite 
loihtong,  deux  pièces  de  soie  pour  les  danseuses,  pour  le 
prah  khan  (qui  est  l'arme  sacrée),  pour  le  prah  rompot  (qui 
est  le  rotin  sacré),  deux  turbans  en  soie  rouge,  longs  de  cinq 
coudées,  un  chapelet  de  graines  de  phtî,  long  de  vingt 
ampans,  deux  petits  bols  en  cuivre,  deux  cents  petits  bols 
en  porcelaine,  deux  couteaux,  dits  konihet  préa,  deux  cou- 
teaux à  nettoyer  le  rotin ,  deux  couteaux  à  débroussailler, 
deux  éventails  en  papier,  deux  cents  bagues  en  cuivre,  deux 
cents  hameçons,  deux   calottes  rouges,  dix  livres  de  noix 


374  LES  ROIS    DU    FEU    ET    DE    l'eAU 

darec  et  de  gambier,  dix  livres  de  tabac,  deux  monocordes, 
deux  guitares  à  trois  cordes,  deux  autres  à  trois  cordes  sur 
noix  de  coco,  deux  flageolets,  deux  plateaux  à  pied  pour 
recevoir  Veau  du  serment,  deux  bols  en  bambous  raisinés 
avec  couvercles  posés  sur  deux  plateaux,  deux  plateaux  en 
bois  avec  les  ustensiles  d'usage  pour  la  chique,  deux  ciseaux 
h  arec,  deux  pots  en  cuivre  pour  la  chaux  à  chiquer,  deux 
autres  plateaux  à  arec.  Cela  représente  un  présent  ou, 
comme  disent  les  Jaray,  un  tribut  de  valeur,  et  néces- 
sitait un  convoi  considérable  se  dirigeant  de  Sâmbok  vers 
le  pays  des  Jaray,  le  srok  Ayonapar,  ainsi  que  le  nomme 
la  charte ,  le  long  des  pauvres  sentiers  et  au  travers  des 
cours  d'eau  qu'il  fallait  franchir  sans  ponts  et  sans  barques. 

Mais  ce  tribut  de  trois  en  trois  ans  n'est  pas  tout  ce  que 
les  rois  du  Cambodge  envovaient  aux  rois  du  srok  Avona- 
par.  «  Si  l'un  des  deux  rois  (du  Feu  ou  de  l'Eau)  vient  à 
mourir,  dit  la  charte,  et  que  l'autre  demeure,  on  enverra  sur 
un  éléphant  femelle  et  sur  un  éléphant  mâle  un  prasoda  tout 
préparé  pour  la  levée  du  corps.  »  Et  la  charte  nomme  les 
trois  dignitaires  qui  doivent  conduire  ce  prasoda  «  jusqu'au 
bout  ))  ;  ce  sont  ceux  qui  conduisaient  les  présents  tous  les 
trois  ans  au  pays  des  Jaray. 

Cette  nomenclature ,  certains  détails  nous  permettent 
aujourd'hui  d'avoir  une  idée  sur  la  condition  d'alors  des 
deux  pauvres  sauvages  que  plusieurs  voyageurs  français, — 
entre  autres  le  capitaine  Cujet  en  1801,  —  ont  trouvés  sem- 
blables aux  autres  sauvages,  pas  plus  riches  et  sans  autre 
prestige,  disent-ils,  que  celui  dont  jouissent  les  sorciers.  Le 
roi  du  Feu  et  le  roi  de  l'Eau  vivaient  chacun  chez  eux, 
])uisque  tout  ce  (jui  leur  est  destiné  se  trouve  en  double  ; 
ils  avaient  encore  un  corps  de  danseuses  et  un  corps  de 
musiciens  à  l'instardes  rois  cham,  cambodgiens  et  laotiens  ; 
ils  marchaient  sous  le  parasol  qui,  en  Indo-Chine,  est  porté 
au-dessus  de  la  tète  des  rois  ;  et ,  à  des  époques  détermi- 
nées, assurément  les  dignitaires  leur  prêtaient  serment  à  la 


LES    ROIS    DU  FEU    ET    DE    l'eAU  37S 

mode  des  rois  indo-chinois  de  civilisation  arienne  et  des 
rois  malais  et  javanais.  J'ajouterai  qu'ils  étaient  incinérés 
après  leur  mort  et  que  cette  coutume  de  brûler  leurs  cadavres 
a  persisté  jusqu'à  aujourd'hui  pour  eux,  bien  que  les  autres 
Jaray  enterrent  leurs  morts. 

Cette  pompe  de  cour,  qui  a  disparu ,  qu'on  ne  pouvait 
pas  supposer  avant  la  découverte  de  la  charte  de  fondation 
que  j'étudie  ici,  est  encore  attestée  par  un  autre  passage, 
par  celui  qui  concerne  la  manière  dont  les  présents  du  roi 
du  Cambodge  doivent  être  remis  au  roi  du  Feu  et  au  roi  de 
l'Eau. 

«  Avant  (de  se  présenter  aux  deux  rois),  dit  la  charte,  ils 
(les  trois  dignitaires  ci-dessus  nommés)  prendront  des  fruits 
du  sambuor  (sorte  de  cassia  résineux,  acacia  riipata)  et  s'en 
savonneront  (c'est-à-dire  se  purifieront).  Cela  fait,  les 
cadeaux  étant  placés  sur  deux  lignes,  l'un  deux  parlera  au 
nomduroi  (du  Cambodge)  etfera  traduire  son  discours  dans  la 
langue  du  pays,  puis  il  s'assoira  au  milieu  (entre  les  cadeaux 
probablement  et  entre  les  deux  autres  dignitaires),  puis  il 
répétera  trois  fois  son  discours.  »  Voilà  bien  un  protocole,  et 
un  protocole  sévère,  très  honorable  pour  les  rois  de  l'Eau  et 
du  Feu.  La  charte  continue  :  «  Quand  il  prendra  la  parole 
pour  présenter  les  souhaits  du  roi,  on  soufflera  dans  les 
flûtes  grandes  ou  petites,  ensemble,  conformément  à  l'usage 
jaray.  Alors,  le  principal  ambassadeur  présentera  la  lettre 

royale  1  du Prah  chau  Longvek  Krung  Kambujâdhipati 

Sîrîsîrîn  Indipat qui  est  le  maître  suprême  au-dessus 

des  têtes,  puis  il  énumérera  au  nom  du  roi  les  cadeaux 
[bàndakar]  apportés  jusqu'au  srok  Ayanapar.  Cela  fait,  il 
formera  en  nommant  le  roi  de  l'Eau  et  le  roi  du  Feu,  les 

1.  Les  Jaray  ou  quelques-uns  crenlre  eux  savaient  donc  encore  lire? 
M.  Moura  s'élevait  clans  son  Royaume  du  Cambodge  contre  l'opinion  que 
les  deux  rois  jaray  conservaient  les  Annales  de  leur  pays  et  des  inscrip- 
tions anciennes.  On  voit  maintenant  que  cela  est  possible  quoique  impro- 
bable. On  a  bien  trouvé  chez  les  Ghams  des  manuscrits  qu'on  niait  y  être. 


376  LES    ROIS    DU    FEU   ET    DE    l'eAU 

neveux  à  la  place  de  leur  oncle  (le  roi  du  Cambodge) ,  le 
souhait  quils  soient  prospères  et  conservent  leurs  titres; 
qu'ils  continuent  de  garder  le  prah  khan  et  d'habiter  le 
sommet  du  mont  Oudam  prakath ,  qu  ils  demeurent  les 
âmmac/ias  (souverains)  de  tous  les  pays  r/iadès,  Jaray  et 
pnonf/s  ainsi  qu'ils  le  sont  depuis  ranti([uité  jus(ju'à  main- 
tenant, de  bien  garder  les  roules  el  les  forèls  contre  tous 
les  ennemis ,  de  distinguer  ceux  qui  se  présenteront  avec 
de  bonnes  intentions  de  ceux  qui  se  présenteront  avec  des 
intentions  méchantes;  qu'ils  demeurent  en  paix,  puissants, 
heureux  et  prospères;  que  tous  les  dévalas,  les  téprakh 
(génies  des  forêts),  les  arakh  (génies  des  villages)  leur 
assurent  longue  vie,  l'abondance  toujours  et  longue  auto- 
rité. » 

Voilà  un  long  souhait;  s'il  n'est  pas  celui  d'un  roi  vassal, 
il  n'est  certes  pas  celui  d'un  roi  suzerain,  bien  que  le 
roi  du  Cambodge  se  dise  loncle  des  rois  du  Feu  et  de 
l'Eau,  et  qu'il  les  nomme  ses  neigeux.  C'est  celui  d'un  allié, 
c'est  le  souhait  qu'un  roi  forme  en  faveur  d'un  roi  puissant, 
et  pas  du  tout  ridicule  ,  ainsi  qu'aiment  à  le  dire  les  Cam- 
bodgiens d'aujourd'hui,  car  il  semble  bien  que  les  pataos 
jaray  gouvernaient  alors  les  Rhadès  et  les  Pnongs,  et  il  est 
certain  qu'ils  n'étaient  pas  les  pauvres  diables  que  nos 
voyageurs  ont  trouvés  et  qui  gardent  encore  religieusement 
l'arme  sacrée  et  le  rotin  sacré  des  rois  leurs  ancêtres. 

Cette  charte  met  au  point  la  tradition  cambodgienne  et 
nous  dit  ce  qu'il  faut  en  croire,  11  est  regrettable  qu'elle  ne 
nous  renseigne  point  sur  l'origine  de  l'hommage,  —  car  c'est 
bien  un  hommage  que  nous  rencontrons  ici,  — et  ce  à  quoi 
fait  allusion  cette  phrase  :  «  qu'ils  gardent  bien  les  roules 
et  les  forêts  contre  les  ennemis  »,  et  si  c'est  parce  qu'ils 
les  ont  bien  gardées  au  cours  d'une  guerre  et  parce  qu  ils 
ont  rendu  ainsi  un  grand  service  au  srok  khmêr,  que  le  roi 
du  Cambodge  leur  payait  un  Irihiit,  leur  faisait  hommage. 
Mais  alors  à  quelle  époque  faut-il  faire  remonter  ce  service 


LES    ROIS    DU    VEU    ET    DE   l'eAU  377 

et  cette  redevance?  A  très  loin  dans  le  passé,  car  la  charte  se 
termine  ainsi  :  <(  D'autrefois  jusqu'à  maintenant,  on  dit  qu'il 
faut  tous  les  trois  ans  monter  une  fois  pour  saluer  (  c'est 
bien  l'hommag-e)  le  roi  de  l'Eau  et  le  roi  du  Feu.  »  Avait-on 
déjà  oublié  le  service  rendu?  Cet  ((  on  dit  »  le  laisserait 
croire.  Alors  il  se  perdait  dans  la  nuit  des  temps,  «  Aujour- 
d'hui, bien  qu'on  ait  suspendu  parce  que  la  voûte  inférieure 
(la  terre)  était  ag-itée,  on  a  fait  l'envoi.  » 

Le  problème  du  tribut  payé  par  le  roi  du  Cambodge  au 
roi  du  Feu  et  au  roi  de  l'Eau ,  n'est  pas  résolu  ;  du  moins 
savons-nous  mieux  ce  qu'étaient  encore  ces  deux  person- 
nag^es,  au  commencement  du  xvii"  siècle,  et  les  données  de 
la  question  sont  mieux  posées. 

IV.  —  Un  autre  document  cambodg-ien  parle  encore  des 
pataos  des  Jaray,  c'est  une  sorte  de  rituel  des  fêtes  à  l'usag-e 
de  la  Cour.  J'y  trouve  ceci  :  <(  Chaque  fois  que  le  roi,  afin 
de  faire  cesser  la  sécheresse,  d'attirer  les  pluies,  décidera 
de  s'adresser  aux  cinq  kshatriyas  protecteurs  du  royaume, — 
Narayano,  Shiva,  Ganésa,  Kajjayana  et  Prah  khan,  — on 
sortira  le  morceau  d'ivoire ,  la  corne  de  rhinocéros  et  le 
vêtement  envoyés  par  le  roi  du  Feu  et  le  roi  de  l'Eau,  et  on 
les  arrosera  d'eau  lustrale,  pendant  que  les  quatre  Maha 
chay  (Mahajaya)  s'accroupiront  dessous  et  pousseront  des 
cris  de  grenouille.  » 

'  On  le  voit,  on  ne  parle  que  très  incidemment  des  pataos 
des  Jaray,  mais  que  viennent  faire  ici  les  objets  qu'ils  ont 
envoyés  au  roi  du  Cambodge  et  pourquoi  les  arrose-t-on 
solennellement  ?  C'est ,  Messieurs ,  parce  que  le  roi  du  Feu 
passe  dans  toute  l'Indo-Chine  pour  un  être  en  puissance  de 
déchaîner  la  foudre,  d'arrêter  le  soleil  et  de  produire  le  feu, 
alors  que  le  roi  de  l'Eau  a  la  réputation  d'un  gaillard  qui 
peut  déchaîner  les  eaux  et  produire  l'inondation. 

La  royauté  des  rois  des  Jaray  n'est-elle  donc  que  le  règne 
des  sorciers  sur  des  esprits  crédules?  Je  ne  le  crois  pas  et 
je  les  envisage  dans  le  passé  comme   des  rois    véritables 


378  INSCRIPTIOiN    ÉGYPTO-PHÉNICIENNE    DE    BYBLOS 

régnant  non  sur  les  esprits,  mais  comme  dit  la  charte  que 
j'ai  analysée,  sur  les  Rhadès  et  sur  les  Pnongs. 


APPENDICES 


INSCRIPTION  KGYPTO-PIIKNICIENNE  DE    BYRLOS. 
NOTE    DE  M.    CLERMONT-GANNEAU,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE. 


Voici  deux  reproductions  du  monument  ég-ypto-phénicien 
de  Djebail  —  l'antique  Gebal  ou  Byblos  —  dont  j'ai  parlé 
plus  haut  (p.  71),  La  première  est  faite  d'après  l'estam- 
page, la  seconde  d'après  une  photographie  directe  du 
fragment  original. 

Les  cartouches  hiéroglyphiques  contiennent,  comme  je 
l'ai  dit,  les  nom,  prénom  et  titre  du  Pharaon  Ciiechank  I. 
L'inscription  phénicienne  se  compose  de  trois  lignes  inter- 
calées entre  les  cartouches;  la  troisième  est  gravée  dans  le 
sens  opposé  à  celui  des  deux  premières,  ce  qui  semble 
indiquer  que  le  monument,  du  moins  à  l'époque  h  laquelle 
y  a  été  ajoutée  l'inscription  phénicienne,  devait  être  posé 
normalement  h  plat,  sa  principale  face  gravée  étant  hori- 
zontale. 

Les  lignes  1  et  2  sont  incomplètes  à  droite  et  à  gauche. 
La  ligne  3,  incomplète  à  droite,  est  complète  à  gauche;  elle 
est,  en  effet,  suivie  d'un  grand  espace  vide,  montrant  que 
nous  avons  là  la  fin  de  l'inscription. 


INSCRIPTION    ÉGYPTO-PHÉMCIENNE    DE    BYBL03  379 

Voici  ce  que  m'a  donné  le  déchiffrement  : 

?ï;Sa  l 'lyiiN  1  N?....       1 

SriS  1  arjni  i  Saa? —       2 


Sza  hy 3 

Les  mots ,  aux  lignes  1  et  2 ,  sont  séparés  par  de  petits 
traits  verticaux;   c'est  là  un  indice  d'antiquité  relative;  il 
est  confirmé  par  l'aspect  paléog-raphique   des    caractères, 
dont  plusieurs  rappellent  ceux  de  la  stèle  de  Mesa  et  des 
plus  anciens  spécimens  de  l'écriture  phénicienne  proprement 
dite.   On  remarquera    la   disposition  presque  verticale  des 
zigzag^s  du  mem.  Seul,  le  chin  présente  une  forme  avancée, 
telle  qu'on  l'observe  sur  la  stèle  du  roi  Bvblos  Yehaumelek. 
Paléographiquement,  notre    texte    paraît   être  antérieur    à 
celui-ci  ,  mais  on  ne  saurait  songer  sérieusement  à  le  faire 
remonter  à  l'époque  de  Chechank  I.  Force  est  d'admettre 
qu'il  a  dû  être  gravé  après  coup  sur  un  monument  ou  un 
fragment  de  monument  érigé  par  ce  Pharaon,  et  réutilisé 
plus  tard  par  un  Phénicien ,  nous  essaierons  de  voir  tout  à 
l'heure  dans  quelles  conditions, 

L.  1.  Le  nom  propre  TJ21H,  Abihaal.,  est  certain.  Il  s'est 
déjà  rencontré,  avec  l'orthographe  pleine  Sî?2'lN\  sur  un 
ancien  sceau  phénicien  publié  autrefois  par  le  duc  de  Luynes  ^ . 
ACarthage,  nous  le  retrouvons,  sous  la  même  forme  qu'ici 
(C.  /.  S.,  I,  378)  et  aussi  sous  la  forme  contractée  Sun  [ici., 
1407),  comme  nom  de  femme;  dans  une  autre  inscription 
punique  (id.,  '^05),  SyZN,  qui  semble  en  être  encore  une 
autre  forme  contractée ,  comme  nom  d'homme.  Quoi  qu'il 
en  soit  ici,  nom  d'homme  ou  nom  de  femme,  il  est  maté- 
riellement impossible,  malgré  la  tentation  qu'on  pourrait  en 

1.  On  en  trouvera  une  reproduction  dans  mes  Fraudes  archéologiques, 
p.  278,  fig.  20. 

1903.  26 


380 


INSCRIPTION    ÉGYPTO-PHÉNICIExNNE    DE.BYBLOS 


avoir,  de  croire  quil  est  suivi  du^mol  "Ç^.  et  que  nous  aurions 
affaire  à  quelque  Abibaal,  roi  de  Gebal:  la  3'*  lettre  du  mot 


^.^p/ft^^»^-^  ,^i-"  '<" 


'^.li 


f  I  wajt*^ 


W^ 


.--jw»'"  jtj-mw»" 


{KS^ 


J 


est  sûrement  un  chin ,   suivi  d'une  autre  lettre  dont  il  ne 
reste  ^jlus  qu'un  petit  trait  oblique  \  ,  appartenant  peut-être 


INSCRIPTION    ÉGYPTO-PHÉNICIENNE    DE    BYBLOS 


381 


à  un  ffuimel  ou  à  un  tau.  Le  sens  m'échappe.  Serait-ce  un 
ethnique  ou  un  nom  grec,  ou  mieux,  quelque  mot  qui, 
combiné  avec  les  suivants,  définirait  un  certain  titre? 


A  en  jug-er  par  la  configuration  de  la  pierre,  il  doit  man- 
quer peu  de  chose  au  commencement  de  cette  ligne,  laquelle, 
de  plus,  paraît  bien  être  le  début  même  de  l'inscription. 
On  (pourrait  restituer  :   n[;i21  ^*k],   u  ce  qu'a  érigé  »  ;   ou  : 


382  INSCRIPTION    ÉGYPTO-PHÉNICIENNE    DE    BYBLOS 

n[)r2  UJ>î],  ace  qu'a  offert  ».  Je  préférerais  le  premier  verbe 
si,  comme  je  le  suppose,  il  s'agit  dune  inscription  funéraire 
et  non  pas  religieuse. 

L.  2.  Le  nom  de  Hza,  <(  Gebal  )),est  certain  ;  celui  de  Diri, 
((  rÉgypte  »,  plus  que  probable,  bien  que  le  tsadé^ii  quelque 
peu  souffert  et  soit  difficile  à  discerner.  Cette  mention  for- 
melle de  l'Egypte  a,  en  l'espèce,  une  valeur  particulière, 
étant  donnée  l'origine  notoirement  égyptienne  et  même 
pharaonique  du  monument.  Toute  cette  première  partie 
du  texte,  avec  des  lacunes  malheureusement  irrémédiables, 
pourrait  être  comprise  à  peu  près  ainsi  :  «  qu'a  érigé  Abi- 

baal de  Gebal,  en  Egypte.  »  Nous  aurions 

alors  affaire  à  quelque  Giblite  résidant  en  Egypte  à  un  titre 
quelconque,  soit  officiel,  soit  privé,  et  y  ayant  gravé  après 
coup ,  dans  sa  langue  nationale ,  cette  inscription  sur  une 
stèle  ou  un  fragment  de  stèle  égyptienne;  par  suite  de 
circonstances  inconnues,  la  pierre  aurait  été  rapportée  ensuite 
d'Egypte  à  Byblos,  peut-être  avec  le  corps  même  du  défunt, 
s'il  s'agit  bien  d'une  épitaphe. 

A  la  fin  de  la  ligne,  je  doute  qu'il  faille  chercher  dans 

Syzb  un  nom  de  divinité  :  soit  (en  restituant  ['^-S  rij'^ïii) 

la  Baalat  de  Gebal,  soit  un  Baal  quelconque  ;  dans  ce  cas, 
le  nom  divin  serait  sûrement  précédé  de  quelque  titre 
religieux,  tel  que  r2-»S,  ^IN^,  etc.  J'aimerais  mieux  y  voir 
le  commencement  d'un  nom  théophore  de  personne,  ayant 
pour  premier  élément  Baal  ;  ce  serait  le  nom  du  défunt  : 
((  pour  Baal-x.  »  On  pourrait  même  peut-être,  à  la  grande 
rigueur,  si  Abibaal  est  ici  un  nom  de  femme  —  chose  fort 
possible ,  comme  nous  l'avons  vu  —  prêter  au  mot  T>*2  le 
sens  hébreu  de  «  mari  »,bien  qu'il  ne  se  soit  pas  encore,  que 
je  sache,  rencontré  en  phénicien;  nous  aurions  alors  à 
restituer  :  [a^S  ^'^Sy2SJ,  «  pour  son  mari  .r,  fils  de  x  ».  Mais 

1.  Avec  le  suffixe  féminin  en  H,  tel  qu'il  était  usité  dans  le  dialecte  des 
Byblos  (cf.  C.  1.  S.,  1, 1). 


INSCRIPTION    ÉGYPTO-PHÉXICIENNE    DE    BYBLOS  383 

l'autre  hypothèse  est  plus  simple  et  demeure  plus  vraisem- 
blable. 

L.  3.  Là  encore,  ^^^  ^^ ne  doit  pas  nous  faire  illu- 
sion. Bien  que  la  restitution  Sy[i]  s'impose  presque,  il  ne 
faudrait  pas  s'imaginer  qu'il  est  question  d'un  u  Baal  de 
Gebal  » ,  dieu  inconnu  par  ailleurs.  Le  mot  Sy2  doit  être,  à 
mon  avis ,  pris  au  sens  de  «  citoyen  )^ ,  qu'il  a  souvent  en 
phénicien,  et  surtout  en  punique  :  «  citoyen  de  Gebal.  »  Ce 
serait  le  qualificatif  indiquant  l'origine  du  défunt,  mort  en 
Egypte  et,  après  y  avoir  reçu  les  honneurs  funèbres,  rapa- 
trié avec  son  épitaphe,  dans  quelque  galère  giblite,  par  les 
soins  de  Abibaal,  personnage  de  sexe  indéterminé,  qui  lui 
était  attaché  par  des  liens,  plus  ou  moins  étroits,  d'origine, 
de  parenté,  voire  même  de  mariage. 

Le  tout  pourrait  se  traduire  à  peu  près  ainsi  : 

Qu'a  érigé  Abihaal, ^ de  Gehal,  en 

Éffypte,  pour  Baal-x .  citoyen  de  Gebal. 


1.  Quelque  part,  dans  la  lacune,  pouvait  être  intercalé  un  patronymique 
introduit  par  "Tl  ou  712,  et  c'est  alors  à  un  tiers  personnage  que  se  rappor- 
terait la  justification,  malheureusement  détruite,  de  la  résidence  en  Egypte. 
Peut-être  y  avait-il  tout  simplement  :  DI^DH  S2:i["inD] ,  «  marchand 
giblite  en  Egypte?  »  Cf.  l'expression  similaire  dont  j'ai  démontré  l'existence 
dans  une  inscription  de  Carthage  (cf.  Comptes  rendus  de  l'Académie,  1899, 
p.  614,  et  Recueil  d'archéologie  orientale,  t.  V,  p.  314). 

Je  dois  dire,  toutefois,  que  la  trace  de  lettre  précédant  le  nom  de  Gebal, 
au  début  de  ce  qui  reste  de  la  ligne  2,  ne  semble  pas  avoir  appartenu  à  un 
rech;  c'est  un  trait  oblique  (\  )  faisant  songer  plutôt  à  un  taw  du  type  X- 
Cela  conduirait,  dans  ce  même  sens,  au  féminin  nifiD.  "  marchande  »; 
Abibaal  serait  alors  décidément  un  nom  propre  féminin.  Nous  avons  déjà 
un  exemple  certain  {Rec.  d'arch.  or.,  l.  c.)  de  femme  phénicienne  faisant 
le  négoce. 


384 


II 

JUPITER    HELIOPOLITANUS. 

NOTE    COMPLÉMEiNTAlRE,    PAR    M.    CLERMONT-GANNEAU, 

MEMBRE    DE    l' ACADÉMIE. 

Dans  une  communication  précédente  (cf.  supra,  p.  91). 
j'ai  sig-nalé  succinctement  un  monument  du  Louvre  (salle 
phénicienne  du  rez-de-chaussée)  où  je  proposais  de  recon- 


naître une  figuration  du  type  considéré  généralement  comme 
celui  du  Jupiter  Heliopolitanus.  C'est  un  fragment  de  sta- 
tue, ou  plutôt  de  haut  relief,  rapporté  autrefois  de  Sarba, 


JUPITER    HELIOPOLITANtlS  385 

près  Djouni,  par  Renan  ^  qui  s'était  borné  prudemment  à 
le  définir  :  «  Fragment  d'une  statuette  à  gaine  )>.  Depuis, 
on  y  a  ajouté  une  étiquette  (n°  39),  qui  existait  jusqu'à  ce 
jour  et  qui  était  ainsi  libellée  :  fragment  d'une  statuette 
ARCHAÏQUE  DE  PALLAS.  Comme  il  est  facile  de  s'en  convaincre 
par  l'examen  de  la  reproduction  que  j'en  donne  ci-contre 
et  par  la  comparaison  avec  la  figurine  de  bronze  gravée 
p.  90,  la  divinité  en  question  n'est  pas  une  déesse,  et 
l'œuvre  n'a  rien  d'archaïque;  c'est,  à  n'en  pas  douter, 
une  nouvelle  et  intéressante  réplique  de  l'idole  fameuse 
adorée  dans  le  sanctuaire  de  Baalbek  à  l'époque  des  Anto- 
nins  et  des  Sévères. 

Puisque  l'occasion  s'en  présente  ,  je  compléterai  la  des- 
cription que  j'ai  donnée  de  la  statuette  de  bronze  de 
M.  Lôytved  par  un  détail  important  que  celui-ci  m'a  fait 
connaître  depuis  :  derrière  le  dos  du  dieu  est  appliqué  un 
aigle  qui  le  tient  entre  ses  serres.  Ainsi  étroitement  associé 
à  une  divinité  solaire  l'oiseau  symbolique  de  Jupiter  est 
assurément  bien  à  sa  place;  il  intervient,  d'ailleurs,  dune 
façon  plus  ou  moins  marquée  dans  plusieurs  des  figurations 
connues  jusqu'ici  du  Jupiter  Heliopolitanus.  Toutefois,  le 
rôle  accentué  qu'il  joue  ici,  d'une  part,  d'autre  part  la  face 
imberbe  et  efféminée  qui  caractérise  toujours  le  jeune  dieu, 
font  qu'on  se  demande  si  l'ensemble  du  groupe  ne  répon- 
drait pas  à  quelque  conception,  évoquant,  dans  l'ordre  de  la 
mythologie  iconologique,  l'idée  d'une  sorte  de  Ganymède 
oriental.  Il  y  aurait  lieu  de  voir,  d'autre  part,  si  la  figura- 
tion n'aurait  pas  certains  rapports  avec  le  culte,  encore  si 
mal  connu,  d'Antinous. 

1.  Mission  de  Phénicie,  p.  843,  n°  70. 


LIVRES   OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  offre,  au  nam  de  l'auteur,  M.  Ernest  Jovy, 
un  volume  intitulé  :  Études  et  recherches  sur  Jacques-Bénigne  Bossuet, 
évéque  de  Meaux  (Vitry-le-François,  1903,  in-8°). 

M.  Clermont-Ganneau  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie,  la 
24*  livraison  du  tome  V  de  son  Recueil  d'archéologie  orientale.  Cette 
livraison  contient  les  articles  suivants  :  §  56.  Fiches  et  notules  :  Nou- 
velle inscription  phénicienne  de  Sidon.  —  Inscription  nabatéenne 
dOunun  el  Qotain.  —  Inscriptions  grecques  du  llauràn.  —  Kalounios. 

—  Inscriptions  grecques  de  Bersabée.  —  La  prise  de  Jérusalem 
par  les  Perses.  —  Inscriptions  grecques  d'Antinoé.  —  0eô;  'Ape- 
[jLÔrjvdîet  'Aramta  (suite  et  fin).  —  §  57.  Deux  statues  phéniciennes  à 
inscription.  —  §  58.  Nouvelle  inscription  grec(jue  du  pays  de  Tyr.  — 
§  59.  Fiches  et  notules  :  Echnioun  de  Sidon  et  Meikart  de  Tyr.  — 
Ilamelielot  et  'Ain  el  Djâloût.  —  Inscriptions  grecques  du  Pont.  — 
La  destination  des  inscriptions  sinaïtiques.  —  Inscription  du  Safâ. 

—  Ardoula.  —  L'inscription  de  Pachomios  du  Ouàd  er-Rebâbé.  — 
Hiereus  (R.  A.  O.,  V,  167). 


Le  Gérant,  A.  Picard. 


MAÇON,  TROTAT  KHKHES,  IMPRIMEURS 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 


DE 


L'ACADEMIE   DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1903 


PRESIDENCE    DE    M.    G.    PEHROT 


SÉANCE  DU    4    SEPTEiMBRE 


Le  Président  de  la  Société  éduenne  des  lettres,  sciences  et 
arts,  à  Autnn,  écrit  à  lAcadémie  pour  la  prier  de  vouloir  bien 
se  l'aire  représenter  à  l'inauguration,  qui  doit  avoir  lieu  à  Autun, 
le  19  septembre,  du  buste  de  M.  Bulliot,  son  ancien  président, 
correspondant  de  l'Institut. 

L'Académie  délègue  M.  Héron  dk  Villefosse. 

M.  Ph.  Bergek  communique  au  Secrétaire  perpétuel  la  lettre 
suivante  qui  lui  a  été  adressée  par  le  R.  P.   Delattre. 

Saint-Louis  de  Charthage,  24  août  1903. 
Cher  Monsieur, 

Je  tiens  à  vous  dire  (jue  nous  avons  Irouvé  samedi  dernier  un 
second  exemplaire  du  disque  en  plomb  avec  caractères  puniques  et 
grecs   archaïques.    Cette   fois    l'inscription    est    intacte.    La    voici  : 

A  EO  A?  KJ)  H  A  M  Y^ytiJ^^- Vous  pouvez  considérer  ma  lecture  comme 
1903.  9- 


388  SÉANCE    DU    4    SEPTEMBRE    1903 

certaine.  Toutes  les  lettres  sont  nettes,  et  il  y  a  un  intervalle  d'un 
cenliniMre  et  demi  entre  le  commencement  de  l'une  et  l'autre 
inscription. 

Veuillez  m'excuser  d'être  si  bref,  mais  je  tiens  à  vous  envoyer  ce 
document  au  plus  tôt,  et  le  courrier  va  partir. 

Agréez,  cher  Monsieur,  l'hommage  de  mes  sentiments  respectueux. 

A.-L.  Delattre. 

M.  Clermont-Ganneau  a  la  parole  pour  une  communication  : 
c  Le  manuscrit  de  Tours  n°  286  contient  d'intéressantes  notes 
tironieunes  qui  ont  été  déchilîrées  par  M.  Châtelain  '  avec  sa 
maîtrise  habituelle.  Elles  semblent  s'appli(|uer  à  des  extraits 
d'une  sorte  de  glossaire  gréco-latin-  dont  l'auteur  inconnu  se 
livre  aux  jjlussingulières  fantaisies  étymologiques.  Parmi  celles-ci, 
il  en  est  une  qui  est  une  véritable  petite  énigme  et  a  vivement 
piqué  la  curiosité  de  ceux  qui,  comme  moi,  assistaient  à  l'inté- 
ressante communication  de  notre  savant  confrère.  11  s'agit  de 
rélvmologie  du  mot  Xû/voç  c  lampe  ».  La  glose  se  présente  sous 
cette  forme,  dans  le  manuscrit  :  , 

AIXNOC  A€reT6  AIA  T0YAY6IN  T00rM€N  HTOYN 
TOCKOTOC 

C'est-à-dire  : 

1[6)/Vjç,  X£y£T(ai)  oià  toO'  X'Jî'.v  -oo'nxzv ['!)  yî(Y)ouv  to  ocoto;. 

lychnos,  «  ta  lampe  »,  esl  ainsi  appelée  j)arce  (/u'elle  dissipe 
le <iii  bien  les  ténèbres . 

L'idée  de  l'auteur  est  claire.  Il  prétend  expliquer  ÀJ/vo;  par  le 
verbe  Àuc-.v,  en   prenant  pour  base  la   syllabe  Xj  commune   aux 


1.  .Vcadéniic  des  inscriptions,  séance  du  2N  août  HK)3. 

2.  Il  parait  être  de  la  t'aniille  de  ces  glossaires  doiil  le  iiis.  latin  "63, 
rcceinnient  entré  à  la  Bibliolhècpie  nalionale  et  étudié  pai-  noire  savant 
confrère  M.  Oinont  \Sol.  al  exlr.  des  mss.,  t.  ;5n,  p.  :M  I  li  sui\.  ,  nous  a 
conservé  un  nouveau  et  inléiessant  spécimen.  Cf.,  en  particulier,  op.  cil., 
p.  372,  les  Glose  in  verhis  (jrecorum. 


SÉANCE    DU    4    SEPTEMBRE    1903  389 

fleiix  mots.  Il  ne  s'agit  plus  ensuite  pour  lui  que  de  tirer  de  ce 
verbe,  par  un  expédient  plus  ou  moins  ingénieux,  un,  ou  plutôt 
deux  sens ,  susceptibles  de  s'adapter  à  un  double  rôle  que  joue 
ou  semble  jouer  la  lampe  dans  la  réalité. 

L'étymologie  est  bien  dans  le  goût  de  l'époque;  elle  est  digne 
de  figurer  à  côté  de  celle  qui  la  [)récède  et  d'après  laquelle  le 
loup,  Xûxo; ,  est  ainsi  appelé  «  eo  quod  in  nocle  oculi  eius 
lucent  ». 

La  lampe  donc  dissipe  l'obscurité  —  voilà  qui  ne  souffre  pas  de 
difïlculté.Mais,  dans  l'esprit  de  l'auteur,  l'action  exprimée  parle 
verbe  Àûetv,  s'exerce,  et  cela  avant  tout,  sur  autre  chose  encore  :  to 
oyasv.  Qu'est-ce  que  ce  peut  bien  être?  On  pourrait  croire  tout 
d'abord  que  sous  cette  graphie  se  cache  quelque  mot  défiguré  ayant 
un  sens  analogue  à  celui  de  axoroç.  Mais  en  cherchant  dans  cette 
voie,  on  ne  trouve  aucune  correction  satisfaisante.  D'ailleurs,  le 
fait  de  «  dissiper  les  ténèbres  «  est  sufTisamment  exprimé,  et  l'on 
ne  voit  pas  ce  que  gagnerait  l'explication  à  être  renforcée,  ou 
plutôt  affaiblie  par  quelque  synonyme  de  ctxôtoç.  D'autre  part, 
l'emploi  de  la  conjonction  Tjyouv,  «  ou  bien  »,  implique  plutôt,  au 
contraire,  que  l'auteur  vise  quelque  chose  d'essentiellement  diffé- 
rent de  (jXÔtûç.  En  conséquence,  je  proposerais  une  correction 
toute  simple  et  très  paléographique  :  TO  OTMCN  =  TO 
€AAION.  fô  ('£Xato)v,  «  l'huile»,  en  prêtant  à  Xûeiv  un  double 
sens  qui  devait  sourire  à  l'esprit  subtil  de  notre  naïf  linguiste  : 
«  la  lampe  dissipe  les  ténèbres,  mais  en  même  temps  consume 
l'huile  qui  la  remplit.  »  La  phrase  pourrait  se  traduire  littéra- 
lement en  latin,  où  le  verbe  «  dissipare  »  se  prête  bien  aux  deux 
nuances  :  «  lychnos,  ita  dicitur  eo  quod  aut  oleum,  aut  tenebras 
dissipât.  »  A  l'appui  de  la  conjecture  on  peut  rapprocher  le  nom 
grec  de  l'huile  à  brûler  :  Xu/véXatov;  à  lui  seul,  il  pouvait  suggéi-er 
l'idée  première  de  cette  étymologie  populaire. 

M.  Clermont-Ganne.\u  communique  ensuite  deux  notes:  lune, 
sur  le  TTaupcoôsîç  ot'  vjjxa;  de  l'hymne  du  7'n'sagios,  et  Arifxa;, 
nom  légendaire  du  mauvais  larron ^;  l'autre,  sur  les  Bohémonds 


1.  Cf.  Recueil  d'archéoloyie  orientale,  t.  V,  p.  396. 


390  LE    TRÉSOR    d'iZGHERLÎ 

princes  d'Antioche,  successeurs  de  Renaud  deChâtillon,  d'après 
les  témoignages  arabes'. 

M.  Babelon  donne  lecture  d'une  communication  de  M.  Degrand, 
consul  de  France  à  Philippopolis ,  sur  le  trésor  d'Izgherli  ^. 
M.  Babelon  estime  que  les  plats  du  trésor  d'Izgherli  sont  d'ori- 
gine persane. 


COMMUNICATION 


LE    TRÉSOR    d'iZGIIERLI 


note  de  m.  degrand,  consul  de  france  a  philippopolis 

(Bulgarie). 

Un  Israélite  m'apporta  dernièrement  cent  cinquante  mon- 
naies d'or  des  empereurs  Alexis  U""^  Jean  II  et  Manuel  U'" 
dont  le  parfait  état  de  conservation  était  tellement  surpre- 
nant que  je  lui  demandai  où  il  se  les  était  procurées;  elles 
provenaient,  assurait-il,  dune  importante  trouvaille  faite 
récemment  dans  les  environs  de  Talar-Pasardjik. 

Peu  après,  le  préfet  m'annonçait  lui-même  qu'une  décou- 
verte importante  de  monnaies  avait  eu  lieu  dans  cette  région, 
et  que,  d'après  les  bruits  en  circulation  dans  le  village, 
on  évaluait  à  18  ocques  (à  peu  près  25  kilogrammes)  le 
poids  des  pièces  d'or  trouvées  par  les  villageois  qui  se  les 
étaient  partagées  en  les  mesurant  avec  leurs  bonnets  de 
peau  de  mouton.  Il  ajoutait  (|ue  le  gendarme  qu'il  avait 
envoyé  sur  les  lieux  lui  avait  rapporté  deux  cent  cinquante 
pièces  qu'il  avait  transmises  au  musée  de  Sofia. 

1.  Ci.  Ueciieil  d'archéolo'jie  oiiendde.  I.  A',  p.  30". 

2.  Voir  ri-api'ès. 


LE    TRÉSOR    d'iZGHERLI  391 

Il  résulte  des  informations  qui  m'ont  été  fournies  que  les 
monnaies  de  ce  petit  lot  étaient  également  aux  effig-ies  des 
trois  Comnène. 

Bientôt,  j'apprenais  qu'on  avait  apporté  aux  changeurs 
de  cette  ville,  qui  les  fondaient,  quinze  kilogrammes  de  ces 
mêmes  pièces  d'or  et  qu'à  Talar-Pasardjik  ainsi  qu'à  Phi- 
lippopolis,  les  jours  de  marché,  les  paysans  offraient  des 
pièces  analogues  que  les  changeurs  leur  achetaient  à  six  et 
sept  francs  pièce. 

Toutes  ces  monnaies  provenaient  du  village  d'Izgherli. 
On  ajoutait  enfin  qu'on  y  avait  également  trouvé  d'autres 
objets  de  valeur,  entre  autres  une  croix  en  or  qui  avait  été 
aussitôt  fondue,  un  petit  vase  en  argent  et  dix  plats  en 
argent  massif  que  leur  inventeur  avait  apportés  et  immé- 
diatement vendus  ici  à  raison  de  0  fr.  60  le  gramme,  et  que 
l'acquéreur  faisait  fondre  pour  pouvoir  les  exporter  plus 
facilement. 

Les  recherches  auxquelles  je  me  suis  livré  m'ont  révélé 
l'exactitude  de  ces  dires  ;  une  partie  des  plats  avait  déjà  été 
fondue;  il  m'en  a  été  montré  trois  que  le  détenteur,  séduit 
par  Fétrangeté  de  leur  décoration ,  veut  essayer  de  vendre 
comme  antiquités,  espérant  en  tirer  meilleur  profit  ;  il  m'a 
autorisé  à  les  photographier. 

En  présence  de  ces  faits,  il  m'a  paru  intéressant  d'étu- 
dier l'emplacement  où  ces  objets  avaient  été  découverts. 

A  16  kilomètres  de  Talar-Pasardjik,  ville  peu  distante  de 
Bessa-Para,  l'ancienne  capitale  des  Besses,  on  rencontre  le 
petit  village  d'Izgherli  et.  à  deux  kilomètres  dans  I'e.-n.-e., 
s'élève  une  colline  de  170  mètres  de  hauteur  sur  laquelle, 
au  milieu  de  blocs  de  pierres,  poussent  clairsemés  de  petits 
chênes.  Cette  colline  est  appelée  dans  le  pays  «  colline  du 
tradiçte  »  (colline  du  château),  nom  que  lui  auraient  valu  les 
débris  de  pierres  et  de  briques  qui  en  couronnaient  autrefois 
le  sommet.  lerelchek,  dans  son  très  intéressant  ouvrage  sur 
la  Bulgarie  (page  120),  signale  ainsi  cet  endroit  :   «  Vers 


392  LE    TUliSOit    blZGHKRLI 

Vetren,  en  allant  vers  Philippopolis,  existe  un  monticule 
sur  lequel  on  voit  les  ruines  d'ini  ancien  château  ou  forte- 
resse. » 

En  cet  endroit,  voulant  enlever  deux  quartiers  de  roche 
d'une  clairière  où  il  se  proposait  de  planter  de  la  vigne , 
étant  parvenu  à  déchausser  et  retourner  un  de  ces  blocs 
avec  l'aide  de  ses  compagnons,  un  paysan  trouva  dans  l'in- 
tervalle existant  entre  les  deux  blocs  quelques  pierres,  et 
dessous,  deux  pots  en  terre  remplis  de  pièces  d'or  qu'ils  se 
partagèrent,  ainsi  que  je  l'ai  dit  précédemment. 

Quelques  jours  plus  tard,  à  peu  de  distance  de  cet  endroit, 
un  autre  villageois  dlzgherli ,  ayant  aperçu  une  roche 
marquée  d'une  croix,  commença  à  son  tour  des  recherches 
qui  amenèrent,  dans  des  conditions  absolument  identiques, 
la  découverte  de  dix  plats  en  argent  massif  et  d'autres 
objets. 

Ces  découvertes  étaient  bien  faites  pour  engager  les  gens 
d'izgherli  à  continuer  l'exploration  de  leur  colline;  ils  n'y 
ont  pas  manqué,  ainsi  que  l'attestent  les  innombrables  petits 
trous  que  j'y  ai  vus  :  tentatives  faites  sans  méthode,  point 
n'est  besoin  de  le  dire,  et  surtout  sans  persévérance,  tant  était 
grande  l'impatience  des  travailleurs  en  (juète  d'objets  de 
valeur  facilement  réalisable ,  espérant  les  trouver  sous  des 
pierres,  et  abandonnant,  sans  essayer  de  leur  demander  un 
secret  sans  intérêt  pour  eux,  des  tombes  (juils  avaient 
trouvées  à  tleur  de  terre,  ainsi  que  je  l'ai  constaté  en  quatre 
endroits  où  je  voyais,  à  20  centimètres  à  peine  de  profon- 
deur, des  débris  de  longues  tuiles  tombales  fraîchement  bri- 
sées et  délaissées  pour  courir  probal^lement  à  la  reciierche 
du  quartier  de  roche  qu'on  supposait  roulé  sur  une  cachette. 

N'ayant  ni  le  temps  ni  l'autorisation  d'étudier  cet  endroit, 
je  dus,  à  mon  vif  regret,  le  quitter. 

Au  retour,  à  quelques  pas  de  là,  le  villageois  qui  m'ac- 
compagnait me  lit  voir  deux  gros  blocs  de  la  même  roche 
granitique,  dans  l'interstice  desquels,  il  y  a  déjà  quehjues 


LR    TRÉSOR     d'iZGIIKRLI  393 

années,  on  avait  trouvé  deux  vases  contenant  également 
des  monnaies  d'or  ;  sur  l'une  de  ces  roches  était  profondé- 
ment creusée  une  croix  semblable  à  celle  que  j'avais  déjà 
vue. 

Maintes  fois,  m'a-t-il  affirmé,  on  a  mis  à  jour  des  pièces 
d'or  en  labourant  le  champ  situé  auprès  du  lieu  où  était  le 
trésor  qu'on  vient  de  découvrir. 

En  l'état  où  il  se  trouve  actuellement,  il  est  difficile 
d'admettre  que  cet  emplacement  ait  été  occupé  par  une  de 
ces  villes  dont  le  nom  seul  subsiste  sans  qu'on  sache  même 
approximativement  où  la  placer;  car,  à  la  surface,  rien  n'en 
autorise  la  supposition  :  les  vestiges  des  tombes,  d'appa- 
rence réellement  ancienne  et  bien  antérieures  au  xii*^  siècle, 
que  j'ai  reconnus  à  quelques  centimètres  du  niveau  du  sol, 
indiquent  que  le  terrain  a  baissé  par  suite  du  vent,  des 
pluies  et  de  la  déclivité. 

Voir  là  un  de  ces  nombreux  forts  dont  Justinien  avait 
couvert  cette  contrée,  que  tant  de  hordes  barbares  devaient 
ravager,  me  semble  une  hypothèse  presque  admissible  et 
que  quelques  recherches  permettraient  peut-être  de  vérifier. 

Que  l'on  se  trouve  simplement  en  présence  d'objets  cachés 
en  hâte,  au  moment  d'une  déroute,  est  peut-être  la  supposition 
la  plus  sérieuse.  Les  monnaies  d'or  dont  j'ai  examiné  plus  de 
trois  cents  exemplaires  étaient,  je  l'ai  déjà  dit,  aux  effigies  des 
trois  Comnène.  D'autre  part,  1° l'empereur  Barberousse  passa 
par  Sofia  (Stredetz),  se  dirigeant  dans  le  Sud;  on  connaît  les 
obstacles  que  lui  opposa  la  duplicité  du  basileus  ;  2*^  à 
12  kilomètres  d'Iehliman,  route  qu'il  suivait,  se  trouve  la 
Porte  de  Trajan,  où  l'armée  de  Basile  II  fut  si  cruellement 
écrasée  par  les  Bulgares  sous  la  conduite  de  Samuel  ;  3°  à 
deux  heures  de  distance,  vers  Philippopolis,  on  rencontre 
l'endroit  connu  sous  le  nom  de  Porte  de  Basile  [Clausura 
S.  Basilii),  et  les  chroniques  de  cette  époque  mentionnent 
qu'en  ce  dernier  lieu,  le  16  avril  1189,  une  armée 'grecque, 
sous   le  commandement  de  Manuel  Camyze  et  d'Alexis, 


39  i 


LE    TRESOR    D  IZGIIERLI 


grand  «  domesticus  »  d'Orient,  fut  envoyée  pour  défendre  ce 
passage  contre  Tarmée  des  croisés  qui,  de  Sofia,  se  dirigeaient 
sur  Constantinople  par  Philippopolis,  et  que  les  troupes 
byzantines  prirent  la  fuite  à  la  vue  de  tous  ces  hommes 
couverts  de  fer. 

C'est   peut-être   par    cette    panicjue  qu  il   faut   expliquer 
l'enfouissement  en  cours  de  retraite  de  ces   objets  qu'on 


I.  —  rint   m   ;n'i;cnt    Iromi-   à   I/nhn-li     BnlLiîiric  . 

espérait  retrouver  plus  tard  à  Taide  des  croix  qu'on  voit 
nettement  creusées  sur  les  quartiers  de  roche  qui  les  avoisi- 
naient  et  dont  l'orientation  était  la  même. 

Indépendamment  de  leur  parfait  état  de  conservation, 
l'absence  de  trous  destinés  à  les  employer  comme  ornements 
sont  autant  de  preuves  que  ces  monnaies  n'ont  pas  circulé, 


LE    TRÉSOR    d'iZGIIERLI  395 

que  leur  enfouissement  a  suivi  de  peu  Tépoque  de  leur 
frappe,  et  la  somme  importante  qu'elles  représentent  me 
semble  autoriser  l'idée  que  ce  trésor  provient  de  l'armée 
grecque  en  fuite. 


II-III.  —  Plat  en  argent  ti-ouvé  à  Izyherli    Bulgarie). 

Les  trois  plats  en  argent  massif,  que  j'ai   eus  entre  les 
mains,  constituent  des  pièces  intéressantes. 


396  LK    TRÉSOU    D  IZGHKRLl 

Le  n"  I,  plat  creux  mesurant  0'"  31  de  diamètre,  0'"  Oi  de 
creux,  pèse  1  kg.  250  g-r. 

Au  centre,  des  entrelacs  entourent  six  poissons. 

Bordure  intérieure  formée  de  rinceaux  en  feuillage  au 
milieu  desquels  se  voient  les  animaux  suivants  :  renard, 
lièvre,  griffon,  chimère,  chien,  tig-re,  cerf. 

Les  n°*  II  et  III  représentent  deux  plats  à  pied  de  dimen- 
sions, ornementation  et  poids  ahsolument  pareils. 

Diamètre  0-"  305"^"%  haut.  0'"  Orio,  poids  0  k^.  750  gr.  | 

Au  centre,  au  milieu  d'ornements,  quatre  griffons,  deux  | 

à  tête  d'oiseau,  deux  à  tête  de  chien. 

Bordure  intérieure  :  cinq  chiens  avec  colliers  et  cinq  ani-  1 

maux  courant.  Élégant  rebord  relevé  et  formé  de  croissants.  * 

Tous  ces  dessins,  faits  au  trait,  sont  dorés. 

Je  laisse  à  de  plus  compétents  le  soin  de  décider  si  leur 
orig-ine  est  byzantine,  persane,  arabe  ou  sarrasine;  les  rela- 
tions de  Byzance  avec  Saladdin  autorisent  cette  dernière 
supposition. 

Cette  découverte  me  paraît  particulièrement  désigner 
cette  colline  à  l'attention  des  archéolog-ues;  les  tumuli  qui 
l'avoisinent  pourraient  être  également  étudiés  ainsi  qu'un 
très  important  tumulus  allongé  qui  a  tous  les  caractères  des 
nécropoles  de  l'époque  néolithique  en  Thrace.  Il  est  à 
désirer  que,  dans  l'intérêt  de  l'histoire  et  surtout  de  son  his- 
toire, le  gouvernement  bulgare  entreprenne  des  fouilles 
méthodiques  en  cet  endroit  sans  trop  tarder.  Une  trouvaille 
qui,  en  quelques  heures,  met  les  travailleurs  en  mesure  de 
réaliser  environ  iO.OOO  francs,  est  une  belle  prime  qui  ne 
peut  que  les  encourager  à  persévérer  dans  des  recherches 
dont  une  brutale  et  ignorante  cupidité  entraînerait  d'irré- 
parables destructions. 


397 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrktaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  la 
5<=  livraison  du  tome  I^'"  du  Répertoire  d'épigraphie  sémitique,  publié 
par  la  Commission  du  Corpus  inscriptionum  semiticarum  (Paris,  1903, 
in-8°). 

M.  Babelon  offre  à  rAcadémie  deux  brochures  qu'il  vient  de 
publier  : 

1°  Les  monnaies  de  Sepfime  Sévère,  de  Caracalla  et  de  Géta  /rela- 
tives à  l'Afrique  (Milan,  1903,  in-8°)  ; 

2°  L'Iconographie  monétaire  de  Julien  l'Apostat  (Paris,  1903,  in-8°; 
extr.  de  la  Revue  numismatique,  1903). 

L'Académie  de  Barlin  adresse  un  exemplaire  des  publications 
suivantes  :  Inscriptiones graecae ,\6\\\menW\;  Inscriptiones  insularum 
maris  Aegaei  praeter  Delum,  fasc.  V,  pars  prior;  Inscriptiones  Cycla- 
dum praeter  Tenuni,  edidit  Fred.  Hiller  de  Gaertringen  (Berlin,  1903, 
gr.  in-4''). 

M.  Héron  de  Villefosse  dépose  sur  le  bureau,  au  nom  de  M.  C. 
Jullian,  correspondant  de  l'Académie  et  professeur  à  l'Université  de 
Bordeaux,  les  opuscules  suivants  : 

i"  Discoui's  prononcé  à  la  séance  générale  du  Congrès  des  Sociétés 
savantes,  le  samedi  18  avril  1903.  Paris,  Imp.  nal.,  1903,  in-B". 

Ce  discours,  plein  de  finesse  et  d'esprit,  renferme  une  esquisse 
très  vivante  de  l'histoire  du  moyen  âge,  un  récit  à  grands  traits  de  la 
façon  dont  Bordeaux  s'est  arrachée  au  roi  pour  se  donner  à  la  nation 
française.  Certains  détails  de  l'histoire  locale,  rappelés  par  l'orateur, 
sont  choisis  avec  un  rare  bonheur;  ils  sont  exposés  avec  talent,  dans 
un  style  alerte  et  agréable. 

2°  Notes  gallo-romaines.  XV.  Remarques  sur  la  plus  ancienne  reli- 
gion gauloise  (suite). 

M.  Jullian  discute  et  explique  à  nouveau  le  texte  célèbre  de  Lucain 
relatif  au  culte  de  Tentâtes.  11  croit  que  la  manière  dont  chaque 
peuple  se  figurait  les  dieux,  varia  à  l'infini  suivant  les  temps  et  les 
groupements  politiques.  Tentâtes  s'est  civilisé  en  Gaule  ;  il  est 
demeuré  un  sauvage  chez  les  Bretons. 


398 


SÉANCE    DU    1  1    SEPTEMlîRE    1903 


Vulcain,  chez  les  Gaulois,  est  un  dieu  guerrier  qui  joue  un  rôle  ana- 
logue à  celui  de  Mars;   Belenus  est  une  divinité  ancienne  et  propre- 
ment solaire.  En  dehors  de  la  Gaule  propre,  les  divinités  féminines 
mentionnées  par  les   textes  sont  :    Minerve,    Bellone,  la  Victoire 
Diane,  la  Mère  des  Dieux,  Gérés. 

L'auteur  se  demande  si,  au-dessous  des  grands  dieux  immortels 
les  Gaulois  vénéraient  des  héros.  Il  a  réuni  quelques  textes  qui,  sans 
être  décisifs,  permettent  de  supposer  l'usage  de  ce  culte  chez  les 
Celtes.  Quant  à  la  croyance  à  la  divinité  des  ancêtres  et  des  défunts, 
autres  que  des  héros,  il  n'en  reste  aucune  preuve  certaine  chez  les 
Gaulois  d'avant  la  conquête  romaine. 


SKAXCK    DU    11    SKPTKMBUK 


M.  le  D""  Carton  adresse  à  l'Académie  un  rapport  sur  les 
fouilles  exécutées  à  El  Kenissia  pour  le  compte  de  [Académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres'. 

Renvoi  à  la  Commission  de  la  fondation  Piot. 

M.  Carlailhac  adresse  au  Présidenl  une  lettre  relative  à  nue 
nouvelle  grotte  ornée  de  gravures,  la  grotte  de  Teyjat. 

M.  Ci.i:nMoNT-(iANM;Ar  a  retrouvé  dans  une  vieille  chronique 
arabe  manuscrite,  conservée  à  la  Bibliothèque  nationale,  deux 
chartes  des  croisés,  relatives  à  des  concessions  territoriales  faites 
à  des  émirs  du  Liban  et  appartenant  à  la  puissante  famille  des 
Bohlor.  L'une,  émaiiani  de  .Julien,  seigneur  de  Sagelle  (Sidon) 
et  de  Ik'aulort,  et  conti-csignée  par  le  connétable  JeandeLa  Tour 
elle  bailli  Bartholoin;''n  Mnnge,  est  dalée  de  l'an  1  ■_>.").■).  L'autre, 
émanant  de  Ilomfiov  de  Monllort,  seigneur  de  Beyrouth,  et 
dressée  par  l'écrivain  sarrasin  Georges,  iils  de  Yacoub,  est  dalée 
de  l'an  LiSO.  Celle-ci  était  encore  accompagnée  du  sceau  en  cire 


l.   Voir  ci-après. 


SÉANCE    DU    11    SEPTEMBRE    1903  399 

rouge  de  Homl'roy,  dont  Tauteur  arabe  nous  donne  une  minu- 
tieuse et  très  curieuse  description.  M.  Glermont-Ganneau  étudie 
en  détail  la  teneur  de  ces  deux  précieux  documents  et  en  fait 
ressortir  l'extrême  intérêt  historique  au  point  de  vue  des  rela- 
tions qui  existaient,  à  l'époque  des  croisades,  entre  les  seigneurs 
francs  et  les  émirs  musulmans. 

M,  le  D""  Gapitan  présente,  au  nom  de  M.  Cartailhac,  de 
M.  l'abbé  Breuil  et  au  sien  propre,  un  rapport  sur  une  nouvelle 
grotte  à  parois  g-ravées  à  l'époque  préhistorique,  la  grotte  de 
ïeyjat  (Dordogne)  ^ . 

M.  Maspero  entretient  l'Académie  de  la  restauration  des 
grands  monuments  égyptiens  qu'il  dirige  pour  le  compte  du  gou- 
vernement égyptien;  puis  il  lit,  au  nom  de  M.  Ghassinat,  le 
rapport  suivant  sur  les  travaux  de  l'Institut  français  d'archéo- 
logie orientale  du  Gaire  : 

«  L'Institut  français  d'archéologie  orientale  a,  pendant  la 
dernière  campagne  (1902-1903),  pratiqué  des  fouilles  fructueuses 
dans  deux  localités  de  la  Moyenne-Egypte,  Touna  et  Assiout. 

«  Les  travaux  ont  été  dirigés  à  Touna  par  M.  A.  Gombert. 
La  nécropole  couvre  une  large  bande  de  désert,  qui  s'étend  du 
nord  du  village  de  Touna  jusqu'au  village  de  Déroua,  situé  à  une 
heure  de  cheval  environ  au  sud  du  premier.  Elle  a  été  utilisée, 
autant  qu'il  est  possible  d'en  juger,  dès  la  xviii^  dynastie,  et  ses 
derniers  habitants  y  ont  pris  place  sous  la  domination  romaine. 
'Sa  richesse,  malheureusement  trop  connue,  lui  a  valu  d'être 
exploitée  par  les  indigènes  de  temps  immémorial;  elle  contient 
néanmoins  encore  assez  de  documents  pour  encourager  les 
recherches  dans  son  sol  maintes  fois  retourné. 

«  J'avais  indiqué  à  M.  Gombert,  sur  le  terrain  même,  trois 
points  sur  lesquels  je  désirais  surtout  le  voir  porter  son  attention  : 
un  cimetière  gréco-romain  situé  en  face  de  Déroua,  un  groupe  de 
tombes  de  même  époque  visible  un  peu  plus  au  nord,  enfin  la 
nécropole  du  Nouvel-empire  établie  à  mi-cliemin  entre  Touna  et 
Déroua.   Le   premier   chantier,    qui    était   le    moins   important, 

1.  Voir  ci-après. 


400  SÉANCE    DU    H    SKPTEMBRli:    1903 

donna  de  bons  résultats.  Le  désert,  en  cet  endroit,  est  criblé  de 
fosses  peu  profondes  creusées ,  à  intervalle  régulier,  dans  le 
sable.  Les  cadavres  y  ont  été  déposés  sans  grands  frais,  envelop- 
pés parfois  d'étoffes  décorées,  à  la  manière  de  certains  vêtements 
coptes,  de  broderies  en  laines  multicolores,  presque  toujours 
d'une  simple  toile  plus  ou  moins  grossière.  Les  tombes  les  plus 
riches  renferment  un  masque  en  plâtre  peint  ou  doré,  qui  repro- 
duit, avec  une  exactitude  problématique,  les  traits  du  défunt. 
L'espoir  d'un  butin  facile  et  d'une  vente  productive  a  conduit  les 
fellahs  à  piller  sans  merci  ces  tombes.  Aussi  leur  exploration 
est-elle  devenue  malaisée  et  quelque  peu  aléatoire.  Néanmoins  , 
M.  Gombert  a  pu  se  procurer  une  série  de  masques,  dont 
quelques-uns  ont  une  très  belle  allure. 

«  Le  second  point  étudié  présente  un  aspect  tout  différent. 
Des  buttes  assez  élevées  l'annoncent  à  distance.  Rien,  à  ma  con- 
naissance, n'y  avait  été  régulièrement  tenté  jusqu'à  présent. 
M.  Gombert  y  mit  à  découvert  un  groupe  de  tombes  construites 
en  briques  crues  ,  dont  plusieurs  avaient  été  décorées  de  pein- 
tures sur  enduit  imitant  un  placage  en  marbre  de  diverses  cou- 
leurs. Chaque  tombe  contenait  une  ou  plusieurs  chambres.  La 
plupart  avaient  servi  de  sépultures  de  famille.  Leur  mobilier  était 
peu  abondant  et  surtout  peu  varié  :  les  poteries  en  formaient  le 
fonds,  dont  certaines,  encore  munies  de  leur  couvercle  luté  avec 
du  plâtre,  contenaient  des  céréales  ;  d'autres  petits  pots  de  terre 
recelaient  des  feuilles  d'or.  Une  douzaine  de  fragments  de  cer- 
cueils épargnés  par  le  temps,  portant  des  ligures  de  divinités  1] 
enluminées  de  couleurs  violentes,  en  furent  extraits.  Il  existait 
cependant,  dans  ce  quartier  de  la  nécropole,  des  tombes  mieux 
pourvues,  mais  elles  ont  été  saccagées  les  premières  et  Ton  n'y  a 
laissé  que  des  débris  sans  grande  valeur. 

«  Le  cimetière  du  .Nouvel-Kmpire  fut  aussi,  de  longue  date, 
l'objet  de  la  convoitise  des  chercheurs  d'antiquités  du  village  de 
Touna.  Ses  nombreuses  dépouilles  ont  pris  place,  depuis  long- 
temps, dans  les  musées  d'Europe.  La  trouvaille  récente  d'un  très  j 
beau  sarcophage  en  pierre,  dont  le  musée  du  (^aire  conserve  le 
couvercle,  et  de  fragments  de  bas-reliefs  au  nom  d'Amenothès  I\^ 
m'avait  encouragé  à  porter  nos  recherches  de  ce  côté,  dans 
l'espoir   d'y  découvrir   la    nécropole  de    Kliouniatonou  ,  qui   se 


I 


:'-; 


SÉANCE    DU    11    SEPTEMBRE    1903  401 

trouve  certainement  dans  cette  région.  On  sait,  en  effet,  que 
les  villages  de  Touna  et  de  Deroua  sont  situés  sur  l'ancien  terri- 
toire du  nome  créé  par  ce  roi  lorsqu'il  transporta  le  siège  de  la 
puissance  pharaonique  à  El-Amarna.  De  tristes  circonstances 
empêchèrent  la  réalisation  complète  de  cette  partie  de  mon  pro- 
jet. M.  Gombert,  en  se  promenant  dans  la  montagne,  pour  se 
délasser  de  la  surveillance  de  ses  ouvriers,  qui  travaillaient  à 
quelques  centaines  de  mètres  de  là,  au  pied  de  la  stèle  dite  de 
Touna,  fit  une  chute  dans  laquelle  il  se  broya  les  deux  genoux. 
Transporté  immédiatement  au  Caire,  il  succomba,  après  six 
jours,  des  suites  de  ses  blessures.  Néanmoins,  malgré  le  peu  de 
facilités  que  présente  la  reconnaissance  d'un  terrain  bouleversé 
sans  cesse  par  des  entreprises  illicites,  M.  Gombert  avait  réussi  à 
découvrir  plusieurs  monuments  importants  qui  faisaient  augurer 
d'une  moisson  fructueuse.  Je  citerai  parmi  ceux-ci  le  fronton 
d'une  stèle  où  Amenothès  l\  est  figuré  accompagné  de  sa  famille. 
C'est  un  remarquable  morceau  de  sculpture  :  brisé  en  plusieurs 
morceaux,  il  avait  été  employé  comme  moellon  dans  la  construc- 
tion d'une  tombe,  mais  il  a  relativement  peu  souffert.  On  ne  sau- 
rait trop  souhaiter  que  la  partie  inférieure  de  ce  document,  qui 
doit  porter  une  inscription  dont  la  perte  serait  regrettable,  nous 
soit  rendue  par  les  fouilles  futures.  Une  jolie  boîte  à  parfum,  en 
bois  incisé,  du  style  improprement  qualifié  de  mycénien,  décorée 
d'un  oryx  terrassé  par  un  lion  ;  une  vache  Hathor  fragmentée,  en 
calcaire;  des  morceaux  de  bas-reliefs;  une  statuette  en  pierre,  etc., 
ont  également  été  trouvés  dans  les  tombes. 

«  Quelques  sondages,  elîectués  en  dehors  des  chantiers  fixes  , 
ont  fourni  divers  objets  et  deux  cercueils  en  bois  peints,  intacts, 
d'un  type  à  peu  près  inédit. 

«  Les  fouilles,  à  Assiout,  ont  été  conduites  par  M.  C.  Palanque. 
Quarante  tombeaux  ont  été  explorés.  Les  noms  de  leurs  proprié- 

10^<l.«l?il  =  ^,  etc.,  nous 
es  classer  avec  certitude  entre  les  ix*^  et  x'^  dynas- 
ties. Elles  sont  donc  contemporaines,  pour  la  plupart,  des  puis- 
sants seigneurs  féodaux  d'Assiout  qui  combattirent  pour  la  cause 
de  la  dynastie  héracléopolitaine  contre  les  princes  thébains.  Je 
ne  reproduirai  pas  une  nouvelle  fois  la  description  de  la  nécro- 


taires,  ^ 
permettent  de 


402 


SÉANCE    DU     il     SEPTEMBRE    1903 


pôle  d'Assiout  :  chacun  sait  que  les  hypogées  y  sont  disposés  par 
rangées  régulières  superposées,  précédées  d'un  palier,  ce  qui  lui 
donne,  de  loin,  l'aspect  d'un  immense  escalier  aux  marches 
"io-autesnues.  C'est  l'étape  situé  immédiatement  au-dessous  de 
celui  où  a  été  creusée  la  tombe  célèbre  de  Khiti,  llls  de  Tetabi, 
connue  sous  l'épithète  de  «  grotte  des  soldats»,  kahf  el-askkir, 
qui  a  donné  les  sépultures  les  plus  riches  :  sur  dix-neuf  tombes 
ouvertes,  cinq  seulement  avaient  été  violées.  Ce  groupe  renfer- 


mait  entre  autres  l'hypogée  d'un  certain 


,  haut   person- 

nage  qui  était  «  administrateur  de  la  marine  »,  <— ->  ,  |  |,  et  qui, 
à  ce  titre,  prit  peut-être  part  à  l'organisation  de  la  flotte  que 
Khiti  II  se  plaît  à  montrer  occupant  le  Nil,  de  Shashotpou 
(Shoutoub)  jusqu'à  Hou  (Gaou).  Un  problème  assez  curieux  se 
pose   ici.  Le   possesseur  du   tombeau    se    nommait   incontesta- 

AAIWVN      p.  AAAAAA      j\     N  ^ 

blement  J^  ^  (var.  J^  H  !<=>)'  s*^'"  identité  est  démon- 
trée par  l'inscription  qui  est  gravée  sur  le  socle  de  sa  statue  de 
double.  Or,  deux  des  chambres  funéraires  contenaient  chacune 
un    cercueil  fort  bien  décoré   et  de    même   style,   lun   double, 


AA/^A/V^ 


l'autre  simple,  marqués  tous  deux,  à  l'extérieur  au  nom  de  ^  ^  ; 
le  plus  petit,  au  nom  de  y^    vj 


AA/V^A^ 


^^^  à  l'intérieur.  Seuls, 
>£^&; 
les  titres  varient  :  <^>  c^  ^  et  <^  i  i  i .  Le  premier  coffre 
protégeait  la  momie  parfaitement  conservée  d'un  homme;  le 
second,  celle  d'une  femme.  On  ne  peut  guère  voir  dans  cette 
dernière  que  la  femme  de  Nakhiti,  dont  une  statuette  de  double, 


AA/W\A 


qui  la  nomme  précisément  j^  ^Sj  ^'  ^^^^^  placée,  dans  la  cha- 
pelle funéraire,  derrière  le  ka  du  mort.  Kaut-il  en  conclure  qu'un 
usage  encore  peu  remarqué  faisait  réunir  les  noms  des  deu.v 
époux  sur  les  cercueils  qui  leur  étaient  destinés  ?  Un  fait  ana- 
logue m'avait  frappé  en  examinant  un  sarcophage  thébain  pro- 
venant de  Deir  el-Bahari  et  conservé  actuellement  au  British 
Muséum.  L'inscription  qui  borde  le  sommet  des  parois  latérales 
de  la  caisse  mentionne  à  droite  le  mort,  à  gauche  sa  femme.  Les 


SÉANCE    Dl'     l  l    SEPTEMBRE    1903  403 

deux  conjoints  soiil,  de  plus,  représentés  à  plusieurs  reprises 
dans  les  peintures  qui  décorent  le  cercueil.  Il  s'agit  évidemment 
d'une  conception  semblable,  qui  fut  appliquée  à  la  fois  à  Assiout 
et  à  Thèbes  à  des  époques  fort  différentes  ;  elle  méritait  d'être 
signalée.  11  faut  en  tout  cas,  je  pense,  restituer  à  Nakhiti  les  titres 

de  ,j^^^  O  U  et  de  <:^>  |  |  |,  dont  le  dernier  implique  des 
fonctions  qu'une  femme  serait  peu  apte  à  remplir. 

«   Les  tombes  qui  ont  été  déblayées  ont   une  disposition  uni- 
forme. Elles  se  composent  d"une  chapelle  creusée  en  plein   roc, 
dont  le  plafond  est  étayé  par  un  ou  plusieurs  piliers  mal  équarris 
réservés   dans  la  masse,    où  étaient   déposées,   d'ordinaire,   les 
statues  de  double.  On  y  pénètre  par  une  porte  basse  soigneuse- 
ment taillée  à  angles  vifs.  Le  sol  de  cette  chambre  est  percé  de 
puits  peu  profonds,  de  nombre  variable,  suivant  la  fortune  du 
mort   ou    le    nombre  des   membres  de   sa   famille   qui    devaient 
reposer  en  sa  compagnie,   au  fond  desquels  s'ouvre  un  caveau 
exigu  que  viennent  encombrer  le  cercueil  et  les  objets  destinés  à 
assurer  au  défunt,  dans  l'autre  vie,  le  confort  désirable.  Quelque- 
fois, lorsque  la  place  manquait,   la  chapelle  se  prolongeait  d'un 
réduit  étroit  qui   tenait   lieu  à  la  fois  de   puits   et  de  chambre 
sépulcrale.    Les  plus   pauvi'es    se    contentaient    d'une    sorte    de 
cellule  oblongue  dans  laquelle  se  logeait  tant  bien  que  mal  une 
caisse  anonyme.  L'hypogée  de   Nakhiti  appartient   au    type   le 
plus  complet.   Il  fut  ti^ouvé  intact ,    tel  que  les  employés  de  la 
nécropole  l'avaient  laissé  lorsqu'ils  en  condamnèrent  l'accès  par 
de  gros  blocs  de  pierre.  Il  nous  fallut,  le  puits  vidé,  pour  péné- 
trer dans  le  caveau  principal,  déplacer  une  barrière  formée  d'un 
couvercle  de  cercueil  coupé  en  deux,  qui  en  bouchait  l'ouverture, 
masquant  un  spectacle  qu  il  est  rare  de  contempler.  En  efTet,  rien 
n'est  plus  curieux  et  plus  impressionnant  à  la  fois,  que  la  vue  de 
ces  figurines  si  variées  d'aspect,  qui  tiennent  compagnie  au  mort, 
placées  autour  et  sur  son  cercueil,  dans  un  désordre  pittoresque. 
C'est  tout  un  monde   nouveau  qui   se  révèle,  vaquant  encore, 
après  des    milliers    d'années    de    ténèbres,    à    des    occupations 
familières  :  porteuses  d'oies,  matelots  à  la   manœuvre  sur  leurs 
bateaux  minuscules,  greniers  où  le  scribe,  calame  en  main,  enre- 
gistre les   redevances  en    nature  qu'apportent  les  fellahs,  bou- 
1903.  28 


, 


404  SÉANCK    DU     11    SEPTEMRRK     1903 

chers  égorgeant  la  victime,  i'emnies  fabricant  la  bière  et  le  pain 
pour  la  table  fin  maître,  rien  ny  manque.  La  pièce  capitale  qui 
fut  trouvée  dans  cette  tombe  est  une  statue  en  bois  représentant 
Xakhiti  debout,  haute  de  l  m.  72. 

«  I^a  fin  de  la  campagne  fut  consacrée  au  déblaiement  de  deux 
des  zones  inférieures  de  la  nécropole,  où  l'on  ne  trouva  guère 
que  des  excavations  ayant  servi  de  sépulture  à  des  gens  de  basse 
condition. 

«  Avant  de  se  rendre  à  Assiout,  M.  Palanque  avait  séjourné 
pendant  quelques  semaines  à  Baouit,  où  il  a  recueilli  un  petit 
nombre  de  documents  nouveaux.  Je  l'avais  particulièrement 
chargé  de  veiller  à  ce  que  les  constructions  mises  au  jour  dans 
ce  cimetière  pendant  la  campagne  précédente  fussent  respectées 
par  les  sebakhin,  ne  pouvant,  pour  cette  année,  faute  de  crédits, 
entreprendre  de  nouvelles  recherches  dans  cette  localité.  J'ai  , 
depuis,  abandonné  ce  terrain  à  M.  Clédat,  afin  qu'il  y  continue 
les  recherches  commencées  en  1901-1902. 


«  Peut-être  ne  parailra-t-il  pas  indillérent  qu'après  une  période 
de  cinq  années  d'application  d'un  nouveau  régime,  je  résume  ici 
les  résultats  acquis  pendant  ce  laps  de  temps. 

«  Le  décret  de  réorganisation  de  la  Mission  française  et  sa 
transformation  en  Instilul  français  d'archéologie  orientale  datent 
du  mois  de  mai  1898.  Ce  ne  fut  guère  qu'en  1899  que  les  tra- 
vaux scientifiques  de  l'Listitut,  entravés  par  l'installation  du 
nouvel  immeuble  et  la  maladie  de  M.  Bouriant,  furent  réguliè- 
rement repris.  Ils  débutèrent  par  une  courte  mission  de  fouilles 
que  je  fis  à  Meir  et  qui  eut  pour  résultat  la  découverte  d'une 
tombe  princière  de  la  xn''  dynastie  renfermant  une  liste  malheu- 
reusement mutilée  des  sires  de  la  principauté  de  Gusa'  depuis  la 
vi''  dynastie.  Les  lombes  déjà  connues  furent  déblayées  à  fond, 
et  je  pus,  l'année  suivante,  en  confier  le  relevé  à  M.  CJcdat. 
M.  Gnilmant  achevait,  pendant  l'hiver,  à  lîiban  el-Mnlouk.  la 
copie  du  tombeau  de  Hamsès  IX. 

«  La  campagne  de  lS'.t9-19(M)  lut  consacrée  au  déblaiement  et 
au  relevé  pcn'tiel  du  petit  li-mple  d'Isis,  à  Dendérah,  auxquels  je 


SÉANCE  DU    11    septembrl:    1903  40") 

consacrai  la  lin  de  1899  el  le  mois  de  janvier  1900.  Rappelé  au 
Caire  par  des  alFaires  administratives,  je  dus  écourler  mon  séjour 
dans  la  Haute-Eg^ypte.  Pendant  ce  temps,  M.  Munier  visitait  les 
temples  en  vue  d'y  recueillir  les  éléments  d'un  travail  d'ensemble 
sur  les  chapiteaux  égyptiens  de  l'époque  ptolémaïque. 

(i  L'année  1900-1901  lut  marquée  parles  fouilles  que  je  conduisis 
autour  de  la  pyramide  ruinée  d'Abou-Roash ,  et  qui  permirent 
de  fixer  le  nom  du  roi  constructeur  de  ce  monument,  qui  était 
demeuré  inconnu  jusqu'alors.  C'est  un  pharaon  de  la  iv*^  dynastie, 
nommé  Didoufri.  J'ai  recueilli,  au  milieu  des  ruines,  les  statues 
fragmentées  de  ce  souverain  et  de  plusieurs  membres  de  sa 
famille  :  ce  sont  les  seuls  documents  authentiques  contemporains 
de  son  règne  quenous  connaissions.  M.  Salmon,  membre  arabisant, 
fît,  à  la  fin  de  l'hiver,  un  séjour  de  quelques  semaines  à  Damiette. 
«  En  1901-190'2,  je  repris  les  travaux  à  Abou-Roash  ;  mais  je 
fus  contraint  de  les  abandonner  presque  aussitôt.  M.  Clédat,  que 
j'avais  chargé  de  fouilles  dans  la  nécropole  copte  de  Baouit,  avait 
eu  l'heureuse  chance  d'y  trouver  de  très  beaux  et  nombreux 
vestig-es  de  lart  byzantin.  J'allai  le  rejoindre,  accompagné  de 
M.  Palanque,  qui  avait  son  chantier  à  El-Deir,  près  d'Abou-Roash, 
afin  de  pousser  les  recherches  avec  l'activité  qu'elles  méritaient, 
un  seul  Européen  ne  pouvant  suffire  à  toute  la  besogne.  M.  Salmon 
fut  envoyé  une  seconde  fois  en  mission  à  Damiette. 

«  On  a  pu  voir,  par  ce  que  j'ai  rapporté  plus  haut,  que  l'hiver 
1902-1903  ne  l'a  cédé  en  rien,  quant  aux  résultats  acquis,  à  ceux 
qui  l'ont  précédé. 

((  Dans  la  section  arabe,  MM.  Casanova  et  Salmon,  poursui^  ant 
le  plan  d'études  tracé  par  M.  Maspero  lorsqu'il  créa  l'Ecole  du 
Caire,  ont  entrepris  l'étude  archéologique  de  certaines  parties  du 
Vieux-Caire.  M.  Salmon  a  déjà  publié  un  premier  mémoire  sur 
le  quartier  de  la  Kal'at  al-Kabsh  et  la  Birkat  al-Fîl.  M.  Casanova 
nous  donnera  bientôt,  si  sa  santé  le  lui  permet,  un  important  tra- 
vail sur  Fostat,  ainsi  qu'un  nouveau  volume  de  la  traduction  de  la 
Description  de  l Egypte  de  Makrizi,  commencée  par  M.  Bouriant. 
«  Les  monuments  découverts  pendant  nos  fouilles  ont  été  expé- 
diés au  Musée  du  Louvre,  qui  a  reçu,  en  deux  envois,  depuis  le 
mois  de  janvier,  deux  cent  cinquante  caisses  d'antiquités  ;  un 
autre  lot  de  dix  caisses  est  prêt  à  partir. 


406 


SEANCE    DL 


SKPTEMHUi; 


1003 


«  J'ai  été  assez  heureux  pi  uiracquérir, l'an  dernier, deux  lableltes 
cunéiformes  inédites  de  El-Amarna.  L'une  était  adressée  au  roi 
d'É^'-y()te  par  le  roi  d'Assyrie  Assur-uhallil  ;  l'autre  émane  d'un 
gouverneur  palestinien,  dont  le  nom  n'était  pas  connu  par 
ailleurs,  Yabi  sar.  Ces  documents  ont  été  publiés  par  le  1{.  P. 
Scheil  dans  le  Bulletin  de  l'insfilul  franç;iis  (t.  Il,  p.  I  13  ;  ils 
seront  déposés  sous  peu  au  Musée  du  Lou\'re. 

«  L'Institut  a  publié,  pendant  les  cinq  dernières  années,  cinq 
fascicules  de  ses  Mémoires  (deux  de  l'ancienne  série,  trois  de  la 
nouvelle);  sept  autres  sont  sous  presse,  donl  quatre  parailronl 
avant  la  lin  de  l'année,  huit  sont  eu  préparation  ;  un  nouveau 
Bulletin  a  été  créé,  dont  deux  volumes  sont  en  vente,  un  troisième 
sera  livré  en  novembre;  le  premier  tome  d'une  Bibliothèque  des 
HffiJjisHnts  français,  établie  sur  le  modèle  de  la  Bibliothèque 
é(/qptolo(fique  de  M.  Maspero,  qui  a  rendu  de  si  grands  services, 
est  actuellement  à  la  composition.  Je  dois  ajouter  cpie  nos  nou- 
velles publications  ont  reçu  bon  accueil  et  que  VOricnlHlistische 
Liltenilur-ZeiiuiKi .  parlicidicremeut,  Icui-  a  consacré  plusieurs 
articles  élogieux. 

«  In  atelier  de  typographie  annexé  à  notre  Kcole,  et  dirigé 
pai-moi,  fonctionne  régulièrement  depuis  1899,  et  son  organi- 
sation n'a  pas  été  le  moindre  de  mes  soucis.  La  création  en  était 
prévue  par  le  décret  constitutif  de  1  Institut.  L'entrei)rise  était 
peu  facile  à  réaliser  tlaiis  un  pays  tel  ipie  l'I^gyple,  où  les 
ressources  industrielles  font  défaut  et  où  la  main-d'nMi\  re  maucjue 
ou  est  de  mauvaise  qualité.  J'ai  réussi ,  cependant ,  dans  cette 
tentative  :  nos  dernières  publications  ont  été  imprimées  à  l'Insti- 
tut. Une  vingtaine  de  volumes  sont  sortis  en  outre  de  nos  presses; 
ils  peuvent  rivaliser  avec  les  travaux  exécutés  par  les  bonnes 
imprimeries  orientales  d'Europe.  Ils  nous  ont  été  commandés 
par  des  particuliers  ou  des  établissements  scientiliques  de  l'Egypte, 
paiiiculièrement  par  le  Service  des  antiquités,  grâce  à  l'appui 
bienveillant  de  M.  Maspero.  J'ai  adjoint,  en  190:2,  à  notre 
imprimerie,  un  atelier  de  fonderie  en  caractères,  grâce  auquel  je 
puis  faire  fabricjuer  sur  place,  sans  perte  de  temps,  les  types 
nouveaux  dont  nous  avons  souvent  besoin  pour  nos  impressions, 
ainsi  que  des  caractères  d'usage  courant,  n 


II 


t  1 


407 


COMMUNICATIONS 


UNE   NOUVELLE   GROTTE  A  PAROIS    GRAVEES 

A    l'époque    PRÉHISTORIQUE  : 

LA    GROTTE    DE    TEYJAT    (dORDOGNE)  , 

PAR    MM.    LE    D'"    CAPITAN  ,     l'aRBÉ    BRELIL    ET    PEYRONY. 

On  sait  que  depuis  quelques  années  on  a  signalé  sur  les 
parois  de  quelques  grottes  obscures,  généralement  à  une 
certaine  distance  de  Tenti-ée  de  ces  grottes,  des  gravures  et 
des  peintures  d'animaux  remarquablement  exécutées.  L'en- 
duit stalagmitique  épais  qui  recouvre  certaines  de  ces  œuvres 
d'art  primitives,  le  style  identique  à  celui  des  gravures  sur 
os  ou  ivoire  qu'on  retrouve  en  plein  milieu  des  foyers  de 
l'époque  de  la  Madeleine  (quaternaire  supérieur) ,  enfin 
l'analyse  artistique  de  ces  figures,  —  tout  cela  permet  de 
les  attribuer  très  légitimement  aux  hommes  qui  vivaient 
alors  à  l'époque  magdalénienne  en  même  temps  que  les 
animaux  qu'ils  ont  si  bien  figurés  (cheval,  bisons,  rennes, 
mammouths).  D'ailleurs,  aujourd'hui,  l'authenticité  de  ces 
productions  artistiques  n'est  plus  contestée. 

Nous  rappellerons  que,  dès  1875,  de  Sautuola  avait 
reconnu  et  publié  en  1880,  des  peintures  et  des  gravures 
sur  les  parois  de  la  grotte  d'Altamira,  près  Santander 
(Espagne).  En  1878,  Chiron  avait  remarqué  les  gravures  de 
la  grotte  Chabot,  près  d'Aiguèze  (Gard).  11  publia  le  fait 
en  1889.  En  1895,  E.  Rivière  a  signalé  les  gravures  des 
parois  de  la  grotte  de  la  Mouthe  ,  près  des  Eyzies  (  Dor- 
dogne).  En  1896,  Daleau  a  fait  connaître  celles  de  la  grotte 
de  Pair-non-Pair  (Gironde).  En  1901,  nous  avons  signalé 
la  grotte   des    Combarelles,   puis  celle  de  Font-de-Gaume 


408  UNE    NOUVELLE    GRf)TTE    A    PAHOLS    GHAVÉES 

(toutes  deux  à  quelques  kilomètres  des  Eyzies,  Dordog'ne). 
Sur  les  parois  de  ces  deux  grottes ,  nous  avons  découvert 
de  très  nombreuses  gravures  et  peintures.  L'Académie  a 
bien  voulu  nous  permettre  de  lui  montrer  quelques-unes 
des  reproductions  que  nous  avions  exécutées  de  ces  figures. 

L'année  dernière,  MM.  Félix  Régnault  (de  Toulouse)  et 
Cartailhac  ont  nettement  reconnu  des  gravures  et  peintures 
sur  les  parois  de  la  grotte  de  Marsoulas ,  près  Salies  du 
Salât  (Haute-Garonne).  Enfin,  Tannée  dernière  également, 
MM.  Cartailhac  et  Breuil  ont  étudié  et  reproduit  les  gra- 
vures et  les  peintures  des  parois  de  la  grotte  d'Altamira , 
près  Santander  (Espagne)  ,  reconnues  par  de  Sautuola  dès 
1875,  ainsi  qu'il  a  été  dit  ci-dessus. 

Cette  année  même,  nous  avons  eu  l'honneur  de  montrer 
à  l'Académie  la  reproduction  des  figures  qui  existent  sur  les  4 

parois  de  la  grotte  de  Bernifal  (également  près  des  Evzies),  f 

que  l'un  de  nous  (Peyrony)  avait  découvertes  et  que  nous  •* 

avions  relevées  et  étudiées  ensemble  l'année  dernière.  î 

Soit  donc  un  total  de  huit  grottes,  toutes  sombres  et  sur  -  i 

les  parois  desquelles  existent  ces  remarquables  manifesta- 
tions artistiques,  les  plus  anciennes  connues.  Toutes  ont  un 
air  de  famille  indiscutable,  et  si  dans  leur  technique,  dans  -^^ 

certains  détails,  elles  diffèrent  un  peu  les  unes  des  autres,  ^ 

elles  constituent  un  usage  très  particulier,  mais  dont  on 
peut  aujourd'hui  encore  retrouver  de  curieuses  survivances  ^ 

chez  les  Boschimens  et  les  Australiens  de  la  côte  Ouest, 
ainsi  d'ailleurs  que  M.  llamy  l'a  fait  remarquer  ici-même. 

Il  s'agit,  dans  ces  cas,  de  gravures  et  de  peintures  exé-  ; 

cutées  sur  les  parois  d'abris  ou  de  grottes  et  représentant 
ordinairement  des  animaux,  et  parmi  les  animaux  presque 
exclusivement  ceux  qui  peuvent  être  utiles  à  l'homme, 
comme  l'a  fait  observer  M.  Salomon  Reinach.  ^; 

A  la  .suite  de  notre  dernière  présentation  des  figures  de  la 
grotte  de  Bernifal.  nous  avions  dit  que  certainement  il 
devait  en  exister  dans  d'autres  grottes.  '^ 


LNE  NOUVELLE  GROTTE  A  PAKOIS  GRAVÉES       409 

Notre  prévision  vient  d'être  réalisée.  Aussi  avons-nous 
pensé  qu'il  était  de  notre  devoir  d'en  avertir  immédiatement 
l'Académie  en  lui  fournissant  quelques  renseignements 
préalables. 

Au  mois  d'août  de  cette  année,  M.  Cartailhac  causait 
avec  l'un  de  nous  (Breuil)  des  diverses  g-rottes  préhisto- 
riques déjà  connues  et  qu'à  son  avis,  il  y  aurait  lieu  d'exa- 
miner spécialement  au  point  de  vue  de  la  possibilité  de 
l'existence  sur  leurs  parois  de  gravures  ou  peintures  préhis- 
toriques. Il  lui  signala  une  grotte  située  dans  le  villag-e  de 
Teyjat  à  3  kilomètres  de  Javerlhac,  station  de  la  ligne  de 
chemin  de  fer  de  Thiviers  au  Queroy,  entre  Angoulême  et 
Nontron.  M.  Perrier  du  Carne  avait  recueilli,  en  1889,  dans 
cette  grotte,  des  silex  magdaléniens  et  cinq  remarquables 
gravures  sur  os  représentant  des  chevaux  et  des  bisons. 

C'est  tout  près  de  l'école  des  garçons  du  village  de  Teyjat, 
à  10  mètres  environ  de  hauteur  dans  la  paroi  rocheuse,  que 
s'ouvre  cette  grotte  dont  l'entrée,  rétrécie  par  les  éboulis, 
n'a  guère  plus  de  50  centimètres  sur  80.  Presque  immédia- 
tement ,  la  grotte  s'élargit  et  mesure  environ  2  mètres  de 
largeur  sur  une  hauteur  de  2  mètres  environ.  Elle  se  divise 
presque  aussitôt  en  deux  branches. 

L'une ,  celle  de  gauche ,  se  prolonge  durant  30  mètres  ; 
ses  parois  sont  recouvertes  d'enduits  stalagmitiques  épais. 
Elle  est  fort  humide.  A  l'extrémité,  qui  se  trouve  à  9  mètres 
plus  bas  que  l'entrée,  existe  un  ruisseau  qui  traverse  la  grotte 
et  réapparaît  au  dehors,  à  une  vingtaine  de  mètres  devant 
la  grotte,  pour  former  la  fontaine  du  village.  La  branche  de 
droite  est  au  contraire  très  sèche;  pour  y  pénétrer,  il  faut 
d'abord  ramper  pendant  quelques  mètres,  puis  elle  s'élargit 
et  mesure  4  mètres  de  large  sur  3  mètres  en  moyenne  de 
hauteur.  Au  bout  de  28  mètres,  elle  se  divise  en  deux  ;  l'un 
de  ces  prolongements ,  celui  de  droite ,  qui  mesure  1 6  à 
20  mètres,  est  fort  humide;  l'autre,  au  contraire,  celui  de 
gauche,  sec  comme  1  origine  de  cette  bifurcation,   mesure 


410  UNE    1S0LVEI.L1-:    GROTTE    A    PAROIS    GRAVÉES 

15  mètres  de  longueur,  puis  la  g^rotte  se  prolonge  encore 
durant  un(!  vingtaine  de  mètres.  Elle  est  alors  fort  humide. 

C'est  précisément  à  10  mètres  environ  de  l'entrée  de  la 
branche  de  droite,  qu'en  1889,  M.  Perrierdu  Carne  a  recueilli, 
dans  une  fouille  exécutée  en  pleins  foyers  préhistoriques 
formant  le  sol  de  la  grotte,  l'industrie  magdalénienne  et  les 
remarcpiables  gravures  sur  os  et  ivoire  dont  nous  parlions 
plus  haut. 

Un  examen  minutieux  et  fait  systématiquement  tout 
d'abord  par  l'un  de  nous  (Peyrony)  des  parois  de  cette 
grotte  ,  fort  irrégulières  ou  rongées  par  les  eaux ,  ne  nous 
avait  révélé  la  présence  d'aucun  dessin  préhistorique.  Mais 
à  10  mètres  juste  de  l'entrée  de  la  grotte,  précisément  au 
point  oiî  avaient  été  exécutées  les  fouilles  anciennes,  il  existe, 
descendant  de  la  paroi  gauche,  une  sorte  de  large  cascade 
de   stalagmite  k  surface  parfaitement  régulière ,  haute  de 

I  "*  70  environ  et  faisant  dans  la  galerie  une  saillie  de  1  '"  80, 
sur  une  largeur  de  2  mètres  environ,  qui  était  presque  entiè- 
rement enduite  d'argile.  11  fallut  un  lavage  soigneux  pour 
pouvoir  examiner  cette  surface;  il  lut  alors  facile  d'y  recon- 
naitre  toute  une  série  de  gravures  en  tous  points  analogues 
à  celles  des  grottes  déj;»  connues,  mais  plus  lines  et  tracées 
d'un  trait  ferme  et  net,  avec  une  inc()niparal)lt.'  habileté. 

Un  premier  examen  nous  a  permis  de  reconnaître  immé- 
diatement et  de  pouvoir  cal({uer  les  animaux  sui\ants, 
groupés  en  trois  panneaux.  Nous  pi'ésentons  ces  (.;il(|ues  à 
l'Académie.  l 

Un  premier  panneau  occupe  la  pailic  moyenne  du   bloc  '( 

stalagmitiipu'  sur  la  face  tournée  mts  le  fond  de  la  gi-otte. 

II  conticnl  deux  ligures  de  bovidés  ii  gauche,  se  suivant, 
mesurant  chacun  il)  et  oO  centimètresde  lon<rueur  sur30  cen- 
timètrcs  (le  hauteur;  ils  soûl  très  soigneusement  gravés  et 
d'uii  l'or!  joli  dessin.  Les  cornes  sont  iortement  incurvées 
eu  a\antcl  en  bas.  Les  pattes  sont  liuciucul  (lcssiu('>es  ;  les 
oi'iraut's  «jéuilaux  du  inàle     pl.iei'  ;'i    (li<iili'     ucllcnicut   indi- 


UNE    NOUVELLE    GROTTE    A    PAROIS    GRAVÉES  411 

qués.  Les  caractères  des  bovidés  sont  soif^neusement  mar- 
qués. L'aspect  général  des  animaux  donne  bien  l'impres- 
sion que  l'animal  en  avant  est  une  femelle,  tandis  que  le 
mâle  en  arrière  est  plus  lourd,  plus  massif. 

Sur  le  second  panneau,  placé  un  peu  plus  haut,  sur  la 
face  tournée  vers  l'intérieur  de  la  galerie,  on  voit  un  cheval 
à  gauche,  qui  semble  marcher,  mesurant  40  centimètres  de 
longueur  sur  2o  centimètres  de  hauteur  ;  il  a  une  grosse 
tête  et  bien  les  caractères  du  cheval  quaternaire.  Devant  lui, 
mais  disposé  inversement,  les  pattes  en  l'air,  un  renne  très 
typique  mesurant  30  centimètres  de  longueur  sur  22  de 
hauteur;  la  silhouette  du  corps,  la  disposition  de  l'andouiller 
inférieur  sont  caractéristiques. 

Sur  le  troisième  panneau ,  au-dessus  du  précédent ,  est 
gravé  un  remarquable  bison  à  droite,  mesurant  48  centi- 
mètres de  longueur  sur  38  de  hauteur;  l'aspect  général, 
les  caractères  de  l'animal,  tête,  bosse  dorsale,  pattes,  tout 
est  remarquablement  figuré.  Devant  lui,  à  droite  et  en 
l'air,  se  trouve  un  petit  bison  d'un  travail  moins  soigné  ;  il 
mesure  22  centimètres  de  longueur  sur  17  de  hauteur. 

Au-dessus  du  grand  bison  existe  à  gauche  une  figure 
d'un  petit  équidé  marchant  à  droite,  d'un  fort  joli  dessin; 
la  crinière  est  courte,  la  queue  glabre,  la  tête  petite.  Ses 
caractères  sont  très  différents  de  ceux  du  cheval  du  pan- 
neau précédent;  c'est  le  type  hémione  ;  il  mesure  18  centi- 
mètres de  lono-ueur  sur  10  de  hauteur. 

Enfin,  au  dessous  et  en  arrière  du  grand  bison,  sont  figu- 
rés, pattes  en  l'air  et  tête  à  gauche,  deux  animaux  mesurant 
respectivement  30  centimètres  de  longueur  sur  lo  de  hau- 
teur et  18  centimètres  sur  12;  ils  ont  un  corps  fin,  une 
queue  très  courte  et  portent  des  cornes.  Il  s'agit  de  repré- 
sentations soit  d'antilopes,  soit  de  cervidés. 

Telles  sont  les  neuf  figures  tout  à  fait  évidentes  que  nous 
avons  pu  identifier  dans  un  premier  examen.  Nous  allons 
étudier   ces   figures  en    détail   et  voir  s'il  n'en  existe  pas 


412  SÉANCE    Dr    18    SEPTEMBRE    1903 

d'autres.  Nous  tiendrons  l'Académie  au  courant  de  ces  nou- 
velles investigations,  mais  nous  avons  pensé,  étant  donné 
le  très  réel  intérêt  qui  s'attache  à  ces  productions  artistiques 
primitives,  pouvoir  aviser,  immédiatement  et  avant  tous 
autres,  l'Académie  de  cette  découverte  qui  porte  à  neuf  le 
nombre  des  grottes  à  parois  gravées  ou  peintes  à  l'époque 
préhistorique  quaternaire  qui  sont  actuellement  connues. 


LIVRES    OFFERTS 


Le  SECRÉTAinE  PERPÉTUEL  ofTpc,  au  nom  de  laulour,  M.  E.  Jovy, 
professeur  au  collège  de  Vitry-le-François ,  un  travail  intitulé  :  Un 
opuscule  altrihuable  à  Pascal.  Les  <(  Réflexions  sur  les  vérités  de  la 
reli(/ion  chrétienne  »  (Vilry-le-François,  1903,  iu-S"). 


SÉANCE   DU   18  SEPTEMBRE 


M.  IliiMOLi.E,  directeur  de  1" Ecole  l'ranvaise  (rAlhèncs,  adrest>e 
à  rAcadémie  uti  rapport  de  M.  Durrbach  sur  les  l'ouilles  de 
Délos 

La  lecture  de  ce  rapport  sera  portée  à  l'ordre  du  jour  de  la 
prochaine  séance. 

Le  capitaine  Lenfant,  charj^é  par  l'Académie  d'une  mission 
scienliliquc  dans  l'Afrique  centrale,  écrit  au  Secrétaire  perpétuel 
à  la  date  du  11  aoijt,  de  Lokodja,  pour  lui  annoncer  qu'il  vient 


sÉANci:  rn    18  septembre  1903  413 

d'arriver  au  confluent  de  la  Bénoué.  Il  donne  ensuite  quelques 
détails  sur  les  préliminaires  de  sa  mission. 

M.  Clermont-Ganneau  achève  sa  communication  relative  à 
deux  chartes  des  croisés  dans  les  archives  arabes. 

M.  b^niile  Ruelle  lait  une  communication  sur  un  traité  astro- 
nomique faussement  attribué  à  Jean  Tzetzès. 

«  Onhldansla. Bibliotheca  graeca  de  Fabricius,  édition Harles, 
t.  XI,  p.  '243  :  Jo.  Tzetzis  scripta  inedita:...  In  expeditos  Plo- 
lemaei  canones.  Paris,  in  bibliothecae  publicae  cod.  MMGLXII. 

«  En  effet  le  manuscrit  2162,  fol.  211-232,  contient,  avec  la 
suscription  'lojàvvou  toU  TÇét^ou  ,  la  première  moitié  d'un  traité 
anépigraphe  précédé  de  la  table  des  trente-trois  chapitres  qui  le 
constituent. 

«  Les  catalogues  des  manuscrits  grecs  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale devaient  naturellement  enregistrer  cette  attribution,  qui  a 
trompé  Fabricius,  ou  plutôt  Harles. 

«  Or  ce  texte  n'est  autre  chose  que  le  commentaire  sur  les  Tables 
manuelles  de  Cl.  Ptolémée  placé  dans  presque  tous  les  manus- 
crits sous  le  nom  de  l'empereur  Héraclius  ',  et  que  le  philologue 
Usener,  qui  en  a  publié  vingt-huit  chapitres,  croit  devoir  rendre 
en  majeure  partie  à  Etienne  d'Alexandrie,  contemporain  de  ce 
prince^,  et  cela,  sur  la  foi  du  seul  Urbinas  80,  où  le  traité  a  reçu 
la  suscription  suivante  :  ST£c&y.vou  aeyiXou  ci'.Xoaocpciu  xal  'AXs^av- 
Bpécoç  oia(7icp-/)(Jtç  k\  oIxelcov  'jTroosiyixxTwv  tY;;  tcov  Tz^oyeipiov  xavovwv 

«  Dans  le  manuscrit  2162,  du  xvi"  siècle,  le  texte  comprend  seu- 
lement les  chapitres  1  à  15,  et  encore  ce  dernier  est-il  incomplet. 
Le  manuscrit  2492,  du  xiv"^  siècle^,  contient,  du  traité,  un  texte 
beaucoup  plus  étendu  que  le  2162. 

«  Il  est  à  remarquer  que  l'attribution  à  Héraclius  dans  le  2492 
est  une   double  surcharge  tracée  au  xv*^  siècle  :  1°  au-dessus  de 


1.  Du  Ganj^e  admettait  cette  atti-ibution  (Chronicon  paschale,  p.  .\,\v). 

2.  Selon  Usener  (De  Stephano  Alexandrino  commentatio,  p.  35-36),  les 
chapitres  1  à  27  seraient  d'Etienne  et  les  trois  derniers  d'Héraclius. 

3.  Usener,  p.  35,  date  ce  manuscrit  du  xin"  siècle. 


414 


SÉANCE  DU  1(S  sf.ptemhrf:    I!M)3 


la  table  des  chapitres;  •}'   h   la   lin    du   texte,  sous   les  formes 
suivantes  : 

«    1°    "AvaxTÔ?  lariv  r^  [iiêXo;     Ilpa/.Àîi'oj 

Xal  0'?|X0V   STtlV    Ix    T£    OY,    T(t)V    XZVÔVWV 

xxl  Twv  £T(ov  (ijv  OYi^'-v  «TTo  <l>'./t''::7rou 

"   2°  (En  marg'e)  'EvTxCOa  TÉpixa  to-j  (jc^ou  Sx'j'.Xéoj;  0£copY,a7.T(ov 

sic  ■KZOydz.Qxj'^  xzvôvz;. 

«  Ces  surcharges  prouvent  que  le  copiste  avait  laissé  son  texte 
sans  nom  d'auteur.  Dodwell  a  publié  avec  traduction  latine  les 
trois  derniers  chapitres  du  traité  dans  l'Appendice  de  ses  Disser- 
laliones  Cyprianicae.  Il  l'attribue  sans  hésiter  à  l'empereur 
Héraclius.  Mais  l'abbé  Ilalma,  qui  a  réédité  ces  chapitres  et  les 
a  traduits  en  français,  estime  qu'il  est  dû  soit  à  Héraclius,  soit  à 
un  astronome  écrivant  sous  son  inspiration. 

«  Une  explication  nous  vient  à  l'esprit  en  jetant  un  nouveiiu 
coup  d'œil  sur  le  manuscrit  21(ri.  Peut-être  Jean  Tzetzès  n'est-il 
que  l'auteur  de  la  table  des  trentre-trois  chapitres  qui  précède  le 
traité,  resté  anépij^^raphe ,  sur  les  Tables  manuelles.  Mais  cette 
conjecture  exige  les  plus  expresses  réserves.  » 

M.  Léger  communique  un  mémoire  sur  le  Corfcç/i'ano  de  IJaldas- 
sarre  Castiglione  comparé  à  son  adaptation  polonaise  par  Lucas 
Gornicki.  Cette  adaptation  permet  de  constater  les  difl'érences 
qui  existaient  dans  la  seconde  moitié  du  xvi''  siècle  entre  la 
société  ilalienne  cl  la  société  |)olonaise.  Ainsi  les  personnages 
féminins  qui  figurent  dans  l'original  italien  sont  complètement 
supprimés  dans  le  texte  polonais.  Les  allusions  à  la  langue  ila- 
lienne et  à  ses  dialectes  sont  remplacées  par  des  considéi'ations 
très  curieuses  sur  les  rapports  des  langues  slaves  à  l'épocpie  de  la 
Renaissance. 


I.    I.;i   ccsl  il  lit  iiiii  (le  ces  vers  l'st  duc  à  Mm\.   Hnniifl  .  qui  la  cuiuiiiuiii- 

(|ll(W'  il    1  '•-ruci'. 


415 


Ln'RES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétiel  dépose  sur  \r  l)ure?M  de  l'Académie  le 
fascicule  n"  2  du  tome  III  du  Bullelin  de  F  Ecole  française  d'Extrême- 
Orient,  avril-juin  1903  (Hanoï,  1903,  in-8°!. 

M.  H.  Omont  offre  à  l'Académie  deux  opuscules  dont  il  est  l'au- 
teur : 

Manusci  ils  de  la  bibliothèque  de  sir  Thotuas  Phillipps,  récemment 
acc/uis  pour  la  Bibliothèque  nationale  (Paris,  1903,  in-S";  extr.  de  la 
Revue  des  Bibliothèques); 

Bibliothè(iue  nationale.  Nouvelles  acquisitions  du  département  des 
manuscrits  pendant  les  années  1 900-1 902,  Inventaire  sommaire,  par 
M.  Henri  Omont,  membre  de  l'Institut,  conservateur  du  département 
des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale  (Paris,  1903,  in-8°). 

M.  Babelon  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  de  présenter  à  l'Académie  un  ouvrage  intitulé  : 
Discursos  de  Medallas  y  Antiguedades  que  compuso  el  muij  ilusfre  Sr. 
D.  Martin  de  Gurrea  y  Aragon,  duque  de  Villahermosa,  conte  de 
Bibagorza,  sacados  ahora  a  luz  por  la  E.  S.  dona  Maria  del  Carmen 
Aragon  Azlor,  actual  duquesa  del  mismo  titulo,  con  una  Noticia  de 
la  vida  y  escritos  del  autor,  por  D.  José  Ramon  Melida  (Madrid,  1902, 
gr.  in-S"). 

«  L'auteur  de  cette  publication,  M.  Melida,  conservateur  du  Musée 
archéologique  et  du  Musée  de  reproductions  artistiques  de  Madrid, 
l'a  fait  précéder  d'une  notice  sur  la  vie  et  les  écrits  de  don  Martin, 
duc  de  Villahermosa,  qui,  né  en  1526,  fut  un  grand  amateur  d'art  et 
un  passionné  collectionneur  comme  beaucoup  de  grands  seigneurs 
de  son  temps.  Cet  exposé  historique  de  M.  Melida,  écrit  d'après  les 
archives  de  la  famille  de  Villahermosa,  offre  un  grand  intérêt  pour 
l'histoire  des  arts  et  de  la  curiosité  en  Espagne  à  l'époque  de  la 
Renaissance.  On  en  jugera  rien  (ju'à  la  liste  des  documents  inédits 
sur  lesquels  elle  s'appuie,  et  h  l'examen  des  illustrations  qui  accom- 
pagnent celte  notice  :  c'est  la  reproduction  des  portraits  des  ducs  de 
Villahermosa;  ces  portraits  de  famille,  dus  à  un  artiste  flamand  du 
xvi'=  siècle,  Bolam  de  Mois,  appelé  par  le  duc  à  Saragosse,  sont  des 


416  SÉANCE    DL"    2o    SEPTEMBRE     1903 

œuvres  des  plus  remarquables.  Don  Martin,  duc  de  Villahermosa, 
avait  une  importante  collection  d'objets  d'art  de  toutes  sortes,  et  il 
était  en  relations  suivies  avec  le  cardinal  Granvelle  et  les  autres 
grands  collectionneurs  de  son  temps;  il  voyagea  même  en  France,  en 
Italie  et  en  Angleterre.  Il  rédigea,  sous  le  titre  de  Dincnurs,  une 
description  raisonnée  de  ses  médailles  et  de  ses  antiques.  C'est  ce 
manuscrit  que  publie  M.  Melida  dans  la  seconde  partie  du  présent 
volume.  Des  médailles  grecques,  romaines  et  hispaniques  qui  sont 
ici  décrites  et  repi'oduites,  aucune  n'est  une  variété  nouvelle  ou 
même  rare;  il  en  est  autrement  des  médailles  de  la  Renaissance 
I)armi  les(pielles  je  remanpie  les  médailles  fort  belles  do  membres 
de  la  famille  de  Villahermosa,  qui,  certainement,  font  défaut  dans 
toutes  les  collections  françaises.  Enfin,  pour  les  statues  de  bronze  et 
de  marbre  de  l'antiquité  ou  de  la  Renaissance,  il  est  l'orl  intéressant 
de  constater  aujourd'hui,  avec  M.  Melida,  leur  présence  dans  les 
musées  de  Madrid,  de  Sarragosse  ou  dans  d'autres  collections  espa- 
gnoles. On  ignorait  l'origine  d'un  bon  nombre  de  ces  monuments,  et 
tous  les  archéologues  savent  (|u'il  est  souvent,  pour  des  raisons  mul- 
tiples, important  de  pouvoir  ainsi  retrouver  la  provenance  et  recons- 
tituer l'étal  civil  de  monuments  <pii  figurent  actuellement  dans  nos 
musées.  Le  livre  que  vient  d'écrire  M.  Melida  n'est  pas  mis  dans  le 
commerce;  Te-xemplaire  que  je  dépose  sur  le  l)ureau  est  olfert  à 
l'Académie  par  la  duchesse  de  Villahermosa  elle-même.  » 


SKAXCK  DU  25  SKPTKMHHK 


M.  Legkh  est  désigné  pour  fiiire  à  la  séance  Iriniestriclle  de 
rinslilut,  qui  doit  avoir  lien  le  7  octobre,  une  lecture  sur  Le 
«  CorleqÏHiio  «  de  liahla.ssurre  Ciislif/liOne  et  le  «  Cuiirlisan  » 
polonuis  de  Lucas  (jornic/ii. 

M.  ClivKMONT-G.vnneai'  donne  Icclui-i'  d  une  inilc  mtitiiléi'  :  Le 
chrisnie  conslnnlinien  sehm  Mas'oiidi. 


SÉA.M:L    du    25    SEPTEMBRE    1903  417 

L'historien  arabe  musulman  Mas'oùdi  ',  se  faisant  l'écho  d'une 
croyance  populaire  ,  accueillie  avec  faveur  par  les  auteurs  chré- 
tiens eux-mêmes^,  attribue  à  sainte  Hélène  la  fondation  d'une 
foule  d'églises  en  Orient  : 

Toute  église,  dit-il,  en  Syrie,  en  Egypte  et  au  pays  de  Roum,  a  été 
construite  par  cette  reine  Hélène,  et  l'on  a  placé  son  nom  avec  la 
croix  dans  toute  église  bâtie  par  elle. 

L'assertion  contenue  dans  la  dernière  partie  de  la  phrase,  et 
que  j'ai  soulignée,  appartient  en  propre  à  Mas'oûdi.  Elle  peut 
paraître  tout  d'abord  assez  extraordinaire.  Quel  peut  bien  être 
ce  prétendu  nom  d'Hélène  qui  serait  ainsi  associé  à  la  croix  et 
répandu  à  profusion  dans  les  anciennes  églises  d'Orient? 

Le  dire  de  l'auteur  arabe  n'est  pas  aussi  imaginaire  qu'on 
pourrait  le  croire.  Il  repose,  en  effet,  comme  je  vais  le  montrer, 
sur  l'observation  d'un  fait  archéologique  qui,  pour  être  interprété 
par  Mas'oùdi  d'une  façon  quelque  peu  fantaisiste,  n'en  est  pas 
moins  réel.  Voyons  la  suite. 

Mas'oiidi,  pour  justifier  ce  qu'il  vient  d'avancer  au  sujet  du 
nom  d'Hélène,  ajoute  aussitôt  : 

La  lettre  h;î  3  n'existe  pas  dans  l'alphabet  grec,  et  le  nom  de  Hélène 
—  J-lis  '*  —  se  compose  de  cinq  lettres.  La  première  est  une  imâlé  (e), 
et  sa  valeur  numérale  est  cinq  ;  la  seconde  est  un  lâm  (X)  valant 
trente;  la  troisième,  une  autre  imâlé  [b],  valant  également  cinq;  la 
quatrième,  un  noiin  (v),  valant  cinquante;  la  cinquième,  un  -(â  (i), 
valant  dix,  ce  qui  donne  au  total  le  nombre  cent,  concordant  numé- 


1.  Prairies  d'or,  éd.  Barbier  de  Meynard  et  Pavet  de  Courteille,  t.  II. 
p.  312-313. 

2.  Cf.  Recueil  d'arch.  orient.,  t.  IV,  p.  356. 

3.  Représentant  l'esprit  rude  dans  la  transcription  arabe. 

4.  Pour  les  besoins  de  sa  démonstration.  Mas'oùdi  adopte  cette  forme, 
au  lieu  de  celle  —  J-L» — plus  généralement  employée  en  arabe,  et  par 
Mas'oùdi  lui-même  dans  d'autres  ouvrages,  par  e.xemple,  dans  son  Tanbih. 

Cf.  les  transcriptions  syriaques  ■   -  >) 'Q^    et       -  <  ^  <^ 


1 1 8 


SÉANCE    DU    2o    SEl'TKMliltE     1003 


l'iqiiemeiil  avec  ce  que  nous  venons  de  dire(?)'.  Voici  la  forme  des 
lettres  cjui  font  ce  nombre  cent  en  grec -. 

L'auteur  arabe,  on  le  voit,  épelle  donc,  à  sa  manière,  le  nom 
f^rec  d'Hélène,  'IvivY,,  en  indiquant  pour  chaque  lettre  la  valeur 
qui  lui  est  propre  dans  le  système  de  numération  grecque.  L'écri- 
ture arabe  n'ayant  pas  de  signe  correspondant  à  Vepsilon,  il  est 
obligé  de  désigner  approximativement  celui-ci  par  le  nom  de 
imûlé,  lequel  exprime  le  virement  du  son  h  en  e  dans  certains 
dialectes  arabes-'.  l']n  outre,  il  remplace  Vùla  linal  par  un  ioUt, 
en  vertu  du  iotacisme  prédominant  à  cette  époque.  C'est  grâce  à 
ce  dernier  artifice  qui!  obtient  le  nombre  100;  autrement,  s'il 
a\ait  gardé  le  y,  orthographique,  qui  vaut  8,  il  n'aurait  obtenu 


1.  Le   Icxlc  poi-le  :   bi-i  .i   U       U   ',_^:d>.i,  ce  que  les  traducteurs  ont 

rendu  par  :  "  nous  résunums  ici  ce  que  nous  a\ons  développé  ailleurs.  » 
J.a  liaducliiiu  est  irri'-pi-ncliahlc  en  soi,  mais  j"ai  des  doutes  sui'  le  texte 
même.  L'explication  que  donne  ici  Tauteur  est  ti-op  clrtaillée  pour  ([u'il  la 
présente  comme  le  résumé  de  quelque  passage  plus  développé  d'un  autre 

de  ses  ouvrages.  Je  serais  tenté  de  corriger    '  ,L^s;:^'   en    ',Lo:s^],   "  en 

calculant»,  ce  qui  conduit  à  la  traduction  que  je  ne  prnpose  naturellement 
qu'avec  les  réserves  nécessaires.  Je  dois  faire  remarcpier,  toutefois,  en  sa 
faveur,  qu'elle  a  l'avantage  de  relier  entre  elles  les  deux  phrases  de 
Mas'oûdi  en  jiréscntant  la  seconde  comme  la  justification  de  la  première, 
ce  qui  est  réellemcnl  le  cas,  ainsi  que  cela  va  ressortir  de  ma  ilémonslration. 

2.  l'iu-  lacune  dans  le  lexle.  h  i.  devaient  êlre  figurés  les  caractères  grecs 
eux-mêmes  énumérés  par  l'auteur.  (Ouel([ues  manuscrits  en  porlcnl  encore, 
parail-il  [op.  r.,  note,  p.  îôi),  des  traces  grossières.  Il  serait  intéressant 
de  les  examiner  de  près  et  de  voir  si,  dans  le  nombre,  il  n'y  aurait 
pas   les  éléments  du    nionogiannuc   constantinicn  fjui,  ainsi  (jue  je  vais  le 

faire  voir,  est  visé  ici.  Peut-être  faut-il  lire  :  ^- J'  i>^j"J^  )  w'  >J"^  '-  *J 
jj  U"  a*  <•  et  voici  la  forme  de  la  lettre  qui  vaut  cent  en  grec  »,  au  lieu  de 
^^  y^^  "  les  lettres  ■>  :  1  emploi  de  jî,  et  non  de  _?,  est  en  faveui-  de 
cette  conjecture.  Dans  ce  cas,  le  manuscrit  original  devait  simplement 
donner  l'image  d'un  r/io  grec,  valant  100. 

3.  On    remarquera    que    ce    virement   est    applical)lc    précisément    à    la 

transcription  j\î,  emplovée  par  l'auteur  et  courante  en  arabe;  il  faut, 
en  clïel,  prommccr,  non  pas  Heli'tni,  mais  Ilelèni,  ce  qui  correspond  très 
exactement  à  la  pnmonciatifui  grec((uc  réelle,  avec  l'esprit  rude  représenté, 
rac<-eutualion  conservée  <'t  enfin  riolacisuu-  applitiué  à  l'é/.i  :    l'^ÀiV.. 


SÉANCE    DU    23    SEPTEMBRE     190."]  419 

que  le  nombre  98,  ce  qui,  on  va  comprendre  pourquoi,  ne  lerait 
pas  l'affaire. 

A  première  vue,  on  ne  saisit  pas  très  bien  Tintérêt  qu'il  peut 
avoir  à  arriver  à  ce  nombre  100,  non  plus  que  le  rapport  qui 
peut  exister  entre  ce  nombre,  obtenu  par  une  laborieuse  analyse 
numérale  des  lettres  composant  le  nom  d'Hélène,  et  l'assertion, 
déjà  singulière  en  elle-même,  que  le  nom  de  cette  sainte  reine  se 
trouve  associé  à  la  croix  dans  toutes  les  églises  censément 
construites  par  elle.  Cependant,  pour  peu  qu'on  y  réfléchisse,  la 
chose  s'explique  aisément.  Ce  que  Mas'oûdi  a  en  vue,  c'est  le 
chrisme,  dit  monogramme  constantinien,  sous  sa  forme  :^,  ou 
plutôt  -P,  monogramme  gravé  à  foison  sur  les  monuments,  églises 
ou  autres,  dans  la  période  qui  a  suivi  immédiatement  le  triomphe 
ofliciel  du  christianisme.  Seulement,  il  appelle  en  quelque  sorte 
«  hélénien  »  ce  que  nous  appelons,  presque  aussi  arbitrairement, 
«  constantinien  »;■  voilà  tout.  Si  l'on  décompose  les  chrismes  P 
ou  :^,  on  a  les  croix  +  ou  X,  plus  la  lettre  P;  or,  p  =  100,  et 
100  c'est,  comme  nous  l'avons  vu,  et  grâce  à  un  léger  coup  de 
pouce,  le  total  des  valeurs  numérales  des  lettres  formant  le  nom 
d'Hélène.  Ainsi  se  trouve  matériellement  justifié  le  dire  de 
Mas'oûdi,  à  savoir  que  :  «  Le  nom  d'Hélène  a  été  placé  avec  la 
croix  ».  Ce  nom,  c'est  tout  bonnement  la  lettre  P  engagée  dans 
le  complexe  des  chrismes. 

Il  est  probable  que  ce  n'est  pas  l'auteur  musulman  qui  a  fait 
tout  seul  cette  belle  trouvaille.  Il  a  dû  l'emprunter  à  quelque  tra- 
dition chrétienne  populaire.  Ces  petits  jeux  d'esprit,  inspirés 
peut-être  par  la  Gemalria  juive  étaient  bien  dans  le  goût  du 
temps  \  et  les  Pères  de  l'Église  eux-mêmes  y  ont  attaché  souvent 
une  sérieuse  importance. 

M.  Cagnat  donne  lecture  du  rapport  de  M.  Diirrbach  sur  les 
fouilles  de  Délos^. 


1.  Témoin,  par  exemple,  les  sigles  S0  ^=  99  =;  à|a.rjv  (=  i  _]_  40  -f  s  -[- 
50=99),  qui  sont  d'usag-e  courant  en  épigraphie.  11  est  possible  que  ce 
soient  des  pratiques  réelles  de  ce  genre  qui  aient  favorisé  l'interprétation 
populaire  du  chrisme  constantinien  telle  qu'elle  me  semble  se  dégager  du 
passage  de  Mas'oûdi. 

2.  ^'oir  ci-api'ès. 

J903.  29 


420  SÉANCE    Dl     25    SEPTEMliRE    100'^ 

Le  Secrétaire  perpétuel  dit  que  cette  dernière  communication 
avait  été  reportée  à  la  séance  présente  dans  l'espoir  que  M.  le 
duc  de  Loubat,  qui  a  si  libéralement  contribué  aux  fouilles  de 
Dèlos,  en  pourrait  entendre  la  lecture.  Cet  espoir  n"a  pas  été 
réalisé.  Mais  M.  le  duc  de  Loubat  pourra  lire  ce  raj)port  dans 
notre  Bulletin. 

M.  PdTTiKR  lit  un  extrait  du  troisième  volume  de  son  CalHlof/iie 
des  Vases  ilii  Louvre  :  le  commerce  des  vases  altiqucs  en 
Etrurie. 

M.  Ili;i{()N  Di:  ^'lLLEI■ossK  annonce  qu  il  a  reçu  du  R.  P.  Uelattre, 
correspondant  de  lAcadémie,  la  copie  d'un  fraf^meut  dinscrip- 
tion  latine  trouvé,  il  y  a  déjà  long^temps,  dans  les  déblais  qui 
recouvraient  I  orifice  des  puits  de  la  nécrojiole  voisine  de  Sainte- 
Monique  ,   à  (L'irthage. 

Le  texte  est  gravé  sur  une  plaque  de  marbre  blanc  à  revers 
lisse,  épaisse  de  0™  029,  dans  la  partie  supérieure,  et  de  O""  0'2'2, 
dans  la  partie  inférieure.  Cette  plaque,  brisée  de  tous  les  côtés, 
mesure  0'"  'Mi  dans  sa  plus  jurande  hauteur  et  0"'  '^ô  dans  sa  plus 
Jurande  larj^eur.  Elle  porte  les  caractères  qui  suivent  : 

L-      L/ 

S  SER-CA 


•  ANVS  SEX-FVR/  .    .. 

P-       LICINW/.v 


/.   ceionio  .  coM  M  O  D  O  •  C  O  S 


H  est  hors  de  doute  que  le  texte  auquel  appartient  ce  fraj,Miient 
était  divisé  en  colonnes  et  l'enfermait  une  liste  de  noms  propres 
séparés  par  des  dates  consulaires  eu  gros  caractères. 

A  gauclic,  il  faut  coniplélcr  les  noms  des  consuls  ordinaires  de 


»" 


A-        KANINIVS 
S  EX-  PVLLAE/////.V 
sex.veluleno.civiCAPOMPE\Afi°        SEX  •  P  y  Llaenius  *' 

PROCOS-      L-        APRO/i/»,s- 

A  •        K  A  N  I  N  ins 
M 


sÉA.Nci-;   UL"   2o  sEP'iLMiuu:    IU03  421 

l'année  130:  A.  Ceionias  Commodus ,  adopté  et  nommé  César 
par  Hadrien  au  milieu  de  la  même  année,  et  qui,  à  la  suite  de 
cette  adoption,  prit  le  nom  de  L.  Aelius  Commodus  \'erus,  et 
son  collègue  Sex.  Vetulenus  Civica  Ponipeianiis. 

La  colonne  de  droite  est  incomplète  ;  il  y  manque  les  surnoms 
des  individus  mentionnés.  A  gauche,  au-dessus  de  la  date  consu- 
laire, se  trouvait  une  autre  colonne  de  noms  propres  dont  il  ne 
reste  que  des  traces  fugitives.  On  y  reconnaît  cependant  la  fin 
d'un  surnom. 

Dans  la  colonne  de  droite  les  lettres  ont  0'"03  de  hauteur  ;  les 
lettres  de  la  date  consulaire  mesurent  0°'  05  ;  celles  qui  subsistent 
de  la  colonne  de  gauche  ne  dépassent  pas  0"'  02. 

Cartilage  a  déjà  fourni  des  listes  analogues,  mais  malheureu- 
sement toujours  à  l'état  de  débris  (cf.  Bull,  archéologique  du 
Comité^  1902,  p.  cci;  Corp.  inscr.  latin. ,y\U,  n.  12549.) 

M.  Héron  de  Villefosse  lit  ensuite  une  note  du  R.  P.  Delatti'< 
sur  quatre  figurines  en  terre  cuite  ,  trouvées  à  Carthage  dans  la 
nécropole  punique  des  Rabs.  Elles  représentent  une  femme  voilée 
jouant  du  tympanon,  une  autre  femme  debout  tenant  une  lyre  et 
faisant  une  libation  sur  un  autel,  un  cavalier,  et  enfin  un  groupe 
de  deux  déesses,  la  mère  et  la  fille,  où  le  R.  P.  Delattre  reconnaît 
Astaroth  et  Tanit  ' . 


1.  Voir  ci-après. 


422 


COMMUNICATIONS 


RAPPORT  SOMMAIRE  SLR  LES  FOUILLES  DE  DÉLOS  (15  JUIN-8  AOL't) 

ADRESSÉ 

A  M,  HOMOLLE,  DIRECTEUR  DE  LÉCOLE  FRANÇAISE  d' ATHÈNES, 

MEMliRE    DE    l'aCADÉMIE, 

PAR  AI.  F.    DlRRliACll.    PRftFKSSErH    A    l'inIVERSITÉ    DE    TOULOUSE. 

Monsieur  le  Directeur, 

Nous  venons  d  achever  notre  huitième  semaine  de  fouilles. 
Chaque  semaine,  nous  avons  pris  le  soin  de  vous  tenir  au 
courant  de  l'état  des  travaux  ;  sur  votre  demande  ,  je  vous 
adresse  aujourd'hui,  en  outre,  un  court  résumé  des  princi- 
paux résultats  obtenus  jus(|u'à  ce  jour. 

Les  débuts  d'une  exploration  comme  celle  dont  vous  nous 
avez  fait  l'honneur  de  nous  confier  la  surveillance  sont 
nécessairement  un  peu  laborieux.  11  y  a  des  dispositions 
matérielles  à  prendre ,  un  personnel  d  ouvriers  à  recruter, 
des  chantiers  à  établir,  des  voies  ferrées  à  poser  :  mesures 
préliminaires  qui  exig'ent  un  certain  temps  et  ne  vont  pas 
sans  difficultés.  Conformément  à  vos  intentions,  nous  avons 
aujourd'hui  donné  aux  fouilles  le  maximum  d'intensité  que 
comporte  notre  outillajje.  Nous  occupons  un  personnel  de 
cent  soixante  hommes,  en  y  comprenant  nos  contremaitres 
et  les  ouvriers  spéciaux  que  réclame  l'exploitation  :  forg^e- 
rous.  marbriers,  muletiers,  bateliers.  Sur  quatre  voies 
ferrées,  d'une  longueur  variant  entre  oO  et  400  mètres,  et 
dont  quel(|ues-unes  se  sui)divisent  en  plusieurs  embranche- 
ments, circulent  cinquante  wag-ons,  et  l'on  peut  évaluer  à 
7  ou  800  mètres  cubes  la  moyenne  dis  déblais  que  nous 
portons  quotidiennement  à  la  mer. 


RAPPORT    SOMMAIRE    SUR    LES    FOUILLES    DE    DÉLOS  423 

Nous  avons  arrêté  de  concert  avec  vous,  quand  vous  êtes 
venu  vous-même  inaugurer  nos  travaux  ,  le  programme  de 
nos  investigations,  et  ce  programme  est  double.  Il  s'agit, 
d'une  part,  de  revenir  sur  les  fouilles  précédentes,  à  l'inté- 
rieur de  l'enceinte  sacrée,  afin  d'achever  le  déblaiement  qui 
n'a  pu  jusqu'ici  qu'être  ébauché,  faute  du  matériel  néces- 
saire; il  faut,  d'autre  part,  pousser  dans  des  directions 
nouvelles,  explorer  la  ville  proprement  dite  qui  s'étage  sur 
les  collines  autour  du  sanctuaire,  ainsi  que  les  quartiers  du 
port  marchand  qui  se  déploient  tout  le  long  du  rivage  sur 
une  étendue  de  plus  de  deux  kilomètres.  Entre  ces  deux 
parties  de  notre  tâche ,  également  nécessaires ,  également 
intéressantes  et  riches  en  promesses,  nous  avons  cherché  à 
répartir  également  nos  efforts;  nous  pouvons,  dès  à  présent, 
nous  déclarer  satisfaits  des  premiers  résultats. 

I.   —  Le   sanctuaire   et    ses    abords    immédiats    étaient 
restés  encombrés  par  les  déblais  des  fouilles  antérieures  qui 
n'avaient  pu  être  transportés  plus  loin;  ces  monceaux,  qui 
gênent  la  circulation,  interceptent  la  vue  et  la  claire  intel- 
ligence des  édifices,  recouvrent  souvent  des  coins  inexplo- 
rés. Il  y  a  là  une  des  besognes  qui  s'imposent  avec  le  plus 
d'urgence.  Ces  parages  sont  au  cœur  même  de  Délos,  qui 
doit   son  rôle  historique  et  son  importance  à  son  culte;  la 
piété  des  fidèles  y  avait  disposé  presque  à  chaque  pas  les 
ex-voto   de    marbre   et  de  bronze  ;   les  administrateurs  du 
sanctuaire  y  exposaient ,  gravés  sur  des  stèles  de  marbre, 
les   comptes   de  leur  gestion  financière    et   les   catalogues 
d'offrandes  dont  regorgeaient  les  temples;  d'autres  marbres 
contenaient  les  lois,  décrets  et  contrats  de  la  cité  même; 
enfin,  des  Etats  étrangers  profitaient  de  la  publicité  toute 
naturelle    que  leur   offrait   l'île    sainte  pour  y  afficher   un 
exemplaire  des  traités  d'alliance  ou  des  conventions  qui  les 
liaient  avec  d'autres  cités.  Si  les  ex-voto  ont  disparu,  les 
dédicaces  et  les  textes  de  toute  nature  se  sont  retrouvés  en 
grand   nombre   dans   les  campagnes  qui  ont  été   autrefois 


424  H  APPORT    SO.MMAIRE    SLR    LES    FOUILLES    DE    DÉLOS 

(lirig-ées  par  vous-même  et  par  vos  successeurs.  Il  y  avait 
lieu  d  espérer  que  tous  les  fragments  n'avaient  pas  été 
exhumés  encore,  et  en  elï'et  notre  récolte  a  été  juscjuici 
très  honorable.  Deux  points  entre  autres  ont  été  productifs. 
Tout  d'abord,  le  hasard  des  recherches  nous  a  fait  découvrir 
un  puits,  creusé  dans  le  roc.  vers  langle  sud-est  du  temple; 
ce  puits  est  certainement  artificiel ,  car  il  a  une  section 
nettement  rectang-ulaire  et  des  parois  verticales;  il  mesure 
environ  5  mètres  de  côté  à  son  oiifice  et  va  en  diminuant 
d'ouverture  vers  le  fond,  qui  est  aussi  à  près  de  o  mètres 
de  la  surface  du  sol.  11  a  été  comblé  à  une  époque  relative- 
ment récente  par  des  matériaux  de  toute  espèce,  pierres 
conmiunes,  terre,  marbres,  et  nous  en  avons  retiré  plus 
d'une  vingtaine  d'inscriptions  diverses.  Si  j'ai  tenu,  Mon- 
sieur le  Directeur,  à  attirer  votre  attention  sur  cet  épisode 
de  nos  fouilles,  c'est  que  j'y  vois  une  indication  précieuse 
pour  l'avenir.  On  ne  pourra  considérer  les  recherches  comme 
terminées,  que  lorsqu'on  aura  atteint,  sur  tous  les  points 
du  sanctuaire,  le  sol  vierge.  L'existence  de  cette  carrière  de 
textes,  que  rien  ne  désignait  aux  regards,  n'a  pu  se  constater 
que  grâce  à  la  méthode  que  nous  avons  suivie  sur  vos 
propres  conseils,  el  (jui  consiste  à  épouser  étroitement  toute 
la  surface  du  sol  antique.  11  y  a  lieu  d'espérer  que  l'on  fera, 
dans  la  suite,  des  découvertes  aussi  imprévues  que  celle-là; 
et  (jui  sait  si  l'on  ne  mettra  pas  un  jour  la  main  sur  quelque 
dépôt  de  statues  de  marbre  —  comme  celui  des  statues 
d'Artémis  archaïques  cpie  vous  avez  vous-même  exhumées 
—  ou  encore  sur  (juelque  lot  d'objets  de  bronze  analogues  à 
ceux  qu'ont  fournis  tous  les  sanctuaires  grecs  sans  excep- 
tion ?  lùi  dél)I;i\;iuL  le  pourtour  de  l'édifice  connu  sous  le 
nom  de  Sanctuaire  des  Taureaux,  vers  l'angle  nord-esl  du 
péribole ,  nous  avons  mis  ;i  jour  des  vestiges  de  construc- 
tions d'époque  tardive  ;  dans  li-s  murs  mêmes  ou  tout  à 
côté,  nous  avons  recueilli  un  second  lot  dune  (h)u/.aine 
(riiiseriptifiiis  :   l'exploration  de  cette   région,  nù  travaillent 


RAPPORT    SOMMAIRE    SI  U    LRS    FOUILLES    DE    DÉLOS  425 

pour  Tinstaiit  deux  équipes  d'ouvriers,  nous  demandera 
encore  une  huitaine  de  jours,  et  il  paraît  vraisemblable  que 
nous  y  ferons  d'autres  trouvailles.  Enfin  nous  dirigeons  en 
même  temps  nos  recherches  vers  l'ang-le  nord-ouest  du 
sanctuaire;  la  récolte  y  a  été  moindre,  bien  que  les  fouilles 
antérieures  dans  les  mêmes  régions  y  aient  été  fort  produc- 
tives. 

Le  dégagement  du  sanctuaire  n'a  pas  seulement  pour 
objet ,  ainsi  que  je  l'ai  dit ,  de  rechercher  les  textes  qui  ont 
pu  échapper  jusqu'ici;  il  a  aussi  un  autre  effet,  auquel 
seront  sensibles  tous  ceux  qui  ont  visité  les  ruines:  c'est 
d'éclaircir  des  coins  encombrés,  de  découvrir  l'économie  de 
certains  édifices  restés  confus ,  de  faire  apparaître  de  nou- 
velles lignes  de  bases.  A  l'angle  nord-ouest,  c'est-à-dire  aux 
environs  du  Lorinos  Oikos,  et  au  sud  du  temple  d'Apollon, 
entre  le  temple  lui-même  et  la  ligne  des  grands  portiques 
d'une  part,  et  de  l'autre  entre  le  rivage  et  le  sanctuaire  des 
Taureaux,  ce  résultat  de  notre  campagne  est  déjà  très  appré- 
ciable; le  regard  embrasse  avec  aisance  tout  ce  vaste  espace 
désormais  libre;  le  plan  des  édifices  y  apparaît  nettement; 
et,  pour  le  dire  en  passant,  il  se  présente  parfois  assez  diffé- 
rent de  celui  auquel  avaient  abouti  les  relevés  pris  jusqu'ici. 
Il  restera  encore,  pour  donner  à  cette  région  toute  sa  phy- 
sionomie et  son  caractère ,  à  ranger  méthodiquement  tous 
les  marbres,  tous  les  fragments  retrouvés  des  édifices.  Au 
reste,  ce  travail  même  se  poursuit  dès  maintenant  concur- 
remment avec  celui  des  fouilles.  Le  grand  effet  que  produit 
aujourd'hui  le  champ  de  Delphes  sur  tous  les  visiteurs  per- 
met de  présager  l'aspect  que  prendra  Délos  quand  le  nettoyage 
et  la  toilette  du  sanctuaire  auront  mis  en  pleine  valeur  le 
groupement  et  l'ordonnance  de  ses  édifices. 

II.  La  ville  et  le  port.  —  Par  une  exception  unique  en 
Grèce ,  Délos  a  conservé  sa  ville  antique  intacte  sous  les 
monceaux  de  pierres  qui  la  recouvrent.  Les  parties  supé- 
rieures des  maisons  seules  se  sont  écroulées  ;  mais  les  murs 


i 


426  RAl'POKT    SOMMAIRE    SUR    LKS    FOUILLES    DE    DÉLOS 

restent  debout  sur  une  liault'ur  {|ui  atteint   fréquemment 
trois  ou  quatre  mètres.  La  lij^ne  sinueuse  des  rues  se  devine  < 

presque  partout  sur  le  sol ,  et  il  n'est  pas  douteux  (pie  les  ^ 

fouilles,  si  l'on  y  consacre  le  temps  et  les  crédits  nécessaires, 
ne  nous  rendent   un  jour  un  nouveau  Pompei  hellénicjue. 
Vous  avez  signalé  depuis  longtemps,  Monsieur  le  Directeur, 
rintérét  que  présenterait  cette  exploration  poursuivie  mé- 
thodiquement.  La  maison  grecque  ne  nous  est  connue  que  \ 
par  queLjues  allusions  bien  vagues  des  auteurs  :  Délos  en 
fournira    des  centaines   d'exemplaires,    appartenant,    selon 
toute  vraisemblance,  à  tous  les  types,  depuis  le  riche  hùtel 
du  négociant  jusqu'à  l'échoppe  de  l'artisan.  M.  Couve,  sur 
vos  conseils,  avait ,  il  y  a  une  dizaine  d'années,  dirigé  ses 
recherches  dans  ce  sens  ;   il  a   pu  déblayer  cinq  maisons, 
qui  ont  amené   déjà  des  constatations   fort  intéressantes, 
exhumé  des  mosaïques  remarquables,  des  peintures  murales, 
des   œuvres   d'art,    dont   un   chef-d'œuvre,    une    copie  du 
célèbre  Diadoumène  de  Polyclète.  Ce  n'est  qu'un  avant-goût; 
les  moyens  dont  disposait  M.   Couve  ne  lui  permettaient 
que  quelques  essais;  et  surtout   il  na  pu  dégager  les  alen- 
tours de  ses  maisons,   de   façon   à  les  restituer  dans   leur 
cadre  complet.  Nous  avons  cette  année  abordé  également 
cette  partie  du  programme   d'ensemble  et.  pour  le   début, 
attaqué  la  ville  dans  les  parages  (pii  sont  contigus  à  la  face 
orientale  du  sanctuaire.  Le  hasard  a  voulu  (pie  nos  elforts 
aient  porté,   pour  le  début,  sur  une  région  où  l'amoncel- 
lement  des  décombres  est  particulièrement  considérable,  de 
telle  sorte  que  l'avancement  du  travail,  de  c(»  côté,   s'en 
trouve  retardé.  Nous  avons  reconnu  cependant  (Kîux  amorces 
de  i-ues  perpendiculaires  au  mur  d'enceinte  du  sanctuaire, 
et  cela  sur  une  vingtaine  de   mètres  environ  ;  dans  l'inter- 
valle entre  ces  deux  rues,  nous  avons  achevé  le  déblaiement 
d'une    maison   entière,   qui  est  dun  type  un  peu  dilVérent 
de   ceUes    (pi'on    a    reconnues.    Ce    n'est    jjIus  ,    à    ce    qu'il 
.semble,   le  grand  h(jtel  privé,    mais    plul(jt  un   groupe  de 


RAPPORT    SOMMAIRR    SIR    LES    FOUILLES    DE    DÉLOS  427 

log-emcnts  qui   a    dû  être    habité   par   plusieurs  locataires. 
L'appartement  principal  est  disposé  autour   d'une  cour  à 
portiques,  sur  laquelle  donnent  quatre  chambres.  Il  devait 
être  occupé  par  une  famille  de  bourgeoisie  moyenne,  sans 
doute  celle   dun  de   ces  petits   négociants,    armateurs   ou 
banquiers,  (jui  peuplaient  Délos.  Une  stèle  funéraire,  décou- 
verte dans   une   des    chambres,   porte    l'inscription  :    «  A 
Kerdon  ,  ses  associés.  »   Au-dessous  ,  dans  le  champ  de  la 
stèle,  un  bas-relief  représente  ce  personnage  étreignant  la 
proue  d'un  navire  ;  Kerdon  a  dû  périr  dans  un  naufrage,  et 
la  stèle  doit  être  un  monument  commémora tif  de  cette  mort 
violente.   Il  ne  subsiste   malheureusement  que  des  débris 
mutilés  de  la  décoration  murale ,  et  pas  de  mosaïque  ;   en 
revanche ,  nous  avons  retrouvé  dans  la  cour  des  fragments 
importants  de  quatre   statues,  un  torse  d'homme  nu,  por- 
tant une  chlamyde  sur  l'épaule  ,  de  grandeur  un  peu  infé- 
rieure à  la  taille  humaine,  et  d'un  assez  bon  travail,  deux 
petites  statues  de  femmes  drapées,  sans  têtes,  et  d'une  exé- 
cution plus  médiocre,  enfin  un  torse  d'homme,  très  maltraité 
et  presque  méconnaissable  ;    dans  une  autre  chambre,  une 
autre  statuette  de  femme  drapée,  de  même  grandeur  que  les 
deux  précédentes.    Ces  découvertes,    sans    être  par   elles- 
mêmes  de   première  valeur,  ont   cependant  leur    intérêt  à 
titre  d'indications;  elles  dénotent  le  goût  de  la  décoration 
sculpturale  même  dans  des  intérieurs  modestes  et  font  pré- 
sumer des  œuvres  vraiment  belles  quand  on  s'attaquera  aux 
quartiers  plus  riches  :  au  reste,  ceci  est  plus  qu'une  conjec- 
ture ;   c'est  une  certitude,   puisque  M.  Couve  a  déjà  eu  la 
bonne  fortune  de  mettre  la  main  sur  des  œuvres  vraiment 
distinguées.  Outre  l'intérêt  topographique,  le  déblaiement 
des  maisons  satisfera  certainement  l'espoir  de  belles  décou- 
vertes archéologiques. 

Enfin  le  vaste  quartier  du  port  marchand  a  également 
sollicité  votre  attention  et  la  nôtre.  Nous  y  avons  installé 
deux  voies  ferrées  avec  quatre  équipes  d'ouvriers  :  la  pre- 


42(S  RAPPOUT    SOMAIAIRR    SUR    LES    FOUILI.KS    DK    DÉLOS 

mière  a  attaqué  ce  quartier  par  le  nord,  du  coté  d'une  vaste 
place  déjà  reconnue  en  partie,  afin  de  relier  les  recherches 
de  cette  année  à  celles  de  nos  prédécesseurs  ;  la  seconde  c 
entamé  un  des  grands  magasins  qui  se  développaient  plu5 
loin  vers  le  sud,  après  la  pointe  dite  des  Pilastres.  Vers  le 
nord ,  la    reconnaissance  des  ruines  se  heurte  à  certaines 
ditïicultés,  parce   que  de  ce  côté  il  y  a  plusieurs  couches 
d'habitations  successives  ;  cette  partie  de  Délos  est  une  de 
celles  qui  ont  dû  être  occupées  et  rebâties  à  dlIVérents  âges; 
aussi  Tétude  en  sera-t-elle  un  peu  plus  lente,  et  elle  deman- 
dera une  attention  soutenue.  Il  semble  cependant  que  déjà 
certaines    grandes    lignes    se    dessinent,    notamment    une 
grande  façade  à  portiques  limitant  au  sud  la  place  qui  y  est 
en  bordure.  Le  grand  magasin  ou  entrepôt  du  sud  est  en 
grande    partie    déblayé    dès    aujourd'hui;     il    a    conservé 
intactes  les  douze  hautes  colonnes  de  granit  cjui  entouraient 
sa  cour  intérieure,   et  qui,  restées   debout   ou  remises  en 
place,  font  vraiment  grand  eifet  ;  au-dessus  de  cette  colon- 
nade, il  faut  parla  pensée  en  restituer  une  seconde,  dont  les 
fûts  de  marbre,  d'un  plus  petit  diamètre,  ont  été  retrouvés 
à  mi-hauteur  dans  les  décombres.  Ce  vaste  établissement, 
qui  comportait  certainement  au  moins  deux  étages,  est  un 
des  plus  beaux   spécimens  de  l'architecture  de  ce  quartier 
marchand;  c'est  à  ce  titre  (ju'il  nous  a  paru  opportun  de  le 
reconnaître  dès  le  début  de  cette  campagne.  Délos  a  été, 
surtout  au  ii'"  siècle  et  au  commencement  du  i*""  siècle  avant 
notre  ère,  le  principal  entrepôt  du  commerce  dans  le  bassin 
de  la  Méditerranée  orientale  :  sa  fortune  commerciale  s'est 
greffée  sur  sa   réputation  religieuse.  Son   port  constitue,  à 
cette  époque,  un  organe  essentiel.  11  y  a  donc  un  intérêt  de 
premier  ordre  à  en   bien    déterminer  l'économie,   et   nous 
espérons  que  dès  cette  année  nous  parviendrons  ii  i-ésoudre 
une  partie  importante  de  ce  problème  topographicpie. 

J'ai  essayé  de  vous  présenter.  Monsieur  le  Directeur,  tout 
à  la  fois  le  programme  d'ensemble  des   fouilles   de   cette 


FIGURINES    TRurVÉES    A    CARIIIAGE  429 

année  et  l'état  d'avancement  de  nos  travaux  après  les  huit 
premières  semaines.  C  est  une  entreprise  de  longue  haleine 
que  celle  que  vous  nous  avez  confiée;  elle  exigera  du  temps, 
de  la  patience,  un  etl'ort  prolongé,  et  les  premiers  résultats 
ne  prendront  toute  leur  valeur  que  lorsqu'ils  auront  été 
complétés  par  les  recherches  ultérieures.  Dès  à  présent 
cependant,  et  sans  parler  des  grands  progrès  qu'a  faits  le 
déblaiement,  notre  campagne  nous  a  donné  plus  que  des 
encouragements  et  des  promesses  :  je  citerai  notamment  le 
butin  épigraphique  qui,  à  lui  seul,  est  un  vrai  succès.  11 
se  chiffre  déjà  à  92  inscriptions  de  toute  nature  (dédicaces, 
décrets,  documents  d'administration  sacrée),  quelques-unes 
fort  longues  et  d'un  vif  intérêt  :  c'est  un  gain  qui,  à  lui  seul, 
suffirait  à  assurer  le  bénéfice  de  la  campagne  actuelle  et  à 
récompenser  l'effort  qui  s'y  emploie. 


FIGURINES    TROUVÉES    A    CARTHAGE 

DANS     UNE     NÉCROPOLE    PUNIQUE     (1903). 

NOTE    DU    R.     P.    DELATTRE,    CORRESPONDANT    DE    l'aCADÉMIE. 

Les  statuettes  de  terre  cuite  dont  je  vais  donner  la 
description  sont  sorties  de  la  nécropole  des  Rabs,  prêtres  et 
prêtresses,  voisine  de  Sainte-Monique.  Les  deux  premières 
proviennent  d'une  même  chambre  funéraire,  découverte  dans 
la  partie  de  la  colline  proche  de  Sidi-Bou-Saïd.  Les  autres 
sont  sorties  de  tombes  distinctes. 

L  —  Figurine  en  argile  rougeâtre,  haute  de  0"^  26,  avec 
sa  base  épaisse  de  0'"  02.j.  Elle  représente  une  joueuse  de 
tympanon,  vêtue  d'une  longue  tunique  et  d'un  voile  retenu 
sur  la  tête  par  une  stéphané  ornée  de  fleurons  formant 
couronne ,    qui   tient  avec    aisance    son  instrument    de    la 


Fi^'.   1.  —  Cartliafîi'.  —  Joia-iise  de   lympaiiMH. 


Fig.  2. 


—  Carlliatix*.   —  Joueuse    de    Ivre. 


432  FIGLUINKS     IHOLVÉI-^S    A    C.ARTIIAf;K 

main  gauche,  Tappuyant  lé«^èrement  contre  son  épaule. 
Le  tympanon ,  très  dégag-é,  apparaît  presque  en  entier: 
c'est  un  disque  de  0'"  Ooo  de  diamètre,  dont  la  face  est 
colorée  en  roug-e,  le  bord  et  la  tranche  en  bleu.  La  main 
droite,  les  doigts  écartés,  sauf  le  médius  et  l'annulaire  qui 
se  touchent,  est  prête  à  jouer  de  l'instrument. 

Sur  toute  sa  face,  cette  statuette  conserve  des  traces  d'un 
engobe  blanc.  Le  visage  ne  manque  p  asd'expression.  Les 
lèvres  sont  colorées  en  rouge  ;  les  chaussures  le  sont  éga- 
lement. Une  partie  du  voile,  passée  sur  le  bras  gauche, 
tombe  jusqu'aux  pieds  en  formant  une  série  de  plis.  La  base 
paraît  avoir  été  peinte  en  bleu  et  était  rehaussée  d'un  lilet 
rouge. 

Cette  terre  cuite  est  creuse  de  la  base  au  sommet  qui  est 
ouvert.  Dans  le  dos,  le  trou  d'évent  est  à  peu  près  rond. 

IL  —  La  seconde  figurine,  de  même  argile.  n"a  que 
0 '"  17  de  hauteur.  Sur  sa  base,  épaisse  de  0'"  01  o,  se  dresse 
debout  une  femme  vêtue  d'une  tunique  qui  est  retenue  par 
une  ceinture.  Le  cou  est  découvert  ;  le  bras  droit,  le  seul 
qui  soit  apparent,  est  nu  à  partir  de  l'épaule  où  la  tunique 
est  agrafée.  A  droite  et  à  gauche,  à  partir  des  hanches,  se 
voient  les  plis  du  manteau.  La  tête  est  coiffée  d'une  stéphané 
sans  décor;  la  chevelure  est  épaisse.  Appuyée  sur  la  jambe 
droite,  la  gauche  un  })eu  portée  en  avant,  cette  femme  tient 
de  la  main  gauche  un  instrument  de  musique,  sorte  de  lyre, 
ornée  de  têtes  d'oiseaux.  En  même  temps,  une  patère  dans  la 
main  droite  abaissée,  elle  semble  offrir  un  sacrifice  sur  un 
autel  i)lacé  à  ses  pieds.  On  croirait  même  voir  s'élever  la 
flamme  entre  l'autel  et  la  patère. 

Cette  statuette  était  peinte.  Lengobe  blanc  est  irrégu- 
lièrement conservé  par  places.  Le  rouge  api)araît  dans  la 
chevelure,  sur  la  lyre,  sur  les  côtés  et  au-dessu?  de  l'autel, 
dans  la  chaussure  et  sur  la  base.  Sur  l'autel,  le  rouge  paraît 
figui-er  la  flamme. 


FIGURINES    TROUVÉES    A    CARTlIAGE  433 

Le  sommet  de  cette  terre  cuite  est  plein  ;  la  base  est 
béante  et  un  grand  trou  d'évent,  de  forme  ovale,  a  été  pra- 
tiqué au  revers. 

III. — Figurine  d'argile  jaunâtre,  haute  de  0  '"  15,  creuse, 
à  la  base  béante,  avec  trou  d'évent  de  forme  ovale,  au 
revers.  Elle  représente  une  déesse-mère ,  tenant  dans  ses 
bras  une  autre  déesse,  sa  fille. 

La  déesse-mère,  haute  de  0"'  12,  se  dresse  sur  une  base 
épaisse  de  0  "  025.  Elle  est  entièrement  drapée  dans  une 
longue  tunique  dont  les  manches  laissent  l'avant-bras  à 
découvert.  Derrière  le  buste,  le  manteau  se  déploie  en  forme 
de  conque  dépassant  légèrement  la  tête  ;  celle-ci  n'est  pas 
coitlee  de  la  Stéphane.  La  chevelure  est  abondante  et  les 
oreilles  sont  ornées  de  pendants  allongés  ;  les  plis  du  man- 
teau ne  sont  indiqués  que  sur  la  moitié  inférieure  du  corps; 
les  pieds  sont  apparents.  La  déesse-mère  porte  sa  fille  sur 
le  bras  gauche  et  la  soutient  de  la  main  droite  dont  le  geste 
semlile  la  désigner  aux  hommages  des  adorateurs.  La  déesse- 
fille  est  coilTée  de  la  Stéphane,  surmontant  le  manteau 
arrondi  en  forme  de  conque  ;  elle  est  d'ailleurs  costumée  et 
parée  comme  sa  mère  avec  une  longue  tunique  et  des  pen- 
dants aux  oreilles  ;  la  poiti'ine  est  chargée  d'un  double  rang  de 
colliers  formant  pectoral  ;  la  tunique  laisse  aussi  paraître  les 
pieds.  La  fille  dépasse  la  mère  de  la  hauteur  de  la  Stéphane. 
La  pose  et  les  traits,  malgré  la  réduction  des  proportions 
du  corps,  indiquent  une  adulte  et  non  une  enfant. 

C'est  bien  le  groupe  que  nous  avons  déjà  rencontré  une  fois 
dans  la  même  nécropole.  Il  représente  les  deux  principales 
déesses  de  Carthage,  Astaroth  et  Tanit,  ainsi  que  les  appelle 
le  long  texte  punique  découvert  en  1898,  sur  la  même  colline. 
On  se  rappelle  sans  doute  que  ce  curieux  texte  était  la  dédi- 
cace de  deux  sanctuaires  dédiés  à  l'une  et  à  l'autre  de  ces 
divinités,  qui  correspondent  à  la  Déméter  et  à  la  Perséphone 
ou  Coré  des  Grecs,  à  la  Cérès  et  à  la  Proserpine  des  Latins. 


434 


FIGURINES    TROUVÉES    A    CARTHAGE 


lig.  3.  —  Cailhai^o.  —  Dccssc-iiiii-i-  cl  sa  lillc. 


FIGURINES     TROUVÉES    A    CARTHAGE 


435 


1903. 


Fig'.   i.  CartiiaKc.  —  Cavalier 


30 


43G  FIGURINES   TROUVÉES    A    CARTHAGE 

J  ai  déjà  signalé  un  groupe  analogue  aux  doubles  sta- 
tuettes de  Cartilage.  Il  a  été  publié  par  M.  Heuzey,  dans 
ses  Figurines  antiques  du  Musée  du  Louvre  (p.  12,  pi.  XVI). 
Mais  dans  ce  groupe  provenant  de  Chypre  et  attribué  à  la 
fabrication  grecque  de  Kittion,  les  deux  déesses  sont  assises. 
Il  y  a  cependant  là  un  rapprochement  qui  s'impose.  On  sait 
que  Carthage  était  en  grande  relation  avec  File  de  Chypre. 
Je  rappellerai  ici  que  nous  avons  trouvé  dans  la  même 
nécropole  la  stèle  funéraire  d'un  «  homme  de  Kitti  »,  le 
Ccthini  de  la  Bible  et  le  Kittion  des  Grecs. 

IV.  —  La  figurine  qui  nous  reste  à  décrire  a  été  trouvée 
le  13  mai  dernier  dans  une  fosse,  profonde  de  deux  mètres, 
près  des  ossements  d'un  enfant,  avec  un  biberon  et  une 
dizaine  à'unguentaria.  Cette  terre  cuite  représente  un  per- 
sonnage chevauchant.  Nous  avions  déjà  rencontré  ce  sujet 
cinq  fois,  mais  chacune  de  ces  pièces  de  plastique  est  sortie 
d'un  moule  différent;  la  pose  du  personnage  et  celle  du 
cheval  varient  plus  ou  moins  dans  chaque  exemplaire. 

La  dernière  de  ces  figurines  trouvée  mesure  0  '"  14  de 
hauteur.  Elle  est  d'argile  rouge  pâle,  pres([ue  jaunâtre, 
conservant  des  traces  d'engobe  blanc.  Le  personnage  dirige 
sa  monture  à  droite;  il  est  vêtu  d'une  tunique  courte  rete- 
nue par  une  ceinture.  Le  bras  droit  est  pendant,  tandis  que 
le  gauche  tient  les  rênes  du  cheval  ;  sur  la  poitrine  passe  une 
courroie  en  bandoulière  ;  la  coiffure  est  le  bonnet  conique 
s'élargissant  à  la  base  pour  porter  une  sorte  de  couvre- 
nuque.  Le  personnage  regarde  de  face. 

On  peut  comparer  à  cette  figurine  celle  qui  fut  trouvée 
dès  les  premiers  jours  des  fouilles,  le  12  janvier  1898.  Je 
l'ai  publiée  dans  le  Premier  mois,  p.  9,  fig.    15. 

Je  suis  heureux  de  pouvoir  accompagner  ces  descriptions 
de  deux  photographies  et  de  deux  excellents  dessins  dus  à 
la  plume  de  M.  le  manjuis  d'Anselme  de  Puisaye. 


437 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secuf.taire  perpétuel  présente,  au  nom  de  son  confrère, 
M.  Héi'on  de  Villefosse,  les  brochures  suivantes  : 

Remarques  sur  les  inscriptions  de  Taoura  (Constantine,  1903,  in-8°; 
extr.  du  volume  publié  à  l'occasion  du  cinquantième  anniversaire  de 
la  fondation  de  la  Société  archéologique  de  Constantine)  ; 

Remarques  épigraphiques,  III à  V il I  {Paris  et  Vienne,  in-8»;  extr. 
de  la  Revue  épir/raphique,  janvier-mars  1903)  ; 

No/e  sur  une  mosaïque  nouvelle  du  jardin  Chevillot  à  Hippone 
(Paris,  1902;  extr.  du  Bulletin  archéologique,  1901). 

Le  Secrétaire  perpétuel  présente,  en  outre,  au  nom  de  M.  le  duc 
de  Loubat,  la  suite  de  l'importante  publication,  faite  à  ses  frais,  par 
M.  Ed.  Seler,  du  Codex  Vaticanus  n°  3773  (Codex  Vaticanus  B).  First 
half  :  Text  of  the  obverse  side.  Second  half  :  Text  of  the  reverse  side 
and  explanatory  tables  (Berlin  and  London,  1902-1903,  2  vol.  in-4o). 

M.  le  Ministre  de  la  justice  du  royaume  de  Belgique  adresse  à 
r.\cadémie  un  nouveau  volume  du  Recueil  des  anciennes  coutumes  de 
la  Belgique,  publié  sous  ses  auspices  :  Coutumes  des  pays  et  comté 
de  Flandre.  Quartier  de  Gand,  tome  Vlll.  Coutume  du  vieux  bourg  de 
Gand ,  par  M.  D.  Berten ,  conseiller  à  la  Cour  d'appel  de  Gand 
(Bruxelles,  1903,  in-4<'). 

L'éditeur  des  Manuali  Hoepli  adresse  à  l'Académie  les  n°*  332  à 
338  de  cette  publication:  1.  LWstronomia  delV  antico  Teslamento,  da 
Giovanni  Schiaparelli  ;  11.  L'Islamismo,  dal  prof.  Italo  Pizzi;  111.  Lette- 
ratura  araba,  dal  prof.  I.  Pizzi  ;  IV.  Letteratura  assira,  da  B.  Teloni 
Milano,  1903,  4  vol.  in-12). 

M.  Ilartwig  Derenbourg  offre  à  l'Académie  un  opuscule  dont  il  est 
l'auteur  :  Louis  de  Clercq  et  Gaston  Paris,  deux  notices  nécrologiques 
(Madrid,  1903,  12  p.).  Il  ajoute  : 

"  Ces  deux  notices  ont  été  rédigées  pour  la  Real  Academia  de  la 
Ilisfnria,  de  Madrid,  qui  mêles  a  demandées  pour  les  insérer  dans  son 
Boletin.   Louis  de   Clercq   est   connu   de   l'Académie   qui    a    reçu    et 


438  LIVRES   OFFERTS 

accepté  de  sa  succession  la  somme  nécessaire  à  l'achèvement  du 
Catalogue  méthodique  et  raisonné,  dont  il  avait  publié  de  son  vivant 
les  deux  premiers  volumes.  Quant  à  Gaston  Paris,  son  deuil  est  porté 
ici  par  l'unanimité  de  ses  confrères,  comme  il  est  porté  ailleurs  par 
tous  ceux  qui  ont  eu  la  bonne  fortune  d'un  contact  même  passager 
avec  ce  grand  esprit,  avec  cette  belle  âme.  Vu  la  destination  de  mou 
travail,  je  l'ai  limité  à  une  bibliographie  ibérique  de  Gaston  Paris. 

<(  J'ajouterai  que,  dans  une  occasion  récente,  je  me  suis  fait  un 
devoir  de  rendre  hommage  à  deux  grands  disparus  de  notre  Acadé- 
mie, tous  deux  morts  prématurément,  laissant  derrière  eux  chacun 
son  sillon  de  lumière  dans  des  sciences  renouvelées.  Le  mardi  15  de 
ce  mois,  l'Association  franco-écossaise,  sur  la  route  du  Bourg- 
d'Oisans  au  Lautaret,  faisait  halte,  un  peu  avant  d'arriver  à  La  Grave, 
devant  une  modeste  pierre  placée  sur  le  talus,  surmontée  d'une  croix 
et  rappelant  par  une  inscription  la  mort  tragique  de  notre  cher  Abel 
Bergaigne,  le  6  août  1888.  C'est  avec  un  profond  recueillement 
qu'Ecossais  et  Français  ont  accueilli  l'évocation  de  cette  personna- 
lité si  modeste,  si  droite,  si  ardente,  que  notre  éminent  secrétaire 
perpétuel  a  su  faire  revivre  devant  vous  dans  voire  séance  publicjue 
du  13  nov.  IS'.IC).  ,1e  n'ai  vu  ([u'à  ni'ins])iiH'r  de  sa  belle  monographie, 
ainsi  ({ue  de  mon  afTeclion  pour  l'homme  et  [)Our  l'interprète  inventif 
(|ui  a  transformé  la  chronologie  cl  l'exégèse  des   Védas. 

«  Deux  jours  plus  taid,  au  banquet  de  la  même  Association  à  Uriage, 
j'ai  rappelé  la  mémoire  du  grand  (ihampollion,  de  François  Champol- 
lion,  dit  le  Jeune,  ([ui,  né  le  23  décembre  1790  à  Figeac,  fut  élevé  à 
Grenoble,  où,  après  une  série  de  tâtonnements,  il  découvrit  le  déchif- 
frement des  hiéroglyphes  et  eut  le  pressentiment  (jue,  selon  son 
expression,  il  tenait  son  affaire.  Champollion  n'a  appartenu  à  notre 
Compagnie  que  depuis  1830  jusqu'à  sa  mort  subite  le  4  mars  1832. 
On  dit  que,  se  sentant  atteint  par  le  mal  cjui  devait  l'emporter,  il 
montra  à  quelques  amis  présents  le  manuscrit  de  sa  Grammaire 
éf/iJl'tienne ,  ouvrage  qui  fut  publié  après  sa  mort  par  son  frère  de 
183(3  à  1841,  et  que  le  fondateur  de  la  science  égyptologique  s'écria 
avec  une  légitime  fierté  :  «  'Voilà,  j'espère,  ma  carte  de  visite  à  la 
postérité,  » 


SÉANCE     DU    2     OCTOBRE    1903  439 


SÉANCE  DU  2  OCTOBRE 


M.  Omont  lit  une  iiolice  sur  les  anciens  catalogues  des  manu- 
scrits de  la  Bibliothèque  nationale. 

L'Académie,  sur  la  proposition  de  la  Commission  des  Ecoles 
d'Athènes  et  de  Rome,  émet  un  avis  favorable  à  des  demandes 
de  prolongation  de  séjour  à  l'École  d'Athènes  et  à  l'Ecole  de 
Rome,  savoir  :  1°  d'une  troisième  année  à  MM.  Jardé  et  Lefèvre, 
et  d'une  deuxième  année  à  M.  Bizard ,  membres  de  l'Ecole 
d'Athènes;  2°  d'une  deuxième  année  à  MM.  Maynial,  Périnelle 
et  Zeiller,  membres  de  l'Ecole  de  Rome. 

L'Académie  se  forme  en  comité  secret  pour  entendre  la  lecture 
du  rapport  de  M.  Collignon  sur  les  travaux  des  membres  des 
Ecoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome,  pendant  l'exercice  1902- 
1903'. 

M.  S.  Reinach  montre  les  photographies  de  deux  belles  minia- 
tures appartenant  à  un  missel  qui,  du  couvent  de  Salem,  a  passé 
à  la  bibliothèque  de  Heidelberg  ;  ce  manuscrit  fut  acquis  à 
Paris  en  1765,  l'année  de  la  vente  de  la  bibliothèque  de  M™*'  de 
Pompadour,  et  une  tradition,  probablement  fondée,  veut  qu'il  en 
ait  fait  partie.  Les  miniatures,  dont  l'une  représente  Dieu  le  Père 
et  l'autre  la  Crucifixion,  sont  des  œuvres  importantes  d'un  peintre 
bourg-uignon  de  talent  aux  environs  de  l'an  1400;  M.  Reinach 
y  reconnaît  la  même  main  que  dans  un  tableau  circulaire  du 
Louvre,  portant,  au  revers,  les  armes  de  Bourgogne,  qu'on  a 
attribué,  avec  grande  vraisemblance,  au  peintre  gueldrois  Malouel 
ou  Manuel.  L'ensemble  et  les  détails  révèlent  des  influences  sien- 
noises  et  florentines  qui  ont  dû  s'exercer,  à  la  fin  du  xiv*'  siècle, 
sur  tous  les  peintres  et  miniaturistes  franco-flamands. 

1.  Voir  ci-après. 


440 


APPENDICE 


RAPPORT    DE    LA    COMMISSION    DES    ÉCOLES    FRANÇAISES    d' ATHÈNES 
ET    DE    ROME    SUR    LES    TRAVAUX    DE    CES    DEUX    ÉCOLES 

PENDANT    LES    ANNÉES    1901-1002, 
PAR    M.    MAXIME    COLLIGNON,    MEMRRE    DE    l'aCADÉMIE, 

lu  dans  la  séance  du  2  octorre  1903. 

Messieurs, 

Votre  rapporteur  ne  saurait  passer  sous  silence  les  fêtes 
qui,  le  2  mai  1903,  ont  marqué  une  date  importante  dans 
l'histoire  des  travaux  de  l'Ecole  d'Athènes.  L'achèvement 
des  fouilles  de  Delphes,  la  remise  du  musée  au  p^ouverne- 
ment  hellénique  ont  été  célébrés  avec  éclat.  M.  Chaumié, 
ministre  de  l'Instruction  publique,  avait  tenu  à  apporter 
lui-même  le  témoig-nage  de  la  sympathie  avec  laquelle  les 
pouvoirs  publics,  en  France,  ont  suivi  l'œuvre  accomplie 
par  l'Ecole.  Accompagné  de  MM.  Bayet,  directeur  de  l'en- 
seignement supérieur,  et  Roujon,  directeur  des  Beaux-Arts, 
il  a  fait  le  voyage  de  Delphes  pour  y  présider  la  cérémonie, 
et  en  présence  des  ministres  délégués  par  le  gouvernement 
hellénique  ,  de  M.  l'ambassadeur  de  France  à  Constanti- 
nople ,  des  membres  de  la  légation  d'Athènes,  des  direc- 
teurs des  Instituts  archéologiques  d'Allemagne,  d'Amé- 
rique, d'Angleterre  et  d'Autriche,  il  a  rendu  hommage  au 
succès  de  cette  belle  exploration,  aujourd'hui  terminée,  et 
si  heureusement  conduite  par  M.  Homolle.  Notre  confrère 
en  a  retracé  l'histoire;  il  a  dit  la  part  (|ui  revient  à  ses 
prédécesseurs  et  à  ses  collaborateurs;  il  a  remercié  ceux 
qui  lui  ont  prêté  leur  concours,  et  en  particulier  M.  Liard, 
('   l'avocat  infatigable    et  toujours   écouté  de  cette   grande 


RAPPORT    SUR    LES    ÉCOLES    d'aTHÈNES    ET    DK    HOME        4il 

entreprise  »  ;  il  a  rappelé  que  l'édifice  où  se  célébrait  la  fête, 
le  musée  où  trouvent  place  les  œuvres  d'art  découvertes 
dans  les  fouilles,  est  dû  à  l'initiative  généreuse  d'un  Hellène, 
André  Syngros ,  et  à  la  piété  de  sa  veuve  qui  a  libérale- 
ment continué  son  rôle  de  donateur;  il  a  annoncé  que  l'on 
verrait  bientôt  relevé  de  ses  ruines ,  par  la  sollicitude  du 
Dème  d'Athènes,  un  des  plus  beaux  monuments  de  Delphes, 
le  Trésor  des  Athéniens.  Ce  qu'il  n'a  pu  dire,  ce  que  vous 
savez,  et  ce  qu'ont  proclamé  les  orateurs  parlant  au  nom 
de  la  France  et  de  la  Grèce,  c'est  à  quel  point  les  fouilles  de 
Delphes  sont  son  œuvre,  et  tout  ce  que  le  succès  final  doit 
à  son  habile  direction  et  à  sa  persévérante  énergie.  L'Aca- 
démie a  été  heureuse  de  recueillir  l'écho  de  ces  fêtes,  qui 
ont  été  tout  à  l'honneur  de  notre  mission  savante  de  Grèce'. 

Si  le  champ  de  fouilles  de  Delphes  est  définitivement 
clos,  il  n'est  pas  à  craindre  qu'après  ce  grand  effort  l'acti- 
vité de  l'École  se  ralentisse.  Cette  année  même,  le  Prési- 
dent de  l'Académie  a  fait  part  à  ses  confrères  de  la  nouvelle 
libéralité  faite  à  l'École  par  M.  le  duc  de  Loubat.  Grâce 
à  cette  donation,  par  laquelle  notre  savant  correspondant 
témoigne  de  l'intérêt  qu'il  porte  aux  études  archéologiques, 
M.  HomoUe  se  trouve  en  mesure  de  reprendre  l'exploration 
de  l'île  de  Délos,  où  il  a  déjà  fait  de  si  brillantes  décou- 
vertes. Le  matériel  de  Delphes  a  été  transporté  à  Délos.  Le 
déblaiement  du  sol  de  l'île  va  être  poursuivi  dans  les  con- 
ditions les  plus  favorables.  On  est  en  droit  d'espérer  qu'une 
prochaine  campagne  de  fouilles  ne  sera  pas  moins  heureuse 
que  les  précédentes. 

Les  travaux  dont  votre  rapporteur  doit  rendre  compte 
représentent  les  recherches  personnelles  des  membres  de 
l'École  pendant  l'année  1901-1902.  L'École  comptait  cinq 
pensionnaires  :  M.  Mendel,  qui  avait  obtenu  le  bénéfice 
très  justifié  d'une  quatrième  année;   M.  Granger,  membre 

1.  Voir  la  communication  de  M.  Bayet,  Comptes  rendus,  1903,  p.  212. 


ii2         RAPPORT    SUR    LES    ÉCOLES    d'aTHÈNES    ET    DE    ROME 

de  seconde  année,  et  MM.  .lardé,  Toudouze,  et  Lefebvre 
qui  accomplissaient  leur  première  année  de  séjour  en  Orient. 
Une  place  vacante  avait  été  réservée  à  M.  Lechat,  chargé 
de  cours  à  l'Université  de  Lyon.  Comme  notre  confrère, 
M.  Pottier,  l'année  précédente,  M.  Lechat  avait  pour  mis- 
sion de  donner  à  ses  jeunes  camarades  des  leçons  pratiques 
d'archéologie  dans  les  musées  d'Athènes  ;  il  est  à  peine 
besoin  d'ajouter  (ju'il  l'a  fait  avec  un  plein  succès.  Enlin  il 
convient  de  rappeler  que  les  membres  de  la  section  étran- 
gère, Belges  et  Hollandais,  ont  participé  aux  travaux  de 
l'École,  et  collaboré  à  ses  publications.  MM.  Vollgraiî  et 
Laurent  ont  donné  des  articles  au  BuUotin  de  correspon- 
dance hellénic/ue. 

M.  Mendel  n'a  pas  envoyé  de  mémoire,  mais  il  avait  à 
coordonner  les  résultats  très  riches  des  explorations  pour- 
suivies fructueusement  pendant  les  années  précédentes,  et 
continuées  cette  année  même.  Il  ;i  publié  dans  le  Bulletin 
un  rapport  sur  la  campagne  de  fouilles  qu'il  a  faite  à  Tégée, 
en  1900-1901,  et  qui  a  amené  la  découverte  de  nouvelles 
sculptures  provenant  du  temple  d'Athéna  Aléa.  II  a  inséré 
dans  le  même  recuiil  une  intéressante  étude  sur  le  musée 
de  Konia.  M.  Mendel  n'en  est  plus,  d'ailleurs,  à  faire  ses 
preuves  d'explorateur  sagace  et  d'érudit. 

Le  mémoire  de  M.  Oranger,  membre  de  seconde  année, 
a  pour  titre  :  Essai  sur  le  développement  commercial  et 
industriel  du  Piréo.  11  n'y  faut  chercher  ni  archéologie,  ni 
épigraphie,  ni  même  une  description  topographicpie  précise 
et  détaillée.  C'est  le  Pirée  moderne  et  contemporain  que 
M.  Oranger  étudie  au  point  de  vue  purement  économique. 
L'auteur  était  peut-être  mieux  préparé  par  ses  études  anté- 
rieures à  traiter  im  sujet  de  cette  nature,  qu'à  aborder  une 
question  touchant  à  l'anticpité.  Son  travail,  écrit  facile- 
ment et  bien  composé,  ne  manque  pas  d'intérêt.  M.  Oranger 


RAPPORT    SLK    LES    ÉCOLES    d'aTIIÈNES    KT    DE    ROME        443 

paraît  avoir  fait  tout  ce  qui  dépendait  de  lui  pour  suppléer 
à  rinsuffîsance  et  aux  inexactitudes  des  statistiques  oiïL- 
cielles;  il  a  consulté  les  agents  consulaires  français  et 
même  étrangers,  et  s'est  ainsi  procuré  des  documents 
imprimés  ou  manuscrits  qu'il  a  mis  en  œuvre  avec  adresse. 
On  remarquera  sa  conclusion,  appuyée  sur  des  considé- 
rations très  judicieuses.  Il  ne  croit  pas  au  très  brillant 
avenir  que  les  Grecs  rêvent  pour  le  Pirée.  Après  avoir  défini 
les  conditions  dans  lesquelles  s'est  produit  l'essor  de  cette 
prospérité  industrielle  et  commerciale,  qui  a  porté  la  popula- 
tion de  cette  ville  de  onze  mille  habitants  quelle  avait  vers  le 
milieu  du  dernier  siècle  au  chiffre  de  soixante  mille,  qu'elle 
dépasse  aujourd'hui,  il  soutient,  par  de  très  bonnes  raisons, 
qu'elle  est  destinée  à  décroître,  ou  tout  au  moins  à  rester 
stationnaire,  plutôt  qu'à  s'augmenter  indéfiniment.  Selon  lui, 
le  Pirée  n'est  pas  appelé  à  rivaliser  un  jour  avec  Marseille, 
Gênes,  Trieste  ,  ou  même  Salonique.  Ce  ne  sera  jamais, 
dans  la  Méditerranée,  qu'un  bon  port  de  second  ordre. 

M.  Jardé  a  envoyé  comme  travail  de  première  année  une 
étude  sur  23  inscriptions  découvertes  dans  les  fouilles  de 
Delphes.  Toutes  sont  des  actes  amphictioniques,  apparte- 
nant à  la  période  pendant  laquelle  les  Etoliens  furent  maîtres 
de  l'assemblée,  c'est-à-dire  de  278  à  180.  La  plupart  de 
ces  textes  sont  des  fragments  très  incomplets;  quelques- 
uns,  mieux  conservés,  ne  présentent  pas  un  très  grand  inté- 
rêt. Il  faut  noter  parmi  ceux-ci  les  décrets  des  amphictions 
en  faveur  d'un  citharède  d'Athènes,  d'un  médecin  de  Cos 
qui  exerçait  son  art  à  Delphes  et  avait  soigné  avec  zèle  les 
pèlerins  qui  s'adressaient  à  lui,  enfin  d'un  hiéromnémon 
athénien.  Le  décret  des  amphictions  reconnaissant  l'àcruÀia 
de  Téos  vient  se  joindre  à  la  nombreuse  série  publiée  par 
notre  confrère  Waddington.  Les  listes  nouvelles  des  hié- 
romnémons  n'ont  rien  ajouté  de  bien  important  à  ce  que 
l'on  connaissait  déjà  pour  la  même  époque;  il  ne  paraît  pas 


444       RAPPORT    SLR    LES    ÉCOLES    D  ATHÈNES    ET    DE    ROME 

possible  d'établir  un  rapport  certain  entre  le  nombre  des 
hiéromnémons  étoliens,  qui  varie  de  5  à  14,  et  le  dévelop- 
pement de  la  puissance  étolienne. 

M.  Jardé  s'est  acquitté  avec  conscience  de  la  tâche  qui 
lui  avait  été  confiée;  il  a  revu  sur  les  originaux  presque 
toutes  les  copies  qui  lui  avaient  été  remises,  corrigé  ou 
complété  quelques-unes  des  lectures,  discuté  les  détails  de 
la  chronologie,  cherché  à  identifier  les  personnages  nommés 
dans  les  inscriptions.  Notre  confrère,  M.  Foucart,  signale 
cependant  une  petite  erreur  à  corriger  dans  le  commentaire 
du  n"  18.  L'envoyé  du  roi  Attale  qui  porte  le  titre  de  5  et:! 
Twv  £pYo)v  ^^«^lAty.wv  n'était  pas  chargé  de  surveiller  la  con- 
struction d'un  édifice  que  celui-ci  élevait  ;i  Delphes  :  c'était 
le  directeur  des  ateliers  royaux  que  les  Attalides  exploitaient 
et  où  ils  faisaient  travailler  un  grand  nombre  d'esclaves 
des  deux  sexes.  L'esclave  royale  que  ce  fonctionnaire 
affranchit  par  forme  de  vente  k  Apollon  était  employée 
dans  l'un  de  ces  ateliers. 

Depuis  longtemps,  les  collections  réunies  dans  les  musées 
d'Athènes  ont  fourni  aux  membres  de  l'Ecole  française  des 
sujets  d'étude.  Les  catalogues  des  vases  peints,  des  terres 
cuites  et  des  bronzes  du  Musée  national,  celui  des  bronzes 
du  musée  de  l'Acropole,  ont  été  publiés  dans  la  Bihliothèque 
des  Écoles  d'Athènes  et  de  Rome,  et  la  variété  des  signa- 
tures atteste  que  plusieurs  générations  ont  collaboré  à  cette 
œuvre  d'inventaire  scientifique.  M.  Cavvadias  a  bien  voulu 
réserver  à  l'Ecole  française  le  soin  de  dresser  le  catalogue 
des  scul[)turcs  du  musée  de  l'Acropole.  D'accord  avec  lui, 
M.  Homolle  a  confié  cette  mission  à  M.  Toudouze,  membre 
de  première  année.  11  n'est  guère  de  travail  qui  puisse  être 
plus  profitable  à  un  jeune  archéologue,  car  on  sait  quelles 
richesses  dart  contient  ce  musée.  Outre  les  magasins,  qui 
renferment  beaucoup  de  morceaux  encore  peu  étudiés,  les 
dix  salles  (jui   le    composent  sont  occupées  exclusivement 


RAPPORT    SUR    LP:S    ÉCOLES    d'atHÈNES    ET    DE    ROME        445 

par  les  sculptures  trouvées  sur  l'Acropole;  dans  le  nombre 
fig-urent  les  œuvres  célèbres  qui  ont  renouvelé  l'histoire  de 
l'archaïsme  attique,  et  auxquelles  M.  Lechat,  étant  membre 
de  l'Ecole,  a  consacré  les  études  réunies  par  lui  en  un 
récent  volume. 

M.  Toudouze  a  envoyé  à  l'Académie  la  partie  du  cata- 
logue qu'il  a  eu  le  temps  de  rédiger  ;  elle  comprend  les 
sculptures  provenant  du  Parthénon,  de  l'Erechthéion,  et 
du  temple  dAthéna  Xiké.  Dans  une  introduction,  il  a  expli- 
qué les  raisons  qui  l'ont  décidé  à  procéder  ainsi,  et  à  ajour- 
ner l'étude  des  sculptures  archaïques,  pour  lesquelles  des 
travaux  d'identification  et  de  reconstitution  se  poursuivent 
dans  les  magasins  du  musée.  C'est  sur  les  monuments  de 
l'époque  classique  qu'il  a  fait  porter  ses  recherches. 

On  peut  se  demander  si  M.  Toudouze  s'est  suffisamment 
rendu  compte  de  l'objet  d'un  pareil  travail.  Il  semble  s'être 
préoccupé  beaucoup  plus  des  questions  d'organisation 
matérielle  du  musée  que  de  l'intérêt  scientifique  des  monu- 
ments qu'il  avait  à  décrire.  Pour  ne  parler  que  des  sculp- 
tures du  Parthénon,  il  rencontrait  des  morceaux  souvent 
étudiés  et  commentés,  comme  les  torses  d'Hermès  et  de 
Séléné,  et  des  fragments  plus  ou  moins  importants.  Pour 
les  premiers,  il  avait  à  coup  sûr  le  droit  de  faire  un  choix 
parmi  les  indications  bibliographiques  à  retenir  ;  mais  il 
est  permis  de  trouver  qu'il  a  singulièrement  écourté  la 
bibliographie,  en  se  bornant  le  plus  souvent  à  renvoyer  à 
l'ouvrage  de  M.  Michaelis.  Les  descriptions  sont  d'ailleurs 
très  sommaires.  A  lire  les  quelques  lignes  qu'il  consacre  à 
la  tête  de  cheval  du  fronton  ouest,  on  ne  se  douterait  guère 
de  l'importance  du  morceau  pour  l'étude  d'ensemble  du 
fronton,  et  on  y  chercherait  vainement  les  observations 
personnelles  que  peut  suggérer  l'étude  attentive  du  marbre 
original,  (juant  aux  fragments,  l'auteur  s'y  arrête  à  peine. 
Le  morceau  du  tronc  d'olivier  qu'a  publié  de  Laborde,  et 
dont  M.  Michaelis  signale  l'intérêt,  est  décrit  en  quelques 


4i6        RAPPORT    su  H    LES    ÉCOLES    d'aTHÈNES    ET    DE    ROME 

mots,  sans  aucune  référence.  AI.  Toudouze  ne  fait  aucun 
elloit  pour  proposer  des  identitications,  ou  tout  au  moins 
pour  discuter  celles  qui  ont  été  faites  antérieurement.  Les 
mêmes  critiques  s'appliquent  aux  autres  sections  du  cata- 
log-ue.  Les  descriptions  de  la  frise  de  l'Erechtliéion  et  des 
reliefs  de  la  balustrade  du  temple  dWthéna  Xiké  semblent 
être  de  sim[)les  liches  d  inventaire,  tant  elles  sont  écour- 
tées.  M.  Toudou/e  a  été  plus  heureux  en  étudiant  les  frag- 
ments de  la  frise  du  Parthénon  conservés  au  musée  de 
l'Acropole.  Il  a  pu,  en  les  rapprochant  des  dessins  attribués 
à  Garrey,  identifier  un  fragment  de  tête  féminine  coilfée  du 
cécryphale;  ce  morceau  appartient  à  la  figure  d'Aphrodite 
de  la  frise  orientale  qui  est  connue  seulement  par  le  mou- 
lage Choiseul-Gouffier.M.  Toudou/.e  l'étudié  dans  un  appen- 
dice, ainsi  que  deux  autres  fragments  auxquels  il  restitue 
leur  place  dans  la  frise.  En  résumé,  le  travail  de  M.  Tou- 
douze est  trop  souvent  resté  à  l'état  débauche,  et  il  faut 
regretter  qu'il  n'ait  pas  limité  encore  plus  le  champ  de  ses 
recherches  pour  assurer  sa  méthode  et  envoyer  à  l'Acadé- 
mie un  mémoire  plus  rigoureusement  documenté,  témoi- 
gnant qu'il  était  pré[)aré  à  sa  tâche.  Il  y  a  néanmoins  lieu 
d'espérer  que  le  catalogue  du  musée  de  l'Acropole  sera 
poursuivi,  et  prendra  place  parmi  les  travaux  de  même 
nature  publiés  par  l'Ecole  française  d'Athènes. 

M.  (i.  Lefebvre  s'est  donné  pour  tâche  d'étudier  l'hellé- 
nisme en  Egypte.  Membre  de  l'Ecole  d'Athènes,  il  réside  la 
plupart  (lu  temps  au  Caire,  où  sa  présence  est  un  témoignage 
de  la  ff'conde  association  établie  entre  nos  deux  grandes 
Ecoles  d'Orient.  Dès  son  airivéc  il  a  eu  la  bonne  fortune 
d'assister  aux  fouilles  de  M.  Pierre  .louguet,  chargé  de  mis- 
sion par  le  ininislcic  de  l'Iiist  l'iid  ion  pul>li(iiu'.  et  de  pouvoir 
étudier  sur  place  certaines  conséquences  fort  curieuses  de  la 
transplantation  de  riicllénismeen  Egypte.  Son  mémoire  est 
inlihilé  :   Un  frin/ili'   du    l'\ii/nùm   rnnsnrrr    ;\   des   dirinifés 


HAl'PORT    SUR    LES    ÉCOLES    d'aTHÈNES    ET    DE    ROME        447 

helléniques.  Il  a  pour  objet  les  découvertes  faites  dans  un 
temple  du  Kôni  de  Nahas,  situé  à  proximité  d  une  petite 
ville  de  l'époque  ptolémaïque  nommée  Magdola,  et  con- 
nue par  quelques  papyrus.  Ce  j)etit  sanctuaire  présente  une 
particularité  qui  méritait  d'attirer  l'attention  d'un  hellé- 
niste :  il  est  dédié  à  des  divinités  grecques.  On  devait  donc 
se  demander  quelles  causes  avaient  déterminé  l'introduction 
en  pleine  Egypte  de  ces  dieux  étrangers. 

M.  Lefebvre  décrit  avec  soin  le  monument;  il  en  fait 
comprendre  le  plan  et  la  structure;  il  explique  les  inscrip- 
tions g-recques  qui  étaient  gravées  ou  peintes  sur  l'édifice 
même;  il  décrit  quelques  fresques,  en  partie  conservées, 
dont  les  parois  étaient  ornées;  il  précise  à  l'aide  de  ces 
fresques  et  de  ces  inscriptions  le  caractère  et  les  attributions 
des  dieux  adorés  dans  le  snnctuaire;  il  date  l'introduction 
de  leur  culte  à  Mag-dôla.  Ce  plan  est  simple  et  clair;  l'au- 
teur aboutit  à  des  conclusions  plausibles  sur  ces  divers 
points.  Pourtant  on  peut  lui  reprocher  de  n'avoir  pas  appro- 
fondi suffisamment  les  parties  essentielles  et  importantes 
du  sujet.  Son  mémoire  très  court,  accompagné  de  quelques 
photographies,  suppose  un  travail  attentif  et  consciencieux 
sur  les  lieux  ;  mais  on  sent  que  l'auteur  n'a  pas  eu  le  loisir 
de  poursuivre  des  recherches  dans  les  bibliothèques  pour 
interpréter  le  sens  des  monuments. 

Deux  inscriptions  gravées  sur  pierre  donnent  le  nom  du 
dieu  Héron,  premier  possesseur  du  sanctuaire.  On  lui  a 
plus  tard  adjoint,  ou  bien  il  a  vu  lui  succéder  deux  dieux 
cavaliers,  sans  doute  les  Dioscures,  dont  les  images  peintes 
recouvrent  les  anciennes  dédicaces  à  Héron.  D'autres 
fresques  et  des  graffites  attestent  l'existence,  sur  le  même 
emplacement,  d'un  culte  de  Sérapis  et  d'Isis;  enfin  on  y  a 
trouvé  aussi  une  statuette  d'Harpocrate.  Tels  sont  les  élé- 
ments dont  on  dispose  pour  reconstituer  l'histoire  religieuse 
du  temple.  D'après  les  dates  fournies  par  les  inscriptions 
elles-mêmes,  le  culte  de  Héron  était   florissant  à  Madgôla 


448        RAPPORT    SLR    LES   ÉCOLES    d' ATHÈNES    ET    DE    ROME 

au  début  du  i*"""  siècle  avant  J.-C.  Le  stvle  des  fresques  et 
l'épigraphie  font  descendre  à  une  époque  beaucoup  plus 
basse,  vers  la  fin  du  iF  siècle  après  J.-C,  les  honneurs 
rendus  aux  dieux  cavaliers,  à  Sérapis  et  à  Isis. 

M.  Lefebvre  a  bien  établi  ces  points  essentiels,  mais  il 
ne  montre  pas  comment  ces  cultes  différents  se  sont  super- 
posés. Héron  est  un  dieu  thrace,  et  l'auteur  a  réuni  les 
témoignages  qui  expliquent  l'introduction  de  cette  divinité 
en  Egypte  par  une  colonie  de  soldats  thraces;  l'armée 
des  Lagides  renfermait  en  effet  des  mercenaires  thraces  et 
galates.  Après  la  chute  des  Lagides,  il  est  probable  que 
les  colons  thraces  quittèrent  le  pays,  et  furent  remplacés 
par  des  colons  romains  ;  c'est  alors  que  ceux-ci  substituèrent 
à  l'ancien  dieu  les  Dioscures,  Sérapis  et  Isis. 

Ainsi  présentée  par  l'auteur,  cette  solution,  un  peu  trop 
simple,  ne  paraît  pas  tenir  compte  des  éléments  les  plus 
intéressants  du  problème.  Il  faudrait  d'abord  prouver  que 
les  Thraces,  à  l'époque  romaine,  avaient  complètement 
évacué  les  lieux,  ce  qui  n'est  pas  du  tout  certain.  11  ne 
s'agit  plus,  après  deux  siècles,  d'une  garnison  militaire, 
mais  d'une  colonie  ngricole  installée  depuis  plusieurs  géné- 
rations. N'y  a-t-il  pas  eu,  au  contraire,  fusion  lente  entre 
l'ancienne  popvilation  ptolémaïque  et  les  nouveaux  éléments 
romains?  Héron  ;i-t-il  été  brusquement  supplanté  par  les 
Dioscures  et  les  autres  dieux,  ou  n'y  a-t-il  pas  lieu  de  croire 
qu'une  confusion  très  naturelle  s'est  établie  entre  cet  obscur 
héros  de  la  Thrace  et  les  grands  dieux  cavaliers  de  la 
Grèce?  Les  documents  rassemblés  par  Albert  Dumont  sur 
le  dieu  thrace  montrent  l'importance  de  son  caractère 
équestre.  Or,  non  seulement  les  Dioscures  sont  les  dieux 
cavaliers  par  excellence,  mais  dans  l'inscription  peinte  de 
Magdôla,  ils  sont  désignés  uniquement  par  le  titre  de 
«  grands  dieux  invincibles  et  héros  ».  La  ressemblance  de 
ces  dieux  grecs  cavaliers  avec  le  dieu  thrace  cavalier,  de 
ces  héros  avec  le  dieu  Héron,  aurait  dû  frapper  M.  Lefel^vre. 


RAPPORT    SUR    LES     ÉCOLES    d'aTHÈNES    ET    DE    ROME        449 

Ce  fait  très  intéressant  lui  aurait  fourni  l'occasion  d'écrire, 
s'il  s'en  était  avisé,  un  curieux  chapitre  d'histoire  reli- 
gieuse. 

En  poursuivant  plus  loin  ses  investigations,  l'auteur 
aurait  reconnu  que  le  dieu  cavalier  a  eu  dans  l'Egypte 
romaine  et  chrétienne  une  fortune  singulière.  Il  aurait  cité 
les  représentations  d'Horus  lui-même,  transformé  en  saint 
Georges,  comme  on  le  voit  sur  un  bas-relief  du  Louvre.  Il 
aurait  aussi  tiré  parti  des  fouilles  si  heureuses  exécutées 
dans  le  Kôm  de  Baouît  par  un  membre  de  l'Ecole  du  Caire, 
M.  Clédat,  et  mentionné  les  quatre  cavaliers  qui  figurent 
dans  une  des  chapelles  sous  des  formes  si  curieuses.  S'il 
avait  fait  ces  comparaisons,  il  aurait  reconnu  la  justesse 
du  rapprochement  établi  par  Albert  Dumont  entre  saint 
Georges  et  le  cavalier  thrace,  et  compris  que  c'était  là  une 
suite  naturelle  de  son  sujet.  Il  eût  saisi,  dans  un  de  ses 
chaînons,  la  filiation  entre  le  monde  barbare  hellénisé,  le 
monde  romain,  et  le  monde  chrétien.  Il  faut  souhaiter  que 
M.  Lefebvre  profite  de  ces  observations,  formulées  par 
notre  confrère  M.  Pottier,  étende  ses  recherches,  ajoute 
aux  faits  très  intéressants  qu'il  a  constatés  un  commen- 
taire scientifique,  et  donne  ainsi  à  son  travail,  déjà  très 
méritoire,  toute  la  valeur  qu'on  est  en  droit  d'attendre. 

Ce  n'est  pas  la  première  fois  que  l'Ecole  d'Athènes 
tourne  son  activité  du  côté  de  l'Egypte.  Déjà,  en  1894,  le 
séjour  de  M.  Jouguet  au  Caire  attestait  que  l'accord  s'était 
établi  entre  notre  mission  de  Grèce  et  la  mission  fran- 
çaise du  Caire  pour  se  partager  l'étude  des  antiquités  de 
l'Egypte,  l'histoire  de  l'Egypte  ptolémaïque  appartenant 
à  bon  droit  au  domaine  de  Ihellénisme.  Les  résultats  de 
cette  entente  n'ont  pas  tardé  à  se  manifester.  En  1901  et 
1902,  l'intervention  de  M.  Liard  a  permis  à  M.  Jouguet, 
guidé  par  les  conseils  de  M.  Maspero ,  d'entreprendre  au 
Fayoûm  des  fouilles  fructueuses,  auxquelles,  dans  la 
seconde    campagne ,    il    a    associé     son    jeune    camarade 


4.^0        P.Al'i'OKT    SUR    LES    ÉCOLES    d'aTHÈNES    ET    DE    ROME 

M.  Lefebvre'.  La  publication,  dans  le  Bulletin  de  correspon- 
dance hellénique^  des  papyrus  trouvés  à  Mag-dôla  est  d'un 
heureux  augure.  Elle  prouve  que  l'Ecole  d'Athènes  ne  se 
désintéresse  pas  de  ces  études  papyrolog-iques  qui,  dans  ces 
derniers  temps,  ont  pris  un  si  rapide  essor,  et  auxquelles 
sont  dues  de  si  précieuses  découvertes.  L'initiative  prise 
par  M.  Homolle  est  allée  au-devant  d'un  vœu  récemment 
exprimé  par  l'Académie ,  et  notre  Compagnie  ne  peut  que 
souhaiter  de  voir  le  ministère  de  l'Instruction  publique 
encourager  ces  recherches. 


Il 


Les  deux  mémoires  qui  nous  viennent  de  l'Ecole  de 
Rome  sont  des  travaux  étendus,  exigeant  une  longue  pré- 
paration. Ils  témoignent  que  leurs  auteurs,  MM.  Merlin  et 
Calmette,  membres  de  seconde  année  pendant  l'année  1901- 
1902,  n'ont  point  perdu  de  temps  pour  se  mettre  à  Tœuvre, 
et  ont  utilement  profité  de  leur  séjour  au  Palais  Farnèse. 

M.  Merlin  envoie  à  l'Académie  un  mémoire  de  222  pages 
grand  in-i",  intitulé  :  Lch  cultes  étrangers  sur  CAventin  à 
l'époque  rcpiihlicainc.  Celte  monographie,  si  ample  qu'elle 
soit,  n'est  qu'une  partie  dun  ouvrage  projeté  dont  l'auteur 
esquisse  le  plan  dans  l'Introduction.  M.  Merlin  se  propose 
d'écrire  une  histoire  complète  de  la  région  Aventine,  envi- 
sagée à  tous  les  points  de  vue,  topographique,  économique, 
politique  et  religieux,  depuis  les  origines  jusqu'en  to5  de 
l'ère  chrétienne. 

Des  limites  purement  géographicjues  ne  suffiraient  pas  à 
donner  de  l'unité  à  un  pareil  sujet,  si,  en  fait,  et  par  suite 


1.  M.  Joiifjiict  a  rendu  compte  .'i  rAcadémic  de  ses  deux  missions  et  de 
Sfs  lunillos  à  Mi}ilinel-Ghi'>riin  cl  à  Médinel-cn-Malias.  Comptes  rendus, 
1902,  p.  :5'iO-359. 


RAPPORT    SLR    LES    ÉCOLES    d"aT11È.\ES    ET    DE    ROME        431 

de  circonstances  particulières,  le  mont  Aventin  n'avait  eu 
un  rôle  spécial  et  une  sorte  de  personnalité  qui  permît  d'en 
détacher  l'histoire  de  l'ensemble  de  l'histoire  romaine. 
L'x\ventin,  resté  jusqu'au  temps  de  Claude  en  dehors  du 
pomerium  urbain,  a  été  à  la  fois  le  centre  commercial  de 
Rome  et  le  quartier  plébéien,  où  habitaient  côte  à  côte  les 
marchands  romains  et  les  marchands  étrangers.  C'est  Jà 
que  se  sont  installés  tout  d'abord  les  cultes  étrangers, 
importés  par  les  trafiquants  de  tous  pays  à  l'état  de  cultes 
privés,  et  transformés  ensuite  en  cultes  publics  par  l'inter- 
vention de  l'Etat  romain.  C'est  également  l'Aventin  que 
l'Etat  a  assigné  comme  résidence  à  un  certain  nombre  de 
divinités  d'origine  italique,  qu'il  avait  transplantées  lui- 
même,  de  sa  propre  initiative  et  le  plus  souvent  par  «  évo- 
cation »,  au  cours  des  guerres  engagées  par  la  République 
avec  les  peuples  voisins.  L'Aventin  a  donc  été,  pendant 
des  siècles,  comme  une  ville  séparée  de  l'autre,  une  cité 
plébéienne  mêlée,  ayant  des  intérêts  distincts  de  ceux  de  la 
cité  patricienne,  limitée  par  le  pomerium,  et  sa  religion  à 
part. 

Quartier  plébéien  et  centre  commercial,  ces  deux  carac- 
tères, qui  se  pénètrent  réciproquement,  et,  au  point  de  vue 
religieux,  aboutissent  aux  mêmes  résultats,  suffisent  à 
M.  Merlin  pour  expliquer  jusque  dans  le  détail  la  naissance, 
la  croissance,  l'évolution  sur  place,  et  l'introduction  dans 
la  cité  officielle  des  cultes  peu  à  peu  réunis  sur  l'Aventin. 
C'est  là  proprement  l'originalité  de  son  mémoire,  qui  est  la 
mise  en  œuvre  de  faits  connus  mais  complexes,  et  ramenés 
par  lui  à  un  petit  nombre  de  causes  auxquelles  ce  groupe- 
ment synthétique  donne  un  haut  degré  de  probabilité  et 
presque  d'évidence.  Ces  faits  ont  déjà  été  maintes  fois  dis- 
cutés, et  M.  Merlin  rencontrait  sur  son  chemin  bien  des 
théories  qui  lui  ont  donné  l'occasion  d'exercer  son  sens  cri- 
tique. D'une  manière  générale,  on  peut  dire  qu'il  a  une 
tendance  marquée  à  réagir  contre  la  critique  négative,  celle 

1903.  31 


452      nAi'1'nitT  srii  les  écoles  d'atiiènes  et  de  home 

qui  récuse  à  tout  propos  les  témoignag-es  des  textes,  sauf  à 
les  remplacer  par  des  hypothèses.  Ainsi,  pour  prendre 
comme  exemple  un  auteur  particulièrement  décrié,  M.  Mer- 
lin rend  toute  leur  valeur  historique  aux  assertions  de 
Denys  d'Halicarnasse  concernant  la  loi  Icilia  de  Aventino 
piiblicando  (io6)  et  la  stèle  que  l'auteur  déclare  avoir  vue 
dans  le  temple  de  Diane  sur  1"  Aven  lin. 

Ce  n'est  pas  à  dire  que  le  sens  critique  de  M.  Merlin 
n'ait  jamais  subi  l'influence  d'idées  préconçues.  On  peut 
trouver  que  l'auteur  a  maintenu  trop  large,  au  point  de  vue 
religieux,  la  séparation  entre  les  patriciens  et  les  plébéiens; 
trop  étroite,  par  conséquent,  la  solidarité  entre  les  plébéiens 
et  les  commerçants  étrangers.  A  partir  du  moment  où  les 
plébéiens  sont  introduits  dans  la  cité  par  Servius  Tullius, 
surtout  depuis  que  les  lois  Liciniennes  leur  ont  ouvert  l'ac- 
cès du  consulat  et  reconnu  le  droit  d'auspices,  il  semble 
qu'il  n'y  ait  pas  lieu  de  considérer  toutes  les  divinités 
reconnues  ou  importées  par  l'Etat  conmie  intéressant 
exclusivement  ou  tout  spécialement  les  plébéiens.  Le  fait 
que  ceux-ci  sont  restés  exclus  de  certains  sacerdoces 
archaïques  n'autorise  pas  à  maintenir,  au  sein  de  la  cité 
unifiée,  la  coexistence  et  presque  l'antagonisme  de  deux 
religions  distinctes.  11  y  a  là  des  antithèses  que  l'auteur 
pourra  atténuer  en  revisant  son  travail  pour  l'encadrer  dans 
l'œuvre  définitive. 

En  attendant,  il  n'est  pas  mauvais  que  les  grandes  lignes 
du  plan  soient  aussi  nettement  tracées.  M.  Merlin  a  fait 
preuve  dans  son  mémoire  d'une  érudition  de  bon  aloi  et 
d'une  aptitude  remarquable  à  construire  un  ensemble  avec 
des  faits  dispersés,  dont  bon  nombre  sont  d'ordre  psycholo- 
gique et  exigent  des  procédés  d'analyse  particulièrement 
délicats.  On  ne  peut  qu'encourager  les  membres  de  notre 
Ecole  de  Home  à  aborder  ces  problèmes  d'histoire  religieuse, 
qui  passent,  k  tort  ou  à  raison,  pour  avoir  été  trop  délaissés 
jusqu'ici  par  nos  compatriotes. 


liAl'I'UKT    SIK    LES    ÉCOLES    0  ATHÈNES    ET    DL    ROME         i-33 

M.  Joseph  Galmette,  qui  avait  obtenu,  il  y  a  deux  ans, 
le  diplôme  d'archiviste-paléographe  en  présentant  à  l'École 
des  Cliartes  une  thèse  fort  appréciée  sur  les  Relations  de 
Louis  XI avec  Jean  II  d\Aragon  et  le  principal  de  Catalogne, 
s'est  vu  tout  naturellement  amené  à  poursuivre  des 
recherches  analogues  sur  la  période  suivante,  celle  du  règne 
de  Charles  VIII. 

Il  nous  adresse  un  mémoire  fort  bien  documenté  sur  la 
Politique  espagnole  en  France  et  en  Italie,  de  Vavènement 
de  Ferdinand  le  Catholique  au  traité  de  Marcoussis,  c'est- 
à-dire  de  1479  à  1498.  C'est  le  moment  où  les  souverains 
espagnols,  spéculant  sur  l'envie  qu'éprouvait  Charles  VIII 
de  courir  sa  grande  aventure  italienne,  parvinrent  à  se  faire 
rétrocéder  le  Roussillon  et  la  Cerdagne.  Puis  c'est  la  longue 
série  de  manœuvres  par  lesquelles,  sans  rompre  le  traité 
de  Barcelone,  qui  les  liait  à  la  France,  ils  trouvèrent 
moyen  de  faire  échec  à  Charles  VIII  en  Italie  et,  grâce  à  la 
Sainte  Ligue,  dont  ils  furent  les  inspirateurs  et  les  chefs, 
ruinèrent  son  entreprise.  Mais,  à  peine  le  roi  de  France 
avait-il  dû,  par  suite  de  leurs  intrigues,  rebrousser  chemin 
et  lâcher  prise,  qu'un  nouveau  projet  de  conquête  du 
royaume  de  Naples  s'ébauchait  entre  les  deux  cours,  pour 
être  exécuté  cette  fois  de  compte  à  demi  par  la  France  et 
l'Espagne. 

Les  documents  sur  lesquels  s'appuie  M.  Calmette  pour 
reconstituer  cette  lutte  vraiment  trop  inégale  entre  un 
prince  naïf  et  téméraire  tel  que  Charles  VIII  et  un  modèle 
d'adresse  astucieuse  comme  Ferdinand  le  Catholique,  sont 
en  grande  partie  empruntés  aux  Archives  de  l'Espagne. 
Quelques  pièces  utiles  ont  été  aussi  tirées  des  Archives  de 
Lisbonne  et  de  Vienne  en  Autriche,  un  plus  grand  nombre 
des  divers  dépôts  d'archives  français  et  de  la  Bibliothèque 
nationale.  Mais  l'auteur  a  surtout  profité  de  son  séjour  en 
Italie  pour  mettre  largement  à  contribution  les  Archives  du 
Vatican,   de  Naples,  de   Florence,   de   Gênes,    de  Modène. 


454        KAl'PUKT    SUK    LKS    ÉCOLliS    d'aTHÈiNKS    Kl     ûL:    ROME 

celles  de  Venise  et  celles  de  Milan.  Ces  dernières  avaient 
bien  été  dépouillées,  il  y  a  plus  de  vingt  ans,  pour  cette 
même  période,  par  M.  Fr.  Delaborde;  mais  le  plan  de  son 
ouvrage,  l  Expédition  de  Charles  VIII  en  Italie ,  ne  com- 
portait aucune  publication  de  textes,  et  M.  Calmette,  en 
donnant  in  extenso  plusieurs  de  ces  relations  ou  de  ces 
correspondances,  contribue  à  faire  encore  mieux  connaître 
des  négociations  que  le  duc  de  Milan,  Ludovic  le  More, 
suivait  d'un  œil  particulièrement  attentif. 

Les  nombreuses  pièces  que  M.  Calmette  reproduit  en 
appendice  ou  en  note  paraissent  soigneusement  transcrites, 
et  sont  pour  la  plupart  très  fidèlement  et  ingénieusement 
interprétées.  Notre  confrère  M.  Valois  ne  fait  d'exception 
(jue  j)oui-  le  bref  adressé  par  Alexandre  VI,  le  12  mai  1  i94, 
au  sultan  Bajazet  (pièce  just.,  xix,  p.  328).  M.  Calmette, 
qui  semble  s'être  mépris  sur  le  sens  de  ce  texte  d'ailleurs 
peu  correct,  en  tire  la  conséquence  assez  surprenante  que 
le  sultan  aurait  osé  recommander  au  pape  un  prince  chré- 
tien, un  vassal  du  Saint-Siège,  le  roi  de  Naples  Ferrand. 
C'est  sans  doute  Alexandre  VI  qui,  après  avoir  à  deux 
reprises  recommandé  le  roi  Ferrand  à  Bajazet,  fît  de 
même  pour  son  successeur,  le  nouveau  roi  de  Naples 
Alphonse  II,  en  priant  le  sultan  de  respecter  le  territoire 
napolitain  i\  l'égal  des  états  du  Saint-Siège.  Cette  interpré- 
tation est  seule  conforme  au  texte  et  beaucoup  plus  vrai- 
semblable. 

Quand  M.  Calmette  aura  complété  ses  recherches  par  le 
dépouillement  des  chroniques  du  temps  et  d'autres  ouvrages 
imprimés  qu  il  reconnaît  n'avoir  pas  eu  encore  le  moyen 
de  consulter,  quand  il  aura  terminé  ses  investigations  dans 
les  grands  dépôts  parisiens,  qui  lui  réservent  peut-être 
encore  (juehiue  surprise,  il  sera  en  mesure  de  donner  une 
étude  instructive  et  fort  intéressante  sur  l'histoire  diploma- 
tique de  la  l''rance,  dr  lltalie  et  de  l'Espagne  durant  les 
vingt  dernièrrs  années  du  xv'"  siècle. 


RAPPORT   SUR    LES    ÉCOLES    d'aTHÈNES    ET    DE    ROME    •     455 

Aux  termes  du  règlement  de  l'Ecole,  les  membres  de 
première  année  ne  sont  pas  tenus  de  remettre  un  mémoire. 
Mais,  guidés  par  les  conseils  de  notre  éminent  confrère, 
Mg-r  Duchesne,  ils  n'ont  pas  tardé  à  se  mettre  à  l'œuvre 
pour  amasser  des  matériaux. 

11  s'en  faut  d'ailleurs  que  les  travaux  analysés  dans  ce 
rapport  représentent  toute  l'activité  de  l'Ecole.  Les  Mélanges 
d'histoire  et  d' ai^chéologic  en  réclament  une  partie;  mais 
surtout,  au  cours  de  l'année  1901-1902,  la  série  in-i"  de  la 
Bibliothèque  des  Ecoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome 
s'est  accrue  de  plusieurs  fascicules  témoig-nant  (ju'une 
g-rande  œuvre  scientifique,  le  dépouillement  des  registres 
des  papes,  est  toujours  conduite  avec  la  même  ardeur.  Deux 
livraisons  du  Liber  censuum ,  dont  la  publication  a  été 
inaugurée  en  1889  par  le  regretté  Paul  F'abre,  ont  paru  en 
1901  et  1902  par  les  soins  de  Mgr  Duchesne,  avec  le  con- 
cours de  M.  René  Poupardin.  M.  Auvray  a  publié  le 
septième  fascicule  des  reg-istres  de  Grég-oire  IX.  M.  Deprez 
a  commencé  la  publication  ou  l'analyse  des  lettres  closes , 
patentes  et  curiales  de  Clément  VI  se  rapportant  à  la 
France.  M.  Coulon  a  fait  paraître,  avec  une  annotation  très 
soig-née,  le  troisième  fascicule  des  lettres  secrètes  et  patentes 
de  Jean  XXII,  et  entrepris,  avec  MM.  Bourel  de  La 
Roncière  et  ,1,  de  Love  le  dépouillement  des  reg-istres 
d'Alexandre  IV.  Le  premier  volume,  dû  à  M.  Bourel  de  La 
Roncière,  a  paru  en  1902.  M.  Jean  Guiraud  a  donné  le  cin- 
quième fascicule  des  lettres  d'Urbain  IV.  M.  Vidal  a  com- 
mencé en  1902  la  publication  des  Lettres  communes  de 
Benoît  XII  qui  doivent  être  rapprochées  des  Lettres  closes, 
patentes  et  curiales  du  même  pape,  dont  la  publication  a 
été  entreprise  par  M.  Georges  Daumet.  M.  Lecacheux  a 
donné  un  premier  fascicule  des  lettres  secrètes  et  curiales 
du  pape  Urbain  V.  Il  est  à  peine  besoin  de  rappeler  l'im- 
portance des  matériaux  que  fournit,  pour  l'histoire  de  la 
papauté  et  des  relations  des  Etats  chrétiens  avec  la  cour  de 


4ott  LIVRES    OFFERTS 

Rome,  cette  grande  enquête  scientifique,  poursuivie  aujour- 
d'hui, parallèlement  k  la  France,  par  le  Vatican,  l'Alle- 
magne, l'Angleterre  et  l'Espagne. 

Les  traditions  de  travail  sont  depuis  longtemps  établies 
au  Palais  Farnèse;  elles  y  sont  plus  que  jamais  en  vigueur. 
Cette  année,  le  Congrès  des  sciences  historiques  et  la  célé- 
bration du  Centenaire  de  la  Villa  Médicis  ont  attiré  à  Rome 
plusieurs  membres  de  l'Académie.  En  recevant  à  l'Ecole 
française  le  plus  cordial  accueil,  ils  ont  pu  se  rendre  compte 
du  zèle  qui  anime  nos  jeunes  compatriotes,  et  de  l'airectueuse 
confiance  qu'ils  témoignent  à  leur  directeur;  ils  ont  pu  juger 
de  la  place  que  tient  l'Ecole  dans  la  société  savante  de 
Rome.  L'Académie  connaît  de  longue  date  les  heureux 
résultats  dûs  à  la  haute  autorité  de  Mgr  Duchesne.  Mais 
votre  rapporteur  ne  saurait  se  refuser  le  plaisir  de  traduire 
ici  les  impressions  qu'il  a  partagées  avec  ses  confrères. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  SECRï^riAiRE  PERPÉTUEL  déposo  SUT  le  bupeau  de  l'Académie  le 
troisième  fascicule  des  Comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie 
pour  l'année  1903,  mai-juin  fParis,  1903,  in-S»}.  Il  rappelle  ({ue  le 
hulleliii  doit  èlie  disliihué  au  cominouceiiieiit  du  second  mois  (pii 
suit  la  période  qu'il  embrasse. 

Pour  répondre  à  une  observation  de  M.  Ci.ermont-Ganneai-,  le 
Secrétaire  perpétuel  invite  les  membres  (|ui  ont  des  épreuves  en 
correction  d'avoir  soin  de  les  rendre  aussitôt  que  possible  |)Our  que 
cette  règle  ne  soit  pas  enfreinte.  Celte  régularité  est  indispensable 
pour  soutenir  rinlc'iél  (pii  s'attache  à  cette  publication. 


SÉANCE   DU   9    OCTOBRE 


M.  le  Ministre  de  rinstruction  publique  et  des  beaux-arts, 
dans  une  lettre  qu'il  adresse  au  Secrétaire  perpétuel,  invite 
TAcadémie  à  désigner,  en  exécution  de  l'article  6  de  l'ordon- 
nance du  31  décembre  1846,  un  de  ses  membres  pour  remplacer 
M.  Gaston  Paris  dans  le  Conseil  de  perfectionnement  de  l'Ecole 
des  Chartes. 

Cette  désignation  sera  portée  à  Tordre  du  jour  de  la  prochaine 
séance. 

Le  capitaine  Lenfant  écrit  au  Secrétaire  perpétuel  pour  lui 
annoncer  qu'après  un  excellent  voyage,  la  mission  vient 
d'atteindre  Garua  et  qu'elle  va  se  remettre  en  route  avec  le  canot 
«  Benoît  Garnier  ».  C'est  donc  avec  ses  propres  moyens  que  la 
mission  va  s'avancer  vers  le  Tchad. 

M.  Cavvadias,  correspondant  de  l'Institut,  adresse  à  l'Acadé- 
mie un  exemplaire  du  règlement  provisoire  du  Congrès  interna- 
tional d'archéologie  qui  doit  se  tenir  à  Athènes  en  avril  1905. 

M.  Sexart,  au  nom  de  la  Commission  de  l'École  française 
d'Extrême-Orient,  propose  à  l'Académie  d'accorder  une  prolon- 
gation d'une  année  de  séjour  à  cette  École,  à  M.  Huber,  pension- 
naire. 

La  proposition  de  la  Commission  est  adoptée;  elle  sera  sou- 
mise, conformément  au  règlement  de  l'École,  à  la  ratification  de 
M.  le  Gouverneur  de  l'Indo-Chine. 

M.  PoTTiER  continue  la  lecture  de  quelques  chapitres  pris  dans 
le  III^  volume  du  Catalogue  des  vases  antiques  du  Musée  du 
Louvre,  en  particulier  sur  les  rapports  de  la  céramique  avec  le 
grand  art  et  sur  linvention  de  la  ligure  rouge. 


4o8  SÉANCE    DU    9    OCTOBRE    1903 

M.  Salomon  Reinacii  fait  observer  (jue  la  figure  d'Esculape  ne 
se  retrouve  ni  sur  les  vases  de  figure  noire  ni  sur  les  vases  de 
figure  rouge  qui  ont  suivi. 

Une  discussion  s'élève  à  ce  propos  et  au  sujet  d'autres  repré- 
sentations qui  se  trouvent  sur  les  vases  peints, 

M.  Ghavannes  présente,  au  nom  de  M,  Morisse,  premier  inter- 
prète de  la  Légation  de  F'rance  à  Péking,  un  mémoire  manuscrit 
intitulé  :  «  Contribution  préliminaire  à  l'étude  de  la  langue  et  de 
l'écriture  Si-hin.  »  Le  royaume  tangoutain  de  Si-hiu  a  duré  pen- 
dant deux  siècles  environ,  de  lan  1000  à  l'an  1227  de  notre  ère; 
il  occupait  les  rives  du  Fleuve  Jaune,  au  nord-ouest  de  la  Chine  ; 
il  a  eu  une  écriture  qui  était  restée  jusquici  fort  mystérieuse; 
un  livre  bouddhique  en  Si-hici,  découvert  à  Péking,  a  permis  à 
M,  Morisse  d'expliquer  j)lusieurs  mots  Si-hia  et  permettra  sans 
doute  d'arriver  à  l'intelligence  complète  de  cette  langue, 

"Vu  son  importance,  M.  Chavannes  propose  l'insertion  de  ce 
travail  dans  le  Recueil  des  Mémoires  des  Savants  élraïujers. 

Renvoi  à  la  Commission  des  travaux  littéraires. 

M.  IL  Omont  communique  la  reproduction  d'une  grande  bulle 
du  pape  Jienoît  VIH,  de  l'an  1017,  transcrite  sur  une  seule  feuille 
de  papyrus,  qui  mesure  près  de  1  '"  70  de  haut,  sur  0'"  lO  centi- 
mètres de  large. 

Peu  de  documents  originaux  de  ce  genre  sont  parvenus  jusqu'à 
nous,  à  cause  de  la  fragilité  de  la  matière  sur  laquelle  ils  étaient 
transcrits.  On  n'en  connaît  actuellement  qu'une  cpiinzaine  :  six 
en  F'rance,  cinq  en  Espagne,  deux  en  Italie  et  deux  en  Allemagne; 
tous  sont  datés  du  ix"  au  xi'-  siècle,  époque  à  laquelle  la  chancel- 
lerie pontificale  cessa  d'expéflier  ainsi  les  bulles  sur  papyrus, 
suivant  un  usage  imité  des  tlipl(")mes  iin|K'riaux  de  la  cour  de 
By/ance. 

En  même  temps  que  celte  bulle,  sont  entrés  récemnicnt  dans 
les  collections  (le  la  Hibliothècpie  nation.ilc  tiois  diplômes  ori- 
ginaux i\v  rois  (le  l''rance  :  deux  de  Cliarlos  le  Chaîne  iSIIÎ  et 
860)  et  un  de  Charles  le  Simple  (922;,  duiil  la  place  est  marquée 
dans  les  recueils  de  diplômes  publiés  par  l'Académie  des  inscrip- 
tions. 


LIVRES    OFFERTS 


459 


M.  Paul  Monceaux  expose  le  plan  d'un  recueil  général  des 
inscriptions  chrétiennes  d'Afrique.  Les  documents  de  ce  genre 
trouvés  en  Tunisie  et  en  Algérie  se  sont  multipliés  depuis 
quelques  années  avec  une  extraordinaire  rapidité;  on  en  compte 
actuellement  '1  000,  dont  beaucoup  sont  datés.  Ils  présentent  une 
grande  variété  et  souvent  un  véritable  intérêt  historique,  comme 
les  dédicaces  d'églises,  les  inscriptions  relatives  aux  martyrs  ou 
aux  dépositions  de  reliques,  les  mosaïques,  les  épitaphes  d'évêques 
ou  de  clercs,  même  les  simples  épitaphes  de  laïques  qui  per- 
mettent de  reconstituer  la  chronologie  et  la  répartition  géogra- 
phique des  formules.  M.  Monceaux  montre  par  quelques  exemples 
le  profit  qu'on  peut  tirer  de  ces  documents  pour  l'étude  des 
antiquités  chrétiennes  ou  du  christianisme  local.  La  plupart  de 
ces  inscriptions  étaient  jusqu'ici  peu  connues  et  d'accès  difficile; 
elles  ont  été  publiées  au  hasard  des  découvertes,  dans  une  foule 
de  revues  de  France  ou  d'Afrique,  d'ordinaire  avec  un  commen- 
taire insuffisant.  Elles  ne  pourront  être  sérieusement  utilisées  par 
les  historiens  qu'après  avoir  été  réunies  et  étudiées  dans  un 
recueil  méthodique.  Il  faut  entreprendre  pour  l'Afrique  chré- 
tienne un  travail  analogue  à  celui  qui  a  été  fait  pour  d'autres 
régions,  notamment  par  De  Rossi  pour  Rome  et  par  Le  Blant 
pour  la  Gaule. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  le 
fascicule  d'avril-juin  1903  du  Bulletin  de  V École  française  d'Extrême- 
Orient,  tome  III,  n°  2  (Hanoï,  1902,  in-8°). 

M.  Léger  offre  de  la  part  de  M.  Alexandre  Kraushaar  le  cinquième 
volume  de  VHisloire  de  la  Société  royale  des  amis  des  sciences  de 
Varsovie  (Ci'acovie  et  Varsovie,  1904,  librairie  Gebethner  et  Wolff). 
Les  volumes  antérieurs  de  cet  important   ouvrage  ont  déjà  été  pré- 


460  SÉANCE    DU    16    OCTOBRE    1003 

sentes  à  l'Académie  (voir  Comptes  rendus,  années  1901,  p.  818,  et 
1002,  p.  714,  et  le  Journal  des  Savants,  n°  de  mai  1903).  Le  cinquième 
volume  va  de  1820  à  1824, 

M.  Clermont-Ganneau  dépose  sur  le  bureau  la  2S''  livraison  du 
tome  V  de  son  Recueil  d'archéologie  orientale  (Paris,  1903,  in-8"),dont 
voici  le  sommaire  :  —  §57  :  Deux  statues  phéniciennes  à  inscriptions. 

—  §  ;J8  :  Nouvelle  inscription  grecque  du  pays  de  Tyr.  —  §  S9  : 
Fiches  et  notules  :  Echmoun  de  Sidon  et  Melkart  de  Tyr.  —  Hame- 
lielot  et  'Ain  El-DjAIoût.  —  Inscriptions  grecques  du  Pont.  — 
La  destination  des  inscriptions  sinaïliqucs.  —  Inscriptions  du  Safà. 

—  Ardoula.  —  L'inscription  de  Pacliomios  du  Ouàd  er-Rebàbé.  — 
Hiereus  [R.  A.  O.,  V,  1671.  —  §  60  :  Le  oi'  f.ixà;  et  Dimas  le  mauvais 
larron.  —  §  61  :  Les  Bohémonds  princes  d'Antioche,  successeurs  de 
Renaud  de  Châtillon,  d'après  les  sources  arabes.  —  Additions  et  rec- 
tifications. —  Table  des  figures  dans  le  texte. —  Table  des  planches 
hors  texte.  —  Table  des  matières. 

M,  Bouché-Leclercq  offre  à  l'Académie  le  premier  volume  de  son 
Histoire  des  Lagides.  Les  cinq  premiers  Ptolémées,  323-181  av.  J.-C. 
(Paris,  1903,  in-8°). 


SÉANCE   DU    46   OCTOBRE 


M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  et  des  beaux-arts 
transmet  à  l'Académie  le  rapport  que  vient  de  lui  adresser  M.  le 
Directeur  de  l'Ecole  française  de  Rome  sur  les  travaux  des 
membres  de  ladite  Kcole. 

H  envoi  à  la  Commission  des  Écoles  françaises  d'Athènes  et  de 
Rome. 

L'Académie  procède  à  la  désignation  de  Tun  de  ses  membres 
pour  rem]>lacer  M.  Gaston  Paris  dans  le  Conseil  de  perfection- 
nement de  riù'ole  des  Chartes. 

M.  Laik  est  élu. 


SÉANC1-:    DU    16    OCTOBRE    1003  461 

M.  Omont  adresse  au  Secrétaire  perpétuel  la  note  suivante  : 
«  Le  R.  P.  Louis  Petit,  supérieur  des  Augustins  de  l'Assomp- 
tion, à  Constantinople,  adresse  à  TAcadémie,  au  nom  du  R.  P. 
Pargoire,  une  note  sur  les  lettres  d'Ignace  de  Constantinople, 
communiquées  par  M.  Serruys  dans  les  séances  des  9  et  30  jan- 
vier dernier. 

«  Le  P.  Pargoire  estime  que  ces  lettres  ne  doivent  être  attri- 
buées, ni  à  Ignace  de  Constantinople,  comme  le  pense  M.  Serruys, 
ni  à  Théophane  de  Nicée,  comme  l'a  supposé  récemment 
M.  (iédéon,  mais  à  Ignace  de  Nicée,  disciple  de  saint  Taraise 
(-j-  806).  L'auteur  de  ces  lettres  est  en  eiTet  le  métropolite  des 
évoques  tou  Taiou  et  twv  Nou;x£ptxcov,  l'un  et  l'autre  sulTragants  de 
Nicée,  et  qu'il  accable  de  reproches  ;  dans  une  autre  lettre,  au 
spatliarocandidat  Nicolas,  il  déplore  une  surcharge  d'impôts,  qui 
est  comme  un  affreux  ouragan  pour  l'église  de  Nicée;  enfin,  il  écrit 
au  métropolite  de  Carie,  qui  s'était  rendu  à  Constantinople,  ses 
regrets  de  ce  que,  celui-ci  n'étant  pas  passé  par  Nicée,  il  ait  ainsi 
manqué  l'occasion  de  le  voir  en  personne.  » 

M.  Hamy  communique  une  lettre  de  M.  Chevalier  dont  l'expé- 
dition à  l'Est  du  Tchad,  subventionnée  par  l'Académie,  continue 
à  se  poursuivre  avec  un  succès  complet.  Cette  lettre,  datée  des 
marais  de  Koulfê  sur  le  Bahr  Salamat,  fait  savoir  que  la  mission 
française  a  contourné  le  lac  Iro,  en  a  relevé  les  bords  et  est  par- 
venue sur  le  Bahr  Salamat  à  150  kilomètres  au  N,-0.  du  point 
qu'avait  atteint  Nachtigal  en  1873.  Le  lac  Iro  est  une  nappe 
d'eau,  orientée  N.-E.-S.-O.,  mesurant  18  kilomètres  de  longueur 
sur  9  kilomètres  dans  sa  plus  grande  largeur.  Le  Bahr  Salamat 
est  un  cours  d'eau  qui  draine  une  partie  du  Wadaï  qui  passe  à 
8  kilomètres  au  sud  du  lac  Iro  et  reçoit,  150  kilomètres  plus  loin, 
le  déversoir  du  lac  sorti  de  son  extrémité  occidentale.  Après  une 
course  de  180  kilomètres  dans  la  direction  G  —  15"  S.,  le  Bahr 
Salamat  va  tomber  dans  le  Chari  à  60  kilomètres  en  aval  du  Fort 
Archambault. 

Les  habitants  de  cette  zone  marécageuse  appartiennent  à  la 
grande  famille  des  Goullas,  et  c'est  grâce  à  leur  genre  de  vie,  au 
milieu  des  marais,  qu'ils  ont  échappé  jusqu'à  ces  derniers  temps 
aux  razzias  des  Arabes.  M.  Chevalier  annonce  en  terminant  qu'il 
part  pour  Tchechna,  la  capitale  du  Baghirmi. 


462  SÉANCt:    DU    16    OCTOBRE    1903 

M.  Gauckler.  correspondant  de  Tlnstitut,  expose  les  progrès 
de  Texploration  méthodique  des  restes  de  la  domination  romaine, 
qu'il  a  entreprise  dans  le  Sud  de  la  Tunisie,  grâce  au  précieux  et 
dévoué  concours  des  oiïiciersdu  Service  des  affaires  indigènes. 

MM.  les  lieutenants  (ioulon  et  Moreau  ont  poursuivi  cette 
année  les  recherches  relatives  au  limes  TripoUlanus ,  en 
déblayant,  d'une  part  le  camp  de  la  \'II''  cohorte  à  Tlalet  (Tala- 
lati),  et  de  laulre,  dans  la  vallée  de  lOued  Gordab,  un  très  inté- 
ressant fort  d'arrêt,  bari'ant  le  passage  de  la  voie  transversale 
qui  établissait  une  communication  directe  entre  le  camp  et  la 
mer. 

M.  le  capitaine  Donan  a  déterminé  avec  précision  le  tracé  de 
la  grande  route  stratégique  de  Gabès  à  Tebessa  dans  sa  partie 
médiane,  entre  Aqiine  Tacapitanne  et  Gafsa,  à  travers  le  Chott 
Fedjedj.  Il  a  retrouvé,  encore  en  place,  une  cinquantaine  de 
bornes  miliaires  qui  nous  renseignent  de  la  façon  la  plus  com- 
plète sur  cette  importante  artère.  En  outre,  il  a  reconnu  l'exis- 
tence de  deux  voies  secondaires,  l'une  menant  de  Gafsa  à  Turris 
Tamalleni,  et  l'autre  deTozeur  à  la  cote,  à  travers  le  lîledSegui. 

Le  principal  effort  de  la  Direction  des  Antiquités  de  Tunisie 
est  porté  sur  le  port  de  Giçfhli,  Bou-Grara,  où  les  fouilles  com- 
mencées depuis  trois  ans  seulement  ont  déjà  pris  un  dévelop- 
pement comparable  à  celles  de  Timgad.  Les  travaux  ont  été 
conduits  cette  année  par  MM.  Sadoux,  inspecteur  des  .Antiquités, 
et  les  lieutenants  Chauvin  et  Jeangérard. 

Sont  déjà  dég-agés  actuellement  :  le  Forum,  l'un  des  plus  com- 
plets que  l'on  connaisse,  avec  son  Capitole,  ses  temples  de 
Sérapis,  d'.Apollon,  de  la  Concorde  Panthéo.  d'Hercule,  du  divin 
Auguste,  sa  basilique  et  sa  curie;  les  temples  dllygie  et  d'Isis, 
dans  le  quartier  de  la  marine  ;*celui  de  Mercure,  dominant  toute 
la  cité;  le  macellum  ou  marché;  les  Thermes  publics,  pavés  de 
belles  mosaïques,  parmi  lesquelles  cinci  tableaux  figurant  des 
groupes  de  lutteurs  qui  entourent  Mercure,  prolecteur  des  jeux 
de  la  palestre;  enfin  une  luxueuse  villa  suburbaine  de  style  pom- 
péien, dont  le  sol  est  pavé  de  mosaï(|ues  et  les  murs  revêtus  de 
fresques.  L'une  de  celles-ci  représente  un  marihand  de  fleurs 
avec  liiiscriplion  suivante  :   Vende  /clin. 

Les    fouilles   ont    fait    découvrir   de    fort    belles    sculptures, 


LlVliHS    OFFKHTS  463 

notamment  des  têtes  colossales  de  Sérapis,  d"Hercule,  des  statues 
de  la  Concorde,  de  Cjbèle  assise  sur  un  fauteuil  entre  deux  lion- 
ceaux, des  têtes  d'Isis,  de  Mercure,  des  bas-reliefs  en  marbre  ou 
en  stuc  ;  puis  un  grand  nombre  de  dédicaces,  qui  fournissent  des 
indications  circonstanciées,  non  seulement  sur  Thistoire  muni- 
cipale de  Gighli,  mais  sur  de  hauts  fonctionnaires  de  l'Empire. 
La  dernière  inscription  découverte  est  relative  à  un  indigène, 
C.  Messius  Memmius  Pacatus,  comblé  d'honneurs  par  Trajan  et 
Hadrien.  Ce  personnage  appartenait  à  la  tribu  nomade  des 
Cinithiens,  où  Tacfarinas  trouva  ses  plus  indomptables  auxi- 
liaires, et  qui,  cent  ans  plus  tard,  était  fixée  au  sol  et  déjà  à  demi 
romanisée.  M.  Gauckler  prend  texte  de  ce  document  pour  éta- 
blir nn  parallèle  entre  la  politique  de  Rome  et  celle  de  la  France 
à  regard  des  grands  chefs  de  tribus  du  Sud  Tunisien  et  montre 
comment,  à  vingt  siècles  de  distance,  l'histoire  de  l'ancienne 
province  d'Afrique  se  recommence  exactement  aujourd'hui. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  offre,  au  nom  des  auteurs,  les  ouvrages 
suivants    : 

Un  hypocauste  gallo-romain  à  Bavary,  par  MM.  André  Doutriaux  et 
Maurice  Bauclioud,  avocats  à  Valenciennes  (Valenciennes ,  1903, 
in-S»); 

Répertoire  et  carte  paléoethnologique  du  département  de  Saône-et- 
Loire,  par  MM.  Chantre  et  Savoye.  Congrès  de  Montauban,  1902 
(extr.  des  Comptes  rendus  de  l'Association  pour  ravancement  des 
sciences,  Paris,  in-8°)  ; 

Les  Coréens,  esquisse  anthropologique,  par  MM.  Ernest  Chantre  et 
Emile  Bourdaret.  Congrès  de  Montauban,  1902  (extr.  de  la  même 
publication,   Paris,  in-8"). 

M.  Salomon  Reinach  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai    l'honneur    d'olfrir    à    l'Académie    de   la    part    de    l'auteur, 


464  LtVRES    OFFERTS 

M.  Aveneau  de  La  Grancière,  un  petit  volume  intitulé  :  Le  préhisto- 
rique et  les  époques  (/nuloises,  f/allo-roniaine  et  mérovingienne  clans 
le  centre  de  la  Bretagne  Armorique.  Ces  notices,  éclairées  par  une 
illustration  abondante  et  des  cartes,  sont  le  fruit  des  explorations  de 
l'auteur,  (jui  est  vice-président  de  la  Société  Polymathique,  dans  une 
région  jusqu'à  présent  fort  négligée  du  Morbihan.  Déjà,  il  y  a 
quelques  années,  par  son  opuscule  sur  les  montagnes  d'Arrhées, 
M.  Paul  du  Chatellier  nous  avait  convaincu  que  l'Armorique  recèle 
encore  des  cantons  pres([ue  inexplorés;  M.  Aveneau  de  La  Grancière 
donne  une  preuve  nouvelle  des  surprises  qui  attendent  le  voyageur 
archéologue  à  quelques  lieues  de  centres  très  fréquentés.  Ses 
recherches  ont  porté  sur  l'arrondissement  de  Pontivy  et,  en  parti- 
culier, sur  le  territoire  de  douze  communes  appartenant  aux  cantons 
de  (;iéguérec,  de  Pontivy  et  de  Baud,  et  couvrant  une  superficie  de 
36.000  hectares  environ.  Ce  travail  est  une  contribution  très  utile  à  la 
statistique  archéologicjue  de  la  Bretagne;  il  continue  dignement  ceux 
des  antiquaires  zélés  auxquels  la  Société  Polymathique  doit  son  bon 
renom  ». 

M.  Gagnât  offre  à  l'Académie,  de  la  part  do  M.  P.  Monceaux,  le 
premier  fascicule  de  son  Recueil  des  inscriptions  chrétiennes  de 
l'Afrique.  Ainsi  que  M.  Monceaux  l'a  expliqué  dans  la  dernière  séance 
de  l'Académie,  la  publication  commence  parles  inscri[)lions  grecques. 

M.  IIamy  offre  à  l'Académie  de  la  part  de  notre  correspondant, 
M.  le  duc  (le  Loubat,  le  premier  volume  de  la  collection  de  mémoires 
de  M.  1^(1.  Selersurla  linguistique  et  l'archéologie  américaines,  récem- 
ment publiée  aux  frais  du  donateur  [Gesainnielle  Ahliamllungen  zur 
Amerihanischen  Sprach- und  Allerlhunishunde,  won  Ed.  Seler.  Vol.  I. 
Berlin,  1902,  in-S",  xxviii-862  pp.). 

Ce  premier  volume  renferme  trente-trois  mémoires  ou  notes 
publiés  presque  tous  dans  la  Zeitschrift  fur  Ethnologie  et  consacrés 
à  la  linguistique  et  à  l'iconographie,  au  calendrier  et  aux  hiéroglyphes 
du  Mexicjue  et  du  Yucatan.  Il  n'y  a  pas  lieu  d'insister  sur  cette 
réédition,  qui  a  surtout  l'intérêt  de  grouper,  à  l'usage  des  spécia- 
listes, des  monographies  dont  ils  savent  apprécier  toute  la  valeur. 


SEANCE    DU    23   OCTOBRE 


M.  Degrand,  consul  de  France  à  Philippopnlis ,  adresse  à 
l'Académie  un  rapport  sur  ses  fouilles  en  Thrace,  pour  lesquelles 
il  a  reçu  une  subvention  sur  les  revenus  de  la  Fondation  Piot. 

Renvoi  à  la  Commission  Piot. 

M.  Glermont-Ganneau,  au  nom  de  M.  de  Vogué,  donne  lecture 
de  la  note  suivante  : 

«  Le  R.  P.  Delattre  m'a  adressé  Pestampage  d'une  inscription 
phénicienne  gravée  sur  la  face  latérale  d'un  petit  ossuaire  de 
pierre,  mis  au  jour  dans  le  déblaiement  d'un  des  puits  funé- 
raires de  la  colline  dite  Bordj-Djédid,  à  Cartilage. 

«   Elle  se  lit  ainsi,  sans  difficulté  : 

Urne  de  Ba  'altifton  (?)  fils  de    Whdmelqart. 

«  Le  premier  mot  qui  désigne  le  coffret  de  pierre  dans  lequel 
sont  rassemblés  les  ossements  du  défunt  s'est  déjà  rencontré 
deux  fois  en   phénicien.  Une  fois,  avec  le  sens  de  sarcophage, 

dans  l'inscription  de  Tabnith  :  (T  IINl  23U7 "]JN,  1.  2).  On 

l'a,  à  ce  propos,  rapproché  de  l'hébreu  ^iiN  [Gen.,  I,  26)  dési- 
gnant le  sarcophage  égyptien  qui  reçut  la  dépouille  du  patriarche 
Joseph,  et  de  l'araméen  x:^N  {C.  I.  S.,  II,  n'^  173)  signifiant 
également  sarcophage.  Mais  c'est  la  première  fois  qu'on  le  trouve 
pour  désigner  un  ossuaire.  Le  second  exemple  connu  en  phéni- 
cien se  trouve  dans  l'inscription  326  du  Corpus.  La  lecture  en 
est  absolument  certaine  d'après  la  planche.  C'est  un  ex-voto 
dun  certain  Arisus  qui  était  fahricanl  de  sarcophaçjes  et  d'os- 
suaires, n:iN  \:nn;  le  mot  est  ici  au  féminin  pluriel.  Le  même 
mot  désigne,  en  hébreu,  u  l'arche  d'alliance  »,  le  coffret  de  bois 
qui  renfermait  les  tables  de  la  Loi.  On  peut  donc  dire  qu'il  était 
commun  à  tous  les  dialectes  sémitiques  du  Nord,  avec  le   sens. 


46(i  SÉANCE    Df    23    OCTOBUE     1  î)03 

{^[•énéral  de  '(  coll're  »,  quelles  que  russent  la  matière  el  les  dimen- 
sions de  lobjel. 

«  Le  nom  du  défunt  est  écrit  très  distinctement  irrS"2,  forme 
qui  se  rencontre  pour  la  première  fois,  et  que  l'on  est  tenté  de 

prime  abord  d'interpréter  par  "jun  -\-  T^^VZ,  c'est-à-dire  le  nom 
de  la  déesse  nSvj  et  la  2''  pers.  fém.  de  l'imparfait  du  verbe  "jn:. 
Cependant  cette  interprétation  se  heurte  à  de  sérieuses  objec- 
tions. Nous  n'avons  jusqu  ici  aucun  exemple  certain  du  nom  de 
T\TJ2  entrant  en  composition  pour  la  formation  d'un  nom  propre; 
et,  d'autre  part,  le  nom  féminin  de  la  déesse  n'TTO'!?,  combiné 
avec  le  même  verbe,  a  donné  la  forme  "|n^ninw*"  (C  /.  S.,  I,  n°  7"2j 
et  non  pas  "ïnmn*>L^>.  C'est  donc  sous  toutes  réserves  que  nous 
risquons  cette  interprétation,  et  pour  ne  pas  éluder  une  diiïiculté 
qu'on  pourrait  facilement  résoudre  en  supposant  une  erreur  du 
graveur  qui  aurait  mis  un  T\  à  la  place  d'un  *  ;  on  aurait  alors  le 
nom  si  commun  de  Tn"''^"2,  Uiialynlon.  Observons  enlin  qu'une 
confusion  entre  deux  lettres  si  dissemblables  n'est  pas  naturelle 
el  tpie  la  gravure  du  texte  est  très  nette. 

«  Cette  petite  inscription,  malgré  sa  brièveté,  n'est  donc  pas 
dépourvue  d'intérêt,  et  nous  ne  pouvons  que  savoir  gré  au  U.  P. 
Delattre  de  nous  en  avoir  réservé  la  primeur  ». 

M.  E.-F.  Gautier  fait  une  communication  sur  des  découvertes 
archéologiques  el  épigraphiques  faites  au  cours  d'un  voyage  au 
Sahara,  avec  une  subvention  sur  la  Fondation  Benoît  Garnier: 

1"  L'iie  inscription  hébraïque  provcnaiil  du  Toual  el  qui  a  élé 
traduite  par  M.  Philippe  Berger; 

2"  Des  gravures  rupeslres  provenant  des  montagnes  Touareg. 
Ce  sont  des  gravures  d'animaux.  La  faune  est  moderne.  La  pré- 
sence du  chameau  prouve  que  les  gravures  sont  postérieures  au 
vu'"  siècle  après  J.-C.  .Malgré  leur  date  récenle,  elles  sont  inté- 
ressantes par  leur  dessin  étudié  ,  qui  contraste  avec  le  dessin 
sommaire  el  schématique  des  gravures  Sud-Oranaises  de  même 
époque.  Il  semble  tpie  ce  soit  un  témoignage  du  refoulement 
progressif  vers  le  ."^ml  (l'une  race  ou  d'un  état  de  civilisation. 
On  remarque  dans  ces  gravures  deux  sortes  de  figures  humaines: 
un  piéton  nii  el  armé  d'un  bouclier  ronfl  d'aspect  soudanais;  \\u 
méharisle  dr.ipé  ressembhml   au  Touareg  aeliiel. 


sêancf:  du  23  octomkr  1903  467 

3"  Des  inscriptions  en  caractères  Touareg  déconcertantes  par 
leur  nombre  et  leur  insigniliance.  Il  serait  pourtant  possible  de 
s'y  débrouiller  avec  l'aide  des  interprètes  et  des  scribes  indigènes 
d'In-Salal. 

En  somme,  il  y  a  là,  en  pays  Touareg,  un  champ  nouveau  qui 
s'ouvre  aux  recherches  archéologiques. 

Le  Président  demande  si,  comme  le  dit  M.  Gautier,  l'emploi 
du  chameau,  dans  le  Sud-Oranais,  ne  date  que  du  vu''  siècle. 

Après  une  discussion  oii  MM.  S.  Reinach  et  Hamy  appuient 
l'opinion  de  M.  Gautier,  et  M.  Dieulafoy  qui  se  prononce  pour 
l'opinion  contraire,  la  question  reste  à  l'élude. 

M.  de  Mathuisieulx  expose  à  l'Académie  les  résultats  de  son 
voyage  archéologique  en  Tripolitaine.  En  suivant  des  itinéraires 
que  nul  explorateur  n'avait  parcourus  avant  lui,  il  a  pu  visiter 
les  ruines  de  Sabratha  maritime,  l'un  des  trois  emporia  phénico- 
romains  qui  ont  valu  son  nom  à  la  Tripolitaine;  puis  les  ruines 
d'une  Sabratha  intérieure  dont  certains  historiens  avaient  nié 
l'existence. 

Dans  le  Djebel,  M.  de  Maihuisieulx  a  identihé  trois  stations 
du  limes  Tripolitanus^  d'après  l'itinéraire  d'Antonin.  Ce  sont  : 
Thamascaltin,  Thenteos  et  Asrou.  Puis  il  a  trouvé  une  des  voies 
anciennes  de  pénétration  vers  le  Fezzan,  celle  de  Rabta ,  Djen- 
douba,  Elmina  Ragda  et  SkifTa. 

Enfin  la  mission  a  découvert  une  très  dense  colonisation 
romaine  le  long  des  ouadi  SolTedjin,  Zemzem,  Refed,  Beni- 
Oullid,  dans  la  partie  orientale  du  vilayet.  Dans  cette  région,  les 
nécropoles  de  Ghirza  dépassent  en  beauté  tout  ce  qu'on  retrouve 
dans  cette  partie  de  l'Afrique.  Elles  procurent  en  outre  de 
curieux  et  précieux  renseignements,  tant  par  leur  riche  ornemen- 
tation que  par  leurs  inscriptions. 

Le  Président  félicite  M.  de  Mathuisieulx  des  résultats  de  son 
voyage  et  le  félicite  à  l'occasion  de  la  nouvelle  excursion  qu'il  va 
entreprendre. 


1903.  32 


468 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Président  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  le  premier  fasci- 
cule du  touic  X  des  Monunu'/ihrl  MôDioiri'x  publiés  sur  les  fonds  Piot 
(Paris,  1903,  in-é").  Il  signale  à  TAcadémie  la  perfection  croissante 
des  reproductions  de  monuments  et  complimente  M.  Jamot  qui  en 
revoit  avec  tant  de  soin  les  épreuves. 

M.  Clermont-Ganneau  offre  à  l'Académie,  de  la  part  de  M.  Pognon, 
consul  de  France  à  Alep,  la  seconde  partie  de  son  mémoire  intitulé: 
Une  version  si/ri.K/iie  des  Aphorismcs  d'IIippncrate.  Il  en  a  déjà  pré- 
senté, il  y  a  quelque  temps,  la  première  partie  contenant  le  texte  et 
l'introduction.  Celle-ci  comprend  la  traduction,  confrontée  minu- 
tieusement avi'f  l'original  grec  et  accompagnée  de  nombreuses  notes 
oîi  M.  Pognon  fait  preuve  de  beaucoup  d'érudition.  A  la  fiu,  un  glos- 
saire spécial  donne  un  relevé  détaillé  des  termes  médicaux,  qui 
apportera  à  la  lexicographie  syriaque  un  notable  enrichissement. 

M.  S.  Hkinacu  offre  à  l'Académie  un  opuscule,  dont  il  est  l'auteur, 
inlilulé  :  Le  musée  chrélini  ilnns  la  c/i.ipelle  de  saint  Louis  nu  châ- 
teau di'  S;iint-G('r/ii:iin-('n-L;n/(\  avi'c  31  gravures  (l,ni>  le  texte 
(Paris,  1U03,  in-«"). 

M.  lliÎRON  DE  \'ii,LEFOSSE  offrc ,  Ctt  SOU  uom  et  celui  de  son  colla- 
borateur, M.  L.-Il.  Labande,  une  brochure  intitulée  :  Les  mosaïques 
romnines  de  Villel.iuri',  Vaucluse  Paris.  l'.lO.!,  in-S";  extr.  du 
Bulletin  nrchéoloijir/ui',  1U03;. 

M.  CoLLKiNON  dépose  sur  le  bureau  son  mémoire  intitulé  :  D<' 
rorifjine  du  type  des  pleureuses  dans  l'art  grec  (Paris,  1903,  in-8°; 
extr.  delà  Revue  des  éludes  grecques). 

M.  Léger  présente  de  la  pari  île  M.  .1.  Schischmanov,  ministre  de 
l'instruetion  piililiqiie  à  Sofia,  vtw  Iravail  iiililule  :  (ïliick  und  Ende 
einer  berùlunlem  lilerarischen  Mgsli/ication  (Veda  Slovena)  (Berlin, 
in-8";extr.  de  1"  Archiv.  fi'ir  Sl.ivischen  Philologie,  tome  XXI). 
M.  Schischmanov   expose   dans   quelles  circonstances  lurent  mis  en 


SÉANCE    DU    30    OCTOBRE    1903  469 

circulation  des  poèmes  prétendus  populaires  en  langue  bulgare  qui  — 
baptisés  par  l'éditeur,  feu  Verkovitch,  du  nom  pompeux  de  Véda  slave 
—  racontaient  sur  les  migrations  des  Indo-Européens  des  légendes 
relatives  à  un  personnage  qui  aurait  été  l'Orphée  de  la  mythologie 
grecque.  De  186o  à  1875,  un  certain  nombre  de  savants  français, 
notamment  MM.  Albert  Dûment,  Dozon,  Rurnouf,  s'intéressèrent  à 
ces  chants  et  crurent  à  leur  authenticité.  M.  Léger  fut  le  premier  à 
signaler  la  supercherie  (voir  Nouvelles  éludes  slaves,  Paris,  1880),  qui 
avait  trouvé  un  défenseur  passionné  dans  la  personne  du  professeur 
du  Collège  de  France  Alexandre  Chodzko.  M.  Schischmanov,  dans  le 
présent  travail,  donne  l'histoire  détaillée  de  cette  mystification  dont 
l'auteur  principal  serait  un  certain  Gologanov  à  qui  l'archéologue 
Verkovitch  servit  de  complice  inconscient. 

M.  L.  Léger  présente  de  la  part  de  M.  van  "Werweke,  professeur  à 
LuxemI)ourg,  un  volume  intitulé  :  Mélanges  historiques  Luxem- 
bourg, imprimerie  de  la  Cour,  1903,  in-8°).  Ce  volume  renferme  entre 
autres  travaux  un  essai  critique  sur  les  Regestes  pour  servira  l'his- 
toire du  Luxembourg  de  feu  Wiirth-Paquet  et  un  travail  fort  curieux 
où  M.  van  Werveke  établit  jour  par  jour,  de  1310  à  1346,  les  itiné- 
raires de  Jean  l'Aveugle  h  travers  le  Luxembourg,  l'Allemagne,  la 
Bohême,  la  Moravie,  la  Lusace,  la  France,  le  Comtat  Venaissin,  la 
Lombai-die,  l'Italie  Centrale,  les  Pays-Bas,  la  Lithuanie,  la 
Pologne.  Ce  travail,  établi  année  par  année  et  mois  par  mois,  est 
accompagné  d'un  index  alphabétique.  Jean  l'Aveugle  fut  probable- 
ment le  plus  vagabond  des  souverains  du  xiv''  siècle.  C'est  le  véritable 
type  du  chevalier  errant. 


SÉANCE    DU   30   OCTOBRE 


L'Académie  décide  que  le  prix  extraordinaire  de  la  fondation 
Bordin  sera  décerné  en  1905  au  meilleur  travail  manuscrit  sur  la 
question  suivante  :  Examen  critique  des  trois  derniers  livres  du 
Miroir  historial  de  Vincent  de  Beau  vais,  embrassant  (a  période 
co'mprise  entre  les  années  1  153  et  1 244, 


470  LIVRES    OFFERTS 

M.  Maurice  Croiskt  donne  communication  du  morceau  qu'il 
se  jîropose  de  lire  à  la  séance  publique  annuelle  de  TAcadémie  et 
qui  est  intitulé  :  La  morale  cl  la  cité  dans  les  poésies  de  Solon. 

La  lecture  est  approuvée  avec  félicitations  à  notre  confrère. 

M.  Bréal  fait  une  communication  sur  l'origine  du  mot  ota^o- 
)vO;,  le  diable,  d'après  un  passage  d'Hérodote. 

Cette  communication  donne  lieu  à  un  échange  d'observations 
entre  MM.  Ph.  Beroeh,  Oppert,  Alfred  Croiset,  DnaLAFOY, 
Bouché-Leclercq,  Glermont-Ganneal:,  Joret  et  Maui'ice  Groiset. 

M.  Pottier  continue  sa  communication  surla  céramique  attique. 


LIMIES  OFFERTS 


Le  SECHKTAn<E  PEnpÉTUEL  oirre,  an  nom  de  M.  Léon  Lallemand, 
une  Hisloire  de  la  Charité,  tome  IL  Len  neuf  premiers  si('cles  de  l'ère 
chrétienne  (Paris,  1903,  in-S").  L'auteur  a  cjuitté  une  posilion  admi- 
nistrative importante  pour  se  consacrer  à  ses  éludos.  Il  y  a  gagné  le 
titre  de  correspondant  de  l'Académie  des  sciences  morales  et  poli- 
tiques et  do  plusieurs  Académies  étrangères. 

Le  Pbésident  ofTre  à  l'Académie  le  tome  VIII  de  son  Histoire  de 
Vart  dans  Vantiquité,  La  Grèce  archaïque;  la  sculpture  (Paris,  lOOi, 
in-8°). 

M.    l'.Aurn  dépose  sur  le   bureau   un   mlicle   ipril    ;i    i)ulilit''  dans  le 
Journal  des  Savants  sur  Foun  rage  do   M.    V..    Lunet   de   Lajonquière 
intitulé  :   Inventaire  descriptif  des  monuments  du  dambodr/e  (Paris, 
1002,  gr.  in-S"). 

M.  IIkizey  ofTre  à  l'Académie,  de  la  part  de  M.  irançois  Thureau- 
Dangin,  un  \oliiine  (|ui  :i  pour  titre  :  Hcrueil  de  lablelles  chaldéennes 
(Paris,  lîlOil,  iii-S"). 


LIVRES    OFFERTS  471 

L'auteur  a  voulu  faire  avant  tout  une  édition  de  textes  originaux, 
travail  des  plus  utiles  pour  les  études  assyriologiques.  Il  y  était 
d'autant  mieux  préparé,  qu'il  a  consacré  antérieurement  une  publi- 
cation spéciale  à  l'histoire  de  l'écriture  cunéiforme  et  de  ses  modi- 
fications de  siècle  en  siècle.  Aussi,  dans  les.  copies  qu'il  met  aujour- 
d'hui sous  nos  yeux,  les  moindres  de  ces  variations  et  de  ces 
nuances  épigraphiques  sont-elles  reproduites  avec  une  sûreté  parti- 
culière. 

Mais  ce  n'est  là  que  le  côté  extérieur  de  son  œuvre.  Nous  ne 
devons  pas  oublier  que  M.  Thureau-Dangin  a  contribué  lui-même  à 
former  ce  choix  d'environ  quatre  cent  cinquante  tablettes,  par  l'étude 
et  par  le  triage  des  innombrables  documents  de  ce  genre  mis  au  jour 
par  Ernest  de  Sarzec,  dans  nos  fouilles  françaises  de  Chaldée. 
Chargé,  au  cours  de  plusieurs  missions  successives,  de  ce  débrouil- 
lement,  il  a  désigné  pour  les  collections  du  Louvre  des  pièces  qui 
présentaient  une  valeur  historique  ou  paléographique  de  premier 
ordre.  Avant  de  les  réunir  dans  le  présent  recueil,  il  a  fait  connaître 
le  contenu  de  beaucoup  d'entre  elles  par  des  essais  de  traduction  ou 
par  des  résumés  pleins  de  faits  nouveaux.  C'est  ainsi  qu'il  a  publié, 
dans  nos  Compte!?  rendus,  les  premières  tablettes  connues  aux  noms 
de  Sargon  l'ancien  et  de  Naram-Sin,  contlrmant  par  des  documents 
d'ordre  privé  la  pleine  réalité  de  ces  deux  règnes,  si  importants  pour 
l'histoire  de  la  haute  époque.  Les  tablettes  de  la  période  suivante  ont 
été  aussi  de  sa  part  l'objet  de  plusieurs  notices,  où  il  a  étudié, 
comme  dans  sa  Cnmplahilifé  agricole  en  Chaldée,  la  vie  économique 
et  administrative  de  ces  anciens  âges. 

M.  Thureau-Dangin  peut  ainsi  publier  aujourd'hui,  en  toute  con- 
naissance, une  suite  de  textes  dont  l'intérêt  se  trouve  singulièrement 
accru  par  l'ordre  chronologique  dans  lequel  ils  sont  présentés.  Le 
recueil  commence  par  une  riche  série  de  tablettes  archaïques  aux 
angles  arrondis,  parmi  lesquels  on  remarque  les  curieux  comptes  du 
harem  du  roi  Ourou-Kaghina.  Les  autres  séries  se  succèdent  jusqu'à 
la  fin  de  ce  que  l'on  a  appelé  improprement  la  <i  seconde  dynastie  des 
rois  d'Our  ».  En  tête  de  ces  textes,  huit  pages  d'introduction,  d'une 
précision  et  dune  sobriété  vraiment  scientifiques,  suffisent  à  résumer 
l'ensemble  des  données  nouvelles  qu'ils  fournissent  pour  le  dévelop- 
pement de  la  très  ancienne  histoire  de  Chaldée,  qui,  grâce  à  de 
pareils  travaux,  se  reconstruit  chaque  jour  sous  nos  yeux. 

Aucune  classe  de  témoignages  n'est  plus  sûre,  en  effet,  pour  la 
reconstitution  des  origines  orientales  que  les  actes  gravés  sur  l'argile, 
que  ces  »  briquettes  faites  pour  être  cuites  »,  ces  coctiles  laterculi, 
comme  les  a{)pelle  Pline  l'Ancien,  avec  une  si  exacte  concision,  en 


472  LIVRES    OFFERTS 

les  ^désignant   déjà  comme  le  principal  élcmenl  de  la  chronologie 
chaldéenne. 


M.  J.  Laih  offre  à  l'Académie  un  Easai  sur  la  hntaille  de  Formigny 
(Ib  avril  1450),  accompagne  de  la  reproduction  j)hotographi([ue  de 
dessins  conservés  à  la  Bibliothèque  nationale  (Paris  et  Rayeux,  1003, 
in-8°).  Ces  dessins  ont  été  faits  à  Fontainebleau  sous  Louis  XIII, 
d'après  une  tapisserie  du  iemps,  aujourd'hui  disj);iiu('.  Puissent  ces 
reproductions  |)ermeltre  de  retrouver  (piehpies  fragments  de  cette 
tapisserie  iiist()i'i(|ue  ! 

M.  S.  Rkinacu  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  de  présenter  à  FAcadéinie  de  la  part  de  l'auteur. 
M.  (^larence  B.  Moore,  le  second  fascicule  contenant  l'exposé  de  ses 
recherches  dans  les  tumulus  de  la  côte  de  la  Floride  (Cerlain  abo- 
ri(/in.il  mounds  of  Ihe  Florida  central  ivesl-coast ,  Philadelphia , 
11I0:{  .  Cet  ouvrage  contii-nt  d'excellentes  reproductions  d'un  grand 
nombre  d'objets  en  argile,  en  lest  de  coquille,  en  pierre,  en  cuivre, 
ainsi  que  les  plans  des  tumulus  ou  mounds  explorés.  La  décoration 
des  vases,  souvent  1res  riche,  offre  des  motifs  linéaires  et  des  reliefs 
d'une  grande  variété.  Le  cuivre  en  feuilles  et  les  instruments  du 
même  métal  sont-ils  d'origine  européeime?  M.  Moore  ne  le  croit  pas; 
h  l'analyse,  le  cuivre  des  niniinih  de  Fhu'ide  pai'ait  beaucoup  plus  pur 
f[ue  celui  quOii  obtient  en  lùu'ope  parla  foute  (h'S  uiineiais;  ce  ne 
])eul  être  (|ue  d\\  ciiivic  natif,  (^etle  conclusion  a  été  contestée  par  un 
autre  savant  américain,  M.  J.  D.  Mac  Guire  ;  il  en  est  résulté  une  con- 
troverse fort  intéressante,  dont  un  compte  rendu,  publié  d'abord  dans 
une  revue  américaine,  est  également  ofTert  à  l'Académie  au  nom  de 
M.  Moore  [Shccl-cnjtpi'r  frointhc  innurKh  is  iiot  ni'cessarihj  of  european 
ori;/in,  reprinled  froin  l'Iir  Aiurricin  AnthroiinUxjist ,  vol.  V,  jan.- 
march  HIO;{j.  » 

M.  Charles  JonF.r  offre  à  l'Académie  une  étude  sur  l'n  hollrniste- 
voi/ageur  normand,  J.-li.  L''  (ihecalier,  d'après  sa  correspondance 
avec  Boltiger.  Il  s'agit  du  précurseur  de  Schliemaiin.  du  premier 
inventeur  d'ilion.  doul  le  Voyage  en  Tmadc  i'[\\  un  si  t;raud  retentis- 
sement et  fit  autorité  pendant  de  si  longues  années.  (Jijligé  de  quitter 
la  France  au  moment  de  la  Révolution,  Le  Chevalier  parcourut  l'Iùi- 
rope  prescpu'  entière,  visita  entre  autres  Weimar.  où  il  vit  Grelhe  et 
Schiller  et  S(>  lia  avec  Boltiger;  il  |m'ii--:i  même  quelque  U'uqis  à 
obtenir  une  chaire  il  léna  ;  mais  icntié  en  l-'iance,  grâce  à  Talleyraud, 


LIVRES    OFFERTS  473 

il  devint  le  secrétairo  du  célèbre  homme  d'État  et  fut  attaché  au 
ministère  des  Affaires  étrang-ères,  jusqu'au  jour  où  M.  de  Champagny 
le  nomma  conservateur  de  la  Bibliothè(|ue  Sainte-Geneviève. 

M.  Héron  de  Villefosse  dépose  sur  le  bureau  un  opuscule  dont  il 
est  l'auteur  et  qui  est  intitulé  :  Remarques  sur  les  inscriptions  de 
Taoura    Constantine,  1903,  in-8'^). 


Le  Gérant^  A.  Picard. 


MAÇON,  PROTAT  FRERES,  IMPRIMEURS 


COiMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 


DE 


L'ACADEMIE   DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1903 


PRÉSIDENCE    DE    M.    G.    PERROT 


SÉANCE    DU    6    NOVEMRRE 


A  l'ouverture  de  la  séance,  le  Présidext  prononce  les  paroles 
suivantes  : 

<(  Nous  avons,  depuis  notre  dernière  séance,  perdu  le  plus 
illustre  de  nos  associés  étrangers,  M.  Mommsen,  qui  nous  appar- 
tenait, à  ce  titre,  depuis  1895.  Dans  le  discours  que  je  pronon- 
cerai vendredi,  en  séance  publique,  je  lui  rendrai  l'hommage 
qui  lui  est  dû  ;  mais  il  importe  que,  dès  aujourd'hui,  soit  consi- 
gnée au  procès-verbal  l'expression  des  regrets  que  nous  laisse  la 
mort  de  l'historien  original,  du  profond  jurisconsulte  et  du  phi- 
lologaie  incomparable  que  fut  Théodore  Mommsen.  » 

Conformément  à  un  arrêté  ministériel,  l'Institut  se  réunira  en 
séance  générale  le  24  de  ce  mois,  pour  procéder  à  la  nomination 
d'un  délégué  de  l'Académie  des  beaux-arts  au  Conseil  supérieur 
de  l'instruction  pubhque  en  remplacement  de  M.  Larroumet. 

1903.  -y. 


476  SÉANCE    DU    6    NOVEMBRE    1903 

M.  le  Directeur  de  l'enseignement  supérieur  transmet  à  l'Aca- 
démie deux  mémoires  de  M.  Samaran,  membre  de  l'Kcole  fran- 
çaise de  Rome,  pour  être  soumis  à  la  Commission  des  Écoles 
d'Athènes  et  de  Rome.  L'un  de  ces  mémoires,  relatif  à  l'admi- 
nistration des  lînances  pontificales  au  xn""  et  au  xv*  siècle,  sera 
examiné  par  M.  Valois;  l'autre  portant  sur  les  néf^ociations  du 
cardinal  Georges  d'Armagnac,  est  renvoyé  à  l'examen  de  M.  Emile 
Picot. 

Mgr  DucHESNK,  directeur  de  l'ilcole  française  de  Rome,  a 
adressé  la  lettre  suivante  à  M.  Léopold  Delisle,  qui  en  donne 
lecture  à  l'Académie. 

Rome,  3  novcmln'C  1903. 
Monsieur  et  cher  confrère, 

L"iiicendie  qui  a  éclaté  samedi  soir  au[)rès  do  la  hiblioUièqne  du 
Vatican  n'a  pas  été  sans  vous  donner  quelque  émotion  profession- 
nelle. J'ai  pensé  ([u'il  était  utile  de  vous  renseifiner  avec  le  calme  et 
la  précision  dont  la  presse  cl  le  télégraphe  sont  parfois  dépoiiiv  us. 
Justement,  ce  malin,  j'ai  pu  jjrendre  connaissance  des  lieux,  en 
comi)af];'nie  de  MM.  Paslor  et  Kchr,  directeurs  des  Instituts  autrichien 
cl  prussien,  cl  du  P.  Ehrle,  bil)liolhécaire  de  la  \'alicane. 

Au-dessus,  non  du  dépôt  des  manuscrits,  mais  des  salles  de  tra- 
vail (II'  l;i  Valiianc  et  de  la  galerie  lapidaire  adjacente,  se  développe 
une  série  de  mansardes,  dont  quelques-unes  sont  affectées  au  loge- 
ment du  bibliothécaire,  les  autres  à  celui  d'un  ouvrier  intelligent, 
chargé  de  la  restauration  des  reliures.  Ces  dernières  sont  situées  sur 
la  galerie  lapidaire  et  les  premières  travées  du  musée  de  sculpture 
antique. 

C'est  dans  le  quartier  du  relieur  que  le  feu  a  pris.  Il  occuj)e  ((uatre 
pièces  :  une  pelitc  bibliothèque,  une  chambre  à  coucher,  une  cuisine, 
enfin  un  long  grenier.  Les  flammes  ayant  été  aperçues  du  dehors,  du 
(piartier  des  Prati,  on  est  venu  avertir  les  pompiers  du  Borgo, 
lesquels  ont  prévenu  les  Suisses  du  Vatican.  Dans  le  palais  on  ne  se 
doutait  de  l'ien.  Le  P.  Ehrle  lisait  Iraïupiillement  dans  sa  chambre, 
le  relieur  dormait  dans  la  sienne.  Avisé,  le  P.  Ehrle  alla  le  réveiller, 
et  comme,  même  dans  le  voisinage  immédiat  de  l'incendie,  on  n'en 
apercevait  pas  la  triice,  ces  Messieurs  parcoururent  le  petit  appar- 
tement et  rmircut  p.ir  ouvrir  I;i  poite  du  grenier.  Là  étaient  les 
flanmics. 


SÉANCE    DU    6    NOVEMBRE    1903  477 

Les  gens  du   palais,  y  compris  quelques  pompiers,  accoururent  ; 
mais  leurs  moyens  étant  insuffisants,  appel  fut  fait  aux  pompiers  de 
la  ville,  qui  ne   tardèrent  pas  à  localiser   d'abord,   puis  à  éteindre 
'incendie. 

Le  P.  Ehrle,  qui  avait  chez  le  relieur  quelques  feuillets  de  manu- 
scrits |)récicux,  s'était  empressé,  dès  la  première  alerte,  de  les  mettre 
en  sûreté.  Le  précieux  dépôt  du  Vatican  n'a  donc  pas  la  moindre 
perte  à  déplorer.  Les  salles  de  la  bibliothèque,  même  les  salles  de 
travail,  n'ont  été  touchées  ni  par  l'incendie  ni  par  les  dégâts  insépa- 
rables des  manœuvres  d'extinction.  Il  en  est  de  même  des  galeries 
du  musée.  Dans  l'appartement  du  relieur,  la  bibliothèque  privée  de 
celui-ci  n'a  pas  souffert  non  plus  ;  il  y  a  eu  du  dégât  dans  sa  cuisine 
et  sa  chambre  à  coucher,  qui  cependant  n'ont  pas  été  détruites.  Seul 
le  grenier  a  brûlé,  avec  des  dépôts  de  papier,  de  colle  et  autres 
substances  adaptées  aux  usages  de  la  reliure.  On  pense  que  l'incen- 
die se  sera  allumé  par  la  combustion  sjjontanée  de  quelqu'une  de  ces 
substances. 

En  résumé,  on  peut  dire  qu'il  n'y  a  rien  eu,  si  ce  n'est  peut-être 
un  avertissement  à  redoubler  de  vigilance  et  surtout  une  exhortation 
à  pourvoir  la  bibliothèque  et  ses  abords  des  appareils  les  plus  per- 
fectionnés et  les  plus  efficaces  contre  les  commencements  d'incendie. 
Les  salles  de  travail  ont  été  ouvertes  sans  aucune  interruption;  je 
viens  d'y  passer  ma  matinée. 

Si  ces  détails  peuvent  intéresser  d'autres  personnes  et  notamment 
nos  confrères  de  l'Académie,  je  vous  serais  obligé  de  leur  en  donner 
connaissance. 

Bien  cordialement  et  respectueusement  à  vous, 

L.     DUCHESNE, 

M.  Clermont-Ganneau  communique  à  l'Académie  de  la  part  du 
P.  Prosper,  de  la  Custodie  franciscaine  de  Jérusalem,  tout  un 
groupe  d'inscriptions  recueillies  par  lui  en  Palestine,  en  photo- 
j^raphies  et  estampages.  Il  résulte  de  l'examen  de  M.  Clermont- 
Ganneau  quedans  cette  récolte  épigraphiqueil  s'est  glissé  unpeu 
d'ivraie  ;  une  imitation  frauduleuse  de  la  fameuse  stèle  du  temple 
juif  portant  interdiction  auxGentils  de  pénétrer  dans  le  sanctuaire 
sous  peine  de  mort  ;  un  ossuaire  antique  qu'une  main  moderne  a 
agrémenté  d'une  inscription.  D'autres  inscriptions  étaient  déjà 
connues,  notamment  deux  inscriptions  romaines  trouvées  à 
Jérusalem,  il   y  a   nombre  d'années,  par  M.  Clermont-Ganneau 


478  SÉANCE    DL'    6    NOVEMBRE    1903 

lui-même.  Mais  il  reste  encore  beaucoup  de  bon  grain  :  une  épi- 
taphe  grecque  de  Gaza  ,  avec  une  curieuse  formule  funéraire  : 
une  épitaphe  gréco-juive  au  nom  de  Rebecca,  avec  un  mot  écrit 
en  caractères  hébreux,  et  surtout  des  fragments  importants 
d'une  magnifique  inscription  romaine,  de  dimension  monumen- 
tale, découverte  dans  des  fouilles  récentes  aux  portes  mêmes  de 
Jérusalem.  C'est  une  dédicace  à  Tempereur  Hadrien,  le  fonda- 
teur de  la  Jérusalem  nouvelle,  sous  le  nom  d'Aelia  Capitolina, 
avec  la  mention  de  trois  des  légions  qui  écrasèrent  la  terrible 
insurrection  juive  dirigée  par  Barcochebas:  laX^'UgionFretensis, 
la  II®  légion  Traiana  et  la  XII*^  légion  Fulniinata*. 

M.  PoTTiER  lit  à  l'Académie  une  lettre  de  M.  Perdrizel  relative 
à  un  des  monuments  les  plus  importants  qui  aient  été  trouvés 
en  Crète.  Celui-ci  provient  des  fouilles  de  Ph(cstos  et  a  été 
publié  par  MM.  Ilalbherr  et  Savignoni  dans  les  Mouumentianli- 
chi,  1903.  C'est  un  relief  sur  un  carafon  de  pierre,  qui  repré- 
sente une  troupe  de  soldats  armés  de  lances  fourchues,  conduite 
par  un  chef  couvert  d'une  cuirasse  imbriquée,  et  précédée  d'un 
peloton  de  chanteurs  et  de  musiciens. 

M.  Emile  Picot,  qui  a  vu  sur  place  ce  curieux  morceau  de 
l'ancien  art  crétois,  ajoute  quelques  détails  à  ceux  que  M.  Per- 
drizel a  insérés  dans  sa  lettre. 

M.  PoTTiER  achève  la  lecture  d'un  chapitre  extrait  de  son  Cata- 
logue des  vases  du  Louvre  et  intitulé  :  La  condition  sociale  des 
fabricants  de  vases. 

M.  Salomon  Rkinach  montre  et  commente  les  photographies 
d'une  statuette  de  bronze,  découverte  ;i  \'éïes,  qui  a  passé  de  la 
collection  du  comte  Tvskiewicz  dans  celle  do  M.  Edmond  de 
Rothschild.  Cette  slalucUe  reproduil  un  type  seul))!  lirai 
d'Alexandre  le  Grand,  analogue  à  celui  de  V Alexandre  à  la 
lance  de  Lysippe,  mais  en  dill'érant  ])ar  d'inqjortantes  parlicuhi- 
rités.  La  disposition  de  la  draperie  sur  le  bas  du  corps  se  retrouve 

1.  Voir  ci-après. 


INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE  479 

dans  des  statues  impériales  du  i'^'"'  siècle  et  révèle,  par  suite, 
rinfluence  d'un  modèle  en  faveur  à  l'époque  hellénistique.  Ce 
modèle  a  été  attribué  par  \I.  Arndt  à  Léocharès,  élève  de  Scopas 
et  collaborateur  de  Lysippe;  c'est  également  à  cet  artiste  que 
M.  Reinach  voudrait  attribuer  le  prototype  d'où  dérive  la  statue 
de  Véïes. 


L'Académie  procède  à  la  nomination  d'une  Commission  qui 
sera  chargée  de  proposer  un  sujet  de  concours,  dans  l'ordre  des 
études  orientales,  pour  le  prix  ordinaire  à  décerner  en  1906,  sur 
les  fonds  du  budget.  Elle  décide  que  cette  Commission  sera  com- 
posée de  cinq  membres. 

Sont  désignés  :  MM.  Barbier  de  Meynard,  Senart,  Ph.  Berc^er, 
Barth,  Cuavannes. 


COMMUNICATION 


INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE , 
PAR    M.    CLERMONT-GANNEAU  ,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE. 

Le  P.  Prosper,  de  la-Custodie  franciscaine  de  Jérusalem, 
vient  de  m'envoyer  (lettre  du  24-10-03)  un  lot  d'es- 
tampag-es  et  de  photographies  d'inscriptions  recueillies, 
soit  à  Jérusalem  même,  soit  sur  d'autres  points  de  la 
région,  et  dont  les  originaux  sont  conservés  au  musée  du 
couvent  de  Saint-Sauveur,  musée  à  la  création  récente 
duquel  on  ne  peut  qu'applaudir.  Voici  le  résultat  du  premier 
examen  auquel  j'ai  soumis  ces  documents. 

J'écarterai  d'abord  un  peu  d'ivraie  qui,  à  côté  du  bon 
grain,  s'est  glissée  dans  cette  petite  récolte  épigraphique. 

1°  Un  texte  grec  incompréhensible  en  soi ,  mais  dans 
lequel  je  n'ai  pas   eu  de  peine  à  reconnaître  une  contre- 


480  INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE 

façon  grossière'  de  la  fameuse  stèle  d'Hérode  découverte 
par  moi  en  1870  et  interdisant  aux  Gentils  sous  peine  de 
mort  l'accès  du  temple  juif. 

2°  Un  ossuaire  juif  du  type  courant  :  petit  coffret  en 
calcaire  tendre,  plus  étroit  en  bas  qu'en  haut,  monté  sur 
quatre  pieds  ;  face  antérieure  ornée  de  deux  rosaces;  cou- 
vercle à  section  trian^çulaire.  L'ossuaire,  dont  la  provenance 
indiquée  est  le  mont  des  Oliviers,  est  certainement  authen- 
tique. Je  n'en  dirai  pas  autant  de  l'inscription  grecque 
gravée  au-dessus  des  deux  rosaces.  Elle  me  paraît  avoir 
été  ajoutée  après  coup  par  quelque  faussaire  désireux  d'aug- 
menter la  valeur  marchande  du  monument  ori"-inairement 
anépigraphe.  J'ai  déjà  eu  plusieurs  fois  l'occasion  de  cons- 
tater ce  genre  de  fraude'.  Caractères  gravés  dune  façon  à 
la  fois  lourde  et  molle  :  NIKHTA'-'OIAOnATGOP. 

Au-dessus,  un  complexe  se  décomposant  en  €^Y.  Au- 
dessous,  les  sigles  M'(*,  surmontant  un  groupe  de  trois 
flèches   bizarres,   dont  l'une   à    double    hampe    divergente 

Viennent  ensuite  : 

3"  et  4".  Deux  fragments  d'inscriptions  romaines  indi- 
quées comme  provenant  peut-être  de  fouilles  faites  à  la 
chapelle  de  la  Flagellation.  Vérification  faite,  ils  ne  sont 
pas  inédits;  je  lésai  publiés  autrefois'',  en  en  faisant  con- 
naître la  provenance  exacte  ■'. 

1.  Ccst  celle-là  même  (]ue  j'ai  publiée,  à  litre  de  ciiiinsilé,  clans  mes 
Fraudes  nrchèoloijiqnes  en  Pulesline,  p.  îO-SS,  pi.  I.  Elle  est  fcravée  sur 
une  platpie  de  marbre  blanc,  lonfiuc  dcC"  59  et  épaisse  de  0"  Oi  en 
moyenne. 

2.  Voir,  par  exemple,  dans  r(iu\  i-a^^i-  pi-écilé.  p.  !•;)-(•(>. 

3.  Le  nom  de  Nicetas  a,  d'ailleurs,  de  bons  répondants  juifs.  Cf.  un 
Nicétas,  fds  de  Jason,  de  Jérusalem,  métèque  de  Yasos  ;Carie).  I.e  Has- 
Wadd.,  Voy.  arch.,  n"  29i. 

4.  Clermont-Ganneau,  Trois  inscriptions  de  lu  A"  lésion  Frelensis  Iroii- 
vées  à  Jérusalem,  1S72,  p.  10  etsuiv.:  id..  Mission  en  Palestine  et  en  l'Iié- 
nicie,   1 '•  rapport,  p.  07,  n°  21. 

5.  La  Khànka,  i)rès  du  Saiiil -Sépulcre,  poiu  l'un:  l.'Miplacemcnt  de  la 
Casa  Nova,  jiour  lanhe. 


INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE  481 

S**  Un  frag-ment  d'inscription  grecque  chrétienne  de  Jéru- 
salem ,  déjà  publié,  mais  d'une  façon  insuffisante,  par 
Wadding-ton ',  puis,  avec  quelques  variantes,  par  le  P. 
Germer-Durand  2.  J'en  avais  pris  moi-même  entre  temps 
une  copie ■^.  Le  fragment,  qui  avait  disparu  depuis,  a  été 
retrouvé  et  photographié  par  le  P.  Prosper.  Il  m'en  a 
envoyé  ultérieurement  un  estampage.  La  photographie, 
d'accord  avec  la  copie  de  Waddington  et  la  mienne, 
exclut  la  restitution  [xvrj;/?;;,  proposée  par  le  P.  Germer- 
Durand,  pour  le  mot  mutilé  du  début.  On  pourrait  peut-être 
reconstituer  à  peu  près  ainsi  ce  texte  si  maltraité  : 

[-|-    'Ey.Tiaô-/i  ^  •/]    [xiJvYÎ''  T^ç   ©£[oTixo'j   llapGÉvo'j 

SJoipiaç'^,   -rbv   t 

'I]o)àvvou    y.x\\ ] 

A  été  fondé  le  couvent  de  la  Sainte  Vierge  Mère  de  Dieu 
et  de  saint  Jean,  par  Sophie,  ,  Jean  et 


1.  Inscr.  grecques  et  lat.  de  Sijrie,  n"  1903.  Cf.  de  Vosiié,  Le  Temple  de 
Jérusalem,  p.  135  et  û'^.  37. 

2.  Revue  biblique,  1892,  p.  584,  n"  46. 

3.  Carnet  de  1S67,  II,  p.  12  V. 

4.  Oïl  quelque  verbe  analo;;ue. 

5.  D'après  une  observation  du  P.  Prosper,  les  restes  de  la  lettre  précé- 
dant le  N  semblent  appartenir  à  un  Oi  CO  ou  0. 

6.  Sur  l'association  de  la  Viert^e  et  de  saint  Jean,  cf.  Evangile  selon  saint 
Jean,  XIX,  25-27.  La  tradition  postérieure  y  a  attaché  beaucoup  d'impor- 
tance. Sur  l'existence  à  Jérusalem  d'un  couvent  sous  ce  double  vocable, 
cf.  Tobler,  Topogr.  von  Jerus.,  I,  p.  424,  bien  que  saint  Jean  y  soit,  peut- 
être  indûment,  qualifié  de  "  Damascène  ».  Je  ne  crois  pas,  en  tout  cas, 
qu'il  faille  s'arrêter  à  l'idée  que  le  A,  suivant  le  nom  de  saint  Jean  dans 
notre  inscription,  pourrait  être  l'initiale  de  Aa[jLacrx.r,voj.  Entr'autres  raisons 
péremptoires,  il  y  a  l'invraisemblance  clu'onologique. 

7.  On  a  voulu  généralement  restituer  Trj;  àyfa;  i]opiaç.  Mais  rien  ne 
prouve  qu'il  ne  s'agit  pas  simplement  du  nom  de  femme  Sophie. 


482  INSCRIPTIONS    DE   PALESTINE 

G°  Frag-ment  qui  aurait  été  trouvé  à  'Amouâs  (Emmaûs- 
Nicopolis).  Plaque  de  marbre  jaunâtre  ;  épaisseur:  0'"  03. 
Hauteur  moyenne  des  lettres  :  0'"  03. 


7"  Frag-ment  trouvé  à  Qobeibé  (FEmmaûs  de  la  tradition 
franciscaine).  Pierre  dure;  épaisseur  :  0"'  Oo.  Hauteur 
moyenne  des  lettres:  0'"  04, 


S°  Frag-ment  qui  aurait  été  apporté,  par  des  chameliers, 
de  'Ain  Aroueh  (?),  près  dllébron.  Plaque  de  marbre 
blanc,  incomplète  par  en  bas  ;  épaisseur  de  0"'  03  à  0"'  04. 
Hauteur  moyenne  des  lettres  :  0'"  03").  D'après  la  paléogra- 
phie et  les  formules,  j'inclinerais  à  croire  que  le  monument 
provient  plutôt  de  Gaza  ^  Je  lis  : 

-j-  KaTaOco-'.ç  TSîi   [^.xy.apio'j    'A6paa;j.isu 

TOu   cia7.(ôvcu),    a'jTTj   Tsv   $p:;xcv  àv 
y.(upî)o)  (ou  x(6(t;j.)(|)?)   TsXscav-oç 


-|-  Sépulture  du  bienheureux  Ahraamios,  diacre,  y 
ayant  achevé  sa  course  dans  le  Seigneur  ioii  :  en  ce  monde), 
le...  [jour...   mois...  année indiction...] 


1.  Voir  les  ôpilaplics  similaires  que  j'y  ai  découvrrios  en  1870  cl  imlilices 
dans  mes  Arrlueolofjical  HeseHrches  in  Pal.,  l.  II,  p.  101  cl  suiv. 


INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE 


483 


Gaza  nous  a  déjà  fourni  Tépitaphe  d'un  autre  Abraamios, 
diacre  également.'  Dans  la  partie  disparue  devait  se  trou- 


/-^j^^t^ 


y    "^ 


'"%/         ^ 


^^ 


y 


i   >w^ 


f  /^^" 


■"-'/ 


-^ 


1.  —  Fragment  d'inscription  grecque.  ('Ain-Aroueh  ?,  près  d'Hébron). 

ver  la  date  :  mois,  quantième,  année,  indiction.  D'après  les 
traces  de  lettres  qui  restent,  le  mois  pourrait  être  restitué 


1.  Op.  cit.,  p.  408,  n°  9.  Datée  du  27  août  5 il  J.-C.  J'estime  que  la  nou- 
velle inscription  doit  être  aussi  du  vi'  siècle. 


484 


INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE 


Aic'j  '.  La  formule  finale  est  nouvelle,  si  je  ne  me  trompe,  et 
intéressante. 

9°  Plaque  de  marbre  blanc,  carrée,   de  0'"  20  de  côté; 
épaisseur  :  0'"  02.  Aurait  été  apportée  de  Gaza  ou  d'Asca- 


-•s 


■'  ■  /, ,  .Z.  ■■  <y^T0 


/ 


r 


y  V 


y 


2.  —  Fraf^nuiit  d'inscription  {grecque.    Gaza  nu  .\scalon.) 


1.  Siiix'i  (le  Ifllrcs  miiiK'ralcs  indiqniinl  le  <|ii;iiiliè'iiu'.  11  serait  |)liis  réj^ii- 
lier  ([uo  ces  Ictti'cs  ])r(';cédassent  le  nom  du  mois;  dans  ce  cas  on  serait 
amené  à  restituer  :  "^  a'  (ou  $',  ou  X'),  louvioj  ou  'IojÀ-'oj;  mais  ce  serait 
contraire  ù  l'usaj^e  du  calendrier  de  Ga/.a  dans  lequel  les  mois  avaient  con- 
servé leurs  anciens  noms  macédoniens  et  qui.  d"niitrc  pai'l ,  était  récrié  sur  le 
calendrier  éj^yptien  et  non  julien. 


INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE  485 

Ion.  Je  croirais  plutôt  quelle  provient  en  réalité  de  l'an- 
tique nécropole  juive  de  Jafïa  que  j'ai  découverte  en  1873. 
Elle  olï're,  en  efîet,  d'étroites  alFinités  avec  les  f^Vt/Zt  judéo- 
grecs  que  j'y  ai  recueillis  dans  le  temps'  : 

Mv/;[jL(e)îov   Ttov   Bi'lZzj.    'EvOâss 
■/.(£)ïT(a',)   Pioi/./.y.  r,    [J:r,-r,p   Mr/v;'j. 
E!pr,vr;.    m^"w. 

Tombeau  des  [membres  de  la  famille)  de  Bizzos.  Ici 
repose  Rehecca,  mère  de  Mannos.  Paix  !  Chaloni  ! 

Cette  épitaphe  me  parait  devoir  être  rapprochée  d'une 
autre  provenant,  en  toute  certitude  celle-là,  de  Jaifa-,  et 
ainsi  conçue  : 

De  Bizzos.  Rebka  femme  de  Rufinus  j)resbeufe'K 

Les  deux  iiiuli  doivent  sortir  du  même  caveau  de  famille. 
La  formule,  plus  explicite,  du  premier  nous  montre  la 
valeur  réelle  du  génitif  absolu  B'ZZoj  dans  le  second.  Elle 
confirme,  d'autre  part,  le  sens  que  j'avais  proposé  de  voir 
dans  l'inscription  de  l'ossuaire  de  Nicanor^,  sens  et  même 
lecture,  que  quelques  personnes  avaient  cru  à  tort  pouvoir 
mettre  en  doute  :  bz-.x  twv  tcÙ  Nc'.y.âv;pc;,  etc..  Psêxà  et 
Pîcey.y.â  sont  deux  transcriptions  dilîérentes  du  même  nom 
biblique  '"'p^-"'  ;  la  première  suit  plus  fidèlement  la  vocalisation 
massorétique,  la  seconde  reproduit  celle  des  Septante  et  du 

1.  Archœolocfical  Researclies  in  Pal.,  t.  II,  p.  133-147. 

2.  EuLin;,%  Epujr.  Miscellen,  II,  p.  19,  n°  8S  (pi.  XIIi. 

3.  n'''^C  npo.stiiUi.s:  cliai-gé  de  recueillir  les  collectes  dans  la  diaspore 
juive.  Cf.  Ascoli,  hertz,  (jr.  lut.  ehr..  p.  62,  et  mim  Hec.  d'iuch.  orient. ■, 
t.  V,  p.  351. 

4.  liée,  d'nrch.  or.,  t.  \',  p.  33."). 


486 


INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE 


Nouveau  Testament  '.  Il  est  probable  qu'il  s'agit,  dans  nos 
épitaphes,  de  deux  femmes  homonymes  appartenant  à  la 
même  famille.  Màvvoç  est  un  nom  d'homme  fréquent  dans 
l'onomastique  gréco-syrienne.  On  remarquera  le  mot  e\pr,'/r,, 


..^ 


0y-. 


a    ■ 


'  h 


.'../AS 


3.  —  Fragment  d'une  inscription  en  riionneur  de  lenipereur  Hadrien. 

équivalent  littéral  de  l'acclamation  hébraïque,  gravée  à 
côté  :  chalôm.  Les  caractères  hébreux  sont  conformes  au 
type  couramment  usité  dans  les  premiers  siècles  de  notre 
ère  sur  les  tiluli  funéraires  et  les  ossuaires. 


1.  Saint  Paul,  Ép.  aux  Romains,  IX,  10. 


INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE  48/ 

\0°  et  11°.  Des  fouilles  entreprises  récemment,  en  vue 
d'une  construction ,  dans  un  champ  d'oliviers  situé  en  face 
du  couvent  de  Saint-Etienne  ,  près  de  la  porte  de  Damas , 
non  loin  du  mur  d'enceinte  septentrional  de  Jérusalem,  ont 
amené  la  découverte  d'une  grande  mosaïque  très  bien  con- 
servée, mais  qui  malheureusement  a  été  en  majeure  partie 
détruite  avant  d'avoir  été  relevée;  d'une  base  de  colonne  de 
la  dimension  de  celles  qui  sont  déposées  dans  le  couvent  ; 
enfin,  de  deux  grandes  dalles  contenant  chacune  les  frag- 
ments dune  magnifique  inscription  romaine  d'un  caractère 
vraiment  monumental. 

La  première  est  carrée  et  mesure  1  mètre  de  côté  et  0"*  33 
d'épaisseur.  Restes,  dans  les  angles  gauches  supérieur  et 
inférieur,  d"un  encadrement  à  oreillettes  triangulaires.  Hau- 
teur des  lettres  :  0'"  13  et  0  "M  115. 

On  pourrait  lire  et  restituer  : 

Impi^eratori)  Cse[sari,  divi   Traiani] 
Parthic[i^  f{ilio),  divi  Nervse  nep[oti)\ 
Traiano  [Hadriano  Augusto         ] 

poiit{ifici)  ma[x  imo),  tr[il)uniciœ) pot[eslatis) . . ,  co{n  s[uli) . . , 

p'atri)  p[atriae)\ 


Réserve  faite  sur  les  abréviations,  qui  peuvent  varier,  il 
semble  qu'il  manque  une  quinzaine  de  lettres  par  ligne.  Le 
texte  devait  se  prolonger  à  droite  sur  d'autres  dalles  de 
même  hauteur,  — peut-être  deux,  si  elles  étaient  de  lar- 
geur uniforme,  —  qui  n'ont  pas  été  retrouvées.  Il  est  à  sup- 
poser, en  outre,  qu'il  devait  se  poursuivre  au-dessous,  peut- 
être  en  deux  autres  lignes,  totalement  disparues.  C'est,  du 


1.  Sur  un  nouvel  estampage,  reçu   ultérieurement,  le  |  est  partiellement 
visible  au  bord  de  la  fracture. 


488  INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE 

moins,  ce  que  paraît  indi(|uer  rintervalle  séparant  les 
aisselles  supérieure  et  inférieure  de  l'oreillette  gauche  :  si 
l'on  fait  passer  par  le  milieu  de  la  verticale  joignant  ces 
deux  points  une  ligne  horizontale,  celle-ci  vient  affleurer  le 
pied  des  caractères  de  la  ligne  3;  par  conséquent,  étant 
donnée  la  symétrie  probable  de  l'encadrement,  la  partie 
inférieure  du  champ  devait  contenir,  en  dehors  de  la  ligne  4, 
deux  autres  lignes  encore,  gravées  sur  des  blocs  sous- 
jacents  ;  là,  se  trouvaient  mentionnés  l'objet  et  Fauteur  de 
la  dédicace.  De  fait,  et  la  chose  est  confirmée  par  le 
P.  Prosper  après  inspection  de  la  pierre,  on  croit  discerner 
encore,  sur  l'estampage  et  la  photographie,  à  la  ligne  5,  à 
peu  près  au-dessous  de  l'A  de  MA  à  la  ligne  i,  au  bord  de  la 
fracture,  le  reste  d'un  C  ou  d'un  O,  par  lequel  débutait 
cette  ligne  5,  en  retrait  par  rapport  aux  précédentes;  en 
outre,  plus  bas  encore  et  un  peu  plus  à  gauche,  au  début 
de  ce  qui  serait  la  ligne  (i,  une  haste  verticale,  soiti,  soit 
élément  linéaire  de  quelque  autre  lettre. 

L'attribution  de  la  dédicace  à  Hadrien,  et  non  à  Trajan, 
malgré  l'équivoque  à  hupielle  peut  prêter  l'homonymie,  est 
imposée  ici  par  les  vraisemblances  historiques  aussi  bien 
que  par  le  libellé  même  de  la  titulalurc  '. 

On  est  bien  tenté  de  la  rapporter  à  la  fondation  d'Aelia 
Gapitolina  par  l'empereur  Hadrien,  après  la  répression  de 
l'insurrection  juive  de  Barcochebas.  Il  est  infiniment  regret- 
(;il)le  que  la  mutilation  qu'elle  a  subie  ne  nous  permette 
pas  de  déterminer  par  qui,  et  peut-être  même  à  quelle 
occasion  elle  a  été  faite.  Notre  curiosité  sur  ce  point  serait 
h  peu  près  satisfaite  si   l'on    pouvait   considérer    le  second 


1.   (  )ii  peut  coniparcr  un  loiil  |><-lil  iViigim-nl .  li(iii\r  iiiipri's  de  Ti^j^^liso  cli' 
Saint  Sépulcre,  que  j'ai   public   aiilrefois  dans   le    Timex  et   (l.in--  Ir  Qiinr- 

/t'/-^/.S/.i<e/uen^  du  Palestine  ExplniMl  ion  i'und    Issi.  ji.    lui 
I.e  dispositif  matériel  et  la  titulalurc  scuihlcnt  être  les  niéiiu-s 
ainsi  que  le  module  des  caractères  (i)rès  de  0'"  1  1  de  hauteur; 


IMP-C  ,/// 
PART    '" 


INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE 


489 


frag-ment  comme    faisant    partie   de   la  même   inscription. 
Mais,  comme  on  va  le  voir,  la  chose  reste  douteuse. 


4.  —  Fragment  d'une  dédicace  impériale. 


Ce  second  fragment  est  gravé  sur  une  dalle  mesurant, 
elle  aussi ,   I   mètre   de  hauteur,  mais  seulement  0  '"  74  de 


490  INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE 

larg-eur  ;  l'épaisseur  moyenne,  0  '"  28,  est  également  moindre 
que  celle  de  la  première  dalle.  Les  caractères,  assez  sem- 
blables comme  forme,  ne  sont  pas  exactement  du  même 
module  que  les  autres;  hauteur  :  0'"  12  et  0"'  105.  Ils  ont 
beaucoup  souffert,  et,  à  part  les  deux  dernières  lig-nes  très 
claires  contenant  la  mention  des  trois  légions,  le  déchiffre- 
ment et  la  restitution  présentent  de  sérieuses  difficultés. 
Mon  savant  confrère,  M.  Gagnât,  a  bien  voulu  me  prêter, 
pour  essa3'er  de  les  résoudre ,  le  précieux  concours  de  son 
expérience  consommée.  La  lecture  des  lignes  1  et  2  demeure 
toujours  très  incertaine  et  le  fragment  du  protocole  inqiérial 
qu'on  croit  obtenir  présente  des  particularités  insolites. 

imPERMIIII/ 

Hllll/lllllllt^O' 

'îconj.Htq.  LIB-EIVS 
vex.  legg  a:  F  R  E  T  1 1 
Ir.f.et  XII   F  V  L  M  • 

....\im\peratori?....  \?opti]mo- [et conjiugi?)  ai]q{ue) 

lihieris'  ejus,  \vex{illationes)  legionum  [Decimœ]  Fr{etensis) 
et  [secunclœ]  [Trajanœ  Fortis  et]  [duodecimse)  Fulm[inatse). 

Je  ferai  remarquer  c[u'il  ne  semble  rien  manquer  à  droite  ni 
en  bas  ;  c'est  ce  qu'indique  le  champ  libre  de  la  pierre  dans  ces 
réuions.  Nous  avons  donc  la  (in  réelle  des  lignes,  et  tous  les 
suppléments  doivent  être  reportés  à  gauche  et  en  haut.  Ceux 
de  gauche  se  trouvent  sufffsamment  déterminés  par  le  con- 


1.  Ici  un  sinne  dnutcux .  ayant  l'apiiaroncc  dun  petit  C:  si;,'nc  de 
pi>nt'liialinn  '.'? 

2.  Ou  nuixiino,  ou  épillièle  analogue?  Aucun  indice  matériel  n'autorise  à 
restituer  [opli[no  [/jri;ici/ji],  litre  qui  serait  alors  caractéristique  de 
Trajan. 


INSCRIPTIONS    DE    PÀLEStlNÈ  49l 

texte  pour  nous  permettre  de  nous  faire  une  idée  approxima- 
tive de  la  disposition  matérielle  du  texte  :  une  colonne  relati- 
vement étroite,  gravée  sur  un  ensemble  de  quatre  dalles  ainsi 

posées  dont  nous  ne  possédons 
Cette  disposition  matérielle, à  elle 


1|2 


M 


juxtaposées  et  super 
plus  que  la  quatrième 
seule,  est  peu  favorable  à  l'hypothèse  que  ce  texte  fait  corps 
avec  le  précédent  qui,  sans  parler  des  différences  déjà  sig-na- 
lées,  se  développait  en  largeur  et  non  en  hauteur  comme 
celui-ci.  En  outre  ,  on  ne  voit  pas  comment  la  formule  se 
rattacherait  grammaticalement  à  la  précédente,  laquelle  était 
certainement  suivie  de  deux  lignes  contenant  la  mention  de 
l'auteur  du  des  auteurs  de  la  dédicace  à  Hadrien.  Le  plus 
probable  est  donc  que  nous  avons  affaire  ici  à  une  dédicace 
distincte  de  la  précédente ,  en  l'honneur  de  quelque  autre 
empereur.  Cet  empereur,  d'ailleurs,  ne  doit  pas  être  chro- 
nologiquement bien  loin  de  Hadrien.  La  formule  conjux{?) 
atque  liberi  eius,  en  même  temps  qu'elle  contribue  à  écarter 
Hadrien  lui-même,  serait  de  nature  à  faire  pencher  la 
balance  en  faveur  d'Antonin  le  Pieux ,  son  fils  adoptif  et 
successeur.  Elle  est  très  fréquente,  en  effet,  dans  la  titula- 
ture  officielle  de  cet  empereur,  comme  me  le  fait  remarquer 
M.  Gagnât,  qui  en  a  relevé  une  série  d'exemples'.  J'ajou- 
terai que  l'hypothèse  de  deux  dédicaces  qui ,  bien  que  dis- 
tinctes, associeraient  les  noms  de  Hadrien  et  d'Antonin  sur 
un  même  monument,  deviendrait  assez  vraisemblable,  si  Ion 
veut  bien  se  rappeler  le  renseignement  historique  qui  nous 
est  fourni  par  le  Pèlerin  de  Bordeaux  et  d'après  lequel  les 
statues  de  ces  deux  empereurs  s'élevaient  côte  à  côte  dans 
le    sanctuaire   de    Jéhovah    devenu    le  temple    de    Jupiter 


1.  C.LL.,  III,  134,  14214  1;  Soc.  des  Ant.,Bull.,  1903,  p.  192;  C.I.L.,  VIII, 
577,  765,  1548,  10565,  12286,  11193;  XIII,  1751.  M.  Cag:nat  ajoute  que  celle 
menlion  se  trouve  aussi,  mais  plus  rarement,  après  les  noms  de  Marc- 
Aurèle  (C./.L.,  VIII,  587,  1267;  Wilnianns,  80),  et  beaucoup  plus  rarement 
encore  après  le  nom  de  Septime-Sévère. 

■1903,  34 


492  INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE 

Capitolin^.  Le  caractère  monumental  de  ces  inscriptions 
et  la  place. même  où  elles  ont  été  découvertes,  empêchent, 
sans  doute,  de  s'arrêter  à  l'idée  qu'elles  seraient  les  dédi- 
caces de  ces  deux  statues.  Mais  elles  peuvent  avoir  appar- 
tenu à  quelcjue  édifice  grandiose  de  la  Jérusalem  nouvelle 
fondée  sous  le  nom  d'Aelia  Capitolina,  voire  au  mur 
d'enceinte  de  la  ville  romaine.  Cette  dernière  conjecture 
rendrait  assez  bien  compte  de  la  situation  du  point  où  ont 
été  trouvées  les  pierres.  Je  dois  faire  remarquer,  toutefois, 
qu'au  dire  des  personnes  qui  ont  vu  les  blocs  au  moment  de 
la  trouvaille,  ceux-ci  semblaient  être  in  situ  et  en  relation 
avec  le  grand  pavement  en  mosaïque  adjacent.  En  tout  cas, 
l'existence,  à  côté  d'une  dédicace  à  Hadrien,  d'une  autre 
dédicace  à   Antonin  serait  d'autant   moins  pour    nous  sur- 

I.  Iliiwni  IliiTOX..  l'd.  Ocyci',  p.  22  :  "  Suiil  ihi  cl  statua'  iluii'  Adiiaiii.  » 
Comme  on  l'a  remarfiué  depuis  long-temps,  ces  deux  statues  de  Iludrien 
(dont  une,  au  moins,  était  équestre,  cf.  saint  Jérôme.  Comm.  in  MuLlli.,  2é 
15;  cf.  Coinin.  in  Jes.,  2,  0)  sont  invraiseinhlahles.  Le  pieux  |)èlerin  a  dû 
être  iiitluit  en  ei'i'eiir  par  les  dédii'aces  respectives  d'une  statue  lie  Hadrien 
et  d'une  autre  d'Anlonin,  par  suite  de  l'homonymie  partielle  des  deux 
empereurs  :  Traianus  Hadri:iniis  et  T.  Aelius  Iludriunus  Antoninus. 

Il  est  intéressant  de  constater  à  ce  propos  que,  d'après  un  autre  témoi- 
gnante (Mip])olyte,  édit.  Achclis,  I,  2,  p.  2ii\  le  souvenir  de  la  coopération 
active  d'une  léj^ion  romaine  dans  l'érection  d'une  idole  sur  le  Saint  d(^s 
Saints  était  resté  dans  la  tradition,  l^tait-ce  celle  d'un  empereur  romain 
ou  bien  d'une  des  tli\inités  de  la  li'iade  ca])iliiliiu'  :  .lupiter,  .Iiuion, 
MinerNi-?  Le  fraj^nienl  s\ria(iue  de  saini  ni])])(ilyte  diiniic  à  1'  "  idole  "  le  nom 
de  Kori',  et  sendjlc  faire  intervenu-  dans  la  <lédicace  le  nom.  non  moins 
éni}fmali(|ue,  d'un  clief  romain,  Traiuiiiis  Ijuinliis.  qui  auiiiil  ('lahii  là  la 
légion.  ^L  Sclii'u'cr  (Gesch.  d.jiid.  Vo/Acs,  I,  p.  701),  suppose  ((u'il  s'agit  de 
l'empereur  Trajan  Dèce  [Quinlus  \  j'en  doute  fort.  .le  croirais  plus  \olfm- 
ticrs  que  l'empereur  visé  est  Hadrien  Tniinnus  Iladrinnns  ,  voire  Trajan 
lui-nicmc.  l.'aiiditinn  (le  (Jiiinltis  l'ail  assurément  diU'uullé;  mais  elle  peut 
s'ex])liquer  de  dillérenles  l'avons,  enlr'auti'es  en  cou])ant  tout  autrement  la 
phrase,  et  en  corrigeant  i)aléog'raplii<|uement  la  le(,-on  s>i-iaque  Qiiinlns  en 
Quielns  (le  général  de  Trajan  .  .le  reviendi'ai  à  une  autre  occasion  sur  ce 
curieux  passage  (|ue  je  n'ai  pu  encore  examiner  dans  l'original  s>ria(pie, 
et  aussi  sur  ce  nom   bi/arrc    de   A'ore  rpii.   sans  doute,  fait  ])enser  (oui    de 

suite  à    l\opT,  ;  mais,  s'il  est  écrit    |  ^û_9.   i<'  iiourj-ait   bien   n'être   (ju'une 

simple  altération   graphiipie  de   Jf.  /v>  Q     César. 


INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE  493 

prendre  que  nous  connaissons  déjà  depuis  longtemps  une 
dédicace  romaine  à  ce  dernier  empereur,  de  proportions 
plus  modestes,  il  est  vrai,  encastrée  après  coup  dans  le 
mur  sud  de  Jérusalem  ^ 

Je  n'insiste  pas  sur  l'intérêt  que  présente  la  mention  des 
trois  légions  dont  les  détachements  figurent  dans  la  seconde 
dédicace.  Le  rôle  de  la  X^  Légion  Fretensis  dans  les  desti- 
nées de  la  Judée  en  général,  et  de  Jérusalem  en  particulier, 
est  trop  connu  pour  qu'il  soit  besoin  de  s'}^  arrêter  ici. 
Nous  avions  déjà  mainte  trace  épigraphique  de  son  séjour 
prolongé  dans  la  Ville  Sainte.  Il  n'en  est  pas  de  même  des 
deux  autres  légions  qui  y  font  pour  la  première  fois  acte 
formel  de  présence.  Nous  savions  bien  déjà  indirectement 
que  la  II"  Trajana  Fortis  avait  pris  une  part  active  à  la 
guerre  juive  sous  Hadrien".  Quant  à  la  XIP  Fulminata, 
après  avoir  coopéré  avec  des  fortunes  diverses  aux  cam- 
pagnes de  Vespasien  et  de  Titus  contre  les  Juifs,  elle  sem- 
blait avoir  pris  congé  définitivement  de  la  Palestine  large- 
ment arrosée  de  son  sang.  Envoyée  par  Titus  à  Mélitène  sur 
l'Euphrate,  après  la  prise  de  Jérusalem,  nous  la  voyons 
combattre  les  Alains  sous  Hadrien  et  les  Quades  sous 
Marc-Aurèle.  Nous  ignorions  qu'elle  avait  pu  de  nouveau 
fournir,  comme  tant  d'autres  légions,  des  unités  au  corps 
d'armée  opérant  contre  Barcochebas,  au  moment  où  Hadrien 
faisait  appel  à  toutes  les  ressources  militaires  de  l'empire 
pour  venir  à  bout,  on  sait  au  prix  de  quels  sacrifices,  de 
cette  terrible  insurrection,  convulsion  suprême  du  judaïsme 
frappé  à  mort  cette  fois,  en  tant  que  nation.  Mais  rien  ne 
nous  dit,  d'ailleurs,  que  ce  n'est  pas  ultérieurement  qu'elle 
aura  été  envoyée  en  Judée. 

L'intervention  de  cet  élément  militaire  dans  la  dédicace 


1.  Waddin^nton,  Inscr.  gr.  el  lat.  de  la  Syrie,  n°  1895. 

2.  C.I.L.,  X,  3733.  Cf.  les  témoifjnages  historiques  maintes  fois  cités  de 
Dion  et  d'Eusèbe. 


494  INSCRIPTIONS    DE    PALESTINE 

à  Antonin  —  si  c'est  bien  de  lui  qu'il  s'agit  —  s'expliquerait 
en  l'espèce  d'autant  mieux  que  cet  empereur  paraît  avoir 
eu,  lui  aussi,  à  comprimer  une  dernière  et  impuissante 
révolte  de  ce  qui  pouvait  encore  rester  debout  du  peuple 
juif  après  la  tragédie  de  Bettir.  C'est  du  moins  ce  qui 
semble  résulter  d'un  passage  très  bref,  mais  catégorique, 
de  Capitolin  •  :  Judaeos  rebellantes  contudit  per  praeskles 
et  legatos.  Dans  ce  cas,  la  XIl"  Fulmina  ta  ne  figurant 
pas,  que  je  sache,  parmi  les  légions  mises  à  contribution 
par  Hadrien  pour  écraser  Barcochebas,  c'est  peut-être  l)ien 
à  Antonin  qu'il  convient  d'attribuer  le  déplacement,  en  tout 
ou  partie,  de  cette  légion,  appelée  par  lui  à  la  rescousse 
pour  venir  donner  le  coup  de  grâce  à  la  rébellion  juive 
C'était  pour  elle  une  l)elle  occasion  d'achever  de  racheter 
ses  fâcheuses  défaillances  dans  la  première  guerre,  à 
l'époque  flavienne. 

Mais,  je  le  reconnais,  la  question  reste  toujours  pendante 
de  savoir  si  c'est  bien  à  Antonin  que  doit  être  attribuée  la 
seconde  dédicace  si  mutilée.  Je  dois  dire  qu'après  examen 
d'un  second  et  meilleur  estampage  qui  m'a  été  ultérieure- 
ment envoyé  par  le  P.  Prosper,  je  serais  tenté  maintenantde 
restituer  à  la  ligne  1,  d'après  les  traces  de  lettres  •....[im]- 
per.  X. . ,  Si  ce  chilfre  X  de  la  salutation  impériale  était  accepté 
(malgré  l'abréviation  quehjue  peu  insolite  de  imper,  pour 
imp.),  il  ne  s'agirait  plus  d'Antonin.  Trajan  ou  Marc- 
Aurèle  pourraient  répondre  à  la  condition  requise,  le  second 
mieux  encore  que  le  premier  peut-être,  si  l'on  se  met  au 
point  de  vue  historique.  Après  le  chilfre  X ,  il  y  a  encore 
les  traces  ou  la  place  de  deux  autres  caractèies.  Je  pensais 
tout  d'abord  à  tr.\pot.]\  mais  M.  Cagnat  estime  qu'on  ne 
pourrait  guère  admettre  à  cet  endroit  que  p.p.  \  patri patrite). 
Quant  à  la  suite,  il  hésite  entre  une  épithèle  très  courte, 
avec  principi  (peut-être  abrégé)  :  principi  optimo  conj.  al  que 

1.   Uist.  Auguste,  Aiiloniu  le  Pieux,  ch.  V. 


LIVRES    OFFERTS  495 

Ub.  ejiis  ;  ou  très  longue,  avec  princ.  rejeté  à  la  ligne  3  : 
fortissimo  pr-inc.  afqiie  Ub.  ejus.  Il  fait  remarquer  que, 
pour  Marc-Aurèle,  nous  avons  des  exemples  de  cette  der- 
nière tournure  ainsi  que  de  la  mention  des  liberi. 


LIVRES  OFFERTS 


M  Baufh  fait  hommage,  au  nom  de  rauteur,  du  nouvel  ouvrage  de 
M.  Victor  Henry  :  La  magie  dans  Vliide  antique  (Paris,  1904,  in-18). 

Par  la  magie  dans  l'Inde  antique,  M.  Henry  entend  celle  qu'a  pra- 
tiquée rinde  védique,  à  l'exclusion  de  celle  qu'on  trouve  plus  ou 
moins  associée  à  toutes  les  religions  postérieures  et  exposée,  elle 
aussi,  dans  une  littérature  de  caractère  sacré  ;  car  nul  peuple  n'a 
étalé  avec  plus  de  complaisance  ce  curieux  envers  de  la  religion. 
Dans  le  culte  védique  même,  l'auteur  ne  s'attache  pas  à  relever  tous 
les  traits  d'ordre  magique  qui  en  pénètrent  la  plupart  des  rites  ;  il 
s'en  tient  de  préférence  aux  pratiques  magiques  proprement  dites, 
qui  nous  ont  été  conservées  surtout  dans  l'Atharvaveda  et  dans  le 
Kançikasûtra.  Mais,  dans  les  limites  ainsi  tracées,  il  s'est  appliqué  à 
être  complet,  et  il  y  a  réussi  dans  un  espace  relativement  restreint, 
en  soumettant  à  une  classification  méthodique  les  données  que  les 
sources  présentent  à  l'état  confus.  Je  n'ai  pas  besoin  d'ajouter  que 
l'interprétation  des  sources,  quoique  dépourvue  de  tout  appareil 
savant,  otîre  les  meilleures  garanties.  Nous  avons  ainsi,  d'une  des 
faces  du  culte  védique,  un  tableau  brillant  et  solide,  où  rien  ne  man- 
querait, si  l'auteur  avait  tenu  compte  des  Kamyeshtis  du  Yajusveda  et 
surtout  des  pratiques  prescrites  dans  le  Sàmavidhânahrahmana,  qui 
■est,  lui  aussi,  un  véritable  manuel  de  sorcellerie  et  où  il  aurait  trouvé 
quelques  rites  d'un  type  nouveau. 

Dans  son  introduction  et  dans  ses  conclusions,  l'auteur  a  discuté 
les  rapports  de  la  magie  d'un  côté  avec  la  religion,  de  l'autre  avec  la 
science.  H  y  a  là,  à  mon  gré,  un  peu  trop  de  métaphysique  ;  les 
mêmes  choses  auraient  pu  être  dites  plus  simplement  ;  mais  il  y  a 
aussi,  dans  ces  pages,  une  belle  franchise  et  une  incontestable 
largeur  de  vue. 


496  LIVRES    OFFERTS 

M.  Gagnât  dépose  sur  le  bureau,  de  la  part  de  M.  Toutain,  profes- 
seur à  l'École  des  Hautes  Études  religieuses,  trois  brochures: 

«  Les  deux  premières  ont  Irait  h  l'Afrique  du  Nord;  elles  sont 
intitulées  :  Note  sur  une  inscription  trouvée  dans  le  Djehel-Asker  au 
suddeGafsa{P'Avis,  1903,  in-8»  ;  extr.  du  Bulletin  archéologique,  1903), 
ctLaColonia  Tertia  decimanoruni  Uthina  (Constantine,  1903,  in-12). 
La  troisième  brochure  a  pour  titre  :  Les  Pontarques  de  la  Médie 
inférieure  {Paris,  1903,  in-S";  extr.  des  Mémoires  de  la  Société  natio- 
nale des  antiquaires  de  France,  t.  LXll);  c'est  la  plus  importante. 
Elle  traite  d'un  détail  auquel  on  ne  s'était  pas  encore  attaché.  Sur  la 
côte  occidentale  du  Pont-Euxin  existaient  plusieurs  villes  grecques 
qui  étaient  formées  en  confédération  (zoivôv).  Celle-ci  portait  le  nom 
de  novto:,ol  le  chef  de  la  confédération  s'appelait  llovris//,;.  M.  Tou- 
tain élal)lit  dans  son  article  que  le  Ponlarque  était  distinct  du  grand 
prêtre  de  la  province  de  Médie  dont  les  limites  géographiques  ne 
coïncident  pas  avec  celle  de  la  confédération.  » 

M.  Delisle  fait  hommage  du  tome  V  de  La  maison  de  Laval. 
Étude  historique  accompagnée  du  Cartulaire  de  Laval  et  de  Vitré,  par 
le  comte  Bertrand  de  Broussillon  (Paris,  1903,  in-8"). 

C'est  le  complément  d'un  ouvrage  rempli  de  documents  originaux 
du  xi=  au  xvi"  siècle,  avec  re[)ro(luction  de  nombreux  sceaux  gravés 
par  M.  Paul  de  Farcy. 

M.  lIi'iiON  i)i:  Vii.LEKossi;  dépose  sur  le  Ijurcaii  le  discours  qu'il  a 
prononcé  à  l'inauguration  (hi  buste  do  M  G.  Ihillint,  corrosiîondant 
delTnslilul  (Paris,  1903,  in  8"). 


SÉANCE     PUBLIQUE    ANNUELLE 

DU     VENDREDI     13     NOVEMBRE     1903 
PRÉSIDÉE    PAR 

M.  GEORGES  PERROT 


DISCOURS    DU    PRÉSIDENT 


Messieurs  , 

Il  y  a  quelques  jours,  comme  président  de  l'Institut, 
j'évoquais  le  souvenir  des  confrères  que  nous  avons  perdus 
depuis  notre  dernière  séance  publique,  MM.  Alexandre 
Bertrand  et  Gaston  Paris.  Je  rappelais,  devant  cette  nom- 
breuse assemblée,  les  travaux  et  les  ouvrages  qui  leur 
avaient  valu  l'honneur  d'être  reçus  dans  notre  Compai^^nie. 
Ces  titres,  je  ne  saurais,  sans  m'exposer  à  des  redites,  les 
énumérer  à  nouveau.  Vous  savez  tous  comment,  loin  de  se 
reposer,  comme  il  arrive  quelquefois,  après  avoir  vu  satis- 
faite leur  lég-itime  ambition,  nos  deux  confrères,  tant  que 
leurs  forces  ne  les  ont  pas  trahis,  n'ont  pas  cessé  de  s'appli- 
quer à  justifier,  par  de  nouveaux  services,  le  vote  qui  les 
avait  appelés  à  siéger  dans  vos  rangs. 

M.  Alexandre  Bertrand  laisse,  outre  des  livres  qui  avaient 
fait  de  lui,  à  une  certaine  heure,  en  France,  le  représentant 
le  plus  autorisé  des  études  celtiques,  une  œuvre  admirable, 
le  Musée  de  Saint-Germain.  Il  en  a  été  le  créateur  et,  pen- 


498  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

dant  trente-cinq  ans,  il  n*a  pas  cessé  de  l'agrandir  et  de 
l'enrichir.  S'il  a  pu  suffire  à  cette  tâche,  même  quand  est 
venue  la  fatifçue  de  Tâge,  c'est  grâce  à  la  parfaite  entente 
qui  n'a  pas  cessé  de  régner  entre  lui  et  son  jeune  collabo- 
rateur, M.  Salomon  Reinach,  que  le  vieillard  a  eu  la  joie 
de  voir  entrer  sous  ses  auspices  dans  notre  Compagnie,  en 
1896.  Quant  à  M.  Gaston  Paris,  que  vous  en  dire  qui 
réponde  à  la  douleur  que  vous  a  causée  la  mort  (jui  la 
frappé  quand  son  génie,  —  je  ne  crains  pas  de  reprendre  et 
de  répéter  ce  mot,  qui  a  été  prononcé  plus  d'une  fois  au 
moment  des  obsèques,  — était  encore  dans  toute  sa  vigueur 
et  sa  fécondité?  Vous  avez  tous  encore  présente  à  l'esprit 
la  scène  grandiose  de  ses  funérailles  où  ,  dans  la  cour  du 
Collège  de  France  ,  toute  voilée  de  deuil ,  au  pied  de  cet 
escalier  cjue  nous  aimions  à  monter  tous  les  dimanches  pour 
aller  passer  quelques  heures  charmantes  dans  l'intimité  de 
notre  ami,  les  représentants  de  deux  Académies,  ceux  du 
Collège  de  France,  de  l'Ecole  des  hautes  études  et  de  plu- 
sieurs sociétés  savantes,  ceux  enfin  des  universités  étran- 
gères sont  venus,  la  voix  serrée  par  l'émotion,  rendre  hom- 
mage à  celui  qui  partout,  en  France  et  hors  de  France,  était 
considéré,  par  ses  émules  les  plus  éminentset  ses  nombreux 
élèves,  comme  le  plus  puissant  promoteur  et  le  maître 
incontesté  des  études  romanes. 

MM.  Alexandre  Bertrand  et  Gaston  Paris  ont  été  rem- 
placés, dans  notre  Compagnie,  par  MM.  Chavannes  et 
Maurice  Croiset.  Les  nouveaux  élus  sont  venus  représenter 
ici  des  études  auxquelles  l'Académie  devait  des  encoura- 
gements d'autant  plus  marcpiés  que  des  circonstances 
récentes  leur  donnaient  un  intérêt  (pie  nous  ne  pouvions 
manquer  d'être  les  premiers  h  saisir. 

La  langue  et  la  littérature  de  la  Chine  ne  sont  plus 
aujourd  hui  matière  à  une  pure  curiosité  d'érudit.  De  gré 
ou  de  force,  la  Chine,  dans  la  seconde  moitié  du  dernier 
siècle,  est  sortie  de  son  isolement.  Nos  troupes  sont  allées 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  499 

récemment  y  défendre  la  vie  de  nos  nationaux  et  y  rétablir 
Tordre.  Tous  les  jours,  par  le  télégraphe,  nous  avons  des 
nouvelles  de  Péking',  de  Shang-haï,  de  la  Mandchourie. 
L'équilibre  de  notre  budget  dépend  de  la  régularité  des 
versements  que  la  Chine  s'est  engagée  à  nous  faire  pour 
s'acquitter  de  l'indemnité  de  guerre.  Sur  des  centaines  de 
lieues,  la  Chine  est  limitrophe  d'une  de  nos  colonies  les 
plus  importantes,  où  l'émigrant  chinois,  par  les  bras  qu'il 
fournit  et  les  capitaux  dont  il  dispose ,  est  un  des  facteurs 
principaux  de  l'industrie  et  du  commerce  locaux.  Ce  n'est 
pas  ici  le  lieu  de  chercher  s'il  y  a  vraiment,  comme  on  l'a 
dit,  un  péril  jaune;  mais  on  ne  saurait  nier  qu'il  importe 
à  notre  humanité  occidentale  de  savoir  à  quoi  s'en  tenir  sur 
le  fond  du  caractère  de  ce  peuple  énorme,  sur  la  portée  et 
les  limites  de  ses  facultés  mentales.  Celles-ci  sont  la  résul- 
tante du  long  passé  de  cette  race,  de  ses  croyances  et  de 
ses  rites,  qui,  transmis  de  génération  en  génération  pendant 
bien  des  siècles,  ont  fini  par  lui  imposer  certaines  habi- 
tudes d'esprit  que  l'hérédité  a  fixées,  certaines  manières  de 
juger  et  de  sentir,  toute  une  conception  de  la  vie,  qui 
diffèrent  très  fort  des  nôtres.  Ce  travail  lent  et  profond  qui 
a  donné  une  forme  originale  aux  intelligences  de  ces 
millions  d'hommes,  ce  type  d'âme  dont  les  traits  ne  paraissent 
plus  susceptibles  de  se  beaucoup  modifier,  à  qui  devrons- 
nous  en  demander  une  analyse  et  une  définition  où  nous 
soyons  autorisés  à  chercher  le  principe  et  la  règle  des  rap- 
ports qu'il  conviendra  d'établir,  pour  le  bien  commun  des 
deux  parties  en  présence,  entre  notre  civilisation  et  celle 
de  ce  monde  lointain  et  mystérieux?  Sera-ce  aux  voyageurs 
qui  traversent  la  Chine  au  pas  de  course  et  ne  conversent 
avec  les  indigènes  que  par  l'intermédiaire  d'un  drogman? 
Sera-ce  même  aux  Européens  qui  s'y  sont  installés  à 
demeure  et  qui  frécpientent  les  courtiers  chinois  ?  Ce  n'est 
ni  parmi  ceux-ci  ni  parmi  ceux-là  que  nous  avons  chance 
de  rencontrer  des  psychologues  bien  informés  dont  les  avis 


500  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

nous  aident  à  prévoir  et  à  préparer  l'avenir  de  ces  relations 
internationales.  Nos  conseillers  les  plus  compétents  et  les 
plus  sûrs ,  ce  seront  les  savants  que  leur  connaissance  des 
idiomes  de  l'Extrême-Orient,  de  ses  relig-ions  et  de  ses 
pliilosophies  aura  mis  à  môme  de  remonter  aux  origines 
de  cette  pensée  et  de  nous  la  rendre  intellig-ible,  par  une 
adroite  mise  au  point,  par  un  art  de  transposition  qui,  pour 
atteindre  le  vrai  sens  de  l'idée,  sache  renoncer  k  la  servilité 
<le  la  traduction  littérale.  La  tâche  est  ditFicile  ;  pour  y 
réussir,  il  faut,  vous  l'avez  compris,  que  les  interprètes  de 
ces  vieux  livres  des  sages  de  la  Chine  aient  été  familiarisés, 
par  leur  éducation  première,  avec  les  plus  hautes  spécula- 
tions de  l'esprit,  que,  chez  eux,  le  sinologue  soit  doublé 
d'un  philosophe. 

Il  ne  nous  a  pas  paru  moins  opportun  de  pouvoir  témoi- 
gner de  l'intérêt  que  nous  portions  aux  études  helléniques 
et  d'indiquer  ainsi  combien  nous  nous  préoccupions  de 
faire  tout  ce  qui  dépendrait  de  nous  pour  écarter  d'elles  , 
en  France,  les  dangers  qui  les  menacent.  Des  réformes 
récentes  ont  fort  réduit  la  place  qui  leur  était  attribuée 
dans  les  horaires  et  les  programmes  de  notre  instruction 
secondaire.  D'une  part,  elles  ont  créé  un  enseignenuiil 
classique  où  l'antiquité  n'est  représentée  que  par  l;i  langue 
et  la  littérature  latine  ;  elles  ont  ainsi  diminué  le  nombre 
des  enfants  qui  apprendront  le  grec  ou  qui  en  auront  au 
moins  quelque  teinture.  D'autre  part,  pour  ceux  mêmes  de 
nos  fils  ([ui  persisteront  à  demander  au  lycée  l'enseignement 
(|ue  vous-mêmes  y  avez  reçu,  celui  qui  ouvrait  à  ses  meil- 
leurs élèves  l'accès  des  sources  grecques,  l'étude  de  cette 
langue  commencera  plus  tard  f{ue  j^ar  le  passé.  (Test  peut- 
être  un  l)i(Mi  (pie  les  humanités,  ;i  prendre  ce  mot  dans  le 
sens  où  on  Tentendait  autrefois,  ne  gardent  à  leur  aclit  que 
des  engages  volontaires.  La  (jueslion  est  de  savoir  ([uels 
seront  les  résultais  de  la  mesure  (pii  recule  d'un  an  l'heure 
où  nos  collégiens  aborderont  l'étude  du  grec.  Cette  étude, 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  501 

disent  les  patrons  du  nouveau  régime,  ne  pourra  qu'y 
gagner.  Quand  ils  sy  essayeront,  les  esprits  seront  déjà 
plus  formés;  ils  y  feront  donc,  assure-t-on,  des  progrès 
plus  rapides.  Ce  n'est  pas  impossible;  mais  c'est  à  l'épreuve 
que  l'on  en  jugera.  Quoi  qu'il  en  soit,  si  ceux  qui  gardent 
aux  lettres  grecques  un  pieux  attachement  ne  laissent  pas 
de  voir  sans  quelque  inquiétude  toutes  ces  innovations ,  il 
dépend  d'eux  d'en  prévenir  ou  du  moins  d'en  atténuer  les 
fâcheux  effets.  Cette  Grèce  que  semblent  repousser  de  plus  en 
plus  dans  les  obscures  profondeurs  du  passé  les  siècles  qui 
viennent  s'interposer  entre  elle  et  nous,  cette  Grèce  ({ui 
paraît  ainsi  très  lointaine  à  ceux  qui  la  connaissent  mal , 
elle  se  rapprochera  de  nous  si  ceux  qui  s'emploient  à  nous 
la  présenter  et  à  nous  l'expliquer  s'eatendent  à  la  montrer 
en  pleine  lumière,  sous  toutes  ses  faces  et  tous  ses  aspects. 
C'est  ce  que,  jusqu'à  ces  derniers  temps,  on  n'avait  pas 
assez  fait,  quand  on  demandait  à  ce  génie  de  concourir  à 
l'éducation  dune  élite  de  notre  jeunesse.  Tout  ce  que  Ton  a 
voulu  savoir  de  la  Grèce,  c'est  ce  qu'elle  a  mis  d'elle-même 
dans  ce  qui  nous  reste  de  son  œuvre  écrite  et,  dans  celle-ci, 
on  n'a  guère  cherché  que  des  modèles  de  goût,  des  beautés 
de  composition  et  de  style.  C'était,  par  l'étroitesse  de  ce 
parti  pris,  s'exposer  à  voir  les  modèles  ainsi  pi-oposés  à  nos 
écoliers  n'obtenir  qu'une  attention  intermittente  et  disti-aite; 
on  se  lasse  vite  des  redites  que  peut  difficilement  éviter  la 
critique  purement  littéraire,  et  il  n'est  pas  certain  que.  par 
cette  seule  voie,  le  meilleur  maître  puisse  arriver  à  faire 
comprendre  ce  qui  distingue  la  Grèce  de  Rome  et  ce  qui  lui 
assure  la  supériorité,  dans  l'ordre  du  sentiment  et  de  l'idée. 
Combien  la  démonstration  devient  plus  facile  quand  on 
cesse  de  s'en  tenir  à  la  traduction  et  au  commentaire  des 
ouvrages  qui  se  lisent  dans  les  classes,  quand  on  considère 
et  que  l'on  étudie  la  Grèce  dans  l'unité  de  son  merveilleux 
etîort,  dans  toute  la  variété  des  créations  par  lesquelles 
s'est  manifesté ,  pendant  plus  de  mille  ans ,  son  souple  et 


o02  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

riche  o-énie!  Ce  que  1  on  découvre  alors  dans  cet  ensemble 
que  le  regard  s'applique  à  embrasser  tout  entier,  c'est, 
outre  la  poésie  et  l'éloquence,  outre  cette  perfection  du 
bien  dire  qui  fait  les  délices  des  lettrés,  les  méthodes  de 
l'histoire  et  de  la  science  pressenties  et  ébauchées  par  de 
grands  esprits  qui  devancent  leur  temps  et  qui  ouvrent  des 
chemins  où  les  hommes  n'apprendront  à  marcher  d'un  pas 
ferme  et  sûr  que  beaucoup  plus  tard,  après  de  longs  arrêts 
et  bien  des  erreurs  de  route.  C  est  enfin  la  Grèce  des  arts, 
du  dessin,  de  l'architecture,  de  la  sculpture  et  de  la  peinture. 
Ignorer  ses  temples,  ses  statues  et  les  images  qui  décorent 
ses  vases,  c'est  se  condamner  à  ne  saisir  et  à  ne  pénétrer 
qu'une  part  de  son  âme,  de  cette  âme  qui,  pour  rendre  ses 
plus  hautes  conceptions,  a  su  trouver,  dans  la  musique  des 
lignes  et  dans  l'interprétation  des  types  du  monde  orga- 
ni({ue,  des  formes  sensibles  qui  ne  sont  pas  moins  expres- 
sives que  les  rythmes  et  les  mots  dont  se  sont  servis  à 
même  fin  ses  poètes  et  ses  prosateurs.  S'il  y  a  sur  terre  un 
lieu  où  soit  vivement  sentie  cette  nécessité  de  l'élargisse- 
ment du  point  de  vue,  c'est  bien  cette  Académie,  où  se 
maintiendra  toujours,  fût-il  ailleurs  menacé  de  périr,  le 
culte  de  l'hellénisme.  Elle  s'est  inspirée  de  ce  sentiment 
lorsque,  après  avoir  appelé  à  elle,  il  y  a  dix-sept  ans, 
M.  Alfred  Croiset,  elle  a  donné  M.  Maurice  Croiset  pour 
successeur  à  M.  Gaston  Paris  ;  c'était  proclamer  quel  cas 
elle  faisait  de  cette  belle  Histoire  de  la.  littérature  grecque 
qui  tient  beaucoup  plus  que  ne  promet  son  titre.  Ce  livre 
est  l'histoire  de  toute  la  vie  intellectuelle  du  peuple  grec, 
telle  que  celle-ci  s'est  développée,  sur  un  si  long  espace  de 
temps,  depuis  ce  premier  éveil  de  la  réflexion  dont  témoigne 
déjà  l'épopée  homérique  jusqu'à  ce  plein  essor  de  la  pensée 
qui,  avec  les  j)hilosophes  et  les  savants  d'Athènes  et 
d'Alexandrie,  a  si  fort  aidé  à  l'élaboration  du  dogme  chré- 
tien et  fourni  à  la  science  moderne,  dans  toutes  les  voies 
({u'clle  devait  suivre,  son   point  de  départ,  le  plan  de  ses 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  o03 

premières  recherches  et  les  données  élémentaires    de    ses 
théories  les  plus  compliquées  et  les  plus  profondes. 

Je  me  reprocherais  de  ne  pas  donner  ici  un  souvenir  à 
deux  de  nos  correspondants  rég-nicoles  que  nous  avons 
perdus  cette  année,  MM.  Poulie  et  de  Grandmaison.  L'un 
et  l'autre  avaient  conquis  ce  titre  par  toute  une  vie  d'étude 
et  de  travail  fécond.  Administrateur  du  domaine  public  en 
xA-lg-érie,  M.  Poulie  avait  mis  à  profit  les  déplacements  que 
lui  imposait  sa  fonction  pour  relever  les  sites  antiques  et 
les  édifices  qu'il  rencontrait  sur  son  chemin,  pour  sauver  et 
transcrire  les  inscriptions.  Il  fut,  sous  les  auspices  de  Léon 
Renier,  un  des  fondateurs  de  la  Société  archéologique  de 
Constantine,  dont  il  présida  les  séances  de  1876  à  1892.  Il 
y  donnait  une  chronique  oîi  tous  ceux  qui  s'intéressaient  à 
l'histoire  de  l'Afrique  romaine  étaient  sûrs  de  toujours 
trouver  des  textes  inédits  et  des  renseig-nements  exacts  sur 
les  fouilles  et  les  découvertes  de  l'année.  G  est  à  l'histoire 
de  la  Touraine  que  s'était  consacré  M.  de  Grandmaison.  Il 
a  mis  en  ordre  les  archives  départementales  d'Indre-et- 
Loire  dont  il  avait  la  garde  et  en  a  publié  un  inventaire  qui 
rend  de  grands  services;  mais,  mérite  plus  rare,  il  a  su  tirer 
lui-même  un  parti  intelligent  des  documents  qu'il  maniait 
et  qu'il  classait.  Il  y  a  trouvé  la  matière  de  deux  livres  fort 
estimés.  L'un  a  pour  objet  la  condition  des  serfs  de  l'abbaye 
de  Marmoutier.  L'autre  nous  raconte  la  vie  et  nous  décrit 
les  œuvres  des  artistes  qui,  au  xv''  et  lu  xvi**  siècle,  ont 
contribué,  par  le  prestige  de  leur  talent,  à  faire  de  la  pro- 
vince que  baigne  la  Loire  le  séjour  préféré  de  nos  rois. 

MM.  Brulails,  Gsell  et  Cosquin  ont  été  conviés  à  com- 
bler les  vides  qui  s'étaient  produits  dans  les  rangs  de  vos 
correspondants  et  à  en  augmenter  le  nombre.  Je  n'ai  pas  à 
vous  rappeler  —  la  mémoire  en  est  encore  trop  fraîche  — 
les  titres  très  divers  qui  ont  valu  à  ces  érudits  l'honneur  de 
vos  suffrages. 


o04  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

Ce  n'est  pas  seulement  par  le  souci  de  la  justice  (jui  pré- 
side à  nos  choix  et  par  leur  caractère    d'opportunité  que 
nous  nous  eil'orçons  d'encourag-er  les  études  sévères  aux- 
quelles tous  ici  nous  avons  voué  notre  vie.  Nous  ne  nous 
appliquons  pas  avec  moins  de  zèle  à  en  répandre  le  goût  et 
à   en   favoriser  les  progrès  par  une  attribution  judicieuse 
des  récompenses  dont  nous  disposons  et  des  subsides  que 
les  libéralités   de  donateurs   intelligents    nous    permettent 
d'allouer,    à    maintes    entreprises    scientifiques   telles    que 
campagnes  de  fouilles  ou  fidèles  et  coûteuses  reproductions 
de  monuments   ligures.  J'aurais  eu  plaisir  à  vous  signaler 
les  mérites  des  ouvrages  (jue  nous  avons  cru  devoir  distin- 
guer dans  la  foule  de  ceux  (jui  viennent  se  présenter  à  nos 
concours  ;  mais  «  ils  sont  vraiment  trop  »  !    comme  dit  le 
héros  d'une  de  nos  chansons   de  geste,   épouvanté  par  la 
multitude  toujours  croissante  des  ennemis  qui  lui  donnaient 
l'assaut.  Nous  sommes  loin  du  temps  où  l'Académie  n'avait 
à  décerner  qu'un   seul  prix,  le  prix  ordinaire  ou    prix  du 
budget.  Le  président  était  alors  à  l'aise  pour  faire  ressortir, 
par   une    substantielle    analyse,    les  qualités    du   mémoire 
couronne.    11   n'en   est    plus    de  même   aujourd'hui.    Cette 
année,  nous  avons  eu  à  distribuer  dix-huit  prix  ou  médailles, 
et  plusieurs  de  ces  prix  ont  été  partagés  entre  deux  ou  trois 
auteurs.  Dans  ces  conditions,  si  je  voulais  suivre  les  anciens 
errements,  ce  serait  à  la  lueur  dt's  bougies  que  j'achèverais 
ce  discours,   pendant  que  l'auditoire  serait  plongé  dans  de 
profondes  ténèbres.   Si  nous   nous   somnu's    onlin   décidés, 
depuis  deux  ou  trois  ans,  ;i  faire  l)rilliT  diins  notre  bil)lio- 
thèque  et  dans  notre  salle  des  séances  les  feux  de  l'électri- 
cité, ceux-ci  ne  s'allument  pas  encore  sous  la  coupole. Tout 
vieux   qu'il    soit,    llnstitul   n'est    pas    réfractaire    aux  nou- 
veautés. Si  nous  n'avons  pas  eiieoi'e  le  leK'piioiu".  nous  nous 
sommes  donné.    (|n<)i(pu'  nous    n  liabilions    tpi  un    piemn*r 
étage,   le  lux(.'   d  un  ;isccnseui-. 

De   toutes   les  éludes  qui  nous   occupent   ici,  celles  qui 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  50S 

tiennent  le  plus  de  place  dans  l'elFort  et  dans  la  vie  de 
notre  Académie,  dans  les  recherches  personnelles  que 
poursuivent  ses  membres  et  dans  les  publications  qu'ils 
dirigent  au  nom  de  la  Compagnie,  c'est  l'histoire  même  de 
notre  cher  pays,  du  peuple  qui  s'y  est  formé  d'éléments 
très  divers,  des  princes  et  des  ministres  qui  l'ont  gouverné, 
des  capitaines  cpii  en  ont  défendu  ou  reculé  les  frontières, 
des  institutions  qu'il  s'est  données,  de  sa  langue,  de  sa 
littérature  et  de  ses  arts.  Par  les  exemples  que  nous  nous 
attachons  à  offrir  et  par  le  caractère  que  nous  nous  effor- 
çons d'imprimer  aux  travaux  qui  sont  soumis  à  notre  juge- 
ment, nous  aspirons  à  substituer  partout  aux  généralités 
vagues  la  précision  du  détail  exact ,  de  celui  que  four- 
nissent, interrogés  avec  suite  et  avec  discernement,  les 
documents  authentiques.  Peu  à  peu,  aidés  par  tous  ces 
collaborateurs  volontaires  qui  se  groupent  autour  de  nous, 
nous  rectifions  des  erreurs  qui,  depuis  longtemps,  se  trans- 
mettaient de  génération  en  génération  ;  nous  arrivons  à 
jeter  quelque  jour  sur  les  personnages  et  les  épisodes  de 
notre  passé  qui  restaient  encore  comme  cachés  dans 
l'ombre.  Obstinés  à  ce  labeur,  nous  corrigeons,  nous  repre- 
nons un  à  un  tous  les  traits  de  l'image.  Présenter,  dans  un 
tableau  d'ensemble,  l'histoire  de  cette  vieille  France  que 
l'on  aime  ici  d'un  si  pieux  amour,  c'est  une  ambition  qui 
tentera  peut-être  plus  d'un  esprit  généreux;  mais,  s'il  a  le 
goût  et  le  respect  de  la  vérité,  il  commencera  par  se 
mettre  en  mesure  d'employer  les  matériaux  qu'une  critique 
savante,  dont  les  maîtres  ont  tous  ou  presque  tous»  été  des 
nôtres,  aura  patiemment  dressés  à  l'outil  et  comme  con- 
duits k  pied  d'oeuvre. 

Dans  ces  conditions,  les  deux  concours  qui  suscitent  les 
plus  vives  émulations,  c'est  celui  du  prix  Gobert  et  celui 
des  Antiquités  nationales.  Le  prix  Gobert  est  le  plus 
important   des  prix  annuels  que  décerne  notre   Académie. 


506  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

Il  est  destiné  à  récompenser  «  les  deux  ouvrages  les  plus 
savants  et  les  plus  profonds  »  qui  aient  été  écrits  sur  l'his- 
toire de  France  ou  sur  des  sujets  qui  s'y  rattachent.  La 
Compagnie  a  tenu  à  marquer  par  une  disposition  parti- 
culière l'intérêt  qu'elle  porte  à  ce  concours.  Tandis  que, 
pour  les  autres  prix,  les  commissions  élues  à  cet  elTet  com- 
muniquent leur  décision  à  l'Académie  qui  en  prend  acte, 
pour  le  prix  Gobert  la  commission,  bien  que  toujours  for- 
mée des  juges  les  plus  compétents,  n'est  plus  souveraine. 
Quelques  sérieuses  raisons  que  fasse  valoir  son  rapporteur 
pour  justilîer  les  choix  qu'elle  propose,  ces  raisons  peuvent 
être  discutées,  et  elles  le  sont  quelquefois.  Je  me  souviens 
encore  d'une  séance  où  notre  regretté  confrère,  M.  Gaston 
Paris,  releva,  dans  l'ouvrage  qui  était  présenté  pour  le 
premier  prix,  de  tels  défauts  que  l'Académie  lui  donna 
aain  de  cause  contre  sa  commission.  C'est  donc  à  un  vote 
de  toute  la  Compagnie  que  le  candidat  heureux  doit  cet 
honneur  si  recherché. 

L'Académie  a  décerné,  cette  année,  le  premier  prix 
Gobert  à  M.  Gustave  Dupont-Ferrier,  agrégé  d'iiistoire, 
archiviste-paléographe,  docteur  es  lettres,  pour  son  ouvrage 
intitulé  Les  officiers  royaux  des  bailliages  et  sénéchaussées 
et  les  institutions  monarchiques  locales  en  France  à  la  fin 
du  moyen  âge.  Je  voudrais  pouvoir  reproduire  ici,  dans 
toute  son  étendue,  le  i-apport  qui  a  valu  à  M.  Dupont-Fer- 
rier celte  haute  distinction;  tout  au  moins  vous  en  citerai- 
je  les  de.rniers  mots,  qui  donnent  (jueUjue  idée  et  des  peines 
qu'a  prises  l'auteur  et  de  l'intérêt  capital  du  sujet  qu'il  a 
traité  :  «  L'ouvrage  de  M.  Dupont-Ferrier,  fruit  d'observa- 
tions minutieuses  et  de  recherches  innombrables,  nous  aide 
à  comprendre  mieux  qu'aucun  autre  le  grand  fait  qui 
domine  à  cette  époque  l'histoire  de  France,  l'absorption  des 
seigneuries  et  de  la  société  française  dans  l'unité  monar- 
chique.   » 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  BO'f 

Ce  qui  a  encore  contribué  à  mettre  au-dessus  de  toute 
compétition  M.  Dupont-Ferrier,  c'est  qu'il  s'est  imposé  un 
effort  auquel  se  soustraient  trop  volontiers  les  érudits  qui 
fréquentent  et  qui  exploitent  nos  archives.  Beaucoup  d'entre 
eux  croient  avoir  assez   fait   quand  ils  ont  transcrit  pour 
l'impression  des   pièces  inédites.    Ils  n'essayent  même  pas 
d'en  extraire  la  substance  pour  y  trouver  les  éléments   de 
peintures  vivantes  ou  pour  aboutir  à  des  conclusions  géné- 
rales. Voici  au  contraire  l'éloge  qui  est  accordé  à  M.  Dupont- 
Ferrier    par  ce    rapport  auquel  je   veux   faire    encore    un 
emprunt  :  «  Chez  lui,  au  chercheur  infatigable  se  joint  le 
critique  judicieux,  qui  sait  grouper  les  faits  et  en  dégager 
ridée,    qui  raisonne  sagement  et   qui  résume   clairement. 
Malgré  la  longueur  inévitable  de  certains  développements, 
il  faut  reconnaître  ici  des  qualités  réelles  de  style.  Ce  livre 
de  1040  pages  n'est  pas  seulement   d'une  érudition  à   peu 
près  inattaquable  ;  il  est,  en  tant  qu'histoire  administrative, 
remarquablement  écrit  et  composé  ». 

On  n'en   saurait  dire    autant    du    livre   de    M.    Eugène 
Déprez  :    Les  préliminaires  de    la    guerre   de   Cent  ans;  la 
Papauté,  la  France  et  V Angleterre  (1328-1342).  Sans  par- 
ler d'incorrections   de  style   qui  trahissent  la    hâte  exces- 
sive de  la  rédaction,  on  signale,  dans  cet  ouvrage,  une  com- 
position confuse;   il   y  a  des  incohérences;   il  y  a  même, 
d'une  page   à  l'autre,  de  vraies  contradictions.  Si,   malgré 
ces  défauts,  l'Académie    a  conféré  à  M.  Déprez  le   second 
prix  Gobert,  c'est  qu'elle  a  voulu  considérer  son  mémoire 
comme  un  recueil  de  textes  inédits,  fort  importants,  bien 
choisis  et   bien  publiés.  Elle  a  tenu  compte  aussi  de  l'in- 
tention de  revenir   dans   des    études   subséquentes    sur   le 
même    sujet.    Encouragé  par    la  récompense  qui  lui   a  été 
accordée,  averti  par  les  réserves  qui  tempèrent  ici  l'éloge,  il 
tiendra  sans  doute  à  honneur  de  nous  donner  quelque  jour 
une  étude  critique  et  définitive  sur  une  période  que,  grâce 

1903.  35 


o08  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

à  des  recherches  patiemment  poursuivies  dans  les  dépôts 
de  Home  et  de  Londres,  il  connaît  par  le  menu,  dans  le 
détail  des  plus  secrètes  négociations. 

Le   concours   ouvert  sous   la    rubrique   Antiquités  de  la 
France  s'adresse   à    la    même  clientèle    que   celui  du  prix 
Gobert.  Par  le  nombre  des  ouvages  qui  y  sont  envoyés  (il  y 
en  a   eu   trente-trois   cette  année)   et    par  les  mérites   très 
dignes  d'estime  qui  recommandent  la  plupart  d'entre  eux  à 
l'attention  de  leurs  juges,  ils  témoignent  et  de  l'importance 
que  Ton  attache,  dans  des  milieux  très  divers,  aux  sullVages 
de  l'Académie  et  de  la  curiosité  passionnée  avec   laquelle 
tout  un  peuple  dérudits  ardents  à  la  recherche  s'emploie  à 
scruter  nos  origines  et  à  suivre  dans  son  évolution  et  dans 
ses  aventures  la  fortune  de  la  France  juscpiau  seuil  de  cet 
âge  moderne  à  partir  dufjuel   les  travailleurs  échappent  à 
notre  juridiction,  (^uand  on   parcourt    tous  ces    essais,  si 
variés  de  fond  et  de  forme,  on  sent  qu'ils  ont  tous  un  carac- 
tère commun  :  c'est  le  patriotisme  qui  y  stimule  l'intelli- 
gence et  qui  l'aide  à  persévérer  dans  l'eirort.  Notre  regret 
est  donc  très  vif  de  ne  pouvoir  vous  apporter  ici  que  des 
noms  d'auteurs  et  des  titres  d'ouvrages  ;  mais  le  rapport  de 
la  commission,  qui  rend  ample  justice  à  tous  ceux  ciu'elle  a 
distingués,  est  publié  dans  nos  Comptes  rendus.  11  sufïira 
de  rappeler  ici  que  cette  commission  a  été  assez  frappée  de 
la   valeur   des   ouvrages   (pii    nous    étaient    adressés    pour 
demander  qu'une  quatrième  médaille  et  (pie  trois  montions 
fussent  ajoutées  aux  récompenses   cpi  vUv  était  chargée  de 
répartir  entre  les  concurrents. 

Le  titulaire  de  la  première  médaille  est  M.  l'abbé  Angot, 
aulcui'  (lu  Dictionnaire  historique  de  la  Mai/enne.  La 
seconde  médaille  est  attribuée  à  M.  Stéphane  Gsell  ,  pour 
son  ouvrage  en  di'ux  volumes  sur  f.es  rnonnrncn/s  antiques 
de  l' Ahjrrir,  et  la  troisième  à  M.  Ivspinas  pour  son  étude  sur 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  S09 

Les  finances  de  la  commune  de  Douai,  depuis  les  origines 
Jusqu'au  X  V^'^  siècle .  MM.  Léon  Maître  et  Paul  de  Berthou, 
auxquels  revient  la  quatrième  médaille,  ont  publié,  avec  des 
notes  copieuses  et  savantes,  d'après  un  manuscrit  de  la 
Bibliotliè(|ue  nationale,  VIfinéraire  de  Bretagne,  de  Dubuis- 
son-Aubenay.  Les  neuf  mentions  ont  été  décernées  à  Dom 
Dijon,  à  MM.  Labande  et  de  Romanet,  à  l'abbé  Alliot,  à 
MM.  de  Rochemonteix  et  Pagart  d'Hermansart,  puis  conjoin- 
tement à  MM.  Henry  de  Gérin-Ricard  et  Arnaud  d'Agnel, 
et  enfin  à  MM.  Portai  et  Charles  Porée.  Le  rapporteur,  en 
terminant,  cite  encore  quelques  ouvrages  utiles  et  estimables 
qui  n'ont  pu  être  classés  sur  cette  liste,  trop  courte  à  son 
gré.  ((  Ceux-là  mêmes,  dit-il,  à  défaut  de  ceux  que  nous 
avons  désignés  à  vos  suffrages,  suffiraient  à  attester  le 
niveau  élevé  auquel  sont  parvenus  et  où  se  maintiennent 
dans  notre  pays  les  études  d'archéologie  et  d'histoire  dont 
il  est  l'objet.   » 

Force  m'est  d'être  encore  plus  bref  pour  les  autres  prix 
dont  nous  disposions  cette  année.  Sur  la  feuille  volante  qui 
a  été  distribuée  au  public  de  choix  qui  assiste  à  nos  séances, 
celui-ci  trouvera  tout  au  moins  le  titre  exact  des  ouvrages 
qu'une  sélection  scrupuleusement  attentive  a  tirés  du  rang, 
entre  maints  autres  savants  livres  qui  auraient  pu,  dans 
chaque  domaine  de  la  science,  aspirer  sans  présomption  au 
même  honneur. 

Le  prix  de  numismatique,  fondé  par  M.  Allier  de  Haute- 
roche,  a  été  décerné  à  M.  Jules  Maurice.  Le  prix  extraor- 
naire  biennal,  constitué  au  moyen  des  arrérages  de  la  fon- 
dation Bordin,  a  été  partagé  entre  MM.  Guidi,  Dus^aud. 
Macler,  et  les  missionnaires  catholi([ues  du  Thibet.  Le  prix 
Brunet  l'a  été  entre  MM.  Claudin  et  Auguste  Molinier.  Une 
mention  très  honorable  a  été  décernée  à  M.  Corpèque. 
M.  Maurice  Courant  a  obtenu  le  prix  Stanislas  Julien,  et 


8iO  SÉANCE    KbLIQUE    ANNUELLE 

M.  Guesnon  le  prix  Lagrang-e.  Les  trois  mille  francs  du 
prix  Joseph  Saintour  ont  été  répartis,  en  proportions  iné- 
gales, entre  MM.  Fossey,  Grosset,  Moret  et  Toscanne.  Il 
en  a  été  de  même  pour  le  prix  Berg-er,  dont  bénéficient 
MM.  Viard,  Bournon  et  Franklin,  pour  le  prix  Prost,  qui 
est  attribué  à  MM.  Pfister  et  Paul  Marichal,  pour  le  prix 
Honoré  Chavée,  qui  a  servi  à  récompenser  MM.  Constantin 
et  Désormaux,  MM,  Dottin  et  Langoiiet,  M.  Cli.  Guerlin 
de  Guer. 

Pour  les  prix  à  décerner  sur  questions  proposées  par 
l'Académie,  celle-ci  a  été  plus  heureuse  que  l'année  précé- 
dente. En  réponse  aux  a])pels  qu'elle  adressait  à  la  curio- 
sité, il  lui  a  été  envoyé  des  mémoires  solides  et  sérieux  qui, 
malgré  les  lacunes  ou  les  défauts  que  n'ont  pu  manquer  d'y 
signaler  les  rapporteurs  des  commissions  compétentes,  ont 
été  jugés  dignes  d'obtenir  les  récompenses  promises.  Comme 
sujet  à  traiter  pour  le  prix  ordinaire  de  l'Académie,  celle- 
ci  avait  demandé  que  l'on  étudiât  ai->ec  détails  une  période 
de  lliistoire  de  VIndo-Chine.  Le  R.  P.  Cadière,  des  Missions 
étrangères  de  Paris,  a  satisfait  aux  conditions  du  programme, 
en  éclairant  d'un  jour  inespéré,  grâce  à  des  recherches 
poussées  en  divers  sens,  une  des  périodes  de  cette  histoire 
qui  étaient  restées  jusqu'ici  le  plus  obscures,  celle  de  l'éta- 
blissement des  Nguyen  en  Cochinchine.  Le  legs  Bordin 
avait  permis  à  l'Académie  de  poser  deux  autres  questions, 
bien  faites  pour  tenter  les  érudits  dont  la  curiosité  s'enferme 
dans  les  limites  de  cette  civilisation  gréco-romaine  dont 
nous  sommes  les  héritiers  directs.  Ces  questions  étaient 
ainsi  formulées  : 

1°  Étudier  C authenticité  et  le  caractère  des  monogra- 
phies qui  composent  l' Histoire  Auguste,  V époque  où  elles 
ont  été  composées,  et  quels  en  sont  les  auteurs. 

2"  Quels  ont  été  les  sentiments  des  liomains  et  leurs  prin- 
cipes de  gouvernement  à  l  égard  des  Grecs,  pendant  la  pé- 


( 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  511 

riode  républicaine^  cV après  les  auteurs,    les    inscriptions  et 
les  monuments? 

Les  deux  concurrents  qui  se  sont  occupés  de  la  collection 
de  bioo^raphies  d'empereurs  que  l'on  appelle  VHistoire 
Auguste  se  sont  montrés,  dans  cette  étude,  très  au  courant 
des  travaux  antérieurs.  Avec  des  qualités  différentes,  ils 
ont  fait  preuve,  l'un  et  l'autre,  d'une  critique  assez  judi- 
cieuse et  assez  pénétrante  pour  que  la  Commission  leur  ait 
reconnu  des  droits  égaux  à  la  prime  offerte.  Ce  sont 
M.  Lécrivain,  professeur  à  l'Université  de  Toulouse,  et 
M.  Homo,  ag-régé  d  histoire,  ancien  élève  de  l'Ecole  nor- 
male, ancien  membre  de  l'Ecole  française  de  Rome. 
M.  Colin,  agrégé  des  lettres,  ancien  membre  de  l'Ecole 
française  d'Athènes,  a  seul  traité  la  seconde  question.  Son 
mémoire,  conçu  dans  de  trop  vastes  proportions,  est  resté 
inachevé;  mais  l'Académie  n'en  a  pas  moins  tenu  à  récom- 
penser, dans  le  travail  dont  le  plan  était  tout  entier  sous  ses 
yeux,  une  érudition  patiente  et  scrupuleusement  documen- 
tée, l'étendue  des  informations  de  l'auteur  et  son  rare  souci 
de  l'exactitude  dans  la  critique  des  textes. 

Tous  les  trois,  les  lauréats  de  ces  deux  concours  ont  fait 
partie  de  ces  écoles  ou,  pour  mieux  dire,  de  ces  colonies 
savantes  que  nous  entretenons,  à  Rome  et  à  Athènes,  où 
elles  ont  chacune  un  de  nos  confrères  pour  directeur.  Ce 
n'est  pas  seulement  par  l'intermédiaire  de  celui-ci  que  vous 
exercez  un  contrôle  affectueux  sur  les  recherches  auxquelles 
se  livrent,  en  Grèce  et  en  Italie,  ces  jeunes  gens,  anciens 
élèves  de  nos  universités  ou  de  nos  écoles  spéciales.  Chaque 
année,  par  le  rapport  de  votre  Commission,  vous  leur 
envoyez,  avec  des  éloges  qui  sont  pour  eux  de  précieux 
encouragements,  des  conseils  dont  ils  profiteront  pour 
amender  et  compléter  les  essais  dont  ils  nont  pu,  dans  ces 
trop  courtes  années  de  travail  libre  et  désintéressé ,  que 
recueillir  les  matériaux  et  esquisser  une  première  rédaction. 


oJ2  SÉANCK    PLIÎLIQLE    ANNUELLE 

Initiés  ainsi  aux  nuilleures  méthodes,  par  l'exemple  que 
leur  donnent  M.  HomoUe  et  Mgr  Duchesne  comme  par  les 
jugements  que  vous  portez  sur  les  mémoires  qu'ils  vous 
adressent,  vos  pupilles,  après  leur  retour  en  France,  ne 
perdent  pas  le  goût  de  la  science.  C'est  ce  dont  suiliraient 
à  témoif^ner,  outre  la  part  que  viennent  toujours  réclamer 
les  anciens  pensionnaires  d'Athènes  et  de  Rome  dans  les 
r.'compenses  que  vous  décernez  aux  bons  livres  d'érudition, 
les  trois  noms  que  je  viens  de  rappeler,  ceux  de  MM.  Lé- 
crivain,  Homo  et  Colin. 

Je  ne  saurais,  pas  plus  que  ne   la  fait  votre  rapporteur, 

passer   ici    sous  silence   les   fêtes    qui,   en  mai    1î)03,    ont 

marqué  une  date  inqiortante  dans  l'histoire  des  travaux  de 

l'École  d'Athènes.  L'achèvement  des  fouilles  de  Delphes  et 

la  remise  du    musée    au  g-ouvernement  helléniipie   ont  été 

célébrés  avec  éclat.  M.  Chaumié,  ministre  de  l'Instruction 

pu])li({ut',  avait  tenu  à  apporter  lui-même  le  témoignage  de 

la  sympathie  avec  laquelle  les  pouvoirs  publics,  en  France, 

ont  suivi  l'œuvre  accomplie  par    l'Ecole.    M.  Homolle,  au 

milieu  même  de  toutes  ces  reliques  de  l'art  grec  qui  sont 

sorties  de  terre  par  ses  soins,  a  fait  l'histoire  des  fouilles, 

et  ren(ki   hommage   à  son    prédécesseur,  M.    Foucarl  .  qui 

avait  acquis  à  la  France  un  droit  de  priorité  sur  les  ruines 

de  Delphes;  il  a    payé  sa  dette  à  tous  ses  collaborateurs, 

architectes,  ingénieurs,   pensionnaires  de   l'Ecole;  mais  ce 

qu'il  n'a  pas  dit,  ce  (|ui  a  été  proclamé  par   tous  ceux  qui 

ont  pris  la  parole  avant  cl  après  lui,  c'est  que  le  succès  de 

cette  noble  entreprise  est  dû  à   son  habile  et  persévérante 

énergie  quia  su  obtenir  du  Parlement  français  le  vote  des 

crédits  nécessaires  et  en  assurer  ensuite  le  meilleur  (Muploi 

[)ar  K'S  dispositions  adoptées  pour  la  conduite  des  travaux. 

Nous  n'avons  plus,  en  lui  exprimant  notre  reconnaissance, 

qu'un  vd'U  à   former,  celui  cjui,   pendant   que  se  célébrait 

cette  fête,  était  dans  tous  les  esprits  et  sur  toutes  les  lèvres  : 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  513 

maintenant  que  rexliumation  de  Delphes  est  terminée,  ce 
que  nous  demandons  à  M.  Plomolle,  c'est  de  livrer  le  plus 
tôt  possible  à  tous  les  curieux  de  l'antiquité,  par  une  rela- 
tion fidèle  et  une  description  circonstanciée,  les  documents 
de  tout  genre  qu'il  a  recueillis  :  relevés  d'architecture, 
monuments  figurés  et  inscriptions.  Il  n'aura  vraiment 
achevé  sa  tâche  que  le  jour  où  il  nous  aura  enfin  donné  le 
grand  ouvrage  dont  il  a  patiemment  recueilli  les  matériaux. 
Ce  qui  ne  peut  que  décider  M.  HomoUe  à  s'imposer  ce 
dernier  elîort,  c'est  l'attention  passionnée  avec  laquelle  ses 
fouilles  ont  été  suivies  par  les  savants  de  tout  pa\^s,  c'est 
la  coopération  cordiale  qu'il  trouve  partout,  en  Grèce  comme 
en  France.  Si  les  œuvres  d'art  découvertes  au  cours  des 
fouilles  sont,  dès  maintenant,  exposées  à  Delphes  même, 
dans  un  musée  d'une  distribution  commode,  le  bienfait  en 
est  dû  à  l'initiative  généreuse  d'un  Hellène,  M.  André  Syn- 
gros,  et  à  la  piété  de  sa  veuve,  qui  a  libéralement  continué 
son  rôle  de  donateur.  Dans  le  même  esprit,  les  Athéniens 
d'aujourd'hui  se  sont  portés  les  héritiers  de  leurs  ancêtres 
du  v"^  siècle  avant  notre  ère,  des  combattants  de  Marathon, 
de  Salamine  et  de  Platées.  C'est  aux  frais  du  dème,  c'est-à- 
dire  de  la  commune  d'Athènes,  que  l'on  travaille  en  ce 
moment  à  reconstruire  ce  Trésor  des  Athéniens  que  la 
génération  contemporaine  des  guerres  médiques  avait  érigé 
à  Delphes  en  souvenir  de  ses  luttes  et  de  ses  victoires.  Ce 
n'était  plus,  quand  la  pioche  le  découvrit,  qu'un  monceau 
de  décombres  ;  mais  toutes  ou  presque  toutes  les  pierres, 
avec  leur  taille  soignée  et  leurs  lins  protils,  se  sont  retrou- 
vées sur  place.  Sous  l'œil  d'un  ingénieur  qui  est  un  homme 
de  goût,  M.  Replat,  chacune  d'elles  vient  à  son  tour 
reprendre  sa  place  dans  l'ensemble,  et  bientôt,  tout  entier 
rebâti  du  socle  à  la  corniche,  le  petit  et  charmant  édifice 
aidera  les  visiteurs  de  Delphes  à  se  faire  une  idée  de  l'as- 
pect que  présentaient  toutes  ces  chapelles  votives  qui  bor- 
daient la  large  voie  dallée  par  laquelle  montaient  jusqu'au 
sanctuaire  d'Apollon  les  processions  religieuses. 


514  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

On  ne  saurait  trop  approuver,  quand  l'état  des  matériaux 
les  permet,  ces  reconstitutions  totales  ou  partielles  des 
monuments  antiques;  rien  n'est  mieux  fait  pour  rendre  les 
ruines  vivantes  et  parlantes.  On  ne  s'étonnera  donc  pas  que 
M.  Homolle  ait  cédé  à  la  tentation  d'essayer  aussi  à  Délos 
ce  qui  paraît  devoir  si  bien  réussir  à  Delphes.  Il  sait  n'v 
devoir  pas  rencontrer  d'édifice  dont  tous  les  éléments  sub- 
sistent dans  le  remblai  et  se  laissent  rapprocher  comme  les 
pièces  d'un  jeu  de  patience.  L'antiquité  a  été  bien  plus  mal- 
traitée à  Délos  qu'à  Delphes.  Délos  a  servi  de  carrière  pen- 
dant des  siècles.  Des  îles  voisines  et  de  plus  loin  encore  on 
venait  y  chercher  des  marbres  pour  lester  les  navires,  pour 
alimenter  les  fours  à  chaux,  pour  construire  des  ép^lises  et 
•meubler  des  g-aleries  d'amateurs.  Pas  un  bâtiment  de 
quehjue  importance  que  ces  larcins  n'aient  ainsi  comme 
dépareillé;  mais  tout  au  moins  est-il  possible  de  relever  ici 
un  mur  de  temple,  là  les  colonnes  d'un  portique  avec  leur 
entablement,  pour  que  désormais  les  voyag-eurs  (jui  débar- 
queront dans  l'île  puissent  s'y  orienter  et  juger  par  quelques 
échantillons  du  style  des  monuments  qui  se  pressaient  là 
dans  un  étroit  espace,  autour  de  l'un  des  plus  fameux 
sanctuaires  de  la  Grèce.  Quand  je  visitai  Délos,  au  prin- 
temps de  1894,  je  n'y  vis  qu'un  vaste  champ  de  décombres, 
des  amas  de  pierres  où  le  chrysanthème  des  moissons 
mêlait  partout  l'or  de  ses  pétales  à  la  pourpre  des  coqueli- 
cots, mais  où  ne  se  lisait  même  pas,  à  terre,  le  plan  des 
constructions  détruites.  Depuis  vingt-cinq  ans  que  l'École 
française,  promotion  après  promotion,  travaillait  à  Délos, 
les  fouilles  avaient  toujours  été  faites  avec  de  faibles  cré- 
dits, morceau  par  morceau.  Faute  d'un  plan  d'ensemble  et 
d'un  outillage  sulïisant,  on  avait  souvent,  lorsque  l'on  s'at- 
taquait à  un  nouveau  canton,  remblayé  la  partie  du  champ 
(jui  avait  été  déblayée  l'année  précédente.  Une  ère  nouvelle 
s'est  ouverte,  depuis  cet  été,  pour  Délos.  M.  Homolle  y  a 
transporté  le  matériel  qui  avait  servi  aux  ft)uilles  de  Delphes. 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  515 

Il  ne  pourra  sans  doute  y  entreprendre  qu'un  très  petit 
nombre  de  ces  restitutions  plus  ou  moins  complètes  qu'il 
aurait  aimé  à  multiplier;  mais,  secondé  par  M.  Dûrrbach, 
ancien  membre  de  l'Ecole  d'Athènes,  et  par  M.  Jardé,  pen- 
sionnaire de  seconde  année,  il  se  propose  de  pousser  partout 
la  tranchée,  dans  le  voisinage  des  anciens  bâtiments,  jus- 
qu'à la  roche  vive,  de  jeter  à  la  mer  toutes  les  terres  qui 
encombreraient  les  chantiers,  de  manière  à  découvrir  ou  à 
faire  reparaître  au  jour  toutes  les  dispositions,  parfois  très 
originales,  qui  caractérisaient  les  édifices  de  Délos.  Enfin, 
on  compte  dégager  tous  les  quartiers  de  la  ville  antique  qui 
n'ont  pas  été  touchés  par  la  pioche  des  explorateurs  ou 
qu'elle  n'a  fait  qu'efïleurer. 

Pour  remplir  un  si  vaste  programme,  il  fallait  à  M.  Ho- 
molle  des  ressources  considérables.  Il  ne  les  a  pas,  cette 
fois,  demandées  aux  Chambres  françaises  qui,  après  les 
sacrifices  consentis  pour  Delphes,  auraient  sans  doute  fait 
la  sourde  oreille  ;  il  les  a  reçues  de  notre  savant  correspon- 
dant, M.  le  duc  de  Loubat,  qui,  en  deux  ans,  a  mis  à  ses 
ordres  une  somme  de  oO.OOO  francs.  Ce  nous  est  un  devoir 
et  un  plaisir  que  d'adresser  à  celui-ci,  au  nom  de  l'Ecole, 
un  public  remerciement;  il  sera  heureux  d'apprendre  que 
son  exemple  a  déjà  trouvé  des  imitateurs.  En  quelques 
semaines,  cet  été,  l'École  a  reçu,  par  legs  et  par  donation, 
de  MM.  Rebouleau  et  Rougier,  un  nouveau  subside  de 
lo.OOO  francs.  D'ailleurs,  ici  comme  à  Delphes,  la  Grèce  a 
voulu  concourir  à  ce  travail  d'exhumation  et  de  résurrec- 
tion du  passé  qui  se  poursuit  aux  frais  et  par  les  soins  de  la 
France,  h'Éphorie  générale  annonce  l'intention  de  cons- 
truire à  Délos  un  musée  où  seront  groupées,  dans  l'île 
même  qu'elles  décoraient  jadis,  les  œuvres  d'art  qui,  jus- 
qu'à présent,  se  conservaient  à  Myconos,  et  où  seront  mis  à 
l'abri  de  toute  déprédation  celles  que  livreront  les  nouvelles 
fouilles.  La  campagne  qui  vient  de  se  clore  a  fourni  des 
textes  épigraphiques  et  des  fragments   de  sculpture;  mais 


516  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

elle  n'a  guère  été  qu'une  mise  en  train.  Bien  préparée,  la 
campagne  prochaine  ne  peut  manquer  de  produire  d'impor- 
tants résultats. 

Le  rapport  présenté  au  nom  de  la  Commission  par  notre 
confrère  M.  CoUignon  a  résumé  et  jugé  les  mémoires  qui 
représentent  le  travail  des  pensionnaires  de  l'Ecole, 
MM.  Mendel,  Oranger,  Jardé,  Toudouze  et  Lefebvre,  pen- 
dant le  cours  de  l'année  11)01 -l*.t02.  Cet  ell'ort,  nous  le 
savons,  s'est  soutenu  l'année  suivante.  M.  Mendel  avait 
obtenu  le  bénéfice  rare  et  trèsjustilié  d'une  cinquième  année 
de  pension;  il  a  continué  à  Tégée  les  fouilles  intéressantes 
(jui  ont  presque  complètement  dégagé  les  soubassements 
du  temple  d'Athèna  Aléa  ;  il  a  découvert  de  nouveaux  frag- 
ments des  sculptures,  dues  au  ciseau  de  Scopas,  qui  le  dé- 
coraient. Avant  de  quitter  la  Grèce,  il  vient  d'aller,  en 
Béotie,  sur  le  site  du  temple  d'Apollon  Ptoios,  sonder 
encore  le  terrain  où  M.  HoUeaux,  de  1884  à  1886,  avait  fait 
une  si  riche  récolte  d'ouvrages  de  l'art  archaùjue.  M.  Men- 
del V  a  retrouvé  des  torses  et  des  têtes  de  statues  du  même 
style,  dont  quelques-unes  sont  d'une  très  belle  conserva- 
tion. 

L'École  française  de  Home  nous  a  envoyé  deux  nu-moires, 
dont  l'un  est  de  M.  Calmette,  ancien  élève  de  l'Ecole  des 
Chartes,  archiviste-paléographe,  et  l'autre  de  M.  Merlin, 
ancien  élève  de  l'Ecole  normale,  agrégé  d'histoire.  M.  Cal- 
mette a  étudié  la  polilif/ne  espar/noie  en  France  et  en  Italie, 
de  Vavènement  de  Ferdinand  le  Catholique  au  traité  de 
Marcoussis.  L'essai  a  [)aru  fort  ]ncn  documenté;  avec 
quelques  nouvelles  recherches  dans  d'autres  dépôts,  l'au- 
teur sera  bientôt  en  mesure  d'écrire  l'histoire  diplomati(jue 
delà  Erance,  de  l'Italie  et  de  l'Espagne  durant  les  vingt 
dernières  années  du  \v''  siècle. 

M.  Merlin  a    pris  comme   sujet   les  cultes  étrangers  sur 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  517 

rAventin  à  l'époque  républicaine.  Ce  premier  chapitre  d'un 
livre  oii  sera  exposée  toute  l'histoire  de  la  colline  populaire 
a  donné  une  très  favorable  idée  des  qualités  que  M.  Mer- 
lin portera  dans  l'étude  des  problèmes  de  l'histoire  romaine. 
La  critique  y  est  judicieuse  et  sûre;  mais  la  préparation  de 
ce  travail  n'a  pas  épuisé  toute  l'activité  de  M.  Merlin.  En 
Tunisie,  dans  deux  campagnes  successives,  il  a  prêté  un 
utile  concours  à  notre  correspondant,  M.  Gauckler,  qui  y 
dirige  le  service  des  fouilles  et  des  antiquités;  après 
M.  Homo,  il  y  a  continué  l'entreprise  du  déblaiement  des 
ruines  deDougga.  Depuis  que  l'Italie  s'est  décidée  à  repous- 
ser jalousement  cette  collaboration  des  savants  étrangers 
qu'elle  acceptait  jadis  de  si  bonne  grâce,  depuis  qu'elle  s'est 
réservé,  sur  son  territoire,  le  monopole  des  fouilles,  il  est 
heureux  que  l'entente  établie  entre  Mgr  Duchesne  et 
M.  Gauckler  soit  venue  fournir  à  quelques-uns  des  jeunes 
hôtes  du  Palais  Farnèse  l'occasion  d'aller,  eux  aussi,  comme 
leurs  camarades  d'Athènes,  payer  de  leur  personne  sur  le 
terrain  et  étudier  l'antiquité  ailleurs  que  dans  les  livres. 
Nous  espérons  que  d'autres  pensionnaires,  après  M.  Merlin, 
prendront  encore  le  chemin  de  l'Afrique  et,  dans  les  rela- 
tions qui  se  sont  ainsi  établies  entre  Rome  et  les  héritiers 
de  Carthage,  nous  voyons  une  nouvelle  preuve  de  la  solli- 
citude intelligente  avec  laquelle  notre  confrère  Mgr  Du- 
chesne gouverne  l'École  qui  lui  a  été  contiée  et  s'applique 
à  en  varier  les  recherches  et  les  travaux,  à  étendre,  partout 
où  il  y  trouve  jour,  le  rayon  dans  lequel  s'exerce  son  action. 

Il  est  une  troisième  école,  l'École  française  de  l'Extrême- 
Orient,  qui  est  venue  comme  d'elle-même,  vers  la  tin  du 
dernier  siècle,  se  placer  sous  la  bienveillante  tutelle  de 
l'Académie.  Elle  a  été  fondée  par  M.  Doumer,  alors  gouver- 
neur général  de  l'Indo-Ghine,  et  nulle  des  mesures  que 
celui-ci  a  prises,  pendant  la  trop  courte  durée  de  son  admi- 
nistration, n'atteste  mieux  l'esprit  large  et  prévoyant  qu'il 


518  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

a  porté  dans  rexécution  du  progriimme  qu'il  s'était  tracé. 
En  sollicitant  pour  cette  école  le  patronage  des  orientalistes 
éminents  que  renferme  notre  Compagnie,  M.  Doumer  a 
voulu  lui  indiquer  tout  d'abord  la  voie  où  elle  devrait  mar- 
cher. Elle  devrait  s'appliquera  éclairer,  par  ses  recherches, 
tout  le  passé  de  ces  vastes  contrées  dont  la  France  a  pris 
charg-e;  elle  étudierait  leurs  arts,  leurs  langues,  leurs  reli- 
erions, leurs  littératures,  leurs  coutumes  et  leur  droit  tradi- 
tionnels  ;  elle  aiderait  les  maîtres  auxquels  obéissent  main- 
tenant ces  peuples  à  en  mieux  comprendre  le  génie  et  les 
mettrait  ainsi  à  même  de  mieux  gouverner  leurs  millions 
de  sujets,  avec  une  plus  claire  intelligence  des  habitudes  et 
des  besoins  de  ces  Asiatiques.  M.  Finot,  nommé  directeur 
de  l'École,  et  M.  Foucher,  qui  a  fait  l'intérim  en  1901,  se 
sont  montrés  à  la  hauteur  de  leur  tâche  ;  grâce  à  la  com- 
pétence et  au  zèle  de  ces  deux  chefs,  cette  sœur  cadette  des 
Écoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome  n'a  pas  trompé  les 
espérances  de  son  fondateur.  Transférée,  en  1902,  de 
Saigon  à  Hanoï  qui  est  devenu  le  siège  du  gouvernement , 
elle  a  pris  là  une  part  très  active  à  l'Exposition  universelle 
qui  s'y  est  ouverte  l'an  dernier  et  au  Congrès  des  orienta- 
listes qui  s'y  est  tenu  ;  elle  avait  créé  à  Saigon  et  elle  a 
transporté  à  Hanoï  une  bibliothèque  et  un  musée  qui  ren- 
ferment déjà,  l'une  des  manuscrits  et  des  livres  de  grand 
prix,  et  l'autre  des  séries  très  riches  de  porcelaines,  de 
laques  et  de  bronzes  chinois;  l'art  des  dillerentes  provinces 
de  rindo-Chine  y  est  aussi  représenté  par  des  monuments 
qui  sont  encore  peu  nombreux,  mais  (jui  ont  été  choisis 
avec  goût. 

C'est  d'ailleurs  par  ses  publications  que  l'Ecole  a  surtout 
manifesté  son  existence  et  son  ardeur  au  travail.  Plusieurs 
ouvrages  importants  ont  été  édités  en  son  nom  et  sous  ses 
auspices;  mais  ce  qui  lui  fait  le  plus  d'honneur,  c'est  la 
revue  trimestrielle  qu'elle  appelle  son  Bulletin  et  qui  est 
aujourd'hui  parvenue   au  terme  de  sa  seconde  année.   Ce 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  819 

fecueîl  périodique,  avec  ses  articles  de  fond,  sa  bibliogra- 
phie et  sa  chronique,  a  déjà  conquis,  dans  le  monde  des 
orientalistes,  une  autorité  à  laquelle  il  a  été  rendu  hom- 
mag-e  ailleurs  encore  qu'en  France.  Nous  avons  le  ferme 
espoir,  déjà  justifié  par  des  actes  récents,  que  le  nouveau 
gouverneur  général,  M.  Beau,  ne  s'intéressera  pas  moins 
que  ne  le  faisait  son  prédécesseur  à  l'Ecole  d'Extrême- 
Orient.  Quant  à  l'Académie,  elle  a  pour  cette  pupille  qu'elle 
protèg-e  de  si  loin  quelque  chose  de  l'affection  que  l'on 
porte,  dans  la  famille,  au  dernier  venu,  au  plus  jeune  des 
enfants  de  la  maison. 

J'avais  arrêté  là  ce  discours  lorsque  nous  est  arrivée  de 
Berlin  l'annonce  d'un  nouveau  coup  qui  Ira jDpe  l'Académie; 
elle  perd,  avec  Mommsen,  le  plus  illustre  de  ses  associés 
étrang-ers.  Il  nous  appartenait  à  ce  titre  depuis  1895.  Cet 
honneur  si  envié,  l'Académie,  d'une  voix  unanime,  le  lui 
aurait  décerné  beaucoup  plus  tôt,  si  rien  ne  nous  eût  g-ènés 
pour  témoigner  de  la  haute  estime  que  nous  portions  aux 
travaux  du  savant  ;  mais  nous  avions  peine  à  oublier  les 
paroles  injustes  et  violentes  que  contenait  à  notre  adresse  la 
fameuse  Lettre  aux  Ifalieiis,  écrite  en  1870,  quand  nous 
atteignaient  les  plus  cruels  désastres.  Les  années  ont  passé  ; 
le  temps  est  venu  adoucir  l'amertume  de  ces  souvenirs  et, 
à  distance,  nous  nous  sommes  expliqué,  dans  une  certaine 
mesure,  ces  excès  de  langage  par  les  craintes,  hélas  trop 
peu  fondées  !  que,  même  après  nos  premières  défaites,  nous 
inspirions  encore  à  un  patriotisme  inquiet  et  passionné. 
Cependant  l'auteur  même  de  ces  attaques  n'avait  pas  dis- 
simulé qu'il  éprouvait  quelque  regret  de  s'être  laissé 
emporter  à  insulter  ainsi  des  vaincus  et,  d'autre  part,  l'âme 
française,  ouverte  et  bienveillante  par  nature,  répugne  à  la 
contrainte  des  longues  rancunes.  Tandis  que  d'elle-même 
elle  s'acheminait  ainsi  vers  l'indulgence  et  le  pardon  de  l'in- 
jure, le  vieillard  s'imposait  de  plus  en   plus  à  l'admiration 


520  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

par  l'étrang-e  phénomène  dune  activité  que  l'àg-e  seml)lait 
accroître  plutôt  que  ralentir.  Si,  au  g-rand  chag-rin  de  tous 
les  lettrés,  il  n'achevait  pas  cette  Histoire  romaine^  un  chef- 
d'œuvre  en  son  g-enre,  qui  est  d'une  lecture  à  la  ioissi  atta- 
chante et  si  irritante,  il  publiait,  dans  la  nouvelle  édition  du 
Manuel  de  Marquardt,  ce  Droit  public  de  Rome  qui  est 
l'exposition  la  plus  précise  et  la  plus  lumineuse  que  l'on  ait 
jamais  présentée  de  la  constitution  romaine.  Enfin  il  conti- 
nuait à  pousser  vers  son  terme,  qui  se  rapprochait  à  vue 
d  œil,  la  i^ig-antesque  entreprise  du  (Corpus  inscriptionuni 
latinarum.  Ceux  qui  en  avaient  partagé  avec  lui,  au  début, 
la  direction  et  le  fardeau,  Ilenzen,  Ritschl,  De  Rossi,  étaient 
tous  morts  ;  il  restait  seul  ;  mais  il  donnait  l'exemple  à 
tous  les  ouvriers  ({uil  avait  les  uns  après  les  autres  appe- 
lés et  formés  pour  coopérer  à  cette  tâche.  Avant  de  succom- 
ber à  son  tour,  il  a  eu  la  joie  de  tenir  en  main  et  de  voir  en 
épreuves  les  dernières  pages  qui  vont  bientôt  compléter  les 
queUjues  volumes  dont  la  publication  n'est  pas  encore 
achevée. 

Devant  de  tels  services  rendus  à  la  science,  devant  le 
miracle  de  ce  prodigieux  labeur  qui  devait  se  continuer  jus- 
qu'à la  quatre-vingt-sixième  année  sans  jamais  subir  de 
relâche,  il  n'était  ressentiment,  si  fondé  qu'il  fût,  (jui  ne 
dût  finir  par  céder.  M.  Mommsen  parut  très  sensible  à 
l'hommage  que  nous  lui  rendions.  Il  vint,  depuis  lors,  deux 
fois  encore  à  Paris  et,  dans  chacun  des  séjours  (ju'il  y  fit,  il 
prit  j)laisir  à  fré({uenter  nos  séances  hebdomadaires,  un 
jour  nous  apporlant  ((uchjue  courl  mémoire,  fruit  de  ses 
réflexions  sur  un  des  pi-oblèmes  qui  occupaient  alors  sa 
pensée,  i  n  autre  jour,  avec  sa  voix  mordante  et  ses  saillies 
imprévues,  intervenant  dins  les  discussions  engagées. 
Quand  on  voulut  fondcri  Association  internationaledes Aca- 
(léniiis.  il  prit  niic  part  très  active  aux  négociations,  et  si, 
dans  les  conférences  qui  se  tini-ent  ici  à  ce  sujet,  il  sembla 
parfois  ne  pas  assez  dissimuler  cette  humeur  allière  ([ui,  à 


SÉANCE    PUBLIQUE   ANNUELLE  521 

Berlin  même,  lui  avait  fait  beaucoup  d'ennemis,  ceux  qui 
le  connaissaient  le  mieux  ne  voulurent  voir  là  que  le  trop 
vif  témoig-nage  de  l'intérêt  qu'il  portait  au  succès  d'un 
accord  sur  lequel  il  fondait  de  grandes  espérances.  Ici  nous 
étions  plusieurs  que  la  communauté  des  études  avait  mis, 
depuis  de  longues  années,  en  rapport  avec  lui,  et  qui,  dans 
ces  relations  privées,  n'avions  eu  jamais  qu'à  nous  louer  de 
sa  droiture,  et  même,  je  tiens  à  le  dire,  de  sa  courtoisie. 
Nous  l'aimions,  malgré  ses  défauts,  et  chez  ceux  de  nos 
confrères  qui,  ne  l'ayant  jamais  approché  de  près,  ne  pou- 
vaient avoir  pour  lui  cette  même  amitié,  ce  qui  dominait, 
c'était  un  sincère  et  profond  respect.  C'est  donc  avec  la  cer- 
titude d'être  le  fidèle  interprète  des  sentiments  de  l'Aca- 
démie tout  entière  que  j'invite  notre  sœur  étrangère,  l'Aca- 
démie royale  de  Prusse,  à  agréer  l'expression  de  la  douleur 
que  nous  cause  la  perte  irréparable  qu'elle  vient  de  faire  en 
la  personne  de  l'historien  original,  du  profond  jurisconsulte, 
du  philologue   incomparable  que  fut  Théodore  Mommsen. 


II.  JUGEMENT   DES   CONCOURS 


paix   ORDINAIUE   DE   l'acadÉiMie   (2.000  fr.) 

L'Académie  avait  proposé,  pour  l'année  1903,  le  sujet  suivant  : 

Etudier  avec  détails  une  période  de  l'histoire  de  l'Indo-Chine. 

L'Académie   a    décerné   le    prix   au   R.   P.    L.   Cadière,   pour   son 
mémoire  ayant  comme  épigraphe  :  o  Seras  et  Indos.   » 

ANTIQUITÉS     DE    LA     FRANCE 

Les  trois  médailles  réglementaires  ont  été  attribuées  aux  auteurs 
suivants  : 

!'"<'  médaille  de  mille  ciiif/  cents  francs  :  M.  l'alibé  Angot,  Diction- 
naire historique  de  la  Mayenne; 


52â  SIilANCÈ    PUBLIQUE    ANNUELLE 

2"  médaille  de  mille  francs  :  M.  Gsell.Lcs  monuments  antiques  de 
V Algérie  ; 

3^  médaille  de  cinq  cents  francs:  M.  Espinas,  Les  finances  de  la 
commune  de  Douai,  des  origines  au  AT"^  siècle. 

Vu  l'importance  des  ouvrages  présentés  au  Concours,  l'Académie 
a  accordé,  avec  l'autorisation  do  M.  le  Ministre,  ime  quatrième 
médaille  de  cinq  cents  francs  à  MM.  Maitke  et  de  Berthou  ,  pour 
leur  ouvrage  intitulé  :  Itinéraire  de  Bretagne. 

Les  mentions  honorables  ont  été  attribuées  ainsi  (|u'il  suit  : 

1'"^  mention  :  l'abbé  Dijon,  L'église  abbatiale  de  Saint-Antoine  en 
Dauphiné  ; 

2*=  mention  :  M.  \^.\.ïi\'sv>\L,  Etudes  d'histoire  et  d'archéologie  romane; 

3"  mention  :  M.  de  Homaxet,  Géographie  du  Perche; 

4"  mention  :  M.  Ai. mot,  Visites  archidiaconales  de  Josas  ;iu  AT* 
siècle  ; 

Y)'^  mention  :  M.  dk  Hocuemonteix,  Les  églises  romanes  de  la  Haute- 
Auvergne  ; 

6'^  mention  :  M.  Pagaut  d'Heumansaut,  L'administration  municipale 
de  Saint-Omer  ; 

1"  mention  :  MM.  de  Géuin-Ricahd  et  labbé  A.  d'Agnel  :  Les 
antiquités  de  la  vallée  de  IWrc; 

8*  mention  :  M.  Poutal,  Histoire  de  la  ville  de  Cordes; 

9"  mention  :  M.  Pouék,  Le  consulat  et  l'.idniinislralion  municipale 
de  Mende. 

PRIX  de  numismatique  (ai.i.ieh  de  iiauteroche),   1,000  fr. 

Le  prix  de  numismatique  fondé  par  M.  Allier  de  IIauteroche,  en 
faveur  du  meilleur  onvra;,'-(>  de  numismatique  ancienne,  a  été  décerné 
à  M.  Jules  Malhici;,  pour  rensenii)le  de  ses  travaux  sur  les  émissions 
monétaires  de  l'empire  romain  pendant  la   période  Conslantinieune. 

PRIX  KONUi.  PAR  LE  RARON  GOUERT  (10.000  fr.) 

Pour  le  travail  le  plus  savant  et  le  ]>liks  profond  sur  l'histoire 
de  France  et  les  études  qui  s'y  rattachent. 

Le  premier  prix  a  été  décerné  à  M.  Dipont-F'errikr,  pour  son 
ouvrage  intitulé  :  Officiers  royaux  des  bailliages  et  sénéchaussées. 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  523 

Le  second  prix  a  été  décerné  îi  M.  Di':pitE7,,  ])our  ses  Pféliininaires 
lie  la  guerre  de  Cent   ans. 

PRIX  BORDIN    (3.000   fr.) 

L'Académie  avait  proposé  ou  prorogé,  pour  Tannée  1003,  les  six 
questions  suivantes  : 

1"  Etudier  rauthentici/é  el  le  enrnelère  des  monograpliies  qui  com- 
posent /'Histoire  Auguste,  V époque  où  elles  ont  été  composées  et  quels 
en  sont  les  auteurs; 

2°  Quels  ont  été  les  sentiments  des  Romains  et  leurs  principes  de 
gouvernement  à  l'égard  des  Grecs,  pendant  la  période  républicaine, 
diaprés  les  auteurs,  les  inscriptions  et  les  monuments? 

Sur  la  première  question,  l'Académii'  a  partagé  le  prix  entre 
M.  Lecrivain,  professeur  à  la  Faculté  des  Lettres  do  Toulouse,  pour 
son  mémoire  ayant  pour  devise  :  In  lahore  solatium,  et  M.  Léon 
IIoMO,  ancien  membre  de  l'École  française  de  Rome,  pour  son 
mémoire  portant  comme  épigraphe  :  Quid  de  Historia  Augusta  sen- 
tie ndu  m  ? 

Sur  la  seconde  question,  l'Académie  a  décerné  le  prix  à  M.  Colin 
ancien  membre  de  l'École  d'Athènes,  pour  son  mémoire  ayant  pour 
devise  :  Furor  est,  si  alienigenœ  homines,  plus  lingua  et  morihus  el 
legibus  quant  maris  terrarumque  spatio  discret i,  etc.,  etc.  (Liv     XXXI 

29.) 

PRIX    EXTRAORDINAIRE    BORDIN    (3.000    fr.) 

L'Académie,  sur  les  arrérages  du  prix  extraordinaire  Bordin, 
réservé,  cette  année,  au  meilleur  ouvrage  d'érudition  orientale,  a 
accordé  :  1°  douze  cents  francs  à  M.  Guidi  pour  son  Vocabolario 
amarico-ilaliano  ;  i"  mille  francs  h  M.  Dussaud,  pour  son  Histoire  et 
religion  des  Nosafris,  et  MM.  Dissaud  et  Macler,  pour  leur  publica- 
tion :  Voi/age  archéologique  au  Safâ  ;  3°  huit  cents  francs  aux  Mission- 
naires catholiques  du  Thiljet,  pour  leur  Dictionnaire  thibétain-latin- 
.français. 

PRIX  BRUNET   (3.000   fr.) 

Le  prix  Brunet,  destiné  à  un  ouvrage  de  biljliograpliie  savante,  a 
été  partagé,  par  moitié,  entre  M.  A.  Claudin,  jjour  les  deux  premiers 
volumes  de  son  Histoire  de  l'imprimerie  en  France,  et  M.  Auguste 
MoLiNiER,  pour  les  trois  premiers  volumes  de  son  Manuel  des  sources 
de  l'histoire  de  France. 

1903.  36 


524  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

Une  mention  très  honorable  a  été  décernée  aux  deux  volumes  de 
M.  E.  (loYKcuiE  sur  la  Collection  Aiiisson  et  l'histoire  (le  l'imprimerie 
et  (le  la  librairie  ù  I';t/-is. 

PRIX     STANISLAS     JULIEN     (l.iJOO     fl'.) 

L'Académie  a  décerné  le  prix  Stanislas  Julien,  destiné  au  meilleur 
ouvrage  relatif  ù  la  Chine, k  M.  Maurice  Courant,  pour  son  Catalogue 
des  livres  chinois,  coréens,  japonais  de  la  BiLliolhè(/ue  nationale. 

IMIIX     l)F.    l.A     (iItAN(iK    I  I  .UOU    iV.     (If    rtnt'IUl.) 

L'Académie  a  décorné  le  prix  à  M.  A.  Cïuesnon,  pour  l'ensemble 
de  ses  travaux  sur  les  trouvères  artésiens. 

FONDATION    GARNIEK    (lli.OOU    fr.) 

I/Académie  a  atti-ibué  sur  les  :in(''r:iL;('s  de  l:i   fondalion  : 

l"  Six  mille  /'/•unes  à  .M.  Diioiii,  archilcLlc ,  pour  terminer  les 
recherches  archéolo<^iques  commencées  en  l'.H)l  dans  le  monument 
khmer  du  u  Bayôn  »,  à  Angkor-Thôm  (Siam); 

2"  Quinze  mille  francs  h  M.  le  capitaine  Leniant,  attaché  à  la 
section  technique  des  troupes  coloniales  au  ministère  de  la  guerre, 
pour  l'aider  à  accomplir  une  mission  scientifitpie  de  la  Bénoué  au 
Tchad,  parle  Mayo-Kai)bi,  les  lacs  Toubouii  t>l  le  Logone  ; 

'.i°  Quinze  cents  francs  à  M.  le  lieutenant  Desplagnes,  pour  reprendre 
et  continuer  ses  fouilles  dans  les  lumulus  de  la  région  de  Tombouc- 
tou; 

4°  Deux  mille  francs  à  M.  Emile  Gautier,  professeur  h  l'Ecole  des 
lettres  d'Alger,  pour  un  voyage  d'étude  scientifique  dans  le  Sahara, 
en  vue  de  relever  les  monuments  épigraphiques  signalés  dans  l'Oued 
Sousfana,  le  Saoura,  le  Touat,  le  Tademaït,  lo  Tidikelt,  le  Mougdir. 

fondation  l'ioT   il 7.000  fr.  de  revenu) 

L'Académie  a  attribué  sur  les  arrérages  de  la  fondation  les  subven- 
tions suivantes  : 

1^'  Une  subvention  à  M.  Leroux,  pour  100  excm[)laires  (à  32  francs 
l'un,  soit  3.200  francs^  à  l'ouvrage  de  M.  Pierre  Paris  :  Essai  sur  l'art 
et  l'indusl/'ii'  de  l' Kspaf/ne  jn-imilive  J 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  523 

2'^  Mille  francs  à  M.  le  D'  Carton,  pour  ses  fouilles  à  El  Knissia, 
près  de  Sousse,  en  Tunisie; 

3"  Une  somme  supplémentaire  de  trois  cent  cinquante  francs  à 
M.  Perdrizet,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Nancy,  pour 
solde  des  frais  de  sa  mission  à  Sidon; 

4"  Cent  cinquante  francs,  au  même,  pour  faire  exécuter  des  pho- 
tographies aux  environs  de  Beyrouth,  d'après  des  monuments  étudiés 
par  lui  au  cours  de  sa  mission  de  1902; 

5"  Trois  mille  francs  au  R.  P.  Delattre,  pour  la  continuation  de 
ses  fouilles  cà  Carthage; 

6°  Mille  francs  à  M.  Degrand,  consul  de  France  à  Philippopolis 
pour  achever  ses  fouilles  dans  le  tumulus  de  Costiévo,  près  de  Philip- 
popolis ; 

7°  Deux  cents  francs  à  M.  Bertaux,  maître  de  conférences  à  la 
Faculté  de  Lyon,  pour  faire  photographier  un  manuscrit  à  minia- 
tures, appartenant  à  la  Bibliothèque  royale  de  Naples.  Ce  ma- 
nuscrit n'a  pas  une  importance  artistique  très  considérable,  mais  il 
est  attribué  avec  certitude  au  temps  de  Charles  VIII  et  offre  un  inté- 
rêt très  sérieux  ; 

8°  Six  cents  francs  à  M.Cartailhac  et  à  son  collaborateur  M.  l'abbé 
Breuil,  pour  poursuivre  leurs  études  dans  les  cavernes  des  Pyrénées 
décorées  de  peintures  et  de  gravures  préhistoriques; 

9"  Quatre  cents  francs  à  M.  Emile  Rivière,  pour  explorer  la  grotte 
de  Liveyre,  en  Dordogne,  où  se  trouvent  aussi  des  antiquités  préhis- 
toriques de  l'époque  magdalénienne. 

PRIX   SAINTOUR    (3.000   fr.) 

L'Académie  a  accordé  sur  le  total  du  prix,  attribué,  cette  année, 
au  meilleur  ouvrage  relatif  à  TOrient  : 

Douze  cents  francs  à  M.  Fossev,  pour  son  ouvrage  intitulé  .•  La 
Magie  assyrienne  ; 

Huit  cents  francs  a  M.  Joanny  Grosset,  pour  sa  traduction  du  Bha- 
ratiya-Natya-Castram  ; 

Cinq  cents  francs  à  M.  Alexandre  Moret,  pour  son  Rituel  du  culte 
divin  journalier  en  Egypte; 


526  SÉANCE    l'LliLlnli;    ANNUELLE 

Cinq  cents  francs  ii  M.  Paul  Toscanne,  pour  sa  publication  intitulée  : 
Les  cylindres  de  Gudén. 

PlilX    JEAN-JACQUES    BERGER  (15.000   fl'.) 

L'Académie  a  décerné,  sur  les  revenus  de  la  fondation  Berger,  les 
récompenses  suivantes  : 

1"  Cinq  cents  francs  à  M.  A.  Fhanklin,  pour  son  Histoire  de  la 
Bibliothèque  Mnzarinc  et  du  P.d.iis  de  l' Institut; 

2"  Mille  francs,  à  M.  Fernantl  Bol  unon,  pour  ses.  Rectifications  el 
additions  à  l'histoire  de  la  ville  et  de  tout  le  diocèse  de  Paris  de  l'abbé 
Lebeuf; 

3«  Quinze  cents  francs  à  M.  ,1.  Viaiu»,  pour  ses  Documents  parisiens 
du  règne  de  J'hilippe  Vide  Valois; 

4"  Knfm  tout  le  surplus  du  pii\  licr^er,  soit  une  somme  de  douze 
mille  francs,  à  la  Société  de  rilistoirc  de  Paris  et  de  Tlle-de-France. 

PHIX  (iABlUKL-AUGLSÏE  PHOST  (  l.2(llt  fr.) 

L'Académie  a  décerné  sur  les  revenus  du  [)rix  Prost  les  récom- 
penses suivantes  : 

Neuf  cents  francs  h  M.Pfistkh  pour  son  Histoire  de  Nancy,  tome  l'''^; 

Trois  cents  francs  à  M.  Paul  Maiucual,  jjour  son  opuscule  : 
Remarques  chronologiques  et  tojxigrajihiques  sur  le  cartulaire  de 
Gorze. 


PHI 


\    HONOiu':   (:ma\  i';e     I.NOO    iV.  i 


(!(•  i)ri\.  institué  par  M'""  veuve  Honoré  (',uavi':e,  pour  les  travaux 
dt!  liii-uisli(pie,  a  été  partagé  en  trois  pai-ls  é<;ales  entre  : 

1"  MM.  Constantin  et  Dksommaix,  pour  Icni- />/(7/o/(/;.7//v'  savoyard, 
publié  sous  les  auspices  de  la  Société  l'iorinioulaiu'  (lAnni'cy  ; 

2°  MM.  DoTTiN  et  Lam.oïiet  pour  leur  Glossaire  du  parler  de  Plé- 
châlel  (llle-et-Vilaine); 

!V'  M.  CM.  Gi  EHLiN  UE  (JLEii,  poursi's  ouvrages  intitulés  :  1.  Le  par- 
ler populaire  dans  la  commune  de  Thann  (Oalvados);  IL  Essai  de  dia- 
lectologie normande,  cl  pour  ses  autres  publications  rclalivt's  aux 
j)arlers  uormaiuls. 


I 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  ?)27 


III.    DELIVRANCE    DES    BREVETS 

d'archiviste-paléographe 


En  exécution  d'un  arrêté  du  Ministre  de  l'instruction  publique 
rendu  en  1833,  l'Académie  déclare  que  les  élèves  de  l'École  des 
Chartes,  qui  ont  été  nommés  archivistes-paléographes  par  arrêté 
ministériel  du  16  février  1903.  conformément  à  la  liste  dressée  parle 
Conseil  de  perfectionnement  de  cette  École,  sont  : 

MM.  BouRGiN  (Nicolas-Georges-Marie). 
GiRAHD  (Frédéric-Marie). 
Dumas  (Auguste). 
BoiNET  (Amédée-Charles-Léon). 
Clouzot  (Charles-É tienne-Maurice). 
Faces  (Étienne-Joseph). 
BntEL  (Louis-Marie-François). 
Lemaitre  (Ilenri-Léon-Louis). 
PiGALLET  (Maurice-Claude-Thérèse-Parfait). 
Griveau  (Robert-Marie). 


Honf  nommés  archivistes-paléographes   hors  rang  : 

MM.  EsQUEu  (Joseph-Germain-Marie-Léon-Gabriel). 
Lmbert  (Léo-Eugène). 
Martin  (Fernand-Hippolyte-Eugène). 
Thomas  de   Pange    (Marie-Jean-Louis-Clément),  à  titre 

étranger. 
Barbey  (Frédéric). 


528  SÉANCE    PUBLIQUE    .ANNUELLE 


ANNONCE   DES  CONCOURS 

DONT  LES  TERMES  EXPIRENT  EN  1903,  1904,  190o,  1906,  1907,  1908, 

1900  et   1910. 


PRIX    0RDIN.4IRES    DE  l'aC.\DÉMIE 

L'Académie  rappelle  qu'elle  a  proposé  les  questions  suivantes  : 

1°  Pour  l'année  1904  : 

Elude  critique  sur  l'origine  des  lexles  imprimés  ou  manuscrits  des 
Ordonnances  de  sai?it  Louis. 

2°  Pour  l'année  1903  : 

La  préfecture  du  prétoire  au  IV^  siècle. 

Les  mémoires  sur  chacune  de  ces  questions  devront  être  déposés 
au  Secrél.irinI  de  l'Instidil,  .ivaiit  le  l*"'"  janvier  de  l'année  du  concours. 

Chacun  de  ces  prix  csl  de  la  \ah'urde  deux  mille  francs. 

3"   Pour   l'aiinée   1906  : 

Eludii'r  une  i)éri<)dc  '/'■  l  liisloirc  ancienne  du  .lapon.  L  ouvraifc 
présenté  à  V Académie  devra  être  soit  un  ménioiro  suivi  de  la  traduction 
de  textes  jajionais  tirés  de  la  littérature  historique ,  géographique  ou 
Pl)if/raphir/ue^  soit  une  traduction  d'un  lirre  historique  japonais  accom- 
pagnée  d'un  commentaire  critique. 

Tous  les  travaux  présentés,  mémoires  ou  traductions,  devront  être 
entièrement  inédits  et  manuscrits.  Ils  devront  être  accompagnés  d'un 
pli  cacheté  contenant  le  nom  de  l'auteur,  et  déposés  au  Secrétariat 
de  l'Institut  avant  le  l"""  janvier  1900. 

ANTIQUITÉS    DE     LA    FRANCE 

Trois  médailles,  de  la  valeur  de  quinze  cents  francs  la  première. 
mille  francs  la  deuxième,  et  cinr/  cents  francs  la  troisième,  seront 
décornées  aux  meilleurs  ouvrages  manuscrits  ou  publiés  dans  le  cours 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 


529 


des  années  1002  et  1903  sur  les  Antiquités  de  In  France,  qui  auront 
été  déposés  en  double  exemplaire,  au  Secrétariat  de  l'Institut,  avant 
le  1"  janvier  1904.  —  Les  ouvrages  de  numismatique  ne  sont  pas 
admis  à  ce  concours. 

PRIX    DE    NUMISMATIQUE 

I.  Le  prix  de  numismatique  fondé  par  M™^  veuve  Duchalais  sera 
décerné,  en  190i,  au  meilleur  ouvrage  de  numismatique  du  moyen 
âge,  qui  aura  été  publié  depuis  le  mois  de  janvier  1902. 

Ce  prix  est  de  la  valeur  de  huit  cents  francs. 

IL  Le  prix  de  numismatique  fondé  par  M.  Allier  de  Hauteroche 
sera  décerné,  en  1905,  au  meilleur  ouvrage  de  numismatique  ancienne 
qui  aura  été  publié  depuis  le  mois  de  janvier  1903. 

Ce  prix  est  de  la  valeur  de  mille  francs. 

Les  ouvrages,  pour  chacun  de  ces  prix,  des^ront  être  déposés,  un 
double  exemplaire,  au  Secrétariat  de  l'Institut,  avant  le  l'''"  janvier  de 
l'année  du  concours. 

PRIX  FONDÉS  PAR  LE  BARON  GOBERT  (10.000  fr.) 

Pour  l'année  1904,  l'Académie  s'occupera,  à  dater  du  1«''- janvier,  de 
l'examen  des  ouvrages  qui  auront  paru  depuis  le  !«'■  janvier  1903  et 
qui  pourront  concourir  aux  prix  annuels  fondés  par  le  baron  Gobert. 
En  léo-uant  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  la  moitié 
du  capital  provenant  de  tous  ses  biens,  après  l'acquittement  des  frais 
et  des  legs  particuliers  indiqués  dans  son  testament,  le  fondateur  a 
demandé  .-  que  les  neuf  dixièmes  de  l'intérêt  de  cette  moitié  fussent 
proposés  en  prix  annuel  pour  le  travail  le  i)lus  savant  et  le  plus  pro- 
fond sur  riiistoire  de  France  elles  études  qui  s'y  rattachent,  et  l'autre 
dixième  pour  celui  dont  le  mérite  en  approchera  le  plus;  déclarant 
vouloir,  en  outre,  que  les  auteurs  des  ouvrages  couronnés  continuent 
à  recevoir,  chaque  année,  leur  prix  jusqu'à  ce  qu'un  ouvrage  meilleur 
le  leur  enlève,  et  ajoutant  qu'il  ne  pourra  être  présenté  à  ce  concours 
que  des  ouvrages  nouveaux  ». 

Tous  les  volumes  d'un  ouvrage  en  cours  de  publication,  qui  n'ont 
point  encore  été  présentés  au  prix  Gobert,  seront  admis  à  concourir, 
si  le  dernier  volume  remplit  toutes  les  conditions  exigées  par  le  pro- 
gramme du  concours. 

Sont  admis  à  ce  concours  les  ouvrages  composés  par  des  écrivains 

étrangers  à  la  France. 


530  SÉANCE    PIRLIQUE    ANNUELLE 

Sont  exclus  de  ce  concours  les  ouvrages  des  membres  ordinaires 
ou  libres  cl  dos  associés  étrangers  de  l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres. 

L'Académie  rappelle  aux  coiicurrcnls  (pii',  pour  répondre  aux  inten- 
tions du  I>ar()u  GouKitr,  qui  a  voulu  récompenser  les  ouvrages  les 
plus  savants  et  les  plus  profonds  sur  l'histoire  de  F'rance  et  les  études 
qui  s'y  rattachent,  ils  doivent  choisir  des  sujets  qui  n'aient  pas  encore 
été  suHisaminent  approfondis  par  la  science.  La  haute  lécompense 
instituée  par  le  baron  Gobert  est  réservée  à  ceux  qui  agrandissent 
le  domaine  do  la  science  en  pénétrant  dans  dos  voies  inexplorées. 

Six  exemplaires  do  chacun  des  ouvrages  présentés  à  ce  concours 
devront  être  déposés  au  Secrétariat  de  l'Institut  (délibération  du  27 
mars  1840)  avant  le  I"'  janvier  1904,  et  ne  seront  pas  rendus. 

PRIX   ROUDIN    (3.000   fr.l 

M.  Boudin,  notaire,  voulant  contribuer  au  progrès  des  lettres,  des 
sciences  et  des  arts,  a  fondé  par  son  lestamont  des  prix  annuels  ([ui 
sont  décernés  par  chacune  dos  cin({  Académies  de  l'Institut. 

L'.Vcadémic  a  décidé  (pie,  à  partir  do  l'anuéo  l'.lO't,  lo  prix  aniuiol 
de  la  fondation  Bordin  sera  destiné  l\  récompenser  successivement 
tous  les  trois  ans,  des  ouvrages  relatifs  :  i°  à  l'Orionl  ;  2°  à  l'anliquité 
classicjuo;  3"  au  moyen  âge  ou  à  la  Renaissance. 

En  conséquence,  lo  prix  Bordin  sera  décerné,  en  litOi,  au  meilleur 
ouvrage  relatif  à  l'Oriont,  j)ul)lié  de[juis  lo  {''janvier  1901. 

Le  prix  extraordinaire  biennal,  institut'  sur  les  arrérages  de  la 
fondation,  sera  décerné  en  1905,  au  meilleur  travail  manuscrit  sur  la 
question  suivante  :  Examen  critique  (/es  trois  derniers  livres  du 
Miroir  liislorial  de  Vincent  de  Beauvais  embrassant  la  période  com- 
prise entre  les  années  i  t53  et  1 244. 

Los  méiudiros  sur  cctlo  question  devront  être  déposés  au  Secré- 
Inri.il  (\v  riiistitul  Mvan'l   h-    i"""  janvier  190'). 

Chacun  de  ces  prix  est  de  la  valeur  de  trois  mille  francs. 

PRIX   LOUIS   FOULD   (5.000   fr.) 

-Vprès  1,1  dt'liv  rance  du  prix  de  vingt  mille  francs,  fondé  par  M. 
FouLD,  un  piix  i)ionnal  de  cinq  mille  francs  w  pu  être  institué,  d'ac- 
cord avec  SOS  liéritiers,  sur  les  revenus  do  la  môme  fondation,  en 
favein-  do  l'auteur  du  meilleur  ouvrage  sur  l'histoire  des  arts  du  des- 
sin, en  s'ai-rètanl  à  la  fin  du  .WV  sidcle. 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  o31 

Ce  prix  sera  décerné  en  1904. 

Les  ouvrages  manuscrits  ou  imprimés  devront  être  écrits  ou  tra- 
duits en  français  ou  en  latin  et  déposés  en  double  exemplaire,  s'ils 
sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut,  avant  le  1"  janvier  1904. 

PRIX    LA    FONS-MÉLICOCQ    (1.800    fr.) 

Un  prix  triennal  do  (lix-hiiit  cents  francs  a  été  fondé  par  M.  de 
La  Fons-Mélicocq,  en  faveur  du  meilleur  ouvrage  sur  Vhistoire  et  les 
antiquités  de  la  Picardie  et  de  r Ile-de-France  (Paris  non  compris). 

L'Académie  décernera  ce  prix,  s'il  y  a  lieu,  en  1905;  elle  choisira 
entre  les  ouvrages  manuscrits  ou  publiés  en  1902,  1903  et  1904,  qui 
lui  auront  été  adressés  en  double  exemplaire  ,  s'ils  sont  imprimés, 
avant  le  1"  janvier  1905. 

PIÎIX    BRUNET  (3.000  fr.) 

M.  Brunet,  par  son  testament  en  date  du  14  novembre  1867,  a 
fondé  un  prix  triennal  de  trois  mille  francs  pour  un  ouvrage  debihlio- 
graphie  savante  que  V Académie  des  inscriptions,  qui  en  choisira  elle- 
même  le  sujet,  Jugera  le  plus  digne  de  cette  récompense. 

L'Académie  décernera,  en  1906,  le  prix  au  meilleur  des  ouvrages 
de  bibliographie  savante,  pul^liés  en  France  dans  les  trois  dernières 
années,  dont  deux  exemplaires  auront  été  déposés  au  Secrétariat  de 
l'Institut  avant  le  1"  janvier  1906. 

PRIX    STANISLAS  JULIEN    (1.500    fr.) 

Par  son  testament  olographe  en  date  du  26  octobre  1872,  M.  Stanis- 
las Julien,  membre  de  l'Institut,  a  légué  à  l'Académie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres  une  rente  de  quinze  cents  francs  pour  fonder 
un  prix  annuel  en  faveur  du  meilleur  ouvrage  relatif  à  la  Chine. 

L'Académie  décernera  ce  prix  en  1904. 

Les  ouvrages  devront  être  déposés,  en  double  exemplaire,  au  Secré- 
tariat de  l'Institut,  avant  le  !<""  janvier  1904. 

PRIX    DELALANDE-GUÉRINEAU    (1.000   fr.) 

\Ime  Delalande,  veuve  GuÉRiNEAu,  par  son  testament  en  date  du 
)6  mars  1872.  a  légué  à  l'Académie  des  inscriptions  et  bolles-lelties 


o32  SÉANCE    PLBLIQIE    ANNUELLE 

une  somme  de  vingt  mille  francs  (réduite  à  dix  mille  francs)  dont  les 
intérêts  doivent  être  donnés  en  prix  tous  les  deux  ans,  au  nom  de 
Delalande-Guérineau,  à  la  personne  qui  aura  composé  l'ouvrage  jugé 
le  meilleur  par  l'Académie. 

L'Académie  décide  que  le  prix  Delalande-Guérineau  sera  décerné, 
en  1904,  au  meilleur  ouvrage  concernant  le  moyen  âge  ou  la  Renais- 
fiance. 

Les  ouvrages  manuscrits  ou  publiés  depuis  le  l"'' janvier  1902,  des- 
tinés à  ce  concours,  devront  être  déposés,  en  double  exemplaire, 
s'ils  sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut,  avant  le  i'^'  janvier 
1904. 

PRIX    JEAN      REVNAUD     i' 10.000    fr.) 

M"'  veuve  Jean  Reynaud  ,  "  voulant  honorer  la  mémoire  de  son 
«'  mari  et  perpétuer  son  zMe  pour  tout  ce  qui  touche  aux  gloires  de 
«  la  France  »,  a,  par  un  acte  en  date  du  3  décembre  1878,  fait  dona- 
tion à  l'Institut  d'une  rente  de  dix  mille  francs,  destinée  à  fonder  un 
prix  annuel,  qui  sera  successivement  décerné  par  chacune  des  cinq 
Académies. 

Conformément  au  vœu  exprimé  par  la  donatrice,  «  ce  prix  sera 
«  accordé  au  travail  le  plus  méritant,  relevant  de  chaque  classe  de 
'   l'Institut,  qui  se  sera  produit  pendant  une  période  de  cinq  ans. 

<<  Il  ira  toujours  à  une  œuvre  originale,  élevée,  et  ayant  un  carac- 
«  tère  d'invention  et  de  nouveauté. 

.<  Les  membres  de  l'Institut  ne  seront  pas  écartés  du  concours. 

«  Le  prix  sera  toujours  décerné  intégralement. 

"  Dans  le  cas  où  aucun  ouvrage  no  paraîtrait  le  mériter  enlière- 
«  ment,  sa  valeur  serait  délivrée  à  quelque  grande  infortune  scienti- 
«  fique,  littéraire  ou  artistique. 

('   il  porlfia  If  nom  de  son  fondateur  Jean  REVNArn.  » 

L'Académie  décerueia  ce  prix,  s'il  y  a  lieu,  on  [90'.\. 

PlUX    DE    I.A   r.RANGE    (1.000  fr.) 

M.  If  niiiKiuis  de  La  Grange,  membre  de  l'Académie,  par  son  tes- 
tament en  date  du  4  août  1871,  a  légué  à  l'Académie  des  inscriptions 
et  belles-lellres  une  rente  annuelle  de  mille  franco  destinée  à  fon- 
der un  prix  en  faveur  de  la  publication  du  texte  d'un  poème  inédit 
des  anciens  poètes  de  la  France;  à  défaut  d'une  OMivre  inédile,  le 
pii\  pourra  flic  ddinu- an  nuMlleur  travail  sur  un  luicien  poète  déj;\ 
|Mii)lié. 

(;e  prix  sera  décerné,  s'il  y  a  lieu,  en  1004. 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  S33 


FONDATION  GARNiER  (15.000  fr.  de  rcvenu) . 

M.  Benoît  Garnier,  par  son  testament  en  date  du  11  avril  1883,  a 
légué  à  rAcadémie  des  inscriptions  et  belles-lettres  la  totalité  de 
ses  biens  (legs  réduit  d'un  tiers  en  faveur  des  héritiers,  par  décret  du 
27  septembre  1884).  Les  intérêts  du  capital  résultant  de  la  liquida- 
tion delà  succession  doivent  être  affectés,  chaque  année,  «  aux  frais 
d'un  voyage  scientifique  à  entreprendre  par  un  ou  plusieurs  Français, 
désignés  par  l'Académie,  dans  l'jVfrique  centrale  ou  dans  les  régions 
de  la  Haute  Asie  ». 

L'Académie  disposera,  en  1904,  des  revenus  de  la  fondation  selon 
les  intentions  du  testateur. 

PRIX    LOUBAT  (3.000   fr.) 

M.  Loubat,  membre  de  la  New-York  Hislorical  Society,  a  fait  don  à 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  d'une  rente  annuelle 
de  mille  francs,  pour  la  fondation  d'un  prix  de  trois  mille  francs,  qui 
sera  décerné,  tous  les  trois  anSj  au  meilleur  ouvrage  imprimé  con- 
cernant l'histoire  indigène,  la  géographie  historique,  l'archéologie, 
l'ethnographie  et  la  linguistique  du  Nouveau  Monde. 

Ce  prix   sera  décerné  en  1904. 

Seront  admis  au  concours  les  ouvrages  publiés  en  langues  latine, 
française  et  italienne,  depuis  le  l^""  janvier  1901. 

Les  ouvrages  présentés  à  ce  concours  devront  être  envoyés,  au 
nombre  de  deux  exemplaires,  avant  le  l*^""  janvier  1904,  au  Secrétariat 
de  l'Institut. 

Le  lauréat,  outre  les  exemplaires  adressés  pour  le  concours,  devra 
en  délivrer  trois  autres  à  l'Académie,  qui  les  fera  parvenir,  un  au 
Columbia  Collège  à  New- York,  le  deuxième  à  la  New-York  Hislorical 
Society  de  la  même  ville,  et  le  troisième  à  l'Université  catholique  de 
Washington. 

FONDATION  pioT    (17.000  fr.  dc  revenu). 

M.  Eugène  Pior,  par  son  testament  en  date  du  18  novembre  1889, 
a  légué  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  la  totalité  de 
ses  biens.  Les  intérêts  du  capital  résultant  de  la  liquidation  de  la 
succession  doivent  être  affectés  chaque  année  «  à  toutes  les  expédi- 
tions, missions,  voyages,  fouilles,  publications  que  l'Académie  croira 


534  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

devoir  faire  on  faire  exécuter  dans  rintérèt  des  sciences  historiques 
et  arcliéoloj^iques,  soit  sous  sa  direction  personnelle  par  un  ou  plu- 
sieurs de  ses  membres,  soit  sous  celle  de  toutes  autres  personnes 
désignées  par  elle  ». 

L'Académie  a  décidé  qu'il  sera  réservé,  chaque  année,  sur  les  reve- 
nus de  la  fondation,  une  somme  de  six  mille  francs  pour  la  publica- 
tion dun  recueil  qui  porte  le  titre  suivant  :  Fondation  Piot.  Monu- 
ments et  Mémoires  puIjUrs  jinr  l' Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres. 

L'Académie  disposera,  en  lOOi-,  du  suiplus  des  revenus  delà  fon- 
dation selon  les  intentions  du  testateur. 


FONDATION  JOSEPtl     SAINTOUR    (3.000    fr.) 

L'Académie  rappelle  que  ce  prix,  de  la  valeur  de  trois  mille  francs, 
sera  décerné  dans  l'ordre  suivant  : 

En  1904,  au  meilleur  ouvrage  relatif  ii  l'antiquité  classique,  puldié 
depuis  le  1'^''  janvier  1001  ; 

En  190o,  au  meilleur  ouvrage  relatif  au  moyen  âge  ou  à  la  Renais- 
sance, publié  depuis  le  !<"■  janvier  1902; 

l'.ii  1006,  au  meilleur  ouvrage  rchitif  ii  l'Orient,  publié  depuis  le 
1'-'  janvier  190.3. 

Seront  admis  au  concours  les  ouvrages,  manusci-ils  ou  imprimés, 
d'auteurs  français. 

Les  ouvrages  destinés  à  ces  concours  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire,  s'ils  sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut, 
avant  le  1"  janvier  de  l'année  du  concours. 

pitix    icsrnADE-DELCROS   (8.000   fr.) 

M.  Estuade-Delchos,  par  son  testament  en  date  du  8  février  1876, 
a  légué  toute  sa  fortune  à  l'Institut.  Le  montant  de  ce  legs  a  été, 
selon  la  volonté  du  testateiu-,  partagé,  par  portions  égales,  entre  les 
cinq  classes  de  l'Institut,  pour  servir  à  décerner,  tous  les  cinq  ans,  un 
prix  sur  le  sujet  choisi  par  chaque  Académie. 

Ce  piix,  de  la  valeur  de  linil  mille  francs,  sera  décerné  par  l'Aca- 
démie des  inscriptions  et  bclles-lellres,  en  1007.  ;i  un  travail  ren- 
trant dans  les  ordres  d'étude  dont  elle  s'occupe. 


SÉANCE    PriSLIQUE    ANNUELLE  o3o 

Le  choix  de  l'Académie  portera  sur  l'ouvrage  publié  dans  les 
cinq  années  précédentes  qui  sera  jugé  le  plus  digne  de  cette  haute 
récompense.  ^ 

PRIX  DE  cnÉxiER  (2.000  fr.) 

M"*  Adélaïde-Élisa  I-'rémeaux  ,  veuve  de  M.  Louis-Joseph-Gabriel 
DE  Chénier,  a  légué  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres 
une  somme  de  quatorze  mille  francs,  '<  pour  le  revenu  être  donné 
«  en  prix  tous  les  cinq  ans  h  l'auteur  de  la  méthode  que  ladite 
«  Académie  aura  reconnue  être  la  meilleure,  la  plus  simple,  la  plus 
«  prompte,  la  plus  efficace  pour  l'enseignement  de  la  langue 
«  grecque  ». 

L'Académie  décernera  ce  prix  en  1904. 

PRIX    JEAN-JACQUES    BERUER    (13.000    fr.) 

Le  prix  Jean-Jacques  Berger,  de  la  valeur  de  quinze  niillp  francs, 
a  décerner  successivement  par  les  cinq  Académies  à  Vœucre  la  plus 
méritante  concernant  la  Ville  de  Paris,  sera  attribué  par  l'Académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres  en  1908. 

PRIX    GABRIEL-AUGUSTE    PROST    (1.200    fr.) 

M.  Gabriel-Auguste  Prost,  membre  de  la  Société  des  Antiquaires 
de  France,  par  testament  olographe  du  7  février  1894,  a  légué  à 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  une  rente  de  douze 
cents  francs,  pour  la  fondation  d'un  prix  annuel  à  décerner  à  l'auteur 
français  d'un  travail  historique  sur  Metz  et  les  pays  voisins. 

L'Académie  décernera  ce  prix  en  1904. 

Les  ouvrages  destinés  à  ce  concours  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire,  s'ils  sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut, 
avant  le  l'='' janvier  1904. 

PRIX    BARON     DE    JOEST    (2.000    fr.) 

Ce  prix,  de  la  valeur  de  deux  mille  francs,  a  décerner  successive- 
ment par  les  cinq  Académies  à  celui  qui,  dans  l'année,  aura  fait  une 
découverte  ou  écrit  l'ouvrage  le  plus  utile  au  bien  public,  sera  attri- 
bué par  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  en  1905. 


536  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

Les  ouvrages  destinés  à  ce  concours  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire,  s'ils  sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut, 
avant  le  l"^""  janvier  lyoij. 

PRIX    BARON    DE    COIRCEL    (2.400    fr.) 

Ce  prix,  de  la  valeur  de  dciu-  inillr  (jiiatre  centa  francs,  à  décerner 
successivement  par  l'Académie  française,  l'Académie  des  insci-iptions 
et  belles-lettres  et  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques, 
est  destiné  à  récompenser  une  œuvre  de  littérature ,  d'érudition  ou 
d'histoire  qui  sera  de  nature  à  attirer  l'intérêt  public  sur  les  premiers 
siècles  de  l'histoire  de  France  {épof/ues  mérovingienne  ou  carlovin- 
gienne)  ou  à  populariser  quelf/iie  épisode  de  cette  histoire,  depuis 
l'origine  rudiment  aire  des  tribut  franques  Jusqu'aux  environs  de  l'an 
1000. 

Ce  prix  sera  décerné  par  l'Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres  en   1910. 

Les  ouvrages  destinés  à  ce  concours  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire,  s'ils  sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut, 
avant  le  1"'"  janvier  1010. 

PRIX  noNORÉ  ruAVÉE  (1.800  fr.) 

.  Ce  prix,  institué  par  M">e  veuve  Honoré  Chavée,  sera  décerné, tous 
les  deux  ans,  pour  les  travaux  de  linguistique.  Il  pourra  être  afTecté 
à  toutes  recherches,  missions,  pnlilii-ations  intéressant  l'élude  scien- 
tifique des  langues. 

La  Commission  évoquera  elle-même  les  ouvrages  cpii  lui  [jaraî- 
tront  dignes  du  prix.  On  pourra  appliquer  les  revenus  de  la  fonda- 
tion à  récompenser  des  voyages,  missions  ou  recherches  de  tout 
ordre. 

Ce  prix,  de  la  valeur  de  dix-huit  cents  francs,  sera  décerné,  pour 
la  première  fois,  en  1905. 

PRIX  LEKÈVRE-DEUMIER  (20.000  fr.). 

Ce  prix,  d'une  valeur  de  vingt  mille  francs,  sera  décerné  tous  les 
dix  ans  par  l'Académie.  Suivant  le  vœu  du  testateur,  il  doit  être  attri- 
bué «  à  l'ouvrage  le  plus  remarquable  sur  les  mythologies,  philoso- 
«  phies  et  religions  comparées  ". 

Le  prix  sera  décerné,  pour  la  première  fois,  en  1908. 


i 


SÉANCE    PLBLlQrE    AiNNLELLE  o3i 

Les  ouvrages  étrangers  traduits  en  français  seront  admis  à  prendre 
part  au  concours. 

L'ouvrage  doit  être  postérieur  à  l'année  1896, 


V.    CONDITIONS    GENERALES 

DES     CONCOURS 


Les  ouvrages  envoyés  aux  différents  concours  ouverts  par  l'Acadé- 
mie  devront  parvenir,  fninco  de  port  et  brochés,  au  Secrétariat  de 
l'Institut,  avant  le   I^''  Janvier  de  l'année  où  le  prix  doit  être  décerné 

Ceux  qui  seront  destinés  aux  concours  pour  lesquels  les  ouvrages 
imprimés  ne  sont  point  admis  devront  être  écrits  en  français  ou  en 
latin.  Ils  porteront  une  épigraphe  ou  devise,  répétée  dans  un  billet 
cacheté  qui  contiendra  le  nom  de  l'auteur.  Les  concurrents  sont  pré- 
venus que  tous  ceux  qui  se  feraient  connaître  seront  exclus  du  con- 
cours ;  leur  attention  la  plus  sérieuse  est  appelée  sur  cette  disposi- 
tion. 

L'Académie  ne  rend  aucun  des  ouvrages  imprimés  ou  manuscrits 
qui  ont  été  soumis  à  son  examen  ;  les  auteurs  des  manuscrits  ont  la 
liberté  d'en  faire  prendre  des  copies  au  Secrétariat  de  l'Institut. 

Le  même  ouvrage  ne  pourra  pas  être  présenté  en  même  temps  à 
deux  concours  de  l'Institut. 

Nul  n'est  autorisé  à  prendre  le  titre  de  Lauré.\t  de  l'Académie,  s'il 
n'a  été  jugé  digne  de  recevoir  un  prix. 

Les  personnes  qui  ont  obtenu  des  récompenses  ou  des  mentions 
n'ont  pas  droit  au  titre  de  lauréat,  et  doivent  se  borner  à  inscrire  sur 
les  ouvrages  qu'elles  publient  :  Récompensé  par  V Académie  ou  Men- 
tion au  concours  de... 

Le  montant  des  sommes  annoncées  pour  les  prix  n'est  signalé  qu'à 
titre  d'indications  subordonnées  aux  variations  du  revenu  des  fonda- 
tions. 


CENTENAIRE 

uE  l'élection  de 

QUAT REMERE     DE     QUIXGV 

A     LINSÏITUT 

CLASSE     d'histoire     ET     DE     LITTÉRATIKE     ANCIENNE 

Le   Itj  février   1804 


NOTICE     SUPPLEMENTAIRE 

SUR    SA    VIE    ET    SES    TRAVAUX 

PAR 

SON   SUCCESSEUR    IMMÉDIAT 

HENRI     WALLON 

SECRÉTAIHE    rERPÉTUEL 


Messieurs, 

Quatremère  de  Quincy,  ijui  a  jeté  tant  d'étlat  sur  l'In- 
stitut, n'a  pas  attendu  jusqu'aujourd'hui  pour  avoir  sa 
notice  dans  nos  annales.  Mon  cher  maître  et  vénéré  pré- 
décesseur M.  Guig'niaut,  secrétaire  perpétuel,  s'était 
acquitté  de  ce  devoir  dans  la  séance  publique  de  I86i-,  et  le 
jour  des  I'uik  railles,  le  'M)  <léeend)rc-  ISi!).  le  président 
de   notre   Académie,  M.    Ma^niin,  el    M.    l'.aoul-Rochette, 


CENTENAIRE    DE    L  ÉLECTION    DE   QUATREMERE    DE    QUINCY       539 

secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  des  beaux-arts,  lui 
avaient  adressé  sur  sa  tombe  les  derniers  adieux  de  l'Ins- 
titut. Quelques  mois  après,  M.  Barrière,  dans  le  Journal 
des  Débats  (17  a\  ril  1850),  un  peu  plus  tard  notre  confrère 
Etienne  Quatremère.  son  cousin  issu  de  g-ermain,  dans  le 
Journal  des  Savants  (novembre  1853),  Alfred  Maury  dans 
la  nouvelle  édition  de  la  Biographie  universelle,  ont  rappelé 
sa  vie  et  ses  travaux.  Le  comte  Delaborde  ne  pouvait  pas 
l'oublier  dans  son  Histoire  de  V Académie  des  beaux-arts,  et 
l'Ecole  des  beaux-arts  lui  a  payé  aussi  son  tribut  d'éloges. 
Il  y  a  une  dizaine  d'années,  M.  Henry  Jouin,  secrétaire  de 
l'Ecole,  a  fait,  tant  sur  sa  personne  cpie  sur  ses  œuvres, 
une  notice  où  il  a  pu  mettre  à  profit  les  documents  que  lui 
avait  communiqués  son  tils  adoptif  M.  Adolphe  Leclère, 
documents  dont  M.  Guigniaut  n'avait  pas  manqué  de  faire 
lui-même  usage  dans  sa  notice  ' . 

Pourquoi  donc  ai-je  la  témérité  d'y  ajouter  un  supplé- 
ment ? 

Depuis  quelques  années,  l'usage  s'est  établi  dans  plusieurs 
Académies  de  remettre  au  nouvel  élu  le  soin  de  rappeler  les 
titres  de  son  prédécesseur.  J'ai  cru  qu'une  occasion  m'était 
offerte  d'invoquer  rétrospectivement  pour  moi-même  cette 
récente  coutume.  Il  y  a  cent  ans  que  mon  prédécesseur  a 
été  élu,  et  la  présente  séance  publique  est  la  plus  proche  du 
centième  anniversaire  de  cette  élection  qui  eut  lieu  le 
16  février  180i.  Aujourd'hui  le  nouvel  élu  a  la  primeur  de 
l'éloge,  et  c'est  un  titre  pour  son  travail.  Je  suis  un  bien 
ancien  élu,  et  venir,  après  tant  d'autres  si  compétents, 
reprendre  l'élog-e  de  Quatremère  de  Quincy  n'ajoute  guère 
au  mérite  de  l'œuvre  ;  mais  en  les  appelant  en  témoignage 
et  en  m'autorisant  de  leurs  jugements,  j'aurai  du  moins 
l'humble  avantage  (et  c'est  le  seul  que  je  revendique)  de  les 
associer  à  cette  solennité. 

I.  Parliculièrement  dans  la  nouvelle  cdilion  qu  il  en  fit  en  IS66:  il  y 
donne  toutes  ses  notes. 

1903.  37 


o40       CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATRE.MÈRE    DE    QUlNCY 

Antoine-Chrysostonie  Quatremère  de  Quincy.  à  qui  j"ai 
succédé  en  1850,  est  né  le  28  octobre  l7oo.  Son  père,  Fran- 
çois-Bernard Quatremère  de  lEpine  (surnom  qu'il  prit  plus 
tard  comme  son  lils  celui  de  Quincy),  était  frère  puîné  de 
Nicolas-Etienne,  aïeul  de  notre  confrère,  l'orientaliste  Etienne 
Quatremère.  Les  deux  frères,  mariés  i»  deux  sœurs,  Anne- 
Charlotte  et  Marie-Anne  Bourjot,  étaient  associés  dans  un 
important  commerce  de  draps,  tous  deux  fort  considérés 
dans  la  ville  de  Paris  et  même  à  la  cour'.  Quatremère  de 
l'Épine,  qui  avait  deux  (ils,  les  avait  fait  élever  au  coUèg-e 
Louis-le-Grand,  et  il  destinait  le  plus  jeune,  le  seid  dont 
nous  avons  à  parler  ici.  à  cpu-hpie  charge  dans  la  magistra- 
ture ;  mais  le  jeune  homme  a\ait  d'autres  goûts.  Dès  son 
enfance,  il  avait  manifesté  de  i-ares  dispositions  pour  les 
arts  du  dessin,  notamment  |:our  hi  sculpture.  En  vain  son 
père,  ([ui  n'en  voulait  pas  faire  un  artiste,  lavait-il  confié  à 
un  professeur  de  droit:  le  professeur,  ne  réussissant  pas  î 
l'intéresser  au  Digeste,  lui  apprit  le  tiielrac  :  il  y  devint 
très  fort.  Heureusement  il  n'avait  pas  ptrdu  .son  g-oùt  pour 
les  arts  tlu  dessin,  e(  inriiu'  [xxii'  la  inusicpie.  Il  reçut,  pour 
la  sculpture,  les  lerons  di'  Julien,  élève  de  Coustou.  et  plus 
tard  mcinliic  (le  l'Académie.  Il  était  tout  préparé  ii  pousser 
plus  loin  ses  études  (jiiaiul.  en  1776,  sa  mère  mourut  :  il  usa 
de  sa  paii  d'héritage  pmii'  aller  en  Italie  où  il  passa  quatre 
ans,  séjoui-iiantà  Rome  d'ahord.  puis  à  Xaples  et  en  Sicile. 
Ilappiirtait  à  Rome  le  goût  de  ranli(pu\  et  il  y  trouvait,  à 
son  grand  étonnement,  K'  goùl  faux  et  maniéré  du  règne 
de  Louis  XV  -'.  11  n'est  pus  bes(»in  de  dire  avec  quel  zèle  il 
visita  en  Itidie  ce  (pie  l'on  avait  mis  au  jour  d  llereulanum, 

1.  M.  F;nil  I,:n il)o.  ;iili('' ;'i  Iji  raiiiillr  <Jii;itii'iiièro.  a  dressé,  avec  le  con- 
cours diiii  anlii-  iii.iiihii-dc  la  raiiiille,  un  tableau  géncalo{ïique  de  ses  deux 
branclics,  en  icinoiiLaut  à  .li;.\>  (JiATHKMicnr..  orifrinairo  de  Champs,  près 
Auxerre  ;Yi>iiiie),  porté  cuuinie  décédé,  dans  un  acte  de  1GS2.  bisaiVid  des 
deux  frères.  Nicolas-Etienne  et  François-Hei  nard. 

2.  QLATruiMi-nE  DK  <^>riM:v.  f.'.inor.i  p/  SCS- ni/rr.if/c.s-.  p.  'MK  cl  (iiicimait, 
Snlicp.  p.  ?,<). 


a 


CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATKEMÈRE    DE    QUlNCY       541 

de  Pompéi,  comme  aussi  les  monuments  de  l'architectui-e 
hellénique  dans  la  Grande-Grèce  et  en  Sicile.  Il  lit  le 
voyage  de  Naplesavec  le  peintre  Louis  David  qui,  en  1775, 
avait  obtenu  le  grand  prix  de  Rome,  et  c'est  lui,  nous  dit 
M.  Guigniaut,  qui,  remplissant  le  rôle  de  Minerve  auprès 
d'Hercule,  décida  son  compagnon  à  choisir  la  bonne  voie  : 
l'école  classique  en  peinture  allait  trouver  son  maître  dans 
l'élève  de  Vien.  11  revint  à  Paris  en  1780,  et  c'est  probable- 
ment sous  l'influence  de  ce  qu'il  avait  vu  de  l'art  antique, 
dans  son  voyage,  qu'il  voulut  compléter  sa  science  d'anti- 
quaire, en  étudiant  l'architecture.  Mais  ses  études  lui  fai- 
saient un  besoin  de  revoir  l'Italie.  Ce  fut  de  ce  dernier 
voyage  que  data  sa  liaison  avec  Canova  dans  l'atelier  duquel 
il  trouvait  la  sculpture  selon  son  idéal  '.  Ce  fut  alors  aussi 
que,  pour  recueilbr  les  éléments  de  son  travail  sur  l'archi- 
tecture dorique,  il  revit  Naples,  P*stum,  Salerne  et^  en 
Sicile,  les  ruines  d'Agrigente.  Il  revint  à  Paris  en  1784,  et 
l'Académie  des  inscriptions  ayant  mis  au  concours,  pour 
l'année  suivante,  Vexamcn  de  V architecture  égyptienne  et  sa. 
comparaison  avec  V  architecture  grecque^  il  concourut  et  eut 
le  prix.  La  question,  il  faut  le  dire,  était  prématurée,  et  le 
mémoire  ne  pouvait  présenter  que  des  solutions  imparfaites 
quand  l'auteur  le  fit  imprimer,  sans  le  remettre  au  point, 
quelques  années  après  l'expédition  d'Egypte  (1803). 

Le  mémoire  couronné  en  1785  avait  attiré  l'attention  sur 
son  auteur,  et  c'est  à  lui  que  Panckoucke,  éditeur  de  Y  En- 
cyclopédie méthodique,  s'adressa  pour  faire,  dans  cette 
grande  collection,  le  Dictionnaire  de  l'architecture.  Le  pre- 
mier volume  parut  en  1788,  avec  une  dédicace  à  Lamoignon 
(Malesherbes),  garde  des  sceaux-.  En  1789,  il  donnait 
dans  le  Mercure  de  France,  autre  publication  de  Pan- 
ckoucke, une  dissertation   sur  les  Opéras   bouffons  italiens 


1.  Canova  et  ses  ouvrages,  p.  29,  et  Henry  Jurix,  p.  s. 

2.  Le  second  parut  en  l'an  IX    isiOO  .  le  li-oisièmc  seiilenienl  en  JS25. 


542       CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE   DE    QLINCY 

qui  fut  aussi  publiée;  en  brochure  '  ;  il  y  examinait  si  la 
musique  nest  que  la  servante  de  la  poésie  et  dans  quelle 
mesure  elle  y  peut  suppléer.  Mais  en  1789,  en  France,  il 
s'agissait  de  bien  autre  chose  (|ue  d'opéras  bouffons;  et 
c'est  aussi  le  commencement  d'une  période  nouvelle  dans  la 
vie  de  Quatremère. 

Appartenant  à  une  famille  qui  avait  son  rang-  dans  la 
bourgeoisie  parisienne,'  il  avait  dû  approuver  la  convoca- 
tion des  Etats  généraux.  Il  était  libéral,  et  il  en  attendait 
des  réformes  qui  supprimeraient  de  criants  abus,  sans 
ébranler  le  pouvoir  royal  :  car  ce  pouvoir,  sagement  pon- 
déré, était,  à  ses  yeux,  la  garantie  de  l'ordre  public.  Il 
devint  membre  de  la  Commune  de  Paris,  et  débuta  dans 
les  allaires  qui  intéressaient  la  ville,  en  plaidant  élevant  la 
municipalité  la  cause  de  la  liberté  (U's  théâtres,  dans  un 
conflit  qui  s'était  élevé  enlre  les  comédiens  franc^ais  et  les 
comédiens  italiens.  11  eut  aussi  à  prendre  part  au  débat  sus- 
cité dans  la  Commune  par  L^iuis  David,  en  février  1790,  sur 
le  règlement  de  l'Académie  de  peinture  et  de  sculpture. 

Il  publia  à  ce  sujet  ses  Co/isidcraf  ions  sur  les  arts  du  des- 
sin en  J'^nince  suivies  (l'un  phnt  d'ncndémie  ou  d'école 
j)uJ)li(/ue  r/  dun  st/sfè/ne  d'e/(courni/ernen/  (Paris,  17!ll], 
brochure  après  la(|uelle  il  lil  paraître,  dans  la  même  année, 
une  première  et  une  seconde  suite  ;i  ces  (^onsi<l('i;i/i()ns,  (|ue 
M.  Jouiii  lii(li(jue  aussi.  Mais,  chose  curieuse  et  (pu  n"a  pas 
été  remar([uée,  c'est  Quatrt'inère  de  (juiucy  (pii  a  eu,  quatre 
ans  avant  la  Convention,  hi  première  idée  d  un  Institut 
ayant  ses   trois  classes    des   sciences,  des   belles-lettres  et  ij 

des  arts  :  Seconde  sui/e  nu  r  Considérations  sur  les  arts  du 
dessin  ou  Prnjpl  dr  rèi/lenienf  jiour  lli^rolc  puhlif/ue  des 
arts  du  dessin  et  de  l'emplacement  convenable  a    l'Institut 

NATIONAL    DES   SCIENCliS,    BELLES-LETTRES   ET  ARTS '^.  '| 

.■\< 

1.  Fonds  Iluzard  à  la  Biljliollièque  de  1  lusliiiit,  t.  XX.XI,  n°  1.  :'^ 

2.  On  la  Iniuvera  à  la  Bil)iinllièqiie  de  ITnslitiil.  Innds  llu/.ard.  t.  X.\.\I, 
n"  3. 


CEiNTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    OlINCY       o43 

Cette  brochure  est  tout  un  traité  en  huit  chapitres  :  c'est 
le  septième  qui  est  consacré  à  cet  Institut.  Il  ne  s'agit  pas, 
sans  doute,  de  la  résurrection  des  Académies,  et  cet  Insti- 
tut est  plutôt  une  école;  mais  l'idée  de  l'union  des  trois 
classes  et  la  nécessité  de  leur  union  y  est  spécialement  indi- 
quée ^  Sing-ulière  coïncidence  :  c'est  au  Louvre  qu'il  parle 
aussi  de  les  installer  : 

N'avons-nous  pas,  dans  la  vaste  et  mag'nifique  enceinte  du 
vieux  Louvre,  rédifice  qu'il  nous  faut?...  C'est  là  que  doit  s'ou- 
vrir ce  lycée  universel,  c'est  là  que  doit  se  fixer  ce  sanctuaire 
de  la  science.  {Ihid.,\).  89.) 

Autre  affaire  administrative  où  il  s'agissait  d'ort  et  où 
par  conséquent  on  avait  toute  raison  de  recourir  à  Quatre- 
mère.  A  la  mort  de  Mirabeau,  quand  l'Assemblée  nationale 
décréta  l'érection  de  l'église  Sainte-Geneviève  en  Panthéon 
consacré  à  la  sépulture  des  grands  hommes,  ce  fut  lui  que 
la  Commune  de  Paris  chargea  de  faire  subir  à  l'édifice  les 
modifications  intérieures  réclamées  par  sa  destination  nou- 
velle, et  l'on  a  le  rapport  adressé  en  conséquence  par  Oua- 
tremère  au  Directoire  de  Paris  ^.  M.  Jouin,  qui  l'a  cité,  l'a 


1.  «  T>a  liaison  des  sciences,  des  lettres  et  des  arts,  la  correspondance  qui 
existe  entre  les  ti-ois  régions  des  connaissances  et  des  facultés  humaines, 
la  nécessité  d'un  chef-lieu  commun,  d'un  jioinl  central  d'instruction  pour 
toute  la  France,  au  milieu  duquel  s'élèverait  cet  arbre  méthodique  de  la 
science,  qui,  ju'^qu'à  présent,  n'a  existé  que  dans  les  livres;  l'utilité  enfin 
d'un  institut  t;'énéral,  correspondant  avec  toutes  les  écoles  partielles  du 
royaimie,  n'échapperont  point  à  hi  sage  prévoyance  et  à  la  profondeur  de 
nos  léfrislaleurs  ■>.    Ihid.,  p.  88V 

2.  RipporI  sur  l'édifice  de  S;iinte-Geneviéve  f.iil  au  directoire  du  dépar- 
tement de  Paris,  par  M.  Quatremère  de  Quincy.  A  Paris,  <le  l'Imprimerie 
royale,  MDCCXCI. 

M.  Jouin  fait  observer  que  la  peinture  fqui  a  su  y  prendre  aujourd'hui 
la  grande  place)  était,  dans  le  plan  de  Quatremère,  sacrifiée  à  la  scul])ture 
qui  avait  toutes  ses  prédilections,  et  il  ajoute,  à  propos  du  clioix  flont  il 
avait  été  lui-même  l'objet  :  «  Il  convient  de  dire  que  Quatremère  ne  négligea 
rien  pour  appeler  sur  lui  en  cette  circonstance  les  suffrages  de  la  Commune. 
Usant  de  ses  relations  étroites  avec  Panckoucke.  il  reproduisit,  en  tète  du 


544       CEMENAIBE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    QUINCY  ^ 

fait  suivre  d'une  autre  pièce  inédite  :  c'est  «  la  délibération 
prise  le  19  juillet  1791  sur  le  rapport  c{ui  lui  a  été  fait  par 
M.  Quatremère  de  Quincv  au  nom  des  commissaires  de 
l'instruction  publique  »  ;  cette  délibération  porte  : 

Pour  radministralion  el  direction  g-énérale  des  travaux  de  cet 
édifice,  le  Direclr.ire  a  unmmc  M.  Quatremère  de  Quincy.  Il 
arrèle  que  MM.  lîondelet  el  Soulïlot  continueront  d'être 
enqîloycs  dan-  la  direction  des  travaux,  le  premier  comme 
inspecteur  de  construction,  le  second  comme  inspecteur  d'oi-ue- 
ments  ' . 

Soufllot,  Fauteur  du  monument,  maintenu  comme 
emplo^'é  dans  la  direction  des  travaux  ! 

Mais  Quatremère  allait  quitter  la  Commune  pour  monter 
plus  haut,  et  le  Moniteur  universel,  le  journal  récemment 
créé  par  Panckoucke,  allait  devenir,  pour  les  neuf  ou  dix 
années  qui  vont  suivre,  la  principale  source  de  son  histoire. 

L'Assemblée  nationale  Constituante  avait  cédé  la  place 
à  la  Législative,  et  Quatremère,  en  raison  de  la  notoriété 
qu'il  avait  acquise  au  département,  fut  élu  député  de  Paris 
à  la  nouvelle  assemblée.  C'est  là  qu'il  donna  la  vraie  mesure 
de  la  fermeté  de  son  caractère  et  de  la  sagesse  de  son  esprit. 
Le  tem[)s  allait  à  l'orage  :  l'Assemblée  nationale  avait  fait 
la  Constitution;  l'Assemblée  législative,  qui  en  procédait, 
était  en  voie  de  la  démolir.  En  bien,  en  mal,  l'éloquence 
peut  beaucoup  dans  ces  luttes  :  les  Girondins  en  four- 
nissent la  preuve.  Quatremère  de  Quincy  n'y  prétendait 
pas,  mais  ses  discours  sont  des  actes,  et  ces  actes  lui  font 
grand  honneur.  Les  Jacobins,  minorité  remuante,  impé- 
rieuse,   tendent  déjà   à  la   domination;   mais  lui,  grand  et 

Moniteur  du  l.i  avril  1701,  un  article  de  son  Dictionnaire  d'arcliitecture 
qu'il  faisait  précéder  des  lignes  suivantes  »...  (lignes  qui  témoignent  que 
depuis  plus  d'un  an  il  avait  exprimé  et  justifié  le  vtvu  réalisé  par  le  décret 
de  l'Assemblée). 

1.  .ToriN,  Notice,  p.  16-lS  el  la  note  qui  énunière  les  quatre  rapports  sur  | 

ce  sujet.  { 


CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTIOX    DE    QUATREMÈRE    DE    QUINCY       545 

fort,  le  regard  assuré,  le  verbe  haut,  il  est  de  taille  et  d'hu- 
meur à  leur  tenir  tête.  Dès  le  début,  il  se  montre  bien  tel 
qu'il  est,  ami  de  l'ordre  et  de  la  liberté  ;  l'ordre,  sans  quoi 
la  liberté  est  bien  compromise.  L'Assemblée  a  provisoire- 
ment adopté  le  règlement  des  Constituants,  et  on  demande 
qu'il  soit  mis  en  délibération,  article  par  article.  Point  de 
perte  de  temps  ! 

Le  règlement  le  moins  compliqué  sera  le  meilleur,  ou   plutôt 
le  seul  règlement  devrait  être  l'habitude  du  respect  pour  la  loi. 


De  l'ordre  dans  l'arrangement  des  lieux  et  dans  la  tenue 
des  séances  : 

Notre  salle  est  une  arène  de  gladiateurs  où  chacun  se  dispute 
la  parole.  Dans  une  salle  qui  otTre  le  spectacle  d'une  grande  rue, 
où  tout  le  monde  circule  et  cause,  il  est  impossible  de|discuter'. 

Quelques  jours  après,  il  prenait  la  parole  dans  une  ques- 
tion qui  intéressait  les  artistes  exposants  au  Salon  du 
Louvre.  Les  membres  de  l'Académie  de  peinture  et  de 
sculpture  avaient,  dans  la  distribution  des  récompenses,  un 
avantage  très  marqué  sur  les  artistes  qui  lui  étaient  étran- 
gers. Les  académiciens,  en  1791,  s'étaient  trouvés  au 
nombre  de  soixante  parmi  les  trois  cents  exposants,  le 
cinquième  des  exposants.  Or,  d'après  le  décret  de  l'Assem- 
blée constituante,  les  simples  artistes  n'avaient  que  vingt 
membres  des  leurs  dans  le  jury  des  récompenses,  et  les 
académiciens  y  comptaient  toute  leur  classe,  titulaires  et 
agréés,  au  nombre  de  cent  quarante  ou  cent  soixante  (car 
leur  nombre  n'était  pas  limité);  ajoutez  deux  membres  de 
l'Académie  des  belles-lettres  et  deux  de  l'Académie  des 
sciences.  Quatremère  de  Ouincy,  partisan  de  l'égalité,  pro- 
posa que  les  jurés  académiciens  fussent  réduits  au  nombre 
de    vingt  comme     les   autres,    et  il   demandait    l'urgence, 

1.  Séance  du  11  octobre  1791,  Moniteur  dv\  12.  Réimpression,  t.  X,  p.  S7. 


546       CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    QU1>CY 

attendu  que  la  convocation  du  jury  était  pour  le  lende- 
main '.  L  urgence  ne  fut  pas  votée,  ce  qui  permit  à  l'Aca- 
démie des  beaux-arts  de  venir  dans  l'assemblée  exprimer 
un  vœu  conforme  à  l'avis  de  (^uatremère.  Elle  lit  mieux; 
elle  demanda  de  ne  pas  faire  partie  du  jury,  ne  voulant  pas 
qu'on  pût  mettre  en  suspicion  des  jugements  favorables  à 
ses  membres  "^. 

Il  ne  craig-nait  pas  de  heurter  le  sentiment  de  l'Assem- 
blée, quand  elle  lui  paraissait  entraînée  par  la  passion  dans 
une  voie  funeste.  Le  17  novembre  1791,  Torné,  évêque  de 
la  métropole  du  centre  (Bourg-es),  demandait  la  question 
préalable  contre  un  article  de  la  constitution  civile  du 
clergé  qui  prononçait  la  déchéance  de  tout  traitement  et 
pension  pour  refus  du  serment  civique  ;  comme  on  voulait 
voter  sans  l'entendre,  Quatremère  insista  pour  qu'il  fût 
entendu,  et  il  l'obtint  \  x\utre  exemple  :  le  ["'  février  sui- 
vant, dans  l'affaire  de  Bertrand  de  MoUeville,  ministre  de 
Louis  XVI,  le  comité  de  l'Assemblée  proposait  de  déclarer 
au  roi  que  son  ministre  de  la  marine  avait  perdu  la  con- 
lîance  de  la  nation,  et  le  girondin  Grangeneuve,  appuyé 
])ar  Ducos,  réclamait  même  un  décret  d'accusation  contre 
lui  ;  mais  (Quatremère,  au  milieu  des  murmures,  osa  prendre 
sa  défense  : 

La  Constilution,  disait-il,  n  mis  dans  les  mains  du  Corps  Io^ms- 
l;itif  deux  armes  très  redoiilnbles.  Il  finit  en  user  avec  beaucoup 


1.  Séance  (lu  19  oclobrc,  Monilenr  <\u  10.  p.  IM. 

2.  Séance  du  .t  novembre.  Moniteur  du  (i.  Ihid..  p.  '299.  cl  II.  .Iiin>.  p.  12. 
—  Le  2  i  avril  170'J,  au  nom  du  Cnmilé  dlnslniction  puldiiiue.  il  t'aisail  un 
rapport  à  la  suite  duquel  rAsscmblée  rendait  un  décret  en  laveur  de  l'an- 
cien capitaine  de  vaisseau  de  Rossel.  Le  brave  marin  était  peintre  en  même 
temps.  Il  s'était  chargé  de  peindre  en  dix-huit  tableaux  et  de  faire  graver 
les  principaux  événements  de  la  guerre  d'Amérique,  et  s'y  était  ruine  dès 
avant  la  fin  de  l'entreprise.  Conformément  aux  conclusions  du  rapporteur, 
1  Assemblée  décida  qu'il  serait  indemnisé  et  le  chargea  de  continuer  son 
oeu\  rc. 

3.  Séance  du  17  novembre  1791.  Moniteur  du  is.  Ihid..  p.  397. 


-^ 


CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREMÈBE    DE    QUINCY       547 

de  réserve  et  seulement  contre  les  grands  attentats...  La  posté- 
rité concevra-t-elle  que  des  actes  où  il  s'agissait  de  l'honneur, 
de  la  vie,  de  la  fortune  des  citoyens,  aient  été  assujettis,  comme 
des  jeux  de  spectacle  ,  aux  applaudissements,  aux  sifflets  des 
spectateurs?  [Les  mêmes  voix,  avec  plus  de  force  :  Au  fait  donc  I) 
Ce  que  Ton  peut  dire  avec  vérité  du  décret  d'accusation  peut  se 
dire,  à  plus  forte  raison,  de  celte  espèce  d'excommunication 
politique  dont  le  Corps  législatif  peut  frapper  les  principaux 
agents  du  pouvoir  exécutif...  .Au  roi  seul  appartient  constitu- 
tionnellement  la  révocation  des  ministres. 

Isnard  intervint  brusquement  dans  le  débat  : 

Je  demande  qu'on  entende  quelqu'un  pour  le  ministre,  car 
M.  Quatremère  a  parlé  contre  l'.Assemblée,  contre  le  comité, 
contre  les  tribunes,  sans  rien  dire  en  faveur  du  ministre. 

Et  le  Moniteur  ajoute  :  «  La  propositition  de  M.  Isnard 
est  unanimement  adoptée  ».  Ce  qui  n'empêcha  pas  le  décret 
d'accusation  d'être  rejeté  à  une  très  g-rande  majorité,  et  la 
proposition  du  comité,  ajournée,  à  l'appel  nominal,  par  208 
voix  contre  173  '. 

Quatremère  eut  un  rôle  plus  important  dans  une  autre 
circonstance. 

Au  milieu  des  troubles  causés  par  les  difficultés  des  appro- 
visionnements et  la  crainte  de  la  famine,  Simonneau,  maire 
dEtampes,  avait  été  massacré  dans  une  émeute  sur  la  ])lace 
du  Marché.  11  y  était  venu  à  la  tête  de  la  municipalité  pour 
s'opposer  k  des  hommes  armés  qui  prétendaient  taxer  le 
prix  du  lait.  Ce  crime  produisit  une  g-rande  émotion  dans 
1  Assemblée.  On  proposa  l'érection  d'un  monument  aux 
mânes  du  magistrat  immolé  dans  l'exercice  de  ses  fonctions 
(6  mars).  Le  député  Laureau  demandait  un  deuil  de  trois 
jours  dans  tout  le  royaume  fS  mars).  Plusieurs  villes,  L>yon, 
Nemours,    Senlis    célébrèrent    en  son    honneur    des    fêtes 

1.  Séance  du  mercredi  au  soir.  I"fc\i'ier  1792,  Moniteur  du  3.  Réiniiires- 
sidii,  t.   XI.  p.  2S1. 


348       CKNTENAIRE    DE    L'ÉLECTION    DE    QUATREMÈHE    DE    QllNCY 

funèbres  (2  et  4  avril,  1'^''  mai).  —  Quatremère,  au  nom  du 
comité  de  l'Instruction  publique,  fit  décréter  une  cérémo- 
nie nationale  expiatoire  : 

Lorscpie  l;i  liberté  sera  consolidée,  disait-il,  vous  vous  empres- 
serez cl  vous  consacrerez  une  fête  générale  en  commémoration 
de  tous  les  é\énements,  dé  toutes  les  actions  célèbres  qui  auront 
contribué  à  son  affermissement...  Mais  vous  n'avez  pas  voulu 
aujourd'hui  généraliser  celle  dont  il  sagit,  parce  que  vous  avez 
craint  fl'en  atténuer  l'efret.  Le  maire  dKtampes  est  mort  au  nom 
de  la  loi  outragée.  La  loi  seule  doit  partager  son  triomphe. 

Et  il  proposait  un  décret  en  cinq  articles  : 

Arlicle  premier.  —  Une  cérémonie  nationale,  consacrée  au 
respect  dû  à  la  loi .  honorera  la  mémoire  de  Jacques-Henri 
Simonneau ,  maire  d  l']tampes,  mort  le  !î  mars  f70'2,  victime  de 
son  dévouement  à  la  patrie. 

Art.  4.  —  Le  cortège  sera  composé  des  magistrats  nommés  par 
le  peuple  ,  des  diflérents  fonctionnaires  publics  et  de  la  garde 
nationale. 

Art.  5.  —  Lécharpe  du  maire  d'f^tampes  sera  suspendue  aux 
voûtes  du  Panthéon  français. 

Le  parti  de  l'émeute  il  y  en  a  dans  toutes  les  assemblées) 
se  sentit  touché  par  ce  décret.  (Chabot  en  demanda  l'ajour- 
nement; .\lbitte  fit  des  objections  sur  le  cortège,  où  entrait 
la  garde  nationale  ;  mais  Quatremère  soutint  le  projet  et  le 
fit  adopter  '.  On  le  lui  fit  payer  plus  tard. 

Dès  ce  moment  déjà  il  était  suspect.  Il  le  lut  davanta^^e 
lorsque  revint  l'alVaire  de  Bertrand  de  MoUeville  (qui  n'avait 
été  qu'ajournée)  et  de  Montmorin.  qui  y  fut  jointe.  —  «  A 
bas!  allez  à  votre  place,  »  lui  cria-t-on  (juaud  il  inoida  à  la 
tribune  le  18  mai-';  et  il  ne  fut  pas  mieux  accueilli  le  2  juin 


1.  Séance  du  \'2  mai.  Moniteur  fin  H.  liéimpression.  t.  II.  p.  ^*>>^. 

2.  Moniteur  (h\  10.  Ihid..  p.  11!>. 


CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    QUINCY       o49 

quand  il  prit  la  défense   d'un   autre   personnag'e ,    Duport- 
Dutertre,  ex-ministre  de  la  Justice'. 

Mais  ce  n'étaient  plus  seulement  les  ministres  du  roi  ; 
c'était  le  roi  lui-même  qui  était  outragé,  menacé  jusque 
dans  son  palais.  On  connaît  la  journée  du  20  juin  et  la 
démarche  de  La  Fayette,  qui  en  fut  la  suite.  Cette  démarche 
provoqua  des  pétitions  dont  Thuriot  se  fît  l'interprète  dans 
l'Assemblée,  le  2  juillet  : 

Les  pétitionnaires  viennent  d'ouvrir  vos  yeux  sur  un  grand 
complot,  formé  contre  la  France.  (3n  veut  vous  donner  un  gou- 
vernement militaire  ;  on  veut  d'abord  retirer  les  troupes  de  dessus 
les  terres  ennemies,  et  nous  réduire  à  la  défensive;  on  veut 
ensuite  armer  les  départements  contre  Paris.  Vous  savez  que  la 
lettre  de  M.  Lafayetle  était  connue  à  Paris  deux  jours  avant 
qu'elle  vous  fût  adressée. 

Et  il  demandait  «  le  licenciement  de  l'état-major  et  la 
permanence  des  sections  »  ;  et  «  qu'on  déclare  à  la  France 
entière  que  la  patrie  est  en  danger  )>, 

1.  Séance  du  2  juin,  Moniteur  du  3  et  du  5.  Ihiâ.,  p.  5.Ô5  et  567.  — 
Delaunay,  d'Angers,  l'en  reprit  vivement  dans  la  séance  du  5  :  «  C'est  sans 
doute  pour  distraire  votre  attention  des  faits  qui  doivent  seuls  essentiel- 
lement la  fixer  que  M.  Quatremère  vous  a  présenté  des  dispositions  poli- 
tiques et  morales  sur  l'exercice  du  droit  d'accuser.  J'aime  à  croire  qu  un 
attachement  de  vingt-cinq  ans  pour  lex-ministre  lui  a  t'ait  illusion,  et  qu  il 
a  jugé  des  faits  plutôt  avec  le  sentiment  d'un  ami  qu'avec  l'impassibilité 
d'un  législatem-.  Ce  n'est  point  de  cette  manière  qu'on  parvient  à  subjuguer 
une  assemblée  d'hommes  sages;  ce  sont  des  faits  qu'il  lui  faut,  et  je  vais 
vous  en  présenter.  »  {Moniteur  du  7  juin.  Ihid.,  p,  585).  Merlin  ayant  ajouté 
à  d'autres  imputations  ce  propos  qu'il  prêtait  à  Duport  :  "  J'ai  souvent  dit 
au  roi,  comme  le  cardinal  de  Retz  :  Sire,  jamais  je  ne  monte  dans  ma  voi- 
ture pour  me  rendre  auprès  de  votre  personne,  sans  la  i^emplir  de  pistolets, 
de  crainte  d'être  assassiné  par  ces  gueu,x-là  »,  en  parlant  des  députés  de 
l'Assemblée  nationale,  —  Quatremère  s'écria:  «  Je  déclare  que  cette 
dénonciation  est  une  affreuse  calomnie;  mais  je  demande  qu'on  l'entende 
jusqu'au  bout,  afin  d'en  faire  justice.  »  Beugnot,  provoqué  par  un  trait  iro- 
nique de  Ducos,  prit  à  son  tour  la  défense  de  Duport  (p.  5S6  et  suiv.). 
Épargné  alors,  on  le  retrouvera  plus  tard  au  tribunal  révolutionnaire,  7  et 
8  frimaire  an  II,  27  et  28  novembre  119?,  [Histoire  du  tribunal  révolution- 
ndire  de  Paris,  t.  II,  p.  121). 


530       CENTENAIRE    DE    L  ÉLECTION    DE    OUATREMÈRE    DE    QLINCY 

Quatremère  ne  laissa  à  personne  le  soin  de  répondre  : 

M.  Thuriol  vient  de  dé\elopper  un  grand  projet  de  conjura- 
tion contre  lÉtat.  Je  ne  veux  point  réfuter  ses  idées.  L'Assem- 
blée a  dû  se  convaincre  que  chacun  peut  imaginer  des  systèmes 
de  conjuration,  et  tout  le  monde  sait  quil  n'y  a  rien  de  si  fautif 
que  l'histoire  des  conjurations  passées.  [On  murmure.)  Je  pour- 
rais appeler  à  l'appui  l'histoire  du  comité  autrichien.  (On  mur- 
mure.) ie  pourrais  aussi  dénoncer  un  de  ces  complots,  mais  qui 
ne  gît  point  en  conjectures  :  il  est  tout  en  faits;  il  ne  tend  qu'à 
opérer  une  nouvelle  révolution. 

Et  il  ajoutait  : 

Une  nouvelle  révolution  serait  une  véritable  contre-révolu- 
tion '. 

On  en  était  bien  proche,  le  8  août.  La  Fayette,  accusé 
devant  rAsseinblée  pour  sa  démarche,  était  acquitté  par 
406  voix  contre  224,  Mais  l'émeute  g-rondait  à  la  porte  de 
la  salle;  les  députés  constitutionnels  furent  insultés  à  leur 
sortie,  notamment  Quatremère.  Le  ÎK  il  ('crivit  au  prési- 
dent : 

Monsieur  le  Président, 

Ayanl  juré  de  niaiiitciiir  de  (nul  mon  [jouvoir  !a  Constitution, 
je  croirais  manquer  ;i  mon  devoir  si  je  ne  dénonçais  pas  les 
outrages  faits  à  pliisicni>  de  mes  collègues.  .lai  été  moi-même 
assez,  longleinps  I  ol)|('l  de  fos  \iolcnces"-. 

\a'  iciidciiiain.  celait  le   H)  aoùl  !  Nulle  sûreté  désor- 

mais pnur  (jual  réméré  dans  1  Assemblée  ;  ee  n'était  plus  un 
suspect,  c  était  lui  complice. 

Que  devint-il  ajjrès  qu'il  eut  tjuitlé  1  Assemblée,  après 
que  la  Convention,  en  établissant  le  tribunal  révolution- 
naire (10  mars   ITO-'li,  en   Notant  la  loi  des  .suspects  '  17  sep- 

1.  Séance  du  2  juillet  au  sriii-.  Mniiilciir  dn   1    T.  XIII.  |).  31. 

2.  Séance  du  'J  août,  Monileur  «lu  1 1.  IbiJ..  p.  370. 


i 


CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREAlÈRE    DE    QlINCY       Ooi 

tembre),  eut  inauguré  et  consolidé  le  règne  de  la  Terreur? 
lia  seule  pièce  qui  constate  son  arrestation  comme  suspect 
est  un  arrêté  du  Comité  de  sûreté  générale,  signé  par  tous 
les  membres  du  Comité,  et  en  tête  par  David  :  arrêté  en 
vertu  du([uel  il  fut  écroué  aux  Madelonnettes  ,  12  ventôse 
an  II  (2  mars  179t).  Alfred  Maury  dit  bien  qu'il  «  languit 
treize  mois  dans  les  cachots  »,  ce  qui,  à  partir  du  jour  de  la 
libération  générale,  9  thermidor  (27  juillet  i79i),  repor- 
terait son  emprisonnement  à  la  tin  de  juin  179S.  Mais  il  ne 
s'appuie  d'aucune  autorité  et  il  y  a  des  preuves  contraires. 
M.  Adolphe  Leclère  a  dit  à  M.  Jouin  que  cette  prétendue 
date  est  celle  du  mariage  de  son  père  et  de  sa  mère,  au([uel 
Quatremère  de  Quincy  assista  comme  témoin.  Il  y  a  mieux  : 
des  pièces  authentiques  établissent  qu'il  ne  fut  pas  sérieu- 
sement in(|uiété  pendant  la  première  année  de  la  Conven- 
tion ;  qu'il  continuait  même  de  remplir  des  fonctions 
publiques.  Ce  sont  les  deux  rapports  qu'il  lit  au  Directoire 
du  département  de  Paris  comme  commissaire  du  dépar- 
tement pour  l'administration  et  la  direction  du  Panthéon 
français,  l'un  le  13  novembre  1792,  l'an  premier  de  la 
République  française  ,  l'autre  le  deuxième  jour  du  second 
mois  de  l'an  deuxième    23  octobre  1793)  '. 

Ce  titre  d'administrateur  du  Panthéon  lui  servit  au  moins 


1.  Quatremère  de  Quincy  a  publié  deux  rapports  à  propos  de  celte 
mission  : 

1"  Rapport  fait  au  Directoire  du  département  de  Paris,  le  13  novembre 
1792,  l'an  premier  de  la  République  Française,  sur  l'état  actuel  du  Panthéon 
français,  sur  les  changements  qui  s'y  sont  opérés;  sur  les  travaux  qui 
restent  à  entreprendre,  ainsi  que  sur  l'ordre  administratif  établi  pour  leur 
direction  et  la  comptabilité,  par  Ant.  Quatremère,  commissaire  du  dépar- 
tement pour  l'administration  et  la  direction  du  Panthéon  français: 

2°  Rapport  fait  au  Directoire  du  département  de  Paris  sur  les  travaux 
entrepris,  continués  ou  achevés  au  Panthéon  français  depuis  le  dernier 
compte  rendu,  le  17  novembre  1792,  et  sur  l'état  actuel  du  monument,  le 
deuxième  jour  du  second  mois  de  l'an  deuxième  de  la  République  Fran- 
çaise, une  et  indivisible  (23  octobre  1793).  par  Antoine  Quatremère.  com- 
missaire, etc.   Fonds  Huzard.  t.  XXXI.  n°'  7  et  S.) 


552       CENTENAIRE    DE    L  ÉLECTION    DE    (JUATREMÈRE    DE    QUINCY 

à  quelque  chose  quand,  sur  le  vu  d'une  dénonciation  dont 
on    rapportait  l'origine  à  Marat   ((Charlotte  Gorday   l'avait 
immolé  depuis  près  de  deux  mois),  il  fut,  le  9  septembre 
1793,  frappé  duu  mandat  d'arrêt  ([ui  l'envoyait  à  Sainte- 
Péla<^ie.    Mais,    dit    M.    Guigniaut  ,    (jui    a    eu     entre    les 
mains   la    copie    conforme    du    mandat ,    «  Quatremère   de 
Quincy,  excipant  d'un  décret  de  la  Gonvention  ,  rendu  le 
même  jour  et  relatif  aux   fonctionnaires    publics    déclarés 
suspects,  demanda  sa  mise  en  surveillance  sous  la  ^arde  de 
deux  citoi/ens ,   et  à  ses  frais ,   en  sa  qualité  d'administra- 
teur du  Panthéon,  et  la  levée  des  scellés  mis  sur  ses  papiers 
et   effets,    ce   qui   lui    fut    accordé'    ».    Malheureusement, 
quelques   jours    plus    tard,    paraissait  la   loi   des    suspects 
(17  septembre)  et,  le  mois  suivant,  un  arrêté  de  la  Com- 
mune (10  octobre)  en  élargissait  considérablement  le  cadre. 
Gomment   y   échapper?  —  Au   mois    de  janvier   1794,    un 
incident  tragique  rendit  la  situation   de    Quatremère  plus 


dangereuse  encore 


Le  21  janvier  (2  pluviôse  an  II),  premier  anniversaire  de 
la  mort  de  Louis  XVI,  une  députa tion  des  Jacobins,  se  ren- 
dant à  la  barre  de  la  Gonvention.  demanda  qu'on  en  fit  une 
fête  nationale,  ce  qui  fut  décrété;  et  Billaut-Varenne  ayant 
proposé  de  l'inaugurer  en  allant  «  célébrer  sur  la  place  de 
la  Révolution  l'anniversaire  du  jour  de  la  liberté,  ([ui  n'a 
daté  que  du  jour  de  la  mort  du  tyran  ».  on  applaudit,  et  la 
Gonvention  se  mit  en  marche.  G"(''l;iil  lluuic  des  exécutions; 
elle  s'v  rencontra  avec  le  bourreau.  Ge  iour-Ui,  montait  sur 
l'échafaud  Marc-Etienne  Quatrenière.  l'honnête  et  riche 
marchand  de  la  rue  Saint-Denis,  père  de  notre  confrère 
l'orientaliste  Etienne  (Quatremère,  et  cousin  germain  d'An- 
toine Quatremère  de  Quincy.  Ghoisi  pour  arbitre  entre 
l'administration  et  des  fournisseurs  de  drap,  il  avait  donné 
des  conclusions  qui  leur  étaient   favorables,  mentionnant, 


1.    .\ijlici\   p.  -^-V  r[    ll.ih-  ■22.   \i.    IV.\. 


CE^'TE^•AIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    QUlNCY       553 

dailleurs,  ce  qui  lui  paraissait  à  charge  ou  à  décharge  pour 
mettre  les  juges  à  portée  de  prononcer.  S'était-il  trompé? 
Au  moins  avait-il  été  de  bonne  foi  ;  mais  sa  condamnation  à 
mort  entraînait  la  confiscation  de  ses  biens  ;  la  République 
était  indemnisée  de  la  perte  qu'elle  avait  pu  faire  '. 

A  partir  de  ce  moment,  Quatremère  de  Quincy  devenait 
plus  que  suspect,  et  c'est  peut-être  alors  qu'il  se  retira  à 
Cernay,  près  de  Montmorency.  ((  J'étais  tranquille,  disait-il 
un  jour  à  M  Adolphe  Leclère,  une  seule  personne  connais- 
sait le  lieu  de  mon  refuge,  et  j'étais  sûr  (pielle  ne  me  trahi- 
rait pas;  c'était  Danton.  »  On  l'y  trouva  pourtant,  et  l'arrêté 
du  Comité  de  sûreté  générale  le  fit  écrouer  aux  Madelon- 
nettes  le  12  ventôse.  Mais  ventôse  touche  à  germinal  ; 
Danton  était  suspect  lui-même,  et  bien  près  de  la  guillotine. 
Il  l'eût  plus  compromis  que  protégé  alors.  Croyons  que  si 
David  n'empêcha  pas  l'emprisonnement  de  Quatremère,  si 
son  nom  se  trouve  même  en  tête  des  signataires  de  l'arrêté 
qui  l'ordonna,  il  sut  au  moins,  dans  ces  derniers  mois  si 
sanglants  de  la  Terreur  qui  suivirent  la  mort  de  Danton , 
faire  mettre  son  dossier  en  bonne  place.  C'était  le  seul 
moyen  d'échapper  aux  exécutions  en  masse  qui  se  firent  sous 
le  prétexte  de  «  la  Conspiration  des  prisons-  ». 

Ces  mois  de  prison,  si  funestes  à  beaucoup  d'autres, 
Quatremère  sut  les  mettre  à  profit  pour  l'art  dont  il  avait  la 
passion  dès  son  enfance.  De  la  terre  du  préau,  qu'il  jugea  ou 
sut  rendre  propre  au  modelage,  il  composa,  nous  dit 
M.  Jouin.  plusieurs  figurines:  un  Joueur  de  flûte,  un 
Joueur  de  palet  ;  il  entreprit  même,  pour  un  compagnon  de 
captivité  nouvellement  marié  et  qui,  enlevé  à  sa  jeune  femme, 
n'attendait  plus  que  la  mort,  tout  un  groupe  :  V Amour 
et  l  Hymen.  Il  y  travaillait  encore,  lorsque  le  9  thermidor 

1.  Histoire  du  tribunal  révolutionnaire,  t.  II.  pp.  372-374. 

2.  La  note  du  Moniteur  universel  sur  la  condaninalion  du  tribunal  révo- 
lutionnaire du  2  pluviôse  (n"  du  j.  T.  XIX.  p.  2is  1)  porte  Marc-Antoine,  au 
lieu  de  Marc-Etienne,  que  donne  lacté  d'accusation  et  qui  est  le  vrai  nom. 


o54       CENTENAIRE    DE    l'ELECTION    DE    OLATREMKRE    DE    QUINCY 

ouvrit  à  tous  les  accusés  ou  suspects  les  portes  des  prisons. 
Y  laissera-t-il  sou  groupe  à  peine  ébauché?  11  obtient  d'y 
rester  quebjues  jours  encore,  et  il  Tachève'.  C'était  un  bien 
vif  amour  de  l'art  et  une  bien  grande  confiance  dans  la 
Révolution  du  9  thermidor  I 

Le  9  thermidor,  ({ui  lui  rendit  la  liberté,  ne  le  réconcilia 
pourtant  pas  avec  la  Révolution  telle  que  les  républicains 
l'avaient  faite.  Il  le  prouva  dans  les  réunions  de  son  (juar- 
tier,  rue  Saint-Doniinique-Saint-Germain ,  section  de  la 
Fontaine  de  Grenelle,  section  qui  passait,  à  bon  droit,  pour 
être  un  peu  aristocratique;  et  elle  le  montra  en  vendémiaire 
quand,  la  Convention  étant  près  de  Unir,  les  Conventionnels 
se  montraient  si  jaloux  de  lui  survivre.  On  sait  que  dans  la 
Constitution  de  l'an  III,  qui  établissait  un  Directoire  exé- 
cutif, un  Conseil  des  Anciens  et  un  Conseil  des  Cinq-Cents, 
ils  s'étaient  réservé,  pour  la  première  année,  deux  tiers  des 
places  dans  les  deux  Conseils  -,  ce  qui  leur  assurait  infailli- 
blement la  totalité  des  cinq  places  dans  le  Directoire  exé- 
cutif. Le  2  vendémiaire  (24  septembre  1795),  Quatremère 
de  Quincy,  qui  avait  été  élu  président  de  la  Section,  pro- 
nonça ,  dans  son  assemblée  primaire  permanente ,  un 
discouis  (jui  fut  imprimé  par  ordre  de  cette  assemblée,  et 
sans  doute  répandu  dans  plusieurs  autres-^;  et  c'est  ainsi 
qu'il  se  trouva  un  des  promoteurs  de  l'insurrection,  mitrail- 
lée sur  les  marches  de  Saint-Rocli  par  le  général  Bonaparte. 

Son  discours  imprimé  était  déjà  une  charge  contre  lui. 
H  fut  traduit  devant  le  conseil  militaire  réuni  au  Théâtre- 
Français  le  10  vendémiaire  (8  octobre),  et  condamné  à  mort 
par  contumace  le  23  (lo  octobre)'*,  ce  qui  explique  assez 
pourcpioi  il  ne  fut  pas  un  des  premiers  nuMubi'es  de  l'iiistitut 


1.  .Ini  i\,  pp.  27-29,  et  Delaborde,  Hist.  de  l'Acad.  îles  heani-arts.  p.  184. 

2.  Décrets  du  5  fructidor  an  III    1795)  et  du  13  du  même  mois. 

3.  Joii.N,  j).  20. 

4.  Monilenr,  l.  X.WI.  j).  2J9. 


CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    OL'ATREMÈRE    DE    QUINCY       r)o5 

créé  par  décret  du  3  ]jrumaire  an  IV  (25  octol:>re  ^  .  Mais 
il  n'avait  eu  g-arde  de  se  présenter  devant  ses  juges,  et 
notre  confrère  Maurv  nous  dit  comment  il  se  déroba  aux 
recherches  : 

Sa  iirande  taille,  sa  l'orte  voix,  sa  physionomie  si  caractéris- 
ticpie  lui  rendaient  les  déj;uisemenls  difficiles.  Plus  d'une  fois  il 
faillit  tomber  aux  mains  de  la  police;  et  après  avoir  épuisé  tous 
les  refug-es,  il  eut  la  témérité  de  venir  chercher  un  asile  rue 
Saint-Dominique-Sainl-Germain,  dans  sa  propre  demeure,  que 
l'apposition  des  scellés  rendait  inviolable,  et  où  il  avait  pénétré 
par  une  porte  secrète.  De  là,  il  put  entendre  crier  dans  les  rues 
son  arrêt  de  mort. 

Cette  aventure  de  vendémiaire,  suivie  d'une  sentence  de 
mort,  annulée,  il  est  vrai,  dix  mois  après-,  n'était  pas  faite 
pour  détourner  Quatremère  de  la  politique.  II  y  était,  tout  au 
contraire,  plus  entraîné  encore  par  l'ardeur  de  la  lutte,  la 
lutte  contre  les  Jacobins  ;  et  en  cela,  il  était  toujours  l'homme 
de  son  quartier.  Aussi,  au  second  renouvellement  du  tiers, 
fut-il  élu,  par  la  réaction,  au  Conseil  des  Cinq-Cents -.   II 

1.  L'Institut  t'iii-nu-  le  tili-c  IV  du  décret  sur  finstruction  publique, 
séance  du  3  brumaire,  Moniteur  du  M  (2  novembre  1795):  réimpression 
t.  XXVI,  p.  324. 

2.  22  thermidor  an  lY  (9  août  1796;.  L'arrêt  portait  qu'il  n'y  avait  pas  eu 
de  conspiration  en  vendémiaire.  [Moniteur  du  s  fructidor  (25  août  1796)  ; 
t.  XXVIII,  p.  399.  —  Quatremère  s'était  constitué  prisonnier,  et  fut  écroué 
à  la  Force  le  8  thermidor;  procès-verbal  de  l'interrogatoire  préalable, 
même  date;  acte  d'accusation,  le  12:  acquittement  sur  la  déclaration  du 
jury  spécial,  le  22.  M.  Guij^niaut  a  eu  les  pièces  entir  les  mains.  Aolice, 
p.  64,  note  26.) 

3.  22  germinal  an  Villavi-il  {191].  Moniteur  du  23:  t.XX\'Ill.  p.  656;  par 
317  voix  sur  567.  A  la  lettre  du  président,  (pii  le  lui  notifiait,  il  répondit: 

«  J'accepte  la  fonction  que  le  vœu  de  mes  concitoyens  vient  tic  me  con- 
«  fier.  Appelé  pour  la  seconde  fois  à  défendre  leurs  droits  dans  l'Assemblée 
«  des  représentants  de  la  nation,  je  ne  puis  me  permettre  de  croire  que  j'ai 
«  dû  leurs  suffrages  à  mon  mérite  personnel. 

«  Si  je  cherche  à  m'expliqucr  cette  seconde  faveur,  j'ose  me  persuader 
«  que  pendant  la  durée  de  l'Assemblée  législative,  cette  Assemblée  dont 
«  les  termes  furent  si  courts,  et  dont  les  résultats  occuperont  si  longtemps 
1903.  38 


556       CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTIO.N    DE    OLAIREMÈRE    DE    QLINCY 

s'y  montra  non  moins  actif  et  bien  inspiré  quil  ne  Tavait 
été  à  TAssemblée  lég'islative  :  qu'il  s'acrît  des  aspirants 
aux  fonctions  du  gouvernement  représentatif,  ou  do  toute 
autre  question  administrative  '•. 

On  pense  bien  quil  portait  un  intérêt  tout  particulier  aux 
Beaux-Arts.  C'est  au  nom  dune  commission  spéciale  qu'il 
fit  un  rapport  sur  Texemption  du  droit  de  patente  en  faveur 
des  peintres,  sculpteurs,  graveurs  et  architectes. 

C'est  l'opinion  modérée,  c'est  la  réaction  de  vendémiaire 
qui  l'avait  porté  au  Conseil  des  Cinq-Cents.  On  le  peut  voir 
à  la  vigueur  avec  laquelle  il  y  ajjpuya  un  projet  de  \'au- 
blanc,  condamné  à  mort  comme  lui  en  vendémiaire,  et 
relevé  de  la  condamnation  comme  lui.  projet  (pii  iirniait  le 
Conseil  contre  les  excès  des  clubs.  Les  Jacobins  repous- 
saient ce  projet,  comme  inconstitutionnel  et  comme  excé- 
dant les  pouvoirs  des  Cinq-Cents  : 

A  qui  donc  apparlieiit  le  di-oit  de  prononcer  la  dissolution, 
non  des  s(jciété  paiiicnlières,  nuiis  d'associations  qui  s'arrogent 
un  caractère  de  pnl)licili'  anssi  menaçante? 

Si,  pendant  ipie  nons  faisons  des  lois,  û  existe  un  autre  pou- 
voir ca[)al)le  de  c-lierciier  à  \-otre  autorité  des  coiilre-poids  dans 

«  riiisloirc,  j'ai  di'i  èlvc.  rcmai-fiu,'-  pai-iiii  les  cUM'ensiMirs  foiistants  des  prin- 

«  ciix-s  de  l'ordiv  l'I  delà  vraie  lihcrlé.  .l'aiiiu'  à  pciisoi-  oncorc  ([u'on    m'a 

<■  Imijours  \u   depuis  dans  les  ranj;s  honoraliles  de  i-eux  (jiii  sa\-eid  hi'aver 

<i  les  dangers  [)iiui-  le  salul  de  la  pairie,  etc.  ■■. 

C'est  tout  un  |)riif;i-ainme  (pii  ne  laissait  ancnn  iloiilc  sur  ses  dispositions. 
(Voyez  (îticrNiAir,  .\olicc.  p.  i)l-()5.  note  27). 

1.  I.:i  r('ril;ihle  lislrdi-s  nmiliihih.  précédée  d'ohservulions  sur  l;t  nutiire 
de  rimtiiinion  des  vundiihiis.  el  son  npidicalion  nu  (jouvcrnemenl  repré- 
senlnlif,  an  V  l\l\>'  .  Heeiieil  de  Mémoires  fonds  Ihi/.aril  à  rinstiluO. 
t.  X.\X1,  n'io. 

2.  De  ht  responsiihilité  des  minisires  el  de  celle  des  ;t;ii'nls  du  Direrinire 
dans  les  colonies;  ou  bien  encore,  au  iu>ni  de  la  Commission  de  1  instruc- 
tion pnl)li(pie.  sur  le  jirojel  présenté  pur  l;i  Commission  de  l'aliénation  des 
prcshiil  ''rcs.  el  encore  .s(ir  le  mode  el  I  nr jnnisalion  des  biens  affecté.-,  aux 
lionrses  des  ci-devanl  collèges  de  l'aris.  \S  messidor  an  V  (!•' .juillet  l'97\ 
Ihid.,  n"  12:  —  M)  messidor  IS  Juillet  I  797  i  :  //)/(/.,  n"  13:  —  Il  thermidor 
(29  juillet  17971:  ihid.,  n"  I  i:  —9  IVuelidor  -26  août   1797   ;  ihnl..  W  1'). 


CENTENAIRE    DE    L  ÉLECTION    Di:    Ol'ATREMÈHE    DE    QUINCY       iihl 

des  assemblées  politiques  déjà  plus  nombreuses  que  le  Sénat 
français;  si,  pendant  que  vous  prenez  des  résolutions,  il  existe, 
par  la  volonté  du  g^ouvernement ,  un  corps  autre  que  le  Conseil 
des  Anciens,  qui  exerce  sur  vos  actes  la  censure  et  le  contrôle 
d'un  sutîVag-e  public;  et  si,  après  huit  ans  de  révolution,  vous 
consentez  à  descendre  à  cet  excès  de  bassesse  qui  dé|à  vous  ferait 
courber  la  tète  sous  le  joug  de  quelques  factieux  ameutés 
contre  vous;  si  vous  ne  prévoyez  pas  les  terribles  conséquences 
de  cette  faiblesse  et  les  suites  de  cette  humiliation:  si  vous  ne 
voyez  pas  que  le  salut  de  la  République  est  dans  la  dij^niité  du 
corps  des  représentants  du  peuple;  si  vous  cherchez  votre  salut 
ailleurs  que  dans  le  sentiment  de  votre  di>,^nité;  oui,  je  le  déclare, 
je  vous  le  prédis,  c'en  est  fait  de  la  République  et  de  vous;  vous 
périrez  avec  ignominie.  Je  partagerai  vos  dangers,  mais  je  n'au- 
rai point  partagé  votre  honte  '. 

Cette  fière  attitude,  ce  lang-age  véhément  ne  pouvaient 
manquer  de  tourner  contre  lui  la  majorité  du  Directoire,  qui 
était  jacobine;  et  comme  il  n'était  pas  une  quantité  nég-li- 
g-eable,  membre  très  actif  du  club  de  Clichv,  il  se  trouvait 
marqué  pour  le  premier  coup  d'Etat.  Il  fut,  en  eifet,  au 
nombre  des  proscrits  du  18  fructidor,  avec  les  deux  direc- 
teurs de  la  minorité,  Garnot  et  Barthélémy;  onze  du  Con- 
seil des  Anciens  (Barbé-Marbois,  Portalis,  Tronçon-Ducou- 
dray,  etc.);  une  quarantaine  de  ses  collèg-ues  des  Cinq- 
Cents  (Boissy-d'Ang-las,  Camille  Jordan,  Pastoret,  Piche- 
gru,  Siméon,  Villaret-Joyeuse,  etc.),  sans  compter  les  rédac- 
teurs ou  propriétaires  d'une  trentaine  de  journaux  de  l'op- 
position '.  Mais  Tépuration  ici  avait  une  tout  autre  portée 
que  les  condamnations  à  mort  de  vendémiaire.  C'était 
Cajenne.  Cette  fois  encore,  il  échappa  au  redoutable  châti- 
ment d'une  façon  non  moins  orig-inale  que  dans  son  procès 


1.  Opinion  de  Quntremère  sur  le  second  projet  relatif  nux  réunions  poli- 
tiques. Ihid.,  11°  11. 

2.  Moniteur  du  20    fructidor  an  ^'    ((3  septembre  1797)  et  du  21  fructidor 
10  septembre).  T.  XX\'II[.  pp.  797  et  81  u. 


008       CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QL'ATREiMÈKE    DE    MLINCY 

criminel.  En  vendémiaire  an  IV,  il  s'était  dérobé  à  ceux  qui 
le  recliercliaient  en  pénétrant  par  une  entrée  secrète  d'une 
maison  amie  dans  sa  propre  maison,  où  il  trouvait  un  asile 
sous  la  protection  des  scellés.  En  fructidor,  c'est  dans  la 
prison  des  Madelonnettes  qu'il  se  réfugia.  Dans  sa  précé- 
dente captivité,  il  avait  gag'né  les  bonnes  grâces  du  con- 
cierge ;  il  en  usa  pour  obtenir  de  lui  d'y  tlemeurer  quelques 
jours;  après  quoi,  il  gagna  la  maist)n  d  un  ami;  mais  on 
pouvait  1  y  chercher.  Talleyrand,  avec  qui  il  s  était  lié  au 
Directoire  du  département  de  Pans,  devenu  ministre  des 
relations  extérieures,  lui  ménagea  une  retraite  moins  facile- 
ment abordable.  (Juatremère,  grâce  à  cette  connivence, 
gagna  la  frontière  avec  un  passeport  au  nom  de  (^uartini, 
et  il  put  ainsi  parvenir  dans  le  llolstein,  où  il  passa  deux 
ans  en  la  compagnie  d'un  autre  proscrit,  Portails  '. 

Il  n'eut  garde  d'obéir  à  la  loi  du  lit  brumaire  an  VII 
(9  novembre  1798j,  qui  sommait  les  fugitifs  de  se  présenter 
à  Rochefort  pour  se  faire  indiquer  une  prison,  sous  peine  de 
la  confiscation  de  leurs  biens  ;  ni  à  l'arrêté  du  28  nivùse  sui- 
vant (17  janvier  17!)9),  (jui  leur  enjoignait  de  se  rendre  provi- 
soirement dans  lile  dOléron;  et  il  ne  se  laissa  pas  séduire 
davantage  par  la  proclamation  de  Eouclié,bien  (ju  il  fût  per- 
sonnellement nommé  dans  l'arrêté  du  7  thermidor  de  cette 
même  année  (25  juillet  I71)!lj,  auquel  Eouché  se  référait. 

Un  coup  d  l']L;il  1  avait  frappé,  ua  autre  coup  il  l'état  lui 
rouvrit  les  portes  de  la  France  :  le  18  brumaire. 

Revejui  en  France,  il  avait  ;i  rentrer  en  possession  de  ses 
biens.  A  cet  elVet,  et  pour  satisfaire  une  formalité  réglée 
par  K's  arrêtés   des   consuls  -,    il   dut    se   l'aire    délivrer  un 


1.  (iiK.MAiT,  \nlice,  p.  2.').  et  p.  ti.')  cl  06.  iKitcs  2S  ci  20.  M.  (îuij^iiiaiil 
s'appuie  (le  M.  IJari-ic'i'c  |iniir  phucr  ici  rancodolL-  des  Madoloiiiietles, 
M.  Jmiiii  la  n-pinie  d'apcès  M.  Eeclcrc  aiilni-iu-  ciwisidérablcjà  la  siiilc  du 
l't'fiij^e  siiiis  li's  sc'i'llos  de  sa  iiiaisoii,  en  \'eiulémiaii'e. 

2.  Luis  e(  arn'-lés  des  ennsiils  relatifs  aux  di'-pdi'ti's  admis  à  ronlrer  en 
France,  à  cliari^'e  tle  denieurei'  sous  la  sur\ei!laiu'e  du   ministre  de  la  pf)licc 


I 

I 


CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    QL'INCY       539 

extrait  de  son  acte  de  naissance  le  24  ventôse  an  Mil 
(12  février  1800).  Comparée  à  l'extrait  C[u'il  se  fit  délivrer 
plus  tard  fl8  janvier  1811),  extrait  que  M.  Jouin  a  repro- 
duit au  début  de  sa  notice,  cette  pièce  nous  donne  une 
étranii^e  idée  de  la  manière  dont  on  extrayait,  sous  Tère  répu- 
blicaine, les  actes  de  naissance  de  l'ancien  état  civil,  qui 
étaient  des  actes  de  baptême  : 

L'an  mil  sept  cent  cinquante-cinq,  le  vingt-huit  octobre,  fut 
nommé  Antoine  Chrisostome,  né  d'aujourcriiui  ;  fils  de  François, 
Bernard  Quatremère  et  de  Marie  Anne  Rourjot.  sa  femme. 
Témoins  :  Antoine  Leboucher  et  Marie  Anne  Berrieux,  femme 
Caignard. 

Nommé,  au  lieu  de  baptisé;  le  parrain  et  la  marraine 
devenus  de  simples  témoins!  C'est  l'acte  de  baptême 
laïcisé. 

Echappé  à  l'exil,  la  politique  ne  le  tentait  plus.  Il  appré- 
ciait le  bienfait  de  l'ordre  que  le  Premier  Consul  avait 
rétabli  à  l'intérieur  et  de  la  paix  au  dehors  qu'il  faisait 
alors  espérer  à  la  France.  Mais,  Premier  Consul  ou  Empe- 
reur, Napoléon  n'était  pas  son  homme;  Empereur  moins 
encore  que  Premier  Consul.  Epris  de  l'art  jusqu'à  tout  sacri- 
fier au  culte  qu'il  réclame  de  ses  admirateurs,  il  n'avait 
point  pardonné  au  vainqueur  de  l'Italie  de  lui  enlever,  même 
pour  le  Louvre,  les  chefs-d'œuvre  qu'elle  avait  produits  et 
qui  étaient  son  ornement  et  sa  gloire.  On  en  pouvait  trou- 
ver la  preuve  dans  les  six  lettres  qu'il  écrivit  au  général 
Miranda  et  qui  furent  publiées  en  l'an  IV  (1796)  sous  ce 
titre  :  Lettres  sur  les  préjudices  qu  occasionneraient  aux 
arts  et  à  la  science  le  déplacement  des  monuments  de  lart 
de  r Italie,  le  démembrement  de  ses  Ecoles,  et  la  spoliation 


grénérale.  3  et  5  nivùse  an  VIII  21  et  20  décembre  I799i.  —  «  Plusieurs 
pièces  des  21  (cvrier.  â  avril  cL  13  octnbre  ISOO  tcnioignenl  des  diffîcultés 
que  rencontra  Quatremère  pour  obtenir  la  délivi"ancc  de  ses  biens.  >•  JofiN, 
p.  34.  note. 


o60       CENTENAIHE    DE    l'ÉLECTIOX    UE    OUATREMÈRE    DE    QUINCY 

de  SCS  collections,  galeries,  musées,  etc.,  par  A.  ().  '.  Il  faut 
relire  ces  lettres  :  on  aurait  voulu  lui  en  faire  un  crime 
après  1815.  On  ne  saurait  trop  lui  faire  honneur  du  senti- 
ment élevé  qui  les  lui  inspira.  Laissant  donc  la  politique, 
il  était  revenu  aux  beaux-arts,  a  l'étude  des  arts  dans  l'an- 
tiquité. 

Ces  études  le  ramenaient  vers  T Académie  qui,  en  1785, 
avait  couronné  son  mémoire  sur  l'nrchilecfure  égyptienne 
comparée  à  V architecture  grecque.  Depuis,  l'Institut  avait 
été  créé  par  la  Convention  et  réorjj^anisé  par  l'arrêté  consu- 
laire du  3  pluviôse  an  XI.  Les  anciennes  académies  s'y 
retrouvaient,  sous  le  nom  de  classes,  dans  les  rapports  fra- 
ternels que  la  Convention  avait  établis  entre  les  sciences, 
les  lettres  et  les  beaux-arts.  L'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres  y  fig-urait  dans  la  classe  d'histoire  et  de  lit- 
térature ancienne.  Une  place  étant  devenue  vacante  par  la 
mort  du  jurisconsulte  Bouchaud,  Quatremère  de  Quincy  y 
fut  élu  le  16  février  1804,  la  même  année  que  furent  nom- 
més après  lui  Visconti  et  Millin-.  Guidé  par  un  vif  senti- 
ment de  l'art,  et  fort  de  la  connaissance  qu'il  avait  de  ses 
procédés,  il  appliquait  volontiers  ce  qu'il  savait  de  son  his- 
toire à  l'interprétation  des  monuments  de  l'antiquité  parve- 
nus jusqu'à  nous,  essayant  des  restitutions  d'après  les  textes 
des  auteurs  ou  le  rapprochement  d'imitations  probables. 
«  Ce  fut,  dit  notre  vénéré  confrère  M.  Guig-niaut,  dans  cet 
esprit  et  pour  éclaircir  certaines  questions,  certains  points 
importants  ou  curieux  de  l'histoire  de  l'art,  qu'il  lut.  entre 
ISO'i  et  1(S12,  à  la  classe  de  l'Institut  cpii  l'avait  adopté  la 
première,  toute  une  série  de  mémoires''.  La  plupart  furent 

1.  I.e^s  Hii/.aid  :  môme  recueil,  l.  XXXI.  n' 9. 

2.  Visconli  le  20  juillet,  Millin  le  23  novembre. 

3.  Guir.MAUT,  Notice,  p.  30  et  p.  (îs,  note  36.  En  voiei  une  indication 
plus  précise  :  Sur  lu  reslitiillnn  du  temple  de  Jupiter  0/i/f»i/)(>7i  d'Arfri- 
genle.  d'après  la  description  de  Diodore  de  Sicile  et  les  (Va^nieTits  (jui  en 
subsistent  encore,  lu  le  20  jrerminal  an  XII  '27  avril  lSOi\  Mémoires  de 
l'Insliliil.  y  classe.  I.  II.  ]>.  270.  —  Sur  li    manière  dont  étaienl  éclairés 


I 


CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QI'ATREMÈRE    DE    QUINCY       561 

les  préludes  de  ce  bel  ouvrag-e,  qu'on  peut  appeler  son  chef- 
d'œuvre,  et  que  le  titre  même  qu'il  porte,  le  Jupiter  Olym- 


les  temples  des  Grecs  et  des  Romains,  lu  le  s  novembre  1S0;i.  Ibid..  t.  IV, 
p.  166.  —  Sur  la  description  du  bouclier  d'Achille.  In  le  15  septembre 
1809.  Ibid..  t.  ^',  p.  102.  —  Sur  li  course  :  rmée  et  les  oplitodromes.  conte- 
nant une  nouvelle  hy]iothèse  propre  i\  explirpier  la  statue  vuliiairement 
appelée  le  Gladiateur  combattant,  lu  le  7  (h'cembre  ISOl.  Ibid.,  p.  165.  — 
Sur  le  chir  funéraire  qui  transporta,  de  Babi/lone  en  Écfifpte.  le  corps 
d'Alexindre,  lu  le  5  février  1808.  Ibid..  p.  .'(15.  —  Sur  le  bûcher  d'Héphes- 
tion,  décrit  par  Biodore  de  Sicile,  lu  le  7  décembre  1SI0,  ibid..  p.  395. 

M.  Jouin  aussi  a  énuméré  dans  une  note  de  sa  notice  les  mémoires  qui 
ont  préparé  le  prand  ouvi-apre  de  Quatrcmèi-e  durant  les  dix  années  qui  en 
ont  précédé  la  publication.  Le  mémoire  Sur  l'or  et  ses  différents  emplois 
chez  les  Anciens  est.  je  crois,  inédit,  mais  il  existe  en  manuscrit  sons  deux 
formes,  dans  les  papiers  qui  sont  restes  à  M.  Adolphe  Leclère,  après  le  pil- 
lagre  de  sa  maison  de  Clamart  par  les  soldats  allemands  : 

1»  De  l'or  et  des  divers  emplois  que  les  Anciens  ont  fait  de  ce  métal  dins 
les  ouvraqes  de  l'art  et  dans  les  sf:ilues.  avec  celle  note  en  martre  :  «  La 
première  Icctiu-e  a  été  faite  clans  la  classe  d'histoire  et  de  litléi-ature 
ancienne  les  \'endredi';  9  marset  16  mai  \lire  mars]  tSIO.La  seconde  lecture 
a  eu  lieu  les  vendredis  18,  25  mai  1810  (48  pafi'cs  nvmiérotées  de  1  à  48).  » 

2°  Mémoire  sur  l'or,  etc.,  avec  la  note  marginale  :  «  Lu  à  la  séance 
publique  de  la  troisième  classe  de  l'Institut,  le  jeudi  5  juillet  1810  (13  à  14 
pap:es  non   numérotées).  » 

Avec  ces  doux  manuscrits,  échappés  aux  déiJi'édations  et  aux  outrap:es 
des  Allemands,  d'autres  dont  plusieurs  ont  été  imprimés  :  Réflexions  cri- 
tiques sur  les  mausolées  en  {iénéral,  en  particulier  sur  celui  de  l'archidu- 
chesse Christine  exécuté  par  M.  Canova  et  placé  depuis  peu  dans  l'église 
de  Saint- Aug:ustin  de  Vienne,  en  Autriche  :  —  De  M.  de  Paw  et  de  son 
opinion  sur  la  beauté  des  femmes  de  la  Grèce  (supplément  aux  Mémoires 
de  l'Fnstitnt.  t.  Il,  n"  2^:  —  Sur  le  Demos  de  Parrhasius  (Ibid.,  r\°  5).  — 
D'autres  manuscrits  encore  ;  sm-  un  ]>assafi:e  de  Pline  {Grœcorum  est  nihil 
velare.  1.  XXXIVV  Ajoutez  quelques  notes  détachées  :  Sur  la  statue  de 
bronze  de  Berlin,  explication  de  la  petite  fîp:ure  antique  connue  sous  le  nom 
d'Atalante;  —  Essai  histoi-ique  sur  l'art  du  paysage  à  Rome;  — Notice 
historique  sur  M.  Charles-Fi-ançois  Dupuis:  —  Notice  historique  sur 
M.  Louis-Pierre  Anquetil:  —  et  des  lettres  d'un  caractère  officiel  adressées 
à  Quatremère  de  Quincy. 

La  notice  sur  Anquetil  offre  une  sing:ularité  qui  réclame  imc  explication. 
Elle  se  com]>ose  de  quelques  feuilles,  —  de  la  même  main  ((ue  les  autres 
manuscrits  ;  —  il  y  en  a  de  très  grandes  parties,  textuellement  reproduites 
dans  la  Notice  historique  sur  la  vie  et  les  ouvraqes  de  M.  Anrfuelil.  par 
M.  Dacier,  secrétaire  perpétuel,  lue  dans  la  séance  publique  du  jeudi 
5  juillet   ISIO.  réimprimée  dans  le  Moniteur  universel  du  samedi  5   sep- 


r)02       CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    OLATRE.MÈRE    DE    QLINC.Y 

pien,  ne  saurait  faire  apprécier  ni  dans  toute  la  grandeur  ni 
dans  toute  la  nouveauté  de  son  objet.   » 

Le  titre  complet  mérite  d'être  cité  : 

Le  Jupl/rr  Olympien  ou  l'arl  de  lu  sculpture  antique 
considéré  sous  un  nouveau  point  de  vue.  Ouvrage  ijui  com- 
prend un  essai  sur  la  sculpture  polychrome,  t analyse  expli- 
cative de  la  toreuti([ue,  et  Vhistoire  de  la  statuaire  en  or  et 
en  ivoire  chez  les  Grecs  et  les  Romains,  avec  la  restitution 
des  principaux  monuments  de  cet  art,  et  la  démonstration 
pratique  ou  le  renouvellement  de  ses  procédés  mécaniques. 
Poris,  1814,  in-folio,  avec  32  planches'. 

Ce  litre  est  tout  un  proi^ranime,  on  pourrait  dire  une 
table,  non    des   chapitres,   mais  des   ^-randes  divisions  du 

livre. 

C'est  au  fond  l'histoire  de  la  sculpture  chez  les  Grecs 
jusqu'à  l'époque  de  Constantin.  Pour  apprécier  l'étendue  et 
les  dimensions  de  cet  ouvrag-e,  véritable  monument  élevé 
par  l'archéologie  au  génie  de  la  Grèce,  on  ne  saurait  mieux 
faire  que  de  lire  les  deux  articles  que  Letronne  lui  a  consa- 
crés dans  le  Journal  des  Savants  (novembre  1817  et  dé- 
cembre 1818). 


tciuhrc  IMO  :  ininuTù  qui  se  trouve  annexé  au\  feuilles  do  la  mitico  inrom- 
plète  de  Quatremèrc.  l)"<.ù  vient  cela?  —  M.  (hii^niaiit  a  rap])elé  dans  sa 
notice  les  relations  d'amitié  tle  Daeier  avec  la  famille  de  (Juatremère.  C'est 
à  lui  que  le  père  s'était  adressé  pour  retenir  à  l'élude  du  droit  le  lils  (lui  ne 
sonfîeait  qu'aux  arts  du  dessin.  Quatremère  de  Quincy,  de\  .nu  membre  de 
rAcadcmie  des  inscriptions,  aura  volontiers  prêté  son  concours  en  cette 
circonstance  au  secrétaire  iierpétucl  qui  avait  été  si  heureux  de  l'accueillir 
à  l'Académie  des  inscriptions  ;  et  c'est  ainsi  que,  sans  aucune  intention 
maligne,  il  aura  joint  à  son  brouillon  la  forme  ofTicielle  que  Dacier  lui  avait 
donnée. 

M..louin,(iui  a  reçu  ces  papiers  de  M.  Adolplie  I.eclèi-e.  ma  fail  llioniieur 
lie  me  les  offrir,  et  je  les  ai  acceptés  avec  reconnaissance  ih.ui-  les  remettre 
on  son  nom  à  la  Hibliothèquc  de  l'Institut. 

1.  Le  frontispice  monumental  :  le  Jiipilt'r  (thfiupicn  va  dunx  snn  Irûne  el 
dans  rinlcrioiir  de  sim  lemple.  el  ;U  planches.  L'édition  de  1.sl5,  (pii  est  la 
même  avec  un  nouveau  litre,  comprend  une  dédicace  au  r<<\  après  la  'seconde 
Heslam-ation. 


CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    QUINCY       o63 

Les  Grecs  commencèrent,  selon  l'usage  des  peuples  sau- 
vages, par  se  faire  des  idoles  en  bois,  figures  coloriées  et 
même  drapées  comme  des  mannequins;  l'influence  de  ces 
pratiques  originaires,  consacrées  par  la  religion,  se  retrouve 
dans  la  raideur  du  style  éginétique.  Quant  à  la  coloration, 
elle  prévalut  jusqu'au  temps  des  statues  de  bronze  et  de 
marbre,  même  au  delà.  On  a  cité  partout  le  passage  de 
Pline  ([ui  distingue  trois  modes  de  sculpture  :  la  plastique 
ou  modelage  en  terre  cuite  ou  non  cuite;  la  statuaire,  nom 
appliqué  au  bronze,  et  la  sculpture  proprement  dite,  à  la 
pierre  ou  au  marbre  ;  mais  les  anciens  parlent  aussi  d'un 
mode  de  sculpture  appelé  toreutique,  et  les  archéologues 
l'ont  généralement  entendu  de  la  sculpture  en  métal.  Qua- 
tremère  de  Ouincy  a  montré  qu'il  faut  étendre  beaucoup 
cette  interprétation.  C'est  en  quelque  sorte  un  genre  de 
sculpture  composite. 

Il  consiste,  — dit  Letronne,  résumant  ses  observations, — à  faire 
les  statues  de  toute  sorte  de  métal,  d'or,  d'argent,  de  bronze  et 
de  beaucoup  d'autres  réunions  de  matières,  par  des  morceaux 
rapportés,  par  compartiments,  soit  fondus  séparément,  soit  bat- 
tus, soit  travaillés  ou  ciselés,  soudés  et  formant  un  tout  solide. 
Or  ce  genre  de  sculpture  est  un  des  plus  anciens  ;  il  a  produit  des 
ouvrages  sans  nombre,  la  Grèce  lui  doit  ses  plus  grands,  ses  plus 
admirables  monuments,  elle  les  doit  aux  plus  célèbres  artistes. 

Cette  branche  doit  avoir  un  nom,  on  n'en  trouve  pas  d'autre 
que  celui  de  toreutique,  pour  exprimer  un  art  cjui  ne  fut  ni  la 
plastique,  ni  la  statuaire,  ni  la  sculpture... 

C'est,  continue  Letronne,  un  fait  important  qui  tient  unique- 
ment, dans  l'origine,  à  la  représentation  des  simulacres  divins. 

Ce  fut  donc,  ajoute-t-il,  à  l'école  de  la  toreutique  que  se  for- 
mèrent tous  les  artistes  célèbres,  tels  que  Gitiadas,  Rhœcus..., 
tous  toreuticiens,  qui  composent  la  seconde  période  des  arts  en 
Grèce  et  qui  précédèrent  Phidias.  Ce  grand  homme  recueillit 
l'héritage  des  siècles  qui  l'avaient  précédé;  ce  fut  par  lui  et 
après  lui  qu'elle  acquit  toute  son  étendue...  Enfin,  elle  embrassa 
également  celte  partie  si   importante  que  la   critique  moderne, 


o64       CENTENAIRE    DE    l'ÉLEGTION    DE    QUATREMÈRE    DK    QUINCY 

même  Winckelmann  et  Ileyne,  n'avaient  pu  plater  nulle  part  '. 
(P.  664). 

Et  il  niunlre  comment  les  artistes  grecs  furent  amenés  à 
reprendre  et  k  enrichir  ainsi  la  sculpture  sur  bois. 

La  statuaire  chryséléphantinc ,  ou  sculpture  en  or  et  en 
ivoire,  occupe,  comme  nous  l'avons  indicjué.  les  quatre  der- 
nières parties  du  grand  ouvrage.  Letronne  en  parle  dans 
son  second  article  (février  181iSi.  On  peut  voir  parce  que 
nous  avons  dit  du  précédent,  relatif  aux  deux  jiremières 
parties,  quel  excellent  guide  on  est  assuré  d'avoir  en  lui 
j)our  l'étude  des  quatre  suivantes.  On  y  trouvera  le  premier 
âge  de  la  statuaire  chryséléphantine  avant  Périclès  (III), 
les  œuvres  de  Phidias  dans  ce  genre  de  sculpture,  l'œuvre 
capitale,  le  Jupiter  Olympien,  et  la  Minerve  du  Parthénon 
qui  l'avait  précédé  i  IV)  :  — on  sait  en  effet  qu'exilé  d'Athènes 
pour  avoir  représenté  sa  propre  tête  et  celle  de  Périclès  sur 
le  bouclier  de  Minerve,  il  se  retira  en  Klide  et  fît  son  Jupiter 
pour  le  temi)le  d'Olympie.  —  Suivent  les  monuments  de 
même  nature  postérieurs  à  Phidias  :  depuis  le  siècle  de 
Périclès  jusqu'au  règne  d'Alexandre,  et  depuis  cette 
époc[ue  ius(|u'au  siècle  de  Constantin  (Ai;  enfin  la  démons- 
ti'ation  des  procédés  suivis  (VI). 

Lors([ue  Quatremère  i\v  (Juincy  composait  son  Jupiter 
()lf/rn])icn,  il  n'avait  rien  mi  encore  de  Phidias.  Il  était  bien 
allé  à  Komc,  on  Sicile,  dans  la  Grande-Grèce;  il  n'était  pas 
allé  en  Grèce.  Sous  la  lîestauration .  il  put  se  rendre  en 
Angleterre:  il  ^  it  au  Musée  Britannique  les  marbres  enlevés 
du  ParlluiKin  pai'  lord  P^lgin.  vl  il  s'écriait  en  revenant  en 
France  :  «  Toutes  nos  études  sont  à  recomnu'ucer  !  »  Dans 
les  lettres  (|u  il  a\ait  (''critcs  de  Londres  à  son  ami  Canova 
(juin  1SlSi.il  lui  en  pai'Iait  axcc  enthousiasme. — Eh  (juoiî 
celui  (|ui.  en  ITIKi.  a\ail  proleslé  i[\vv  tant  de  force  contre 
lenlèveinenl   des  (cuvrt's   d  art   dllalie.    ap])laudissait    h  la 

I.   I,;i  sinl nuirp  en  iniire. 


CENTENAIRE    DE    LÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    OEINCY       565 

mutilation  et  à  la  spoliation  du  Parthénon,  et  c'est  Canova 
son  ami,  son  partenaire  dans  cette  correspondance,  qui 
avait  été  chargé  par  les  alliés  de  reprendre  à  nos  musées 
ce  que  la  conquête  leur  avait  procuré  !  C'est  Canova  qui,  à 
l'appui  de  cette  revendication,  avait  réimprimé  à  Rome,  en 
1815,  ces  lettres,  écrites  par  Quatremère,  en  1796,  au 
général  Miranda,  pour  dénoncer,  comme  un  attentat  contre 
l'art,  «  un  crime  de  lèse-instruction  publique  ^  » ,  cette  spo- 
liation de  l'Italie  1  Quatremère,  ennemi  déclaré  de  Bonaparte, 
n'était-il  pas  l'inspirateur  de  cette  restitution  forcée? 

11  est  bien  clair  que  nos  vainqueurs  n'avaient  pas  eu  à 
consulter  Quatremère  et  c[ue,  maîtres  de  Paris  à  leur  tour, 
ils  n'avaient  pris  conseil  que  de  leurs  intérêts.  Ce  n'est  que 
trois  ans  plus  tard,  en  1818,  quand  furent  publiées  ses 
lettres  à  Canova,  qu'on  se  reporta  rétrospectivement  à  1815, 
pour  le  faire  complice  de  Canova  dans  cette  affaire.  Mais 
les  documents  étaient  là,  et  des  malintentionnés  pouvaient 
en  tirer  des  arguments  contre  lui.  Il  voulut  y  répondre  en 
publiant,  en  1836,  dans  un  même  volume,  la  double  série 
de  ses  lettres  à  Miranda  sur  l'enlèvement  des  œuvres  d'art 
d'Italie,  et  à  Canova  sur  l'enlèvement,  par  lord  Elgin,  des 
marbres  du  Parthénon-. 

11  plaçait  les  deux  conclusions  contradictoires  en  regard 
et  mettait  le  lecteur  en  mesure  de  les  discuter.  Dans  un 
court  avant-propos,  il  pose  nettement  la  question.  Ses 
lettres  à  Miranda,  écrites  en  1796,  au  cours  de  son  exil 
forcé,  avaient  paru  en  articles  dans  un  journal,  puis,  recueil- 
lies en  brochures,  avaient  été  adressées  au  général  Bonaparte 
(jui  n'en  tint  nul  compte.  C'est  Canova  cpii  les  a  reproduites 


1.  3-  lettre,  p.  S(J  (1796  . 

2.  Lettres  sur  rcnlèvemcnt  clos  ouvra^a^s  de  l'art  antique  à  Athènes  et  à 
Rome,  écrites  les  unes  au  célèbre  Canova.  les  autres  au  général  Miranda, 
par  M.  Quatremère  de  Quincy.  Paris,  1S36.  Voyez  Guigniaut,  I\'otice,  p.  44 
et  note  5S    cf.  p.  27  et  note  31'. 


o66       CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    (JUATREMÈRK    DE    QUINCY 

à  Rome  en  1815'.  La  présente  édition,  la  troisième  que 
lui-même  ait  faite,  est  la  première  qu'il  ait  livrée  au  public. 
A-t-il  été  en  contradiction  avec  soi-même?  Si  les  conclu- 
sions des  deux  séries  de  lettres  semblent  contradictoires, 
c'est  que  les  prémisses  sont  bien  différentes,  et  la  preuve 
en  résulte  de  leur  comparaison.  A  l'Italie  on  enlevait  les 
œuvres  d'art  d'un  pays  qui  non  seulement  les  avait  produites, 
mais  qui  en  tirait  toujours  sa  o-loire  et  en  faisait  l'objet  de 
son  culte  :  «  Ces  statues  anti([ues.  disait-il.  ces  peintures 
ainsi  dépaysées...  perdront  sous  un  ciel  étran^jer  la  A'ertu 
instructive  que  les  artistes  allaient  chercher  en  Italie... 
C'est  avec  vérité  qu'on  peut  dire  (|ue  le  pays  fait  partie  du 
muséum  de  Rome.  Que  dis-je?  le  pays  est  lui-même  le 
muséum 2  ».  Quant  à  la  Grèce,  lorsqu'il  écrivait  ses  lettres 
à  Canova^  sur  les  marbres  de  lord  Ely-in,  elle  appartenait 
aux  Turcs,  et  les  Turcs  étaient  de  bien  mauvais  conserva- 
teurs. Mais  lord  El,î?in  a-t-il  mieux  conservé?  Sur  trois 
vaisseaux,  cfui  rapportaient  en  Ansrleterre  les  œuvres  de 
Phidias  arrachées  du  Parthenon .  deux  ont  fait  naufraji^e 
dans  les  Cvclades;  et  les  Anorlnis  n'ont  fait  aucun  effort 
pour  retirer  les  marbres  de  Phidias  du  fond  des  mers!  Si 
du  moins  l'on  y  avait  consacré  l'argent  dépensé  à  la 
recherche  de  l'or  des  p^aHons  enp:loutis  en  170i.  au  cours 
du  combat  livré  par  les  Ans^lais  aux  Espa*^nols  dans  la  baie 
de  Vigo  ! 

T-cs  ruines  d'Athènes,  dit  encore  Quatrcmère  dans  son  avant- 
propos,  dépérissaient  journellement,  et  par  Tincurie  (\\\  frouver- 
nomenl ,  et  quelquefois  par  le  f;ii(  des  enlèvemenis  partiels  de 
c(uelques  débris,  que  provoquait  (ui  accélérait  le  zèle  de  quelques 
amateurs. 

1.  Cannvn  ,i\iiil  jninl  ;'i  xm  ('(liliiui  une  Pèlilion  nu  Directoire,  siprnéc  par 
un  lr<-s  ^rniiil  ik.imIiit  d'iii'l  istcs  cl  p.ii'  (^liiiiIi'oiiH'-ri'  lui  iiicMiic  dnns  lo  monie 
lomps. 

2.  II.  l)i:i.Aiiniu>-:.  llisl.  ilc  V  \(;iilrnil<'  </('.s'  heniiT-arls.  p.  70. 

3.  Lrllrex.  p.  x. 


CENTENAiiii:  Di:  l'élection  de  qlatremèue  de  qul\cy     o67 

Oui,  les  antiquaires  du  temps,  qui  faisaient  péniblement 
le  voyag-e ,  n'étaient  pas  fâchés  d'en  rapporter  (juelque 
chose.  Disons  pourtant  que  des  trois  ou  quatre  excuses  que 
Quatremère  allèg-ue  à  la  décharge  de  lord  Elgin,  celle  qui 
concerne  les  Turcs  est  la  seule  qui  soit  à  demi  plausible  ' . 
Nos  artistes  et  nos  archéologues  ont  donc  toute  raison  d'être 
moins  tentés  de  pardonner  à  lord  Elgin  :  j'en  prends  à 
témoin  notre  Ecole  dAthènes  qui  sest  contentée  de  décou- 
vrir lescalier  de  l'Acropole  et  d'exhumer  ce  qui  reste  du 
temple  de  Delphes.  Mais  Quatremère  de  Quincy  n'était-il 
pas,  pour  Athènes  comme  pour  Rome,  d'accord  avec  les 
antiquaires  de  notre  temps,  quand,  dans  la  quatrième  de  ses 
lettres  à  Miranda  (1796j,  il  disait  d'un  prédécesseur  de  lord 
Elgin  : 

Ne  vous  semble-t-il  pas  voir  le  barbare  amateur  Morosini 
enlever  le  fronton  de  Parthénon  d'Athènes,  pour  le  transportera 
Venise?  Je  vous  le  demande,  qu'eût  signitié  ce  comble  détaché 
de  sa  masse  et  de  son  ensemble?  Mais  vous  savez  encore  ce  qui 
est  arrivé  :  ce  sublime  ouvrage  s'est  brisé,  et  la  convoitise  du 
général  vénitien  a  privé  le  monde  savant  d'un  ouvrage  de  Phidias. 
Cependant  Morosini  avait  une  excuse  :  c'était  à  des  barbares 
qu'il  enlevait  ce  chef-d'œuvre  ;  mais  vous  voyez  que  par  un  sot 
amour  des  arts  il  a  ruiné  en  un  jour  ce  qu'avait  respecté  la 
barbarie  de  tant  de  siècles.  Tant  il  est  vrai  qu'en  tout  genre,  rien 
n'est  si  dangereux  quun  ignorant  ami-. 

1.  Letronne,  dans  son  ai'ticlu  du  Jonrniil  (/es  Savants,  sur  les  Lettres  de 
Quatremère  à  Canova,  partage  en  ce  point  sa  manière  de  voir  :  d  Ces  admi- 
l'ables  sculptures,  dit-il,  jusqu'alors  reléguées  à  l'extrémité  de  l'Europe  et 
d'ailleurs  placées  à  une  élévation  qui  ne  permettait  pas  aux  voyageurs  d'en 
étudier  tous  les  détails,  avaient  été  perdues  pour  l'art  ;  maintenant  que, 
réunies  dans  un  musée,  elles  peuvent  être  vues  et  contemplées  à  loisir,  elles 
éclaireront  les  artistes  et  les  antiquaires  sur  une  multitude  de  questions  en 
vain  agitées  par  les  plus  illustres  antiquaires...  [Questions  de  style  :  le 
Laocoon,  le  Torse,  l'Apollon,  le  Gladiateur  Borghèse.]  Voilà  les  questions 
sur  lesquelles  l'aspect  de  ces  marbres  permet  de  se  prononcer  et  que  l'au- 
teur des  lettres  à  M.  Canova  nous  paraît  avoir  décidées  sans  retour.  »  (Journal 
des  Savants,  février  1820,  p.  88). 

2.  Mémoires  de  l'Institut  national  ifonds  Huzard,  t.  .XXXI,  n"  !>  1796), 
p.  36,  et  dans  l'édition  de  1X30.  p.  221. 


o68       CENTENAIRE    DE    i/éLECTION    DE    (JUATREMÈRE    DE    OllNCY 

Dans  une  des  notes  qui  complètent  sa  notice,  M.  Gui- 
gniaut  a  énuméré  ,  année  par  année,  les  mémoires  de  Qua- 
tremère  qui  t'ont  partie,  non  seulement  du  Recueil  de  la 
troisième  classe  de  l'Institut  de  ISOt  h  1812,  mais  de  la 
série  nouvelle  de  l'Académie  des  inscriptions,  rétablie  sous 
son  nom  à  partir  de  18l(j.  S'il  y  a  pour  Quatremère  une 
lacune  entre  ces  deux  séries,  c'est  (|ue  les  événements  qui 
s'étaient  passés  dans  l'intervalle  n'avaient  pas  laissé  de 
réagir  sur  le  cours  de  ses  travaux.  Rappelons  d'ailleurs  que, 
pour  notre  illustre  confrère,  il  y  eut  une  Commission  qui 
lui  fut  comme  un  pont  pour  passer  d'un  régime  à  l'autre. 
Un  décret  du  26  juin  1806  avait  confié  à  l'Académie  des 
inscriptions  le  soin  de  composer  les  médailles  et  de  rédiger 
les  inscriptions  destinées  à  perpétuer  le  souvenir  des  évé- 
nements les  plus  mémorables.  Telle  avait  été  l'origine 
même  de  l'ancienne  Académie,  la  m  petite  Académie  », 
comme  on  l'appelait.  Quatremère  de  Quincy  avait  été 
nommé  de  cette  Commission;  elle  avait  été  chargée  de 
composer  l'histoire  métallique  de  l'Empereur.  Le  7  janvier 
1814,  Quatremère  de  Quincy  faisait  à  l'Académie  le  rapport 
annuel  qui  comprenait  une  partie  de  cette  histoire,  —  et  le 
17  juin,  il  lui  présentait  le  projet  d'une  médaille commémo- 
rative  de  l'entrée  de  Louis  XVIII  à  Paris.  On  peut  croire 
que  s'il  avait  travaillé,  en  toute  conscience,  à  l'histoire 
métallique  de  l'Empereur,  il  exposait  avec  bien  plus  de 
joie  à  l'Académie  le  projet  de  la  niéd;ulle  consacrée  au 
retour  de  Louis  W'III.  Il  avait  salué  la  Restauialion  avec 
bonheur,  et  en  cela  il  n'était  pas  en  contradiction  avec  les 
principes  qu'il  avait  professés  dès  la  Révolution  de  I78!K 

Sans  avoir  fait  partie  de  l'Assemblée  nationale,  il  avait 
accepté  la  Constitution  (prellc  avait  faite  ;  membre  de 
l'Assemblée  législative,  il  l'aNait  soutenue,  il  s'était  pro- 
noncé pour  les  pouvoirs  du  roi.  Il  avait  défendu  la  monar- 
chie, la  veille  même  du  10  août,  il  avait  été  l'un  des  vaincus 
du  10  août,  un  des  suspects,   bien  mieux  un  des  détenus  de 


CENTENAIRE    DR    l/ ÉLECTION    DE    OUATREMÈRE    DE    QUINCY       î)69 

la  Terreur;  si  peu  réconcilié  avec  la  Convention  par  le 
9  thermidor  qu'il  l'avait  combattue  en  vendémiaire  an  IV 
dans  l'insurrection  contre  la  survivance  qu'elle  s'était  arro- 
gée en  déposant  ses  pouvoirs.  C'est  comme  opposant  au 
Directoire  qu'il  était  entré  au  Conseil  des  Cinq-Cents,  c'est 
à  ce  titre  qu'il  avait  été  une  des  victimes  du  18  fructidor. 
Ce  n'est  pas  en  émig-ré,  c'est  en  proscrit  qu'il  avait  cherché 
un  refuge  en  Allemagne,  et  c'est  comme  tel  qu'il  avait  pu 
rentrer  en  France  après  le  18  brumaire  et  se  faire  restituer 
ses  biens  confîscpiés.  C'était  donc  un  ami  que  la  Restaura- 
tion retrouvait  dans  cet  ancien  affilié  du  club  de  Clichy;  et 
il  n'est  pas  étonnant  qu'elle  lui  ait  conféré  des  fonctions 
qu'il  n'avait  point  recherchées  sous  l'Empire.  En  moins 
d'une  année,  il  est  nommé,  3  septembre  181  i,  chevalier  de 
la  Légion  d'honneur;  24  octobre,  censeur  royal;  28  janvier 
1815,  intendant  général  des  arts  et  des  monuments  publics  ; 
17  février,  membre  du  Conseil  supérieur  de  l'instruction 
publique.  Mais,  en  mars.  Napoléon  revient  de  l'île  d'Elbe, 
et  toutes  ces  ordonnances  sont  révoquées.  La  chute  de 
l'Empire  rendit  à  Quatremère  les  faveurs  de  la  cour.  11  fut 
admis  dans  l'ordre  restauré  de  Saint-Michel,  appelé  à  siéger 
au  Conseil  honoraire  d'artistes,  institué  près  le  ministère 
de  la  Maison  du  roi  (1816).  Il  allait  obtenir  mieux  de 
l'Institut. 

L'ordonnance  du  21  mars  1816  en  avait  rétabli  les  quatre 
classes  sous  leur'  ancien  nom  d'Académies  '.  Mais  elle  avait 
fait  des  vides  dans  leurs  rangs.  C'est  ainsi  que  la  charge  de 
secrétaire  perpétuel  se  trouvant  vacante  à  l'Académie  des 
beaux-arts,  par  l'exclusion  de  Lebreton,  Quatremère  de 
Quincj,  membre  de  notre  Académie  depuis  180i,  y  fut  élu 
en  cette  qualité'-.  M.  Guigniaut  a  remis  en  lumière  un  fait 
peu   connu  :  c'est  que,  dans  les  Cent-Jours,  la  classe    des 

1.  L7/i.s<67h/  de  France,  publié  par  M.  Léon  Aucoc,  p.  108  et  suiv. 

2.  Voyez  VHistuire  de  rAcadémie  des  beaax-urls,  du  comte  Delaborde, 
p.  178. 


o70       CENTENAIRE    DE    I. 'ÉLECTION    DE    (JEATREMÈRE    DE    nlINCV 

beaux-arts  ayant  été  portée  au  nombre  de  quarante  membres, 
elle  avait  voulu  le  comprendre  parmi  les  cinq  appelés  à 
former  la  section  nouvelle  d'histoire  et  de  théorie  des  arts; 
honneur  (ju'il  déclina  par  une  lettre  où,  se  félicitant  d'être 
déjà  associé  à  ses  travaux,  il  l'en  remerciait  dans  les 
termes  les  plus  flatteurs  pour  elle'.  Mais  l'Académie  savait 
combien  son  concours  lui  serait  précieux.  Aussi,  l'année 
suivante,  profita-t-elle  de  l'occasion  qui  s'olfrait  povu"  se 
l'attacher  par  un  lien  plus  étroit.  Son  activité  se  partagea 
dès  lors  entre  les  deux  Académies  :  l'Académie  des  inscrip- 
tions reçut  toujours  ses  mémoires,  l'Académie  des  beaux- 
arts  eut  ses  notices  dans  ses  séances  annuelles  et  sa  coopé- 
ration assidue  aux  travaux  des  sections  toute  l'année. 

M.  Gui^niaut  a  parlé  avec  sa  haute  compétence  de  ses 
mémoires  insérés  dans  notre  recueil.  M,  Jouin,  sans  néf^^li- 
ger  le  reste,  s'est  étendu  volontiers  sur  les  notices  consa- 
crées aux  membres  de  l'Académie  des  beaux-arts,  il  nous 
en  a  donné  des  extraits,  il  aurait  pu  nous  en  ollrir  davan- 
tage. 11  V  aurait  toute  une  notice  à  faire  sur  les  deux 
volumes  où  se  trouvent  réunis  plusieurs  de  ces  élog-es  ".  On 


1.  Kn  IXD),  l'Acailémic  des  l)caii\-arls  lui  a\ail  l'ail  accopltM-  une  place 
dans  la  Commission  qu'elle  avait  char^^ée  de  pid)lii'i-  le  Diclionnuire  de  la 
l;in(jiie  des  beau. t-:i ris.  Voyez  la  lettre  de  QuatrcMiière  1.)  mai  l^lô),  dans  la 
note  li  de  la  notice  de  M.  Gui^rniant,  p.  "2. 

'2.  .le  regrette  de  n'y  pas  trouver  Daviil.  (piii  a\ait  su.  au  cours  de  sun 
voyage  à  Rome,  délourncr  ilu  genre  douiinaul  en  Fi-anee,  au  temps  de 
Louis  XV,  vers  les  \tiies  de  l'antiepiilé  grecHpie.  el  cpii  de\iiit  ainsi  l'inspi- 
ralenr  de  l'école  classifjue.  David,  sans  dnutc.  a\ail  eu  un  triste  roK'  ])en- 
(lant  la  Révolution,  i-t  il  ne  La  il  plu'^  de  1  Inst  il  uL  (pi  and  il  nii  luriil .  Mais  s'il 
n'en  n'était  plus,  c'est  qu'il  n'axait  pas  voulu  échapper  par  faveur  à  l'exclu- 
sion qui  en  avait  frappé  d'autres.  Quai  remère,  du  reste,  ne  se  borna  point 
A  ces  notices  qu'il  avait  consacrées,  comme  secrétaire  perpétuel,  aux 
membres  de  SdU  .Vcadéinie.  l*uu\ail-ii  iHii)licr  les  deux  grands  minis  de  la 
Renaissance,  ([ui  douiinrnl  lart  niucK'rnc  et  ne  pertlroiil  jamais  rien  de 
leur  dnminalion  :  Rapiiai'l  cl  Michel-. Viigi' ;  l'idéal  surhumain  de  Ra|)liacl  , 
la  liiniLé  de  Mi(hel-.\ngc.  architecte,  sculpleur  cl  peintre.  "  un  artiste  en 
trois  pcisiiiines  »,  comme  le  dit  yualreiuèi'c?  Il  publia  en  1.S21  la  vie  de 
Raphaël,  cl  en  1S35  la  \ie   de  Michel-.\nge  ;   après   ce  qu'un   ne  cesse  pas 


CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QtATUEMÈRE    DE    Ol  INCY       571 

y  peut  admirer  la  variété  et  la  souplesse  de  talent  que  rémi- 
ment secrétaire  perpétuel  savait  montrer  dans  l'appréciation 
de  l'œuvre  et  de  l'ouvrier,  en  tant  de  genres  divers.  J'aurais 
voulu  aussi  m'v  arrêter,  tout  en  louant  M.  Jouin  d'v  avoir 
si  bien  réussi. 

Notre  savant  confrère  fut  encore  distrait  de  ses  travaux 
par  la  politique. 

Le  13  février  1820,  le  duc  de   Berrv  était  assassiné  par 
Louvel  :  crime  isolé  et  dune  portée  redoutable  !  Ce  n'était 
pas  le  roi,  c'est  la  royauté  et  spécialement  la  dynastie  que 
Louvel  avait  voulu  frapper  à  mort.  Quand  on  lui  demanda 
pourquoi  le  duc  de  Berrv,  il  répondit  :  «  C'était  la  souche.  » 
On  V   crut   voir  la  révolution  des   plus    mauvais  jours   se 
redresser  le  poignard  à  la  main.  A  défaut  de  complices,  que 
l'on  ne  trouvait  pas,  on  en  lit  un  crime  du  parti  libéral  tout 
entier,  et  le  duc  Decaze,  qui  le  représentait  dans  le  minis- 
tère,  en  fut  rendu   responsable.   Vainement,  Louis  XVIII 
eût-il  voulu  sauver  son  favori,  «  son  cher  fils  »,  comme  il 
disait.  Les  plus  modérés  des  libéraux,  Royer-Collard  et  ses 
amis,  devinrent  suspects.  Un  nouveau  ministère  se  forma, 
dont  le  duc  de  Richelieu,  bon  gré,  mal  gré,  redevint  le  chef. 
A  la  loi  électorale  du  5  février  1817,  qui  avait  produit  une 
Chambre  relativement  modérée,  fut  substituée,  après  bien 
des  orages,  la  loi  du  29  juin  1820,  la  loi  «  du  double  vote» 
qui  ajoutait  aux  collèges  électoraux  d'arrondissement,  des 
collèges  de  département,  «  composés  des  électeurs  les  plus 
imposés  en  nombre  égal  au  quart  de  la   totalité  des  élec- 
teurs du  département  ».  Ouatremère  de  Quincy  fut  un  des 
quatre  députés  attribués  au  collège  électoral  du  département 
de  la  Seine;  tous  les  quatre  royalistes,  se  rattachant  à  la 
majorité    qui  eut  bientôt  un   ministère   de    son    esprit ,    le 
ministère  Villèle. 

d'écrire  sur  ces  deux  grands  génies,   les  deux  \olunies  de  (^)ual  réméré  de 

Quincy  peuvent  toujours  être  relus.  (Sur  Huphni'l ,   voir  l'art,  de  Raoul 
Rochette  dans  le  Journal  des  Savants,  janvier  IS2j.j 

1903.  39 


572       CENTENAIKE    DE    I. 'ÉLECTION    l)E    orATKEMÈRE    DE    UEINCV 

Quatremère  de  Quincy  a-t-il  pris  une  part  active  au  vote 
des  lois  anlilibérales  où  Ton  croyait  trouver  le  salut  de  la 
dynastie  et  qui  la  poussèrent  à  sa  perte?  On  Ta  dit,  et  je  ne 
doutais  pas  qu'on  n'en  dût  avoir  la  preuve  dans  les  Annales 
p;irlenicnl;tircs.  grande  publication  ollicielle  où  l'on  est  en 
voie  de  recueillir  les  débats  de  nos  assemblées  politiques 
depuis  la  Hévolution  de  ITS'.M.  J'y  ai  bien  trouvé  le  nom 
de  Quatremère  de  Quincy  au  nombre  des  ({uatre  admis 
comme  députés  de  la  Seine  au  début  de  la  session  de  1820, 
dans  les  derniers  jours  de  cette  année,  le  23  décembre.  Je 
l'v  trouve  dans  la  liste  générale  des  députés  de  cette  ses- 
sion.  t.  XXIX,  p.  i-()0;  je  le  trouve  encore  dans  la  liste 
générale  (K'  la  session  de  1S2I-IS22.  p.  oo8  :  il  n'est  plus 
dans  la  liste  de  la  session  deM822-IS2:{  l.  XXM.  [).  oll), 
et,  dans  les  huit  volumes  qui  conqDrennent  cette  longue 
suite  de  débats,  après  la  note  qui  constate  son  admission, 
il  ne  ligure  plus  nulle  part.  On  dit  pourtant  ({ue,  dans  ce 
retour  à  la  vie  politique,  il  s'est  aliéné,  pour  un  temps  du 
moins,  ses  meilleurs  amis,  ses  anciens  collègues,  Royer- 
GoUard  par  exemple'-.  Mais  alors  c'est  par  des  votes  muets, 

1.  Archives  ii;irh'inentni.res  de  l7/i7  :i  ItifJO.  Recueil  parlciiuMiliiiri'  des 
dcbals  léfiislatils  el  politiques  des  Cliambrcs  françaises,  imprimé  par  ordre 
du  Sénat  et  de  la  Chambre  des  députés,  sous  l:i  direciioii  de  M. .'.  Mavidal, 
chef  du  bureau  des  procès-verbaux,  de  Texpédilion  des  l-.is.  des  pétitions, 
des  impressions  et  distributions  de  la  Cliaml)re  des  députés,  et  tle  M.  h. 
Laurent,    bibliothécaire-adjoint   de   la    Chambre    des  députés.    Deuxième 

série  (1800  à  ISfiO;. 

2.  M.  Cui^niaul  dit  dans  sa  Xolive  :  «En  1.S20  et  ls21.  guatremère  de 
guincy  lui  rauuiie  i)oui'  la  dernière  fois  dans  Tarène  piditiquc...  Dans 
cette  crise  extrême  de  sa  vie.  il  eut  le  malheur  de  se  séparer  de  M.  Royer- 
Collard.  invariable  défenseur  de  ses  droits,  non  moins  dévoué  que  lui  à  la 
royauté  léj^itime,  mais  qui  comprenait  mieux  les  condilinns  inexorables  de 
son  alliance  avec  la  France  nouvelle.  Leur  amitié  i)ul  bien  en  éhe  refroidie 
«pielque  lem].-^.    elle    n'en    fut    p..inl    détruite,    et    ce-l     rh..niieur    de  tous 

deux.  ■■ 

M.  .louin  ne  peut  parler  (jne  d'après  une  tradition  qui  est  à  rectifier  sur 

plusieurs  points  (piand  il  dit  : 

..  La  polili(iue  le  ressaisit.  Klu  député  en  1S20,  il  dul  poser  de  nouveau  sa 
candidature  aux  élections  ^-énéralcs  de  1^21.  On  se  souvient  des  hommes 


CENTENAIRE    DE    l'éLECTION    DE    orATHKMKUE    DE    OLINCY       o73 

car  on  ne  le  voit  ni  dans  les  séances,  ni  même  dans  les 
Commissions  ;  et  cependant  les  occasions  de  prendre  la 
parole  ne  manquaient  pas,  à  l'ancien  membre  de  l'Assem- 
blée législative  et  du  Conseil  des  Cinq-Cents  :  censure, 
police  de  la  presse  et  autres  lois  du  ministère  Villèle  à  ses 
débuts. 

C'est  une  lacune  dans  sa  carrière  politique  ;  heureuse- 
ment, ce  n'est  pas  une  éclipse  totale  dans  sa  vie  de  savant. 
A  l'année  1821  se  rattache  en  elFet  sa  dissertation  sur  la 
Vénus  de  Milo,  acquise  l'année  précédente  pour  la  France 
et  intronisée  dans  le  Louvre.  Nous  j  reviendrons  plus  loin. 

Sorti  de  la  Chambre  des  députés  et  laissant,  cette  fois 
sans  regret,  ses  anciens  amis  dans  le  champ-clos  des  débats 
parlementaires,  il  fut  appelé  à  enseigner  les  choses  qu'il 
possédait  si  bien.  Une  chaire  d'archéologie  ayant  été  créée 
à  la  Bibliothèque  royale,  il  y  fut  nommé  (182i),  et  l'on 
ne  pouvait  assurément  faire  un  meilleur  choix.  Mais  il  se 
lassa  vite  de  l'enseignement.  Dès  l82o,  il  prit  pour  sup- 
pléant Raoul  Uochette,  et,  deux  ans  plus  tard,  il  renonça  déti- 
nitivement  au  titre  que  son  suppléant  recueillit.  Il  se  trou- 
A^ait  plus  libre  de  se  livrer  à  l'étude  des  sujets  qui  l'intéres- 
saient. Indépendamment  des  Mémoires  de  l'Académie  des 
inscriptions,  il  y  avait  un  autre  recueil  placé  sous  la  direc- 
tion des  membres  de  l'Institut  où  il  avait  naturellement  sa 
place,  comme  antiquaire,  le  Journal  des  Savants  :  il  \  fut 
porté  au  nombre  des  auteurs ,  dès  le  rétablissement  du 
journal  en  181G,  et  passa  au  rang  des  assistants  k  la  mort 


qui  firent  échec  au  cabinet  de  M.  de  ^'illcle  :  La  Fayette,  Manuel,  d'Argen- 
son,  le  général  Foy,  Royer-CoUard,  l'ancien  ami  de  Quatremcre.  Celui-ci, 
au  contraire,  ne  cessa  de  combattre  l'opposition.  Ses  votes  furent  constam- 
ment acquis  au  ministère  pendant  cette  courte  législature  qui  prit  fin, 
comme  on  sait,  par  la  dissolution  du  24  décembre  1S23.  » 

M.  Jouin  est  mieux  renseigné  quand  il  ajoute  : 

<■  La  rupture  ne  tint  pas.  L'amitié  recouvra  «es  droits.  Bientôt,  Royer- 
Çollard  redevint  rhôle  le  plus  assidu  de  l'archéologue,  auquel  il  prodiguait 
les  témoignages  d'une  affection  pleine  de  prévenances.  » 


574      CENTENAIRE    DE    LÉLEC MON    DE    gUATKEMÈKE    DE    guiNr.ï 

de  Gosselin  en  1830.  Ou  y  rendait  compte  de  ses  travaux; 
il  y  parlail  lui-même,  avec  autorité,  de  ceux  des  autres. 
M.  Guigniaul  a  donné  la  liste  des  nombreux  articles  (ju'il  a 
publiés  dans  ce  recueil  et  je  ne  puis  mieux  faire  que  d'v 
renvoyer,  n'ayant  pas  d'ailleurs  la  place  pour  les  analyser 
ici'.  ^ 

Au  point  (le  vue  politique,  je  n'ai  pas  besoin  de  dire  ({u'il 
était  resté  toujours  dans  les  meilleurs  rapports  avec  le  gou- 
vernement de  la  Restauration.  <pii  ne  man([uait  pas  de 
recourir  à  ses  lumières  dans  toutes  les  circonstances  :  et 
il  ne  lui  refusait  pas  ses  services-.  11  ne  manquait  pas  de 
surveiller  lui-même  les  choses  dont  il  se  char<j^eait.  et  un 
jour  il  en  fut  la  victime.  On  fondait  en  bron/.e  la  statue  du 
roi  Stanislas  pour  la  ville  de  Nancy.  Quatremère  se  rendit 
dans  les  ateliers  du  fondeur,  et  il  assistait  à  l'opération 
quand  un  jet  de  bronze  en  fusion  l'atteig-nit  au  front,  à  la 
joue  vA  à  la  main.  L'accident  eut  moins  de  gravité  qu'on 
n'aurait  ])u  le  craindre;  mais  cela  lui  imposa  une  retraite 
qu'il  mit  d'ailleurs  à  prolit  [)our  ses  travaux.  Déjà  en  1821, 
quand  il  était  encore  dans  la  politique,  il  avait  publié  sa 
dissertation  sur  la  Vénus  de  Milo.  11  eut  le  tort  de  croire, 
comme  plusieurs  après  lui,  (pielle  formait  groupe  avec  une 
autre  statue,  un  Mars.  Raoul  Rochette  combattit  son  opi- 
nion sur  ce  point,  mais  il  ne  lui  contesta  pas  le  mérite 
d  avoir  le  premier  reconnu  en  elle  une  œuvre  originale  de 

1.  Gi:i<;MArr,  Xolice.  p.  7.3,  noie  16.  En  Tannée  ISl"  il  n'en  donna  pas 
iniiins  (le  se])t  à  cej'oui'nal.  Son  feu  se  mofk'Ta  ensuite  e(,  sauf  une  repi-ise 
en  1S2'J  pour  le  l'ulnis  <le  Sc:tnriis.  il  ('■(ail  plus  (|uc  ralenti  (piand.  en  I.S3(l, 
ses  eollé'j^ues  le  pi-oniureiiL  au  i-anj;  supériem-  des  :issisl;ints.  \'()yez  aussi 
II.  Di;i.AHoniti;,  L'Acitléinie  des  beaiiJ:-arts.  p.  2.'>:K  et  II.  J<>ri\,  .Xotice. 
p.  (>."). 

2.  M.  .Il min  a  (inumé-rc,  d'après  les  papiers  mêmes  de  QuatrcnK^-ie  de 
Quinev,  les  eonsultalions  qui  lui  furent  demandées  ollieiellemenl  et  les 
missions  (ju'il  aeceiila  :  avis  sur  des  objets  <.ranli([uité  trouvés  ou  rappor- 
tés, sur  des  statues  nouvelles  à  faire  :  |)laee  dans  tous  les  jurys  concernant 
les  beaux-arts;  décoralinn  dit  pont  de  la  Concorde:  projet  d'établissement 
du  quartier  compi-is  entre  la  Harriére  de  l'ivtoilc  et  les  Tuileries,  etc., 
p.  62-6 i. 


CENTENAIRK    DE    l'ÉLECTION    DE    OLATREMÈRE    DE    QUINCY       573 

premier  ordre,  de   Praxitèle,   ou   tout  au   moins   de   son 
temps  ^. 

Quoi  qu'il  ait  pensé  de  ce  prétendu  groupe,  il  n'a  pas 
proposé  de  le  refaire,  ni  de  restaurer  cette  belle  statue 
mutilée  des  deux  bras.  Mais  il  ne  se  faisait  pas  faute  de 
tenter  de  ces  restitutions,  soit  par  écrit,  soit  par  simple 
dessin,  pour  des  œuvres  antiques  plus  mutilées  ou  même 
perdues.  Son  tact  ou  son  flair  d'archéologue  s'aidant  du 
texte  d'auteurs  contemporains,  il  aimait  à  se  livrer  à  cette 
sorte  de  restauration  inolfensive  et,  en  1829,  il  publia  un 
choix  de  ses  essais,  plus  ou  moins  aventureux,  en  deux 
volumes  :  Monuments  et  ouvraçjes  d'art  antique  restitués. 
Dans  l'introduction  de  ce  recueil,  il  justifiait  en  ces  termes 
ses  tentatives  : 

Il  ne  se  découvre  pas  un  frag-ment  de  sculpture  ou  d'édifice, 
on  ne  rencontre  pas  un  reste  de  peinture  sur  vases  ou  sur 
murailles,  il  ne  reparaît  ni  un  revers  de  monnaie,  ni  une  gra- 
vure sur  pierre,  ni  un  détail  (rornemenl  qu'on  ne  puisse  en  espé- 
rer des  parallèles  ou  des  autorités,  propres  à  rendre  une  sorte 
d'intégrité  aux  monuments  que  le  temps  a  mutilés.  Rien  donc 
de  plus  utile  que  des  travaux  archéologi(iues  qui  ont  pour  but 
ces  sortes  de  rapprochements  dont  l'eflfet  est  de  redonner  l'exis- 
tence à  ce  qu'on  pouvait  croire  anéanti. 

Mais  il  est  encore  un  autre  moyen  de  faire  sur  la  destruction 
de  nouvelles  conquêtes.  Il  consiste  à  faire  revivre  par  le  dessin 
tous  ceux  des  monuments  et  des  ouvrages  de  l'art  que  les  écri- 
vains grecs  et  romains  ont  décrits  d'une  manière  assez  précise  et 
assez  circonstanciée  pour  qu'il  soit  possible,  à  l'aide  de  la  cri- 
tique, éclairée  par  d'utiles  comparaisons,  d'en  retrouver  les 
données  principales  et  d'arriver  par  leurs  détails  à  restituer  leur 
ensemble  ^. 

1.  Journal  fies  Savnnls,  Avril  JS37,  p.  19:5,  dans  le  second  des  denx 
articles  qu'il  a  consacres  au  Recueil  de  disserlalions  archéologiques  de 
Quatremère  de  Quincy  (1^56). 

2.  Moniimenls  et  ouvrages  d'art  antiques,  restitués  d'après  les  descrip- 
tions des  écrivains  grecs  et  latins  et  accompagnés  de  dissertations  archéolo- 
giques. Paris,  J.  Renouard,  1820,  2  vol.  in-fol. 


376       CENTENAIRE    DE    l'ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    QUINCY 

Il  avait  notamment  profité  de  ses  loisirs  pour  refondre 
son  histoire  de  la  vie  et  des  ouvrages  des  plus  célèbres 
architectes  du  xi*'  jusqu'à  la  fin  du  xviii*'  siècle  ^  ;  il  n"est  pas 
nécessaire  de  dire  que  l'art  gothique  n'avait  pas  ses  faveurs. 
Il  en  donna  une  preuve  nouvelle  dans  le  remaniement  de 
son  Dictionnaire  de  l'architecture,  qu'il  avait  publié  presque 
au  début  de  sa  carrièi'e  scientifique,  dans  V Encyclopédie 
méthodique  de  Panckoucke,  et  qu'il  republia  en  1832  chez 
Adrien  Leclerc,  avec  une  simple  addition  dans  le  titre 
Dictionnaire  historique  de  V architecture,  addition  qui  témoi- 
gnait de  son  regret  de  n'en  avoir  pas  fait  l'histoire;  et  il  en 
convenait  dans  sa  courte  introduction  "'  ;  mais  la  critique 
n'y  trouva  pas  les  remaniemente  qu'elle  aurait  souhaités  sur 
les  points  oîi  ils  semblaient  imposés  par  les  notions  acquises 
depuis  la  première  publication,  sur  l'Egypte  par  exemple. 
C'était  toujours,  au  fond,  le  même  dictionnaire,  et  l'ancien 
éditeur  Panckoucke.  qui  en  avait  publié  le  troisième  et  der- 
nier volume  en  1823,  ne  s'y  laissa  pas  prendre. 

En  1837,  Quatremère  eut  l'occasion  de  revenir  sur  une 

1.  Paris,  Renouard,  1830.  deux  volumes  in-S". 

2.  Dictionnaire  historique  d'architecture,  comprenant  dans  son  plan  les 
notions  historiques,  descriptives,  archéolojïiques,  biop-aphiques,  théo- 
riques, didactiques  et  pratiques  de  cet  art,  t.  I  et  II.  Paris,  librairie 
(r.Vdrien  Leclerc  et  C«,  quai  des  Augustins,  1832.  \'oici  ce  qu'il  dit  au  début 
de  son  introduction  : 

«  Nous  aurions  désiré  pouvoir  embrasser  dans  le  plan  le  cadre  et  la 
forme  dun  corps  d'histoire  universelle,  les  notions  de  l'architecture  de  tous 
les  temps  et  de  tous  les  pays:  mais  nous  avons  dû  renoncer  à  tout  système 
méthodiquement  suivi  d'un  ensemble  réf,nilier.  Aucun  art  n'olVrc,  en  elTet, 
à  l'écrivain  qui  voudrait  en  subordonner  toutes  les  variétés  à  l'uniformité 
d'un  plan  historique,  une  plus  grande  diversité  de  points  de  vue,  d'objets 
|ilus  distants  entre  eux,  d'éléments  plus  diflicilcs  à  combiner,  etc. 

"  C'est  donc  sous  la  forme  cl  avec  la  mélliodc  de  dictionnaire  que  nnu'< 
avons  tente  de  rassembler  les  ]>rincipaux  matériaux  d'une  hisloirc  univer- 
selle de  l'architecture,  etc.  ». 

C'est  donc  un  magasin  de  matériaux  ([ui  peuvent  trouver  leur  place 
dans  la  construction  de  l'édilice  ;  mais  l'édifice  reste  à  bâtir:  la  courte  pré- 
face indique  bien  à  quels  besoins  il  doit  répondre:  ce  n'est  pas  en  (|ua(re 
papes  (|u'il  en  pou\ait  donner  li'  plan. 


CENTENAIRE    DE    L  ÉLECTION    DE    QUATRE-MÈRE    DE    QUINCY       O// 

question  qui  l'avait  toujours  occupé'.  Dès  1805,  il  avait 
publié  une  brochure  qui  réunissait  trois  articles  des  Archives 
littéraires:  L'idéal  dans  les  arts  du  dessin.  Il  y  parlait  de 
l'art  comme  un  disciple  de  Descartes,  et  je  serais  tenté  de 
dire  comme  un  précurseur  de  Cousin,  qui  prônait  son  esthé- 
tique et  fit  le  livre  Le  beau,  le  vrai  et  le  bien.  Le  beau 
idéal,  disait  Quatremère,  n'est  pas  la  simple  copie  d'une 
belle  nature  : 

Ce  beau,  qu'on  a  déjà  dit  être  pkis  parlicuHer  à  la  jeunesse  et 
au  sexe  féminin,  ne  saurait,  pour  devenir  idéal,  résulter  davan- 
tage de  la  copie  d'un  bel  individu  :  ce  ne  sertiit  jamais  qu'un 
beau  portrait,  qu'un  portrait  plus  beau  que  d'autres.  Or,  s'il 
est  portrait,  il  en  aura  les  caractères,  il  le  paraîtra;  et  s'il  le 
paraît,  Telfet  de  l'idéal  n'a  plus  lieu.  Les  belles  tètes  idéales  de 
femmes  antiques,  et  les  belles  tètes  de  femmes  portraits,  nous 
font  voir  ce  cpi'il  y  a  de  dislance  entre  ces  deux  choses.  Il  n'y  a 
pas  de  porti-ait  antique,  si  beau  qu'il  soit,  qui  puisse  se  mettre 
ou  se  supposer  sur  un  corps  idéal  de  V'énus  ou  d'Apollon  ;  il  n'y 
a  pas  de  tête  de  Vénus  et  d'Apollon  antique  qui  puisse  se  mettre 
ou  se  supposer  sur  une  statue  moderne  (p.  36). 

Et  plus  loin  : 

L'art  n'arrive  donc  au  genre  de  beauté  idéale  en  question,  que 
par  les  routes  déjà  indiquées.  Il  y  arrive,  non  par  la  copie  de 
l'individu,  ou  la  réunion  de  plusieurs  individus,  mais  par  l'ana- 
lyse et  la  recherche  des  causes  qui  produisent  l'harmonie  d'où 
résulte  la  beauté  dont  je  parle;  et  la  découverte  de  ces  causes 
donne  lieu  à  un  beau  qui  ne  saurait  être  celui  d'aucun  individu, 
parce  qu'il  n'est  donné  à  aucun  individu  d'être  la  nature  qD.  37). 

L  Essai  sur  V  idéal  qu'il  publia  en  1837  n'ajoute  rien  à  ce 
qu'il  avait  dit   alors  et   redit  plusieurs  fois  '-.  Il  prouve   au 


1.  GuiGMAi T.  Xulice,  p.   12. 

2.  Essai  de  théorie  sur  le  principe  imilatifdes  nrls  et  le  génie  poétique  de 
chacun  d'eux  lu  à  l'Institut  en  ISOl  .  —  Essai  sur  la  nature,  le  but  et  les 
moyens  de  l'imitation  dans  les  heaux-arls  (1823).  Guigmaut,  Notice,  p.   4s. 


o78       CENTENAIKE    DE    L* ÉLECTION    DE    olATREMÈRE    DE    QLINCY 

moins  (}ii  il    persévéra  jusqu'à   la   lin  dans   sa  doctrine  sur 
l'idéal  dans  l'art. 

Le  l*"''  juin  1839,  Ouatremère,  sentant  peut-être  ses  forces 
décliner,  se  démit  de  ses  fonctions  de  secrétaire  perpétuel 
de  rAcadémie  des  beaux-arts.  Cette   résolution  causa  une 
émotion  profonde  au  sein  de  la  Compagnie.  L.e   président, 
qui  était  alors   Nanteuil,    et    le    bureau,   auquel  se   joig-nit 
toute  une  députation,    vinrent  lui    en    exprimer  leurs   vifs 
regrets.  Kn  souvenir  de  cette  longue  collaboration,  l'Aca- 
démie lui  conféra  le  titre  de  secrétaire  perpétuel  honoraire. 
Dans  les  premiers  temps,  il  se  montra   encore  aux  séances 
comme  à  celles  de  l'Académie  des  inscriptions,  où  il  n'avait 
pas  de  charge  k  remplir,  ni  de  démission  à  donner.  Ses  con- 
frères l'allaient  voir  à  son  domicile,  rue  de  Gondé.  où  plus 
d'une  question  concernant  la  science  et  l'art  put  être  encore 
débattue.  Bientôt  pourtant,  il  y  parut  plus  indillerent;  ses 
idées  ne  se  suivaient  pas,  il  perdit  la  mémoire  des   noms, 
des  choses  même.  Ce  qui  se  passait  sous  ses  yeux  ne   fai- 
sait  plus  d'impression  dans    son    esprit  ;    s'il  se   rappelait 
quelque  chose,  c'était  du  plus  lointain  passé,  comme  il  lui 
arriva  vers  18io.  un  soir  (|ue  notre  confrère   Etienne  Qua- 
tremère,  son  cousin,  h-  visitait.   Le   vénérable  vieillard  lui 
parla   d'un  accident  qui  remontait  ;t  sa  cincpiiènu-  année  : 
chute  de  voiture,  jambe  cassée,  noms  des  chirurgiens  (juile 
soignaient  et  des  personnes  (jui  l'entouraient .  jus(|u'au  dé- 
tail des  jouets  qu'on  lui  donnait  pour  le  distraire;  et  piùs  il 
retombait  dans  la  nuit;  mais  après  I8i().  ces  illuminations 
ne  sont  plus  guère  signalées'.    (]ette    lin    est    triste    :    la 
mémoire  est  la  facultc-  (jui  s'all'aiblit  et  se  perd  la  |)remière. 
Croyons  qu'avant  de  s'éteindre  il  y   lut  aussi  un  réveil  de 
l'intelligence   chez  un    homme   qui  avait    si    bien    parlé  de 
l'idéal. 


1.   \,c  vendredi    Kiiivi-il  ISIO  est  le  dri-nicr  jour  ni'i  sa  pré-cinn' sni(  sifjna- 
K'i'  aii\  scaiRCs  do   I  AiiKlciiiic  dos  iusciiptioiis. 


CENTENAIRE    L)E    l/ ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    QEINCY       o79 

Il  mourut  le  28  décembre  1849. 

Il  n'avait  jamais  approuvé  l'usage  de  prononcer  l'éloge 
du  mort  sur  sa  tombe  *.  Raoul-Rochette,  qui  lui  avait  suc- 
cédé comme  secrétaire  perpétuel  à  l'Académie  des  beaux- 
arts,  le  rappelait  le  jour  de  ses  funérailles  :  «  L  homme 
illustre  auquel  nous  venons  de  rendre  les  derniers  devoirs 
regretta  toute  sa  vie  qu'on  lît  entendre  des  discours  profanes 
dans  ce  lieu  consacré  à  la  fois  par  la  mort  et  par  la  prière  ». 
Et  après  avoir  salué  celui  dont  la  France  devait  s'honorer 
((  au  même  titre  que  l'Allemag-ne  et  que  l'Italie  s'enorgueil- 
lissent de  leur  Winckelmann  et  de  leur  Visconti  »,  il  ajou- 
tait :  «  Nous  croyons  donc  remplir  un  devoir  en  nous  con- 
formant à  la  pensée  du  collègue,  de  l'ami,  du  maître  que 
nous  perdons.  » 

M.  Magnin,  qui  présidait  notre  Académie  cette  année-là, 
ne  se  crut  pas  tenu  rigoureusement  à  la  même  réserve.  Il 
signalait  dans  cette  vie  qui  venait  de  finir  deux  forces  ordi- 
nairement séparées,  force  d'impulsion  et  force  de  résistance  : 
«  Il  portait  au  front,  disait-il.  le  signe  éclatant  de  cette  race 
d'élite,  de  cette  race  d'hommes  énergiques  qui  savent  vou- 
loir. Il  était  de  ceux  qui  apportent  en  naissant  le  don  de 
l'autorité  et  la  mission  d'exercer,  suivant  l'occurrence,  le 
gouvernement  des  hommes  »  ;  et  sans  s'arrêter  d'ailleurs  au 
détail  de  sa  vie  publique  ou  de  ses  travaux,  il  voulait  au 
moins  rappeler  son  œuvre  capitale  :  «  le  Jupiter  Olympien .^ 
le  plus  bel  ouvrage  d'archéologie  qui  ait  paru  en  France 
depuis  le  commencement  du  siècle  ».  Mais,  comme  je  lai 
dit  en  commençant,  cet  éloge  largement  motivé  ne  lui  a  pas 
manqué  2.  Je  me  borne  à  rappeler  la  grande  et  belle  notice 


1.  Cela  lui  était  arrivé  bien  des  fois:  un  a  ces  discours  à  la  Bibliothèque 
de  rinstitut. 

2.  Les  sculpteurs  pouvaient-ils  lui  faire  défaut?  Nous  avons  à  la  biblio- 
thèque de  l'Institut  un  buste  de  Quatremèrc  de  Quincy  par  Nanteuil  qui 
présidait  l'Académie  des  beaux-arts  lorsqu  il  donna  sa  démission  de  secré- 
taire perpétuel    :  tcle  forlemenl  charpentée,  (rails  durement  accusés,  nez 


o80       CEiNTENAIRE    DE    l' ÉLECTION    DE    QUATREMÈRE    DE    QUINCY 

(le  mon  vénéré  maître.  M.  Guig-niaut,  au  nom  de  l'Acadé- 
mie des  inscriptions  et,  avec  la  place  que  lui  a  donnée  le 
comte  Delà  borde  dans  son ///s/o/r^  de  V  Académie  des  beaux- 
arts,  la  (idèle  et  complète  étude  qu"a  faite,  dr  l'Iiomme  et 
de  ses  travaux,  M.  Henry  Jouin,  secrétaire  de  l'Ecole  des 
Beaux-Aris.  Les  rappeler,  reproduire  leurs  hommages, 
c'était,  je  crois,  la  meilleure  manière  de  célébrer  le  cente- 
naire de  l'élection,  dans  notre  Compag-nie,  de  mon  illuslre 
prédécesseur  Quatremère  de  Quincy.  Comment  ai-je  pu  moi- 
même  y  fissurer  en  premier  rôle?  Si  l'un  de  vous  m'en  eût 
parlé  comme  d'un  devoir  de  ma  charge,  j'aurais  bien  pu  lui 
dire,  m'apjirojîriant  cette  réponse  que  fit,  dit-on,  Quatre- 
mère à  quelque  invitation  dans  ses  dernières  et  lugubres 
années  :  «  J'ai  bien  le  droit  d'être  mort  »  :  mais  je  remercie 
Dieu  de  m'avoir  conservé  la  vie.  puis(|ue  jus(ju'aux  limites 
si  reculées  de  mon  âge,  votre  alVectueuse  bienveillance,  mes 
chers  confrères,  ne  m"a  jamais  fait  défaut. 

iKiiiilin.  ]i(iiiiiiicl  les  .saillnnlfs.  (iiiurc  si-xi-rc  ;  l'àjic  a  tlépi'inu-  sa  vifjueur. 
c'est  lin  soiivonii-  des  clcniièrcs  juiiiées.  Tout  autrement  vivant  est  le  mé- 
(lailhin  l'ail  ■.  de  eliic  ».  coniiiic  un  l.'  peut  dire  aujourd'hui,  par  l)a\id  d'An- 
j;ers  et  ofTei'l  pour  ainsi  dii'e  à  l)rùic-poui'poinf  à  Quatrt'nière.  rpii  ne  s'était 
pas  défié  de  l'ai'tisti'.  Quatremère  i'<n  a  remercié  par  une  lettre  (pii  lui 
donne  date  eeilaini'.  1  oclohre  IS.i,").  e|  (pii  uioul  r'c  (pie  sou  <'s|)imI  u'a\ait 
rien  perdu  fie  sa  finesse  :  il  a\ait  alors  (luatre-xinjrts  ans.  M.  .Touin  a  repro- 
duit cette  lettre  (p.  73;,  et  il  a  placé  la  j,'ravure  du  médaillon  en  tète  de  sa 
notice. 

Le  Cabinet  des  estampes  à  la  lîibliothèque  nationale  possède  aussi  plii- 
siein-s  t,'-ravures  ou  lithojjrrapliies  (|ui  reproduisent  ses  traits  :  entre  autres 
une  gravure  du  husle  fait  par  Xanteuil.  une  lithographie  de  Giraldon.  en 
costume,  avec  le  ruban  fie  l'ordre  de  Saint-Michel  et  une  anti-e  de  Jtdien 
Moilly.  ni-  du  célélire  peintn^  F.ouis  Hoilly  (lS2()j. 


LA    MORALE    ET    LA     CITE 


DAiNS    LES 


POÉSIES     DE    SOLON 

Par  m.    MAURICE  CROISET 


Solon.  qu'on  a  pu  appeler  «  le  fondateur  de  la  démo- 
cratie athénienne  »  ',  est  aussi,  comme  on  le  sait,  le  plus 
ancien  des  poètes  attiques,  ou  du  moins  le  plus  ancien  de 
ceux  qui  nous  sont  connus.  De  ses  poésies,  quelques  mor- 
ceaux seulement  ont  été  conservés,  deux  ou  trois  presque  en 
entier,  les  autres  à  l'état  de  fragments.  Ce  sont  des  témoi- 
gnages historiques  de  la  plus  haute  valeur;  car  Solon  y 
parle  sans  cesse  de  lui-même,  de  son  œuvre  politique,  des 
factions  qui  déchiraient  alors  la  cité  athénienne,  de  ses  inten- 
tions et  des  difficultés  qu'il  a  rencontrées  :  l'Athènes  des 
premières  années  du  xi"  siècle  revit,  avec  ses  discordes  et 
ses  souffrances,  dans  ces  poèmes  d'une  sincérité  vive  et 
mordante,  où  a  passé  tout  entière  l'àme  d'un  honnête 
homme  et  d'un  bon  citoyen.  Et  cette  sincérité,  servie  par 
une  imagination  quelquefois  brillante,  par  une  raison  hardie 
et  prompte,  ingénieuse  et  incisive,  en  fait  aussi  le  mérite 
littéraire.  Solon  n'est  pas  un  grand  poète,  ni  même  un 
poète  de  profession,  mais  c'est  un  homme  de  cœur  et  d'es- 

1.  Arist.,  Rép.  d'Ath.,  XLI,  2  :  f,  ir.l  '^''Ùmvo;  UaTOCTTaai:),  àç'ri;  àçyr, 
or,ij.oy.paTÎa;  rj-Évexo.  Wilamowitz-Mœllendorf,  Arislo(el.  and  Alhen.  I. 
p.  39  :  "  tlcr  Stit'ter  <kr  ullicnisclion  Doinnkralie  ». 


o82  LA    MORALE    ET    LA    CITÉ    DANS    LES    POÉSIES    DE    SOLON 

prit,  chez  ([ui  la  poésie  jaillissait  de  rémotioii  et  du  juge- 
ment, toujours  vivante  et  colorée'. 

Toutefois,  ce  n'est  ni  au  point  de  vue  littéraire,  ni  au 
point  de  vue  proprement  historique,  que  je  voudrais  ici 
parler  encore  de  lui  et  de  ses  poèmes  :  cest  uni(|uement  au 
point  de  vue  moral.  11  ne  me  semble  pas  qu'on  ait  jusqu'ici 
montré,  avec  toute  la  précision  désirable,  quelle  influence 
la  vie  de  la  cité,  dans  sa  période  d'organisation  active,  a 
exercée  sur  le  développement  de  la  morale  grecque,  et  par- 
ticulièrement sur  la  notion  de  justice.  Or  cette  influence 
apparaît,  si  je  ne  me  trompe,  dans  les  poèmes  de  Solon  plus 
clairement  que  partout  ailleurs.  Il  y  a  donc  intérêt  à  les 
interroger  sur  ce  point,  et  c'est  ce  que  je  voudrais  faire, 
aussi  brièvement  que  possible.  En  les  jiassant  en  revue 
très  rapidement  suivant  leur  ordre  chronologique,  tel  qu'on 
peut  l'établir  avec  une  vraisemblance  suffisante,  nous  ver- 
rons s'opérer  dans  l'esprit  de  leur  auteur,  par  l'effet  des 
circonstances,  un  changement  intéressant  (|ui.  peut-être, 
n'est  pas  sans  éclairer  quelcjues-mis  des  progrès  décisifs  de 
la  conscience  greccpie  '. 

I 

Le  premier  poème  de  Solon  c|ui  intéresse  notre  recherche 
est  une  élégie  ayant  pour  sujet   la  l'ichesse  •'.  Il  ne  semble 

L  Le  rôle  politique  de  Solon  ;i  (■té  étudie  i^  l'aide  de  ses  poésies  dans  les 
principales  histoires  de  la  Grèce  :  il  sntrit  de  rappeler  les  chapitres  de 
Grote.  de  Curtius,  d'Ed.  Meyer,  de  BiisolL,  relatifs  à  ce  sujcL  >L  de  Wila- 
nn)\vitz-M(pllendorfT,  dans  son  nuvrafre  intitulé  Arisloteles  nnd  Athen,  a 
consacré  à  SoIf)n  le  chap.  Ill  du  tome  I.  et.  dans  Tappendice  S  du  second 
volume.il  adonné,  poui- hi  |)icniiri-i'  fuis,  nn  classement  méthodique  des 
pf)èmes  politiq\ies. 

2.  Ce  changement  a  été  note  déjà  dans  lanliquité.  Plutarque  le  sipnalc, 
bien  quen  termes  un  peu  vaprues.  Solon,  ch.  II!  :  ~^,  o\  -ou^zv.  /.a.-  ap/a: 
>xvi  £•;  ojoîv  a-'.'i'i  -j-o-jot;;,  àXÀà  nair'ov  ify.v.i  -iOT/pTJTaaOat  /.al  -aizi-^wj 
ÉauTÔv  h)  ~M  Tf'tt-i^-i'M'  ÛTTcOCv  o£  y.i}.  yvoViot;  hii~i'Mi  siXoaôïo-j;  x.  t.  é. 

^.  Herjrk.  l'nehe  h/riri  Grirri.  I.  Il,  j..  1  '..  Mvr.aoTJvr,:  zal  Zir,vo:  'C)lj'x- 


LA    MORAIj;    ET    LA    CITL    DANS    LLS    POÉSIES    DE    SOLON  o8':l 

pas  douteux  quelle  n'appartienne  à  la  première  partie  de  sa 
vie.  La  politique   n'y  tient  encore   aucune  place   :  Fauteur 
est  manifestement  étranger  aux  préoccupations  qui  devaient, 
plus    tard,    l'absorber  tout    entier.   En    outre,    la  question 
même  qu'il  se  pose  convient  bien  mieux  à  un  homme  qui 
débute  dans  la   vie  active.   Est-il  désirable  de  s'enrichir? 
quels  sont  les  avantages  et  les  dangers  de  la  richesse?  On 
comprend  qu'entre  trente  et  quarante  ans,  quand  le  futur 
législateur,  selon  le  témoignage  de    Plutarque  ^,  faisait  le 
commerce  maritime  et    s'efforçait  de  restaurer  son   patri- 
moine, quelque  peu  endommagé,  cette  question  ait  eu  pour 
lui  un  très  vif  intérêt  :   il  s'agissait  d'orienter  sa  vie.  Plus 
tard,  elle  lui  aurait  paru  oiseuse  et  peu  digne  de  son  atten- 
tion. 

Gela  étant,  nous  avons  le  droit  de  considérer  ce  poème 
comme  témoignant  d'un  premier  état  de  sa  pensée,  et  d'y 
prendre,  par  conséquent,  le  terme  de  comparaison  néces- 
saire pour  en  apprécier  le  développement  ultérieur. 

C'est  une  élégie  à  la  mode  ionienne.  Que  faut-il  entendre 
par  là?  Rien  absolument  qui  ressemble  à  ce  que  le  terme 
d'élégie  nous  suggère  aujourd'hui.  L'élégie  alors  florissante 
dans  la  Grèce  d'Asie  et  dans  les  îles  depuis  plus  d'un  siècle, 
l'élégie  d'Archiloque.  était  une  sorte  de  discours  en  vers, 
qui  ne  supposait  ni  deuil,  ni  plainte  amoureuse.  Autant  que 
nous  pouvons  le  savoir,  on  la  récitait  en  société,  devant  un 
cercle  d'amis,  le  plus  souvent  après  le  banquet.  On  ne  sau- 
rait dire  avec  certitude  si  elle  était  encore  précédée  d'un 
prélude  sur  la  flûte  lydienne,  qui  pouvait  aussi  marquer,  ça 
et  là,  les  pauses  du  récitant. 

En  tout  cas,  ce  n'était  pas  l'air  qui  en  faisait  le  mérite. 
Ge  qu'on  lui  demandait,  c'était  d'occuper,  après  le  repas,  des 
esprits  un  peu  excités,  que  les  longs  récits  de  l'épopée 
avaient   fini    par   ennuyer,   et   qui,    pourtant,    aimaient  la 

l.  Hermippe,  dans  Plutarque,  Solon,  chap.  II. 


o84  LA    MORALE    ET    LA    CITÉ    DANS    LES    POÉSIES    DE    SOLON 

poésie.  On  avait  assez  d'Ag-amemnon  et  d'Achille,  du  beau 
Paris,  et  même  d'Hélène,  on  était  las  des  héros  et  de  leurs 
exploits,  des  batailles  interminables  et  des  tueries  toujours 
renouvelées.  Les  riches  marchands  de  Milet,  d'l']piiôse,  de 
Golophon,  gens  desprit,  à  coup  sûr,  mais  qui  son<^eaient  à 
des  aventures  tout  autres,  voulaient  qu'on  leur  parlât  d'eux- 
mêmes,  de  ce  qui  les  touchait  directement,  de  façon  toute- 
fois k  les  distraire  de  leurs  soucis  quotidiens.  La  poésie  qu'il 
leur  fallait  était  une  poésie  tout  imprégnée  de  leurs  sen- 
timents, voisine  de  la  vie  réelle,  et  pourtant  propre  k  les 
charmer  en  les  délassant. 

Voilk  justement  ce  que  leurs  poètes,  successeurs  très 
avisés  des  aèdes,  ne  manquaient  pas  de  leur  donner.  C'est 
celte  poésie  que  Solon,  jeune  encore,  rencontra  en  lonie 
dans  ses  voyages,  et  c'est  celle-lk  qu  il  contribua  k  intro- 
duire dans  Athènes. 

Représentons-nous,  d'après  cela,  dans  quelles  circon- 
stances dut  être  récité  son  poème  sur  la  richesse.  Un  cer- 
tain nombre  d'Athéniens,  ses  amis,  sont  réunis  :  ce  sont, 
comme  lui,  des  hommes  qui  veulent  faire  fortune  et  qui  y 
travaillent  àprement.  Dans  la  vie  courante,  du  matin  au  soir, 
ils  ne  se  demandent  guère  si.  en  cela  ,  ils  ont  tort  ou  rai- 
son :  l'instinct  les  mène,  et  leur  activité  même  les  empêche 
de  réfléchir.  Mais,  k  table,  pendant  que  les  coupes  cir- 
culent, c'est  autre  chose;  une  pointe  d'émotion  comnmni- 
cative  est  propice  k  la  philosophie.  C'est  le  moment  où  un 
peu  de  morale  ne  saurait  man([uer  d'être  bien  accueilli 
d'eux.  Il  n'est  pas  nécessaire  qu'elle  soit  très  neuve  ni  très 
profonde.  De  vieilles  idées,  pourvu  qu'elles  soient  enve- 
loppées d'images  ou  présentées  sous  forme  picjuante,  feront 
fort  bien  leur  all'aire.  Solon  ne  leur  apporte  pas  autre  chose. 
11  s'adresse  aux  Muses  de  Piérie,  «  iMillants  enfants  de 
Mnémosyne  et  de  Zeus  Olympien  »  ;  et  que  leur  demande- 
t-il?  non  pas  la  sagess-e,  ni  l'éloquence,  ni  l'art  des  beaux 
vers  ;  il  estime  probablement  (|u  k  cet  égard  il   n'a  rien  k 


LA    MORALE    ET    LA    CUT':    DANS    LES    POÉSIES    fiE    SOLON  ôS.'i 

désirer;  mais  il  leur  demande  la  richesse  et  la  considéra- 
tion. Lingénuité  naïve  avec  laquelle  ce  souhait  est  formulé 
montre  simplement  qu'on  avouait  alors,  sans  fausse  honte, 
bien  des  désirs  qu'on  a  pris,  depuis,  l'habitude  de  dissimu- 
ler, ou  de  présenter  sous  des  dehors  pkis  honnêtes.  Mais  le 
point  important,  c'est  la  réserve  essentielle  que  faille  mora- 
liste, et  qu'il  va  développer.  Il  veut  être  riche,  mais  il  ne 
veut  pas  l'être  injustement.  11  est  persuadé  que  la  richesse 
injuste  ne  dure  pas;  car,  tôt  ou  tard,  Zeus  frappe  le  cou- 
pable ou  ses  enfants.  Partant  de  là,  il  se  laisse  entraîner 
par  ses  pensées,  sans  s'assujettir  à  un  ordre  d'une  log-ique 
rig-oureuse.  Il  nous  montre  les  hommes  fascinés  par  la 
richesse,  désireux  de  l'acquérir  à  tout  prix,  et  se  faisant 
illusion  sur  l'incertitude  de  leurs  ell'orts  et  de  leurs  espé- 
rances. Il  termine  en  sig;nalant  le  danger  secret  qu'elle 
recèle  en  elle-même,  à  savoir  l'oubli  presque  nécessaire  de 
la  modération,  qui  est  la  loi  de  l'humanité. 

On  voit  immédiatement  que  toute  la  substance  du  poème 
est  une  sorte  de  lieu  commun,  qui  se  rattache  à  la  poésie 
hésiodique,  et  qui  avait  dû  être  plus  d'une  fois  utilisé  par 
l'élég-ie  ionienne.  Il  est  vrai  que  ce  lieu  commun  pouvait 
avoir  des  applications  précises  qui  nous  échappent,  et  qui, 
si  nous  les  connaissions,  en  aug^menteraient  singulièrement 
l'intérêt.  En  l'écoutant,  plus  d'un  des  auditeurs  de  Solon 
devait  être  amené  à  faire  tout  bas  son  examen  de  cons- 
cience, ou  celui  de  son  voisin.  Et,  bien  que  les  élég-ies 
n'aient  pas  eu,  probablement,  beaucoup  plus  d'efiicacité 
que  les  sermons  pour  corrig-er  les  hommes,  il  n'est  pas 
impossible,  après  tout,  que  quelques-uns  au  moins  en  aient 
profité. 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  faut  reconnaître  cju'en  ce  temps  les 
idées  morales  du  poète  n'avaient  rien  encore  de  très  per- 
sonnel. Tout  ce  qui  est  dit  ici  de  la  façon  dont  Zeus  exerce 
ses  vengeances  et  de  l'ég-arement  qui  résulte  de  l'excès 
même  de  la  prospérité  rappelle  de  près  ce  que  nous  trouvons 


oHP)  LA    MOKAI.K    KT    I.A    CITÉ    DANS    I.KS    dnislKS    l)K    SOLON 

déjà  chez  Homère  et  chez  Hésiode.  S'il  est  question  de  jus- 
tice, c'est  à  un  point  de  vue  tout  individuel  et  privé.  La 
justice  ne  règle  encore  que  les  relations  entre  particuliers; 
elle  n'intéresse  pas  la  société  dans  son  ensemble,  ni  les 
classes  dans  leurs  i-apporls  mutuels. 

Nous  avons  donc  là  comme  un  premier  état  de  la  pensée 
morale  de  Solon,  où  domine  la  tradition  ancienne;  et  c'est 
justement  le  grand  intérêt  de  cette  élégie,  au  point  de  vue 
(jue  nous  avons  choisi. 

H 

C'est  dans  la  période  de  troubles  immédiatement  anté- 
rieure à  sa  législation,  que  le  génie  de  Solon.  douloureuse- 
ment instruit  par  les  circonstances,  semble  avoir  mûri  ses 
idées.  Aristote  nous  a  conservé  le  début  du  poème  ({ui,  dit- 
il,  décida  les  partis  à  le  choisir  comme  arbitre  et  comme 
chef  du  gouvernement  (oixAXa/.TY;v  /.y.':  y.oyyny.)^.  Ce  n'est  que 
le  commencement  d'une  phrase  c{ui  reste  en  suspens,  mais 
cela  sulïit  pour  qu'on  sente  la  profondeur  et  la  sincérité  des 
émotions  qui  agitèrent  alors  son  âme  : 

«  Oui,  je  sais,  et  une  douleur  est  au  fond  de  mon  àme 
l()rs(jue  je  vois  cette  terre,  la  plus  ancienne  du  nom 
ionien...    » 

Nous  devinons  aisément  ce  qui  devait  suivre;  et  Aristote 
nous  en  donne  d'ailleurs  le  résumé.  Ce  ([u'il  vovait  avec 
cette  douleur  [)rol'onde,  c  était  le  déchirement  de  son  pays, 
la  haine  des  citoyens  contre  les  citoyens,  la  dureté  des 
l'iches,  l'ojipression  et  la  ivvolte  des  paiivres.  «  Il  condjat 
cluKjue  parti,  nous  dit  Aristote,  au  nt)m  du  parti  adverse; 
et  il  discute  les  griefs  mutuels,  et  enlin  il  demande  aux  uns 
et  aux  autres  de  mettre  lin  à  cette  fureur  de  conllits  ».  Il  y 
avait  donc  là,  évidemment,  un  premiei-  aj^pel  à  une  justice 

1.   Rvp.  des  Atlii'n.,  c.  j. 


I 


LA    MORALE    liT    LA    CITÉ    DANS    LES    POÉSIES    DE    SOLON  587 

sociale,  bien  difFérente  de  celle  qui  se  montrait  à  nous  tout 
à  l'heure.  Mais  nous  ne  pouvons  ici  que  l'entrevoir;  pas- 
sons à  une  oeuvre  mieux  conservée. 

L'élégie  que  Démosthène  fit  lire  en  entier  dans  son  dis- 
cours sur  r Ambassade  est  pour  nous  le  témoig-nage  le  plus 
explicite  des  pensées  qui  durent  alors  naître  et  se  succéder 
dans  l'esprit  de  Solon.  Tout  le  monde  connaît  cet  acte  d'ac- 
cusation véhément,  qui  se  termine  par  un  élog-e  de  l'ordre 
selon  la  loi  {tjvo[xia).  L'accusation  est  dirig-ée  contre  les 
«  chefs  du  peuple  »  (oy^;xou  r,Y£;v,ôv£çj,  ce  qui  ne  signifie  pas 
ici  —  le  contexte  en  fait  foi  —  les  chefs  du  parti  populaire, 
mais  bien  les  personnages  puissants  qui  étaient  à  la  tête 
des  diverses  factions.  Solon  leur  reproche  leurs  dispositions 
injustes  (à'âixcç  vioç),  et,  pour  autoriser  cette  imputation,  il 
nous  les  montre  violents  et  avides,  uniquement  soucieux  de 
s'enrichir,  volant  et  pillant  les  dieux  et  les  hommes.  Puis, 
tout  à  coup,  par  une  véritable  invention  de  poète,  il  dresse, 
en  face  d'eux,  la  g-rande  image  de  la  Justice,  qui  les  observe 
en  silence  et  qui  attend  son  heure  : 

((  Ils  ne  s'arrêtent  plus,  s'écrie-t-il,  devant  les  lois  saintes 
qu'a  posées  Diké  ;  mais  elle,  silencieuse,  elle  sait  ce  qui  se 
passe  et  ce  qui  s'est  passé,  et  toujours,  avec  le  temps,  elle 
vient  se  faire  payer  ce  qu'on  lui  doit.  » 

Cette  déesse  de  la  justice  nest  plus  tout  à  fait,  comme 
on  le  voit,  celle  d'Hésiode,  la  vierge  faible  et  craintive, 
maltraitée  par  des  mains  brutales,  et  t{ui  criait  à  son  père 
pour  obtenir  protection.  Elle  a  maintenant  une  force 
patiente,  elle  attend  parce  qu'elle  est  sûre  de  ses  fins,  et, 
dans  le  silence  efïrayant  où  elle  s'enveloppe,  elle  ressemble 
aux  lois  mystérieuses  et  inéluctables  de  la  nature,  que 
rien  ne  presse,  mais  que  rien  non  plus  n'arrête  ni  ne  retarde. 

Or,  ce  qui  l'a  ainsi  grandie,  nous  le  sentons  ici,  ce  n'est 
pas  seulement  le  progrès  général  de  la  réflexion,  mais  c'est 
aussi  et  surtout  qu'elle  s'est  peu  à  peu  associée  ;i  la  vie 
générale   de   la  cité.    Chez   Homère   et  chez    Hésiode,  elle 

1903.  .iO 


588  LA    .MOHALK    1:T    LA    Cl  IL     DANS    LLS    PULSILS    DL    SOLON 

n'avait  guère  à  régler  que  des  dillérends  privés,  des  contes- 
tations d'héritage  ou  des  partages  litigieux  ;  elle  personnifiait 
uniquement  la  sentence  des  arbitres  ;  elle  siégeait  entre  les 
plaideurs  et  elle  s'appuyait  sur  le  serment.  A  présent,  il  en 
est  tout  autrement.  Au  milieu  de  ces  conflits  et  de  ces 
revendications,  à  travers  lesquels  la  cité  tend  à  s'organiser, 
elle  apparaît  comme  une  puissance  d'équité  qui  seule  peut 
créer  un  état  de  choses  durable.  Le  poète  lui  conserve  sa 
figure  mythique,  et  il  semble  qu'il  parle,  k  peu  de  chose 
près,  le  langage  de  ses  devanciers;  mais  ce  langage,  vrai- 
ment, tout  ancien  et  traditionnel  en  apparence,  énonce  des 
pensées  qui  sont  nouvelles. 

(Quelle  est,  en  elîel,  pour  lui  la  conséquence  de  ces  ^  io- 
lences  faites  à  la  justice?  C'est  la  servitude  j^i'^'t^haine,  la 
guerre  civile,  les  haines  et  les  complots,  c'est-à-dire  la  des- 
truction de  la  cité  à  brève  échéance  : 

((  Ce  sont,  dit-il,  les  citoyens  eux-mêmes  qui  veulent 
détruire  cette  grande  ville  par  leur  propi'c  folie,  en  ne  son- 
geant qu'à  l'or  qui  les  séduit  ». 

Et  déjà,  il  note  des  faits  de  violence  ({ui  lui  semblent 
intolérables  :  des  pauvres  vendus  comme  esclaves  à  l'étran- 
ger, le  domicile  des  citoyens  forcé,  la  contrainte  odieuse 
pénétrant  jusqu'au  foyer  : 

«  Ainsi  le  mal  de  la  cité  s'insinue  en  chaque  maison  ;  les 
portes  extérieures  ne  sont  plus  assez  fortes  pour  l'ari-èter  : 
il  s'élance,  il  franchit  le  seuil;  il  saisit  le  malheureux,  (jiii 
fuit  en  vain  tout  au  fond  de  sa  demeure   ». 

C'est  là  ce  qu'il  appelle  d'un  mot  le  désordre  moral 
(cu7vo[;.'!a),  et  c'est  à  cela  ({u'il  oppose  cette  eunomie,  qui 
seule  peut  sauver  .Vthènes,  et  (pii  n'est,  en  somme,  pour 
lui,  (jiic  la  forme  sociale  et  p(>liti([ue  de  la  justice.  L'éloge 
(ju'il  en  fait  a  prcscpu'  le  lourd    1  l'ian  d  un   hymuf  : 

«  Elle  aplanit  les  aspérités,  elle  nul  lin  aux  excès,  elle 
éteint  la  flannne  de  1  insolence,  elle  dessèche  en  sa  floraison 
la  folie  fatale  (pii  grandissait,  elle  redresse  les  jugements 


K- 


II 


L\    MORALE    El     LA    CI  IL    DANS    Li;s    PUÉSIKS    Di:    SOLO.N  TiSU 

tortueux,  elle  adoucit  les  actes  violents,  elle  fait  cesser 
l'action  de  la  discorde  et  la  colère  des.  âpres  contestations  ; 
par  elle,  tout,  dans  un  peuple,  devient  ordre  et  sag-esse  ». 

Il  n'est  pas  douteux  qu'en  ces  années  d'épreuve,  qui 
furent  aussi  pour  lui  une  période  de  candidature,  Solon 
n'ait  écrit  et  répandu  dans  le  public  plusieurs  poèmes  animés 
du  même  esprit,  et  qu'il  n'ait  agi  par  là  très  fortement  sur 
l'opinion.  On  pourrait  dire  qu'il  fît  une  campagnie  électorale 
avec  des  élég-ies,  comme  on  en  fait  aujourd'hui  avec  des 
articles  de  journaux  ou  des  discours.  Le  poème  qui  vient 
d'être  analysé  peut  sans  doute  être  considéré  comme  le 
résumé  de  beaucoup  d'autres.  Car  c'est  le  propre  des  cam- 
pag'nes  électorales,  en  tout  temps  et  en  tout  pays,  qu'on  y 
répète  souvent  les  mêmes  choses.  Mais  quand  celui  qui  les 
répète  croit  à  ce  cpi'il  dit.  il  arrive  que  ces  choses  ainsi 
répétées  prennent  possession  de  lui  et  qu'elles  constituent, 
dans  son  être  moral,  une  force  nouvelle  de  pensée  et  d'ac- 
tion. 

Les  idées  que  nous  venons  de  noter  avaient  déjà  trans- 
formé le  poète  de  tradition  ionienne  qui  s'offrait  à  nous  au 
début  de  cette  étude.  Elles  allaient  maintenant  se  préciser 
dans  son  œuvre  lég-islative,  et  c'est  ainsi  achevées  que  nous 
les  retrouvons  dans  les  dernières  poésies  dont  il  me  reste  à 
pai'ler. 

III 

Lorsque  Solon  eut  donné  aux  Athéniens  les  lois  qu'ils 
lui  avaient  demandées  et  qu'il  se  fut  démis  du  pouvoir,  ces 
lois  devinrent  naturellement  l'objet  de  discussions  passion- 
nées. L'histoire  atteste  qu'après  une  pacification  peu 
durable,  la  lutte  reprit  entre  les  partis,  aussi  ardente  que 
jamais,  et  l'on  sait  qu'elle  dura  jusqu'au  jour  où  Pisistrate, 
par  une  série  de  coups  d'Ktat,  imposa  son  autorité  à  ce 
peuple  qui  n'avait  pas  su  être  libre. 


O90  I.A    MOI'.Al.l-:    KT    LA    CITÉ    DANS    LES    POÉSIES    DE    SOLON 

Dans  cette  période  d'agitation,  des  critiques  acerbes  s'éle- 
vèrent contre  Solon.  C'était  à  lui  que  tout  le  monde  s'en 
prenait;  car  il  avait  voulu  concilier  des  passions  opposées, 
et,  selon  l'ordinaire,  il  n'avait  satisfait  personne.  Mais  il 
n'était  pas  homme  à  se  laisser  injurier  sans  rien  dire.  Kt  il 
se  défendit  k  sa  manière,  qui  n'était  pas  celle  du  premier 
venu,  c'est-à-dire  en  poète  irrité,  avec  une  verve,  une  élo- 
quence et  une  vivacitc'.  qui  semblent  avoir  persisté  en  lui 
jusqu'à  la  fin. 

Les  poésies  qu'il  composa  dans  cette  dernière  partie  de 
sa  vie  se  répartissent  évidemment  sur  une  assez  long^ue 
durée,  qu'on  peut  évaluer  à  une  trentaine  d'années;  ce  sont 
des  iambes  et  des  élé^^ies.  Les  rares  fragments  qui  nous  en 
restent  ne  se  prêtent  guère  à  un  classement  chronologique 
tant  soit  peu  rigoureux;  mais  ce  classement  est  inutile  ici; 
car,  à  ce  moment,   ses   idées  étaient  faites,  et  il  n'y  a  pas  Tj 

lieu  de  penser  quelles  aient  sensiblement  varié.  ^ 

Ce  qui  en  fait  le  fond,  c'est  une  conception  de  la  justice 
toute  concrète  et  vraiment  sociale.  Elle  se  résume  en  un 
petit  nombre  d'exigences  fondamentales,  (pii  ne  peuvent 
être  éludées  sans  que  la  cité  elle-même  soit  détruite.  Il 
aurait  fallu,  suivant  lui,  que  la  petite  propriété,  le  domaine 
du  pauvre,  unique  garantie  de  sa  subsistance,  fût  à  1  abri 
de  Tusure  qui  la  dévorait;  que  l'Athénien,  en  aucun  cas,  ne 
pût  être  vendu  à  l'étranger,  et,  par  conséquent,  cesser 
d'être  Athénien;  enfin  que,  dans  son  pays  même,  l'homme 
libre  n'eût  pas  à  craindre  de  devenir  esclave  d'un  créancier 
impitoyable.  C'était  là  ce  qu'il  avait  voulu  faire  et  ce  qu'il 
se  flattait  d'avoir  réalisé,  comme  il  l'atteste  dans  de  fort 
beaux  vers,  cités  en  partie  par  Plutarque.  vu  partie  par 
yElius  Aristide,  vers  qui;  nous  lisons  aujourd'hui,  sous  une 
forme  plus  complète  et  j)lus  correcte,  dans  la  licpublique 
des  Alliénicns  d'Aristole.  11  serait  trop  long  de  les  traduire 
ici.  Rappelons  seulement  quel  accent  de  conviction,  de  fierté 
et  d<'  salisfaclion  patriotique  s'y  laisse  sentir  dans  tous  les 


LA     MoliAI.K    i:r    LA     Cil  K    I>ANS     Li;S     l'(  (KSI  i;s     DK    SdLON  o9 1 

détails,  et  avec  quelle  noble  et  relig-ieiise  contiance  l'homme 
d'État  invoque,  devant  le  tribunal  du  temps,  le  témoignage 
de  la  <(  terre  noire,  mère  vénérée  des  dieux  Olympiens  », 
atlVanchie  par  lui  des  servitudes  que  l'usure  lui  avait  impo- 
sées. 

C'est  atfaire  aux  historiens  d'expliquer  et  de  discuter  de 
près  les  mesures  prises  par  Solon.  Ce  que  nous  devons 
faire  ressortir,  à  un  point  de  vue  plus  spécial,  c'est  l'idée 
essentielle  d'oi:i  elles  procèdent,  idée  dont  le  caractère  se 
marque  dans  la  façon  même  dont  il  en  parle. 

Nous  n'avons  pas  devant  nous  un  philosophe  qui  éprouve 
le  besoin  de  remonter  aux  principes  ni  de  justifier  ses  actes 
doctrinalement.  La  question  de  la  propriété  et  de  ses 
limites,  celle  des  droits  de  l'État,  ou  encore  de  l'inviolabi- 
lité de  la  personne  humaine  ,  et  quelques  autres  qui  nous 
paraissent  à  nous  impliquées  dans  ses  actes  de  la  façon  la 
plus  évidente,  et  dont  la  gravité  ne  laisse  pas  que  de  nous 
troubler  lorsque  nous  voulons  les  juger,  tout  cela  lui  est 
totalement  étranger.  Ces  questions,  en  etî'et ,  personne 
encore  ne  les  avait  formulées  dans  le  monde  grec.  S'il  est 
probable  qu'on  les  apercevait  déjà  confusément  derrière  les 
problèmes  pratiques  qu'il  s'agissait  de  résoudre,  en  tout  cas 
ces  futures  théories  n'apparaissaient  encore  que  comme 
l'expression  d'intérêts  individuels  ou  collectifs;  et  il  est 
plus  facile,  en  somme,  d'imposer  des  concessions  aux  inté- 
rêts qu'aux  théories;  car  les  intérêts  cèdent  à  la  contrainte, 
tandis  que  les  théories  sincères  ne  cèdent  qu'à  la  force  de 
la  raison.  Solon,  nous  le  voyons  assez  par  tout  ce  qu'il  dit, 
n'obéissait  à  aucune  doctrine  ;  il  ne  se  doutait  même  pas 
qu'il  y  eût,  en  de  telles  choses,  matière  à  doctrine  :  il 
agissait  simplement  au  nom  de  l'équité,  c'est-à-dire  en  se 
conformant  à  un  certain  idéal  de  justice  que  la  vie  sociale 
avait  peu  à  peu  créé,  et  qui  resplendissait  avec  une  clarté 
particulière  dans  son  esprit  lucide  et  pratique. 

Or  c'est  là  justement  ce  qui  mérite  d'être  signalé.  Les 


oi)2        i.\    MitR.M.i-:  r;i-  i.a  ciik   dans  i,i:s   i'oksiks   dk  soi. on 

révolutions  el  les  guerres  civiles  ([ue  subissaient,  alors,  tour 
à  tour,  presque  toutes  les  cités  g^recques,  avaient  dû  causer 
bien  des  sculFrances.  Mais  on  se  dit,  en  lisant  de  tels  vers, 
quelles  n'étaient  pas  sans  jii'ofit  pour  le  développement 
moral  de  1  hellénisme.  Le  sentiment  du  droit  des  plus 
faibles,  celui  de  la  diirnité  humaine  et  (ruiic  certaine  liberté 
qui  en  est  la  condition  nécessaire,  l'aspiration  à  une  égalité 
au  moins  proportionnelle,  enfin  une  notion  nouvelle  de  la 
solidarité  politique,  se  manifestaient  spontanément,  là  où 
la  vie  sociale  était  le  plus  intense,  et  devenaient  autant 
d'éléments  de  l'idée  de  justice  élargie  et  transformée'. 
C'est  ce  que  Solon  exprimait  ii  sa  manière,  lorsqu'il  di.sait  : 

«  J'ai  écrit  des  lois  qui  sajjplicjuent  également  au  grand 
et  au  petit,  et  j'ai  su  adapter,  selon  le  droit,  la  justice  à 
chacun  -  ». 

Haute  et  féconde  pensée,  (pi'il  n'avait  pas  trouvée  chez 
les  poètes  ses  devanciers  ni  dans  les  inspirations  ioniennes 
de  sa  jeunesse,  mais  qui  lui  venait  directement  du  contact 
avec  la  vie  de  la  cité. 

IV 

Il  laut  ajouter  (jue  les  mêmes  poésies  attestent  chez  leur 
auteur  un  all'ermissement  du  caractère  ou  même  un  enno- 
blissement de  l'âme,  dus  aux  mêmes  influences. 

Au  milieu  des  contradictions  qui  viennent  l'assaillir, 
Solon,  se  jugeant  lui-même,  dégage  sa  pensée  iiitime  et 
aiïirme  ses  princi[)es  avec  force. 

1.  On  ((iiiiuiil  le  mut  ;illiil)ii(''  i'i  Snlmi  i)ai-  l'hitai'iiuc  Siilon,  c.  X\'1I1)  : 
«  La  citi-  la  ]iiicii\  consliliK'o  est  (•clic  mi  les  citoyens  non  lésés  défendent 
ceux  (lui  le  sont,  mm  iiiniiis  cncri;i(|iu'mciil  (|iic  siU  i'claicnl  eux-mêmes,  et 
travaillent  à  punir  l'injuslii-c.  •> 

2.  Arist.,  I{('i>.  des  Alh..  pass.  cite,  v.  Is  : 

ïypOL'^OL... 


LA    MORALE    ET    LA    CITÉ    DANS    LES    POÉSIES    DE    SOLON  593 

Une  modération  consciente  et  réfléchie  a  été  sa  règle,  et 
il  s'en  fait  honneur  :  il  lui  a  fallu,  pour  être  modéré,  lutter 
contre  des  furieux,  qui  ne  voulaient  pas  permettre  qu'il  le 
fût  :  et  il  l'a  été  héroïquement,  en  dépit  des  objurgations 
violentes  et  des  outrages  que  les  divers  partis  lui  adres- 
saient également.  L'aristocratie  voulait  qu'il  écrasât  le 
peuple,  le  peuple  voulait  qu'on  en  finît  avec  l'aristocratie. 

«  Si  j'avais  eu  mêmes  sentiments  que  nos  adversaires,  ou 
si  j'avais  fait  ce  que  les  autres  voulaient  qu'on  leur  fit, 
cette  ville  eût  été  veuve  de  beaucoup  de  ses  citoyens.  Mais 
moi,  je  faisais  front  et  je  me  défendais  de  tous  les  côtés, 
tournant  sur  moi-même  comme  le  loup  au  milieu  des 
chiens  '.  » 

Et  il  ajoute,  plus  loin,  en  usant  d'une  autre  image  non 
moins  expressive  : 

«  Je  me  suis  dressé  entre  eux ,  comme  une  pierre  de 
bornage  entre  deux  champs  contestéjs-.  » 

Cette  modération,  au  fond,  nous  le  voyons,  ce  n'était 
encore  que  le  sentiment  de  la  justice,  mais  c'était  un  senti- 
ment actif,  combattant  avec  énergie,  et  soutenu  par  une 
volonté  inébranlable.  «  Ce  que  j'ai  fait,  dit-il  ailleurs,  je  l'ai 
fait  d'autorité,  associant  la  force  avec  la  justice,  et  par  là 
j'ai  pu  accomplir  ce  que  j'avais  promis"'.  » 

Et  lorsqu'il  embrasse  son  œuvre  entière  d'un  coup  d'oeil, 
dans  une  élégie  qui  est  d'un  ton  plus  apaisé  et  qui  peut 
avoir  été  composée  plus  tard,  il  la  représente  comme  une 
œuvre  de  conciliation.  Il  n'a,  dit-il,  ni  abaissé  ni  exalté  le 
peuple  ;  il  n'a  pas  humilié  ni  dépouillé  non  plus  ceux  qui 
étaient  riches  et  puissants;  mais,  ajoute-t-il  : 

((  Je  me  suis  tenu  entre  les  deux  partis,  opposant  à  cha- 
cun mon  solide  bouclier,  et  je  n'ai  permis,  ni  aux  uns  ni  aux 
autres,  de  vaincre  injustement.  « 

1.  Arist.,  Bép.  des  Alh.,  pass.  cité,  y.  22. 

2.  Ihiil..  fin  du  cliajiitre. 

3.  Ibid..  V.  15. 


o9i       1  A   M<ii;u.i;  i:r  i.a  (  iik  dsns  lfs  poksiks  ui:  solon 

Voilà  donc  uu  trait  de  caractère  qui  ressort  vivement,  et 
qu'il  s'applique  lui-même  à  faire  ressortir.  Nous  voyons  là 
une  réelle  vertu,  née  dans  la  g-uerre  civile  ;  et,  dès  quelle 
inspire  le  poète,  elle  chasse  hien  loin  les  lieux  communs  de 
la  tradition,  pour  y  substituer  une  atlirmation  très  fière  de 
sa  personnalité,  due  au  sentiment  du  devoii'  et  du  bien 
public. 

La  conscience  de  son  désintéressement  ne  l'inspire  pas 
moins  heureusement.  Les  fraji^ments  de  son  poème  adressé 
à  Phocos  nous  font  en  quelque  sorte  entendre  encore  les 
moqueries  de  ceux  qui  ne  pouAaient  comprendre  qu'ayant 
eu  (Ml  mains  le  |)ouvoir  su|)rènif.  il  uv  l'eût  pas  g-ardé. 

«  Non  \iMiniorit.  Sobui  n  était  p:is  1  lionunc  avisé,  ni  le 
politi(pie  (pie  nous  croyions  :  ce  que  les  dieux  lui  donnaient 
de  bon.  il  n'a  pas  voulu  l'accepter.  Le  gibier  était  pris  : 
mais  lui.  tout  ébahi,  il  a  oid)lié  de  tiri'r  le  lild  ;  c'est  (piil 
a  man([ué  de  coeur  i-t  i^erdu  la  tète.  Ah  !  si,  moi,  j'avais  eu 
le  pouvoir,  j'aurais  voulu  me  faire  riche  à  satiété,  et,  j)our 
être  tyran  d'Athènes,  ne  fût-ce  qu  un  seul  jour,  j'aurais 
consenti  h  ce  qu'on  fit  ensuite  une  outre  avec  ma  peau  et  à 
ce  que  ma  race  fût  anéantie  '.  » 

C  était  déjà  faire  la  satire  de  ces  sentiments  (pie  de  leur 
prêter  ce  cynisme  ingénu.  Mais  Solon  ne  dédaigne  pas  d'y 
l'épondre  dii-ectement  : 

((  Si  j'ai  éparg'iié  la  tcnc  de  mes  pères,  si  jai  refusé  de 
saisir  la  tyrannie  et  le  pouNoir  \ioIenl.  (pii  eût  souillé  et 
déshonoré  mon  nom,  je  n'en  suis  pas  humilié.  Car,  c'est 
justement  par  là  que  je  pense  l'emjjorter  plus  glorieusement 
sur  tous  les  hommes  2.  » 

Il  est  possible  (pie  Solon  n  ait  |)as  eu  g-rand  clï'ort  à  faire 
pour  se  défendre  de  l'ambition  :  il  était  trop  clairvoyant 
pour  n Cn    pas  deviner    les   anierl unies  et    les    déceptions. 


1.   Pliilarquo,  Snlim.  r.  WV 
•2.  Ihid. 


LA    MOHALE    KT    LA    CITL    DANS    LES    POESIF.S    DE    SOLON 


595 


avant  même  de  les  avoir  éprouvées.  Mais  nous  n'avons 
aucune  raison  pour  ne  pas  croire  qu'à  cette  sagesse  natu- 
relle se  soient  associés  les  motifs  élevés  qu'il  laisse  deviner 
dans  ses  vers.  Il  considérait  la  tyrannie  comme  une  vio- 
lence, et  la  violence  lui  répugnait,  parce  qu'il  avait  foi  dans 
la  justice  et  la  liberté. 

Les  événements  qui  suivirent  durent  mettre  cette  foi  à 
une  rude  épreuve.  Solon  vit  se  préparer  la  tyrannie  de 
Pisistrate.  et  il  avertit  vainement  ses  concitoyens  dans  des 
vers  dont  nous  possédons  encore  quelques  fragments. 
Lorsque  ses  prédictions  furent  réalisées,  il  se  donna  le  plai- 
sir de  leur  répéter,  à  plusieurs  reprises  et  sous  diverses 
formes,  l'éternel  reproche  des  sages  à  ceux  qui  ont  refusé 
de  les  écouter  :  k  Je  vous  l'avait  bien  dit  ».  Mais  il  semble 
qu'il  l'ait  fait  sans  aigreur  et  sans  dureté.  La  vieillesse,  qui 
n'émoussait  pas  son  esprit,  n'assombrissait  pas  non  plus 
son  humeur  bienveillante  et  aimable.  Il  continviait  à  aimer 
la  vie,  et,  s'il  faut  en  croire  Plutarque,  il  associait  encore 
un  certain  goût  pour  le  plaisir  à  l'attachement  qu'il  gardait 
aux  muses  •.  Si  les  années  lui  apportaient  quelques  désillu- 
sions, il  se  contentait  sans  doute  de  compter  ces  leçons  de 
choses  au  nombre  des  bénéfices  qu'il  devait  à  l'expérience, 
et  il  répétait  à  ses  amis  le  vers  charmant  qui  reste  plus 
particulièrement  attaché  à  son  souvenir  : 

«  Je  vieilHs,  en  apprenant  chaque  jour  beaucoup  de  choses.  » 

V 

J'ai  essayé  de  montrer,  dans  cette  rapide  étude,  quelles 
hautes  pensées  morales  la  vie  publique  avait  fait  naître,  au 
début  du  vi"  siècle,  chez  un  homme  qui,  par  ses  premières 

1.  Plut.,  Sur  l'Amour,  c.  \\ 

2.  Pluf.,  Vie  (le  Snlon.  v.XXW. 


596  LA    MORALE    ET    LA    CITÉ    DANS    LES    POÉSIES    DE    SOLON 

œuvres,  n'y  semblait  pas  spécialement  prédestiné.  Il  est  fort 
probable  que.  dans  le  même  temps,  des  pensées  analot(ues 
ont  dû  se  produire  dans  d  autres  cités,  et  qu'elles  ont  été 
exprimées  par  d'autres  poètes  ou  moralistes  dont  nous 
ignorons  les  œuvres.  Mais  le  grand  nom  de  Solon.  autant 
peut-être  que  son  mérite  poétique,  a  été  cause  qu'Athènes  a 
gardé  l'honneur  de  leur  avoir  donné  place  la  première  dans 
le  trésor  de  sa  littérature. 

Il  eût  été  plus  glorieux  encore  pour  elle  de  les  mettre  en 
pratique.  Mais  il  faut  reconnaître  qu'à  cet  égard  tout  ce 
qu'elle  avait  d'esprit  lui  servit  fort  peu.  (Juelcjuc  indulgence 
(juon  soit  porté  à  éprouver  pour  un  peuple  qui  a  créé  tant 
de  belles  choses,  il  est  diflîcile  de  ne  pas  avouer  que  le  sens 
du  gouvernement  polili(jue  fut  toujours  bien  faible  chez 
lui,  et  qu'il  n'a  guère  réussi  à  organiser,  comme  Solon 
l'avait  espéré  et  voulu,  la  justice  dans  la  liberté.  Toutefois, 
Fœuvre  de  Solon,  œuvre  législative  et  poétique  à  la  fois, 
ne  fut  pas  stérile.  Elle  resta,  dans  la  vie  publique,  comme 
un  idéal,  que  les  meilleurs  citoyens  aimaient  à  invoquer  et 
qui  leur  prétait  son  autorité;  et  elle  devint,  dans  la  vie 
morale  et  intellectuelle,  comme  une  source  de  i)onnes 
pensées,  que  de  grands  esprits  accrurent  peu  à  peu.  et  ((ui. 
peut-être,  attendent  encore  leur  réalisation. 


SÉAXCK    DU     20    NOVEMBRE 


M.  le  Ministre  de  rinstriiction  publique  et  des  beaux-arts, 
dans  une  lettre  qu'il  adresse  au  Secrétaire  perpétuel,  invite 
TAcadémie  à  procéder  à  la  désignation  de  deux  candidats  à  la 
chaire  de  langue  et  littérature  française  du  moyen  âge,  vacante 
au  Collège  de  France  par  suite  du  décès  de  M.  Gaston  Paris. 

L'Académie  procédera  à  cette  désignation  dans  sa  prochaine 
séance. 

M.  Héron  de  "\'illefosse  fait  la  communication  suivante  : 
«  Sur  Tavis  de  la  section  d'archéologie  du  Comité  des  travaux 
historiques,  M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  a  bien 
voulu  accorder  une  subvention  de  1.000  francs  au  R.  P.  Germer- 
Durand  afin  de  l'aider  à  entreprendre  un  voyage  scientifique  en 
Arabie.  M.  le  Directeur  de  renseignement  supérieur,  à  la 
demande  de  la  section  d'archéologie,  ma  autorisé  à  rendre 
compte  sommairement  à  l'Académie  des  résultats  de  ce  voyage. 
«  Les  recherches  du  R.  P.  Germer-Dui^and  en  Arabie  ont  eu 
pour  objet  principal  la  reconnaissance  de  la  route  romaine 
construite  par  Trajan  entre  Bostra  et  Philadelphie.  C'est  une 
section  importante  de  la  grande  voie  qui  mettait  en  communica- 
tion les  frontières  de  la  Syrie  et  la  mer  Rouge,  via  nova  a  fini- 
bus  Syriae  usqiie  ad  mare  riihrum,  comme  le  disent  les  mil- 
liaires.  Cette  exploration  présentait  certaines  difficultés,  surtout 
entre  Bostra  et  Gadda,  où  la  région  que  traverse  la  voie  est 
habitée  par  des  tribus  insoumises  et  tellement  turbulentes  que  le 
gouvernement  ottoman,  dans  son  impuissance  à  y  rétablir  l'ordre, 
avait  pris  le  parti  d'en  interdire  l'accès  aux  voyageurs  étrangers. 
Grâce  aux  bons  offices  de  M.  Savoye,  consul  général  de  France  à 
Damas,  cette  interdiction  a  été  heureusement  levée  en  faveur  du 
R. P.  Germér-Durand, auquel  les  Turcs  ont  même  donné  une  escorte 
.de  gendarmes.  Les  directeurs  des  chantiers  du  nouveau  chemin 
de  fer   de  la   Mecque  lui  ont  fourni,  de  leur  côté,  la  quantité 


rm 


sÉANCK  1)1    20  .n(»vi;mi;i!i;   HIOM 


d'eau  nécessaire  à  son  ravilaillemeiil.  I.cs  deux  plus  j;i'aiitles 
dillicultés  du  voyage  étanl  ainsi  levées,  le  I».  F.  (ieiMuer-Durand 
a  pu  l'aire  une  exploration  fructueuse  et  complète.  Au  sud  de 
Philadelphie,  la  voie  romaine  n"a  pu  être  reconnue  dune  façon 
aussi  certaine.  Au  N.-O.  de  Bostra,  dans  la  direction  d'Adra'a, 
la  voie  romaine  a  conservé  presque  partout  son  ancien  pavage  ; 
mais  sur  les  24  milles  qu'elle  mesure,  on  ne  rencontre  pas  une 
seule  borne  milliaire. 

«  Entre  Bostra  et  Philadelphie,  l'explorateur  a  relevé  les 
inscriptions,  encore  inédites,  de  près  de  6U  hoiiies  milliaires.  (^es 
bornes  portent,  comme  d'ordinaire,  les  noms  de  l'empereur 
rég"nant  avec  la  date  exacte  de  lannée  de  leur  érection  ;  on  y  lit. 
en  outre,  le  nom  du  légat  qui  administrait  la  province  d"Arai)ie 
à  la  même  époque.  Elles  nlfrent  donc  non  seulement  un  intérêt 
géographique,  mais  encore  un  inlci'êt  historique  de  ])remier 
ordre.  Le  B.  P.  Germer-Diu-and  y  a  relevé  les  noms  de  plusieurs 
légats  d'Arabie  déjà  connus,  Aelius  Severianus  Maximus,  G. 
Claudius  SeveiMis,  l'iavius  .lulianus,  l'urnius  .Inliaiuis.  P.  Julius 
Geminius  Marcianus  et  L).  Scrihoniiis  Tenax.  Il  a  pu  préciser  la 
date  de  la  légation  de  ce  dernier,  qui  était  restée  incertaine.  A 
l'aide  de  six  textes  nouveaux,  il  a  établi  les  noms  complets  dun 
autre  légat,  du  commencement  du  règne  de  Commode,  dont  le 
surnom  F/'o/j/o  était  seul  parvenu  jusqu'à  nous  :  ce  légat  s'appelait 
en  réalité  FI.  Julius  Fronlo,  et  non  pas  M.  Cornélius  Fronto  comme 
l'avaient  supposé  les  éditeurs  du  Coi'pus  latin.  Enlin.  il  a  décou- 
vert deux  milliaires  portant  le  noni  d  un  nouveau  gouverneur, 
du  temps  de  Maximin,  Si'r)i<im'us  Pnuulus.  Ce  dernier  est  un 
personnage  fort  intéressant,  (pii  (lr\  inl  pi-élet  de  Borne,  en  i.'ÎU, 
sous  Gordien  III  ;  sa  légation  d'Arabie  était  restée  inctuuuie. 

('  Fne  autre  découverte  de  la  plus  haute  importance  est  celle 
d'un  milliaire  intact  portant  les  noms  et  Imis  les  titres  de  \"aballath, 
fils  de  Zénobie  i270--271);  il  était  plaié  au  XI''  mille  depuis 
l^ostra.  Je  crois  [)ouvoir  en  présenter  à  l.Vcadémie  le  texte 
complet  : 


IM    CAESARI    L   IVLIO 

AVRELIO    SEPTIMIO 

VABALLATHO 


SÉANCli    DU    20    NOVKMISKI:    1903  599 

ATH  ENODORO  PER 
S  I  CO  MAX  I  MO  ARA 
BICO  M  AXIMO  ADIA 
BENICO  MAXIMO  RIO 
FELICI    INVICTO    AV 

«  Cette  inscription  a  dû  être  gravée  entre  le  '29  août  270  et  le 
28  août  271 ,  dans  le  courant  de  la  cinquième  année  qui  suivit  la 
mort  d'Odeynath.  Comme  l'a  établi  Waddington,  à  Taide  des 
monnaies  de  \^aballath,  c'est  le  moment  où  ce  prince,  atîîrmant 
son  indépendance,  prit  le  titre  d'Auguste  et  cessa  de  placer  le 
portrait  d'Aurélien  sur  le  revers  de  ses  monnaies,  pendant  la 
seconde  année  du  règne  de  cet  empereur.  Pour  la  première  fois, 
une  inscription  latine  complète  nous  fournit  la  preuve  otiicielle 
de  la  révolte  de  L.  Julius  Aurelius  Septimius  Vaballathus  Athe- 
nodorus.On  remarquera  qu'il  prend  ici  tous  les  titres  des  empe- 
reurs romains  et  qu'il  s'intitule  notamment  Peisicus  m,Tximus, 
Arabicus  ma.rimus,  Adiabenicus  niaximii.s. 

«  Au  'MY  mille,  le  R.  P.  Germer-Durand  a  retrouvé  un  autre 
milliaire  mutilé  avec  la  même  formule.  Déjà  Kratft  avait  signalé, 
à  deux  heures  au  nord  de  Burdj-er-Rihân,  une  borne  milliaire 
sur  laquelle  il  avait  reconnu  les  mots  Imperaton  et  Athenodoro  '. 

<(  Le  R.  P.  Germer-Durand  a  relevé,  en  outre,  vingt-cinq 
inscriptions  inédites,  latines  ou  grecques,  parmi  lesquelles  il  faut 
noter  plusieurs  acclamations  de  victoire  en  l'honneur  de  Julien  et 
trois  textes  nabathéens  dont  les  estampages  seront  remis  par  les 
soins  du  Ministère  de  l'instruction  publique  à  la  Commission  des 
inscriptions  sémitiques. 

«  Toutes  ces  inscriptions  seront  bientôt  publiées.  L'Académie 
s'associera,  je  n'en  doute  pas,  aux  félicitations  que  j'adresse  ici 
au  R.  P.  Germer-Dui-and  pour  son  zèle,  son  activité  et  le  succès 
de  ses  recherches.  Au  moment  où  l'Arabie  est  parcourue  par 
plusieurs  missions  étrangères,  il  aura  eu  le  mérite  de  conserver 
à  la  France  le  bénétice  d'une  très  intéressante  exploration.  » 


1.  Watldington,  Inxcr.  (jvecques  et  Intincx  de  Syiie.  p.  ()04,  col.  2.ii.261]; 
Corp.   iiisrr.  litlin.,  III.  p.   10,  n.  200  <i. 


600  sKA.Nci;  DL   21»   NovKMr.iii:   l'.H)3 

M.  Senakt  donne  lecture  dune  lettre  de  M.  Finot,  directeur 
de  l'Ecole  française  d'Extrême-Orient,  lequel  communique  à 
l'Acadéniie  une  photoj,rraphie  de  toute  une  parure  d'or  de  demi- 
grandeur  naturelle,  qui  vient  dètre  découverte  au  cours  des 
fouilles  qu'exécute  à  My-Son.  en  Indo-Chine,  M.  Parmentier, 
pensionnaire  de  l'Ecole.  Tous  les  objets,  diadème,  gorgerin,  bra- 
celets, etc.,  sont  en  or:  ils  ont  probablement  été  destinés  à  orner 
une  statue  divine  aux  jours  de  cérémonie.  La  date  précise  n'en 
peut  être  encore  fixée  avec  certitude.  Mais  ils  sont  certainement 
antérieurs  au  x''  siècle;  leur  parfaite  conservation  et  leur  inat- 
taquable authenticité  leur  assurent  un  intérêt  très  vif  pour  la 
connaissance  de  l'art  cham-cambodgien  dérivé  des  modèles 
indous. 

Voici  la  lettre  de  M.  Finot  : 

Hanoï.  2  octobre  1903. 

Les  fouilles  du  temple  de  Bhadreçvara  à  My-Sou  i  Anuam  ,  dirigées 
par  M.  IL  Parmentier,  architecte,  pensionnaire  de  l'IÀ-ole  française 
d'Extrême-Orient,  assisté  de  M.  Charles  Carpeaux,  ont  amené  la 
découverte  d'un  assez  grand  nombre  d'inscriptions  et  de  sculptures. 
Mais  la  dernière  trouvaille  mérite  tout  particulièrement  d'être  portée 
à  la  connaissance  de  l'Académie  en  raison  de  l'extrême  rareté  des 
objets  qui  viennent  d'être  mis  au  jour. 

Sous  les  maçonneries  de  fondation  d'un  [H'til  sancluiiire  se  Irou- 
vail  ruU'irê  un  vase  en  terre  fiTmê  par  nii  plat  de  cuivi-e.  Ce  vase, 
(ju'on  a  dû  briser  pour  en  extraire  le  contenu,  renfermait  une  parure 
complète  de  divinité  de  demi-grandeur. 

Voici  le  détail  des  objets  composant  cette  parure  : 

Un  mukuta,  or  et  argent,  avec  une  gemme  brute  au  cimier; 

Un  gorgerin  d'or; 

Un  collier  d'or; 

Une  ceintuie  d'or; 

Deux  l)racelets  de  bras,  d'or; 

Deux  bracelets  d'avant-bras,  d'or; 

Deux  bracelets  de  chevilles,  d'or; 

Deux  boucles  d'oreilles,  en  or; 

(Juatre  fleurs  d'or. 

Il  fiiiit  y  ajouter  deux  petits  Hn^ols  d'or  sur  Mànadroi.ii  (l'ar^:eiit. 

Il  est  inutile  d'insister  sui-  l'imporl.ince  que  |)réspnte  pour  l'his- 
loirc  de   i'iirl   dans  li's  anciens   Hlal^   iiin<liMis  de   llndo-Cliine   cette 


SÉA.NCli    DL     '20    NOVKMIJHE    1903  GUI 

série  d"ol)jt'Ls  d'une  indisculable  antiquité.  La  photographie  jointe  à 
cette  note  permettra  à  lAcadémie  de  s'en  former  une  idée  appro- 
chée. 

Je  saisis  cette  occasion  de  rendre  une  fois  de  plus  hommage  aux 
rares  qualités  déployées  par  M.  Parmentier  dans  l'exécution  des 
travaux  qui  lui  ont  été  confiés  par  l'Ecole.  Je  me  suis  rendu  récem- 
ment à  My-Son  pour  me  rendre  compte  de  l'état  de  l'important  tra- 
vail <|ue  nous  y  avons  entrepris,  et  je  suis  heureux  de  dire  que  la 
méthode  avec  laquelle  ces  fouilles  sont  conduites  est  au-dessus  de 
tout  éloge. 

FiNor. 

M.  HoMOLLE,  directeur  de  TÉcole  française  d'Athènes,  annonce 
que  M.  le  duc  de  Loubat  a  lait  un  nouveau  don  de  50.000  francs 
pour  la  continuation  des  fouilles  de  Délos.  Il  annonce  ensuite 
que  M.  Goedoop  a  donné  à  la  section  néerlandaise  de  l'Ecole 
d'Athènes  une  somme  de  10.000  francs,  pour  entreprendre  des 
fouilles  à  Ithaque.  Il  annonce  enlin  que  la  restauration  du  Tré- 
sor des  Athéniens  à  Delphes,  pour  laquelle  la  municipalité 
d'Athènes  a  voté  une  subvention  de  20.000  drachmes,  a  atteint 
la  onzième  assise. 

LAcadémie  s'associe  à  M.  Homolle  pour  adresser  ses  plus 
sincères  remerciements  à  ces  généreux  donateurs. 

M.  Noël  V.\i.ois  entretient  l'Académie  d'un  ouvrage  inédit  de 
Marsile  de  Padoue,  le  célèbre  hérétique  du  commencement  du 
xiv''  siècle.  Cet  ouvrage,  intitulé  Defensor  ininor,  et  conservé  à 
Oxford,  est  une  suite  et  un  complément  du  fameux  Defensor 
pacis  où  étaient  posés  les  principes  de  la  souveraineté  du  peuple, 
de  l'égalité  des  prêtres,  de  la  subordination  de  l'Eglise  à  l'Etat 
la'ïque.  Dans  le  Defensor  minor,  Marsile  de  Padoue  développe 
des  idées  analogues,  mais  se  montre  plus  que  jamais  courtisan 
de  Louis  de  Ba\ière  :  ses  théories  démocratiques  aboutissent  à  la 
reconnaissance  de  l'omnipotence  impériale.  M.  ^'alois  croit  pou- 
voir dater  de  13'i8  la  rédaction  de  ce  nouvel  ouvrage. 

M.  Salomon  Reinach  annonce  que  M.  Bruno  Sauer,  profes- 
seur à  Giessen,  a  démontré  que  la  tête  provenant  du  Parthénon, 
appartenant  à  M.  le  marquis  de  Labordo,  à  Paris,  a  fait  jjartie  du 


(i02  LlVKliS    OFFERTS 

fronton  oriental  du  Parthénon,  et   que  la   figure  de  déesse  que 
surmontait  cette  tête  était  celle  d'Artémis. 

M.  Héron  ue  Villefosse  rappelle  que  M.  Ktienne  Michon, 
conservateur-adjoint  au  Musée  du  Louvre,  a  fourni  à  M.  B. 
Sauer  des  renseignements  précis  sur  l'état  de  la  tète  en  marbre 
de  la  collection  du  marquis  de  Laborde. 

L'Académie  propose,  pour  le  prix  ordinaire  à  décerner,  en  1900, 
sur  les  Tonds  du  budget,  le  sujet  suivant  : 

Étudier  une  période  de  V histoire  ancienne  du  Japon.  L ou- 
vrage présenté  à  l" Académie  devra  être  soit  un  mémoire  suivi 
de  la  traduction  de  textes  japonais  tirés  de  la  littérature  histo- 
rique, géographique  ou  épigraphique,  soit  une  traduction  d'un 
livre  historique  Japonais  accompagnée  d'un  commentaire  cri- 
tique. 

Tous  les  travaux  présentés,  mémoires  ou  traductions,  devront 
être  entièrement  inédits  et  manuscrits.  Ils  devront  être  accom- 
pagnés d'un  pli  cacheté  contenant  le  nom  de  Tauteur,  et  déposés 
au  Secrétariat  de  l'Institut  avant  le  1"  janvier  1906. 

Le  prix  est  de  la  valeur  de  deux  mille  francs. 


LIVRES   OFFERTS 


M.  Dklisle  faithoininayeà  rAcndéniic  de  lopuscule  olTerl  par  M.  le 
professeur  Traube  et  par  lui  à  M.  (laston  lîoissiEit  |)Our  le  jul)iié  de 
notre  confrère  et  relatif  ii  un  ft'uillel  de  papyrus  dont  la  (lécouvcrte, 
à  Saint-Pétersbourg,  a  été  signalée  à  rAcadémic  dans  une  séance  du 
mois  daoùl  dernier.  Cet  opuscule  est  intitulé  :  Un  feuillet  retrouvé 
du  reriieil  érril  sur  i).-ip!/rus  de  lettres  et  de  .'germons  de  suint  Auf/ustin, 
par  le  professeur  Traube,  membre  de  rAcadémic  royale  de  Bavière, 
et  Léopold  Delisle,  membre  de  linslilut  (Paris.  lOOM,  iii-«";  exlr.  de 
In  liihliothèfjue  de  l'Érol''  '/'-s  Ch.-irtru,  lonic  LXIV). 


LIVRES    OFFERTS  603 

M.  Delisle  ofTre.  en  outre  : 

1"  Au  nom  de  M.  Léon  Dorez,  les  deux  opuscules  suivants  : 

Lp  nirinuscril  de  Dante  offerL  par  Jacques  Minut  au  roi  François  I"' 
(Paris,  1903,  in-S^  ;  extr.  do  la  Revue  des  Bibliothèques,  juillet-août 
1903) ; 

Les  archives  du  Gouvernement  à  Luxembourg.  I.  Travaux  relatifs 
à  ces  archives.  Liventnires  de  .l/.U.  Wùrth-Paquet  et  Van  Wervcke. 
II.  Les  ascendants  paternels  de  Jeanne  d'Arc  seraient-ils  d'orir/ine 
lorr-aine'?  (Paris,  1903,  in-8'>;  exLr.  de  la  même  Revue,  juilk'l-aoùt 
1903). 

2°  Au  nom  de  M.  le  chanoine  Ulysse  Chevalier,  les  4"  et  6«  fasci- 
cules de  son  Répertoire  des  soui-ces  historiques  du  moyen  âye  (Montbé- 
liard,  1900  et  1903,  in-S"). 

M.  Barbieu  de  Mevnard  [)résente,  au  nom  de  l'auteur,  les  deux 
ouvrages  suivants  : 

1°  Les  Benou  Ghnnya,  et  leur  lutte  contre  l'empire  Almuhade,  par 
Alfred  Bel,  professeur  à  la  Faculté  de  Tlemcen  (Paris,  1903,  in-S", 
XXVII  et  3:jl  p.). 

Cet  ouvrage  sera  une  utile  contribution  à  l'histoire  de  la  domina- 
tion musulmane  dans  TAfrirpie  septentrionale  sur  laquelle  planent 
encore  tant  d'obscurités.  M.  Bel  a  compris  qu'avant  de  songer  à  un 
travail  d'ensemble,  il  était  nécessaire  d'en  jeter  les  bases  par  une 
série  d'études  particulières  sur  les  dynasties  qui  se  sont  disputé  la 
souveraineté  du  Maghreb.  C'est  le  but  qu'il  s'est  proposé  en  prenant 
pour  sujet  de  ses  recherches  l'histoire  de  la  révolte  d'une  famille 
alliée  aux  Almoravides,  les  Benou  Ghànya,  princes  des  Baléares,  con  tre 
la  puissante  dynastie  des  Almohades.  Cette  lutte  qui  ne  dura  guère 
plus  de  cinquante  ans  (de  1126  à  118;j  p.  J.-C.)  et  se  termina  par  la 
défaite  des  Benou  Ghânya  est,  comme  on  le  voit,  une  querelle  entre 
Musulmans,  et  c'est  surtout  aux  chroniqueurs  arabes  que  l'auteur  a 
dû  en  demander  le  récit.  Toutes  les  sources  indigènes,  —  et  elles 
sont  nombreuses,  —  ont  été  par  lui  mises  à  contribution  et  étudiées 
avec  un  souci  de  la  vérité  historique  qu'il  est  juste  de  reconnaître. 
C'est  un  document  moins  important  par  le  fond  que  par  la  critique 
minutieuse  avec  laquelle  M.  Bel  a  su  l'interpréter  et  qui,  à  ce  titre, 
fournira  au  futur  historien  de  l'Afrique  musulmane  des  matériaux 
d'une  incontestable  valeur. 

2°  La  DJdzya,  chanson  arabe,  précédée  d'observations  sur  quelques 
légendes  arabes,  etc.,  par  Alfred  Bel  (extrait  du  Journal  asiatique, 
1903,  192  p.). 

1903.  41 


604  SÉANCE    DU    27    NOVEMBRE    1903 

Cette  légende  est  une  chanson  de  geste  en  78  vers,  qui  a  jjour 
point  de  départ  la  grande  invasion  de  l'Afrique  du  Nord,  au  xi''  siècle, 
par  des  tribus  arabes  où  les  Béni  Hilah  occupent  le  premier  rang.  Elle 
nous  donne  une  peinture  fidèle  de  la  vie,  du  caractère  et  des  aspira- 
tions des  tribus  nomades  transplantées  svn-  la  terre  d'Afrique.  Elle  a 
été  l'objet  d'une  vaste  littérature  dont  la  version  recueillie  par  M.  Bel 
est  la  plus  répandue  et  la  plus  poétique.  Dans  une  introduction  très 
développée,  le  traducteur,  après  avoir  recherché  les  origines  histo- 
riques de  cette  épopée  populaire  et  énuméré  les  travaux  qu'elle  a 
provoqués  en  Europe,  étudie  le  caractère  des  personnages  de  la 
Chanson  et  le  rôle  de  Djâzia  qui  lui  a  donné  son  nom ,  héroïne 
célèbre  par  sa  beauté  et  par  son  intrépidité  sur  le  champ  de  bataille. 
Le  texte  arabe  est  particulièrement  intéressant  parce  qu'il  appartient 
à  la  famille  des  dialectes  du  Sud-Oranais.  Il  est  accompagné  dune 
traduction  littérale,  et  les  passages  difficiles  sont  expliqués  par  des 
notes  auxquelles  on  ne  peut  reprocher  qu'un  peu  de  prolixité.  Un 
double  index  termine  utilement  ce  travail  qui  fait  honneur  à  l'Ecole 
des  Lettres  d'Alger  dont  M.  Bel  a  été  un  des  meilleurs  élèves. 


SÉANCE   DU  27   NOVEMBRE 


L'Académie  procède  à  la  nomination  de  deux  Commissions  (jui 
seront  chargées  de  présenter  des  candidats,  Tune  à  trois  places 
de  correspondants  français,  l'autre  à  une  place  de  correspondant 
étranger. 

Sont  élus  : 

Pour  les  correspondants  français  :  MM.  Delisle,  G.  Boissier, 
Coi.i.iGNON,  Babki.on. 

Pour  les  correspondants   étrangers  :   MM.    iiuii.vi.,    IIi:iion   dl: 

ViLLEFOSSE,    BaKTII,    LeGER. 

L'Académie  procède  ciisuile  à  la  désignation  i\c  deux  candi- 
dats à  la  chaire  de  langue  et  littérature  française  du  moyen  âge, 


LIVRKS    OFFERTS  GOo 

vacante  au  Gollèj^e  de  France  par  suite  du  décès  de  AI.  Gaston 
Paris. 

M,  Bédier  est  présenté  en  première  ligne  par  26  suffrages, 
contre  3  donnés  à  M.  Jeanroy  et  1  à  M.  Langlois. 

M.  Jeanroy  est  présenté  en  seconde  ligne  par  23  suffrages, 
contre  3  donnés  à  M.  Langlois  et  un  bulletin  blanc. 

M.  Rodocanachi  fait  une  communication  sur  la  formation  des 
Musées  Capitolins. 


LI\RES  OFFERTS 


Le  Secrétahse  perpétuel  oll're,  au  nom  des  auteurs,  les  ouvrages 
suivants  : 

Genèse  de  la  cryptographie  apostolique  et  de  Varchitecture  rituelle 
du  premier  au  seizième  siècle,  par  feu  M.  Théophile  Beaudoire  (Paris, 
1903,  in-S"!  ; 

Jésus  von  Xazareth,  par  M.  Wiihelm  German  (Schwabischer  Hall, 
1903,  in-8°}. 

M.  Paul  VioLLET  offre,  de  la  part  de  notre  confrère  M.  de  Boislisle, 
un  opuscule  intitulé  :  Le  grand  hiver  et  la  disette  de  1709  (Paris, 
1003,  in-8°j. 

M.  d'Arbois  de  Jcbainville  offre  à  FAcadémie  son  volume  intitulé  : 
Les  Celtes  depuis  les  temps  les  plus  anciens  Jusqu'en  l'an  100  avant 
notre  ère.  Etude  historique  (Paris,  1904,  in-S"). 

M.  G.  Pkrrot  dépose  sur  le  bureau  de  rAcadémie  l'article  qu'il  a 
publié  dans  les  Mélanges  Boissier,  et  qui  est  intitulé  :  L'Hécyre  de 
Térence  et  la  Dame  aux  Camélias  d'Alexandre  Dumas  fils  (Paris, 
1903,  in-S"). 

M.  Louis  Léger  offre  à  l'Académie  de  la  part  de  M.  le  docteur  Ivan 
Schischmanov,  ministre  do  l'Instruction  publique  de   la  principauté 


606  LIVKKS    OFFERTS 

(le  Bulgarie,  dix-neuf  volumes  du  Shomili  za  Nurodni  Umoivorenija, 
nauko  i  knizina^,  recueil  publié  sous  les  auspices  du  Ministère  de 
l'instruction  publique  et  dont  les  premières  années  sont  malheureu- 
sement épuisées.  Ce  recueil  renferme  des  travaux  relatifs  à  l'archéo- 
logie, à  répi"-raphii',  ;i  Ihistoin'.  ;i  la  iunnisni;ili<iuc.  à  la  litlcralure, 
au  folklore,  à  la  géologie,  à  la  botanique,  à  la  météorologie  des  pays 
bulgares.  Un  grand  nombre  de  ces  travaux  offrent  un  sérieux  intérêt 
pour  l'étude  de  la  péninsule  balkanique.  Tous  les  volumes  sont 
accompagnés  de  planches  représentant  des  monuments,  des  costumes, 
(les  monnaies.  Ce  recueil  fait  grand  honneur  aux  savants  de  la  jeune 
principauté.  M.  Léger  se  mettra  volontiers  à  la  disposition  de  ceux 
de  ses  confrères  qui  désireraient  tirer  profit  de  quel(iues-uns  des 
travaux  puljliés  dans  le  Sbornik. 

Le  PmcsiDENT  charge  M.  Léger  de  transmettre  à  M.  le  Ministre 
de  l'instruction  publique  de  Bulgarie  les  remerciements  de  l'Aca- 
démie. 

M.  Cagnat  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  deux  fascicules 
dont  il  est  l'auteur  avec  M.  Albert  Ballu  : 

1"  La  7"=  livraison  de  Tinu/ad ,  une  elle  nfrieaine  sous  V Empire 
romain  (Paris,  1903,  in-folio)  ; 

2"  Le  Musée  de  Tiingad.  Ce  volume  fait  partie  de  la  série  des 
Musées  et  Collections  archéolofjic/ues  de  VAlfjérie  et  de  la  Tunisie 
f Paris,  1902,  in-folio). 

M.  Oppebt  présente  au  nom  de  l'auteur,  M.  Ç.  Bezold ,  professeur 
à  l'Université  de  Ileidelberg,  le  travail  intitulé:  Die  hnhijlonisch- 
assyrichen  Kcilinschriftcn  und  ihre  liedeulun;/  fiir  das  Aile  Testa- 
ment (Tubingue  et  Leipzig,  190i-,  in-8").  Sous  la  forme  d'une  confé- 
rence, l'auteur  y  fait  Ihistorique  de  la  découverte  et  du  déchiffre- 
ment des  textes  cunéiformes  avec  une  grande  clarté  et  avec  la 
science  étendue  et  profonde  que  l'on  pouvait  attendre  de  celui  auquel 
le  Musée  Britannique  avait  confié  le  soin  de  cataloguer  les  quarante- 
six  textes  de  la  collection  de  Koyoundjik.  Pour  prouver  ses  assertions, 
l'éminent  professeur  y  a  ajouté  un  grand  nombre  de  notes  explica- 
tives. Cette  conférence  ,  demandée  par  l'Association  des  pasteurs 
protestants  du  grand-duché  de  Bade,  est  une  réponse  magistralement 
conduite  contre  les  allégations  superficielles  de  Friedrich  Delitzscli, 
dans  des  discours  intitulés  Bahrl  und  liil.rl.  et  prononcés  en  présence 

1.   Hcrii.'il  (le  folklore,  science  cl  littérature. 


SÉANCE    DU    4    DÉCEMBRE    1903  607 

de  l'empereur  d'Allemagne,  et  auxquels  le  snobisme  du  public  a  l'ait 
un  accueil  absolument  immérité.  M.  Bezold  combat,  comme  plusieurs 
autres  savants,  la  thèse  du  professeur  de  Berlin,  que  Babylone  et  la 
Chaldée  étaient  les  berceaux  de  toute  la  civilisation  biblique  et  du 
monothéisme  Israélite.  M.  Bezold  a  montré,  par  une  argumentation 
rigoureuse  et  serrée,  l'inanité  de  ce  paradoxe.  Le  travail  est  dédié  à 
M.  Oppert. 

M.  Emile  Picot  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  M.  Georges  Bengesco,  ministre  de  Roumanie  à  Constantinople, 
bien  connu  en  France  par  sa  Bibliographie  des  œuvres  de  Voltaire  et 
par  diverses  autres  publications,  ma  prié  d'offrir  à  l'Académie  un 
volume  intitulé  :  Carmen  Sylva  (Sa  Majesté  la  reine  Elisabeth  de 
Roumanie).  Bibliographie  et  extraits  de  ses  œuvres  (Bruxelles,  Paris 
et  Bucarest,  1904,  in-8°).  Ce  volume  permet  de  suivre  pas  à  pas  la 
vie  littéraire  d'une  princesse  qui  cultive  des  langues  diverses  et  qui 
a  successivement  abordé  tous  les  genres  :  poésie,  roman,  théâtre, 
morale,  histoire,  etc.  Les  ouvrages  de  Carmen  Sylva  ont  puissam- 
ment contribué  à  développer  chez  les  Roumains  l'amour  de  leur  passé, 
ainsi  qu'à  leur  inspirer  le  goût  d'une  haute  culture  intellectuelle.  >> 


SEANCE    DU    4    DÉCEMBRE 


M.  Héron  de  Villefosse  communique  une  lettre  du  docteur 
Carton  datée  de  Sousse,  le  27  novembre  1903,  et  relative  à  la 
découverte  de  catacombes  chrétiennes.  Les  fouilles,  entreprises 
par  la  Société  archéologique  de  Sousse  depuis  quelques  jours  à 
peine,  sont  dirigées  par  M.  l'abbé  Leynaud  avec  le  plus  grand 
dévouement. 

«  Nous  avons  attaqué  un  ensemble  déjà  fouillé,  mais  qui  a  été 
abandonné  avant  complète  exploration  par  nos  prédécesseurs. 
Cet  ensemble  comprend  au  moins  trois  galeries  de  40  mètres 
chacune,    constituant   de  véritables   catacombes  dont  Télendue 


008 


SÉANCr,    Dl      i    ItKCKMBRK    1903 


peul  (r;iilleiirs  èlre  beaucouj)  |)liis  coiisidérahle  que  ce  que  nous 
avons  reconnu  jusqu'ici. 

,  «  Nous  avons  commencé  à  dégager  une  de  ces  galeries,  et  si 
on  peut  y  pénétrer  à  laisc,  nous  n'avons  pourtant  pas  encore 
atteint  le  sol  antique  du  couloir.  Ce  dernier,  large  de  1  mètre 
environ,  présente,  sur  ses  deux  parois,  cinq  étages  de  Inciili.  Il  y 
en  a  peut-être  un  plus  grand  ii()nii)re,  mais  les  fouilles  ne  vont 
pas  encore,  je  le  répète,  jusqu'au  sol  antique. 

«  Les  trois  étages  supérieurs  ont  été  violés,  les  deux  inférieurs 
sont  intacts.  Le  squelette  y  est  étendu  de  tout  son  long,  sur  le 
dos,  les  bras  collés  au  corps. 

«  Chaque  loculus  est  fermé  par  quatre  tuiles  sur  lesquelles  a 
été  passé  un  enduit  de  plâtre.  Sur  cet  enduit  sont  gravés  des 
symboles,  des  caractères.  L'une  des  tombes  porte,  a|)rès  un  nom 
de  lecture  douteuse,  les  mots  IN  PAGE.  Dans  une  autre  tombe, 
une  des  tuiles  est  remplacée  pai-  une  dalle  en  marbre  blanc  sur 
laquelle  on  lit  très  nettement  VALERIA  IN  PAGE  en  caractères 
faits  d'une  façon  maladroite,  mais  dont  la  forme  doit  dater  du 
second  ou  du  troisième  siècle. 

«  L'aspect  de  cette  galerie  rappelle  de  la  manière  la  |)lus 
frappante  celles  du  cimetière  de  Saint-Calixte  à  Home. 

«  Et  c'est  évidemment  dans  une  catacombe  que  nous  sommes. 
Est-elle  en  grande  partie  inviolée?  est-elle  plus  étendue  que  nous 
ne  le  pouvons  voir  en  ce  monient?  Nous  l'espérons  sans  avoir  de 
certitude  à  ce  sujet. 

«  J'ai  tenu  à  vous  signaler  sans  retard  cette  intéressante 
découverte  qui  vient  s'ajouter,  en  les  complétant  de  la  manière 
la  plus  heureuse,  à  celle  des  nécropoles  pa'iennes,  si  riches, 
découvertes  antérieurement,  et  je  vous  serais  très  reconnaissant 
si  vous  vouliez  bien  faire  part  de  cette  lettre  à  l'Académie  des 
inscriptions  et  belles-lettres.  » 

Le  Phksioknt  annonce  qu'un  mois  s'est  écoulé  depuis  la  mort 
de  .\L  Mommsen,  associé  étranger,  et  consulte  l'Académie  pour 
savoir  s'il  y  a  lieu  de  le  remplacer. 

L  .Académie,   pur  un  \<)le,  dt'-eide  (piil  v  a  lieu. 

L  Académie  nommera  dans  la  proi-haine  séance  une  commis- 
sion de  six  nieinl)r(>-~  (pii  sera  chargée  de  présenter  h  liste  des 
candidats. 


SÉANCE    DU    4    DÉCEMIiltE     I  !M).'i  61)9 

Il  est  procédé  à  la  désig-nation  de  deux  membres  pour  faire 
partie  de  la  Commission  du  legs  Debroussc,  et  d"un  meml)re  pour 
faire  partie  du  Comité  du  Journal  des  Snvant.s. 

Sont  désignés  : 

Pour  la  Commission  du  legs  Debrousse  :  MM,  Delisle  et 
G.  Perrot. 

Pour  le  Comité  du  Journal  des  Savants  :  M.  Deeisle. 

M.  Oppert  fait  la  communication  suivante  : 

«   La  Société  allemande  d'Orient  a  envoyé  sur  les  ruines  de 
Babylone  une  expédition  dont  les  résultats  ne  sont  pas  si  fructueux 
que  ceux  des  missions  françaises,  anglaises,  turques  et  américaines. 
Cela  a  sa  raison  dans  le  fait  que  le  chef,  un  artiste,  a  surtout 
fait  des  fouilles  pour  dégager  ce  qui  reste  du  palais  de  Nabucho- 
donosor,  dans  le  but  d'être  agréable  en  haut  lieu,  où  Ton  semble 
désirer    la    confirmation    impossible    des   faits    non    historiques 
relatés  dans  le  livre  de  Daniel.  M.  Friedrich  Delitzsch,  dans  un 
discours  qu'il  a   fait  devant  la   Cour,  a  prétendu,   sans  aucune 
raison,  qu'Hérodote  s'est  trompé  et  a  induit  en  erreur  M.  Oppert 
sur  l'étendue  de  Babylone.  Il  est  bien  heureux  que  M.  Oppert 
ne  soit  pas  accusé  d'avoir  induit  en  erreur  le  Père  de  l'Histoire. 
M.  Oppert  qui,  pendant  deux  ans,  a  parcouru  la  plaine  babylo- 
nienne en  tous  les  sens,    et  qui   a  relevé   trigonométriquement 
500  kilomètres   carrés,   démontre  l'exactitude   des   dimensions 
d'Hérodote  qui  donnait  à  l'espace   entouré  du  grand    mur   une 
étendue  de  500  kilomètres  carrés.  Tous  les  écrivains  de  l'anti- 
quité, les  historiens  d'Alexandre,  Clitarque,  Ctésias,  Diodore  de 
Sicile,   Dion   Cassius,    Pline,  Sotion,  Quinte-Curce,   Strabon, 
Philostrate,  sont  unanimes  à  seconder  Hérodote.  Aristote  dit  que 
Babylone    ressemblait  plutôt   à    un   peuple   qu'à    une    ville,    et 
Pausanias  l'appelle  la  plus  grande  ville  que  le  soleil  ait  éclairée 
dans  sa   course.    Les   données  transmises    par  les   auteurs   sont 
d'ailleurs  confirmées  par  de  nombreux  textes  cunéiformes,  et  par 
l'exploration  du  sol  de  Babylone  même,  où  l'exploration  alle- 
mande n'a  pas  trouvé  un  seul  fait  qui  pourrait,  de  près  ou  de 
loin,  infirmer  le  dire  des  anciens'.  » 

1.  Voir  ci-après. 


610 


SÉAiNCE    Dr     i    DÉCEMnRE    1003 


M.  Léon  IIeizev  entrelieiit  lAcaclémie  de  la  reprise  des 
fouilles  de  Telle,  dans  l'ancienne  Chaldée ,  interrompues  par  la 
mort  de  M.  de  Sarzec  et  confiées  aujourd'hui  à  M.  le  capitaine 
Gros,  oflicier  de  mérite,  que  plusieurs  m  issions  topographiques  ont 
familiarisé  avec  la  vie  du  désert  et  le  maniement  des  populations 
arabes.  La  haute  bienveillance  du  g-ouvernenient  ottoman  assure 
à  ces  nouvelles  recherches  une  protection  efficace,  profitable  à  la 
science  et  au  progrès  de  nos  collections  chaldéennes.  La  mission, 
au  lieu  de  s'établir,  comme  j)récédemment,  sur  le  canal  du  Chalt- 
el-Haï,  a  réussi  à  s'installer  en  plein  désert,  au  milieu  même  des 
ruines,  et  à  donner  ainsi  à  la  conduite  des  travaux  une  précision 
méthodique. 

Dans  une  première  communication,  M.  lleuzey  insiste  surtout 
sur  la  découverte  faite  par  le  capitaine  Gros  d'une  petite  statue 
deGoudéa,qui  a  été  trouvée  décapitée,  comme  toutes  celles  (|ue 
nous  possédons  de  ce  chef  chaldéen.  Mais  à  celle-ci,  par  une 
rencontre  des  plus  heureuses,  se  i-ajusfe  une  reniar(|uable  tète  à 
turban,  exhumée  il  y  a  plusieurs  années  par  M.  de  Sarzec.  Nous 
pouvons  donc  voir  aujourd'hui  une  statue  de  Goudéa  complète, 
exposée  au  Louvre  à  côté  des  grands  cylindres  historiques  du 
même  pi-ince.  près  de  sa  masse  d'armes  sculptée  et  de  son  vase  à 
libation.  Une  chose  pourtant  déconcertera  peut-être  les  visiteurs 
de  nos  salles  asiatiques  :  c'est  l'invraisemblance  des  proportions, 
la  lète  beaucoup  trop  forte  pour  le  cor|is.  Gette  anomalie  s'explique 
pai-  l'habitude  des  sculpteurs  chaldéens  de  travailler  des  blocs 
roulés  de  diorile,  qu'ils  considéraient  déjà  comme  des  bétyles, 
comme  des  statues  naturelles.  (^)uand  le  bloc  à  utiliser  était  de 
proportions  trop  restreintes,  il  fallait  y  trouver  quand  même  la 
figure;  le  corps  ne  comptait  plus  alors  que  comme  une  sorte  de 
socle  et  de  support  |)oin-  la  tète. 

L'inscription,  copiée  et  liadiiili'  pour  la  mission  |)ar  M.  l'ran- 
çois  'l'hnreau-Dangiu,  consacre  la  statue  an  palroii  pri>oniiel  de 
Goudéa,  au  dieu  Xinghiszida,  fils  du  dieu  Niiia/ou  '. 


1 .    \  iiir  ii-ai)ri'>. 


GH 


COMMUNICATIONS 


L  ÉTENDUE    DE    BABYLONE, 
PAR    M.    OPPERT,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE. 


La  grande  étendue  de  Babylone ,  attestée  comme  très 
considérable  par  tous  les  témoig-nag-es  des  anciens,  a  été 
le  sujet  de  controverses  plus  ou  moins  justifiées  dans  ces 
derniers  temps.  La  Société  allemande  d'Orient  a  envoyé 
sur  les  ruines  de  la  cité  chaldéenne  une  expédition  pour 
explorer  le  territoire  si  vaste  de  l'agglomération  babylo- 
nienne ;  mais  cette  mission  s'est  spécialement  bornée  à 
fouiller  les  ruines  du  château  de  Nabuchodonosor  oi^i  mourut 
Alexandre,  et  à  pratiquer  des  explorations  dans  les  tumu- 
lus  avoisinant  cette  ancienne  demeure  royale.  Après  plu- 
sieurs années  de  travail  infructueux,  elle  a  trouvé  une  porte 
monumentale  ornée  d'un  grand  nombre  de  bas-reliefs  et  les 
traces  d'une  chaussée  qu'on  a  décorée  du  nom  de  rue  des 
processions. 

Quant  aux  documents ,  les  résultats  obtenus  par  les 
fouilles  ne  sauraient  se  comparer  avec  ceux  dont  peuvent 
se  prévaloir  les  entreprises  anglaises,  françaises,  turques  et 
américaines.  La  grande  erreur  de  la  mission  fut  que  l'im- 
mense étendue  de  Babylone  était  un  mythe  inventé  par 
Hérodote  et  que  la  cité  se  restreignait  à  l'enceinte  encore 
existante,  renfermant  à  peu  près  quinze  hectares  de  terrain. 
Manquant  des  préparations  scientifiques  indispensables , 
l'expédition  avait  même  cru  avoir  découvert  cette  enceinte 
connue  de  tous  ses  prédécesseurs  et,  en  dédaignant  les 
témoignages  antiques,  avait  pris  pour  la  grande  enceinte  de 


612  l'étendi:e  de  hahvlone 

Babvlone  ce  mur  de  la  cité  royale  réparé  i)ar  les  rois 
Parthes, 

M.  Friedrich  Delilzsch ,  profitant  avec  raison  de  la 
faveur  impériale,  avait  pu  faire  un  voyage  de  quelques 
semaines  sur  les  ruines  de  Babylone,  et  il  crut  de  son  inté- 
rêt personnel  de  dire  son  mot  dans  cette  question  qu'il 
n'avait  pas  suffisamment  approfondie.  Mais  pour  sauver 
l'opinion  des  explorateurs  moins  bien  instruits  que  puissam- 
ment protégés,  il  y  avait  un  grand  obstacle  :  le  témoignage 
de  tous  les  auteurs  anciens.  On  écartait  cette  dilliculté  en 
niant,  sans  aucune  raison,  leur  autorité.  Le  mot:  si  fecisti, 
nof/a,  était  appliqué  à  d'autres  :  on  nia  finalement  ce  que 
d'autres  avaient  fait  et  dit. 

C'est  pour  réduire  à  leur  juste  valeur  ces  dénégations, 
que  ces  lignes  sont  écrites,  et  disons  de  suite  que  l'expédi- 
tion allemande  n'a  pas  trouvé  un  seul  fait  qui  démente  les 
assertions  antiques. 

M.  Delitzsch  déplore  que  nous  nous  soyons  laissés  trom- 
per par  Hérodote  pendant  des  siècles;  il  annonce  qu'on 
pouvait  le  croire,  d'autant  plus  (jue  M.  Jules  Oppcrt  lui 
avait  donné  raison  par  ses  plans  et  ses  restitutions  de  la 
cité  babylonienne.  Les  journaux  allemands  ont  répété  que 
M.  Oppert  avait  été  induit  en  erreur  par  Hérodote  :  il  est 
fort  heureux  qu'ils  ne  m'aient  pas  accusé  d'avoir  donné 
des  renseignements  erronés  à  Hérodote. 

Ce  n'est  pourtant  pas  Hérodote  seul,  ainsi  (|uo  voudrait 
le  faire  croire  M.  Delitzsch,  «[ui  a  transmis  ces  données  au 
sujet  de  la  grande  étendue  de  Babylone.  Tous  les  auteurs 
anciens,  depuis  les  Grecs  de  la  première  époque  jusqu'aux 
Homainsetaux  Byzantins,  s'accordent  sur  l'iniinense  espace 
((ue  couvrait  la  cité  de  Sémiramis.  Tous  les  historiens,  à 
partir  d'Hérodote  et  de  Ctésias,  sont  corroborés  dans  leurs 
assertions  par  les  auteurs  de  l'âge  d'Alexandre;  parmi 
ceux-ci  est  siirldut  (^litaniue,  dont  les  d'uvres  sont  perdues, 
qui  conlirnic   les  données  de  ses  devanciers,  et    (pii  a   été 


LÉTENDIE    DE    RABYLOISE  613 

suivi  par  Diodore  de  Sicile  et  les  nombreux  historiens  plus 
récents.  Les  Romains  ne  faisaient  pas  que  copier  les  Grecs. 
Pline  et  Sotion,  (3rosius  et  tant  d'autres,  n'ont  pas  vu  les 
ruines  de   la  g-rande  cité,  mais   Dion  Cassius,  au  dire    de 
Tzetzès,  qui  certes  rendit  compte  de  l'expédition  de  Trajan, 
affirmait   encore  que   le   pourtour  des  murs    de    Babylone 
était  de  400  stades,  que  Glitarque  évalua  d'autre  part  k  365 
stades.  L'auteur  des  Merveilles  du  monde,  parmi  lesquelles 
l'antiquité    comptait    les    superbes   jardins    suspendus    de 
Babylone,  s'accorde  ég-alement  avec  ces  données,  et  Strabon, 
le  sérieux  Strabon,  qui  puisait  avec  une  grande  critique  dans 
les  œuvres  de  ses  devanciers,  attribue  aux  murs  de  Babylone 
un  pourtour  de  360  stades.   Et  tous  ces  témoignajj,es  sont 
confirmés  par  une  autorité  encore  plus  élevée  :  Aristote,  à 
qui  son  disciple  Alexandre  faisait  communiquer  des  don- 
nées concernant  Babylone  et  auquel  Gallisthène,  par  ordre 
du  roi,  transmit  des  renseignements  scientifiques  de  toute 
nature,  s'exprime  ainsi  dans  sa  Politique  (III,  1)  sur  la  cité 
chaldéenne.   Le  gi"and   philosophe   demande  :    «   Qu'est-ce 
qu'une  cité?  Ge  n'est  pas  l'enceinte  qui  constitue  la  cité  :  on 
pourrait  donc  ceindre  le  Péloponnèse  d'un  mur  et  prétendre 
que  ce  serait  une  ville.  Telle  pourtant  est  Babj'lone,  ou  toute 
autre  ville,  renfermant  plutôt  un  peuple  qu'une  ville.  »  On 
voit  par  cette  importante  citation  que  le  grand  penseur  ne 
répudiait  pas  les  dires  des  historiens. 

Mais  puisqu'on  accuse  avant  tous  Hérodote  en  taisant  le 
nom  de  ses  complices  prétendus,  occupons-nous  spéciale- 
ment du  Pèrede  l'Histoire,]  et  analysons  sa  relation,  em- 
preinte du  cachet  de  la  sincérité.  Hérodote  (I.  178  ss.) 
avait  visité  Babylone  lui-même,  et  raconte  ce  qu'il  a  vu  de 
cette  cité,  la  plus  magnifiquement  ornée  dont  il  eût  con- 
naissance. La  ville  était  ceinte  d'un  mur  quadrangulaire,  de 
120  stades  de  côté,  de  sorte  que  le  pourtour  en  était  de 
480  stades  (90  kilomètres).  L'enceinte  extérieure  était  large 
et  haute,  et  il  en  donne  les  mesures  en  spécifiant  exactement 


614  l'étendue  de    HAliVLMNE 

la  nature  de  la  coudée  royale  douL  il  se  sert  dans  son  éNalua- 
tion.  La  hauteur  de  200  coudées  royales  était  probable- 
ment celle  des  tours  qui  dépassaient  le  niveau  ordinaire  des 
murs.  On  avait  pratiqué  de  lar^^es  et  profonds  fossés,  et 
édifié  les  murs  avec  la  terre  extraite  :  la  description  des 
briques  liées  avec  des  roseaux  et  du  bitume  concorde 
absolument  avec  ce  que  les  ruines  elles-mêmes  nous 
enseignent.  L'historien  décrit  avec  de  minutieux  détails  la 
construction  des  cent  portes  ([ui  donnaient  accès  à  la  ville 
et  des  fosses  qui  en  garantissaient  la  défense.  En  dedans,  il 
y  avait  un  second  mur  d'enceinte  plus  étroit  que  ne  Tétait 
«  la  cuirasse  »  de  la  ville,  mais  encore  très  fort.  La  ville 
était  divisée  en  biais  par  l'Euphrate,  en  deux  grandes 
moitiés  :  dans  l'une  d'elles  étail  la  demeure  rovale  ;  dans 
l'autre,  une  grande  tour  "à  huit  étages,  qui,  selon  l'auteur, 
exislaif  encore  de  son  temps.  Il  décrit  la  rampe  qui  menait 
autour,  à  l'extérieur,  et  le  petit  temple  en  haut  ;  il  mentionne 
les  actes  violents  de  Xerxès  qui  tua  le  prêtre  (|ui  lui  avait 
défendu  d'enlever  une  statue  en  or  de  douze  coudées  et  que 
Darius,  le  père  de  Xerxès,  avait  respectée.  Hérodote  dit 
qu'il  n'a  pas  vu  la  statue  et  ne  fait  que  rapporter  ce  que 
les  prêtres  lui  avaient  dit.  Le  récit  entier,  dans  tout  son 
ensemble,  respire  la  sincérité  d'un  témoin  (jui  relate  exacte- 
ment ce  qu'il  a  vu.  La  moins  bienveillante  ciilicjue  ne  peut 
pas  s'exercer  contre  toute  la  relation  d" Hérodote  oii  rien 
n'est  inventé  ou  même  exagéré. 

Le  récit  très  succinct  d'Hérodote  est  com[)lélé  par  d'autres 
auteurs  :  Diodore ,  Strabon .  Fhilostrate  el  diiutres  ont 
transmis  des  inscriptions  de  monumenls  dunl  le  1\  rc  de 
rilistoiro  n"a  pas  parlé.  La  Pyramide,  le  nionumcnl  aucjuel 
se  rattache  le  souvenir  de  Babylone.  le  |)alais  et  ses  œuvres 
d'art,  li's  (linV'ients  t(MiipK's.  It-s  jardins  sus[)endiis  (>l 
d  autres  ornements  de  la  gi-ande  cité  sont  dt-ciits  |)ar  les 
auteurs  grecs  et  latins,  et  h'urs  récits  s'accordent  en  partie 
avec    les    textes    enii(''ir()nn('s    hiissés    par    les    monarques 


l'étendue  de  isabylone  61  o 

babyloniens.  Ainsi  la  donnée  trHérodote  relative  aux  480 
stades  se  trouve  confirmée  par  Nabuchodonosor  lui-même, 
qui  donne  490  de  la  mènie  mesure  à  Tenceinte  de  la  ville. 
Une  g-rande  quantité  de  temples,  de  bâtiments  et  d'en- 
ceintes sont  énumérés  dans  les  nombreux  documents  archi- 
tectoniques.  Toujours  d'après  le  système  de  ces  monarques, 
la  dimension  des  deux  murs  d'enceinte  est  égale. 

Suivant  les  textes  chaldéens,  le  Dur  assyrien  s'appelait 
Imfjur-Bel,  bénédiction  de  Bel,  et  l'enceinte  intérieure  ou 
salhu  était  décorée  du  nom  de  Niviti-Bcl,  demeure  de  Bel. 
Ce  système  des  deux  mui\s  concentriques  serait  ligure  dans 
les  bas-reliefs  de  Ninive,  où  le  mur  de  l'intérieur  est  plus 
élevé  que  celui  qui  l'entoure.  Le  mur  extérieur  de  Babylone 
fut  détruit  par  Darius  qui  enleva  les  portes  d'airain,  en  sorte 
que  le  mur  de  l'intérieur,  long  de  360  stades,  subsista 
encore  sous  Alexandre,  et  c'est  à  cette  enceinte  intérieure 
que  se  rapportent  les  mesures  de  360  stades  dont  parlent 
les  historiens  plus  récents. 

Cet  immense  espace  n'était  pas  employé  à  des  demeures 
urbaines  :  de  vastes  champs  cultivés  s'étendaient  dans  l'en- 
ceinte des  murs,  et  leurs  produits  garantissaient  la  ville  des 
dangers  d'une  famine.  Babylone,  de  ce  chef,  était  imprenable  ; 
elle  ne  pouvait  être  ni  investie  ni  affamée.  Si  Hérodote  ne 
parle  pas  de  moins  de  vingt  mois  pendant  lesquels  Hystaspe 
assiégea  la  ville  sans  résultat,  ce  temps,  compté  à  partir  de  la 
révolte  du  mage,  se  réduit  au  moins  à  quatorze  mois,  pendant 
lequel  un  nommé  Nidintabal  exerça  le  pouvoir  royal  sous  k. 
nom  de  Nabuchodonosor,  fils  de  Nabonid.  Nous  possédons 
de  toute  cette  époque  des  contrats  obsidionaux  qui  prouvent 
que  les  affaires  marchaient  à  Babylone  malgré  le  siège  inof- 
fensif de  Darius.  Les  pièces  sont  datées  et  réfutent  l'opinion 
absurde  de  M.  Delitzsch,  que  le  siège  n'aurait  duré  ([ue  trois 
jours,  assertion  inventée  pour  les  besoins  de  la  cause,  c'est-à- 
dire  pour  infirmer  l'autorité  d'Hérodote.  lise  peut  que  l'his- 
toire de  Zopyre  se  coupant  les  oreilles  et  le  nez  pour  inspirer 


OH)  l'ÉTEiNDUE    de    BAI5YL0NE 

la  confiance  aux  Babyloniens,  (ju  il  devait  trahir  ensuite,  soit 
une  invention  des  Perses,  mais  il  n'en  est  pas  moins  certain 
que  Babylone  ne  pouvait  être  prise  autrement  que  par  une 
surprise  ou  un  stratagème.  Gyrus  avait  surpris  Babylone  en 
faisant,  par  des  canaux  en  amont  de  la  ville,  détourner  les 
eaux  de  TEuphrate,  mais  les  Babyloniens  s'étaient  probable- 
ment g"arantis  contre  une  seconde  tentative  de  ce  j^enre.  La 
chronique  babylonienne  dit  que  les  chemins  étaient  «  noirs  » 
devant  le  conquérant  qui  n'entra  pas  aux  acclamations  de  la 
foule,  ainsi  ({ue  l'affirme  avec  une  grande  légèreté  le  critique 
allemand.  En  entrant  dans  la  cité,  Gyrus  risqua  la  vie  de 
ses  soldats  et  la  sienne,  et  si,  plus  tard,  il  se  conduisait 
comme  un  Ghaldéen  de  souche  aurait  pu  le  faire,  il  accepta 
la  politique  dun  monarque  sensé  qui  ne  voulait  être  autre 
chose  que  le  père  du  peuple  qu'il  avait  conquis.  En  cela, 
il  donna  l'exemple  à  ses  successeurs  qui,  en  Egypte,  étaient 
des  Pharaons,  en  Médie  des  Mèdes  et  en  Babylonie  des 
Assyriens. 

A  l'occasion  de  la  prise  de  Baijylune  par  Gyrus  {octobre 
o39  avant  J.-G.),  Hérodote  raconte  qu'en  raison  de  la 
grande  étendue  de  la  ville,  une  considérable  partie  de  la  cité 
ne  savait  pas  que  l'autre  partie  était  (K-jà  au  pouxoii'  du 
conquérant.  Hérodote,  qui  avait  \isité  liabylone.  n  aurait 
pas  accepté  et  répété  cette  circonstance,  s'il  n'avait  pas  cru 
y  la  possibilité  d'un  l'ait  pareil.  Les  cinq  cents  kilomètres 
carrés  de  la  surface  de  Babylone  pouvaient  en  etl'et  rendre 
très  vraisemblable  la  narralioii  d  Ilt'rodolc  (lis:iiil  (|u  une 
partie  de  la  ville  célébrait  une  fête  pendant  (pie  l'autn-  partii'. 
au  nord,  se  débattait  sous  l't'lreinte  du  vain(|iu'ur. 

La  vaste  plaine  contenait  plusieurs  (piartiers  (pii  sont 
souvent  nommés  dans  les  textes  juridicpies  ri'iulani  eonq)te 
des  ventes  des  terrains.  Les  ditl'érentes  parties  df  la  \  ille, 
la  ville  de  Babylone  proprement  diti",  au  centre  dr  la  plaine 
fermée  par  l'enecinte.  s'étendait  sur  rein|)lacemeiit  de  la 
ville  actuelle  de  llillali,  des  di,-u\  cotés  de  riùq)lirate  :  c'était 


l'étendue    de    r.ABYLONE  617 

la  ville  dont  Hérodote  mentionne  les  rues  tracées  à  l'équerre 
et  dont  une  partie  aboutissait  au  fleuve.  A  dix  kilomètres 
au  nord-ouest  de  cette  cité  se  trouvait  la  ville  royale,  ceinte 
de  trois  murs,  dont  parle  Bérose,  et  renfermant  sur  les 
deux  rives  un  espace  de  (juinze  hectares.  Au  nord  se  trou- 
vait la  Pyramide  ,  représentée  aujourd'hui  par  le  tumulus 
de  Babil;  à  deux  kilomètres  au  midi  était  situé  le  Château 
royal,  aujourd'hui  Kasr,  le  palais  achevé  par  Nabuchodono- 
sor  où  mourut  Alexandre.  Une  vallée  sépare  cette  ruine  du 
vaste  tumulus  nommé  Amran-ihn-Ali,  un  assemblag-e  de 
temples  et  d'autres  constructions,  telles  que  les  biblio- 
thèques et  les  archives  ;  une  partie  de  ces  décombres  rive- 
raines du  fleuve  présentent  tout  ce  qui  reste  de  l'une  des 
merveilles  du  monde,  les  célèbres  jardins  suspendus. 

A  l'intérieur  du  mur  d'enceinte  restauré  par  les  rois 
Parthes,  se  trouvent  de  nombreux  tumulus  dont  quelques- 
uns  ont  été  fouillés  récemment  par  l'expédition  alle- 
mande. 

Plusieurs  autres  centres  d'habitations  se  trouvaient  au 
midi  de  Hillah;  ainsi  Dubala,  aujourd'hui  Dihloh,  citée  par 
le  texte  de  Behistun.  Tout  à  fait  au  sud-ouest  était  la  ville 
de  Borsippa,  dont  les  grandes  ruines  de  Birs-Nimroud  et  de 
Tell  Ibrahini-el-Khalil,  souvent  décrites.  Le  ruine  du  Birs- 
Nimroud  forme  les  restes  de  la  Tour  à  étages  dont  parle 
Hérodote,  et  dont  les  fouilles  de  Rawlinson  ont  mis  à  jour  la 
conformation.  Borsippa  était,  selon  la  tradition,  l'empla- 
cement de  la  Tour  des  Langues  ;  elle  faisait  partie  du  j^a^and 
carré  babylonien  et  devint  indépendante  après  la  destruc- 
tion du  mur  extérieur.  Près  du  Birs-Nimroud,  s'élevait  le 
temple  Ezida ,   consacré  à  Nebo ,  et  la   ville  de   Borsippa  , 

où,  selon  le  Talmud,  la  confusion  des  lang-ues  eut  lieu.  Au 

Nord-Est,  il  y  avait  la  ruine  de  Cuta,  aujourd'hui  Oheimir, 

((  le  petit  roug'e  ». 

On  peut,  à  juste  titre,  s'étonner  de  la  désinvolture  avec 

laquelle  M.  Delitzsch  a  traité  les  témoignages  des  Grecs,  ce 


BIS  REPRISE    DES    FOUILLES    DE     lELLO 

qui  est  d'autant  plus  surprenant  de  la  part  de  quelqu'un  qui 
pouvait  vérifier  les  assertions  d'Hérodote  par  les  textes 
de  Behistun  et  de  Babylone.  Hérodote  a  été  attaqué,  et 
Plutarque  a  écrit  :  r.i^:  Hp^osTsu  ■/.y:/.zT^^v.:Lz^  mais  encore, 
avons-nous  dit,  jamais  on  ne  lui  a  reproché  l'inexactitude  au 
sujet  de  l'étendue  de  la  cité  chaldéenne. 

Pendant  plus  de  deux  ans,  nous  avons  exploré  le  terri- 
toire de  Babylone,  en  relevant  trigonométriquement  quinze 
cents  kilomètres  carrés  de  terrain,  et  nous  avons  exposé  les 
résultats  de  nos  investigations  dans  le  premier  volume  de 
VExpedition  scientifique  en  Mésopotamie,  où  l'on  trouvera 
de  plus  amples  renseignements. 

Pour  nous  résumer,  on  ne  peut  révoquer  en  doute  les 
données  des  anciens  historiens  confirmés  par  des  témoi- 
gnages tels  qu'ils  résultent  des  assertions  d'Aristote  et  de 
Pausanias.  Comme  nous  l'avons  dit,  aucune  découverte  de 
l'expédition  allemande  ne  détruit  les  affirmations  des  Grecs 
sur  l'étendue  de  Babvlone,  et  si  nous  nous  sommes  laissés, 
pendant  des  siècles ,  induire  en  erreur  par  Hérodote ,  ne 
nous  étonnons  pas  si  le  nombre  de  ces  siècles  d'erreurs  ne 
se  terminera  pas  de  si  tôt. 


UEPIUSE    DES    FOLlLLi:S    DE     lELLO     l'Ail     LE    CAIMIAIM;    CUOS 

TREMIÈRE    COMMINICATION 

UNE     STATUE     COMPLÈTE      DE     GOUDÉA, 

l'Ali    .M.     LÉo.N     IIEUZEV,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE. 

L'Aca(K'-mii'  des  niscriptions  cl  Ijcllcs-leltrcs,  (|ui  s  est 
puissamment  intéressée  aux  grands  résultats  scientifiques 
ojjtenus  il  Tello,  dans  i'anticpic  Ciialdée,  par  notre  très 
regretté  correspondant  Ernest  de  Sar/.ec  ,  apprendra  certai- 


REPRISE    DES    FOUILLES    DE    ÏELLO  ()  1 9 

nement  avec  satisfaction  que  l'admirable  champ  de  fouilles 
conquis  parlai  à  la  science  française  n'a  pas  été  abandonné 
après  sa  mort ,  et  que  de  nouvelles  découvertes  n'ont  pas 
tardé  à  montrer  combien  nous  avions  raison  de  croire  que 
ce  sol,  fécond  en  antiquités  de  la  plus  haute  époque,  était 
loin  d'être  épuisé. 

Pour  s'établir  de  nouveau  sur  un  terrain  qui  appartient 
à  l'un  des  cantons  les  plus  désolés  et  les  plus  dangereux 
de  la  basse  Mésopotamie ,  il  était  désirable  de  trouver  un 
explorateur,  non  seulement  habile  topographe,  possédant 
la  pratique  des  travaux  de  terrassement,  mais  encore  ronqiu 
à  la  vie  du  désert  et  familiarisé  avec  le  maniement  des  popu- 
lations arabes.  Ce  sont  les  qualités  qui  ont  désigné  au 
choix  du  Gouvernement  M.  le  capitaine  Gros,  officier 
instruit,  expérimenté,  avant  déjà  rempli,  principalement 
dans  la  région  du  Sahara,  de  difficiles  missions  topogra- 
phiques. 

Au  commencement  de  l'année  qui  finit,  le  4  janvier  1903, 
le  nouveau  chef  de  la  mission  française  de  Ghaldée,  après 
avoir  suivi  la  route  de  terre,  par  Damas,  Palmyre  et  Bagdad, 
se  trouvait  rendu  à  Tello  ,   au  milieu  du  terrain  profondé- 
ment remué  par  les  recherches  antérieures,  et  bientôt  on 
pouvait  apprécier  tout  ce  que  ses  aptitudes  spéciales  appor- 
taient de  garanties  pour   l'avenir  des  découvertes.   Précé- 
demment, la  mission  avait  1  habitude  d'établir  son  campe- 
ment au  bord  du  Ghatt-el-Haï,  sur  le  grand  bras  navigable 
qui  va  du  Tigre  à  l'Euphrate.   De  ce  point,  il  fallait  plus 
d'une  heure  de  cheval  ]3our  se  rendre  chaque  matin,  long- 
temps avant  l'aube,  sur  le  lieu  des  fouilles.  G'était  beaucoup 
de  temps  et  de  fatigue  dépensés  en  pure  perte  ;  mais  cette 
installation  avait  paru  nécessaire  pour  se  protéger  contre 
les  attaques  imprévues,  comme  aussi  pour  avoir  toujours  à 
portée  l'eau  potable.  Dès  son  arrivée,  le  capitaine  Gros  a 
pris  un  parti  dilFérent  :  il  n'a  pas  craint  d'élever,  en  plein 
désert,    sur  les    monticules    mêmes   de  Tello,    une  petite 
19o:5.  42 


620  REPRISE    DES   FOLILl^ES    DE    TELLU 

redoute  en  terre,  d  environ  oO  mètres  de  côté,  entourée, 
suivant  les  règles  de  la  défense  militaire  .  d'un  fossé  pro- 
fond, dune  escarpe  et  d'un  parapet  difficiles  à  franchir, 
avec  deux  bastions  d'observation  sur  les  flancs.  C'est  dans 
ce  réduit,  à  l'abri  d'un  coup  de  main,  qu'il  a  planté  ses 
sari f as  ou  cabanes  de  roseaux,  qu'il  compte  bien  remplacer 
cette  année  même  par  une  véritable  maison,  édifiée  avec  les 
briques  fournies  en  abondance  par  les  fouilles.  Il  est  vrai 
que  leau,  apportée  de  Chatt-el-llaï  par  des  caravanes 
d'ânes  et  versée  dans  un  réservoir,  n'est  pas  excellente; 
mais  on  la  filtre  comme  on  peut ,  avec  les  vases  en  terre 
poreuse  du  pays  ;  l'endurance  fait  le  reste.  De  là  du  moins, 
le  capitaine,   entouré  des  quelques  zaptiés  de  son  escorte,  1 

commande  et  peut  surveiller,  même  la  nuit,  tout  son  champ 
de  fouilles.  D'ailleurs ,  sa  garde  la  plus  sûre  est  encore 
l'autorité  morale  qu'il  a  su  acquérir,  parla  connaissance  de 
leurs  usages,  sur  le  petit  peuple  d'ouvriers  arabes  enrôlés 
pour  les  travaux. 

Dans  ces  conditions,  les  fouilles,  organisées  sur  un  plan 
méthodique,  ont  repris  avec  une  grande  activité.  Tous  les 
emplacements  principaux  excavés  antérieurement  ont   fait  ii 

l'objet  de  reconnaissances  attentives,  dans  le  but  d'y  déter- 
miner les  jioints  où  des  recherches  complémentaires  avaient 
chance  de  réussir.  — Au  Tell  du  Palais  { tell  A),  des  sondages 
profonds  ont  été  pratiqués,  pour  déterminer  avec  précision 
la  relation  des  antiques  constructions  d  Our-Baou  et  de 
Goudéa  avec  l'édifice  beaucoup  plus  moderne  du  dynaste 
svrien  Adadnadinakhès.  —  Le  Tell  de  la  Maison-des-Friiiis 
(tell  K),  dont  les  ruines  superposées  avaient  déjà  livré  tant 
de  précieux  monuments  remontant  à  la  très  haute  antiquité 
dite  pr('sar(/onique,  présentait  encore,  dans  son  pourtour, 
plusieurs  terrains  inexplorés  :  M.  (^ros  a  pu  y  dégager  une 
partie  des  pentes  nord  et  nord-est  de  la  terrasse  primitive 
élevée  par  le  vieux  roi  Our-Nina.  Il  a  mis  à  découvert  un 
emplacement  occujjé    par   des   constructions    dont    l'usage 


KEPRISE  DES  FOLILLES  DE  TELLU  ()2 1 

paraît  avoir  été  surtout  industriel  (escaliers,  canaux  en 
pente,  bassins  pour  Fadduction  des  eaux).  Ces  constructions 
n'en  contenaient  pas  moins  toute  une  série  d'objets  histo- 
riques, appartenant  a  la  même  période  reculée.  —  Sur  le  ver- 
sant ouest  du  Tell  des  Tablettes  (tell  V),  vers  le  point  oîi 
s'étaient  arrêtées  les  dernières  fouilles  de  M.  de  Sarzec,  se 
sont  aussi  montrés  des  restes  de  constructions  et  nombre  de 
pièces  d'un  grand  intérêt,  celles-ci  se  rapportant  surtout 
aux  époques  de  Goudéa  et  des  rois  d'Our.  —  Enfin  un  autre 
tell,  occupant  une  position  centrale  au  milieu  des  ruines,  a 
commencé  à  être  attaqué,  et  cette  exploration  nouvelle,  qui 
demande  à  être  poursuivie,  a  déjà  donné  lieu  aussi  à  plu- 
sieurs trouvailles  intéressantes. 

Je  ne  suis  pas  en  mesure  d'entrer  aujourd'hui  dans  les 
détails  de  cette  campagne,  qui  fait  grand  honneur  au  capi- 
taine Gros.  Par  une  première  communication,  je  voudrais 
seulement  signaler  à  l'attention  des  archéologues  un  monu- 
ment qui  intéresse  au  plus  haut  point  Ihistoire  de  l'art 
chaldéen  et  nos  collections  du  Louvre.  Dès  les  premières 
tranchées  ouvertes  aux  abords  du  Tell  des  Tablettes ,  est 
apparue  une  petite  statue  assise,  en  diorite,  renversée  la 
base  en  l'air  et  comme  jetée  au  milieu  de  divers  débris. 
Quand  on  la  retourna,  la  joie  de  la  découverte  fut  quelque 
peu  atténuée  par  le  fait  que  la  tête  avait  été  brisée,  comme 
à  Tordinaire.  Les  dimensions  (35  centimètres  de  hauteur) 
étaient  aussi  beaucoup  moindres  que  celles  des  figures  du 
même  genre  déjà  connues.  En  revanche,  la  statue  portait 
une  inscription  très  nette,  où  le  capitaine  Gros  reconnut 
sans  peine  le  nom  et  les  titres  de  Goudéa. 

Malgré  l'intérêt  de  la  trouvaille,  elle  risquait  donc  de 
n'apporter  rien  de  bien  nouveau  sur  le  compte  du  célèbre 
patési  de  Sirpourla,  si  prodigue  de  ses  statues,  dont  aucune, 
par  une  chance  malencontreuse,  ne  nous  faisait  connaître 
encore,  sinon  sa  ressemblance  exacte,  au  moins  le  caractère 
que  les  sculpteurs  avaient  imprimé  à  son  visage.  Une  ren- 


«)22  KEPBISE    DKS    FOUILLES    DE    TELLO 

contre  inattendue  est  venue  donner,  sous  ce  rapport.  ;i  la 
découverte  du  capitaine  Gros  une  importance  exceptionnelle 
La  petite  statue  décapitée  ayant  été  comprise  au  nombre  des 
objets  concédés  au  Louvre  par  la  haute  bienveillance  du 
gouvernement  ottoman,  il  me  sembla  remarquer  un  certain 
i-apport  entre  la  cassure  quelle  portait  au  cou  et  celle  d'une 
tête  à  turban  en  diorite  du  même  ton,  antérieurement  décou- 
verte par  M.  de  Sarzec'.  Cette  tète,  d'un  modelé  ravissant. 
;i  la  bouche  souriante,  au  nez  dont  la  courbe  délicate  était 
en  partie  conservée  (un  des  morceaux  les  plus  achevés  as.su- 
rément  de  toute  la  sculpture  chaldéenne),  se  trouvait  expo- 
sée dans  nos  g-aleries,  sur  un  socle  à  part  :  je  la  fis  détaclier 
et  nous  eûmes  la  joie  de  reconnaître,  sans  aucun  doute  pos- 
sible, que  les  deux  brisures  corresjjondaient  exactement. 
Pas  un  i^iaiii  de  la  pierre  ([ui  ne  se  raccordât  de  pai'l  et 
d'autre.  Sans  aucun  ciment,  sans  aucun  goujon,  la  tète 
tenait  toute  seule  sur  le  corps  au((uel  elle  avait  appartenu! 
Le  hasard,  dans  les  explorations  archéologiques,  l'ait 
parfois  royalement  les  choses.  Mais  faut-il  parler  ici  du 
hasard  et  ne  devons-nous  pas  louer  plutôt  1  habile  direction 
donnée  à  ses  fouilles  par  notre  nouveau  chef  de  mission, 
quia  su,  en  étudiant  le  sol  et  en  interrogeant  adroitement 
les  Arabes,  retrouver  la  piste  d  une  découverte  coniiuencée 
par  son  prédécesseur?  II  résulte,  en  ell'et,  des  notes  de 
M.  de  Sarzec  que  la  tète  de  diorite  a  été  rencontrée  [)ar  lui 
dans  la  môme  partie  du  Tell  des  Tablettes^  à  une  assez 
faible  distance  du  point  où  gisait  la  statue.  C'est  donc  j)rès 
de  là  que  la  ligure  a  dû  être  décapitée,  dans  l'une  de  ces 
invasions  ou  de  ces  luttes  intérieures  dont  les  monuments  de 
Tello  ne  portent  que  trop  de  traces.  L'assemblage  des  deux 
pièces,  séparées  depuis  tant  de  siècles,  est,  de  toute 
manière,  un  trait  d  union  di's  plus  inléres.sanls  mire  notre 
première  mission  de  Chaldée  et  celle  qui  en  continue  les 
traditions  de  succès. 

1.    1  )('-cril('  dans  iiiili-i'  (!;ittilniiiie  îles  iiuliijiiUés  vlinlilvcnnex.  ii"  r)6. 


REPRISE    DES    FOUILLES    DE    TELLO  623 

C'est  grâce  à  cette  patiente  succession  d'eirorts  que  nous 
possédons  enfin,  pour  la  première  fois,  une  statue  de 
Goudéa  entière  et  complète  (moins  une  cassure  à  l'extrémité 
du  nez  et  une  éraflure  à  l'épaule  g-auche).  Nous  pourrons 
l'exposer  dans  l'une  des  vitrines  de  notre  salle  chaldéenne, 
entre  les  deux  grands  cylindres  de  fondation  du  même 
patési,  à  côté  de  sa  masse  d'armes  sculptée  et  de  son  vase 
à  libation.  Même  parmi  les  anciens  rois  de  nos  monarchies 
européennes,  on  n'en  compterait  pas  beaucoup  dont  les 
imag-es  nous  restent,  entourées  de  témoins  et  de  souvenirs 
aussi  authentiques  ! . 

La  statue,  ainsi  complétée  et  restituée,  suggère  quelques 
observations  nouvelles,  qu'il  importe  d'enregistrer. 

La  première  est  relative  k  cette  étoffe  pliée  qui  couvre  et 
couronne  à  la  fois  la  tête  aux  cheveux  rasés.  C'est  la  pre- 
mière forme  du  turban,  tel  que  continuent  à  le  porter  de 
nos  jours  les  prêtres  du  rite  chaldéen.  Sans  aucun  doute,  il 
faut  y  reconnaître  déjà,  non  pas  une  coiffure  banale,  mais 
une  insigne  de  haut  rang-  pour  les  chefs  des  petits  états 
chaldéens.  Après  Goudéa,  patési  de  Sirpourla,  le  turban  est 
donné  par  les  cylindres  à  un  patési  de  Nippour,  contempo- 
rain et  vassal  du  roi  Dounghi^,  puis  aux  souverains  de  la 
ville  d'Our,  rois  de  Soumir  et  d'Accad.  Enfin  les  décou- 
vertes de  M.  de  Morg-an  nous  ont  montré  la  même  coiffure 
ceignant  encore  les  tempes  de  Hammourabi,  roi  de  Baby- 
lone,  sur  la  colonne  de  ses  lois,  dans  la  scène  où  il  est 
représenté  en  adoration  devant  le  dieu  Samas'-. 

Par  une  deuxième  conséquence,  il  n'y  a  aucune  raison 
d'attribuer  à  d'autres  qu'à  Goudéa  les  têtes  et  fragments  de 
têtes  à  turban  provenant  de  Tello  ,  en  particulier  la  belle 
tête  de  s^randeur  naturelle  rapportée  par  M.  de  Sarzec  dès 


1.  Menant,  Cylin(lre'<  de  la  Clialdée.  iv  S7. 

2.  De  Moi-o-an.  yjénioires  de  l.i  Déléf/nlinn  on  Perfte.  ^  ni.  W .  p].  3. 


()2t  RKi'uisK  i)i:s  roi  iijKs  ni:  tkli.o 

ses  premières  campagnes,  quoique  la  statue  à  laquelle  elle 
appartenait  uait  pas  été  retrouvée'. 

Là  nest  pas  toutefois  le  côté  par  lequel  notre  petite  statue 
excitera  surtout  la  curiosité,  je  dirai  même  Tétonnement. 
C'est  par  ses  défauts  qu'elle  ollVe  un  intérêt  de  plus  pour  la 
connaissance  de  Tart  chaldéen.  Liiivraisemhlance  de  ses 
proportions,  la  grosseur  démesurée  de  la  tête  par  rapport 
aux  dimensions  rapetissées  du  corps,  causeront  au  premier 
aspect  une  véritable  stupéfaction.  La  sensation  est  d'autant 
plus  étrang-e  que,  par  un  parti  de  raccourcissement  général, 
le  cou  est  renfoncé  dans  les  éj)aules  et  la  figure  elle-même 
rentre  en  partie  dans  le  Idoc  (pii  lui  sert  de  siège.  On  est 
tenté  de  penser  à  un  nain  ou  à  (juelque  caricature  comme 
celles  que  l'on  appelle  des  grosses  tètes.  Et  pourtant,  si  Ion 
examine  à  part  l'une  ou  l'autre  des  deux  parties,  chacune 
d'elles  témoigne  d'un  modelé  déjà  savant  et  dénote  un  état 
relativement  avancé  de  l'art  statuaire. 

On  explique  volontiers  les  formes  ordinairement  courtes 
des  figures  clialdéennes  en  disant  qu'il  s'agit  d'une  i-ace  qui, 
par  elle-même,  devait  être  petite  et  trapue,  ce  qui  1  indui- 
sait à  donner  à  ses  images  des  proportions  ramassées.  La 
remarque  est  juste;  mais  ici  l'anomalie  est  si  liappante  qu'il 
faut  y  chercher  encore  d'autres  causes. 

Déjà,  dans  mes  premières  observations  sur  l'art  chaldéen, 
ne  connaissant  encore  que  des  statues  sans  tête  et  me  fon- 
dant seulement  surl'examen  des  cassures  et  de  leurs  amorces, 
je  croyais  pouvoir  dire  : 

«  Si  l'on  en  juge  j)ar  certains  indices,  le  cou  devait  être 
court  et  la  tête  très  forte  pour  le  corps.  » 

Un  peu  plus  tiii'd,  jjarlant  particulièremiMit  de  la  ])etite 
statue  d'Our-liaou,  j'ajoutais  : 

«  On  est  tout  (1  abord  fraj)pé  par  linviaisemblance  des 
])r()poi-lions,  cpii  soiil  ({('■nicsurc'nuMit  courtes.  La  comjitirai- 

1.    l>c   Sar/.oc,    Ih'iniin'ih's  cil   Ch.ildt'-i'.    pi.    l'J.    V\i^.   I.  (  ^1'.    lli'ii/c\-.    Ciilu- 
lofliii'.  n"  5.i.  .')(>,  01.  SN. 


REPRISE    DES    FOI  ILl.KS    DE     IKELn  ()2o 

son  des  mesures  donne  l'idée  d'une  sorte  de  magot,  dont  la 
tête  était  beaucoup  plus  forte  que  le  corps.  Cependant  il  est 
nécessaire  d'admettre  une  époque  où  la  statuaire  chaldéenne 


a  poussé  jusque-là  l'inconscience  des  proportions  réelles  '.  » 
Il  faut  observer  surtout  que  les  matériaux  de  la  statuaire 
chaldéenne  et  particulièrement  les  roches  dures  de  diorite 
et  de  dolérite  n'arrivaient  pas  en  Chaldée  sous  la  forme  de 
pierres  taillées  dans  la  carrière,  mais  à  l'état  de  blocs  natu- 
rels, si  l'on  en  juge  par  la  base  des  statues,  où  la  disposi- 
tion arrondie  du  bloc  s'est  parfois  conservée.  Le  fait  étant 
bien  établi ,  les  conclusions  en  découlent  d'elles-mêmes  : 
«  Il  faut  se  reporter  à  la  pierre  roulée,  qui  était  le  point  de 
départ  de  la  fîg-ure.  Le  sculpteur  chaldéen  se  réglait  d'abord 
sur  la  forme  et  sur  la  disposition  de  ce  bloc,  dans  lequel  il 
voyait  déjà  une  statue  naturelle,  un  bétyle.  11  commençait 
par  donner  à  la  tète  des  dimensions  suffisantes  ;  puis  il  uti- 
lisait de  son  mieux  ce  qui  restait  de  matière.  Le  corps  ne 
comptait  plus  que  comme  complément  de  la  représentation. 
L'habitude  d'entrevoir  toujours  le  bloc  primitif  à  travers  la 
statue  faisait  que  les  yeux  étaient  moins  choqués  de  la 
disproportion.  » 

On  voit  quelle  confirmation  et  quelle  nouvelle  force  la 
reconstitution  de  la  petite  statue  de  Goudéa  vient  donner  à 
ces  explications.  En  un  mot,  quand  le  bloc  était  de  dimen- 
sions trop  restreintes,  l'artiste  ne  craignait  pas  de  diminuer 
le  corps,  ne  le  considérant  plus  que  comme  un  socle,  une 
sorte  de  piédouche  et  de  support  pour  la  tête.  Ce  parti  pris 
a  quelque  chose  d'enfantin,  de  naïf;  mais  il  est  probable 
que  les  sections  chirurgicales  par  lesquelles  nos  sculpteurs 
modernes  établissent  un  buste,  en  tranchant  dans  le  vif  de 
la  figure  humaine,  auraient  paru  aux  hommes  de  ces  anciens 
âges  une  pratique  bien  plus  choquante  et  plus  inadmissible 
que  ce  rapetissement  du  corps  dont  leur  imagination  corri- 
geait l'invraisend^lance. 

1.   Découvertes,  pp.  77-sO.  127-1 2S. 


626  KEPRISE  DES  FOUILLES  DE  TELLO 

On  trouverait  facilement  de  ces  têtes  dispro})ortionnées 
dans  nos  arts  primitifs,  par  exemple  dans  la  sculpture 
romane.  Ici,  toutefois,  on  ne  peut  pas  parler  de  rudesse, 
d'inhabileté  ou  d'ignorance.  Au  contraire,  l'examen  séparé 
de  la  tête  et  du  corps,  de  la  tète  surtout ,  qui  est  merveil- 
leuse, donne  l'idée  d'une  exécution  déjà  très  forte  et  d'un  vif 
sentiment  de  la  nature.  C'est  la  jonction  des  deux  pièces  qui 
replace  la  fîg'ure  entière  dans  un  lointain  plus  reculé  et 
trahit  les  expédients  d'une  école  encore  soumise  aux  con- 
ventions de  l'archaïsme. 

Il  me  reste  à  parler  de  l'inscription,  qui  comprend  cin- 
quante cases  d'écriture,  réparties  en  deux  placards,  le  pre- 
mier sur  le  devant  du  vêtement,  le  sec<»nd  en  revers  du 
hloc  qui  forme  le  siège  du  patési.  H  me  sullira  d  y  signaler, 
d'après  la  copie  et  la  traduction  exécutées  pour  la  Mission 
par  M.  François  Thureau-Dangin ,  les  quelques  détails 
nouveaux  qui  se  distinguent  des  formules  déjà  connues.  La 
petite  statue  est  consacrée  au  dieu  \ln-(//ii^-zi(l,t  que  nous 
savions ,  par  d'autres  textes,  avoir  été  le  patron  personnel 
de  (joudéa.  Nous  apprenons  seulement  jjour  la  première 
fois  que  ce  personnage  dix  in,  sous  la  garde  du([uel  son  dévot 
adorateur  place  «  les  fondations  et  les  champs  »  de  Sirpourla, 
était  le  fils  d'un  autre  dieu  nommé  .\in-;i-zoii.  Goudéa  énu- 
mère  ensuite  les  principaux  tenqiles,  édiliés  par  ses  ordres, 
l'n  terminant  par  le  s.'mctuaire  (hi  même  Xin-g/iis-zicla , 
construit  dans  Ghirsou  .  c'est-à-dire  dans  le  quartier  (pii 
était  Ic^  centre  le  plus  ancien  de  la  cité.  C'était  là  qu  était 
consacrée  la  figure  qui  vient  de  fiiir(>  l'oljjet  de  notre  pre- 
mière communication  sur  les  découvctos  du  capitaine  Cros 
au  cours  de  sa  campagne  de  11)03. 

\'oici  d'ailleurs,  à  l'appui  de  ces  indications,  le  travail 
même  de  M.  Thureau-Dangin  ,  triple  travail  de  copie,  de 
transcription  et  d'interprétation ,  cpu'  je  suis  heureux  de 
présenter  à  l'Académie. 


627 


INSCRIPTION    DE    LA    NOUVELLE   STATUE    DE    GOUDEA, 
PAR     M.     FRANÇOIS     THUREAU  -  DANGIN. 

COPIE. 


Pi-emier 

placard, 

sur  le  devant  du 

vêtement  de  la  statue. 


? 


4. 


1 


f 


^ 


1 


-fl- 


I 


t 


JX^ 


■^ 


4i^ 


0 


% 


1^ 


7 


? 


ï 
1 


^ 


t 


m 
0 


? 


!b 


<^ 


I 

ml 


î 


^Y? 


7 


S. 


Tf 


Tïïif 


1 


a 


sa 


t 
S 


^ 
* 

^ 


î 
1 


^ 


? 


a 


m 


^41 

^ 


Col.  I 


II 


III 


Second 

placard, 

sur  le   revers 

du  siège 
de  la  statue. 


IV 


()2S         INSCIill'IlON    JJl::    I.A    NMIX  KLLI-:    STATLE    DE    fiOUDÉA 


TRANSCRIPTION 

(Col.  I,  Ij  Ud(din^àr)-nin-gir-su  2;  ur-sag  kala-ga  '  (3)  (dingir)- 
en-lil-lâ-ge  (4)  (dingir)-nin-gis-zi(dl-da  (o)  dumu  (dingir)-nin-a- 
zu  (6)  ki-âg  dingir-ri-ne-ra  \1  •  uru-a  ki-iir  (8)  mu-na-ni-gar-a 
(Col.  II,  1)  gan-ga  gan-id  (2)  niu-na-ni-gar-a  (3)  gù-de-a  (-4)  pa- 
te-si  (5)  sir-bur-la(-ki)  (6)  galu  si-sâ  (7)  dingir-ra-ni  (8)  ki-âg-e 
(9)  (dingir)-nin-gir-su  (10)  lugal-a-ni  (11)  é-ninnû  (dingir)-im- 
gi(g)(-hu)-bàr-bàr-ra-ni  (12)  ô-pa  é-ub-imin-na-ni  (13)  mu-na-Ni--a 
(14)  (dingir)-ninâ(l5)nin-en3  f  Ki)  nin-a-ni  (Col.  III,  1)  é-sirara'' 
(-ki)-suM  (2]  kur-é-ta  il-la-ni  i  3)  mu-na-rù  (4  i  dingir  gal-gal  sir- 
bur-la(-ki)-ge-ne  (5)  é-ne-ne  (6j  mu-ne  '^-rii  (7)  (dingir)-nin  gis- 
/.i(d)-da  (8)  dingir-ra-ni  (9)  é  gir-su(-ki)-ka-ni  (10)  mu-na-rû 
(llj  galu  dingir-mu-dim  (12)  (dingir)-nin-gir-su-ge  (13)  dingir- 
ra-ni  (Col.  IV,  1)  ùg^-gà  gij-ù-mu-na-ni-de-a  {'2)  é-dingir  mà-ge 
(3)  igi-x-la  (4)  na-ab-ag-ge  (5)  mu-bi  he-pa(d)-de  (6)  galu-bi  ku- 
li-mu  he-âm  (7)  mu-mu  he-pa(d)-de  (Col.  V,  1)  alan-na-e  (2)  mu- 
tu(d)  (3)  gù-de-a  (4)  galu  é-rii-a-ka  (5)  nam-li-il  lO)  mu-na-sum 
(7)  mu-si'i  mu-na-sà  (8)  é-a  mu-na-ni-tu(r). 

TRADUCTION 

Au  jour  où  le  dieu  nin-{;ir-sl-,  le  guerrier  lorl  du  dieu  Ik-l.  au 
dieu  NiN-Gis-zi-DA,  fils  du  dieu  nin-a-zl  ',  chéri  des  dieux,  eut 


1.  On  a  proposé  diverses  IccUircs  de  ce  {rroiipo  :  la  Icoliire  Imlaçi  est 
assurée  par  IV  R,  13.  .30 />   knl-la-yi). 

2.  Sans  doute  pour  rii  même  confusion  entre  les  deux  sipnes.  statue  E, 
col.  VII,  20). 

3.  Kpilhète  fréquemment  associée  au  nom  de  la  déesse  mnâ  et  tout  à  fait 
parallèle  ù  hifinl-en  (tR-nA-u,  V,2).  Le  sens  précis  de  l'élémenl  en  en  géné- 
ra! Il  sei^'ncur  »  ou  «  grand  prêtre  »)  demeure  incertain. 

■'..  Pour  celte  lecture,  cf.  HM  32582,  Rev.  (CT  XII,  p.  2S\ 

5.  Noter  le  prélixc  mii-nc  au  lieu  âc  mu-na  dans  les  passages  parallèles): 
;if  paraît  cire  le  pronom  régime  pluriel  cl  n,i  le  ]>ronom  régime  singulier, 
(comparer  Cyl.  R  I,  20/21. 

6.  Sur  ÎKj  voir  nos  remarques  ZA  .W'II.  p.  201,  n.  4. 

7.  Ce  lien  de  filiation  avec  une  divinité  infernale  est  en  rappori  avec  ce 
qu'on  sail  «le  mn-his-zi-i-ia. 


I.IVKKS    OFFERTS  029 

donné  (la  garde  (?)  ),  des  fondations  '  ([''j  de  la  ville,  eut  donné 

(la    garde  (?)j  des  champs -  (?),   (en  ce  jour  là)    c.u-de-a, 

patesi  de  sir-bur-la  (Lagas),  homme  juste,  qui  aime  son  dieu, 
qui  a  construit  pour  le  dieu  nin-gir-su,  son  maître,  son  temple 
Te-ninnÛ  (appelé)  «  im-gig  brillant»  et  son  temple  Te-pa,  le  temple 
des  sept  zones  (célestes),  construisit  pour  la  déesse  mnâ,  la  sou- 
veraine (?),  sa  dame,  son  temple  de  sihara-slm,  qui  s'élève  (au- 
dessus)  de  (tous)  les  temples  du  monde-',  construisit  pour  les 
grands  dieux  de  Lagas  leurs  temples,  construisit  pour  le  dieu 
Nix-Gis-zi-i)A,  son  dieu,  son  temple  de  GiR-sr. 

Quiconque,  comme  moi  ',  annoncera  au  peuple  le  dieu  nin- 
gir-su  (comme)  son  dieu,  qu'au  temple  de  mon  dieu  il  ne  fasse 

pas (?)!   Qu'il   prononce   le    nom    de    ce    (temple)!    Que    cet 

homme  soit  mon  ami  :  qu'il  prononce  mon  nom  I 

(gi-de-a)  fabriqua  une  statue  :  «■  A  GL  -DE-A,  constructeur 
du  temple,  ta  vie  a  été  donnée.»^  de  ce  nom  il  la  nomma;  dans 
le  temple  il  l'introduisit. 


LIVRES    OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpéttel  offre  à  rAcadémie,  au  nom  de  l'abbé 
Ph.-H.  Dunand,  une  Histoire  de  Jeanne  dWrc  (Paris,  1898  et  1899, 
3  vol.  in-8°). 

M.  Paul  VioLLET  présente  de  la  part  do  l'auteur,  M.  Ch. -Emile 
Uuellc,  un  Essai  d'une  hihlioyrapliie  de  la  Montagne  Sainte-Geneviève 
et  de  ses  abords  (Paris,  1903,  in-8°). 

1.  M.  à  m.  «  dans  ?  la  ville,  les  fondations;?)  ».  ki-ûr  ^:^  diiriissn  :  cf. 
Reisner.  Hyinnen,  n°  il,  Obv.  9  10;  hymne  à  Samas  il.  21/22  dans  Abel- 
\^'illcklc^,  Keilschrifttexle.  p.  :^9  et  II  R,  Is,  S  e. 

2.  Il  s'agit  peut-cire  de  lintroduction  du  dieu  m\-gis-zi-i>a,  patron  de 
Gu-DE-A,  dans  le  panthéon  de  Lagas. 

3.  Voir  une  formule  identique.  Decoiirer/es,  pi.  37,  n"  3,  1.  11  et  une  autre, 
légèrement  dilTérente  (linr-a-ta  au  lieu  de  kur-é-ta),  Cyl.  A  de  gu-de-a, 
col.  III,  1.  9.  knr-é  m.  à  m.  "  monde-temple(s:  »  pour  «  temples  du  monde  >> 
(de  telles  inversions  sont  fréquentes). 

1.  Mot  à  mot  <(  qui,  de  même  que  moi.  j'annonce  le  dieu  mn-gir-su!,  mon 
dieu,  etc.  »  Compai-ei-,  statue  B  ^'III,  r2-i(i. 


630  LIVRES    OFFERTS 

M.  CLERMOM-dANNKAr  dépose  SUT  lu  l>uroau  (le  rAcadéniio  les 
livraisons  1  l'I  2  <lu  tome  \'l  de  son  Recueil  (l'.'trc/ti'ologie  orientale 
(jiii  compreniiciil  les  articles  suivants  :  I.  Deux  chartes  des  croisés 
dans  les  archives  arahea;  II.  Insciiplion  r/reci/ue  de  Palmxjre;  III. 
Snïda  et  ses  environs  d'après  Edri'si  (Paris,  1903,  in-8"  . 

M.  DE  Lasteviîie  fait  hommage  à  l'Académie,  de  la  part  de  M.  Marins 
Vachon,  d'un  travail  intitulé  :  Mémoire  an  Conseil  municipal  de  Paris 
sur  le  projet  de  placer  dans  Vllôtel  de  Ville  une  inscription  en  l'hon- 
neur du  Boccador.  M.  Vachon  croit  pouvoir  démontrer  (pie  l'Hôtel  de 
\'ille  de  Paris  détruit  en  1871  n'était  pas  l'œuvre  du  Boccador,  mais 
d'un  architecte  parisien,  Pierre  Cliamhiges.  (hielle  cpie  soit  l'opinion 
que  l'on  doive  avoir  sur  ces  conclusions,  au  sujet  desquelles  M.  de 
Lasteyrie  fait  toutes  réserves,  la  question  est  trop  intéressante  pour 
(pie  le  mémoire  de  M.  \'aciion  ne  mérite  pas  d'aj)peler  l'attention  de 
l'Académie. 

M.  HiiitoN  i>E  ViLLEFOssE  ofFie  à  l'Académie,  au  nom  de  M.  K.-.l. 
Savif^né,  les  ouvrages  suivants  : 

1"  Histoire  de  Sainte-(lolomhe-li-s-  Vienne  ,  N'ienne,  1903,  in-S"). 

La  plaine  ({ui  s'étend  sur  les  bords  du  Hh()nc,  en  face  de  Vienne, 
et  «jui  comprend  les  communes  de  Saint-Cyr,  de  Sainte-t^olombe  et 
de  Saint-Romain  en  Galle,  formait  à  répo(pie  romaine  un  des  quartiers 
les  plus  impoilants  de  la  ville  de  Vienne-Ia-Belle.  C'est  là  que  les 
Homains  axaient  élevé  leurs  plus  riches  habitations;  toutes  les 
découvertes  faites  à  Sainte-Colombe  attestent  la  splendeur  de  ce 
(juartier.  La  célèbre  ^'éIlus  accroupie  du  Louvre,  connue  sous  le 
nom  de  Vénusde  Vienne,  y  a  été  exhumée;  de  nombreuses  mosaï([ues, 
celle  (V Achille  h  Scijros  trouvée  en  1773  et  malheureusement  détruite 
depuis  longtemps, cellede  l'Enlèvement  d'IIjjlas,  aujourd'hui  au  Musée 
de  (îrenoble,  sont  sorties  (hi  nu^mie  sol.  Les  Musées  de  Lyon  et  de 
Vienne,  de  nombreuses  collections  particulières  se  sont  enrichis  des 
antiquités  recueillies  sur  ce  point.  M.  E.-J.  Savigné,  maire  de  Sainte- 
Colombe-lès-\'icnne,  (jui,  à  des  goûts  d'archéologue  joint  les  (jualités 
d'un  historien  consciencieux,  a  retracé  les  diverses  phases  de 
l'existence  de  celle  petite  ville,  ('lioitement  liée  à  celle  de  Vienne. 
Tout  ce  qui  a  trait  à  l'administration  municipale,  et  même  à  la  poli- 
tique, occupe  une  assez  grande  place  dans  ce  volume:  c'est  l'épotpie 
de  la  Hévolutioii  (pii  a  fourni  à  lauleur  les  documents  les  plus  nom- 
breux et  les  plus  intéressants.  L'ouvrage  est  illustré  avec  goût  et 
discernement.  De  vieilles  gravures  (pii  ikius  oui  conservé  des  vues 
de  Sainle-(!oloml)e  à  dillV-rcnles  ('poipies.  cl  iiolammenl  an  \\  i''  siècle. 


LIVRES    OFFKItTS  631 

y  sonl  repioduileb  ;  en  même  temps,  plusieurs  pholotypies  mettent 
sous  les  yeux  du  lecteur  les  images  des  précieuses  sculptures  et  des 
fragments  antiques  trouvés  pour  la  plupart  dans  la  propriété 
Michoud. 

2°  Un  couplet  de  la  Marseillaise  et  l'abbé  Pessonneaiix.  Nouvelle 
édition  (Vienne,  1900,  60  p.  in-S°). 

Une  petite  question  dliistoire  littéraire  est  traitée  dans  ce  mémoire. 
La  Marseillaise,  à  l'origine,  n'avait  que  six  couplets.  La  fameuse 
strophe  des  Enfants  : 

Nous  entrerons  dans  la  carrière 
Quand  nos  aînés  n'y  seront  plus,  etc., 

n'est  pas  de  Rouget  de  l'Isle.  On  en  a  attribué  la  paternité  à  un 
Lexovien,  Louis-P'rançois  du  Bois.  La  Société  du  Musée  cantonal  de 
Lisieux  a  même  fait  placer  sur  la  maison  qu'habitait  Louis  du  Bois 
une  plaque  commémorative  pour  rappeler  qu'il  était  Fauteur  du 
VII«  couplet  de  la  Marseillaise.  Selon  M.  Sa  vigne,  c'est  une  erreur 
complète.  L'auteur  de  ce  couplet  est  l'abbé  Pessonneaux,  professeur 
de  rhétorique  au  collège  de  Vienne  (Isère),  qui  le  fit  chanter  par  ses 
élèves,  le  14  juillet  1792,  à  l'occasion  de  la  fête  de  la  Fédération,  en 
présence  des  Marseillais  et  de  la  population  viennoise  tout  entière. 
L'abbé  Pessonneaux  eut  une  carrière  accidentée.  D'abord  prêtre 
attaché  à  l'église  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  il  embrassa  avec 
ardeur  les  idées  de  la  Révolution  ;  il  devint  professeur  au  collège  de 
cette  ville  et  joua  un  rôle  politique  assez  actif.  Conseiller  d'arrondis- 
sement et  commissaire  du  Directoire  exécutif  à  Villette-Serpaize 
au  commencement  du  siècle  (1800-1802),  il  termina  ses  jours  à 
Seyssuel  en  18.'i5.  M.  Savigné  a  recueilli  d'intéressants  renseigne- 
ments sur  l'abbé  Pessonneaux  qui  mérite  d'être  rangé  parmi  les 
notabilités  dauphinoises. 

M.  IliitoN  i>i:  ViLLEFOSSE  présente  ensuite  à  TAcadémie,  au  nom  de 
M.  V.  Cauchemé,  inspecteur  du  Palais  de  Compiègne,  les  deux 
premiers  fascicules  d'un  ouvrage  intitulé  :  Description  des  fouilles 
archéologiques  exécutées  dans  la  forêt  de  Compiègne  sous  la  direction 
de  M.  Albert  de  Rouet/;  publication  de  la  Société  historique  de  Com- 
piègne {i900-\902,  in-40). 

Pendant  dix  années,  de  1860  à  1870,  M.  Albert  de  Roucy  a  exécuté, 
dans  la  forêt  de  Compiègne  et  aux  environs,  des  fouilles  très  fruc- 
tueuses. Les  objets  trouvés  dans  ces  fouilles,  d'abord  conservés  au 
Palais  de  Com[)iègne,  ont  été  depuis  transportés  au  Musée  de  Saint- 


(i:{2  i.i\i!i;s  oii'KiiTs 

Germain  où  ils  coiisliUR-nl  une  sério  précieuse  pour  les  éi  lulils  plus 
spécialement  adonnés  à  l'élude  de  nos  anlicjuilés  nationales.  M.  (lau- 
chomé,  qui  lut  le  compagnon  fidèle  de  M.  de  Roucy  et  le  collabora- 
teur dévoué  de  ses  explorations,  vient  do  publier  les  notes  prises  par 
lui  au  cours  de  ces  travaux.  Le  premier  fascicule  de  l'ouvrage  ren- 
ferme (juinze  planches  (|ui  donnent  le  plan  général  du  mont  Herny  et 
de  ses  ai)ords,  le  plan  détaillé  de  la  station  ronuiine  et  de  ses  édifices 
(habitations,  thermes,  temple i;  les  sculptures,  les  statuettes,  les 
inscriptions  latines,  les  fragmenls  (rarchiUMlnri'  y  soni  renruduils 
avec  exactitude  et  expli(|ués  d'une  façon  sommaire.  Le  second  fasci- 
cule est  consacré  aux  fouilles  de  la  Carrière  du  Roi  et  à  celle  des 
Douze  caves  gallo-romaines  de  la  forêt.  Vingl-six  planches  accom- 
pagnent le  texte  :  elles  font  revivre  ii  nos  yeux  toutes  les  suhslruc- 
tions  découvertes,  en  particulier  celles  d'un  important  établissement 
de  li;iins  mis  au  jour  <'ii  18(18.  Sur  la  planche  XI\',  l'auteur  a  réuni 
tous  les  types  d'outils  et  d'instruments  en  fer  recueillis  à  la  Carrière 
du  Roi,  un  des  emplacements  les  plus  riches  et  les  plus  importants 
[lanni  einix  (|ui  oui  éli'  i'olijcl  des  in\'estigations  de  M.  île  liouey. 
M.  V.  Cauchemé  a  ainsi  sauvé  de  l'onhli  un  grand  nombre  de  docu- 
ments condamnés  h  disparaître  dans  un  temps  relativement  peu 
éloigné  ;  son  habile  ci-ayon  en  a  fidèh-ment  fixé  l'image  et  l'album 
((u'il  a' composé  rendia  j)lus  d  un  service  aux  archéologues. 

M.  Hi':noN  Dii  ViLLEKOssE  dépose  enfin,  en  son  nom,  sur  ]v  Iniieau 
de  l'Académie,  les  brochures  suivantes  : 

1"  Crusiae  nul  ciiiLIcinnln  (Paris,  l'.IO:{,  in-8":  extrail  des  ■  Mi'danges 
Hoissier  »)  ; 

2"  Ceinhirnn  roDinin  découveil  h  Afr/clici-fi  (Aude)  (Paris,  l'.t03, 
in-S"  ;  extr.  du  BuUelin  nrcliéolo;ju/ue}  ; 

3"  Lollre  à  M.  le  D''  (Inrloii  ttiir  nnr  inscriiillon  t/c  T/ii/silnis  con- 
servée au  Musée  du  Louvre  (Sousse,  l'JO:?,  in-S"  ;  v\U-.  du  Hullclin  de 
lu  Société  nrchénlotjirjue  de  Sousse). 

M.  H.viuci.oN  a  la  parole»  poui'  un  hommage  : 

■  M.  Tlu'-odore  Reinach  m'a  eonlic''  le  soin  de  prési'ulerii  I  At'adémie 
la  Iradiiclion  anglaise  d'ini  pelit  li\re  (piil  a  publié  en  1888  sur  Af.s 
luoii/i.iies  Jnlres,  dans  la  I îililiol  lièque  d'art  el  d'archéologie  di-  la 
librairie  lù'uest  Leroux.  Celte  traduelion.  ■\\\\  \ieiil  de  paraître  à 
Londres  Jeirish  (Joins,  Londres,  r.Ml.!.  in-lJ  de  ''  p.  .  csl  i\uv  à 
M""'  Maiie  Ilill,  et  elle  est  suivie  d'un  a|ipi"ndiei'  par  M.  d.  Ilill.  alla- 
ehe  au  (Cabinet  des  Médailles  de  Londres,  ipii  s'est  déjà  l'ail  eonnaitie 
pal    il  iinpDrlanls   Iraxaux    de    nuniisinal  li|ii('.    hou/.e   |ilaiiclii'-'    l'I    nu 


SliA.NCi-:  DU    II   uÉcioMisuh:  1903  633 

certain  nombre  de  figures  dans  le  texte  ornent  ce  charmant  opuscule. 
On  a  tant  écrit  sur  les  monnaies  juives  depuis  Ferez  Bayer  en  1781, 
et  l'on  a  tant  varié  sur  des  points  fondamentaux  du  classement  de 
cette  série  numismatique,  que  tous  ceux  <jui  suivent  ces  discus- 
sions éprouveront  un  véritable  soulagement  à  l'apparition  d'un  tra- 
vail de  vulgarisation  scientifique,  court  et  subtantiel,  qui  résume 
et  dit  exactement  où  en  sont  les  questions  controversées.  M.  Reinach 
a  pris  pour  base  essentielle  de  son  exposé  le  magistral  ouvrage  de 
Madden ,  paru  en  1881,  et  l'importante  étude  de  M.  Hamburger, 
publiée  en  1892,  sur  les  monnaies  de  la  seconde  révolte  des  Juifs 
sous  Simon  Barcochébas;  mais  il  a  su  mettre  partout  sou  sceau 
personnel  et  original.  Dans  sa  première  édition,  M.  Reinach  avait 
cru,  contrairement  à  l'opinion  généralement  admise,  devoir  faire 
commencer  le  monnayage  juif  seulement  avec  les  bronzes  de  Jean 
Hyrcan  I<=''  (135-106  av.  J.-C),  reléguant  les  sicles  d'argent  jusque 
sous  la  première  révolte  des  Juifs  contre  les  Romains  en  66-70  après 
J.-C.  Dans  la  présente  traduction  anglaise,  M.  Reinach  s'est  décidé  à 
revenir  à  l'opinion  courante  et  que  j'estime  personnellement  être  la 
vraie  :  c'est  que  ces  sicles  d'argent  appartiennent  à  Simon  Macchabée 
(143-135  av.  J.-C).  C'est  là  le  point  le  plus  saillant  traité  dans  cet 
excellent  résumé  que  liront  avec  plaisir  et  profit  non  seulement  le 
numismates,  mais  tous  ceux  qui  s'intéi'essent  à  l'histoire  ancienne 
du  peuple  juif.  » 


SÉANCE    DU    il    DÉCEMBRE 


M.    le   Ministre   de   riasLruction   publique   et   des    beaux-arts 
adresse  au  Secrétaire  perpétuel  la  lettre  suivante  : 

Paris,  le  8  décembre  1903. 

Le  Ministre  de   Tinstruction  publi<[ue  et  des  beaux-arts   à   M.   le 
Secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  des  inscriptions  et  lielles-lettres. 

En  me  rappelant  les  efforts  déployés  en  Egypte  par  le  Musée  Bri- 
tanni([ue,  depuis  une  dizaine  d'années,  afin  de  recut'illir  les  pa|iyrus 


t)34  SÉANCE    DL'    11     DÉCEMBHE    1903 

Trecs  conlenus  dans  les  lombes  plolémaïques  et  dassurcr  la  publi- 
cation de  ces  documents  j)iccieux,  vous  me  demandez  de  ne  pas 
abandonnera  l'Angleterre  Thonneur  de  continuerl'œuvre  de  Letronne, 
et  (le  réserver  à  nos  collections  nationales  des  trésors  que  lÉgypte 
ne  refusera  pas  aux  recherches  de  nos  savants. 

(>cttc  importante  «piestion  a  été  l'objet  des  préoccupations  de  mes 
prédécesseurs  et  n'a  pas  manqué  de  fixer  mon  attention.  Depuis  plus 
de  dix  ans,  mon  administration,  soucieuse  de  maintenir  à  la  France  le 
rang  qu'elle  doit  occuper  dans  le  domaine  des  études  grecques  et 
égyi)lologi<[ues,  n'a  cessé,  dans  la  mesure  où  les  ressources  budgé- 
taires le  lui  permettaient,  de  prêter  son  concours  aux  savants  (jui  y 
ont  fail  appel.  C'est  ainsi  que  l'École  française  d'Athènes  et  l'Institut 
français  d'archéologie  orientale  au  Caire  n'ont  pas  manqué  de  s'enga- 
"•er  dans  la  voie  où  les  Anglais  nous  avaient  distancés,  et  que,  dès 
18!).'},  M.  Ilomolle  mit  à  In  disposition  de  MM.  de  Morgan  et  Bouriant 
un  membre  de  l'École  d'Athènes,  M.  Jouguet,  afin  (ju'il  s'initiât  sous 
leur  haute  direction  aux  méthodes  de  recherche  et  de  déchiffrement 
des  papyrus  ptoléma'iques.  Nos  deux  grands  établissements  scienli- 
ficjues  d'Orient  inaugurèrent  par  là  une  collaboration  (|ui  a  donné  de 
renia r(iuai)les  résultats. 

De  i8'J3  à  1897,  M.  Jouguet  poursuivit  ainsi  dans  les  nécropoles 
égvptiennes  des  recherches  fructueuses  interrompues  pendant  trois 
années;  les  campagnes  de  ce  jeune  savant  reprirent  en  1900,  et 
depuis  cette  époque,  chaque  hiver,  il  fit  une  ample  moisson  de 
papyi'us  dont  la  i)lus  grande  partie  est  déposée  aujourd'hui  au  Musée 
du  Louviv.  l'^n  l'.iOI,  un  autre  membre  de  l'École  d'Athènes, 
M.  Gustave  I.(tci)vr(',  a  été  adjoint  i\  M.  Jouguet,  et  il  s'est  immédia- 
tement révélé  comme  un  collaborateur  particulièrement  précieux. 
Cette  année,  enfin,  M.  lîarry,  ancien  élève  de  l'École  Normale  supé- 
rieure, attaché  à  l'Institut  français  d'archéologie  au  Caire,  va  joindre 
ses  elTorls  à  ceux  de  MM.  Jouguet  et  Lefebvre. 

Si  les  découvertes  de  nos  savants  n'ont  pas  eu  le  retentissement 
de  celles  de  MM.  Hunt  et  Grenfeld,  MM.  HomoUe  et  Maspero  les  ont 
pourtant  jugées  dignes  d'être  comnuini<|uées  à  voire  Compagnie  qui 
en  a  piis  connaissance  dans  sa  séance  du  2'i- juillet  1902;  et  tout  nie 
porte  à  croire  (pie  lorscjue  les  résultats  île  la  dernière  campagne  lui 
seront  connus,  l'.Vcadémie  des  inscriptions  et  belles-lettres  voudra 
bien  reconnaître  les  eflorts  et  les  sacrifices  consentis  i)ar  le  Ministère 
de  l'instruction  publlcjne  en  faveur  d'une  œuvre  (|ui  s'allirme  mainte- 
nant, et  à  laquelle,  soyez-en  persuatlé,  je  prêterai,  toutes  les  fois  (|uc 
les  circonstances  le  pernullmnl.  mon  plus  dévoué  concours. 

.1.    (Miaunùé. 


SÉANCE    DU    11     DÉCEMBRl^    1903  633 

L'Académie  procède  à  la  nomination  d'une  Commission  de 
six  membres  qui  sera  charj^ce  de  présenter  la  liste  des  candidats 
à  la  place»  d'associé  étranger  vacante  par  suite  du  décès  de 
M.  Mommsen. 

Sont  nommés  :  MM.  Delisle,  Bkiîal,  Senart,  Paul  Meyer, 
BoissiER,  A.  Croiset. 

M.  Héron  de  Villekosse  communique  la  lettre  suivante  du 
H.  P.  Delattre,  correspondant  de  l'Académie  à  Carlhage  : 

6  décembre   1U03. 

Je  suis  heureux  de  vous  informer  que  nous  venons  de  trouver  un 
grand  sarcophage  de  marbre  ])]anc.  Il  est  encore  en  place,  dans  un 
étroit  caveau,  à  treize  mètres  environ  de  profondeur.  Je  l'ai  ouvert 
samedi.  Le  corps  du  mort  a  été  déposé  dans  la  cuve  sur  une  épaisse 
couche  de  sable.  Le  squelette  est  assez  bien  conservé.  Sur  le  côté 
droit  il  portait  la  boite  aux  monnaies.  Celles-ci  étaient  au  nombre 
de  sept,  du  type  connu  avec  le  palmier  au  revers.  En  tamisant  le 
sable  qui  entourait  le  crâne,  nous  avons  trouvé  un  anneau  d'or.  Le 
fronton  du  sarcopliage  porte  comme  ornement  peint  une  palmette 
entre  des  rinceaux  remplissant  le  champ.  Les  moulures  de  la  cuve 
sont  décorées  d'oves  et  de  rais  de  cœur. 

L'extraction  sera  difTicile.  Le  transport,  à  cause  des  terrains  envi- 
ronnants qui  sont  fraîchement  labourés,  n'offrira  pas  moins  de  difïï- 
cultés.  Mais  j'espère  que  dans  la  semaine  il  sera  à  Saint-I^ouis. 

M.  Théodore  Heinach  communique  sa  restitution  dune  inscrip- 
tion grecque  d'Orchomène  en  Arcadie,  renfermant  deux  actes 
d'airranchissement.  M.  Reinach  signale  l'importance  chronolo- 
gique et  numismatique  de  ce  texte  qui  nous  révèle  l'emploi  d'une 
ère  remontant  au  m''  siècle  avant  J.-C.  et  uu  nouvel  exemple  de 
la  division  de  mine  monétaire  de  70  drachmes  au  lieu  de  100. 

M.  Opi'ert  ajoute  quelques  observations. 


1903.  13 


030 


LIMBES  OFFERTS 


Le  Seckétaiue  peupétuel  dépose  sur  le  Ijuieau  de  l'Académie  le 
cinquième  fascicule  des  Comptas  rendus  des  séances  de  l'Académie 
pour  l'année  1903,  septembre-octobre  (Paris,  1903,  in-8°). 

M.  DE  Lasteyuie  présente  le  tome  11  de  la  publication  de  M.  G. 
Durand  intitulée  :  Monorjraphie  de  l'église  Noire-Dame,  calhédrale 
d'Amiens  (Amiens  et  Paris,  1903,  in-4"'). 

M.  Ci-eumont-Ganneau  a  la  parole  pour  un  hommage  : 
«  J'ai  Ihonneur  d'ofîrir  à  l'Académie  de  la  part  de  l'auteur,  le 
P.  Barnabe  d'Alsace,  missionnaire  franciscain,  un  volume  intitulé  : 
Le  tombeau  de  la  Sainte  Vierge  à  Jérusalem  (Jérusalem,  iinpiiinerie 
des  PP.  Franciscains,  1903,  in-8°).  L'auteur  y  discute  et  n'a  pas  de 
peine  à  réfuter  l'hypothèse  moderne  c|ui  prétend  montrer  ce  tombeau 
à  Éphèse. .Comme  on  le  sait,  cette  hypothèse,  ([ui  a  fait  beaucoup  de 
bruit  en  ces  dernières  années,  ne  repose  que  sur  les  allégations  plus 
que  suspectes  de  Catherine  Emmerich,  ou  plutôt  des  inspirateurs  de 
la  trop  fameuse  visionnaire.  Le  P.  Barnabe  étudie  ensuite  en  détail 
les  textes  relatifs  au  tombeau  de  la  Vierge,  localisé  à  Jérusalem  par 
une  tradition  fort  ancienne,  sinon  probante,  et  il  conclut  en  faveur 
de  l'authenticité  de  ce  dernier  sanctuaire.  » 

M.  S.  Reinach  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie,  de  la  part  de  l'auteur,  le 
second  volume  du  grand  ouvrage  de  M.  Victor  Bérard  :  Les  Phéniciens 
et  l'Odyssée  (Paris,  1903,  in-S»).  On  y  trouve  d'abord  une  étude  minu- 
tieuse, éclairée  par  la  topographie  et  la  toponymie,  des  derniers  épi- 
sodes du  récit  d'Ulysse;  nous  abordons  successivement  à  l'île  des 
Lotoj)hages,  à  la  terre  des  Cyclopes,  à  l'île  Aiolié  ,  aux  pays  des 
Lestrygons  et  de  Circé,  à  la  porte  des  Enfers,  aux  îles  des  Sirènes 
et  du  Soleil.  Toutes  ces  contrées,  aux  yeux  de  M.  Bérard,  ont  été 
décrites  par  le  poète  d'après  un  ou  plusieurs  portulans  phéniciens; 
elles  correspondent  à  des  localités  bien  définies,  offrant  les  parti- 
cularités géographiques  que  signale  Homère,  et  avec  une  précision  si 
grande,  ([ue  les  Instructions  nautiques,  publiées  par  la  marine  fran- 
çaise, peuvent  en  fournir  le  perpétuel  commerttaire.  M,  Bérard  les  a 


LIVRES    OFFERTS  61^7 

visitées  lui  même  et  ajoute  à  l'autorité  do  ses  descriptions  le  témoi- 
gnage d'excellentes  photographies.  Il  consacre  ensuite  un  chapitre  à 
rile  d'Ithaque  et  réfute,  après  un  examen  approfondi,  la  thèse  de 
M.  Doerpfeld  (jui,  comme  on  sait,  veut  déplacer  l'Ithaque  homérique. 
Enfin  l'auteur  expose  avec  détail  ses  conclusions,  touchant  à  la  fois 
l'antiquité  de  VOdyssée,  le  mode  de  composition  du  poème  et  les 
sources  orientales  que  l'aède,  probablement  milésien,  a  mises  en 
œuvre,  soit  ([u'il  lésait  connues  directement,  soit  qu'elles  lui  soient 
devenues  accessibles  par  un  ou  plusieurs  intermédiaires  sémitiques 
ou  grecs. 

"  La  méthode  de  M.  Bérard  n'apparaît  nulle  part  avec  plus  de 
clarté  que  dans  son  chapitre  sur  la  terre  des  Cyclopes.  Pour  lui , 
c'est  le  golfe  de  Cumes ,  dont  le  littoral  est  semé  de  cratères  volca- 
niques ;  en  raison  de  l'aspect  qu'il  présente,  les  premiers  navigateurs 
l'appelèrent  le  «  pays  des  Yeux  Ronds  »,Oj)ikia.  Les  habitants  de  cette 
région  étaient  des  bergers  inhospitaliers,  aux  mœurs  sauvages.  Tout 
le  mythe  odysséen  s'explique  ainsi,  d'autant  mieux  que  le  Cyclope 
d'Homère  se  défend  comme  un  volcan,  en  lançant  de  grosses  pierres 
qu'il  fait  tournoyer.  Ainsi  la  part  de  fantaisie  poétique  est  très 
restreinte;  elle  se  borne  presque  à  la  synthèse  d'éléments  réels, 
fournis  les  uns  par  l'observation  du  pays,  vu  de  la  mer,  les  autres 
par  celle  des  mœurs  et  des  habitants. 

«  M.  Bérard  désire  être  compté  parmi  ceux  que  l'antiquité  appelait 
les  plus  homériques,  qui  croyaient  à  l'érudition  d'Homère,  rj]  ::oXu- 
[j.aOia  toj  -otr|TOj,  et  aux  histoires  extraordinaires  qu'il  raconte,  par 
opposition  à  ceux  qui  voulaient  y  voir  des  allégories  ou  des  contes. 
«  Nous  avons,  dit-il,  constaté  l'exactitude  minutieuse  et  la  véracité 
fidèle  de  toutes  ces  descriptions.  »  Quelque  jugement  que  la  critique, 
un  peu  prise  au  dépourvu,  doive  porter  sur  une  thèse  aussi  hardie, 
elle  se  plaira  à  reconnaître  le  charme  soutenu  de  l'exposition  de 
M.  Bérard,  la  variété  et  la  sûreté  de  sa  science,  ainsi  que  la  rare 
vigueur  intellectuelle  dont  témoignent  ces  mille  pages,  animées  et 
comme  égayées  d'une  conviction  presque  contagieuse  et  d'un  joyeux 
amour  de  la  vérité.  >> 

M.  Léopold  Delisle  présente  à  l'Académie,  de  la  part  des  auteurs, 
les  trois  ouvrages  suivants  : 

1"  Roherli  Gaguini  Epislole  et  Oraliones.  Texte  publié  sur  les  édi- 
tions originales  de  1498,  précédé  d'une  notice  biographique  et  suivi 
de  pièces  diverses  en  partie  inédites,  par  Louis  Thuasne  (Paris,  1904, 
2  volumes  petit  in-8°). 

Robert  Gaguin,  mort  en  loOl  ,  est  une  des  i;loires  de  l'Université 


(i.'iiS  1.1V  KH^s    OFKHIVIS 

de  Paris.  Li'  recueil  de  ses  lettres,  qui  l'ut  publié  de  son  vivant,  était 
à  peu  près  tombé  dans  l'oubli  et  les  exemplaires  en  étaient  devenus 
très  rares.  La  nécessité  d'une  nouvelle  édition  était  reconnue  depuis 
longtemps.  M.  Thuasne  n'a  pas  seulement  le  mérite  d'avoir  préparé 
cette  nouvelle  édition  avec  le  soin  et  la  critique  dont  il  avait  déjà 
donné  des  preuves.  Les  notes  dont  il  l'a  enrichie  et  la  longue  biogra- 
phie qu'il  a  mise  en  tête  font  des  deux  volumes  qu'il  vient  de  publier 
un  livre  rempli  de  détails  très  intéressants,  en  grande  partie  tout  à 
fait  nouveaux,  sur  la  vie  de  Gaguin  et  sur  les  hommes  avec  lesquels 
il  a  été  en  rapport.  11  y  a  là  une  masse  énorme  de  renseignements 
pour  un  tableau  de  la  société  politique,  religieuse  et  surtout  littéraire 
de  Paris  pendant  le  dernier  tiers  du  xv«  siècle.  C'est,  pour  une  notable 
partie,  le  résultat  dune  lecture  de  livres  et  de  petits  livrets,  aujour- 
d'hui fort  négligés,  sinon  par  les  amateurs  de  raretés  bibliographiques, 
dont  les  pièces  liminaires  abondent  en  renseignements  précieux  pour 
(]ui  sait  en  pénétrer  le  sens  et  la  portée.  M.  Thuasne  en  a  tiré  un 
excellent  parti  :  son  édition  des  Lettres  de  Gaguin  est  un  ouvrage 
indispensable  à  consulter  pour  l'histoire  des  règnes  de  Louis  XI  et 
de  Charles  \ill. 

Les  deux  volumes  de  M.  Thuasne  fornuMit  les  tomes  II  et  III  de  la 
Bihliiffhi-f/ue  liltérairc  do  la  Renaissance  que  dirigent  MM.  Pierre  de 
Nolhac  et  Léon  Dore/. 

2"  Le  tome  IV  de  cette  collection,  inlituh''  :  Lr  Frère  de  Pétrarque 
[Gherardo]etle  livre  dit  liepos  des  ndifjieux,  est  Iduvre  de  .M.  llenrv 
Cochin.  C'est  une  charmante  et  consciencieuse  étude  de  la  vie  morale 
de  Pétrarque  et  des  relations  des  deux  frères  avant  et  après  l'entrée 
de  Ghorardo  à  la  tihartreuse  de  Monlrieux.On  y  remanjuera  les  pages 
consacrées  à  l'influence  de  Gherardo  sur  son  frère,  et  au  tableau  de 
la  Chartreuse  de  Montrieux  au  xiv''  siècle. 

M.  Cochin  a  fixé  à  l'année  1347  la  rédaction  première  du  traitée/? 
Olio  reliffiosoruin,  et  ce  n'est  pas  la  seule  observation  utile  que  nous 
lui  devions  pour  la  chronologie  de  diverses  particularités  de  la  vie  de 
Pétranjue.  La  dissertation  sur  les  divers  sens  du  mut  Arcidia  mérite 
d'être  signalée.  On  ne  s'étonnera  pas  de  la  rencontrer  dans  un  livre 
où  l'histoire  du  myticisme  au  xiv"^  siècle  tient  une  place  considérable. 

:\"  Les  très  riches  Heures  du  duc  de  Berry,  conservi^es  à  Chanlillij 
au  Musée  Condê,  et  le  Bréviaire  Grimani,  par  M.  le  comte  Durrieu 
(Paris,  P.)03,  in-8<>;  extrait  de  la  BilAiothé<jue  de  l'Kcoledes  Charlesu 

M.  le  comte  Paul  Durrieu,  en  jjréparant  un  volume  où  seront  trai- 
tées à  fonii  toutes  les  «[ueslions  retalives  à  l'histoire  des  Heures  du 
duc  de  Berri  conservées  au  Musée  Condé,  a  voulu  rechercher,  dans 


LIVKES    OFFERTS  (J-^î) 

une  (lissertalioii  spéciale,  les  circonstances  ({ni  ont  permis  à  des 
artistes  flamands  d'en  faire  entrer  la  copie  de  certaines  pages  dans  le 
Bréviaire  du  cardinal  Grimani.  Il  a  donné  des  raisons  très  plausiljles 
pour  établir  que  les  Heures  dont  il  s'agit,  qui  étaient  à  Turin  à  la  fin 
du  XV''  siècle,  se  trouvaient  en  la23  à  Malines  dans  la  librairie  de 
Marguerite  d'Autriche;  elles  avaient  dû  être  portées  de  Savoie  dans 
les  Pays-Bas  par  Marguerite  d'Autriche,  après  la  mort  de  son  mari 
Philibert  le  Beau,  mort  en  1;)04. 

M.  Héron  de  Vili.ekosse  olTre  à  l'Académie  au  nom  de  l'auteur, 
M™''  Victoria  Vaschide,  un  volume  intitulé  :  Ilisloire  de  In  conquête 
romaine  de  la  Dncie  et  des  corps  d'armée  qui  y  ont  pris  part  (Paris, 
J903,  in-8°  ;  142'=  fascicule  de  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  Hautes- 
Etudes). 

La  jeune  femme  qui  a  publié  ce  livre  est  venue,  comme  beaucoup 
de  ses  compatriotes,  compléter  ses  études  à  Paris;  elle  a  pris  pour 
objectif  une  science  qui  d'ordinaire  n'attire  pas  beaucoup  d'adhérents 
féminins.  C'est  sous  une  forme  charmante  qu'elle  explique,  dans  sa 
préface,  les  séductions  de  l'épigraphie  et  l'intérêt  qu'elle  éprouve  à 
revivre  dans  un  monde  disparu.  Elle  avait  résolu  d'étudier  l'histoire 
d'un  pays  qu'elle  connaît  et  qu'elle  aime,  l'histoire  de  sa  propre 
patrie  :  elle  s'est  consacrée  à  ce  travail  avec  une  ardeur  et  une  intel- 
ligence rares,  avec  une  force  de  volonté  peu  commune.  Ce  mémoire 
lui  a  valu  le  titre  d'élève  diplômée  de  la  section  d'histoire  et  de  phi- 
lologie de  l'École  prati<[ue  des  Hautes  Etudes. 

En  parcourant  les  premières  pages,  consacrées  à  l'ethnographie  de 
l'ancienne  Dacie,  à  l'état  de  civilisation  des  Géto-Daces  et  à  la 
géographie  ancienne  du  pays,  on  sent  tout  de  suite  que  l'auteur  a 
puisé  ses  informations  aux  meilleures  sources,  qu'il  s'est  tenu  au 
courant  des  travaux  les  plus  récents  et  les  meilleurs,  cpi'il  ne  se 
borne  pas  à  les  suivre,  mais  qu'il  les  discute  souvent,  et  qu'il  sait 
exposer,  sur  certaines  questions  difficiles,  des  opinions  personnelles 
et  judicieuses. 

Cette  impression  se  confirme  à  la  lecture  des  chnpities  suivants. 
La  conquête  de  la  Dacie  devait  retarder  l'époque  des  missions  bar- 
bares et  assurer  les  frontières  de  l'empire;  les  Romains  apportèrent 
la  civilisation  latine  dans  toute  la  région  du  Bas-Danube.  Les  deux 
campagnes  de  Trajan  sont  racontées  avec  une  abondance  de  rensei- 
gnements qui  laisse  peu  de  place  à  l'oubli  :  M™'^  Vaschide  a  pu 
i-ésoudre  certaines  difficultés  géographiques  qu'une  connaissance 
approfondie  du  pays  lui  permettait  d'al>order.  L'étude  des  monu- 
ments figurés  lui  est  aussi  familière  (pie  celle  des  inscriptions  :   les 


()i(l  LIVKES    OFFliRTS 

coiiuiu'iiliilciirs  ont  élr  [lailois  cii  (lésacc'(Mcl  pour  rinlfi-prélalion  des' 
scènes   historiques   donl    la    colonne  Trajane    nous    ofTre    l'image; 
M™'=  Vaschido  n'hésite  pas  à  combattre  les  interprétations  (|ui   lui 
paraissent  inaccoptahlos;  elle  expose  ses  idées  avec  une  indéjiendance 
(]ui  lui  fait  grand  honneur. 

La  seconde  partie  de  ce  vdlninc  est  consacrée  à  l'hisloirc  des 
troupes  (jvii  oui  contribué  à  la  complète  et  à  l'occupation  mililairc  de 
la  Dacie;  ce  n'est  pas  la  moins  importante.  Elle  est  composée  surtout 
à  l'aide  des  nombreux  renseignements  épigraphi([ues  réunis  dans  le 
Corpus  latin,  renseignements  que  M""=  Vaschide  a  coordonnés  et 
présentés  d'une  façon  méthodique  en  groupant,  sous  une  rubricpie 
différente,  ce  qui  concerne  l'histoire  de  chaque  légion,  de  chaque 
aile,  de  chaque  cohorte,  ainsi  que  celle  des  ofïïciers  dont  les  noms 
sont  parvenus  jusqu'à  nous.  Le  talent  et  les  efforts  consciencieux  de 
l'auteur  méritent  des  encouragements  et  des  éloges. 

M.  llKnoN  DE  ViM.KFOssE  déposc,  en  outre,  sur  le  bureau  de  l'Aca- 
démie, de  la  part  du  R.  P.  Delaltre,  correspondant  de  l'Institut,  une 
brochure  intitulée  :  A  r.irnphHlir:1tro  de  Cirlhage.  Mars  IOO:i  (Sousse, 
1903,  in-8»;  extr.  du  Bulletin  dr  lu  Socit^lé  nrchénlo(/k/iie  de  Sousse). 

M.  Cn.\Ti:L.viN  présente  ii  l'Académie  de  la  part  des  auteurs, 
MM.  Frédéric  Plessis  et  Paul  Lejay,  les  DEuvres  d'IIornce  publiées 
avec  une  introduction  philologique  cl  littéraire  et  des  notes  (Paris, 
Ilachelle,  1903,  in-16,  i.xxvm-6i4  pages). 

Deux  savants  latinistes,  qui  ont  appris  jadis  la  criliipu^  des  textes 
à  l'Ecole  prati<|ue  des  Hautes  Etudes,  se  sont  réunis  |)<uir  |)ul)lier 
cette  bonne  petite  éililioii  d'ibirace,  en  attendant  la  grande  ([u'ils  ont 
entreprise  pour  la  collection  des  éditions  savantes  de  la  librairie 
Hachette.  Dans  le  choix  du  texte  ils  ont  su  éviter  l'écueil  aucpiel  se 
heurtent  parfois  d'excellents  philologues,  celui  ([ui  consiste  à  prêter 
au  poète  des  idées  singulières  pour  ne  pas  se  séparer  de  la  tradition 
des  manuscrits;  ils  nv  sont  pas  tombés  non  |)lus  dans  le  défaut  con- 
traire (pu  conduit  à  adopter  des  conjectures  téméraires  et  ;'i  intro- 
duire dans  les  poésies  latines  la  pensée  des  savants  moderiu's  ii  la 
place  de  celle  d'Horace.  M.  Plessis,  paléographe  doublé  d'un  poète, 
a  édité  les  Odes,  c'est-à-dire  la  ])artie  la  ]ilus  poétique  d'Horace;  les 
occasions  ne  lui  ont  pas  uKimpu'  pour  iiulicpier  avec  quel  goût  ou  doit 
lire  cl  iulcrpréler  l'ami  de  Mécène.  M.  Lejay,  dans  la  critique  ou 
l'explitalion  du  texte  des  Satiies  cl  des  Epilres,  montre  les  mêmes 
qualilt's  pliilnlogiqucs  dont  il  a  d(''j;i  fait  |)r('Mve  dans  ses  éditions 
d'Ovide  cl  de  Lucaiu. 


SÉANCE    DU    18    DÉCEMBRE 


II  est  donné  communication  d'une  circulaire  qui  a  été  adressée 
au  Président  de  l'Institut  et  qui  concerne  l'attribution,  en  1904, 
du  prix  Nobel  de  la  Paix. 

Le  Président  annonce  que  la  prochaine  séance  sera  avancée  au 
mercredi,  à  cause  de  la  fête  de  Noël. 

M.  Clermont-Ganneau  déchiffre  et  explique  une  assez  curieuse 
inscription  grecque  chrétienne,  récemment  découverte  sur  le 
mont  des  Oliviers,  dont  le  P.  Prosper  de  Jérusalem  vient  de  lui 
envoyer  une  copie.  Il  propose  de  la  lire  ainsi  : 

1  +      'EvOâSc    x(£)?Ta(t)     (Tj)     OOÛ/.Y,     Xat     VÙaCpY;     TOU    XpliïTOU 

2  i]ocpt'a,   ■/]    o'.ixovoç,   "/]    OEurspa   ^oî^rr^,    xO[[XTj6(£)?'7a 

3  £v   (ejlpY^vy,   TY,   xa'   tou  Mapriou  ;xt,vôç, 

4  lv5(ixTttovoç)    '.a'    otT?   Kwptoç   b   0£OÇ 

5  V    7rp£ff[6 

Les  éléments  chronologiques,  21  mars,  XI*'  indiction,  sont 
insulFisants  pour  permettre  de  préciser  la  date  ;  mais,  d'après  la 
paléographie,  l'inscription  peut  être  du  v*'  ou  vi^  siècle.  La  défunte 
Sophie  devait  être  diaconesse  d'un  de  ces  couvents  de  femmes 
assez  nombreux  qui  s'élevaient  sur  le  mont  des  Oliviers  à  l'époque 
byzantine.  La  qualification  qui  lui  est  donnée  de  vu[;.'^t,  XotSTOù 
est  intéressante  et  rappelle  diverses  expressions  similaires  de 
l'épigraphie  romaine  chrétienne.  Plus  intéressante  encore  est 
celle,  quelque  peu  énigrnatique  au  premier  abord,  de  «  seconde 
Phœbé  ».  L'expression  a  la  valeur  d'  «  une  nouvelle,  une  autre 
Phœbé  ».  C'est  une  allusion  à  la  fameuse  Phœbé,  diaconesse  de 
Genchrées,  dont  parle  l'Kpître  de  saint  Paul  aux  Romains  (ch.  XVI, 
V.  I,  et  souscription  finale),  et  dont  la  diaconesse  Sophie,  à  en 
croire  le  rédacteur  de  son  épitaphe,  aurait  fait  revivre  les  vertus. 


Oi-2  SÉANCE    Dl      I(S    nÉCKMBHE     1903 

Le  Président  annonce  que  l'Académie  a  nommé  : 

Correspondants  français  : 

M.  Mondry  Baudouin,  en  remplacemenLde  M.  Poulie,  décédé  ; 

Le  R.  P.  Lagrange,  en  remplacement  de  M.  Charles  de  Grand- 
maison,  décédé  ; 

M.  Jules  Gauthier,  en  vertu  du  décret  du  11  mars  1898  qui  a 
augmenté  le  nombre  des  correspondants; 

Correspondant  étranger  : 

M.  von  Wilamowitz-Moellendori',  à  Uerlin,  en  vertu  du  décret 
(lu  11  mars  1898. 

^L  DE  Lastkvrie  rappelle  qu'à  la  séance  du  4  décembre  der- 
nier, il  a  présenté  à  l'AcachMiiie,  de  la  part  de  l'auteur,  une  bro- 
chure dans  laquelle  AL  Marins  A'achon  prétendait  démontrer 
que  l'Holel  de  ville  de  Paris,  détruit  en  1871,  n'était  pas  rteuvre 
du  Boccador,  mais  de  Pierre  Chambigcs. 

«  l".n  présentant  cette  brochure,  dit-il,  j'avais  cru  devoir  faire 
toutes  réserves  quant  aux  conclusions  de  l'auteur.  J"ai  donc  été 
l'ort  étonné  de  me  voii-  prêter,  dans  les  comptes  rendus  que  divers 
jouniaux  ont  donnés  de  la  séance,  et  dans  une  note  assez  déve- 
loppée publiée  par  l'Intermédiaire,  une  adhésion  aux  idées  de 
M.  Vachoii.  Bien  loin,  en  efl'et,  de  les  partager,  je  suis  obligé  de 
déclarer  (|u  un  examen  plus  attentif  de  la  (jncslion  n'a  fait  que  me 
confirmer  dans  mon  premier  sentiment  :  c'est  que  pour  refuser 
toute  part  au  Boccador  dans  la  construction  de  riL')tel  de  \'ille  de 
Paris,  tel  que  nous  l'aNons  connu,  il  faudrait  la  preuve  certaine  que 
l'édifice  bâti  par  lui  a  réellement  été  dciiKili.  Or  la  preuAc  d'une 
démolition  radicale,  je  ne  la  tronvc  pas  dans  les  documents  cités 
par  AL  Marins  \'achon.  Celle  qu  il  tire  du  Plan  de  tapisserie 
me  paraît  bien  laible,  et  le  passage  de  Sauvai  qu'il  invoque  est 
moins  convaincant  encore.  Que  dit  Sau\al?  (|ue  u  l'ordonnance 
'■  du  grand  corps  de  logis  —  la  façade  sur  la  place  de  (irève  — 
«  ayant  paru  (/olhiqiie^  en  15i9  on  réforma  le  desseing  anlien.  et 
«  ce  bâtiment  depuis  ne  fut  achevé  que  sur  les  desseins  et  éléva- 
«    lions  montrés  à  Ileni'i  il  ii  Sainl-(îerniaiu  ». 

<'  M.  ALirius  \'achon,  prenant  le  mot  qolhique  dans  le  sens 
qu'il  a  aujourd'hui,  paraît  croire  cpic  r(euvre  de  l'artiste  italien 


SÉANCE    DU    18    DÉCEMBRE    1903  643 

était  de  style  ogival  et  que  c'est  pour  cela  que  la  population 
parisienne  trouva  «suranné,  banal  et  impropre»  cet  édifice 
gothique  et  que  le  corps  de  ville  jugea  nécessaire  de  le  remplacer 
par  un  autre.  Mais  gothique  n'avait  pas  ce  sens  au  xvn^  siècle, 
pas  plus  que  reformer  ne  signifiait  démolir.  Il  faut  comprendre 
ainsi  le  passa,i;e  de  Sauvai  :  «  En  1549,  on  trouva  l'ordonnance  du 
grand  corps  de  logis  vieillot,  hors  de  mode,  et  on  modifia  le  pro- 
jet primitif.  »  La  fin  de  la  phrase,  où  il  est  dit  que  le  bâtiment 
fut  achevé  d'après  de  nouveaux  dessins,  confirme  cette  idée  qu'il 
n'v  eut  pas  démolition,  mais  seulement  transformation  du  projet, 
ce  qui  s'accorde  à  merveille  avec  les  constatations  faites  par 
Leroux  de  Lincv  et  que  rappelle  M.  Marins  \\ichon. 

«  Je  ne  vois  pas  davantage  une  preuve  de  la  démolition  des 
parties  hautes  de  la  façade  de  Boccador  dans  la  délibération  du 
Bureau  de  la  ville,  en  date  du  14  novembre  1551 ,  dont  M.  Vachon 
veut  tirer  argument.  Il  y  est  question  d'une  '(  voulte  imparfaite 
située  à  droite  de  la  grande  porte  d'entrée  de  rh(Hel  de  ville  », 
et  la  délibération  porte  «  que  tant  pour  la  conservation  d'icelle 
«  voulte  que  pour  tenir  les  personnes  à  couvert,  sera  faict  sur 
«  icelle  voulte  un  petit  comble  de  charpenterye  ».  Je  ne  pense  pas 
qu'on  soit  autorisé  à  conclure  de  là  qu'il  y  ait  eu  «  malfaçon 
du  travail  de  maçonnerie  »  et  que  la  démolition  des  étages  supé- 
rieurs de  la  façade  ressorte  nettement  de  cette  délibération. 
Le  mot  imparfait  ne  signifie  pas  ici  mal  fait,  mais  inachevé.  Et 
la  précaution  même  que  l'on  prit  de  conserver  cette  voûte  ina- 
chevée indique  bien  qu'on  ne  songeait  pas  à  démolir,  mais  à  ter- 
miner ce  qui  existait. 

((  Je  n'hésite  donc  pas  à  dire  que  M.  Marius  Vachon  se 
trompe ,  et  qu'il  a  eu  tort  d'attaquer  le  projet  d'inscription 
destiné  à  rappeler  la  grande  part  prise  par  le  Boccador  dans  la 
construction  de  l'Hôtel  de  Ville  de  Paris.  » 

M.  Maxime  Collignon donne  lecture  d'un  rapport  sur  les  fouilles 
exécutées  en  1903  par  M.  Degrand,  consul  de  France  à  Philippo- 
poli,  dans  la  vallée  de  la  Toundja,  en  Bulgarie.  Poursuivant  les 
explorations  commencées  en  1901  et  1902,  M.  Degrand  a  fait 
porter  ses  recherches  sur  le  tumulus  de  Costiévo,  dit  Monastir 
Moghila.  Il  y  a  trouvé  dilférentes  couches  de  sépultures,  sous 


(ii'l       FOUILLES    EXECUTÉFS    DANS    LE    TUMULLS    DE    COSTIÉVO 

des  débris  appartenant  à  lépoque  romaine.  Les  plus  anciennes 
montrent  les  mêmes  rites  funéraires  que  M.  Dègrand  avait 
constatés  dans  ses  fouilles  précédentes  au  Tell  Ratchell'  et  à 
Metchkur  ;  mais  il  semble  que  ces  usages  soient  progressivement 
abandonnés,  car  la  couche  supérieure  fait  connaître  des  formes 
de  sépultures  déjà  ditTérentes.  L'intérêt  de  ces  dernières  fouilles 
est  d'apporter  des  éléments  nouveaux  pour  l'étude  de  la  civilisa- 
tion préhistorique  en  Thrace.  11  semble  que  les  sépultures  de 
Costiévo  marquent  la  (in  d  une  période,  et,  à  ce  titre,  elles 
méritent  d'être  étudfées  avec  attention  K 


COMMUNTCAÏIOX 


NOTE     Sll!      LES     FOUILLES     EXÉCUTÉES 

DANS     LE    TUMULUS     DE     COSTIÉVO     EN     BULGARIE 

PAR     M.     DEGRAND,     CONSUL     DE    FRANCE    A     PHILiPPOPOLI  , 

PAI!    M.    MAXIME    COLLIGNON,    MEMRRE    DE    l'aCADÉMIE. 

Dans  In  séance  du  20  février  1903,  j'ai  communi([iié  à 
l'Acadéniie ,  au  nom  de  la  Commission  Piot ,  un  rapport 
sur  les  fouilles  exécutées  en  Buli=^arie  par  M.  Dej^i-rand, 
consul  de  France  à  Philippopoli.  Ces  fouilles,  entreprises  à 
l'aide  d'une  subvention  prélevée  sur  les  arréras^es  du  le^s 
Piot,  ont  été  poursuivies  pendant  les  années  1!)01  et  11)02. 
Elles  ont  eu  pour  objet  l'exploration  de  deux  fumuli 
situés  dans  la  vallée  de  la  Toundja,  celui  du  Rn/c/ic/f  Tépc 
et  celui  de  Melclikur.  Elles  ont  fait  connaître  des  nécro- 
poles primitives  et  révélé  pour  la  Tbrace  une  civilisation 
préhistori([ue  offrant  des  points  de  contact  avec  celles  de 
l'Asie  Mineure  et  de  Chypre.  Une  nouvelle  subvention 
accordée  par  l'Académie  a  fourni  à  M.  Degrand  les  moA'ens 

1 .    \'i)ir  ci-upi-i'^s. 


rOUILLKS    EXÉCUTÉES    DANS    LE    TLJMULUS    DE    COSTIÉVO       645 

d'étendre  ses  recherches,  et  cesl  ainsi  qu'en  l'.)0;{  il  a  pu 
faire  des  fouilles  dans  le  fu/nuliis  de  Costiévo,  dit  «  Mo- 
nasfir  Moghila  »  ou  Tumulus  du  monastère .  Il  a  consig-né 
les  résultats  de  ses  recherches  dans  un  rapport  détaillé, 
accompagné  de  nombreuses  photoo^raphies,  et  qui  ne  le 
cède  pas  aux  précédents  pour  le  souci  de  la  plus  rigoureuse 
exactitude. 

M.  Degrand  a  relevé  trois  couches  de  sépultures.  Dans 
les  deux  premières,  les  tombes  présentent  de  grandes  ana- 
logies avec  celles  qu'avaient  fait  connaîti^e  les  fouilles  de 
1901  et  de  1902.  Là,  comme  dans  les  tumuli  du  Ratcheff 
Tépé  et  de  Metchkur,  les  cendres  et  les  ossements  prove- 
nant de  l'incinération  étaient  entourés  de  couches  superpo- 
sées de  pisé  et  de  terre,  et  l'enveloppe  extérieure  avait  été 
soumise  à  une  cuisson  qui  lui  donnait  une  certaine  consis- 
tance. Mais  ces  procédés  paraissent  avoir  été  employés 
avec  plus  de  négligence,  comme  si  les  rites  funéraires  com- 
mençaient à  être  moins  rigoureusement  observés.  Les 
objets  trouvés  aux  abords  des  tombes  rappellent  d'ailleurs 
de  très  près  ceux  qui  proviennent  des  fouilles  précédentes. 
Ce  sont  les  mêmes  vases  en  terre  grise,  les  mêmes  objets 
de  terre  cuite  qui  semblent  avoir  servi  de  supports  pour  les 
vases.  Les  iigurines  présentent  les  mêmes  caractères  de 
grossièreté  dans  l'exécution.  La  seule  pièce  nouvelle  est  une 
ligure  de  personnage  portant  un  vêtement  décoré  d'orne- 
ments en  forme  de  bandes  et  de  lignes  de  points. 

Si  les  rapports  chronologiques  avec  les  sépultures  du 
Ratcheff  Tépé  et  de  Metchkur  sont  évidents  pour  les  deux 
couches  inférieures ,  on  n'en  saurait  dire  autant  de  la 
couche  supérieure.  Les  observations  faites  sur  ce  point  par 
M.  Degrand  constituent  le  véritable  intérêt  de  ses  nouvelles 
fouilles.  Ce  n'est  pas  qu'il  soit  possible  d'établir  avec  cer- 
titude la  date  de  cette  série  de  sépultures.  Le  tertre  de 
Costiévo  a  été  en  eiTet  utilisé  pour  des  ensevelissements  à 
des  époques  très   différentes.  On  \  trouve  des  sépultures 


f)i(>     F()riM.i:s   KXKcriKKs   dans   i.i;    hmi  lis   di:  cosiikvo 

datant  de  lépocjue  loinaiiie.  ((tnime  lindiquent  des  déljri.s 
de  larges  tuiles  funéraires,  des  fragments  d'ex-voto  en 
marbre  représentant  le  type,  fréquent  dans  ces  régions,  du 
cavalier  thrace,  des  monnaies  de  Roemetalcès  I,  de  Trajan 
et  d'Aurélien.  Pourtant,  il  est  permis  d'ailirmer  que  cer- 
taines sépultures  odVent  des  tvpes  de  transition  qui  suc- 
cèdent chronologiquement  à  ceux  des  deux  couches  infé- 
rieures. M.  Degrand  signale  une  grande  jarre  de  terre 
cuite  contenant  les  restes  d'une  femme  avec  des  bracelets 
de  bronze;  c'est  un  mode  de  sépulture  qui  était  d'usage 
courant  dans  la  nécropole  de  Yortan ,  en  Mysie.  D'autres 
tombes  attestent  (pie  la  C(mtume  de  l'incinération  n"a  pas 
cessé  d'être  en  vigueur.  Mais  l'enveloppe  protectrice,  faite 
de  couches  de  pisé  et  de  terre  cpii  contenait  les  cendres,  a 
fait  place  à  de  grosses  pierres  brutes  ou  hâtivement  taillées. 
Les  vases  trouvés  près  de  ces  tondjes  sont  d'ailleurs  d'une 
fabrication  plus  fine  que  ceux  des  couches  inférieures  et 
sulïiraient  seuls  à  fournir  un  point  de  repèi-e  ciironologicpie. 
En  résumé,  le  lumuius  de  Costiévo  olTre  deux  catégories 
assez  bien  tranchées  de  sépultures  préhistoriques.  Les  unes, 
celles  des  deux  couches  les  |)lus  profondes,  relèvent  encore 
de  l'état  de  civilisation  1res  primitif  constaté  au  Tell 
llifchcff  et  à  Mo/ch/,ii/\  mais  elles  sendilent  attester  une 
sorte  de  décadence  eL  dv  négligence  dans  la  mise  en  leuvre 
des  matériaux.  Les  autres  appartiennent  ;i  \uu'  j)ériode  de 
transition  où  les  rites  funéraires  se  sont  niodiliés.  Les 
fouilles  de  nH).'{  ont  donc-  ajouté  des  éléments  nouveaux  à 
ceux  que  M.  Degrand  avait  réunis  avec  tant  de  soin  et  de 
conscience  dans  ses  recherches  antérieures. 


047 


IJVRES  0FF1':RTS 


M.  Senaiît  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

a  J'ai  riioiuieur  de  présenter  à  rAcadémie,  au  nom  de  l'auteur  et 
au  nom  de  M""  Menant,  à  qui  l'ouvrage  est  dédié,  deux  mémoires 
intitulés  :  Les  Pai^sis  à  la  cour  dWkhar,  par  Jivanji  Jamshedji  Modi, 
en  anglais,  avec  la  traduction  en  gujarati  (Bombay,  1903,  in-S"). 

«  Ces  mémoires,  dont  le  premier  a  d'abord  paru  dans  le  Journal 
Asiatique  de  Bombay,  ont  pour  objet  de  prouver  que,  contrairement 
à  une  thèse  récemment  mise  en  avant,  c'est  à  des  Parsis  de  l'Inde,  et 
non  de  la  Perse,  aux  dastours  de  Naosàri  et  nommément  à  leur  chef 
Meherji  Rânà,  que  revient  riionneur  d'avoir  incliné  favorablement 
au  mazdéisme  l'empereur  Akbar  dont  on  sait  que,  à  une  époque  de 
son  règne,  il  adopta,  avec  diverses  notions  religieuses,  notamment 
un  certain  culte  du  feu,  le  calendrier  et  des  fêtes  du  parsisme.  Cette 
démonstration  intéresse  surtout  le  ))on  renom  des  Parsis  de  l'Inde 
qu'on  avait  représentés  comme  incapables,  à  la  fin  du  xvr  siècle, 
d'exercer  une  influence  sérieuse  sur  un  esprit  cultivé  et  curieux 
comme  celui  d'Akbar.  On  sait  comment  sous  des  influences  diverses 
musulmanes,  parsies,  chrétiennes,  il  inclina  à  un  syncrétisme  religieux 
auquel  il  s'appliqua  à  donner  un  corps  et  toute  une  vie  rituelle.  C'est 
un  épisode  curieux  de  l'histoire  religieuse.  Rien  de  ce  qui  le  touche 
ne  saurait  être  indifférent.  M.  Modi  a  d'ailleurs  conduit  sa  discussion 
avec  beaucoup  de  pi-écision ,  de  clarté,  de  savoir.  Il  l'a  surtout 
appuyée  sur  la  publication  de  plusieurs  documents  inédits  et  qui 
méritaient  de  voir  le  jour.  Ce  sont,  entre  autres,  deux  firmans 
d'Akbar  d'où  il  ressort  que  le  dastour  Meherji  Rànâ  fut  l'objet,  de  la 
part  de  l'empereur,  d'une  donation  de  terre,  qu'il  s'était  donc  attiré 
par  certains  services  la  faveur,  la  reconnaissance  du  maître.  Cet 
ensemble  de  pièces,  outre  son  importance  pour  le  problème  spécial 
dont  M.  Modi  poursuit  la  solution,  présente  un  intérêt  paléographique 
et  historique  sérieux.  Je  ne  dois  pas  ouljlier  de  constater  ici  que 
c'est  aux  instances  de  M"*:  Menant,  dont  l'Académie  a  encouragé  le 
voyage  dans  l'Inde  et  les  recherches  sur  l'histoire  des  Parsis,  à  son 
initiative  zélée,  à  ses  démarches  persévérantes,  qu'en  est  due  la 
publication.  Ce  n'est  pas  la  seule  collaboration  que  lui  doive  ce  livre. 
Depuis  son  retour,  elle  a  su  retrouver  dans  les  papiers  d'Anquetil 
quelques    notes    intéressant    les    rapports   d'Akbar   avec   le   destour 


648  SÉANCE    DL"    23    DÉCEMBRE    1  Îj03 

Mt'luTJi  Hânà  (jui,  coiiHiuinicjuées  aussitôt  par  ulle,  ont  rouiiii  à 
M.  Modi  la  matière  et  l'occasion  du  mémoire  additionnel  dans  lequel 
il  a  cherché  à  confirmer  et  à  compléter  ses  premières  conclusions. 
On  voit  combien  il  est  juste  de  partager  notre  gratitude  entre  l'auteur 
et  M""'  Menant  pour  l'intéressant  envoi  dont  je  suis  heureux  d'être 
l'intermédiaire  auprès  de  l'Académie.  » 

M.  Gagnât  dépose  sur  le  bureau,  au  nom  de  M.  Monceaux,  le 
2*=  fascicule  de  son  Enquête  sur  r('i)i(/r;ij)liie  chn-licnne  <l'Afrif/ue 
(Paris,  1903,  in-B»  ;  exir.  fie  la  Revue  archi'-olo(ji([ue). 


SKAXCK   DU   MKHCUKDI   23  DKCKMHlîl 

Séance  avancée  au   nieic-redi  à  Ciuise   de  la  l'été  de  Noël. 


M.  le  .Miuislrc  de  riiislriuiioii  publique  et  des  beaux-arts 
adresse  au  Secrétaire  perpétuel  la  lettre  suivante  : 

Paris,  le   21   décembre    l'JO.i. 

Vous  avez  bien  vouki  m'annoncer,  le  lo  décembre  courant,  ipie 
l'Académie  des  inscriptions  el  ])elles-lettres  avait  décidé  di-  |)rèter 
son  concours  financier  à  nf)s  cbargés  de  mission  en  Kgvpte,  dans  le 
cas  où  s'ofTrirait  à  eux,  dans  des  conditions  exceptionnelles,  un 
papvrus  dont  les  ressources  mises  à  leur  disposition  ne  leur  per- 
mettraient pas  de  l'aire  l'accpiisition.  \'ous  me  dcmandie/  en  même 
temps  de  faire  connaître  à  nos  compalriotes,  actucllcnuiil  en  l^gvpte, 
(pi'en  pareilles  circonstances  ils  pourraienl.  parles  voies  les  plus 
rapides,  faire  a[)pel  à  l'Académie. 

■le  me  suis  empressé  de  faire  part  de  ces  bienveillantes  disposi- 
tions à  M.  Cliassinat.  en  le  |)riant  de  les  portt-r  h  la  connaissance  des 
membres  de  I  Inslilul  français  d'aicliéologie  oriciilaie  au  (iaire.  el 
des  égyplologues  fran<,"ais  (pii  s(tnl  en  relations  avec  cel  élablis- 
senu-nt. 


SÉA.NCK    DU    23    DÉCEMliUK    1903  049 

Désormais,  loules  les  fois  qu'une  mission  sera  envoj'ée  en  Egypte, 
je  ne  manquerai  pas  d'en  aviser  ses  membres. 

Pour  le  Ministre, 
Le  Directeur  de  l'enseignement  supérieur, 

Signé  :  Bayet. 

La  lettre  du  Ministre  est  renvoyée  à  la  Commission  des  tra- 
vaux littéraires. 

M.  S.  Keinagii  a  la  parole  pour  une  communication  : 
((  M  le  professeur  Herzog,  de  Goettingue,  en  poursuivant  des 
touilles  dans  les  ruines  de  TAsclépieion  de  Gos,  a  découvert  une 
grande  inscription  historique  d'une  haute  importance.  Gest  un 
décret  des  Coens,  voté  au  moment  où  leur  parvint  la  nouvelle 
que  les  Gaulois  avaient  subi  un  échec  devant  Delphes,  en 
novembre  '279.  Gos  envoie  des  députés  à  la  fête  des  Pythia  pour 
offrir  en  son  nom  un  mag'nifîque  sacrifice  au  dieu  de  Delphes, 
qui  était  apparu  en  personne  pour  repousser  les  envahisseurs; 
une  fête  en  l'honneur  de  cette  victoire  doit  aussi  être  célébrée  à 
Cos.  Le  décret  est  presque  entièrement  conservé. 

«  Au  cours  des  mêmes  fouilles,  on  a  découvert  des  lettres  de 
remerciements  adressées  par  des  villes  Cretoises  à  Cos  pour 
l'envoi  de  médecins.  Il  est  ainsi  prouvé  que  l'école  de  médecine 
organisée  dans  l'île  par  Hippocrate  continua  à  jouer  le  rôle  d'un 
grand  établissement  scientifique,  qui  se  faisait  représenter  à 
l'étranger  par  des  médecins  officiellement  délégués  à  cet  effet.  » 

M.  Héron  de  Villefosse  communique  à  l'Académie,  de  la  part 
du  docteur  Carton,  médecin-major  au  A''^  tirailleurs,  des  photogra- 
phies d'une  galerie  des  catacombes  chi'étiennes  d'Hadrumète 
dont  le  dégagement  vient  d'être  achevé.  Malheureusement  plu- 
sieurs galeries  menacent  ruine,  ce  qui  entraînera  une  dépense 
imprévue.  Il  y  a  des  tombes  dans  le  sol  même  des  galeries  ;  le 
tuf  a  été  creusé  de  manière  à  prendre  dans  chaque  excavation  la 
forme  même  du  corps  qui  y  était  déposé. 

Le  PRÉsn)ENT  annonce  que  l'Académie  a  élu  M.  Ilirschfeld,  de 
Berlin,  associé  étranger,  en  remplacement  de  M.  Mommsen, 
décédé,  et  M.  Michaelis,  de  Strasbourg,  correspondant  étranger, 
en  remplacement  de  M.  Ilirschfeld,  élu  associé  étranger. 


650 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  hiiieau  de  rAcadémie  le 
volume  des  Fouillés  de  la  province  de  Tours,  publié  par  .M.  Auguste 
LoNGNON,  membre  de  l'histitut  (Paris,  1903,  111-4"). 

M.  Barth  dépose,  en  son  nom,  sur  le  bureau,  une  l)rochure  inti- 
tulée :  Inxci-iption  sanscrite  du  Phou  Lok/ion,  Laos  (Hanoï,  1903, 
in-S"  ;  extr.  du  Bulletin  de  V Ecole  française  d' Extrême-Orient). 

M.  L.  Delisle  offre  à  l'Académie,  de  la  part  de  MM.  Léon  Dorez  et 
Pierre-Paul  Plan,  la  reproduction  phototypique  de  la  seconde  édition 
de  Pantagruel,  d'après  le  seul  exemplaire  connu,  que  la  Bibliothèque 
royale  de  Dresde,  avec  la  plus  louable  libéralité,  a  mis  à  la  disposi- 
tion des  éditeurs.  Cette  édition,  très  importante  pour  l'établissement 
du  texte  de  Pantagruel,  n'avait  pas  encore  été  convenablement  colla- 
tionnée. 

Dans  l'introduction  jointe  au  t'acsimilé,  MM.  Dorez  et  Plan  ont  très 
bien  défini  le  caractère  de  cette  édition.  Ils  y  ont  découvert  la  trace 
des  précautions  prises  par  Rabelais  pour  ménager  les  susceptibilités 
de  la  Faculté  de  tliéologie. 


ij 


i 


PÉRIODIQUES      OFFERTS 


Analecla  Bollandiana,  tome  XXII,  fasc.  I-IV  (Bruxelles,  1902  et 
1903,  in-8°). 

Annales  du  commerce  extérieur,  année  1902,  fasc.  11  et  12;  année 
1903,  fasc.  1  à  10  (Paris,  1902  et  1903,  in-S"). 

Archaeological  Institute  of  America.  American  Journal  of  Archaeo- 
lof/y,  second  séries,  vol.  VI,  n"»  4  à  6;  vol.  VII,  n"*  1  à  3  (New-York 
et  Londres,  1902  et  1903,  in-8°). 

Archivio  délia  R.  Socielà  Romana  di  atoria  patria,  vol.  XXV,  fasc. 
III-IV   (Roma,  1902,  in-8»). 

Atti  délia  R.  Accademia  dei  Lincei ,  anno  CCXCVIII.  Série  qiiinta. 
Classe  di  scienze  morali  storiche  et  filologiche.  Notizie  degli  Scatu', 
vol.  XI,  fasc.  1  à  7  (Rome,  1903,  in-8»). 

Biblioleca  Nazionale  Centrale  di  Firenze.  Bullettino  délie  puhblica- 
zioni  italiane  ricevute  per  diritto  di  stampa,  1903,  n"*  1  à  33  (Firenze, 
1902  et  1903,  in-S"). 

Bibliotlièque  de  V École  des  Chartes,  septembre-décembre  1902, 
janvier-août  1903  (Paris,  1902  et  1903,  in-8°). 

Bolelini  da  Real  Associaçao  dos  architectos  civiles  et  archeologos  por- 
tmjuezes,  1902,  n»*  6  à  12;  1903,  n°*  1  à  9  (Lisbonne,  1902  et  1903, 
in-8°). 

Boletin  de  la  Sociedad  espaTiola  de  excursiones,  n"*  118  à  123,  dé- 
cembre 1902  et  janvier-juillet  1903  (Madrid,  1902  et  1903,  in-8°). 

Boletin  de  la  Real  Academia  de  buenas  letras  de  Barcelona,  janvier- 
mars  1903  (Madrid,  in-S"). 

Bulletin  trimestriel  de  la  Société  archéologique  de  la  Touraine,  3''  et 
4«  trimestres  1902;  1",  2"  et  3»^  trimestres  1903  (Tours,  in-8°). 

Bulletin  historique  et  scientifique  de  l'Auvergne,  publié  par  l'Aca- 
démie des  sciences  de  Clei-mont-F'errand,  1902,  n°*  7-10;  1903,  n°*  1 
à  3  (Clermont-Ferrand,  1902  et  1903,  in-S"). 

Bulletin  de  la  Société  archéologique  de  Sousse,  n°  1,  1903,  l'^'"  se- 
mestre (Sousse,  1903,  in-8°). 

Bulletin  monumental,  publié  sous  les  auspices  de  la  Société  fran- 
çaise d'archéologie  et  dirigé  par  M.  Eugène  Lefèvre-Pontalis,  1903, 
n"  3  (Paris  et  Caen,  in-8»). 

1903.  44 


Go2  PÉRIODIQLKS    OFFERTS 

Bulletin  bimestriel  de  la  Soriélé  nrchéolorjiquo  d'Eure-et-Luij-,  a\  ril- 
mai-jiiillet-septembro-novoinbi-o  1903  (Chartres,  1903,  in-8°). 

Bull  lin  d' histoire  ecclésiastique  et  d'a/'cliéolcj^/ic  religieuse  des  dio- 
cèses de  Valence,  Gap,  Grenoble  et  Viviers,  livraisons  129-132,  janvier- 
septeml)re  1901;  janvier-mars  1902;  janvier-mars  1903  (Valence, 
in-8°  . 

Bulletin  de  la  Société  archéohxjiijue  du  Midi  de  la  France,  n°*  29  et 
30  (Toulouse,  1902  et  1903,  in-8°j. 

Bulletin  de  In  Sociélé  nationale  des  anii'/uaires  de  France,  1902 
(Paris,  in-8o). 

Bulletin  de  la  Sociéh'  d'hisloire  et  d'archi'oltxjii'  de  Genève,  lome  II, 
livraisons  0  et  7  (Genève,  1902,  in-S"). 

Bnllefin  international  de  l'Académie  des  sciences  de  Cracovie,  aoûl- 
décemine  1902;  janvier-mars  1903  (Cracovie,  1902  et  1903.  in-8»). 

Bulletin  archéologique  et  historique  de  la  Société  archéologii/ue  de 
Tarn-et-Garonne,  année  1902  (Monta>uban,  1902,  in-S"). 

Bulletin  des  Anli(/u:iires  de  la  Picardie,  année  1902,  4''  trimestre; 
année  1903,  1''  Irimestre  (Amiens,  1902  et  1903,  in-8»j. 

Bulletin  de  l;i  Diana,  juillel-décemi)re  1902;  janvier-avril  1903 
Monlbrisou,  1902  et  1903,  in-8''). 

Bulletin  de  la  Société  de  statistique  des  sciences  naluz-elles  et  di'S  arts 
industriels  du  déiiarlenient  de  l'Isère,  lome  \'I,  32''  de  la  collection, 
(Grenoble,  1902,  in-S"). 

Bulletin  de  la  Société  historique  de  Lisieux,  année  1902,  n"  1  t 
(Lisieux,  in-8"). 

Bulletin  de  la  Société  scientifique,  historique  et  archéologique  de  la 
Corrèze,  octobre-décembre  1902;  janvier-mars  1903  (Brive,  in-8°). 

Bulletin  de  la  Société  des  lettres,  sciences  et  arts  de  la  Corrèze, 
octobre-décembre  1902.  janvier-septemlire  1903  Mrive.  1902  et  1903, 
in-8"j. 

Bulletin  de  la  Société  d'agriculture,  industrie,  sciences  et  arts  du 
département  de  la  Lozère,  mai-décemlne  1902  ^Mende,  1902,  in-80). 

Bulletin  de  la  Société  archéologique,  scientifique  et  littéraire  de 
Béziers  (Hérault^  lome  IV,  2'-  livraison,  vol.  XXXll  de  la  collection 
(Béziers,  1902,  in-8»). 

Bulletin  de  la  Commission  archéologique  de  Xarhonne,  année  1902, 
3'^  et  4''  trimcsires;  aniu'c  1903,  f'' semcslre  Xarbonne,  1902  et  1903, 
in-8"  . 

Ilullelin  de  la  Société  liistorique  et  archéolngii/uc  du  l'érignrd , 
septembre-octobre  1902;  janvier-oclol^re  1903  (Pcrigueux,  19(12  et 
1903,  in-80). 


PÉRIODIQUES    OFFERTS  633 

Bullelin  de  la  Société  des  antiquaires  de  l'Ouest,  1002,  3«  et  4«  tri- 
mestres; 1903,  1"  et  2e  trimestres  (Poitiers,  1902  et  1903,  in-S"). 

École  française  de  Rome.  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire,  jan- 
vier-décembre 1902  (Paris  et  Rome,  in-S"). 

Epigraphia  Indica  and  Becnrd  of  the  archaeological  Survey  of 
India,  vol.  VII,  part.  VII,  juillet  1903  (Bombay,  in-8«). 

Gernian  American  Annals,  vol.  V,  n"*  4  à  9,  avril-septembre  1903 
(New-York,  in-8"). 

Gouvernement  général  de  Flndo-Chine.  Bulletin  économique, 
publié  par  la  Direction  de  l'agriculture  et  du  commerce,  n°*  14  à  17, 
février  à  mai  1903    Hanoï,  1903,  iu-8°). 

Greater  Light  [The),  vol.  4,  n°*  3  à  12;  vol.  5,  n^s  1  à  2  (New- York, 
in-8°). 

Journal  asiatique,  tome  XVIII,  n»*  3  et  t  ;  tome  XIX,  n°*  1  et  2 
(Paris,  1902  et  1903,  in-8°). 

Journal  de  la  Société  des  Américanisfes  de  Paris,  tome  IV,  n°  2  ; 
tome  !'='■,  nouvelle  série,  n°  1  (Paris,  1903,  in-8°). 

Journal  of  the  royal  Institute  of  British  architects,  vol.  X,  part  III 
(London,  1903,  in-i»). 

Journal  of  the  American  Oriental  Society,  edited  by  E.  Washburn 
Ilopkins  and  Charles  C.  Torrey,  tome  23,  2"  partie,  et  tome  24, 
l'''^  partie  (New-Haven,  Connecticul,  1902  et  1903,  in-S").  ■ 

Korrespondenzhlatt  der  Wesldeutschen  Zeitschrift  fiir  Geschichte 
und  Kunst,  21«  année,  n°*  11  et  12,  1902;  22«  année,  1  à  10,  1903 
(Trêves,  1902  el  1903,  in-8«). 

Machriq  (Al),  revue  catholique  orientale,  n°*  6  à  22,  1"»  mars  à 
la  novembre  1903. 

Mittheilungen  des  kaiserlich-deulschen  archaeologischen  Instituts. 
Athenische  Abtheilung,  Band  XXVII,  fasc.  I-IV  (Athènes,  1902  et 
1903,  in-8"). 

Proceedings  of  the  Society  of  Bihlical  archaeology,  vol.  XXV, 
parts  1  à  8  (London,  1902  et  1903,  in-8°). 

Proceedings  of  the  American  Philosophical  Society,  vol.  XLII, 
n"^  169  à  172  (Philadelphia.  1902  et  1903,  in-8«). 

Proceedings  of  the  Society  of  Antiquaries  of  Scotland,  1901-1902 
lEdinburgh,  1902,  in-8o). 

Proceedings  of  the  Society  of  Antiquaries  of  London,  vol.  XIX,  n"  1 
(London,  1902,  in-8o). 

Bendiconti  délia  reale  Accademia  dei  Lincei ,  série  V,  vol.  XI, 
fasc.  8  à  12;  vol.  Xll,  fasc.  1  à  6  (Roma,  1902  et  1903,  in-8°). 

Bevista  de  archivas,  bihliolecas  y  museos,  ano  VII,  n°  6,  juin  1903 
(Madrid,  1903,  in-8°). 


()54  PÉRIODigULS    UFFKRTS 

Revue  africaine,  n»»  246-250  (Alger,  1902  et  1903,  in-8»). 

Bévue  archéoloyique,  publiée  sous  la  direction  de  MM.  Georges 
Perhot  et  Salomon  Reinach,  membres  de  l'Institut,  tome  XXXIX, 
1903,  janvier-octobre  1903  (Paris,  1902  et  1903,  in-S"). 

Bévue  biblique  internationale,  pul)liée  par  l'Ecole  [)i-alique  d'études 
bibliques  établie  au  couvent  dominicain  Saint-Etienne  de  Jérusalem, 
n"^  4-6,  août-décembre  1902;  n°^  1-4,  janvier-octobre  1903  (Paris, 
1902  et  1903,  in-8°). 

Bévue  historique  et  arcliéologique  du  Maine,  année  1902, 2«  semestre  ; 
année  1903,  l'-^''  semestre  (Mamers  et  Le  Mans,  1902  et  1903,  in-H"). 

Revue  de  lliistoire  des  religions,  publiée  sous  la  direction  de 
MM.  Jean  Réville  et  Léon  Marillier,  novembre-décembre  1902;  jan- 
vier-août 1903  (Paris,  1902  et  1903,  in-8°). 

Bévue  des  questions  historiques,  livraisons  144-148  (Paris,  1902  et 
1903,  in-8°). 

Revue  latine  [La),  2<'  année,  n"  G,  2ii  juin  1903  (Paris,  in-B"). 

Revue  des  études  grecques,  tome  XVI,  n"  70,  mai-juin  1903  (Paris, 
in-8°). 

Revue  des  éludes  juives,  n"^  90  à  93,  octobre-décembre  1902;  jan- 
vier-septembre 1903  (Paris,  in-S»), 

Société  des  antiquaires  de  la  Morinie.  Bulb'lin    historique,   année 

1902,  fasc.  IV;  année  1903,  fasc.  I  et  II  (Saint-Omer,  1902  et  1903, 
in-8°). 

Société  archéologique  et  historique  de  VOrléanais,  3=  et  4-=  trimestres 
1902  (Paris  et  Orléans,  1902,  in-8"). 

Société  Floriniontane  d'Annecy.  Revuesavoisienne,  1 902,  4*  trimestre  ; 

1903,  1",  2«  et  3«  trimestres  (Annecy,  1902  et  1903,  in-8"). 
Studien  und  Mittheilungen  ans  deni  Benedicliner-  und  deni  Cistcr- 

cienser-Orden,  XWU,  fasc.  IV;  XXIV,  fasc.  I-IIl    Hrriin,  1901  et  1903. 

in-8°). 

Wesldcutsche  Zeitschrift  fiir  Geschichle  und  Kunsl.  21'  année, 
fasc.  I-IV;  22«  année,  fasc.  I-II    Trêves,  190.:  cl  1903,  in-B"). 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


Abou  Gosch  (Basilique  d'),  près 

Jérusalem,  166,  232. 
Afrique.  Culte  de  Mithra,  3S0, 337. 
— Inscriptions  chrétiennes, 459. 
Agnel   (Arnaud  d').    Inscriptions 
en  caractères  latins   et  grecs, 
avec    noms    celtiques,   décou- 
vertes à  Ventabren,  55,  58  ;  cf. 
105,   108.  —  Trésor  monétaire 
trouvé  à  Tourves  en  1366,  212. 
Alexandre  d'Abotonichos.  Oracle 
en  vers  (inscription  d"Antioche), 
57,  62. 
Alexandre    le    Grand.    Statuette 

découverte  à  Véïes,  478. 
Allier     de     Ilauteroche     (Prix), 
Commission,  5.  —  Rapport,  252. 
Altamira,    près   Santander   (Es- 
pagne ).     Peintures     préhisto- 
riques d'une  grotte,  255,  256. 
Ambrosionne    (Bibliothèque),    à 
Milan.    Manuscrit   d'IIygin    en 
notes  lironiennes,  168-169. 
Annuaire  général  de  V Indo-Chine, 
363. 

Antioche  de  TOronlo.  Inscription 

grecque    (oracle    d'Alexandre 

d'Abotonichos),  57,  62. 
Antiquités  delà  France(Concours 

des),  94,  190.  —  Rapport,  203, 

294,  295-305. 


Arabie,   Voyage    scientifique   du 

R.  P.  Germer-Durand,  597. 
Araméen  (Papyrus),  76,  364,  — 

Inscription,  267,  269. 
Arbois   de   Jubainville    (H.    d'). 
Commissions,  36.  —  Épitaphe 
découverte  à  Ventabren  et  con- 
tenant le  nom  gaulois  Venifoii- 
ta  et  le  nom  ligure  Quadrunia, 
105,  108.  —  Les  «  gourdeiziou  » 
bretons  et  leur  origine  babylo- 
nienne,  315.  —  Le    candetum 
gaulois,  329.  —  Éléments  de  la 
grammaire  celtique,  33.  —  Les 
Celtes  jusqu'en  Van  100  avant 
notre  ère,  605.  —  Observations, 
165. 
Arc  (Jeanne  d').  Origine,  très  pro- 
bablement    lorraine,     de    ses 
ascendants  paternels,  331;   cf. 
603. 
Archaeologia,  165. 
Archivisles-paléographes     (  Bre- 
vets des),  527. 
Artémis.    Statue    découverte     à 
Lesbos  et  attribuée  h  Strongy- 
lion,  164. — Tète  de  cette  déesse 
ayant    fait    partie   du    fronton 
oriental  du  Parthénon,  602. 
Associés  étrangers,  608,  649.  — 
Commission,  635. 


()o6 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


Assouan    (Egypte).     Inscriijtion 

araméenne,  267,  269. 
Athènes.  Congrès  archéolofiique 

international  de  lOO"),  241,  4")7. 
Augustin   (Saint).  Manuscrit  sur 

papyrus,  366  ;  cf.  602. 
Aveneau    de    La    Grancière.    Le 

.préhistorique    el     les    épor/ues 

gauloise,  fjnlln-roniuine  el  mérn- 

vini/ienne  dans  le  centre  de  In 

Bretagne  Armorii/ue,  46  L 
Avilius  Tores,  cocher  du  cirque. 

Inscription    en    son    honneur, 

19;i. 
Axiotakis.     Mines    aurifères    du 

mont  Tmolus,  73. 
Aynionior.  Découvertes  relatives 

à  l'histoire  du  Siam,  93. 

B.VBELON  (Ernest,.  Commissions, 
">,  206,  604.  —  Rapports,  44, 
48.  —  Grand  médaillon  dOr  do 
Constantin,  192.  —  Noie  do 
M.  Clermont-Ganneau  sur  une 
colonnette  avec  inscription  la- 
tine provenant  de  Leplis  Magna, 
201.  —  Xole  de  M.  Degrand 
svir  le  trésor  d'I/.ghi'rli,  36;i, 
390.  —  Leçon  d'ouverture  (h- 
son  cours  du  Collège  de  France, 
7"'».  —  Publications  diverses, 
397.  —  Hommages,  101,  |S(1, 
29(»,  4i:i,  632. 

Bajjylone.  Son  étendue,  dOl»,  CM. 

Ballu  (Albert).  Timgad  ;  Le  Mu- 
sée de  Timgad,  606. 

RAuniEn  DE  MEVNAno.  Commis- 
sions, 4,  0,  36,  479.  —  Hom- 
mages, 87,  152,  230,  603. 

Barnabe  d'Alsace  (R.  P.).  Ques- 
ti'iiis  de  to/inf/rup/iie  palesti- 
niennp,  307.  f,r-  loinheau  de 


la  Sainte  Vierge  à  Jérusalem, 
636. 
Barth  (A.).  Commissions,  4,  5, 
36,  479,  604.  —  Htéle  de  Val 
Phou  [Laos),  33.  —Inscription 
sansc7-ite  de  Phou  Lohhou 
(Laos),  17:;,  630.  —  Inventaire 
des  monuments  du  Cambodge, 
4~1-  —  Hommages,  40,  131, 
2'fO,  306,  493. 

Baimui'i.kmv  A.  de).  Commis- 
sions, 5,  36.  —  Rapport,  293. 

Basset  (Renéi .  Traité  de  métri(/ue 
arabe,  iVrl.  —  Publications  di- 
verses, 133. 

Rauchoud  (Maurice).  Un  hijpo- 
causle  gallo-romain  à  Bavarij, 
463. 

Baudouin  (Mondry).  Correspon- 
dant français,  642. 

Bayard  (Abbé).  Le  latin  de  saint 
Cijprien,  33. 

Bayel  Charles).  Inauguration  du 
Musée  de  Delphes;  nouvelles 
de  la  mission  de  Morgan,  212. 

Beaudoire  (Th.).  Genèse  de  la 
cri/ptogrnjdiie  apostolique,  60.J. 

Bel  Alfred  .Ae.s  Renou  Ghânya; 
La  Djàza,  603. 

lielh'l  Mgr  .  Iiio-ljihli,)(iraphii-dc 
M.  le  r/iannine  i'.  Chevalier, 
208. 

Bemi)o  Pieiroi.  Manuscrit  dllv- 
gin  en  notes  tironiennes  à  lui 
communiqué  par  le  pape  Jules 
11.  168,  169. 

Bénédite(G.).Lettresurlamorldc 
M.  (iomberl,  membre  de  Tlns- 
tilul  daichéologie  du  C;dre. 
204. 

lienoil  \ill.  lUdle  sur  papyrus, 
f38. 


TABLE    ALPHAIÎÉTIQLE 


6o7 


Bérard  (Victor).  Sceau  égyptien 

trouve  à  Ilagia  Triada,  près  de 

Phaistos  (Crète) ,    2!)4.  —  Les 

Phéniciens  et  l'Odyssée,  636. 

Beretta.  Inscription  celto- grecque 

de  Animes,  72. 
Berger   (Élie).    Candidat,  36,  44, 

72,  80,  206. 
Berger  fPhilippe).  Président  sor- 
tant,   1.   —   Allocution,    i.    — 
Commissions,   S,  206,   479.  — 
Rapports,  24.J.  —  Sarcophage 
peint  de  Carthage,  5.  —  Frag- 
ments  de   papyrus    signalés   à 
Bruxelles,  en  une  écriture  en- 
core indéterminée,   43.  —  Mé- 
moire de  M    Perdrizet  sur  une 
inscri|)tion  grecque  d'Antioche 
(oracle  d'Alexandre  d'Abotoni- 
chos),  67.  —  Épitaphe  punique 
d"unc  femme,  découverte  parle 
R.   P.   Delattre,  92,  94.  —  Ins- 
criptions   samaritaines    décou- 
vertes à  Damas,  92.  —  Nouvelle 
inscription    du    temple   d'Ecli- 
moun,   à    Sidon,    K')4,    166.    — 
Coupe  en  iilomh  avec  inscrip- 
tion   phénicienne    et   grecque, 
182.   188,  194.— Nouvelle  épi- 
taphe   de    prêtresse    carthagi- 
noise et  inscription  puniquesur 
une  amphore,  189,  197,  198.   — 
Lettre   de  M.    Bénédite   sur   la 
mort  de  M.  Gombert,  membre 
de  l'Institut   d'archéolofde    du 
Caire,  204.  —  Stèles  trouvées  à 
Sousse,  210.  —  Inscriptionjuive 
du  Touat,  232,  235.  —  Mission 
de  M.  Perdrizet  à  Sidon  (temple 
d'Echmoun),  252,  254.  —  Nou- 
velles urnes  à  inscriptions  dé- 
couvertes par  leR.  P.  Dclallre, 


311. — Inscriptions  de  la  Roche 
de  Trupt,  327. — Autre  disque  en 
plomb  avec  inscription  gréco- 
punique,  387.  —  Observations, 
470.  —  Hommages,  34,  53. 
Berger  (Prix  Jean-Jacques),  107. 

—  Commission,  36. 
Bengesco    (Georges).    Bihlior/ra- 

phie  de  Carmen  Sylva,  607. 
Bernifal  (Dordogne).  Figures  gra- 
vées sur  les  parois  d'une  grotte, 
215,  219. 
Berten  (D.).    Coutume   du   vieux 

bourg  de  G  and,  437. 
Beudant.  Un   coup  d'œil  sur  Va- 

rahe  moderne,  308. 
Bezold  (C).  Niniv  uml  Bahylon, 
54.  —  Bedeutung    der    Keilin- 
schriften    fiir   das   Al  te    Testa- 
ment, 606. 
Bihlinthcque  de  l'École  des  Char- 
tes. Tables  (1880-1899),  363. 
Bibliothèque  de  l'Institut.  Don  de 
plusieurs  ouvrages  d'Où spensky 
par  M.  Golénischeir,  33.  — Don 
des    ouvrages    manuscrits    de 
M.  Fournier  sur  Christophe  Co- 
lomb, 200. 
Bibliothèque    nationale.  Anciens 
catalogues  des  manuscrits,  439. 
Bhuichel       Souscription     Paul). 
Remise  du  reliquat  à  l'Acadé- 
mie et  fondation  d'une  médaille 
pour  une  découverte  relative  h 
l'Afrique  du  Nord,  41,  78,  181. 
Boccador  (Le).  Grande  part  prise 
par   lui    à    la   construction   de 
l'Hôtel  de  ville  de  Paris,  642. 
Bohème  (Croix  dite  de'i,  à  Estrées- 

les-Crécy,  211. 
Bohémonds  (Les),  princes  d'An- 
tioche, 389.    • 


638 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


Boisi.iSLE  (A.  DE).  Mémoires  de 
Saint-Simon,  346.  —  Le  (/rand 
hiver  et  la  diselfe  de  1709,  GOo. 
—  Hommage,  204. 

BoissiEB  (Gaston).  Commissions, 
4,  5,604,  63:i.  — Jubilé,  602.— 
Observations,  18lj,  193.— Hom- 
mages, 33,  53,  1)2,  113. 
Bonnet  (D"-).  Peintures  d'un  ma- 
nuscrit grec  et  d'un  manuscrit 
arabe  de  Dioscoride,  170,  330. 
liordin  (Prix).  Commissions,  5.— 
Rapports,  245,  319.  -Question 
proposée  pour  1905,  469. 
Boicué-Leci.eucq  (A.).  Commis- 
sion,  5.    —    Rapport,    245.    — 
Note  de  M.  d'Arbois  de  Jubain- 
ville  sur  le  candelum  gaulois, 
329.   —    Ptolémée   Kupator   et 
Xéos  Philopator,  366.  —  His- 
toire des  LiKjides,  460.  —  Ob- 
servations,   107,    185,    470.    — 
Hommage,  187. 

Bourdaret  (Emile).  Les  Coréens, 
463. 

BourgueL  (Emile).  Système  mé- 
trologique  de  Pheidon  dAr- 
gos,  349. 

BouTnoux  (Emile).  Statuts  de  la 
Fondation  Tbiers,  43. 

Hrachel  i\i\<r).  P;,tholof/ie  men- 
tale des  rois  de  France,  306. 

Bréal  (Michel).  Commissions,  4, 
5,  36,  604,  635.  -  Origine  du 
mot  otaooAoç,  470.  —  Observa- 
tions, 117,  137,  269. 

Riéliicr  (Louis).  Introduction  du 
crucifi.x  en  Gaule,  57,  67.  — 
Colonies  d'Orientaux  en  Occi- 
dent lin  coinnifineinent  du 
moyen  ;li/r,  239. 


Breuil    ,A})bé).    Figures    peintes 
sur  les  parois  de  la  grotte  de 
Fonl-de-Gaume,  116,    117.    _ 
Figures  gravées  sur  les  parois 
de  la  grotte  de  Bornifal,  215, 
219.  —  Peintures  de  la   grotte 
d'Altamira,  255,    256.  —  Gra- 
vures de  la   grotte  de  Tevjat, 
399,  407. 
Broussillon  (Comte  Bertrand  de  . 
Cartulaire  de  l'abbaye  de  Sui/it- 
Aii/)in    dWngers,    200.   —    La 
maison  de  Laval,  496. 
Brunet(Prix).  Commission,  5. — 

Rapport,  233. 
Bulgarie.  Fouilles  de  M.  De-^rand 
dans  la  vallée  de  la  Toundja,81, 
643,  644.  —  Sculpture  rupestre 
des  environs  de  Schumla,  349. 
—  Trésor  d'Izgberli,  365,  390. 
Bulletin  de  r.\cadémie,  53,  456. 
Bulh-lni  de  corrrsjionfbince  hellé- 

nidfue,  240. 
Bulletin      de     l'École     française 
li' Extrême-Orient,  111,415, 4:19. 
Bulliot.  Inauguration  de  son  buste 

à  Aiilun,  387,  496. 
Byblos.   Inscription   égyplo-plié- 
iiicieiine,  91 .  378. 

C.vGNAT  (René).  Coininissions,  4, 
5.  —Rapport,  319.  —  Souscrip- 
liou  Paul  HLincJK'l.  H.  -Char- 
gé de  représenter  IWcadémie 
aux  fêtes  du  cenloiiaire  de  la 
Société  archéologique  de  Cons- 
tant iiie,  166.— Lettres  de  .M.  le 
D""  Carton  sur  les  fouilles  de 
Sousse.  209,  268,  283.  —  Épi- 
la|)lic  métiique  mentionnant  la 
ville  de  Djebba  (  Thi;/ibba  ,2i't. 
—  Lampe  de  bron/.e  trouvée  à 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


Bo9 


Souk-Ahras,  311.  —  Rapport  de 
M.  Dûrrbaeh  sur  les  fouilles  de 
Délos.  419.  —  Timgad;  Le  Mu- 
sée de  Timgad,  606.  —  Hom- 
mages, 72,  77,  241,  464,  64S. 

Cais  de  Pierlas  (Comte  E.).  Chur- 
trier  de  l'abbaye  de  Saint-Pons 
hors  les  murs  de  Nice,  89. 

Callisto.  Représentation  des  aAen- 
tures  de  cette  nymphe  sur  une 
mosaï(|ue  trouvée  à  Villelaure 
et  sur  un  vase  d'argent  de  la 
collection  Dutuit,  168. 

Cambodge.  Les  rois  du  feu  et  de 
l'eau,  368,369. 

Candetum  gaulois  (Le),  329. 

Capecelatro  (S.  E.  le  cardinal). 
Hommage  de  catalogues  de  la 
Yaticane,  77. 

Capitan  (D').  Figures  peintes  sur 
les  parois  de  la  grotte  de  Font- 
de-Gaume,  116,  117.  —  Figures 
gravées  sur  les  parois  de  la 
grotte  de  Bernifal,  21".,  219;  — 
de  la  grotte  de  Teyjat,  399,  407. 

Carra  de  Vaux  (Baron).  Gazali, 
87. 

Cartailhac  (E.).  Peintures  de  la 
grotte  d'Altamira,  233,  236;  — 
de  la  grotte  de  Teyjat,  398,  399. 

Carthage.  Sarcophages  de  la  né- 
cropole punique,  3,  23,  177.  — 
Épitaphe  d'unefemme  punicpie, 
92,  94. —  Inscriptions  relatives 
aux  Telegenii,  106.  —  Coupe  en 
plomb  avec  inscription  phéni- 
cienne et  grecque,  181,  188, 
194.  —  Épitaphe  de  prêtresse 
et  inscription  sur  une  amphore, 
189,  197,  198.  —  Nouvelles 
urnes  à  inscriptions,  311.  — 
Nouveau  disque  en  plomb  avec 


inscription  gréco-punique,  387. 

—  Inscription  mentionnant  L. 
Ceionius  Commodus ,  420.  — 
Figurines  en  terre  cuite  trou- 
vées dans  la  nécropole  des  Rabs, 
421,  429.  —  Ossuaire  de  pierre 
avec  inscription  punique,  464. 

—  Grand  sai-copliage  de  marbre 
blanc,  633. 

Carton  (D'').  Fouilles  à  El  Kenis- 
sia,  près  de  Sousse,  209,  268, 
283,  398.  —  Découverte  de  ca- 
tacombes chrétiennes  à  Sousse, 
607. —  Catacombes  chrétiennes 
d'Hadrumète,  649.  —  L'hypo- 
gée du  labyrinthe  de  la  nécro- 
pole d'Hadrumète,  367.  —  Pu- 
blications diverses,  174. 

Castiglione  (Baldassare).  Corte- 
giano,  414,  416. 

Catalanos.  Mémoire  sur  les  mines 
aurifères  du  mont  Tmolus,  73. 

Cauchemé(V.).i'"o«î7/es  archéolo- 
giques dans  la  foret  de  Com- 
piègne,  634. 

Cavvadias.  Envoi  du  règlement 
du  Congrès  archéologique  in- 
ternational d'Athènes,  457. 

Ceionius  Commodus  (L.).  Men- 
tionné dans  une  inscription 
trouvée  à  Carthage,  420. 

Celtiques  (Noms),sur  deux  pierres 
découvertes  àVentabren,3D,  38. 

Céramique  grecque,  214,420,  437, 
478. 

Chabot  (Abbé  J.-B.).  Chronique 
de  Michel  le  Syrien,  70. 

Chameau.  Date  de  son  emploi 
dans  le  Sud-Oranais,  467. 

Chantre  (Ernest).  Répertoire  pa- 
léoethnologique de  Saône-et- 
Loire,  463. —  Les  (Coréens,  iQ3. 


660 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


Charles  le  Chauve.  Diplômes  ori- 
ginaux, 4o8. 

Charles  le  Simple.  Diplôme  ori- 
ginal, 459. 

Chassaigne  (Louis).  Bronzes  an- 
ciens delà  Charente,  291. 

Chassinal.  Rapport  sur  les  Ira- 
vaux  de  l'Institut  français  d'ar- 
chéologie orientale  du  Caire, 
399. 

Châtelain  (Emile).  Candidat,  36. 

—  Membre  ordinaire,  44,  :)5. — 
Commissions,  182,  329.  —  Ma- 
nuscrit d'ilygin  en  notes  tiro- 
nienncs.  168,  169.  —  Notes  ta- 
chygraphiques  des  manuscrits 
deTours  n"^  106  et  286, 368,  388. 

—  Palimpsestes  de  Turin,  101. 

—  Hommages,  309,  640. 
CuAiVEAU  (J.-B.-A.),  membre  de 

l'Académie  des  sciences. Chargé 
de  représenter  rinstilul  àl'inau- 
gurationde  la  statue  de  L.  Pas- 
teur à  Chartres,  209. 

Chauvet  (Gustave).  Bronzes  ;in- 
ciens  de  la  Charente,  291. 

CuAVANNES  fEdouard).  Candidat, 
36,  44,  72,  104.  —  Membre  or- 
dinaire, 80.  —  Commission, 
479. —  Mémoire  de  M.  Morisse 
sur  la  l;ini;iic  ol  récriture  Si- 
hia.  V.'>H.  —  Observations,  234. 

Chavée  (Prix  Honoré),  94.  — 
Commission,  36.  —  Rapport, 
206. 

Chechonk  1"-  (le  Sésac  de  la 
Bible).  KragnKul  de  stèle  avec 
les  cartouches  de  ce  pharaon, 
91,  378. 

Clieilu)  (R.  P.).  Ilisluire  de  Beij- 
roiilli  <le  Salili   Uni  Yahya,  74. 


Chevalier  (A.'.  Nouvelles  de  sa 
mission  au  lac  Tchad,  176,313, 
461. 

Chevalier  (Ulysse).  Le  suaire  de 
Lii-eij,  iX\. —  Sa  Bio-hibliofjra- 
phie  par  Mgr  Bellel,  208.  — 
Répertoire  des  sources  histo- 
riques du  moyen  âge,  603. 

Chine.  Aiguière  de  porcelaine, 
aux  armes  de  Jeanne  I""*^  de 
Naples,  234.  —  Langue  et  écri- 
ture Si-hia,  4r)8. 

Chrisme  constantinien,  417. 

Clédat  Jean).  Becherches  sur  le 
kôm  de  Baouit,  'o3. 

Clerc.  Bas-relief,  peut-être  ligure, 
découvert  à  Montsalier,  189. 

Ci.eumont-Ganneau    (Ch.).  Com- 
missions, 4,    0.  —   Inscription 
grectjue  l't   hébraïque  relative 
à  la  porte  de  Nicanor  à  Jérusa- 
lem, 41.  —  Le  mont  Ilermon  et 
son  dieu,  i-2,  44,  ">7.  —  Inscrip- 
tion latine  des  Croisades,  pro- 
venant   de    Saint-Jean    d'.\cre 
(épitaphe  de  dame  Brisa  ;  sta- 
tues de  style  égyptien  décou- 
vertes près  de  Tyr  et  iiorlant 
des      dédicaces      phéniciennes 
émanant  d'un  certain  Baalchil- 
lem,  fils  de   Baalyaton,  73.  — 
Papyrus  araméen  découvert  en 
Egypte,  76,  36  5.  —  Sépultures 
milhriaques  découvertes  à  Gui- 
gariche.près  de  Tripoli  de  Bar- 
barie, 70,  104.  —  Statuette  en 
bronze  du  Jupiter  Ileliopolita- 
nus,  89.  —  Fragment  de  stèle, 
trouvé  à  Djebaïl  (Byblos\  avec 
les  cartouches  du  phaiaon  Che- 
chonk I".  91.  378.  — Lettre  sur 
le  titre  d»'  Mil,-li  Melaliini  cou- 


TABLE    ALPHABETIQUE 


661 


tenu  dans  une  nouvelle  inscrip- 
tion du  temple  d'Echnioun  à 
Sidon,  103.  —  Colonnette  avec 
inscription  latine,  provenant  de 
Leptis  Magna,  201.  —  Inscrip- 
tions grecques  de  Gaza  ;  ère  de 
Gaza,  2ol.  —  Inscriptions  de 
Leptis  Magna,  328,  333.  — 
Explication  d'une  glose  grecque 
du  manuscrit  de  Tours  n°*286, 

388.  —  Notes  sur  le  atajpdiSci; 
6i'  f,u.à";  del'hymnedu  Trisagios 
et  sur  Ar,aà:,  nom  légendaire 
du  mauvais  larron  ;  sur  les  Bo- 
hémonds  princes    d'Antioche, 

389.  — Chartes  des  croisés  dans 
une  chronique  arabe,  398,  413. 
—  Le  chrisme  constantinien 
selon  Mas'oûdi,  416.  —  Note  de 
M.  de  Vogïié  sur  un  ossuaire  de 
pierre,  avec  inscription,  trouvé 
à  Cartilage,  465.  —  Inscriptions 
de  Palestine,  477,  479.  —  Ins- 
cription grecque  chrétienne  du 
mont  des  Oliviers,  641.  —  Re- 
cueil d'archéologie  orientale,  7o, 
326,  386,  460,  630.—  Observa- 
tions, 107,  456,  470.  —  Hom- 
mages, 113,  187,  288,  306,  468. 

Cnossos  (Crète).  Figurine  de  dan- 
seuse, en  ivoire,  168. 

Cocchi  (Igino).  La  Finlandia,  88. 

Cochin  (Henry).  Le  frère  de  Pé- 
trarque, 638. 

Collège  de  France.  Chaire  de 
langue  et  littérature  française 
du  moyen  âge,  597,  604. 

CoLLiGNON  (Maxime).  Commis- 
sions, 4,  206,  604.  —  Rapport, 
439,  440-456.  —  Mines  auri- 
fères du  mont  Tmolus,  73.  — 
Fouilles  de  M.  Degrand  en  Bul- 


garie, 80,  81,  643,  644.  —  Char- 
gé de  représenter  l'Académie  à 
l'inauguration  du  Musée  de 
Delphes  ,  136.  —  Têle  en  mar- 
bre trouvée  en  Egypte  et  déri- 
vant d'un  modèle  grec,  315.  — 
Note  de  M.  Naville  sur  le  fron- 
ton oriental  tlu  temple  de  Zeus 
à  Olympie,  347.  —  Index  du 
Catalogue  des  vases  peints  du 
Musée  national  dWthènes,  200. 
—  Origine  du  type  îles  pleu- 
reuses dans  Fart  grec,  468.  — 
Hommage,  241. 

Colonna  (Ferdinando).  //  Museo 
civico  di  Napoli,  174. 

Concile  iconoclaste  de  l'an  815, 
207. 

Concours  (Annonce  des),  528.  — 
Situation  pour  1903,  3.  —  Ju- 
gement des  concours,  521. 

Congrès  international  des  Ameri- 
can ist  es,  76. 

Congrès  international  des  études 
d'Extrême-Orient  tenuà  Hanoï. 
Compte  rendu  analytique,  186. 

Conseil  supérieur  de  l'instruction 
publique,  475. 

Constantin.  Grand  médaillon  d'or, 
192.  —  Inscription  mention- 
nant ses  trois  Qls,  243. 

Constanline.  Soucenir  du  cin- 
quantenaire de  la  Société  ar- 
chéologique, 250. 

Cordier  (Henri).  Eugène  Miinlz, 
76. 

Corpus  inscriptionum  latinarum, 
87. 

Corpus  inscriptionum  seniitica- 
rum,  288. 

Corpus  des  philosophes  byzantins, 
318,  329. 


662 


TABLE    ALPHABETIQUE 


Correspondants  étrangers,  642, 
648.  —  Commission,  604. 

Correspondants  français,  642.  — 
Commission,  604. 

Cos.  Décret  voté  par  les  haliitnnts 
lors  de  l'échec  des  Gaulois  de- 
vant Delphes,  649.  —  Envoi  de 
médecins  en  Crète,  649. 

Couve  (Louis).  7n(/ej;f/u  Catalogue 
f/cs  rase.s  pc/zi/s  du  Musée  natio- 
nal cl  Athènes  len  collaboration 
avec  M.  Collignon),  200. 

Crescini  (Vincenzo).  Gastone  Pa- 
ris, 287. 

Crète.  Fouilles  de  M.  Evans.  202. 

—  Voyez  aussi  Cnossos,  Ilagia 
Triada,  Phaistos. 

Croisades.  Chartes  dans  une  chro- 
nique arabe,  398,  413. 

Croiset  (Alfred).  Commissions, 
a,  319,  63.J.  —  Observations, 
137,  470. 

Croiset  (Maurice).  Candidat,  36, 
44,  80,  176.  —  Membre  ordi- 
naire, 206,  231 .  —  Commission, 
319.  —  Désigné  comme  lecteur 
pour  la  séance  publique,  319. 

—  La  morale  et  la  cité  dans  les 
poésies  de  Solon,  470,  r)81.  — 
Observations,  470. 

Cros  (Caj)itaine).  Fouilles  à  Tello, 

610,  618. 
Cii(|  l'Edouard).  Institutions  jiiri- 

<li<jues  (les  Uonutins,  o3. 

l);iiiiis.  Pajjyrus  araméen  décou- 
vert en  Egypte  et  daté  de  l'an  14 
de  son  règne,  76,  364. 

Di'brousse  (Legs).  Commission, 
609. 

De  Clercq  l)on;ition:.  Commis- 
sion, 206. 


Degrand.  Fouilles  dans  la  vallée 
de  la  Toundja  (Bulgarie),  81, 
643,  644.  —  Sculpture  rupestre 
des  environs  de  Schumla,  349. 

—  Trésor  d'Izghcrli,  30"),  390. 

—  Fouilles  en  Thrace,  464. 
Delattre  (R.  P.).  Sarcophages  de 

la  nécropole  punique  de  Car- 
thage,  5,  11,  23,  177.  —  Épi- 
taphe  punique  d'une  femme,  92, 
94.  —  Inscription  relative  aux 
Telegenii,  106.  —  Coupe  en 
plomb  avec  inscription  phéni- 
cienne et  grecque,  182,  188, 
194.  —  Epilai)he  de  prêtresse 
carthaginoise  et  inscription  pu- 
nique sur  une  amphore,  189, 
197,  198.  —  Inscription  de 
Djebba  i  Thigiba  Bure),  242.  — 
Nouvelles  urnes  h  inscriptions, 
311 . — Nouveau  discjuo  en  plomb 
avec  inscription  gréco-punique, 
387. — Inscription  latine  de  Car- 
tilage, mentionnant  L.  Ceionius 
Commodus,  420.  —  Figurines 
en  terre  cuite  trouvées  dans  la 
nécropole  punique  des  Rabs, 
421,  429.  —  Ossuaire  de  pierre 
avec  inscription  punique,  465. 

—  Grand  sarco])hagc  de  marbre 
blanc,  ÙX).  —  Pèlerinage  aux 
ruines  de  Carthage  et  au  Musée 
Larigerie,  et  i)ublications  di- 
verses, 7i),  88,  l'tO. 

Dei.isle  (Léopold  .Commissions, 
5,  36,  37,  182,  604,  609,  63:>.— 
Rapport,  190.  —  Peinture  de 
Jean  Fouccjuel  pour  les  Anti- 
quités de  Josèphe,  163.  —  Ma- 
nuscrit de  saint  Augustin  sur 
papyrus,  366,  602.  —  Lettre 
de  Mgr  Duchesne  sur  un  com- 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


663 


mencement  d'incendie  au  Vati- 
can, 476.  —  Deux  lettres  de  Ni- 
colas Le  Fèvre  au  P.  Sirniond, 
266.  —  Observations,  81.  — 
Hommages,  89,  133,  175,  200, 
208,  309,  323,  496,  602,  637^ 
650. 

Délos.  P'ouilles  de  M.  Diirrijach, 
347,  419,  422,  601. 

Delphes.  Restauration  du  Trésor 
des  Athéniens,  103,  166,  601. 
—  Inauguration  du  Musée,  116, 
136, 153,  176,  212.  —  Échec  des 
Gaulois  devant  cette  ville,  649. 

Dèmas,  le  mauvais  larron,  389. 

Derenbouug  (Ilartwig).  Nouveaux 
textes  yéniénites  inédits  (traduc- 
tion), 74.  —  Louis  de  (Uercq  et 
Gaston  Paris,  437. 

Desjardins  (Paul).  Télégramme 
annonçant  la  mort  de  M.  Gas- 
ton Paris,  104. 

Desplagnes  (Lieutenant  L.).  Tu- 
muli  du  Killi  [région  de  Goun- 
dam),  239. 

Dezeimeris  (Reinhold)  .P/;jn  <:/'ej:'é- 
culion  d'une  édition  critique  des 
Essais  de  Montaigne,  230. 

A'.aÇrJXo;.  Origine  de  ce  mot,  470. 

Diane.  Statue  trouvée  à  Santi- 
ponce,  38. 

Diels  (H.).  Fragmente  dcr  Vorso- 
kraliker,  112. 

Dieudonné  (A.).  Table  de  la  »  Bi- 
bliothèque de  PEcole  des  Char- 
les »  (1880-1899),  363. 

DiEULAFOY  (Marcel).  Installation 
au  Musée  de  Toulouse  des  col- 
lections découvertes  à  Martres- 
Tolosanes,.37. — NotedeM.José 
Gestoso  y  Perez  sur  une  statue 
de  Diane  découverte  à  Sanli- 


ponce,  38.  —  Observations,  206, 
467,  470. —  Hommage,  308. 

Dionysos.  Son  culte  en  Attique, 
234,  250,  253,  254,  269. 

Dioscoride.  Peintures  d'un  ma- 
nuscrit grec  et  d'un  manuscrit 
arabe  conservés  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  179,  330. 

Djebba.  Inscription  latine  don- 
nant le  nom  antique  de  cette 
localité,  Thigiha  Bure,  242; 
cf.  243. 

Dorez  (Léon).  Origine,  très  pro- 
bablement lorraine,  des  ascen- 
dants paternels  de. leanne  d'Arc, 
331  ;  cf.  603.  —  Publications  di- 
verses, 603.  —  Pantagruel  de 
Dresde,  650. 

Dougga.  Consolidation  du  Capi- 
tole,  42. 

Doutriaux  (André).  Un  hypocauste 
gallo-romain  à  Bavary,  463. 

Doutté(Edmond).Z.es<as(/e/)je/ves 
sacrées  dans  le  sud  du  Maroc, 
M  3. 

DucHESNE  (Mgr),  directeur  de 
l'Ecole  française  de  Rome.  Rap- 
port, 460.  —  Lettre  sur  un 
commencement  d'incendie  au 
Vatican,  476. 

Dunand  (Ph.-IL).  La  légende  an- 
glaise de  Jeanne  d'Arc,  135.  — 
Histoire  de  Jeanne  d'Arc,  629. 

Dupuis  (Charles-François).  Mo- 
nument élevé  en  son  honneur 
à  Échevannes  (Côte-d'Or),  367. 

Durand  (G.).  Monographie  de 
N.-D.  d'Amiens,  636. 

Diirrbach  (F.).  Lauréat  de  la 
grande  médaille  d'argent  dé- 
cernée pour  travau.x  archéolo- 
giques par  la  Société  centrale 


664 


TABLI-:    ALPH 


des  architectes  français.  231. — 
Fouilles  .'i  Délos,  :3i7,  412,  419, 
422. 

Durrieu  (Paul).  Loi  Irôa  riches 
Heures  du  duc  de  Bernj,  038. 

Dussaud  (Heiiéi.  Mission  dans  le 
S'a/a,  le  Hnournn  et  autres  re- 
liions de  lu  Sijrie  moyenne,  289. 

DuUiil  (C.ollecLioni.  Vase  d'arpent 
représcnlant  la  nymphe  Cal- 
listo,  10«. 

École   des   Charles.   Conseil    de 

perfectionnement,  457,  460. 
Écoles  françaises  d'Athènes  et  de 
Rome.  Commission,  4,  182.  — 
Rapport  par  M.  Colli<,nion,  439, 
440-456. 

École  française  crAthènes,  103, 
365,439.  — Donsde  M.  le  duc  de 
Loubat,  50,   92,  103,  178,  601. 

École  française  d'Extrême-Orient, 
163,  365,  368,  457.  —  Commis- 
sion, 4.  —  Dégâts  causés  par  le 
cyclone  du  7  juin,  310. 

École  française  de  Rome,  439, 460, 
476. 

Edhem-Bi-y.  Fouilles  à  Traites, 
78. 

Ecbert.  Vie  de  saint  Willilirnid, 
presque  entièrement  copiée  de 
celle  d'Alcuin,  92,  98. 

Ft^vtjle.  Tète  en  marbre  dérivant 
d'un  modèle  grec,  314. 

El  Kenissia  ,  près  de  Sousse. 
Fouilles  dn  D'Carton,  209,  268, 
283,  398. 

Émèse.  Bas-relief  avec  inscription 
grecque,  276, 

Enlart  (C).  Xolire  ljio;/r;ijdiif/ue 
sur  Euyrne  Miintz,  309. 


ABETIOLE 

Elrurie.  Commerce  des  vases 
attiques,  420. 

l^v.uigiles  apocryphes  ^  Nou- 
veaux), 246. 

Evans  (Arthur.  Figurine  de  dan- 
seuse, en  ivoire,  trouvée  à 
Cnossos,  168.  —  Fouilles  en 
Crète,  202. 

Finot  (Louis).  Lettre  sur  les  dé- 
gâts causés  par  le  cyclone  du 
7  juin  à  l'Ecole  française 
d'Extrême-Orient,  310.  —  Pa- 
rure d'or  découverte  à  My-Son 
(Annam),  600. 

Font-de-Gaume  (Dordogne  .  Fi- 
gures peintes  à  l'épocjue  paléo- 
lithique sur  les  parois  dune 
grotte,  116,  117,  130. 

Forniigny.  Bataille  de  1450,  206. 

FoucAUT  (Paul).  Commissions,  4. 
— Culte  de  Dionysos  en  Attique, 
234,  250,  253,  254,  269. 

Foucquet  (Jean).  Peinture  exécu- 
tée pour  les  Antiquités  de  Jo- 
sèphe,  103. 

Fournier.  Ouvrages  manuscrits 
sur  Christophe  Colomli  oITerts 
à  la  Bibliothèque  de  l'Institut, 
200. 

Franchi  de'  C^avalieri  P.j.  Codi- 
ces  Vatican!  latini,  77. 

Frœlici).  Inscriptions  de  la  Roche 
de   Tru pt.  331. 

Gariader      B.    P.    .     Fouilles    aux 

alentoursdela  basilicpic  il'Al)OU 

Gosch,  232. 
Garnier  (Fondation  Benoit  ,  177, 

25'*,  328.  316.  —  Rapport,  191. 
Gauckler    Pauli.  Découvertes  du 

B.  P.  Delattre  à   Carthage,  o, 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


660 


6.  —  Exploration  des  restes  de 
la  domination  romaine  dans  le 
Sud  de  la  Tunisie,  462.  —  Pu- 
blications diverses,  291.  —  Ob- 
servations, 315. 

Gaulois.  Leur  échec  devant  Del- 
phes, 649. 

Gauthier  1  Jules).  Correspondant 
français,  642. 

Gautier  (E.).  Inscription  juive  et 
monuments  épigraphiques  du 
Sahara  central,  232,  466. 

Gaza.  Inscriptions  grecques  ;  ère, 
251. 

Gérin-Ricard  (H.  de).  Inscriptions 
en  caractères  grecs  et  latins, 
avec  noms  celtiques,  55,  58; 
cf.  105,  108.  —  Trésor  moné- 
taire découvert  à  Tourves  en 
1366,  212. 

Gernian  (Wilhelm)./esus  von  Na- 
zareth, 605. 

Germer-Durand  (R.  P.).  Voyage 
scientifique  en  Arabie,  597. 

Gestoso  y  Perez  (José).  Statue  de 
Diane  découverte  à  Santiponce, 
38.  —  Nuovos  (lonimentos  Co- 
lomhinos,  308. 

Gilliodts-Van  Severen.  Coutumes 
des  pays  et  comté  de  Flandre, 
112. 

Gobert  (Prix),  246,  252.  —  Com- 
mission, 116. 

Goedoop.  Don  à  la  section  néer- 
landaise de  rÉcolc  française 
d'Athènes  pour  des  fouilles  à 
Ithaque,  001. 

Golénischeff.  Don  d'ouvrages 
d'Ouspensky  à  la  Bibliothèque 
de  ITnstitut,  33. 

Gombert,  membre  de  l'Institut 
français  d'archéologie  orientale 


du  Caire.  Lettre  de  M.  G.  Bé- 
nédite  sur  sa  mort,  204  . 

Gornicki  (Lucas).  Adaptation  po- 
lonaise du  Cortegiano  de  B. 
Castiglione,  414,  416. 

Goudéa.  Sceau,  37.  —  Statue  com- 
plète, 610,  618. 

Gourdeiziou  bretons.  Leur  ori- 
gine babylonienne,  315. 

Grandidier.  Collection  des  ou- 
vrages anciens  concernant  Ma- 
dagascar, 112. 

Grandmaison  (Charles  de),  cor- 
respondant. Décédé,  250. 

Grèce.  Ruines  franques  classées 
parmi  les  monuments  natio- 
naux, 56,  115. 

Grenfell.  Fragments  d'une  epi- 
tome  de  Tite-Live  dans  des 
papyrus  d'Oxyrhynchus,  268. 

Guesnon  (A.).  Puldications  di- 
verses, 325. 

Guigariche,  près  Tripoli  de  Bar- 
barie. Sépulcres  à  fresques,  79, 
350, 357. 

Habib  Zayat.  Les  bibliothèques 
musulmanes  de  Damas,  75. 

Hadrumète.  Catacombes  chré- 
tiennes, 649. 

Ilagia  Triada  (Crète).  Sceau  égyp- 
tien, 254. 

Ilalbherr  (Federico).  Sceau  égyp- 
tien trouvé  à  Phaistos  (Crète), 
2.j4. 

Hamdi-Bey.  Communication  du 
rapport  d'Edhem-Be}^  sur  les 
fouilles  de  Tralles,78. 

Hamy  (D''  E.-T.).  Commissions, 
4.  —  Rapport,  191.  —  Figures 
peintes  sur  les  parois  de  la 
grotte  de  Font-de-Gaume,  130. 


6()B 


TAlîLK    ALPHABÉTIQUE 


—  Nouvelles  (le  la  mission  Che- 
valier, 176,313.  —  Nouvelles  de 
la  mission  Lcnl'anl,  2'ii-,  388, 
461.—  Observations,  117,  193, 
467.  —  Hommages,  76,  88,  101, 
112,  464. 

IIavet  (Louis).  Rapport,  206.  — 
Deux  passages  des  Captifs  de 
Piaule,  117.  —  Interpolations 
dues  à  un  Grec  dans  les  Comé- 
dies de  Plante,  179.  —  Pronon- 
ciation du  latin,  184.  —  Divers 
passages  du  discours  de  Cicé- 
ron Pro  leçje Manilia  et  de  VAii- 
lularla.  de  Plante,  18o. — Obser- 
vations, 18;j.  —  Hommage,  199. 

Henry  (Victor).  La  tnaç/ie  dans 
l'Inde  antique,  495. 

Hermon  (Le  mont)  et  son  dieu, 
42,  44,  ")!. 

Hernandez  (  Forlunaloj.y-a.s/%)c<TS 
indifjenas  de  So/iora,  101. 

Hkhon  de  Villekosse  (A.).  Com- 
missions, 3,  604.  —  Chargé  de 
représenterrAcadémieà  linau- 
guralion  du  buste  de  M.  Hul- 
liol,  387.  —  Sarcophages  en 
marbre  blanc  de  la  nécropole 
punique  de  (^arlhage ,  ;j.  — 
Inscriptions  relatives  aux  Tele- 
f/enii,  106.  —  GralTiles  sur  des 
poteries  trouvées  au  sommet 
ihi  l'ny-de-Dôme,  165.  — Mo- 
saïcpie  de  Viliclaure  et  vase 
d'argent  de  la  collection  Dutuit 
représentant  la  nymphe  Cal- 
listo ,  168.  —  A((uarello  de 
M.  l'iiicli.irl  représentanl  la 
prêtresse  carthaginoise  décou- 
verte il  (iarlhage,  177.  —  Tré- 
sor monétaire  trouvé  à  Tourves 
en  13(')C,,  212.  —  Inscription  de 


Djebba  i  Thiijiha  Dure),  242.  — 
Inscription  latine  trouvée  à 
Cartilage  et  incntionnanl  L. 
Ceionius  Commodus,  420.  — 
P'igurines  en  terre  cuite  trou- 
vées dans  la  nécropole  punique 


des  Rabs,  421,  429. 


oyage 


scientifique  du  R.  P.  Germer- 
Durand  en  Arabie,  o97.  —  Dé- 
couverte de  catacombes  chré- 
tiennes à  Sousse,  607.  —  Lettre 
du  R.  P.  Delattre  sur  la  décou- 
verte d'un  grand  sarcophage  de 
marbre  blanc  à  Carthage,  635. — 
Catacombes  chrétiennes  dlla- 
drumèle,  649.  —  Nouveau  frag- 
ment daté  des  allocutions  d'Ha- 
drien à  l'année  de  Xumidie,  151 . 
—  Acquisitions  du  Musée  du 
Louvre  en  1902,  162. — Argen- 
terie et  bijoux  d'or  du  trésor  de 
Boscoreale,  175. —  Publications 
diverses,  437,  632.  —  Les  mo- 
saïques romaines  de  Villelaure, 
468.  —  Inscriptions  de  Taoura, 
473.  —  Discours  prononcé  à 
l'inauçjuration  du  buste  de  M.  G. 
Bulliot,  496.  —  Observations, 
602.  —  Hommages,  53,  75,  89, 
175, 367, 397,  630,  631,  632,  639, 
6i0. 

llcurl('i)ise  (R.  P.).  Inscription 
latine  de  Djebba,  242. 

IIeizkv  (Léon).  Commissions,  4, 
206.  —  Sceau  de  Goudéa,  37.  — 
Reprise  des  fouilles  de  Tello 
par  le  capitaine  Gros;  une  sta- 
tue complète  de  Goudéa,  610, 
618.  —  Observations,  165,  193, 
347.  —  Hommages,  179,  470. 

HiiiscuFELi)  |0.).  Associé  étran- 
ger, 649. 


TABLE    ALPHABETIQUE 


607 


Histoire  littérain;  de  la  France. 
Cominission,  182. 

HoMOLLE  (Th).  Remerciements  à 
M.  le  duc  de  Loubat  pour  les 
dons  par  lui  faits  à  l'Ecole  fran- 
çaise d'Athènes,  50.  —  Lettres 
au  Président,  103,176.  —  Lettre 
sur  le  Congrès  archéologique 
international-  d'Athènes  de 
1905,  241.  -  Fouilles  de  M. 
Diirrhach  à  Délos,  347,  412.  — 
Annonce  de  nouveaux  dons  faits 
à  l'École  d'Athènes  parM.M.  le 
duc  de  Loubat  etGoedoop,601. 

Houdard  (Georges).  Ln  richesse 
ri/thmiqiie  musicale  de  l'nnli- 
(jiiilé,  162. 

liunt.  Fragments  d  une  epiloine 
de  Tite-Live  dans  des  papyrus 
d'Oxyrhynchus,  268. 

Hygin.  Manusciùt  en  notes  tiro- 
niennes  à  l'Ambrosienne  de 
Milan,  168. 

Ignace,  patriarche  de  Constanti- 
nople.  Lettres  inédites  au  mo- 
nastère de  Vatopédi  (mont 
Athos),  38;  cf.  46  L 

Ignace  de  Nicée.  Lettres,  461. 

Imhoof-  Blumer.  Kleinasiatische 
Miinzen,  101. 

Ingoult.Embaumemeril  du  Christ, 
136. 

Inscriptiones  grœcœ,  397. 

Inscriptiones  f/rœcœ  ad  res  roina- 
iias  pertinentes,  77,  111. 

Inscriptions  :  araméenne,  270;  — 
assyrienne,  627; —  celto-ligure, 
105,  109;  —  égypto- phéni- 
cienne, 380,  381  ;  —  grecques, 
55,  57,  59,  62,  182,  194,  195, 
197,  277,  387,  480,481,482,483, 
1903. 


484,  641;  —juive,  230;—  la- 
tines, 55,  60,  73,  106,  107,  201, 
242,  335,  340,341,  342, 344,345, 
358,  360,361,420,486,489,  490, 
598,  608  ;  —  palmyrénienne, 
282  ;  —  phéniciennes,  20,  32, 
95,  157,  196,  197,  198,  312, 
387. 

Institut  français  d'archéologie 
orientale  du  Caire,  204.  —  Rap- 
port de  M.  Chassinat,  399. 

Investiijalions  at  Assos,  42. 

Bulgarie).   Trésor,    365, 
390. 


Izgherli 


Jeanne  P",  reine  de  Naples. 
Aiguière  de  porcelaine  chinoise 
à  ses  armes,  234. 

Jérusalem.  Inscription  relative  à 
la  porte  de  Nicanor,  41. 

Jirecek  (Constantin).  Die  Roma- 
nen  in  den  Stàdten  Dalmatiens 
wàhrend  des  Mittelalters,  199. 

JoRET  (Charles).  Notes  de  M.  le 
D''  Bonnet  sur  les  peintures 
d'un  manuscrit  grec  et  d'un 
manuscrit  arabe  de  Dioscoride, 
179,  331.  —  Bataille  de  Formi- 
gny,  205.  —  Bataille  de  For- 
gnij,  205.  —  J.-B.  Le  Chevalier, 
472.  _  Observations,  185,  470. 

Journal  des  Savants.  Comité,  699. 

Jovy(Einesi). Etudes  et  recherches 
sur  Bossuet,  386.  —  Opuscule 
attrihuable  à  Pascal,  412. 

Julien  (Prix  Stanislas).  Commis- 
sion, 36.  —  Rapport,  244. 

Jullian  (Camille).  Mode  de  for- 
mation des  cités  gauloises,  175. 
—  Publications  diverses,  397. 

Jupiter  Heliopolitanus.  Statuette 
en  bronze  provenant  de  Byblos, 

45 


(•)08 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


80.   —  Fragment  de  statuette 
(lu  Louvre,  384-  (cf.  91  n.  1). 

Kerviler  (René).  Ri'pertoire  (/('ité- 
rai (le  Jji()-bihli(j(/ra])hie  hrc- 
hmnc,   1()2. 

Kielliorn.  Inscriptions  de  VInde 
du  Sud,  40,  dol,  240,  306.  — 
Epigraphic  notes,  1;J2. 

Kohler  fCh.  '.  Cfiartes  de  l'.-ihl/.n/e 
X.-I).  (le  .J(jsapli;tl  ;  Mi'-lnnfjes 
pou  r  servir  à  riiisloire  de  l'Orient 
latin  et  des  Croisades,  30('). 

Kraushaar  (Alexandre).  Histoire 
de  la  Société  royale  des  amis 
des  sciences  de  Cracovie,  459. 

Lal)ande  fL.-Il.).  Les  niosa'i'fjues 
chrétiennes  de   Villelaurc,  4(18. 

Lacombe  (Paul).  Bihliof/rapliie 
J<>.s  travaux  de  M.  Léopold  De- 
lisle,  187. 

La  Granp^e  (Prix  de).  Commis- 
sions, 30,  182.  —  Rapport,  2'.t3. 

La  Grange  (R.  P.).  Correspondant 
français,  642. 

L.Mit  (Jules).  Commission,  36.  — 
Menijjre  du  Conseil  de  perfec- 
tionnement de  l'École  des 
Chartes,  460.  —  Observations, 
206.  —  Essai  sur  la  lialaille  de 
Forniif/ni/,  472. 

J.allcmand  (Léon).  Histoire  de  la 
charité,  470. 

Lainpakis.  Anti(/nilés  chrétiennes 
dr  la  (iri-rc :  Cuurcnl  de  /);i/iluii, 
l.il. 

Lasti.vhii  fC'omtc  Robert  ni;'.  Le 
Rcjccadorcl  M.  Maiius  \  aclion, 
642.  —  Commissions,  5,  36.  — 
Hommages,  630,  636. 
Latin  (Prononciation  du*,  18L 


L.\  Trémoïlle  CDuc  de).  Commis- 
sion, 36.  —  Madame  des  l'rsins 
et  la  succession  d'Espagne,  208. 

Leclère  (Adhémar).  Les  rois  du 
feu  et  de  l'eau,  368,  369. 

Lefèvre-Pontalis  (Eugène).  (Ion- 
grès  arcliéologiques  de  France, 
53.  —  Proj^ramme  du  Congrès 
archéologicjue  de  Poitiers,  162. 

Lefèvre-Pontalis  (Germain  .S'of//"- 
ces  allemandes  de  l'histoire  de 
Jeanne  d'Arc,  309. 

Lefranc  A.).  Prétendu  cinquième 
livre  du  Pan^aj/rue/ de  Rabelais, 
320. 

Léger  (Louis).  Commissions,  36, 
604.  —  Désigné  comme  lecteur 
à  la  séance  trimestrielle  de 
l'Institut,  416.  —  La  croix  de 
Bohême,  210. —  Le  (lortegiano 
de  B.  Castiglione  et  son  adap- 
tation polonaise  par  Lucas  Gor- 
nicki,  414,  416.  —  Hommages, 
199,  306,  459,  468,  469,  605. 

Lejay  (Paul).  OEuvres  d'Horace, 
640. 

Lenfant  (Capitaine).  Nouvelles  de 
sa  mission  au  Niger,  254,  328, 
3  46,  412,  457. 

Li'plis  ou  Lepcis  Magna  (Tripoli- 
(;iiiu'|.Colonii('tleavec  inscrip- 
tion latine  dédiée  à  Mercure  et 
à  Minerve,  20] .  —  Inscriptions, 
329,  333. 

Levillain  ,L.).  Publications  di- 
verses, 176. 

Ligures.  Nom  de  personne  sur 
une  inscrijUion  trouvée  à  Ven- 
labren.  105,  lOS.  —  Bas-relief 
trouve  à  Monlsalier,  IS9. 

Loisy  (Abbé).  Eludes  érangé- 
liques,  34. 


TABLE    ALPHARÉTIQLE 


009 


LoNGNON  (Auguste).  Commis- 
sion, 36.  —  Pouillés  de  la  pro- 
vince lie  Tours,  G.'jO. 

Lortet  (D').  Ln  faune  niomi/léc  de 
l'ancienne  Egypte,  288. 

Loubat  (Duc  de).  Dons  à  l'Ecole 
française  d'Athènes,  56, 92, 103, 
178,  601.  —Address  held  at  the 
American  Muséum  of  Xalural 
History  [New-York),  76.  —  Co- 
dex Vaticanus  n°  3773,  437.  — 
Gesammelte  Ahhandluiujen  zur 
Amerikanischen  Sprache  und 
Allprtliuniskunde,  464. 

Lôytved.  Envois  de  photogra- 
phies et  estampages,  89,  91. 

Eunet  de  Eajonquière  (Comman- 
dant). Inventaire  descriptif  des 
monuments  du  (Cambodge,  70; 
cf.  470. 

Lusignan  (Guy  de).  Nouveau  dic- 
tionnaire illustré  français-ar- 
ménien, 263. 

Macler.  Mission  dans  le  Safa,  le 
liaouran  et  autres  régions  de  la 
Syrie  moyenne,  289. 

Maçon  (Gustave).  Chantilly  et  le 
connétable  Henri  de  Montmo- 
rency, 325. 

Mâle(Emile|.  Influence  du  théâtre 
sur  l'art  à  la  fin  du  moyen  âge, 
330. 

Malouel  ou  Manuel,  peintre  guel- 
drois.  Miniatures  à  lui  attri- 
buées, 439. 

Manteyer  (G.  de).  Bibliographie 
d' Eugène  Mûntz,  309. 

Marmion( Simon). Miniatures  d'un 
ms.  de  Saint-Pétersbourg  à  lui 
attribuées,  74. 


Marsile  de  Padoue.  Defensor  mi- 
nor,  ouvrage  inédit,  601. 

Martin  (François).  Textes  reli- 
gieux assyriens  et  babyloniens, 
290. 

Martres-Tolosanes.  Installation 
des  collections  au  ]\Iusée  de 
Toulouse,  37. 

Mas'oûdi.  Le  chrisme  constanti- 
nien  suivant  lui,  417. 

Maspero  (Gaston).  Restauration 
des  grands  monuments  égyp- 
tiens, 399.  —  Rapport  de 
M.  Chassinat  sur  les  travaux  de 
l'Institut  français  d'archéologie 
orientale  du  Caire,  ibid. 

Mathuisieulx  De). Voyage  archéo- 
logique en  Tripolitaine,  467. 

Maurouard,  chargé  d'affaires  de 
France  à  Athènes.  Rapport  sur 
le  classement  comme  monu- 
ments nationaux  des  ruines 
franques  de  Chlemoutzi  et  de 
Sainte-Sophie  d'Andravida,  56; 
cf.  115. 

Melida  (José  Ramon).  Discursos 
de  medallas  y  antiguedades  du 
duc  de  Villahermosa,  413. 

Mély  (F.  de).  Aiguière  de  porce- 
laine chinoise  pi'ovenant  de 
Jeanne  I"=  de  Sicile,  234.  — 
Deux  sarcophages  anthropo- 
morphes découverts  à  Carthage, 
200. 

Mersekha.  Son  cartouche  sur 
deux  bas-reliefs  du  Sinaï,  160. 

Meunier  (Abbé  J.-M.).  La  pro- 
nonciation du  latin  classique, 
199. 

Mever  (Paul). Commissions,  4,  36, 
63'.).  —  Rapport,  2i6.  —  Con- 
grès international  des  sciences 


670 


historiques  de  Rome,    182.  — 
Observations,  185. 

Michaelis  (A.),  Correspondant 
étranger,  649. 

Michon  (Etienne).  Acquisitions 
du  Musée  du  Louvre  en  1902 
(en  collaboration  avec  M.  Héron 
de  Villcfossej,  102. 

Mithra.  Son  culte  en  Afrique,  350, 
357. 

Modcstov.  La  qucslione  rirusca, 
307. 

Modi(Jivanji  Jamsliedji,.  Les  Par- 
sis  à  la  cour  dWkbar,  647. 

MoMMSEN  (Th.),  associé  étranger. 
Décédé,  47o. 

Monceaux  (Paul  .  Recueil  général 
des  inscriptions  chrétiennes 
d'Africjue,  459,  464,  648. 

Montsalier  (Basses-Alpes).  Bas- 
relief  peut-être  ligure,  189. 

Moore  ((^larence  B).  Aboriginal 
niounds  of  thc  Florida,  472. 

Morgan  (De).  Fouilles  de  l'acro- 
pole de  Suse,  214. 

Morisse.  Langue  et  écriture  Si-hia, 
458. 

Moschetti  (Andréa).  //  .Vuseo 
civico  di  Padova,  318. 

MovAixC.  .  Lettre  relative  à  la 
médaille  décernée  par  la  So- 
ciété centrale  des  architectes 
français  pour  travaux  aichéolo- 
giques.  231 . 

Murray.  Snil/ihiri's  of  llw  Parthc- 
non,  Lit. 

Musée  Britannique.  C.uneiforni 
texls,  2f(). 

Musées  Capitolins.  l'ormation, 
605. 

Musées  di'  Sdiissc  [Les;,  77. 


TABLE    ALPIIABÉTIQLK 

My-Son  (Annam).  Découverte 
d'une  parure  d'or  par  M.  Par- 
nientier,  600. 


Naville,  Fronton  oriental  du 
temple  de  Zens  à  Olympie,  347. 

Xicanor  d'Alexandrie.  Inscription 
(jui  le  mentionne,  41. 

Nirvana.  Histoire  de  ce  mot,  107. 

Nobel  (Prix),  641. 

Normand  (Charles).  Hammam 
li'ihra  (Arjuae  Calidae),  pro- 
vince d'Alger,  241. 

Notes  tironiennes  du  manuscrit 
n°  286  de  la  Bibliothèque  de 
Tours,  368,  388. 

Xolicesel  extraits  des  manuscrits 
de  la  Bibliothèque  nationale , 
287. 

Odoacre.  Tessère  portant  son 
nom,  81. 

Oliviers  (Mont  des).  Inscription 
grecque  chrétienne,  641. 

01ympi(>.  Fronton  oriental  du 
temple  de  Zeus,  3^7. 

Omont  (Henri).  Commissions,  5, 
36,  329.  —  Rapport,  233.  —  Un 
plagiat  littéraire  du  xii*  siècle  : 
vie  de  saint  \Villibrord  par 
Egl)ert ,  presque  entièrement 
copiée  de  celle  dAlcuin,  92,  9H. 
—  Anciens  catalogues  des  ma- 
nuscrits de  la  Bibliothèque  na- 
tionale, 439.  — Bulle  de  Benoit 
VIII  sur  papyrus;  diplômes  des 
rois  de  France  accjuis  par  la 
Hibliolhèqne  nationale,  458.  — 
Note  du  H.  P.  Pargoire  sur  les 
lettres  attribuées  à  Ignace  de 
Constantinople,  461.  — Antho- 
logie des  poètes  latins,  dite  de 


TABLE    ALPHABETIQUE 


671 


Saiimaisp  ;  Psnulier  de  saint 
Louis,  I  14.  —  Manuscrit  prove- 
nant des  Dominicains  de  Sainte- 
Croix  de  Ilitishonne ,  23U.  — 
Discours  prononcé  au  (Congrès 
des  Sociétés  savantes  à  Bor- 
deaux, 2r)3.  —  Liste  des  recueils 
de  facsiinilés  et  des  reproduc- 
tions de  manuscrits  conservés 
à  laBibliotlièque  nationale,  346. 

—  Manuscrits  de  la  bibliothèque 
de  sir  Thomas  Phillipps  ré- 
cemment ac(/uis  pour  la  Biblio- 
thèque nationale;  Nouvelles 
acquisitions  du  département  des 
manuscrits  {['dm-i'èQ-l),  415.  — 
Hommage,  188. 

Oppert    (Gustave).     Tharshih    et 

Ophir,  290. 
Oppert  (J.).  Commissions,  u,  36. 

—  L'étendue  tle  Babylone,  609, 
Gli.  —  Das  Lautsystem  des 
Altpersischen,  253.  —  L'année 
de  Méton,  253.  —  lahveh?  367. 

—  Observations,  470,  635.  — 
Hommages,  54,  240,  290,  606. 

Ordinaire  (Prix).  Commissions,  5, 
479.  —  Rapport,  244.  —  Ques- 
tion proposée  pour  1906,  602. 

Orléans  (La  Grande  Mademoi- 
selle, fille  de  Gaston  d').  Bé- 
flexions  sur  les  huit  béatitudes 
du  sermon  de  J.-C.  sur  la  mon- 
tagne, 204. 

Ormesson  (M.  d'),  ministre  de 
France  en  Grèce.  Lettre  sur 
les  monuments  francs  en  Grèce, 
114. 

Ornithocomé.  Plaque  en  bronze 
mentionnant  la  synagogue  de 
celte  ville,  214. 


Osiris  (Prix).  Commission  prépa- 
ratoire, 36-37. 

Ouspensky.  Don  de  plusieurs  de 
ses  ouvrages  à  la  Bibliothèque 
de  rinstitut  par  M.  Goléni- 
schefT,  33. 

Oxyrhynchus.  Papyrus  contenant 
des  fragments  du  Nouveau 
Testament,  188  ;  —  des  frag- 
ments d'une  epitome  de  Tile- 
Live,  268. 

Paléolithique  (Epoque).  Figures 
de  la  grotte  de  Font-de-Gaume, 
116,  117;  de  celle  de  Bernifal, 
215,  219. 

Palestine.  Inscriptions  diverses, 
477,  479,  641. 

Palmyréniens  (Monuments),  276. 

Papyrus.  Fragments  en  une  écri- 
ture indéterminée  signalés  à 
Bruxelles,  43.  —  Papyrus  ara- 
méen  découvert  en  Egypte,  76. 

—  Les  Perses  de  Timothée,  137. 

—  Fragments  du  Nouveau  Tes- 
tament trouvés  à  Oxyrhynchus, 
188.  — Lettres  du  Ministre  de 
l'instruction  publique,  633, 648. 

Pargoire  (R.  P.).  Lettres  d'Ignace 
de  Nicée,  461. 

Paris.  Découvertes  gallo-ro- 
maines, 138,  142.  —  Grande 
part  prise  par  le  Boccador  à  la 
construction  de  l'Hôtel  de  ville 
de  Paris,  642. 

P.^ms  (Gaston).  Commissions,  4, 
36.  —  Nouvelles  de  sa  santé, 
76.  —  Décédé,  104.  —  Lettres 
de  condoléances  du  Président 
de  la  Société  royale  de 
Londres,  1 15  ;  et  de  l'Académie 
Britannique,  153. 


672 


TABLE    ALFIIAlUniOLi; 


Parthénon.  Tète  crArténiis  ayant 
fait  partie  du  fronton  oriental, 
602. 

Pasteuu  (L.).  Inauguration  de  son 
monument  à  Chartres,  209. 

Perdrizet  (Paul).  Inscription 
grecque  d'Antioclie  i  oracle 
d'Alexandre  d'Abotonichos), 37, 
62.  —  Plaque  en  bronze  men- 
tionnant la  synagogue  d'Orni- 
thocomé,  21  i.  —  Mission  à  Si- 
don  (temple  d'Echmoun),  2o4. 

—  Lettre  sur  un  relief  trouvé  à 
Phaistos  (Crète),  478. 

Peruot  (Georges).  Président,  3. — 
Allocutions,  3,  40,  104,  476.  — 
Discours  à  la  séance  pui)lique 
annuelle,  497.  —  Commissions, 
37,  609.  —  Avis  au  sujet  du 
texte  des  hommages  destinés  au 
Bulletin,  33.  —  Dons  de  M.  le 
duc  de  Loubat  à  l'École  fran- 
çaise d'Athènes,  178.  —  Ilis- 
loirc  (le  Vnrl  dnna  r;inll(jiiilr , 
470.  —  L'ilécyre  de  Tércnce  et 
la  Dnmcaux  Cainéliwi  d'A.  I)ii- 
nius  /ils,  00").  —  Observations, 
163,  467.  —  IliiMiniagcs,  42, 
131,  183,  291,  346,  468. 

Pelerson  i  A.).  Facsimilés  de  deux 
papyrus  (rOxyrhynchus  Nou- 
veau Testament^,  188. 

Peyrony.  Figures  gravées  sur  les 
parois  de  la  grotte  de  Bernifal, 
213,  219;  de  la  grotte  deT.yjat, 
399,  407. 

Phaistos  (Crète).  Sceau  égyptien 
trouve  près  de  cette  ville,  233. 

—  Helief    sur   un    carafon    de 
pierre,  478. 

Pheidon  d'Argos.  Système  mé- 
trologique,  3'fO. 


Pliili[)pe  le  Bon,  duc  de  Bour- 
gogne. Ms.  enluminé  provenant 
de  sa   bibliothèque,  74,  76,  80. 

Piclion.  Lacfance,  112.  —  De  ser- 
none  amatorio  apud  lalinos  ele- 
rjiaruin  acriptores,  113. 

Picot  (Kmile).  Commissions,  3, 
.36.  _  Rapport,  293.  —  Chargé 
de  l'examen  d'un  mémoire,  476. 
—  Statue  de  Vénus  offerte  à 
François  /''',  73.  —  Chants  histo- 
riques français  du  XVI"  siècle, 
287.  —  Observations,  81.  — 
Hommages,  133,  187,  607. 

Piellat  (A.  de).  Peintures  de 
l'église  Saint-Jérémie  d'Abou 
Gosch,  233. 

Piot  (Fondation),  269,  463.- Hap- 
j)orts,  44, 48, 232.  —  Monuments 
et  Mémoires,  42.   111,  133,  468. 

Pizzi  i^Italo).  L'Isl.imismo,  437. 

Plan  (P.-P.)-  Panlaçjruel  de 
Dresde,  630. 

Planchenault  (A.).  Cartulaire  du 
chapitre  de  Sainl-I.aiid  d'An- 
fjers,  230. 

Plante.  Deux  passages  des  Cap- 
tifs. 117.  —  Interpolations  dues 
à  un  (irec  dans  les  comédies 
de  ci'l  auteur,  179.  —  AuUila- 
ria,  183. 

Plessis  (Frédéiic!.  OKuvres d'Ho- 
race, 640. 

Pognon.  Version  si/riaque  îles 
Aiihorismes  il'IIijtiiocrate,  113, 

Porni-.H  Kdmond).  Commissions. 
20(1.  319.  —  I/auteur  du  vase 
grec  trouvé  à  Suse,214.  — Noie 
de  M.  Degrand  sur  une  sculp- 
ture rupestie  des  environs  de 
Schumla,    349.    —   Commerce 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


673 


des  vases  attiques  en  Étrmio, 
420.  —  Rapports  de  la  céra- 
mique grecque  avec  le  grand 
art;  invention  de  la  figure 
rouge,  437,  470.  —  Relief  trou- 
vé à  Phaistos  (Crète),  478.  — 
Condition  sociale  des  fabricants 
de  vases  en  Grèce,  478.  —  Ob- 
servations,  193,  347.  —  Hom- 
mage, 292. 

Poulie  (J.-A.),  correspondant. 
Décédé,  41. 

Prosper  (R.  P.).  Inscriptions  de 
Palestine,  477,  479.  —  Inscrip- 
tion grecque  chrétienne  du  mont 
des  Oliviers,  641. 

Prost  (Prix  Auguste).  Commis- 
sion, 36,  269.  —  Rapport,  293. 

Ptolémée  Eupatoret  Néos  Philo- 
pator,  366. 

Puy-de-Dôme.  Grafïîtes  sur  des 
poteries  trouvées  au  sommet 
de  la  montagne,  16j. 

Quadrunia.  Nom  ligure,  108. 

Rabelais.  Prétendu  cinquième 
livre  du  Pantagruel,  320. 

Recueil  des  anciennes  coutumes 
de  la  Belgique,  437. 

Reinach  fSalomon).  Rapport  sur 
le  Concours  des  Antiquités  de 
la  France,  203,  294,  29o.  — 
Inscriptions  en  caractères  grecs 
et  latins,  avec  noms  celtiques, 
découvertes  à  Ventabren,  oo. 
—  Ms.  de  Saint-Pétersbourg 
provenant  de  Philippe  le  Bon 
et  contenant  des  miniatures 
relatives  à  l'histoire  de  France, 
74,  76,80.  —  Fouilles  d'Edhem- 
Bey  à  Traites,  79.  —  Le  sculp- 


teur Strongylion,  164.  —  Figu- 
rine de  danseuse  trouvée  à 
Cnossos ,  168.  —  Bas-relief, 
peut-être  ligure,  découvert  à 
Montsalier,  189.  —  Inscription 
relative  à  l'aurige  Avilius  Teres, 
193.  —  Fragments  d'une  epi- 
tome  de  Tite-Live  dans  des  pa- 
pyrus d'Oxyrhynchus,  268.  — 
Portraits  de  la  famille  de  saint 
Louis  dans  la  chapelle  du  châ- 
teau de  Saint-Germain-en-Laye, 
319.  —  Note  de  M.  Bourguet 
sur  le  système  métrologique  de 
Pheidon  d'Argos,  349.  —  Minia- 
tures d"un  missel  du  couvent 
de  Salem,  attribuées  à  Malouel 
ou  Manuel,  peintre  gueldrois, 
439.  —  Statuette  d'Alexandre  le 
Grand  découverte  à  Véïes,478. 

—  Décret  des  habitants  de  Cos, 
voté  au  moment  de  l'échec  des 
Gaulois  devant  Delphes,    649. 

—  Recueil  de  têtes  antiques 
idéales  ou  idéalisées,  188.  —  Le 
musée  chrétien  du  château  de 
Saint-Germain-en-Laye ,     468. 

—  Observations,  80,  315,  4o8, 
467.  —  Hommages,  107,  117, 
138,  16b,  291,  464,  472,  636. 

Reinach  (Théodore).  Les  Perses 
de  Timothée.  137.  — Inscrip- 
tion grecque  d'Orchomène ren- 
fermant deux  actes  d'affran- 
chissement, 635.  —  Jewish 
Coins,  632. 

Répertoire  d'épigraphie  sémi- 
tique, 40,  397. 

Révillout  (Eugène).  Nouveaux 
Evangiles  apocryphes,  246. 

Revue  d'assi/riologie  et  d'archéo- 
logie orientale,  179. 


674 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 

Catalogue   des       Saglio    !  Edmond  .    Dictionnaire 
des  antiquités  grecr/ues  et  ro- 


Ridder   (A.    de 

vases  peints  de  la  Bibliotlièque 

nationale,  134,  180.  niaines,  71,  325. 

RivièrofEmilcj.Découvcilesgallo-       Sahara  central.  Inscription  juive 


romaines  à  Paris,  138,  142. 

Roche  de  Trupt  (La).  Inscrip- 
tions, 327. 

Rodocanachi  (Emmanuel).  For- 
mation des  Musées  Capitolins, 
601). —  Facsimilé  des  Réflexions 
sur  les  huit  Iiéatitudes  du  s<'/'- 
nion  de  J.-C.  sur  la  montagne, 
altribuécs  à  la  Grande  Made- 
moiselle, 204. 

Rome.  Congrès  international  des 
sciences  historiques,  43,  89, 
103, 182.  — Centenaire  de  l'ins- 
tallnlion  de  FAcadr-mio  de 
F'rance  à  la  villa  Médicis,  iOo, 
115.—  Formation  des  Musées 
Capilolins,  003. 

Ronzevalle  (R.  P.).  Revue  arabe 
Al  Machrif/,  70. —  Inscriptions 
samaritaines  découvertes  à  Da- 
mas, 92.  —  Analyse  de  son 
mémoire  sur  un  l)as-reli(;f  trou- 
vé à  Émèse  et  plusieurs  monu- 
ments palmyréniens,  276. 

Roufjuetle  iD',.  Découverte  d'une 
lampe  de  bronze  à  Souk-.\lnas, 
311. 

Rouvier  (D""  Jules).  Nouvelle  ins- 
cription du  temple  d'Echmoun 
à  Sillon,  166. —  Les  rois  phéni- 
ciens de  Sidon  d'après  leurs 
monnaies,  291. 

Ruelle  l'Ch.-E.).  Traité  astrono- 
mique faussement  attribué  h 
Jean  Tzelzès,  413.  —  Biblio- 
graptiie  de  la  Montagne  Sainte- 
Geneviève,  029, 


et  monuments  divers,  460. 

Saige  (Gustave).  Chartrier  de 
Vabhaije  de  Saint-Pons  hors  les 
murs  de  Xice,  89. 

Saint-Aignan  R.  P.  Paul  de).  En- 
voi de  monuments  antiques  do 
Tyr  cl  des  environs,  72. 

Saint-Germain-en-Laye  (Château 
de).  Portraits  de  la  famille  de 
saint  Louis,  319. 

Saint-Jean-d'Acre.  Inscription  la- 
tine dos  Croisades  (épitaphe  de 
dame  Brisa),  72. 

Saintour  'Prix"».  Rapport,  243. 

Saint-Pétersbourg  (  Bibliolhocjue 
impériale  de\  Ms.  enluminé 
provenant  do  Pliiliiipi'  le  Bon, 
74,  76,  80. 

Salem.  Missel  do  ce  couvonl, 
avec  miniatures  attribuées  au 
|)ointre  gucklrois  Maloucl  ou 
Manuel,  439, 

Santiponce  (Espagne).  Statue  de 
Diane,  38. 

Sauor  (Bruno).  Tète  dWrtémis 
ayant  fait  parlii-  du  fronton 
oriental  du  Parthénon,  601. 

Savigné  (E.-J.).  Ilistoirede  Sninte- 
Colomhe-làs-Vienne,  639.  —  Un 
couplet  de  la  Marseillaise  et 
Vabbé  Pessonneaux,  631. 

Savoye.  Répertoire  paléoethnolo- 
gique de  Saône-el-Loire,  463. 

Schischmanov  (L).  Gliick  und 
Ende  einer  beriihinten  litera- 
rischen  Mijstification  (  VedaSlo- 
rrvi.T  1,468. — Recueilde  folklore, 
science  et  lillér:ttur<\  60)i. 


TARLE    ALPHABÉTIOUK 


67o 


ScHLu.MBERGER  (Gustave).  Com- 
missions, 0,  319.  - —  Analyse 
du  rapport  de  M.  Maurouard 
sur  le  classement  comme  mo- 
numents nationaux  des  ruines 
franques  de  Chlemoutzi  et  de 
Sainte-Sophie  d'Andravida,  56. 

—  Mémoire  de  M.  Bréhier  sur 
l'introduction  du  crucifix  en 
Gaule,  57.  —  Tessère  avec  les 
noms  de  l'empereur  Zenon , 
d'Odoacre  et  de  Symmaque,  81 . 

—  Rapport  sur  diverses  études 
relatives  à  la  basilique  d'Abou 
Gosch,232.  —  Hommages,  239, 
306. 

Schrœder.  Lettre  sur  une  nou- 
velle inscription  du  temple 
dEchmoun  à  Sidon,  155. 

Schiaparelli  (Giovanni).  Uaatro- 
nomia  delV  anfico  Tesfamrnin, 
437. 

Schumla  (Bulgarie).  Sculpture 
rupestre,  349. 

Séance  publique  annuelle,  497. 

Seler  (Ed.).  Codex  Vaticanus 
n°  5775,  437.  —  Ahhandlun- 
gen  zu r  Amerikanischen  Sprach- 
und  Aller Ihuniskunde ,  464. 

Senart  (Emile).  Commissions,  4, 
5,  36,  182,  479,  635.  —  Rap- 
ports, 244,  457.  —  Histoire  du 
mot  nirvana,  107;  cf.  186. — 
Mémoire  de  M.  Adhémar  Le- 
clère  sur  les  rois  du  feu  et  de 
l'eau,  368.  —  Lettre  de  M.  Fi- 
not  sur  une  parure  d'or  ti-ouvée 
à  My-Son  (  Aiinam) ,  600.  — 
Hommages,  70,  186,  647. 

Serruys  (Daniel).  Lettres  inédites 
du  patriarche  Ignace  décou- 
vertes à  Vatopédi,   38.  57.  ■ — 


Système  de  métrifiue  verbale 
appliquée  à  l'étude  des  mètres 
lyriques  grecs,  138,  154.  — 
Fragment  du  concile  icono- 
claste de  815,  207.  —  Manus- 
crits du  gymnase  grec  de  Salo- 
niçfue,  308. 

Siam.  Découvertes  de  M.  Aymo- 
nier  relatives  à  l'histoire  de  ce 
pays,  93. 

Sidon.  Nouvelles  inscriptions  du 
temple  d'Echmoun,  loi,  163, 
166,  252,  254.  —  Plaque  en 
bronze  mentionnant  la  syna- 
gogue d'Ornithocomé,  214. 

Si-hia  (Langue  et  écriture),  458. 

Sinaï  (Mont i. Nom  royal  égyptien 
de  la  période  thinite  sur  deux 
bas-reliefs,  154,  160. 

Société  centrale  des  architectes 
français.  Médaille  pour  travaux 
archéologiques,  231. 

Solon.  La  morale  et  la  cité  dans 
ses  poésies,  470,  581. 

Sotadès.  Auteur  du  vase  grec 
trouvé  à  Suse,  214,  216. 

Souk-Ahras  (Algérie).  Lampe  de 
bronze,  311. 

Sousse.  Fouilles  du  D''  Carton, 
209,  268,  283.  —  Découverte  de 
catacombes  chrétiennes,  607. 

StoTnajolo  iC).  Codices  Urbinales 
lai  in  i,  77. 

Strongylion.  Sculpteur  grec,  164. 

Suse.  Fouilles  de  M.  de  Morgan, 
214.  —  Sotadès ,  auteur  d'un 
vase  grec  trouvé  dans  cette 
ville,  214,  216. 

Symmaque.  Tessère  portant  son 
nom,  81. 


676 


TARLE    ALPHABETIQUE 


Tardif  (J(jseph).  Coulumia-s  de 
Normnndie,  175. 

Telegenii.  Inscription  latine  de 
Cartluige  relative  à  celte  famille 
ou  association,  106. 

Tello  (Chaldée).  Reprise  des 
fouilles  par  le  capitaine  Gros, 
(110,  618. 

Teloni  (B.).  Letlerulura  nssira, 
437. 

Teyjal  (Dordogne).  Grotte  à  pa- 
rois gravt'cs  à  l'époque  préhis- 
torique, 398,  399,  407. 

Théâtre.  Influence  sur  l'art  à  la 
fin  du  moyen  âge,  330. 

Tliujibii  Bure.  Nom  iinti(|ue  de 
Dj<d)ba,  243,  244. 

Thomas  (Antoine).  Gandidat,  72, 
80,  188,  206. 

Thuasne  (Louis).  Bnherli  Gnc/uini 
Epislolr  pI  Ornlionpft,  637. 

Thrace.  Fouilles  de  M.  Degrand, 
46  i. 

Thureau-Dangin  (François).  Ins- 
cription de  la  nouvelle  statue 
de  Goudéa,  610,  627.  —  Recueil 
(le  lulilcllcs  chaldéennes,  470. 

Timothée.  Les  Poses,  136. 

Tile-Live.  Fragment  d'une  epi- 
loiiic  de  ses  Histoires  dans  des 
papyrus  d'Oxyrhynchus,  268. 

Tmolus  (Mont).  Découverte  de 
mines  aurifères,  73. 

Toual  (Région  du).  Inscription 
juive  du  xiv  siècle,  232,  235, 
466. 

Toulouse  I  Musée  de).  Installation 
des  collections  de  Martres-To- 
losanes,  38. 

Tours.  N'oies  lachygraphi(pies 
des  manuscrits   n"'    286  el    106 


de  la  Bibliollièquc  de  celte 
ville,  368,  388. 

Tourves.  Trésor  monétaire  trouvé 
en  1366,  212. 

Toutain  (Jules).  Traduction  du 
Rameau  d'or  de  Frazer,  72.  — 
Publications  diverses,  496. 

Traube  (Ludwig).  Un  feuillet 
retrouvé  du  nia.  de  saint  Au- 
!/us/in  su/-  ii;i/i>/rus,  602. 

Travaux  littéraires  (Gommission 
des),  182,  458,  649. 

Tripolitaine.  Voyage  archéolo- 
gique de  M.  de  Malhuisieulx, 
467. 

Ttetzès.  Traité  astronomique  à 
lui  faussement  attriJnié,  413. 

Tunisie,  l'xploration  des  restes 
de  la  domination  romaine  dans 
le  Sud,  462.  —  Voy.  Garthage, 
l)jel)l)a,  Dou^ga,  l"d  Kenissia, 
Hadrumèle,  Sousse. 

Tyr.  Statues  de  style  égyptien 
avec  dédicaces  phéniciennes, 
73. 

Vachon  (Marins).  Sur  le  projet  de 
plaror  dafix  illôtol  df  Ville  do 
Paris  une  inscription  en  l'hon- 
neur du  Boccador.  630;  cf.  642. 

NaLi.inav  Iluirues  .  Le  sonnet  en 
Italie  et  en  France  au  XVI' 
siècle,  135. 

\' AI  OIS  (Noël).  Gommissions,  36, 
182. —  Ghargé  de  l'examen  d'un 
mémoire,  476.  —  Ouvrage  iné- 
dit iDefensor  niinor)  de  Marsile 
do  Padoue,  601.  —  Observa- 
tions, 81 . 

Van  W'erveke  (N.).  Mélanges  his- 
torié/ues,  469. 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


677 


Vaschide  (Victoria).  Conquête  ro- 
maine de  la  Dacie,  639. 

Vasseur  (G.).  Industrie  ligure  en 
Provence,  292. 

Vatasso  (M.).  Codices  Vaiicani 
lai i ni,  77. 

Vatican.  Commencement  dincen- 
die,  476. 

Vatopédi  (Mont  Athos).  Lettres 
inédites  du  patriarche  Ignace, 
38. 

Véïes.  Statuette  d'Alexandre  le 
Grand,  47S. 

Venitouta.  Nom  gaulois,  108. 

Ventabren  (Bouches-du-Rhone). 
Découverte  de  deux  inscrip- 
tions avec  noms  celtiques  et 
ligures,  S5,  58,  105,  108. 

Villahermosa  (Duc  de).  Discursos 
de  medallas  y  antiguedades,  415. 

Villelaure  (Vaucluse).  Mosaïque 
représentant  la  nymphe  Callis- 
to,  168;  cf.  468. 

ViOLLET  (Paul).  Commission  116. 

—  Hommages,  605,  629. 
Vitalis    (Alexandre).    Correspon- 
dance de  Dominique  de  Gahre, 
ambassadeur  à  Venise,  ili. 

Vogl'é  (Marquis  de).  Commis- 
sions, 5,  206.  —  Papyrus  ara- 
méen  découvert  en  Egypte,  76. 

—  Inscription  araméenne  d'As- 
souan,  267,  269.  —  Analyse 
d'un  mémoire  du  R.  P.  Ronze- 
vâlle  sur  un  bas-relief  trouvé  à 
Emèse  et  plusieurs  monuments 
palmyréniens,  276.  —  Ossuaire 


de  pierre  avec  inscription  pu- 
nique, trouvé  à  Cartilage,  465. 

—  Hommages,  288,  289,  306. 
Vournazo    (Chr.).    Lettre    sur    la 

restauration  du  Trésor  des  Athé- 
niens à  Delphes,  166. 

Wallon  (Henri),  secrétaire  per- 
pétuel. Rapports  semestriels, 
44,  45,  317,  321.  -  Observa- 
tions au  sujet  du  Bulletin,  456. 

—  Centenaire  de  l'élection  de 
QuatremèredeQuincy  à  l'Insti- 
tut, 538.  —  Hommages,  40,  42, 
70,  74,  77,  87,  lit,  134,  135, 
162,  165,  174,  208,  239,  250, 
265,  287,  318,  325,  363,  397, 
412,  415,  437,  456,  459,  463, 
470,  605,  629,  650. 

VN'eber.  Sépultures  niithriaques 
de  Tripoli  de  BarbaYie  signa- 
lées par  lui,  79,  104.  —  Colon- 
nette  avec  inscription  latine, 
provenant  de  Leptis  Magna, 
201. 

W^eil  (Capitaine).  Un  nom  royal 
égyptien  de  la  période  thinite 
au  Sinaï,  154,  160. 

Weil  (Henri).  Commission,  4. — 
Observations,  154. 

Wilamowitz-Mœllendorf  (Von). 
Correspondant  étranger,  642. 

Zenon  ,  empereur  d'Orient.  Tes- 
sèi*e  portant  son  nom,  81. 

Zmigrodzki  (D»"  Michel  de).  La 
religion  primitive,  135. 


TABLE    DES    GRAM  RES 


Carthage.  Prêtre  représenté  en  relief  sur  son  sarcophage 13 

—  Prêtre  représenté  sur  son   sarcophage;  détail  delà 

tête IS 

Carlhage.  Prêtresse  sur  son  sarcophage,  vue  de  face 25 

—  Prêtresse  représentée    sur   son  sarcophage,  vue  de 

profil 27 

Carthage.  Prêtre  représenté  sur  son  sarcophage 31 

Inscription  trouvée  à  Saint-Jean-d'Acre "3 

Statuette  en  bronze  du  Jupiter  Iloliopolitanus 90 

Inscription  punique  de  Carlhage 95 

Inscription  celtojigure  de  Ventabren 109 

Font-de-Gaume    (Dordogne).    1.    Rennes   alfrontés,   gravés    et 

peints 1-- 

—  2.   Bison  gravé  et  jjcinl 12-t 

—  3.  Bison  gravé  et  peint 125 

—  4.  BoVidé  peint 126 

—  5.  Miiniinoulh  gravé  sur  Tabdomen  du  bovidé  précédent.  127 

Nouvelk'  inscription  du  Icinple  d'Kciimoun,  à  Sidon 167 

Bas-relief  découvert  à  Montsalier   Basses-Alpes) IHO 

Vase  de  plomb  avec  inscription  bilingue,  découvert  à  Carthage.  19b 

Épitaphe  dune  prêtresse  carthaginoise 196 

Inscription  tracée  à  Tencre  sur  une  amphore  carthaginoise 198 

Croix  dite  de  Bohême  (Estrées-les-Crécyi 211 

Fragments  d"un  vase  grec  dû  au  peintre  Sotadès 217 

Bernifal  (Dordogne).  1.  Deux  «  signes  de  la  maison  » 221 

—  2.   Figuration  d'une  bulle  (?) 222 

—  3.   Petit  cheval 223 

—  't.   Maminoulli  avec  '<  signes  de  la  maison  » 224 


TABL?:    DES    GRAVURES  679 

:—     a.  «  Signes  delà  maison  »  placés  derrière  le  niammonth 

précédent 22d 

—  6.  Gravure  de  bison 226 

Inscription  araméenne  d'Assouan  (hors  texte; 270 

Tessère  en  terre  cuite  de  Palniyre  (agrandissement) 278 

Tessère  de  Palmyre  (agrandissement) 280 

Urne  à  inscription  trouvée  à  Carthage 312 

Inscription  de  la  déesse  punique  Caelestis  Sanctissima 344 

Guigariche  (près  Tripoli  de  Barbarie).  1.  Sépulcre  A 357 

—  2.  Sépulcre  B 359 

—  3.   Sépulcre  B  (détail) 361 

Inscription   égypto -phénicienne   de    Byblos   :    1  .     D'après     un 

estampage 380 

—  3.   D'après  une  photographie  directe 381 

Fragment  d'une  statue   du  Jupiter  Heliopolitanus  conservé  au 

Musée  du  Louvre 384 

Plats  en  argent  trouvés  à  Izgherli  (Bulgarie) 394,  393. 

Carthage.   1 .   Joueuse  de  tympanon 430 

—  2.  Joueuse  de  lyre 431 

—  3.  Déesse-mère  el  sa  fdle 434 

—  4.   Cavalier 433 

Fragment  d'inscription  grecque  |  \\in-Arouch  ?,  près  dTlébron  i.  483 

Fragment  d'inscription  grecque  (Gaza  ou  Ascalon) 484 

Fragment  d'une  inscription  en  l'honneur  de  l'empereur  Hadrien.  486 

Fragment  d'une  dédicace  impériale 489 

Inscription  de  la  nouvelle  statue  de  Goudéa 627 


TABLE    DES    MATIÈRES 


CAHIKU  DE  JAXVIEH-FËVlilKR 


Séances 1,  36,  il,  43,  55,  72,  76,  78,  89. 

Communications  : 

Lollie  de  M.  Gaucklcr  sur  les  découvertes  faites  à  Carlhage 

par  le  R.  P.  Delattre 6 

CailIia^'-(>.  — Nécropole  piuii(iu(>  voisine  de  Saintc-Moni(]ue. 
Lcseplième  et  le  huilième  sarcopliagc  de  marbre.  —  Cou- 
vercle aiilhropoïdc.  —  Epilaphes  de  prêtresses. —  Rapport 
du  R.  P.  Delattre,  correspondant  de  l'Académie 11 

Carlhage.  — Nécropoli'  i)uni<iue  voisine  de  Sainl(-M(ini((ue. 
Deux  sarcophages  anthropoïdes  en  mar])re  blanc.  —  Rap- 
port (lu  R.  P.  Delattre,  correspondant  de  l'Académie 23 

Une  sépulture  à  incinération  avec  inscription  grec(jue  décou- 
verlc  dans  la  vallée  de  l'Arc  nîouchcs-du-Rhône\  par 
MM.  Henry  de  Gérin-Ricard  et  l'abbé  Arnaud  d'Agnel 58 

Une  inscriplion  d'Anlioche  qui  reproduit  un  oracle  d'.V- 
lexandre  d'Abonotichos,  par  M.  Paul  Perdrizet,  maître  de 
conférences  à  l'Université  de  Nancy 62 

I/iiilroduction  du  crucifix  en  Gaule,  par  M.  Louis  Riéhier, 
chargé  de  cours  à  l'Université  de  Clermont-Fenand 67 

Noie  sur  une  nouvelle  inscriplion  fum'-raire  de  Carlhage,  par 
M.  Pliilippe  Berger,  membre  de  l'Académie 94 

Un  plagiat  litléraire  au  xii'"  siècle.  La  vie  de  saini  \\'illil)r()rd, 
évêcpie  d'Ilrechl,  jiar  le  prèlre  Kgberl.  Noie  de  M  Henri 
OnionI,  inenii)ii-  de  l'Académie 98 


TABLE    DES    MATIÈUES  G8l 

Appendices  : 

Rapport  du  Secrétaire  perpétuel  de  rAcadémie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres  sur  les  travaux  des  commissions  de 
publication  de  cette  Académie  pendant  le  second  semestre 
de  1902;  lu  dans  la  séance  du  23  janvier  1903 45 

Rapport  sur  les  travaux  exécutés  ou  encouragés  à  l'aide  des 
arrérages  de  la  fondation  Piot,  par  M.  E.  Babelon,  membre 
de  l'Académie,  lu  dans  la  séance  du  23  janvier  1903 48 

Rapport  sur  les  fouilles  exécutées  par  M.  Degrand,  consul  de 
France  à  Philippopoli,  dans  la  vallée  de  laToundja,en  Bul- 
garie, par  M.  Maxime  Collignon,  membre  de  l'Académie..  .        SI 
Livres  offerts 33,  40,  42,  53,  70,  74,  77,  87,  101 . 

CAHIER  DE  MARS-AVRIL 

Séances 103,  105,  115,  136,  153,  162,  166,  176. 

Communications  : 

VENITOVTA  — QVADRVNIA.  Note  de  M.  d'Arbois  de  Ju- 

bainville,  memin-e  de  l'Académie 108 

Les  figures  peintes  à  l'époque  paléolithique  sur  les  parois  de 
la  grotte  de  P'ont-de-Gaume(Dordogne),par  MM.  le  D-"  Capi- 
tan  et  l'abbé  Breuil 117 

Quelques  observations  au  sujet  des  gravures  et  des  peintures 
de  la  grotte  de  Font-de-Gaume  (Dordogne),  par  M.  E.-T. 
Hamy 130 

Découvertes  gallo-romaines  faites  à  Paris,  par  M.  Emile 
Rivière,  sous-directeur  adjoint  de  laboratoire  au  Collège  de 
France 142 

Découverte  d'une  nouvelle  inscription  du  temple  d'Echmoun, 
à  Sidon.  Note  de  M.  Philippe  Berger,  membre  de  l'Aca- 
démie      154 

Un  nom  royal  égyptien  de  la  période  thinite  au  Sinaï,  par 
M.  R.Weill..    ". 160 

Le  manuscrit  d'IIygin  en  notes  tironiennes,  par  M.  Emile 
Châtelain,   membre  de  l'Académie 169 

Livres  offerts.. 111,  134,  151,  162,  165,  17i,  179. 


682 


TABLE    DES    MATIEUES 


CAHIER   DE   MAI-JIIX 
Séances 181,    188,  200,  20^,  209,  231,  2'.l,  2.';0,  2ot. 

COMML'MCATIONS    : 

Vase  de  plomb  avec  iiiseiiplion  l)ilin<ïue  découvert  ii  Cartilage. 

Noie  de  M.  Philippe  Berf^er,  membre   de  1" Académie 194 

L'auteur  (lu  vase  grec  trouvé  à  Suse.  Note  complénu'ulaire  de 
M.  E.  Pottier,  membre  de  l'Académie 216 

Les  figures  gravées  à  répocfue  paléolitliique  sur  les  parois  de 
la  grotte  de  Bernifal  (Dordogne),  par  MM.  le  D''  Capitan, 
l'abbé  Rrtuil  et  Peyrony 219 

Uue   iuscriptiou  juive   du    Toual,    |)ar    M.    Pliilipi)e    Berger, 

membre  de  l'Académie 235 

Les  peintures  préhistori(|ues  de  la  grotte  d'Altamira  à  San- 
tillana  (Espagne).  Note  de  M.  Emile  Cartailhac,  correspon- 
dant de  l'Académie,  et  de  M.  l'abbé  H.  Breuil 250 

LivHES  ofi-.:rts 185,  199,  204,   208,  230,  2:.0,  253,  205. 


CAllIi.H     DE    .IL'ILLET-AOUT 
Séances 2G7,  292,  310,  318,  320,  347,  304,  365,  367. 

CoMMl^NICAPIONS    : 

Inscription  araméenne  trouvée  en  Egypte,  p:ir  M.  If  m  inpiis 

(le  Vogué,  membre  de  l'Aciulémie 269 

Analyse  d'un  mémoire  du  B.  P.  Bonzevalle  sur  un  l)as-r(>lii>r 
trouvé  à  Émèse  et  plusieurs  monuments  palmyréniens,  |)ar 
M.  le  marquis  de  N'ogi'ié,  membre  de  l'Académie 276 

BapiJiH-t  de  M.  le  docteur  Carton  sui-  les  fouilles  exécutées  à 
Kl  Kenissia,  près  de  Sousse 283 

Les  n   (lourilei/iou    ■■   bretons    et  leur    oiiginc   iKibyloiiienne, 

l)ai-  M.  d'Arbois  de  .lul)ain ville,  mcnibrc  de  l'Académie    ..      315 

Les  inscriptions  de  la  Boche  de  Trupt,  par  M.  l'rolicii. 331 


TABLE    DES    MATIÈRES  683 

Lepcis  et  Le[)tis  magna,  par  M.  Clermont-Ganneau,  membre 
de  l'Académie 333 

A  propos  du  fronton  oriental  du  temple  de  Zeus  à  Olympie. 
Une  hypothèse,  par  M.  Naville,  correspondant  de  l'Institut.     3S0 

Les  sépulcres  à  fresques  de  Guigariche  et  le  culte  de  Mithra 
en  Afrique,  par  M.  Clermont-Ganneau,  membre  de  l'Aca- 
démie      357 

Mémoire  de  M.  Adhémar  Leclère,  l'ésident  de  France  au  Cam- 
bodge, sur  une  charte  de  fondation  d'un  monastère  boud- 
dhique où  il  est  question  du  roi  Feu  et  du  roi  de  l'Eau.  .  .  .      369 

Appendices  : 

Rapport  fait  au  nom  de  la  Commission  des  antiquités  de  la 
France  sur  lesouvragesenvoyés  au  concours  de  l'année  1903, 
par  M.  Salomon  Reinach,  et  lu  dans  la  séance  du  10  juillet 
1903 ; 295 

Rapport  du  Secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres  sur  les  travaux  des  Commissions  de 
publication  de  cette  Académie  pendant  le  premier  semestre 
de  1903,  lu  dans  la  séance  du  24  juillet  t903 321 

Inscription  égypto-phénicienne  de  Byblos.  Note  de  M.  Cler- 
mont-Ganneau, membre  de  l'Académie 378 

Jupiter  Heliopolitanus. Note  complémentaire,  par  M.  Clermont- 
Ganneau,  membre  de  l'Académie 384 

Livres  offerts 2«7,  300,  318,  325,  340,  363,  366,  386. 


CAHIER   DE    SEPTEMBRE-OCTOBRE 


Séances 387,  398,  412,  416,  439,  457,  460,  465,  469. 

Communications  : 

Le  trésor  d'Izgherli.  Note  de  M.  Degrand,  consul  de  France  à 
Philippopoli  (Bulgarie) 390 

Une  nouvelle  grotte  à  parois  gravées  à  l'époque  préhistori(jue  : 
la  grotte  de  Teyjat  (Dordogne),  par  MM.  le  D''  Capitan, 
l'abbé  Breuil  et  Peyrony 407 


684  TAl'.LE    lJi:S    MATIÈRES 

Rapport  sommaire  sur  les  fouilles  de  Délos  (15  juin-8  août), 
adress:*'  à  M.  Homélie,  directeur  de  lÉcole  française 
d'Athènes,  membre  deTAcadémie,  par  M.  F.  Dùrrhach,  pro- 
fesseur à  l'Université  de  Toulouse 422 

Figurines  trouvées  à  Carthage  dans  une  nécropole  punitjue 
(1903).  Note  du  H.  P.  Delattre,  correspondant  de  FAca- 
démie 429 

Appendice  : 

Rapport  de  la  Commission  des  Ecoles  françaises  d'Athènes 
et  de  Rome  sur  les  travaux  de  ces  di'ux  Ecoles  [)eMdant 
les  années  1901-1902,  par  M.  Maxime  CoUignon,  membre  de 
l'Académie,    lu  dans  la  séance  du  2  octobre  1903 440 

LiviiKS  oi-FEurs 397,   U2,  ila,  i37,  456,  4")9,  4ii3,  468,  wO. 


CAHIER   DE  NOVEMBRE-DÉCEMRRE 


Séances 475,  479,  397,  604,  607,  633,  641,  6f8. 


Communications  : 


Inscriptions  de  Palestine,  par  M.  Clermont-Ganneau,  membre 

de  l'Académie 47 9 

Séance  publicpie  annuelle  du  13  novembre  1903 497 

Centenaire  de  l'élection  de  Quatremèrede  Quincy  à  l'IiistiUit, 
classe  d'histoire  el  de  littérature  ancienne,  le  10  février  180 1. 

Notice  supplémentaire   sur    sa    vie  el  ses  travaux,  par  son 

successeur  immédiat  M.  Henri  Wallon,  secrétaire  perpétuel.     538 

La  murale  et  la  cité  dans  les  poésies  de  Solon,  par  M.  Mau- 
rice Croiset,  membre  de  l'Académie 581 

L'élendue  de  Rabylone,  par  M.  0|)peil,  membre  de  l'Aca- 
démie        611 

Re|)risi'  des  fouilles  de  Tello  par  le  capitaine  (^ros.  Première 
communication.  Lue  statue  complète  de  (îoudéa,  par  M. 
Léon  Heuzev,  membre  de  l'Académie 618 


TABLE    DES    MATIÈRES  C85 

Note  sur  les  i'uuilles  exécutées  dans  le  Itiimihis  de  Costiévo, 
en  Bulgarie  par  M.  Degrand,  consul  de  France  à  Philippo- 

poli,  par  M.  Maxime  CoUignon,  membre  de  l'Académie. .  . .  644 

LivuEs  OFFERTS 495,  602,  003,  629,  636,  647,  6:i0. 

Périodiques  offerts 051 

Table  alphabétique 051) 

Table   des    gravures 078 

Table  des  matières 080 

lÙiRATA 680. 


MACOX,    l'ROTAT    FRKRES,    IMIMIIMEIJRS 


EU RATA 


l'.ij^e  2i-."),  litriies  .■)0-:{2,  au  Uni  de  :  1.000  francs  à  M.  Dussaïul,  pour 
son  llialoire  et  i-eU(ji(in  des  Xosatris  ;  1 .000  francs  à  MM.  Dussauil  ol 
MacIcM-  pour  leur  pul)licalion  intitulée  :  Voynrje  archéologique  au 
Saf.i  ;  lin-  :  1.(100  fr.  à  MM.  Dussaud  et  Macicr  :  M.  Dussaud,  pour  ses 
doux  publications  intitulées  Histoire...  et  Voyage...,  et  M.  Macler, 
pour  sa  collalioralion  à  ce  dernier  ouvra<;c. 


Page  '.\W,  ligne  (i,  au  lieu  de 


—  :U9, 

—  :n8, 


10,       - 

H,        - 


Too"   avaXa',   lire   ."  too  '  àya/.jA' 
—   ;  j.j~'jz  y.x':. 
—   ;  Tzzozi'fi- 


auTo;  /.a 


71. 


—  ;  p, 


91. 


Le  Ocrant,  A.  Picaud. 


Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres,  Paris 

Comptes  rendus  des  séances 


PLEASE  DO  NOT  REMOVE 
SLIPS  FROM  THIS  POCKET 


UNIVERSITY  OF  TORONTO 
LIBRARY 


^^ 


i 


A